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Remus avait l’habitude de parler de tout avec Sirius. De leurs parents, de leurs amis, de filles, de leurs fantasmes sur Peach Salmander, la chanteuse des White Widz – de tout. Ils parlaient même de Veda et Helena, leurs copines respectives, quand ils avaient un peu bu. Il n’y avait personne d’autre avec qui il pouvait parler comme ça, pas même James et Peter. Et à la manière qu’avait Sirius de s’adresser à lui, avec cet empressement caractéristique, il imaginait que c’était pareil de son côté.
Alors, quand quelque chose se passe et qu’ils n’en parlent pas, il sait que c’est sérieux.
*
Il est encore à moitié endormi lorsqu’il commence à entendre du bruit en bas. Les pas de ses parents qui s’affairent en cuisine, le son de la radio. La réalité prend doucement le pas sur les rêves. En s’étirant, son bras se heurte à l’épaule de Sirius et…
« Putain de merde, Remus, quelle heure il est ?? »
Il sent un bras tâtonner au-dessus de lui pour atteindre une baguette.
« Tempus. Oh, merde !! »
Remus retire le drap à lui alors que Sirius l’enjambe sans aucune grâce.
« Qu’est-ce qu’il y a ? » demande-t-il, se redressant mollement sur un coude pour observer Sirius. Il est en train de s’agiter autour de la chambre à la recherche de ses vêtements, les traits marqués par le sommeil et les cheveux en pagaille autour du visage. Remus se retient de rire.
« Si Walburga découvre que j’ai encore découché, je vais me taper un énième sermon sur mon comportement. Ça va durer des heures.
- Vivement qu’elle te vire pour de bon ! » baille Remus. « Sérieux Sir’, tu peux pas rester là-bas. Tu vas devenir dingue. »
Sirius s’arrête au milieu de son mouvement pour enfiler sa chaussette. « Je sais. James m’a dit que ses parents seraient d’accord de m’héberger. Dès qu’ils reviennent de vacances, je me casse. » Sirius finit de mettre sa chaussette avant de se tourner vers le lit avec une grimace. « Sirius, tu salis la lignée Black par ton odieux comportement, tu déshonores l’héritage fort et pur de tes ancêtres ! Quelle honte, quelle disgrâce !! » Remus pouffe face à l’imitation réussie de Walburga.
Il tend le bras pour avaler une gorgée d’eau du verre qui traine sur sa table de nuit. Juste avant qu’il ne puisse l’atteindre, Sirius l’attrape et le finit d’une traite.
« Hey !
- J’en ai plus besoin que toi, » dit Sirius, en enfilant un tee-shirt. « Tu sais comme le Réseau de Cheminées de Grimmaurd est étouffant. » Sa veste en cuir sur les épaules, il s’apprête à prendre une poignée de poudre lorsque Remus réalise quelque chose.
« Sir’, c’est mon tee-shirt !! »
Sirius s’arrête net, se retourne et examine le tee-shirt noir qu’il porte sous sa veste. Son propre tee-shirt se trouve en effet encore au pied du lit. C’est vrai qu’ils se ressemblent beaucoup, en dehors d’une marque blanche proche de l’encolure sur le tee-shirt de Remus. Si le brun avait eu l’air d’être la personne la plus pressée du siècle il y a à peine deux minutes, il était désormais tout à fait immobile.
Il baisse la tête et étire ses bras, comme pour s’assurer de la bonne taille du vêtement, puis il regarde Remus avec attention. Son visage encore flouté par le sommeil rend son expression moins évidente à lire ; il a l’air d’hésiter.
« Quoi ? » demande Remus. « Rends-le-moi. »
Mais plutôt que de s’exécuter, Sirius continue de regarder son ami. Le sourire qui lui fend alors le visage l’habille tout de suite de malice. « Non. »
C’est le ‘non’ d’un enfant à qui on demande de s’arrêter de jouer pour passer à table. Il y a quelque chose d’inhabituel, quelque chose que Remus n’avait jamais vu chez Sirius avant. De la défiance ? De la provocation ?
La seconde d’après il se remet à s’agiter rapidement, attrapant une poignée de poudre dans une main, une écharpe qui trainait là dans l’autre, jetant d’abord l’écharpe sur Remus, juste pour l’agacer, puis la poudre dans la cheminée, pour enfin disparaître.
Remus se retrouve alors là, le corps enfoui dans les draps et le visage encombré par l’écharpe ; alors que le bruit de la Cheminette finit de résonner dans la pièce, son regard ne quitte pas le tee-shirt de Sirius au pied de son propre lit, laissé en boule.
*
Il n’y repense pas. Pas avant la semaine suivante ; ils sont dans un club moldu, baignés dans la fumée de cigarette, lorsque Veda lui donne un coup de coude « Hey, ce n’est pas ton tee-shirt que porte Sir’ ? »
Remus regarde Sirius, assis à la table voisine, Helena sur les genoux. Sa main est installée dans le bas du dos de la jeune fille. Il est en train de lui souffler quelque chose à l’oreille, et elle rougit sous son sourire. Ses doigts à elle sont enroulés dans le haut que porte Sirius, mais derrière ceux-ci, oui, Remus distingue clairement son tee-shirt.
Veda doit comprendre en regardant l’expression de Remus qu’il l’a reconnu, puisqu’elle se met à glousser. « Ooh, c’est trop mignon ! Et moi qui pensais qu’il n’y avait que les filles qui se prêtaient des habits !
- Je sais pas où il l’a trouvé, » s’entend dire Remus, tout en pensant que si, il sait très bien où il l’a trouvé. Il trouve cela un peu bizarre, que Sirius porte son tee-shirt aujourd’hui. Qu’il ait choisi de le porter plutôt que de lui rendre, par exemple, ou plutôt que de le laisser trainer en boule au pied de son armoire, comme tous ses autres vêtements. Si Veda ne lui en avait pas fait la remarque, il n’est pas sûr qu’il aurait remarqué qu’il le portait, d’ailleurs.
Il décide de passer à autre chose, mais ses pensées y reviennent toutes seules. Ses yeux trouvent à nouveau le col reconnaissable que porte Sirius. Il continue de trouver ça un peu surprenant, de porter ce tee-shirt, pour sortir, et en sa présence. Si cela avait été quelqu’un d’autre, Pete ou James par exemple, ça n’aurait pas été pareil ; il aurait pensé que c’était simplement une erreur, ou plutôt une absence totale de considération pour le choix d’un vêtement ou d’un autre. Mais il sait que Sirius n’est pas comme ça. Il ne fait jamais rien par hasard. Sous ses airs de rebelle, de gamin un peu trop excité, Sirius est quelqu’un de précis. Si Remus trouve que son ami est brillant, il n’a aucun mal à admettre qu’il est aussi un peu manipulateur.
Alors, un peu plus tard dans la soirée, lorsque les filles s’activent sur la piste de danse et que Peter discute avec la barmaid, Remus se glisse sur le fauteuil à côté de Sirius.
« Tu portes mon tee-shirt, » dit-il. Et au vu de l’éclair de malice qui traverse son visage, dans ses yeux et dans son sourire en coin, Remus comprend qu’il a vu juste – ce n’était pas juste le hasard.
« Et tu viens seulement de le remarquer ? » s’amuse Sirius, en mimant le choc et la déception de manière dramatique. « Et après on dit que c’est moi qui ne fais pas attention au reste du monde. »
Un sentiment assez désagréable s’empare de Remus, comme s’il n’était pas inclus dans le délire de Sirius. C’est agaçant. Leur complicité habituelle lui donne souvent l’impression de gagner en assurance et en aisance. Là, il se sent juste idiot.
« Quoi, pourquoi ? »
- Eh bien, je pense que c’est à cause de toutes ces rumeurs sur moi – sûrement des jaloux si tu veux mon avis - je serais quelqu’un de mégalo et d’égocentré, incapable de voir autre chose que mon propre –
- Non, je veux dire, pourquoi est-ce que tu portes mon tee-shirt, Sir’ ! »
Sirius hausse simplement les épaules. « Je l’aime bien, » dit-il, et brièvement, Remus a l’impression de le revoir pendant leurs entraînements d’Animagi, parce qu’il a ce même air ; cet air concentré, passionné, comme quand il fait quelque chose de si intense qu’on a l’impression que rien ne pourrait le troubler.
« Tu… tu ‘l’aimes bien’ ?
- Ouais, » répond Sirius, en baissant brièvement les yeux sur le tee-shirt. Puis il relève les yeux, s’assure de capter le regard et la pleine attention de Remus avant d’ajouter « il sent toi ».
Même s’il est décontenancé par cette réponse, Remus est encore plus surpris par sa propre réaction. Il se sent rougir furieusement, avant d’être écrasé par la gêne et une vague de chaleur dans son ventre. Il déglutit. Avec Sirius, tellement de choses peuvent être des blagues, des choses dîtes pour vous faire marcher, des choses qui vous font raconter d’autres choses stupides, et dont il se sert ensuite pour se moquer de vous. Est-ce qu’il est en train de se moquer de lui ? Fous-toi de la gueule de ton pote, vole-lui un vêtement, dis-lui que c’est parce qu’il a son odeur, et quand il montre un signe de faiblesse, fais-le passer pour un con en le racontant au reste de ta bande d’amis !
Alors Remus scrute l’expression de Sirius, à la recherche d’indices sur le fait que tout ça ne soit encore qu’un de ses délires. Mais tout ce qu’il trouve sur le visage de son ami, ce sont des traits rigides. Sirius a l’air sérieux. Et ça provoque à nouveau cet éclat chaud et bizarre dans le ventre de Remus.
Mais avant qu’il ne puisse saisir sa chance de répondre quelque chose, Veda et Helena apparaissent devant eux, riant à propos de Peter qui est encore au bar. Et aussi soudainement qu’il les avait enveloppés, le moment s’évapore.
*
Il reste longtemps dans son lit après ça. Allongé, le regard rivé sur le plafond. A se demander ce qui est en train de se passer. Il n’est pas stupide. Il a tout à fait conscience qu’il est un jeune sorcier de 17 ans, et qu’à peu près n’importe quoi pourrait provoquer chez lui une excitation – il se souvient du dernier jour à Poudlard avant l’été, où il avait vu deux filles de septième année s’enlacer pour se dire au revoir ; il avait eu une érection pendant des heures après ça. Mais là, c’est différent. Penser à Sirius qui porte son tee-shirt, qui aime porter son tee-shirt, c’est juste –
C’est dangereux. Remus se sent terrifié face à cette pensée.
Ils avaient toujours partagé leur lit. C’était arrivé des centaines de fois, et il n’avait jamais… Ça n’avait jamais été différent de partager un lit avec Peter ou James. Et oui, Sirius et lui avaient toujours eu cette manière particulière de discuter ensemble, comme si plus personne n’était là, autour. Mais Sirius et James avaient aussi une relation particulière, c’était normal. Tout le monde a des meilleurs amis. Ça ne veut rien dire du tout.
Mais les pensées qui le traversent avant qu’il ne s’endorme, celles qui flottent entre les états de conscience et de songe, sont loin d’être platoniques.
*
Ils n’en parlent pas. Lorsqu’ils se revoient, c’est à l’occasion de leur match de Quidditch hebdomadaire sur un terrain vague du Nord de Londres. Et Sirius porte cet horrible tee-shirt qu’Helena lui a offert à Noël. Remus se sent particulièrement soulagé. Ils ne s’évitent pas, mais ils ne sont pas non plus aussi complices que d’habitude.
Ils ne se voient pas non plus après leur match, comme ils le font habituellement. Sirius doit voir son frère, et Remus a un rencard avec Veda. Ils se séparent sans plus de cérémonie, et Remus ignore le malaise qui lui tord le ventre.
Par hasard, ils se retrouvent à nouveau face à face le lendemain sur le Chemin de Traverse, alors que Remus est sorti faire une course pour son père. Sirius tousse, comme il le fait souvent lorsqu’il est gêné. Remus se demande s’il est le seul à avoir remarqué qu’il faisait cela.
« On est pas euh… Tout va bien ? Je veux dire… entre nous ? » demande-t-il après avoir fini de se racler la gorge. Il refuse de regarder Remus dans les yeux, préférant poser son regard au bout de la rue. Remus se sent bizarre ; ils parlent de tout – pourquoi ne pourraient-ils pas parler de ça ?
Mais plutôt que de répondre clairement, de les forcer à avoir cette discussion et de régler ce malaise (‘pourquoi est-ce que tu me demandes ça ?’, ‘pourquoi ça n’irait pas entre nous ?’), il se contente d’acquiescer. « Tout va bien ! »
Cette réponse lui vaut finalement un regard de Sirius, bref, et un peu suspicieux. « Tu viens toujours à l’entrainement vendredi soir ? »
Remus acquiesce à nouveau. « Bien sûr. Toi ? »
Sirius hausse les épaules. « Évidemment que je viens – qu’est-ce que vous feriez sans gardien ? »
Remus se dit que sa confiance en lui dépasse grandement ses talents plutôt médiocres de joueur de Quidditch, mais Sirius ne lui laisse pas le temps de poursuivre leur échange. Il est déjà en train de repartir de son côté, le pas rapide et la main en l’air pour le saluer.
Si Remus se sent à ce moment-là comme une merde, il s’assure de ne rien laisser paraître.
*
A la fin de la journée, il en est au point où il n’arrive plus à penser à quoi que ce soit d’autre.
Le tee-shirt que Sirius a laissé la dernière fois est toujours là, sur le dos de la chaise du bureau. Il gisait sous une pile d’autres vêtements, mais sa motivation à ranger sa chambre cet après-midi l’avait fait réapparaître. Remus s’approche de la chaise et attrape le tee-shirt.
Il est debout dans sa chambre, la porte fermée, le vêtement à la main. L’ambiance est pesante, il a l’impression d’être englué dans une espèce de malaise épais ; pourquoi est-ce qu’il se sent si coupable, juste à le tenir comme ça ?
Comme s’il était en train de faire quelque chose de gênant.
Il finit par le jeter à nouveau au bout de son lit, et il descend, appelé par Lyall pour mettre la table.
*
Le lendemain matin, lorsqu’il se lève, il l’enfile. Sans y penser (sans pouvoir penser à rien d’autre), il passe sa tête dans le col, le rentre dans son jean. Pieds nus, il s’approche du miroir sur la porte de son armoire. Le tee-shirt lui va. Il lui va bien, même. Ce noir uni, sans les marques blanches du col, lui donne un air plus dur que sa propre version du vêtement.
Le tissu est imprégné de l’odeur de Sirius.
Avec horreur, Remus se voit envahi d’un sentiment chaud, inconfortable, et il réalise en regardant son reflet qu’il est en train de rougir. Il tire sur le bas du tee-shirt, incapable de savoir s’il doit l’enlever ou non.
« Merlin, » se dit-il à lui-même dans le miroir. « C’est juste un tee-shirt ».
Au moment de se détourner de l’armoire pour continuer à se préparer, Remus réalise qu’il est en train de bander. Il ne sait pas quoi faire. Maudit soit Sirius et son tee-shirt débile.
*
Remus n’est absolument pas certain de lui quand il se rend sur le terrain avec le tee-shirt sur lui. Malgré la chaleur, il attache sa veste de Quidditch jusqu’au cou, en se disant que s’il trouve Sirius dans une de ses humeurs désagréables, il aura le choix de garder ça pour lui. Mais lorsqu’il arrive à son niveau, Sirius est en train de rire franchement à une imitation de Peter. Un tout petit peu plus rassuré, Remus pose sa veste avec le reste des affaires sur un banc.
A la seconde où il se tourne pour le voir arriver, Sirius le remarque.
Remus ne le regarde pas. Il se dirige plutôt vers Alfie pour l’aider à préparer les Cognards, mais il sent le regard de Sirius sur lui. A l’intérieur de son corps, c’est comme si tout s’était accéléré. Comme s’il était sur son balai et qu’il plongeait à toute vitesse en direction du sol. Il est terrifié, et se demande pourquoi il est vraiment en train de porter ce putain de tee-shirt. Mais il ne savait pas quoi faire d’autre ; Sirius est le genre de personnes qui a besoin de signes. Helena n’arrête pas de le dire, en multipliant les attentions et en répétant qu’il a besoin de savoir qu’elle l’aime. Alors Remus se dit que si Sirius a besoin de preuves que « tout va bien entre eux », et bien… et bien il ne voit pas meilleure preuve que celle-ci.
Il se découvre des talents pour discuter et préparer le match en présence de Sirius sans jamais croiser son regard. Alors au moment où leurs yeux finissent par se rencontrer, juste avant que le début du match ne soit sonné, Remus est tellement tendu qu’il n’est pas sûr d’être encore capable d’interpréter le visage de son ami.
Sirius a l’air… suspicieux. Il regarde le tee-shirt de haut en bas, puis revient aux yeux de Remus. Il fronce alors les sourcils, dans une interrogation silencieuse mais évidente.
Remus hausse les épaules, feignant l’innocence autant que possible. « Prêt ? » demande-t-il, en indiquant le Souaffle. Puis ils se mettent à jouer, et ‘éviter-une-conversation-tout-en-gardant-une-attitude-non-chalante’ n’est plus un problème.
Si Remus s’attend à quelque chose après le match, il se retrouve le bec dans l’eau. Sirius quitte le terrain alors qu’ils sont encore tous en train de ranger et de nettoyer leurs tenues. Il disparaît avant que Remus n’ait le temps de se retourner.
*
Remus est sur le point de s’endormir quand il entend le crépitement de la cheminée de sa chambre. Il s’assoit sur son lit, et découvre la silhouette de Sirius qui se dégage de l’antre.
« Qu’est-ce que tu fais là ? Il doit être une heure du matin ! » chuchote Remus quand son ami arrive au niveau de son lit. Il essaie de retenir le sourire qui lui étire le visage, mais abandonne rapidement.
« Content de te voir aussi, mec ! » grogne Sirius, tout en se débattant avec sa botte qu’il n’arrive pas à retirer.
« Tu m’as pas dit que tu venais ce soir.
- Oh pardonnez-moi cher ami, vous me voyez déroger au Code des bonnes manières des Sangs-Purs, j’aurais dû vous annoncer ma venue ! »
Remus étouffe son rire dans sa main alors que Sirius prend place sur le matelas. Il se sent si soulagé tout à coup, que tout semble à nouveau si normal. Que Sirius soit là. « Allez, fais-moi un peu de place ! »
Remus se décale sur un côté du lit et réarrange ses coussins. « Déjà, pourquoi tu es là ? »
- Oh, une petite dispute avec Helena, » répond Sirius. Il pose sa baguette sur la table de nuit, enlève son jean et se glisse sous le drap. « Bon Remus, je voudrais pas être impoli, mais tu m’empêches de dormir avec toutes ces discussions. Je devrais déjà être en train de dormir depuis des heures. »
Remus déglutit dans une tentative de faire disparaître cette tension dans sa gorge. Il est content que Sirius soit là, même s’il n’a aucune idée de pourquoi il est là. Sirius finit de s’installer et tire le drap sur eux. Il faisait toujours toute une cérémonie au moment de se coucher, ajustant draps, couettes, coussins et matelas dans une tentative d’être installé le plus confortablement possible. Dans une autre vie, Patmol avait été un chat, il en était persuadé.
Lorsque Remus rouvre les yeux, il se trouve à quelques centimètres du visage de Sirius.
« Salut, » chuchote le brun.
Remus esquisse un sourire. « Salut.
- Tu viens souvent ici ?
- Ouais, plutôt. Et toi ?
- Parfois, » Sirius hausse les épaules. « Le service laisse à désirer, pas de petit dej’ le matin, et le lit est vraiment minuscule. » Remus se retient de rire. « Et, » ajoute-t-il en se penchant un peu, comme s’il allait s’apprêtait à lui faire une confidence. « Des fois, ils te piquent même tes fringues. »
Remus se sent immédiatement rougir. Sirius retrouve son air de malice. Ou de fourberie.
Ils se taisent tous les deux. Remus ressent un pic d’angoisse à l’idée qu’il se passe quelque chose, quelque chose qu’il ne serait en mesure ni de prévoir, ni de contrôler. Il essaie de ne pas y penser. S’il commençait à penser à ce qui pourrait arriver, il aurait peur de finir par vouloir que ça arrive. Il maintient son regard dans celui de Sirius, à la recherche de quelque chose. Il ne sait pas exactement quoi, peut-être un indice sur ce qu’il veut, ce qu’il projette. Remus n’a aucune idée de ce qu’il doit faire ou ce qu’on attend de lui ; il aimerait s’accorder à Sirius, comme il le faisait d’habitude.
Il ne s’autorise pas à penser à ce que, lui, aimerait faire ou dire. Au-delà du fait qu’ils avaient toujours fonctionner comme cela, Sirius menant la danse et Remus en partenaire idéal, il sait à quel point la situation est délicate. Il a conscience qu’un pas ou un mot de travers lui couterait son amour propre, mais surtout son amitié.
« Arrête de penser, » lui lance Sirius. « Tu me déconcentres. J’essaie de dormir.
- Mais, c’est – Tu es dans mon lit !
- Seulement parce que j’arrivais pas à trouver le sommeil dans le mien ! »
Remus se sent sourire. « Je croyais que tu t’étais disputé avec Helena ?
- Oh, et bien… » commence doucement Sirius, « ça aurait été le cas si elle avait su à quoi je pensais alors que je partageais son lit. »
Sirius était en train de sous-entendre que –
Merlin, c’était comme si l’intérieur de son corps venait de se retourner. Il est incapable de savoir s’il se sent plus effrayé ou impatient, plus excité ou paralysé. Il enfonce un peu plus son visage dans l’oreiller, essayant de cacher le sourire dont il n’arrive pas à se défaire. Sirius l’observe et rit. « Merlin, » souffle-t-il doucement dans la pénombre de la chambre. « Je peux lire en toi comme dans un livre.
- C’est vrai ? » demande Remus, vaguement surpris. « Moi je suis incapable de savoir ce que tu penses. »
Ils restent allongés à se regarder pendant un petit moment encore, avant que Sirius ne lève les yeux au ciel. « Dors, » dit-il. L’idée de dormir semble d’abord incongrue à Remus – dormir ? Maintenant ? – mais très vite il se demande ce qu’il attendait d’autre. Merde, une vague de lucidité lui rappelle qu’il s’agit bien de Sirius et lui dans ce lit, qu’ils sont bien meilleurs amis, qu’ils sont bien deux mecs. Oui, Sirius a peut-être l’air d’un ange maintenant, une main sous l’oreiller et l’autre repliée sous sa mâchoire, mais il aura beaucoup moins l’air d’un ange demain matin. Et ils ne vont sûrement pas parler de tout ça. Même si Remus ne sait pas vraiment ce que c’est, ‘tout ça’.
« Oui, » répond-t-il à lui-même plus qu’à Sirius. « Dormir. » Il voit son voisin de lit ouvrir un œil, esquisser un sourire un peu moqueur, puis disparaître à nouveau derrière ses paupières. Remus essaie de faire de même, mais ses pensées ne cessent de s’agiter – Sirius est là, dans son lit, tout va bien entre eux, porter le tee-shirt n’était pas une mauvaise idée finalement – encore et encore.
« Dors, » murmure encore Sirius, et Remus sourit.
« Ferme-la. »
Sirius lui envoie un coup de genou sous le drap. Remus a l’impression que dormir est la dernière chose qu’il serait capable de faire là maintenant. Finalement, il se retourne, dos au brun, en espérant que ça l’aidera à trouver le repos. Mais il se retrouve juste au bord du matelas, et il n’ose pas se reculer, de peur de toucher Sirius – d’habitude ils ne pensent jamais à ça, il s’agit juste d’essayer de partager au mieux le petit espace du lit, mais là… Il reste sur le rebord du lit, se demandant comment il va réussir à dormir ne serait-ce qu’une putain de minute, lorsqu’il sent une main glisser sur sa taille.
Il sursaute presque.
« Viens-là, » dit la voix de Sirius, douce et ferme. « Tu vas tomber, reviens-là ».
Remus obéit sans réfléchir plus, et – Merlin, il peut sentir que Sirius est dur. Il ne sait pas trop à quoi d’autre il s’attend (lui aussi l’est, ils ne sont que deux adolescents après tout), mais très vite, il réalise qu’il est extrêmement difficile de rester immobile contre lui. « Maintenant endors-toi, » répète Sirius, pour la troisième fois.
Mais c’est comme lui demander de rester calme un soir de pleine lune. La tête de Remus lui hurle de rester immobile, mais son corps en est simplement incapable. Dans une volonté de sentir davantage le contact, il se sent faire un mouvement de cambrure, léger mais décidé. Le soulagement qu’il en ressent est aussi intense qu’immédiat. Mais ce sentiment de satisfaction a également pour conséquence de lui faire prendre conscience de l’ampleur du désir qu’il éprouve. Il se trouve réduit à ce désir et à ce besoin irrépressible d’y répondre ; comme dans cet état caractéristique de ses transformations lycanthropes, où plus rien ne compte que son corps, son instinct, ses sens.
La main sur sa hanche se resserre d’un coup, et Sirius se presse un peu plus contre lui, son corps entier contre celui de Remus. Il est brûlant. Remus bouge à nouveau, sent un mouvement qui répond au sien, et retient de justesse un gémissement. Alors qu’ils continuent de se mouvoir doucement l’un contre l’autre, comme s’ils n’osaient pas croire ce qu’ils étaient en train de faire, Remus sent le souffle de Sirius dans son cou, où il vient de poser sa tête. Il sent malgré lui ses yeux se fermer ; il ne sait pas s’il le fait dans une quête de vouloir se concentrer sur toutes ses sensations, ou au contraire d’échapper à tous ses ressentis. L’immense tension qui lui traverse le corps ne s’apaise en rien au contact du souffle de Sirius sur sa peau. Autant jeter de l’huile sur le feu. Sa mâchoire est crispée, ses muscles raides.
Mais finalement, Sirius le stoppe, la main ferme sur sa hanche. Remus, rendu bête et frustré par le désir, tente de reprendre ses mouvements, mais la voix sombre de Sirius l’arrête. « Stop, Remus. Sérieux. »
Et Remus comprend ce que ce ‘sérieux’ veut dire, pour l’avoir pensé lui-même plusieurs fois. Il s’immobilise. « Bonne nuit, » répond-t-il finalement.
Sirius met si longtemps à lui répondre qu’il finit par croire qu’il s’est déjà endormi. Mais il entend un petit rire lui échapper, et il frissonne en le sentant directement sur sa nuque. « Ouais, bonne chance pour réussir à dormir. »
Remus rigole doucement, souriant dans la pénombre de la chambre.
*
Le lendemain, comme Remus commence à s’y habituer, ils n’en parlent pas. S’il n’avait pas encore en tête la sensation du corps de Sirius pressé contre le sien, il aurait pensé que tout ça n’était jamais arrivé. Ils parlent de Peter et de ses absences de plus en plus nombreuses aux matchs, ils parlent de Veda et de sa proposition d’aller voir un film au cinéma moldu tous les quatre ensemble demain, ils parlent du retour de James dans moins de trois semaines. Ils ne parlent pas de cette nuit. Remus a envie de lancer le sujet, sait que Sirius ne veut pas, alors il ne le fait pas. Ce qui tourne en boucle dans sa tête, c’est surtout quand, si, et comment il pourrait à nouveau se passer quelque chose entre eux. Il a l’impression de devenir fou, à se poser toutes ces questions sans être capable de ne répondre à rien. Et ça fait à peine quelques heures qu’il est réveillé.
Après deux tranches de pain et la fameuse recette de Lyall des œufs-pas-assez-cuits-mais-pourtant-brûlés, Sirius salue la famille Lupin avant de rejoindre le Square Grimmaurd.
Remus ne s’attarde pas à la table du petit-déjeuner avec ses parents ; il se dirige droit vers sa chambre à l’étage, se vautre dans son lit et plonge sa main dans son pantalon. Au moment de jouir, il étouffe les sons qui s’échappent de sa bouche serrée dans un coussin.
*
Le cinéma du Sud de Londres qui les accueille ce soir-là est rempli. Les deux couples prennent place sur des sièges dans le fond de la salle, Remus à une extrémité du groupe, Sirius à l’autre. Bien que le film ne soit pas déplaisant, Remus est encore incapable de se concentrer. Il ne sait pas comment fait Sirius pour continuer à vivre comme si de rien n’était. Ses sens à lui ne semblent plus fonctionner que pour le brun. Il l’entend bouger sur son siège ou rire doucement, il voit d’un coin de l’œil lorsqu’il remet ses longs cheveux derrières ses oreilles ou lorsqu’il tend la main pour attraper du pop-corn. L’odorat n’est pas un sens que Remus affectionne particulièrement, parce qu’il lui rappelle trop son état de loup-garou. Mais Merlin, même l’odeur de Sirius l’empêche de se concentrer sur le film.
Ils ont tous les deux un bras autour du siège de leur copine, si bien que leurs mains sont posées juste à côté entre les dossiers des deux filles. Peu avant la fin du film, lorsqu’il sent les doigts de Sirius sur le dos de sa main, Remus se tend. Il les sent bouger très légèrement sur ses propres doigts, puis s’immobiliser. Son cœur s’emballe, il n’ose plus faire le moindre mouvement. Après quelques secondes de sidération, d’excitation puis d’hésitation, Remus tourne doucement le bras, de façon à pouvoir, lui aussi, toucher les doigts de son ami avec les siens. Ses gestes sont si lents qu’il lui semble être en train de les imaginer. Il reconnaît les bagues de Sirius sous son pouce. Le temps s’arrête.
Une profonde respiration permet à Remus de revenir un peu à la réalité. Il se recule dans son siège pour jeter un œil du côté de son ami, qui est en train de sourire légèrement. Sirius finit par tourner la tête pour le regarder aussi, et lève sa main pour lui faire un doigt d’honneur.
Remus n’arrive pas à retenir un ricanement, qui lui vaut un coup de coude de Veda.
*
Il essaie de ne pas y aller. Il essaie vraiment. Il met en boucle le vinyle des White Widz, il reprend la lecture de l’Héritère de Rowena, il métamorphose sa lampe de chevet en sablier, puis en rat (sans queue), puis en tasse, il récite l’alphabet des anciennes runes. Mais ça ne marche pas.
A 1 heure du matin, il se lève et attrape une poignée de poudre de Cheminette en murmurant l’adresse du 12 et la chambre de Sirius.
Sirius ne doit pas être en train de dormir profondément, puisqu’il se redresse rapidement en l’entendant arriver, un demi-sourire aux lèvres.
« Qu’est-ce que tu fous là ? » demande-t-il, sans avoir l’air surpris pour autant.
« Ah, je voulais m’assurer que Walburga n’avait pas condamné ton Réseau de Cheminée, tu vois. » Remus se sent incroyablement gêné. Et excité. Il ne peut pas détacher son regard de Sirius.
Il porte encore son tee-shirt.
« Fais pas de bruit, » lui ordonne-t-il, « Regulus a le sommeil léger.
- Je sais Sir’, » s’amuse Remus. « Je suis pas une fille que tu ramènes chez toi pour la première fois. »
Sirius rit silencieusement, avant de se décaler dans le lit pour lui faire de la place. Remus ne bouge pas. Il reste debout, faiblement éclairé par la lumière rouge d’un reste de bougie sur le bureau. Il se sent épuisé face à l’intensité de tout ce qui le traverse. Il est tout à la fois mu par une énergie débordante, qui l’empêcherait de dormir pendant des jours, et à la fois plongé dans une impression de vide total, comme si sa vie lui était étrangère. Quand il voit que Remus reste immobile, Sirius se redresse sur son coude.
« Et pourtant tu te comportes comme une fille que je ramènerais pour la première fois ! Allez viens. »
Remus enlève ses chaussettes, son jean et son gros pull, puis il se glisse dans le lit. Les draps sont froids, il frissonne.
« T’es encore en train de le porter, » dit-il doucement, en tirant sur le tee-shirt de Sirius (ou plutôt son tee-shirt). Il sent la chaleur du ventre de Sirius sous le tissu, et il frissonne à nouveau. Pour une autre raison cette fois-ci.
« Oh, j’ai juste mis le premier tee-shirt que j’ai trouvé en sortant de la douche, » répond Sirius, s’allongeant à nouveau de manière à ce qu’ils se retrouvent face à face. D’aussi près, Remus distingue bien les traits de son visage, même avec la faible lumière.
« Tu dors avec ?
- Je fais plein de choses avec. »
Remus sent une chaleur envahir son visage, il est sûr qu’il est en train de rougir. Sirius n’a pas son sourire moqueur habituel, alors c’est qu’il doit être sérieux. Il repense à ce qu’il a lui-même fait ce matin, dans ses draps encore imprégnés de l’odeur de Sirius ; et il ressent cette petite vague de désir caractéristique lui envahir le bas du ventre.
« Il te va bien, » dit doucement Remus, profitant du prétexte de toucher le tee-shirt pour le toucher à nouveau lui. Il fait courir le dos de ses doigts sur la partie basse du tee-shirt, et termine son geste en posant sa main sur la hanche de Sirius. Dans un mouvement léger, son pouce retrace l’os de sa hanche, exposant sa peau. Sa main est désormais sous le tee-shirt. Il poursuit encore son geste, jusqu’au ventre du brun, dans une caresse si légère qu’elle pourrait être un souffle. Il observe Sirius frissonner.
« C’est pas comme ça qu’on va réussir à dormir, » murmure Sirius, d’une voix moins assurée qu’à l’ordinaire. Sous le drap, Remus le sent bouger, faufiler son genou entre ses jambes. Il les écarte légèrement pour faciliter le rapprochement, et Sirius se glisse contre lui, ses cuisses brulantes contre les siennes.
« Non, » répond Remus, le souffle court. « C’est pas comme ça qu’on va dormir. » Le lit une place de Sirius est si petit qu’il leur suffit de bouger d’à peine quelque centimètres pour continuer à se rapprocher. L’esprit de Remus devient complètement vide. Tout ce qui compte, c’est la chaleur du corps de Sirius contre le sien, sa cuisse entre les siennes, leurs jambes emmêlées, la proximité de leurs lèvres. Une pensée lui traverse alors l’esprit. Il réalise qu’il ne veut pas seulement toucher Sirius, il veut aussi l’embrasser. Terriblement, même. Il avait préféré apaiser toutes ses récentes prises de tête en se disant que tout ça n’était que physique ; que ses réactions, ses ressentis ou ses pensées étaient certes déconcertantes, mais que ce n’était qu’une conséquence normale de ses hormones de jeune homme de 17 ans. Mais il réalise que l’origine de tout ça, ce n’est pas sa condition hormonale – c’est Sirius.
Remus s’entend expirer dans le silence de la pièce, le souffle un peu tremblant. Sirius est tellement proche que toute retenue devient insurmontable, mais il reste conscient que l’embrasser, parcourir ces derniers centimètres qui séparent leurs lèvres, ce serait comme franchir une limite. Peu importe qu’ils soient pressés l’un contre l’autre, leurs érections désormais évidentes, que les ongles de Sirius caressent lentement la cuisse de Remus – tout ça pourrait s’expliquer. S’embrasser, ça serait inexplicable.
« J’espère que t’es du genre discret, » murmure Sirius en faisant glisser, terriblement lentement, sa main le long du dos de Remus. Garder les paupières ouvertes semble impossible à Remus ; il ferme les yeux lourdement, se demandant s’il est possible de s’évanouir face à trop de sensations. La main de Sirius est ferme, comme la main de Veda ne l’est pas. Il n’y a pas d’hésitation dans son geste, pas de demande de permission. Remus se cambre sous la chaleur qu’il ressent alors que la main continue d’explorer sa peau sous le tee-shirt. Il se perd dans la sensation de ces doigts épais le long de sa colonne vertébrale, puis il réalise que Sirius vient de dire quelque chose. « Remus ? »
Ses yeux s’ouvrent brusquement. « Quoi ? »
Sirius a l’air amusé, mais son regard ne laisse pas de doute sur le désir qu’il ressent – ce qui rassure Remus. « Enlève-ça, » répète-t-il, et Remus réalise alors qu’il est en train de tirer sur le bord du tee-shirt.
Incertain d’être encore capable de comprendre quelque chose, Remus se relève légèrement, donnant l’espace à Sirius de bouger. Après avoir fini de retirer le sien, il tire sur le tee-shirt du brun – celui à cause duquel tout ça avait commencé – pour qu’il fasse de même. Remus le laisse tomber par terre à côté de l’autre vêtement, puis pose ses mains à plat sur le ventre et le torse de Sirius. Cette peau lui semble étrangère, moins douce, moins féminine, et Remus sent une vague de désir confus le traverser face à cette pensée.
Leurs corps se mouvent l’un contre l’autre et Remus se tourne sur le dos, Sirius s’allongeant sur lui. Ses cheveux lui tombent autour du visage. Un minuscule éclair de lucidité le frappe et Remus prend la mesure de ce qui est en train de se passer. Le simple fait de penser à leur position lui tord le ventre de plaisir. Il se cambre, à la recherche de davantage de contact, et trouve en réponse le corps de Sirius qui s’enfonce contre le sien. Les mains de Remus s’attardent sur leurs deux sous-vêtements, seuls tissus les séparant encore. « Ça aussi, » s’entend-t-il dire d’un ton pressé. Sirius se redresse pour retirer son caleçon et Remus fait de même, avide de retrouver le contact de sa peau.
Quand Sirius se réinstalle sur lui, Remus ouvre ses jambes autant que le minuscule lit lui permet de le faire. Sirius se place entre elles et, sans le quitter des yeux, s’abaisse pour que leurs queues se touchent ; électrisé, Remus place ses mains dans son dos pour le tirer plus à lui et aligne leurs hanches. Sa respiration est courte et bruyante, il l’entend résonner dans la nuit de la chambre. Une brève inquiétude le traverse, il espère que personne ne peut l’entendre. Mais Sirius est dans le même état que lui, le souffle erratique, et Remus lui saisit le bras, l’attirant encore à lui. La seule chose qui compte est de le sentir plus près de lui, et plus fort ; il sait qu’il ne peut pas avoir sa bouche - bien que ce soit ce qu’il veuille le plus, la bouche de Sirius, qu’il voit, malgré la pénombre, humide comme s’il venait de passer sa langue sur ses lèvres - alors il veut le reste de leurs corps ensemble, aussi proches que possible, dans une tentative vaine qu’ils se fondent l’un en l’autre.
Comprenant la démarche, Sirius s’allonge entièrement sur Remus, enfouissant son visage contre son cou. Ses lèvres – humides, se confirme-t-il à lui-même – se posent contre sa peau et Remus frissonne. Il a l’impression d’être en feu, et il a l’impression que c’est la même chose pour Sirius. Et même s’il pense que ça aussi, c’est franchir une limite, il plonge sa main dans les cheveux de Sirius, attire son visage à lui, et pose ses lèvres sous son oreille. Il sent un coup de reins plus fort que les autres lui répondre, perturbant leur rythme, et un murmure, « Oh, putain… » au creux de son cou.
« C’est ok, » lui souffle Remus, bien qu’il ne soit pas persuadé lui-même que ce soit le cas. C’est trop fort, trop intense. C’est comme s’il sentait chacune de ses terminaisons nerveuses ; chaque mouvement que fait Sirius contre lui le mène un peu plus vers l’orgasme.
« Ah, je… s’il te plait, » murmure Sirius sans cohérence, « s’il te plait… » Et même si Remus n’est pas certain de ce que lui demande Sirius, il fait glisser ses doigts entre eux, appréciant la sueur qui recouvre leurs corps, et les prend tous les deux en main.
Il entend un gémissement étranglé s’échapper de la gorge de Sirius. C’est trop bruyant pour le silence de la maison, alors quand il commence à haleter et à s’enfoncer dans la main de Remus, Remus l’immobilise avec sa main libre sur sa hanche.
« Chhh, » souffle-t-il, la voix grave. « Trop de bruit, Sirius, tu fais trop de bruit. »
Avec ce qui lui semble être un immense effort, Sirius relève la tête. Ses yeux se posent naturellement dans ceux de Remus ; ils y sont tellement habitués, après tout. Il ressent tout de suite un sentiment de sécurité, de soulagement, même dans cette position.
« J’ai fait ça, » commence Sirius, d’une voix trop rapide, comme s’il était incapable de retenir un flot de paroles. « J’ai fait ça toute la semaine, en portant ton tee-shirt. Toutes les nuits de la semaine, je me suis touché, en imaginant que c’était toi, que c’était ta main. »
Remus n’est pas prêt pour ça mais il sent soudainement l’orgasme monter en lui. Continuant ses mouvements désordonnés dans sa propre main et oubliant complètement toutes les règles qu’il s’est fixées, il redresse la tête pour prendre la bouche de Sirius. La réponse de Sirius ne se fait pas attendre, puisqu’il sent ses lèvres chaudes et humides glisser contre les siennes, explorant ce nouveau contact.
Il sent la main de Sirius rejoindre la sienne entre leurs deux corps, ajoutant une douce pression alors que les mouvements de Remus se font de plus en plus erratiques. Ils ont perdu toute capacité à embrasser de manière digne, leur baiser transformé en un délicieux mélange de langues et de souffles chauds. Lorsqu’il se sent jouir, c’est en en ayant en tête les dernières paroles de Sirius – et la vision que son imagination lui en propose. Il sent sa gorge s’étrangler pour retenir les sons qui veulent en sortir, contre la bouche de Sirius. Quand il rouvre les yeux, il réalise que Sirius est proche de l’orgasme lui aussi, et il l’embrasse de plus belle, mêlant sa langue à la sienne, s’agrippant à son dos avec ses doigts et ses ongles. Il sent le brun donner quelques coups de reins plus intenses que les autres, avant de le sentir se tendre et son sperme couler sur son ventre déjà humide.
Tout sens du temps et de la réalité a disparu – Remus sent à peine le poids de Sirius sur lui.
Finalement, Sirius se redresse, jette un coup d’œil au ventre souillé de Remus, et grogne. « Super, » murmure-t-il, en roulant de l’autre côté du lit. Remus se retourne également, dos à lui, dans la même position que la veille. Il attrape sa baguette pour jeter un bref Récurvite. Il sent Sirius bouger pour venir poser son bras autour de sa taille, et un sentiment de contentement l’envahit aussitôt.
Il se sent partir vers un état de sommeil lorsqu’il reconnaît sur son épaule les lèvres de Sirius ; il frissonne doucement. « Si c’est ce qui se passe quand je te vole ton tee-shirt, » chuchote-t-il, sa bouche toujours sur sa peau. « La prochaine fois, je te volerai ton jean. »
