Chapter Text
Buck tenait sa femme entre ses bras.
Il s'était jeté sur elle dès que leur fils Billy s'était endormit. Il lui avait fait l'amour avec empressement, comme si leur vie en dépendait mais il y avait toujours autant de passion entre eux et Buck s'en réjouissait.
Il n'arrivait toujours pas à croire qu'il avait enfin trouvé un sens à sa vie.
C'était un jeune homme d'une trentaine d'années. De grande taille et musclé, ses cheveux blonds étaient coupés court et il avait des yeux bleus si clairs qu'ils en étaient presque gris. Sa paupière gauche était surmontée d'une marque de naissance qui l'avait longtemps complexé mais aujourd'hui il était fier d'arborer cette particularité.
Cette année avait été riche en bouleversements.
Il avait vraiment eu le droit à tout : du bon, du très bon même et du moins bon aussi mais il allait mieux, sa femme l'avait aidé à guérir et pour elle et leur enfant, il ferait le nécessaire pour que tout se passe bien.
Il entendit Billy marmonner au rez-de-chaussée où il était couché et il se détacha du corps chaud d'Holly. Il allait la laisser dormir un peu, ça la changerait.
Billy recherchait ses parents, tout le temps et la plupart du temps c'était Holly qui s'y collait. Il descendit les marches silencieusement. Il jeta un œil dans son berceau et le vit s'agiter dans sa gigoteuse.
– Et bien alors mon pote, tu ne dors pas ? murmura-t-il avec un petit sourire. Il est tard tu sais ?
Billy gigota encore et Buck le prit dans ses bras précautionneusement. Depuis sa naissance, un mois plus tôt, il faisait de son mieux pour être aussi présent que possible. Il s'était sentit père immédiatement après sa naissance, lorsque l'obstétricien l'avait posé sur la poitrine de sa femme.
Il avait pris la mesure de ce que voulait dire devenir père.
– Tu as faim ? Je vais m'occuper de toi et on va laisser maman dormir encore un peu, ok ?
Il le prit contre lui et mit un biberon à chauffer. Puis, il le déposa sur la table à langer et changea sa couche, s'amusant à le faire gazouiller. Il adorait ça, s'occuper de son enfant, être un père.
Il attrapa l'écharpe de portage et la prépara à accueillir son fils, dès la fin de son biberon. Il le positionna en position semi-allongée et le laissa manger, en le regardant dans les yeux.
Il se rendait bien compte qu'il était devenu accro à son fils, autant qu'il l'était à sa mère. Mais il ne s'en plaignait pas. Au moins, ces addictions-là étaient saines.
– Allez mon pote, lâcha-t-il quand Billy eut finit de manger. On va se reposer un peu tous les deux maintenant.
Il le fit glisser dans l'écharpe de portage et le maintint bien serré, avant de l'attacher sur son côté pour que le nœud ne lui rentre pas dans les reins. Puis, il se cala dans le canapé. Il savait qu'il y avait de grande chance pour qu'il s'endorme et il ne voulait pas risquer que son fils ne lui échappe des mains par inadvertance.
– Allez, au dodo, souffla-t-il en déposant un baiser sur son front.
*
* *
Maddie se passa de l'eau sur le visage dans l'espoir de se réveiller.
Elle arborait de longs cheveux châtains et des yeux noisette. Elle était physiquement aux antipodes de son frère, Buck. Elle était de taille moyenne et avait réussi à retrouver la ligne depuis son accouchement. Elle était opératrice du 911 depuis presque trois ans maintenant. Elle avait enfin trouvé sa voie mais elle avait l'impression de ne plus être à la hauteur.
Depuis l'agression dont elle avait été victime, après qu'une folle se soit introduit chez elle et ait menacé la vie de sa fille, elle avait l'impression de couler. Elle ne parvenait plus à refaire surface.
Tout lui paraissait tellement difficile, presque insurmontable.
Les marques sur son visage avaient disparus mais la blessure psychologique la torturait depuis près d'un mois. Chaque nuit, elle revivait cet enfer et elle avait bien du mal à trouver le sommeil.
Elle n'en avait parlé à personne, ni à ses amis, ni à son frère, ni à son compagnon. C'était bien trop dur d'admettre qu'elle n'était pas aussi forte qu'elle le pensait, que tout le monde le pensait.
Elle espérait réussir à s'en sortir seule cette fois. Elle en avait marre des psys. Aucunes des thérapies qu'elle avait suivi ne l'avait sortie de l'enfer de la dépression de façon durable.
Elle devait se recentrer sur elle-même, sur le plus important. Et le plus important c'était sa fille. Son métier la fatiguait bien trop pour qu'elle puisse s'occuper d'elle correctement et le métier de son compagnon lui prenait également trop de temps. Alors Maddie avait pris une décision.
Dès la fin de son service, elle démissionnerait.
*
* *
Holly ouvrit les yeux.
Elle avait dormit d'une traite et ce n'était pas normal. Billy l'appelait au moins deux fois par nuit. Elle se redressa et vit que Buck n'était plus à ses côtés. Elle enfila son t-shirt qui trainait au pied du lit et s'extirpa des draps.
C'était une jeune femme athlétique de trente-sept ans. Elle se félicitait d'avoir déjà retrouvé la ligne, si on faisait abstraction du petit ventre qui pendait sous son nombril. Mais son ami Angus, lui avait promis de mettre sur pied un programme de remise en forme en béton pour le faire disparaitre en un temps record.
Elle releva ses cheveux bruns en un chignon rapide et négligé. Plusieurs mèches s'en échappèrent mais lasse, elle les coinça derrière ses oreilles. Elle jeta un œil dans la salle de bain et rencontra l'image de son visage blanc, parsemé de tâches de rousseurs, dans le miroir au-dessus du lavabo. Ses yeux noisette scrutèrent son reflet quelques secondes et les cernes dessinés sous ses yeux ne lui plurent pas du tout.
Elle descendit silencieusement les escaliers.
Tout était calme dans la pièce à vivre. Le lit de Billy était vide et elle se tourna vers le canapé. Buck s'y était assoupit tenant son fils contre son torse.
Tout comme elle, il était devenu fan de l'écharpe de portage, si bien qu'Holly avait décidé de se passer de la poussette. Mais Buck l'utilisait même à l'intérieur tandis qu'Holly optait plus aisément pour le transat ou le tapis d'éveil lorsqu'elle voulait avoir les mains libres.
Elle regarda autour d'elle et soupira.
Cet appartement ne ressemblait plus à rien. Il y avait des affaires de bébé partout. Il fallait bien avouer qu'ils n'avaient pas vraiment eu le temps de se préparer à l'arrivée de cet enfant. Ils n'avaient appris son arrivée qu'un mois avant sa naissance.
Ils n'avaient pas eu le temps de s'organiser.
Elle espérait pouvoir ranger un peu avant de devoir reprendre le chemin du travail mais elle devait aussi trouver une place en crèche ou une nourrice pour s'occuper de son fils quand Buck et elle seraient au travail.
Il lui restait encore tellement de choses à faire.
Elle soupira et s'installa aux côtés de son mari. Elle lui caressa doucement le bras et il ouvrit les yeux se demandant quelques secondes où il se trouvait, avant de croiser son regard et de lui sourire amoureusement.
Il attrapa sa main et croisa ses doigts avec les siens.
Holly avait vraiment eu de la chance de le rencontrer. Il baissa les yeux sur son fils quand celui-ci remua mais il revint vers elle lorsqu'il se pelotonna contre lui pour poursuivre sa sieste.
– Tu es là depuis quand ? s'enquit-elle.
– Deux heures du matin, je dirais.
– Tu aurais dû me réveiller. Tu as besoin d'être en forme.
– J'ai dormi, lui signala-t-il. Cet ange avait juste besoin de manger et d'être changé.
– Tu sais que tu es en train de lui donner de mauvaises habitudes ? Ensuite, il ne voudra plus quitter notre lit.
– C'est pour ça que je viens sur le canapé, lui sourit-il. Ce qui se passe dans notre lit doit rester entre nous.
– Idiot, lâcha-t-elle en lui mettant une tape sur l'épaule le faisant rire.
– C'est pour ça que tu m'aimes.
– Pour ça et pour plein d'autres choses, confirma-t-elle.
– Je sais. Il est quelle heure ?
– Presque huit heures.
– Je vais devoir me préparer, lâcha-t-il déçu.
– Je vais prendre le relai, lâcha-t-elle en se redressant.
Buck détacha l'écharpe et la fit glisser doucement de ses épaules. Holly récupéra son fils et son mari noua l'écharpe autour de sa taille. Il en vérifia la tension, puis il jeta un œil au visage de leur enfant toujours endormit avec un sourire satisfait.
– Il est tellement parfait, souffla-t-il en creux de son oreille.
– Comme son père, confirma Holly.
– Est-ce que ça me rendrait moins parfait si je te disais que tout ce que j'espère, à cet instant, c'est qu'il nous laisse rien qu'une heure tranquille dès la fin de mon service pour que je puisse enfin te faire l'amour correctement ?
– On a fait l'amour hier soir, lui rappela-t-elle.
– Oui mais je n'ai pas eu le temps d'expérimenter, lui sourit-il la faisant rougir. Je t'aime.
Elle ferma les yeux lorsqu'il déposa un baiser sur sa joue.
– Moi aussi je t'aime, souffla-t-elle avant de le regarder disparaitre dans la salle de bain.
*
* *
Eddie regardait Ana parler au téléphone.
Elle s'était isolée dans la cuisine pour prendre cet appel et il n'arrivait pas à saisir plus de quelques mots. Ana parlait à voix basse comme si elle ne voulait pas qu'il entende ce qu'elle disait.
Il commençait à se poser des questions sur son comportement. Cela faisait plusieurs jours qu'elle parlait au téléphone semblant tour à tour se disputer et supplier.
Eddie était un homme d'un peu plus de trente ans. Il était typé hispanique et gardait toujours le sourire. Il avait été en Afghanistan, en tant qu'infirmier paramédical, deux fois, et s'occupait à présent de son fils, un adorable petit ange de neuf ans, prénommé Christopher.
Il avait rencontré Ana alors qu'elle était la professeure de son fils. Il avait tout de suite flashé sur elle mais il avait ensuite rencontré Holly et il n'avait plus vu qu'elle. Après qu'elle ait épousé son meilleur ami pour la seconde fois, il avait décidé de passer à autre chose. Il avait renoué avec Ana et ils avaient entamés une relation depuis un peu plus de trois mois.
Eddie aimait bien être avec elle.
Il l'avait invitée à passer de plus en plus de temps avec son fils et lui, s'installant quasiment chez eux. Mais il se demandait s'il n'allait pas trop vite. Il avait l'impression de chercher à tout prix une femme pour remplacer celle qu'il aimait toujours.
Il avait eu du mal à le comprendre mais depuis qu'elle avait accouché, Holly accaparait de nouveau toutes ses pensées et c'était perturbant. Il s'éloignait inconsciemment d'Ana et il se demandait si elle l'avait remarqué.
Elle revint soudain vers eux avec un sourire et s'installa à la table du petit déjeuner, en ébouriffant les cheveux de Christopher qui lui renvoya un lumineux sourire. Il l'aimait tellement et c'était pour ça qu'Eddie s'accrochait autant à cette relation, pour que son fils ait un certain équilibre dans sa vie.
Son propre bonheur importait peu finalement.
Et puis, Ana était gentille, intelligente, drôle et vraiment belle. Elle arborait de long cheveux bruns et des yeux presque noirs. Sa peau était mate et sa taille fine et élancée.
Il n'avait pas à se plaindre.
– Est-ce que tout va bien ? s'enquit-il.
– Oui, affirma-t-elle avec un sourire rassurant qui ne le rassura pas du tout.
– Tu es sûre ?
– Ma mère, soupira-t-elle. Elle me tanne depuis cinq jours au sujet du baptême de mon petit cousin. Elle veut que je vienne.
– Et tu n'en as pas envie ? s'étonna-t-il.
– Si.
– Alors où est le problème ?
– Quand ma mère dit qu'elle veut que je vienne, commença-t-elle en se mordillant la lèvre. Ça veut dire qu'elle veut qu'ON vienne, nous trois.
– Oh ! souffla-t-il en comprenant.
– Je ne veux rien t'imposer, s'empressa-t-elle d'ajouter. Je comprendrais parfaitement que tu ne sois pas prêt.
Eddie n'était clairement pas prêt. Il se posait bien trop de questions sur cette relation et sur son avenir, alors une présentation officielle à la famille ne faisait pas vraiment partit de ses projets à court termes.
– Laisse-moi le temps de... d'y penser, ok ?
– Tu n'es pas obligé, lui répéta-t-elle.
– Je sais, affirma-t-il. Je te promets d'y réfléchir.
Il se leva, déposa un baiser sur ses lèvres, un second sur les cheveux de son fils et récupéra sa veste.
– À demain, lâcha-t-il avant de quitter la maison.
Il claqua la porte et se glissa derrière le volant de sa voiture. Il se força à respirer calmement pour faire taire l'angoisse qui lui enserrait le cœur. Il n'avait aucune envie de faire connaissance avec la famille d'Ana, d'avancer encore d'un pas dans leur couple.
Est-ce qu'il avait encore envie de former un couple avec elle ?
Il se posait mille questions et se torturait un peu trop le cerveau. Il avait besoin d'un conseil et il ne connaissait qu'une personne susceptible de lui apporter les réponses qu'il attendait.
