Chapter Text
Règle numéro 1 : fermer les portes pour être tranquille
C’est pas assez. Il resserre la pression de ses doigts autour de sa verge, sent le sang se concentrer et l’excitation monter. La chaleur dans son bas-ventre se répand partout. Plus vite. Il transpire. Les frottements du coton de son tee-shirt sur ses tétons le font frissonner. Il s’entend gémir. Trop fort. Mais ça l’excite encore plus. Oh putain, il fredonne en boucle. Le bruit obscène du lubrifiant sur son sexe, l’accélération des va-et-vients, les images inavouables qui se créent dans sa tête… tout le pousse vers le vide. Presque. Il se mord la lèvre, le dos cambré tandis que ses pieds s’enfoncent dans le matelas. Il y est.
La porte s’ouvre.
Il s’arrête de bouger. De respirer, même.
Bordel, qu’est-ce que.
Minho se tient dans l’encadrement de la porte. Il est figé sur le spectacle du corps presque nu de Jisung aux portes du paradis.
- Hm.
Sans commentaire, il recule en refermant la porte de la chambre et avec elle, celles du repos éternel.
Jisung est rouge de son front à ses orteils. Je… fais quoi là ? Il abandonne sa verge et se retourne pour enfouir son visage dans l’oreiller en s’insultant. Putain Jisung, il faut fermer cette porte !
***
Vivre en colocation avec son meilleur pote a ses avantages et ses inconvénients. On profite des repas fait maison. On découvre de nouveaux animes. On fait le ménage une fois sur deux. On peut plier les draps plus simplement.
Mais putain. Il y a des règles explicites à ne pas oublier. Comme celle de fermer la porte quand on veut se masturber. Et cette règle-là, Jisung l’a oubliée deux fois en trois jours. Faut que j’aille m’excuser… il se regarde dans le miroir en se jugeant pour son manque de vigilance. Et pourquoi diable n’est-ce pas à Minho de s’excuser plutôt ? C’est lui qui n’a pas frappé ! Oui, et bien ça… c’est une des spécificités de Lee Minho. Il a toujours eu, partout, tout le temps (même sa mère l’a confirmé !) la mauvaise habitude de ne jamais frapper nulle part. C’est à se demander s’il tolère les portes fermées. Un chat capricieux. Mais ceci explique que la règle explicite de cette colocation soit de verrouiller les portes.
La veille, Jisung est rentré trop excité, a oublié de verrouiller puis Minho a ouvert la porte. Oups, il s’est excusé piteusement et a refermé aussitôt. Dans le noir, il n’a pas dû voir grand chose de toute façon. N'est-ce pas ? Et (il l’espère plus qu’un ticket gagnant de loto) certainement pas sa silhouette à quatre pattes sur le matelas ni son plug bien enfoui. Une fois, ça arrive. Mais deux fois ?
Mais quel con putain ! Jisung secoue ses cheveux à peine lavés et écrase ses mains sur son visage, tirant sa peau vers le bas. Aujourd’hui, il n’a même pas éteint la lumière. Heureusement qu’il a préféré sa main à ses jouets… sinon, il se serait enterré. Adieu, je crée mon nouveau QG en plein centre de la Terre. Et puis, heureusement qu’il n’a rien dit… il secoue sa tête en repensant aux fois où des mots - des prénoms - ont été prononcés. Là, il se serait envolé. En fait non, le centre de la Terre c’est trop proche, je préfère être envoyé direction la prochaine galaxie. On ne me reverra pas de sitôt. Ah ah. Ah.
Il faut qu’il aille s’excuser. Ok, il est gêné. Mais Minho n’a rien demandé et ça fait deux fois. Vraiment.
Jisung s’accroupit dans la salle de bain et il répète à voix basse. Salut Min’. Ahem, désolé. J’espère que t’as pas vu grand chose. J’ai oublié de fermer la porte. Ah ouais, t’es déjà au courant. Vu que t’as ouvert.
Il se relève trop vite et se tient à l’évier, le temps que le vertige passe. Deux petites claques sur ses jolies joues et il sort de la salle d’eau. Direction la cuisine.
Minho est adossé au plan de travail. Il scrolle sur son téléphone. Derrière lui, la fumée s’échappe d’une casserole. Ramyeons. Jisung hume et salive. Il pourrait presque oublier sa mission mais il se reprend en s’éclaircissant la gorge.
- Ahem, Minho-hyung ?
Le danseur lève les yeux vers lui. Il a l’air tout à fait normal alors que Jisung se sent rougir.
- Je…
- T’embêtes pas avec les excuses, Hannie. Il baisse à nouveau le regard vers son téléphone. J’ai compris le message.
- Quoi ? il s’étrangle. Quel message ? J’ai juste oublié… deux fois. La porte…
Minho fredonne.
- Oui, mes yeux s’en remettront, va.
Jisung se mord la lèvre. Putain il a vu. Le quatre pattes. Les doigts. La tête qu’il fait quand il est à ça de jouir. Il veut retourner se recroqueviller dans la salle de bain.
- Deux fois en trois jours… t’es un oméga en chaleur ou quoi ?
Jisung s’étouffe avec sa salive. Il rougit jusque sous son tee-shirt. Des mots se forment et les lettres se mélangent. Que quoi ? Qu’est-ce qu’il vient de dire ? Il parle bien des omégas de l’omégaverse fictif, là ? D’où Minho sait ce que c’est un oméga, d’abord ? Oui, ils sont nerds. Ils regardent des animes. Une fois peut-être il y avait des appendices un peu osés, comme dans cet épisode de Dandandan!. Mais ils n’ont jamais parlé de ça. En fait, ils n’ont jamais parlé de boy's love ou de yaoi. C’est un peu le jardin secret de Jisung. Le truc qu’il lit quand il n’y a aucun risque de regards volés au-dessus de son épaule. Ou dans son lit, avec la main bien au chaud dans son caleçon.
Donc quoi, ça voudrait dire que son jardin et celui du voisin (enfin, de son colocataire) communiquent ?
Minho relève la tête et son sourire amusé dévoile ses dents. Bordel, il se fout de moi. C’est très clair que la réaction de Jisung est exactement celle que Minho espérait. Ses joues se gonflent du mécontentement de cette provocation.
- Je… commence le rappeur sans être sûr d’où il va et d’où il veut aller. Si je suis un oméga, t’es forcément un bêta.
Minho hausse un sourcil, curieux de ce pronostic.
- Je ne pense pas non.
- Et bien, les alphas aident ou punissent, hyung. Ils ne ferment pas juste la porte pour aller préparer des nouilles.
La bouche du brun s’entrouvre de surprise alors que Jisung se fige. J’ai vraiment dit ça ? Il le voit ranger son téléphone dans sa poche et se retourner vers les ramyeons qui frémissent dans la casserole.
- C’est très clair, Jisungie.
Dans la tête du producteur, c’est pourtant très flou. C’était quoi ce message caché semi-caché ? En fait, c’est très clair : les tréfonds de la galaxie ne suffisent pas. N’y a-t-il pas quelque chose de plus loin encore ? Que personne ne le retrouve jamais, jamais, JAMAIS ?
- Allez viens t’asseoir, c’est prêt, lâche Minho en attrapant deux bols qu’il remplit à ras bord. *
***
Le repas est normal. Trop normal. D’extérieur seulement. Minho raconte sa journée, sans détail particulier. En sautant les passages qui ne l’ont pas intéressé. Il râle sur Changbin qui n’a pas fait d’effort pour leur nouvelle chorégraphie. Jisung répond et prend aussi de la place dans la conversation, comme d’habitude.
Pourtant, dans sa tête, c’est un bordel sans nom. Les moments où les yeux noirs de son hyung croisent les siens le font se réinitialiser à chaque fois. Qu’est-ce qui est très clair ? Les réponses à cette question sont multiples et toutes accompagnées d’images qui lui donnent un peu trop chaud. Minho qui le regarde à travers la porte. Qui lui demande ce qu’il veut. De l’aide ? Il vient l’aider et ses mains remplacent les siennes. Être puni ? Il entend malgré lui la claque imaginée d’une main sur sa fesse. Des mots interdits se glissent jusqu’à son oreille.
Les yeux noirs. Error 404. Jisung reste longtemps à table. Pour une fois, ce n’est pas parce qu’il ne veut pas débarrasser ou faire la vaisselle. Il ne peut juste pas se lever alors que sa verge est si serrée dans son short. Respirer. Longtemps. De la crise d’angoisse, il est passé à la crise de fantasme. Même solution. On compte et on respire doucement. Discrètement. Putain d’imagination à la con. Et putain de Lee Minho.
Il passe la nuit à respirer. Il aurait pu fermer la porte à clef et se masturber à n’en plus pouvoir. Mais les murs sont si fins dans leur appartement. Qu’est-ce qu’irait croire Minho s’il l’entendait maintenant ? Interdiction de ne lui donner ne serait-ce qu’un argument supplémentaire. Dès qu’il ferme les yeux, les questions et les images reviennent le hanter. Et merde. Il n’est vraiment qu’un oméga en chaleur.
