Chapter Text
« Je vois que vous n’avez pas dormi. »
Draco se figea, interrompant son trajet en direction du divan. Il garda les yeux fixés sur le sol. Il y avait une nouvelle rayure sur le parquet – mais était-ce nouveau ? N’était-ce pas qu’il n’avait jamais remarqué avant ? Il promena la pointe de sa chaussure le long de la ligne irrégulière et inspira – un, deux, trois, quatre, cinq – retenant l’air dans ses poumons jusqu’à ce que ce que sa tête soit lavée de ses saletés. Il souffla d’un coup bref avant de se forcer à sourire à la femme qui attendait patiemment qu’il tienne compte de son observation. Elle serait restée assise là toute la journée si ça avait été nécessaire. Après tout, c’était Draco qui payait. Avec embarras, Draco toucha la peau bouffie et tombante au-dessus de son œil gauche. Il s’était fait ce cocard en se refusant quatre bonnes nuits de sommeil. « Je crois bien que le café a fini par remplacer le sang dans mes veines, » fit-il entre ses dents, levant un gobelet en carton de son autre main.
La femme, qui avait chaleureusement intimé à Draco de l’appeler Cheryl au cours de leur première séance seulement un mois plus tôt, fronça les sourcils d’un air sincèrement inquiet. Elle lui fit signe de terminer sa route jusqu’au divan familier d’un rouge tape-à-l’œil et se détendit sur sa chaise en face de lui. Draco obéit, la lassitude s’installant dans ses os tandis qu’il savourait le confort procuré par les coussins.
« S’est-il passé quelque chose de nouveau depuis notre entrevue de la semaine dernière ? » demanda doucement Cheryl, semblant prendre littéralement des notes sur la façon dont il secouait la jambe pour rester éveillé.
« Il ne s’est rien passé de particulier, » mentit Draco. Draco mentait beaucoup pendant leurs séances. Cela allait à l’encontre du but de ces entrevues, mais il y avait des choses qu’il ne pouvait pas partager avec elle. Avec quiconque. Il y avait des batailles intérieures qu’il devait mener seul. Il n’était là, à consulter cette thérapeute, que pour apaiser sa mère. Pour travailler sur ses « problèmes » et redevenir le fils « qu’elle avait avant ». Comme s’il n’y avait pas eu une guerre il y avait moins de deux ans de ça, laissant absolument tout le monde mentalement dérangé, d’une façon ou d’une autre. « Il ne s’est rien passé, » répéta Draco dans une tentative de se convaincre lui-même. « C’est juste… » Draco expulsa sa frustration dans un soupir. « J’avais besoin d’une pause au milieu de tous ces rêves. »
Cheryl hocha la tête comme si elle trouvait ça parfaitement compréhensible. « Les rêves érotiques ? »
Elle parlait toujours du problème de Draco en termes crus, ce qui le faisait paraître tellement facile. Elle le faisait ressembler à une simple rayure dans le parquet sur laquelle on pouvait marcher, plutôt qu’à la catastrophe naturelle qui effaçait progressivement tout ce qui était Draco.
« Oui… Ceux-là. »
« Pouvez-vous me décrire le dernier que vous avez eu ? Peut-être l’avez-vous noté cette fois, comme je vous l’ai suggéré ? »
Draco posa son gobelet de café sur la table basse et tira le petit carnet de la poche de son caban. Il trouva la bonne page facilement, ayant été suffisamment obsédé par elle pendant toute cette dernière semaine pour avoir formé un pli dans la reliure. Draco n’avait jamais vraiment eu de mal à se rappeler de ses rêves. Il pouvait se souvenir de la plupart des détails avec précision. Mais il cédait à la requête de Cheryl de les coucher sur papier car c’était plus facile que de lui expliquer qu’il dissimulait des choses à la seule personne qui voulait l’aider à avancer. « Je l’ai noté, » marmonna-t-il, lui tendant le carnet au-dessus de la table.
Instantanément, Cheryl leva la main pour lui faire signe d’arrêter et secoua la tête. « Il serait plus utile que vous me le décriviez avec vos propres mots. Il s’agit de votre sphère privée et je ne veux pas y porter atteinte de cette façon. »
Le sang montant à ses joues d’albâtre, Draco recula et parcourut les mots une nouvelle fois. « Vous m’avez dit que le fait de les écrire m’aiderait », commença-t-il, inspirant longuement. L’oxygène lui semblait rare, ce qui était un signe fiable qu’il était à deux doigts de craquer. A quelques minutes de faire une crise de nerfs, une crise de panique ou de s’effondrer entièrement. « Ça n’a pas aidé. Je les note et ensuite ils sont… ils sont là, alors je les lis encore et encore et ils m’obsèdent. Et ils se répètent nuit après nuit… Ils sont pires, Cheryl. Ils empirent. Ils deviennent de plus en plus réels. Et maintenant vous voulez que je vous les lise, pour que je puisse y penser encore plus? »
Un regard compatissant n’est que modérément efficace pour sceller les fissures dans la psyché des gens. Cheryl pouvait avoir l’air aussi doux et serein qu’elle voulait, en fin de compte cela n’aidait pas. Ça ne l’empêchait pas de se mettre à hyper ventiler, et ça n’empêchait pas son esprit de revivre sans cesse les images qu’il voulait vouloir oublier.
« Respirez, » lui rappela-t-elle. « Souvenez-vous, inspirez cinq secondes, expirez cinq secondes. »
Ses mots étaient apaisants, mais tout ce que Draco voulait était un contact. Il voulait qu’on le serre. Il voulait que quelqu’un le touche et l’aime d’une façon qu’il n’avait encore jamais connue. Ses membres tremblaient de leur soif de chaleur. Son cœur le lançait de son besoin d'apaisement.
Draco fit ce qu’on lui disait, inspirant et expirant jusqu’à ce que son pouls ralentisse. Jusqu’à ce que son esprit s’éclaircisse. Jusqu’à ce qu’il se sente à nouveau lui-même, et en contrôle. L’embarras remplaçant la panique, Draco attrapa son café et sirota ce qu’il en restait pour se donner une contenance. Ce n’était pas comme si la caféine faisait encore effet. Ça le faisait juste se sentir sur les nerfs, et la tête bourdonnante. Ce n’était qu’un pansement à la base d’un problème tenace.
« Pourquoi ce rêve semble-t-il vous avoir davantage secoué que les précédents ? » demanda Cheryl quand elle vit que Draco avait retrouvé son sang-froid.
Parce que ce n’était pas seulement le rêve. C’était le rêve… et les actions que Draco avait entreprises pour aller plus loin que juste rêver. Mais il haussa les épaules, mentant de façon éhontée ; et il lui dit ce qu’elle voulait entendre, une demi-vérité soigneusement choisie, « Il devient de plus en plus difficile de déterminer ce qui était réel et ce qui n’était que mon imagination. »
« Je sais que je vous ai déjà dit ça auparavant, » commença Cheryl, et Draco dut se mordre la langue pour se retenir de rouler des yeux car il pouvait citer mot pour mot ce qu’elle s’apprêtait à dire, « mais je pense que cette frontière floue se nourrit de votre magie. Cela ressemble beaucoup au type de magie accidentelle souvent déclenchée, chez les jeunes sorciers non-entraînés, par de fortes émotions. Ainsi… inconsciemment, vous vous concentrez encore et encore sur les éléments de ces rêves que vous n’avez pas dans votre vie quotidienne, n’est-ce pas ? Puis vous allez vous coucher, et vous souhaitez qu’ils soient réels… Et peut-être qu’alors, ils vous semblent l’être, comme pour vous apaiser ? »
En d’autres mots, cela voulait dire qu’au plus profond de lui-même, Draco était très abîmé. Il lui manquait quelque chose et sa magie – son cœur – le suppliait à travers des fantasmes qu’il ne pourrait jamais réaliser. Draco acquiesça, impuissant à faire autre chose qu’approuver son opinion professionnelle.
« Draco… Veuillez partager avec moi votre dernier rêve, avec autant ou aussi peu de détails que vous le souhaitez. C’est embarrassant, je sais, mais je pense réellement que des procédés tels que les écrire et les partager à haute voix peuvent vous aider à soulager l’obsession, même juste un peu. »
Draco n’avait pas besoin de lire les mots sur les pages devant lui, mais ça l’aidait de se concentrer sur quelque chose d’autre que sa voix chevrotante.
~*~
Ça commençait dans la Salle sur Demande. Avec le Feudeymon, le défi lancé à la mort et les muscles bandés sous ses doigts tremblants. A cet instant, avec l’adrénaline pulsant dans chacun de ses nerfs, il n’avait jamais été aussi sûr de quoi que ce soit dans sa vie.
Draco donnerait son droit d’aînesse sur la fortune Malfoy, et son héritage, juste pour une chance de se retrouver à nouveau à l’arrière de ce balai, à se cramponner à cet homme désespérément. Pour sentir sa peau chaude vibrer de peur contre la sienne. Pour connaître son doux toucher aussi bien que sa prise ferme et hâtive. Il avait passé trop de nuits perdu dans ce cauchemar-là. Dans ce moment-là, encerclé et consumé par les flammes.
Et l’instant d’après était toujours le même, alimenté par de vifs souvenirs et des blessures qui n’avaient jamais guéri. Ils atterrissaient sur la terre ferme hors de la pièce, momentanément saufs. Malfoy pleurait la perte de son ami, se cramponnant à celui qui lui restait. Trop aveuglé par ce deuil pour voir qu’ils avaient à juste titre mérité cette douleur.
Draco connaissait parfaitement le début, il aurait pu en peindre chaque scène. Il savait à quoi s’attendre parce qu’il l’avait vécu. C’était la suite qui changeait habituellement d’une nuit sur l’autre. A maintes reprises, le décor se modifiait entièrement et Draco se retrouvait dans un endroit si reculé que cela pouvait suffire à le réveiller.
Cette fois, cependant, rien n’avait changé. Cela n’arrivait pas trop souvent. Ils n’avaient pas été subitement emmenés sur une plage de sable blanc ou au dernier rang d’un théâtre Parisien. Dans ce rêve, ce rêve frustrant-là qui avait paru si réel, ils étaient restés dans ce couloir juste en dehors de la Salle sur Demande. Les murs autour d’eux étaient toujours secoués par la violence de la bataille. Draco n’entendait que des cris et ne ressentait que du chagrin. A partir de ce jour, rien ne serait jamais plus comme avant. Cela lui pesait aussi lourd dans ce fantasme présumé que ça avait été le cas ce jour-là.
La seule différence entre les deux étant que… Il n’allait pas devoir traiter ça tout seul, cette fois. Des doigts glissaient entre les siens et une voix douce lui disait qu’il allait bien. Qu’il était en sécurité. Qu’il n’était pas seul, et il y avait cette épaule forte sur laquelle pleurer.
Sans hésitation, Draco permit à ces mains fermes de le remettre sur ses pieds. C’était ça qu’il voulait ! Il voulait être dans les bras de quelqu’un et il voulait que ce quelqu’un soit cet homme-là. Mais il voulait plus que cette poigne douce.
Il voulait tout.
Il initia le contact. Il l’initiait toujours. C’était toujours ses mains dans le pantalon de l’autre et c’était toujours une surprise pour eux deux. Une surprise qui, la moitié du temps, semblait être bienvenue par la façon dont elle provoquait les halètements de l’homme, et l’autre moitié… Eh bien, ces versions du rêve ne duraient jamais longtemps. Après tout, généralement, on se réveille quand on meurt dans un rêve.
« Draco… » Son nom – son prénom, son nom de naissance, le nom qui ne passait les lèvres que de ceux qui aimaient – sur les lèvres de cet homme-là était le son le plus merveilleux au monde. Il aurait pu jouir juste là, sans stimulation, uniquement en entendant son nom être dit dans avec tant de passion.
« Dis-le encore, » supplia Draco. Son dos heurta le mur qui grondait sous les sorts jetés par les deux camps, le gardant conscient de l’endroit où ils se trouvaient. Comme s’il pouvait l’oublier. L’homme de ses rêves – littéralement – tremblait, lui aussi. Il tremblait de rire et il tremblait de besoin et il tremblait parce que sa peau ne pouvait contenir le conflit qui faisait rage en lui.
Il n’entendit pas son nom être répété. Les cris de ceux qui mouraient et de ceux qui se lamentaient remplacèrent les mots qui auraient pu passer ces lèvres. Ils remplissaient sa tête et l’empêchaient de voir autre chose que le sang ou le meurtre. « J’ai besoin que tu me fasses ressentir à nouveau. » Draco ferma étroitement les yeux dans un effort vain de stopper le monde autour d’eux.
Dans l’obscurité, chaque sensation devenait dix fois plus électrique. La griffure d’ongles abîmés par le combat sur sa poitrine soudainement nue. La caresse rude et parfaite sur ses hanches et son entrejambe. Il y avait des dents sur son cou, mordant et dessinant une ligne de bleus jusqu’à la saillie pointue de sa clavicule. Son corps était revendiqué pleinement et entièrement, un morceau à la fois. Sa lèvre entre des dents, son téton sous une langue, sa queue loinloinloin dans une gorge.
« Tu es le seul, » haleta Draco et il le pensait et il se haïssait plus que jamais.
~*~
« Je pense que c’est ce qui m’a réveillé, » murmura Draco, embarrassé d’admettre ça à haute voix alors qu’il était à peine prêt à se l’avouer à lui-même. « M’entendre dire… ça… »
Cheryl hocha la tête doucement, son regard fixé sur le papier tandis que sa plume travaillait furieusement à capturer la lourde confession de Draco. « Donc… » entama-t-elle. Ses yeux sautèrent brièvement à l’horloge sur le mur au-dessus de la tête de son client avant de se reconcentrer sur son griffonnage. Le genou de Draco sautilla encore plus vigoureusement tandis que les secondes passaient dans cette attente silencieuse. « J’ai fini, excusez-moi, » dit Cheryl avec cet éternel doux sourire en reposant son bloc-notes. « Donc, Draco, je veux vraiment tirer tout cela au clair. Les décors de ces rêves – celui-ci en particulier, puisque vous avez noté sa différence – ainsi que leur érotisme. Cependant, je pense que nous allons devoir nous en occuper au cours de notre prochaine séance. Il semble que notre temps soit presque écoulé. Pour le moment, essayons de trouver le cœur de tout ceci.
« Rêvez-vous toujours de la même personne ? »
« Oui… »
« Et est-elle… Êtes-vous proche de cette personne dont vous rêvez ? »
« Certainement pas. »
« Je commence à davantage appréhender votre frustration. » Cheryl soupira, les engrenages fonctionnant à plein régime derrière ses yeux avant qu’elle ne parle à nouveau. « Premièrement, je veux vous remercier d’avoir partagé cela avec moi. Je salue votre bravoure – je sais que rien de tout ceci n’est aisé. Deuxièmement – et je ne veux pas que vous me répondiez maintenant, d’accord ? Elle attendit l’acquiescement hésitant de Draco avant de continuer. « Deuxièmement, je veux que vous arriviez préparé à répondre à cette question la semaine prochaine : Que voulez-vous exactement que cette personne, cette personne seule, vous fasse ressentir ? »
Ses « devoirs » en tête, s’ajoutant au désordre ambiant et le rendant étourdi, Draco quitta le bureau pour une nouvelle semaine. Il allait et venait dans la vie, comme on l’attendait de lui. Comme s’il n’avait jamais été là tout court. Sa recherche d’une thérapie n’était pas exactement un secret parmi son entourage, bien qu’on attende de lui qu’il n’en parle pas. Ils, plus spécifiquement sa mère, voulaient qu’il aille mieux. Mais ils ne voulaient pas entendre parler de ses progrès ou même des problèmes qu’il pouvait bien avoir. Ils voulaient qu’il saute directement à la dernière étape et « redevienne lui-même ».
Ils voulaient que le garçon qu’ils avaient connu avant la guerre se réveille subitement dans son lit, entier et intact.
Ils voulaient un fantôme qui ne reviendrait jamais.
Draco réussit à finir sa journée grâce à pas moins de dix expressos et deux philtres revigorants. Vers le coucher du soleil, il sut qu’il allait s’écrouler. C’était inévitable. Au point où il en était, la seule question était où ça allait arriver – en sécurité dans son lit ou…
« Tu sors ? » La voix de Narcissa sonnait très inquiète. Elle réussit même à arborer une expression presque adéquate. Si seulement elle pouvait trouver un moyen d’insuffler de la sincérité dans ses yeux.
Draco sourit doucement et retint un autre bâillement. « Juste un moment, Mère. » Il tint tendrement l’arrière de sa tête en l’embrassant sur la joue.
Quand sa mère fronçait les sourcils, ses rides trahissaient son âge. « Ne rentre pas trop tard, » chuchota-t-elle, dissimulant les mots qu’elle voulait dire – « Rentre dormir dans ton lit cette nuit. »
Quand les rêves étaient apparus à Draco, au début, quand il les trouvait presque risibles, il avait essayé d’y remédier par de la compagnie. Cela semblait être la solution logique – baiser quelqu’un d’autre. Alors il sortait, les cheveux gominés, fleurant la dépense. Arrogant et dégoulinant de richesse. Sa démarche confiante attirait facilement les regards – hommes, femmes, peu importe. Il s’en moquait à l’époque. Draco trouvait satisfaction dans une chatte parfaitement lubrifiée ou en se sentant délicieusement rempli. Puisque ce n’était que passager, de toute façon, pourquoi la façon dont il prenait son plaisir importerait ? Il se sentait pareil après toutes ces rencontres, indifféremment – vide.
Draco sortait et ne revenait pas avec le lendemain matin. Il venait se pavaner à la table du petit déjeuner dans les mêmes vêtements moites de sueur que ses parents l’avaient vu porter en partant – arborant les suçons sur son cou ou la douleur dans son postérieur comme une médaille d’honneur. Fier d’avoir conquis non seulement son subconscient pour une nuit, mais aussi une personne qui l’avait trouvé suffisamment acceptable pour passer sa nuit avec lui.
Mais même ainsi, Draco se réveillait dans une sueur froide le matin suivant, ce nom accroché aux lèvres comme une promesse ou une prière. Il était affecté d’une maladie qui ne pouvait être adoucie, peu importe le nombre de personnes pour lesquelles il s’allongeait nu.
Puisque les excès n’avaient pas marché, Draco s’était décidé à ne simplement plus dormir. C’était plus simple.
C’était plus simple de ne pas rêver.
C’était plus simple de ne pas vouloir.
C’était plus simple de ne pas être en proie à l’espoir qui s’épanouissait pendant cette phase entre le sommeil et le réveil. Quand tout semblait si vivant et si réel. Quand Draco pouvait encore sentir les plus douces des lèvres sur les siennes. Quand les mots qui entravaient son esprit n’étaient que son propre petit fantasme pathétique.
N’en sachant rien, Narcissa pensait toujours qu’il partait en chasse lors des nuits où il ne rentrait pas. Il n’avait jamais réussi à lui dire la vérité. « Je vous promets d’être de retour dans quelques heures. Je dois m’occuper de quelque chose. »
C’était comme si tout ce que faisait Draco ces derniers temps était mentir. Il mentait à sa thérapeute, ce qui contrevenait au fait même de chercher de l’aide. Il mentait à sa mère, qui s’en faisait probablement réellement pour sa santé mentale. Il mentait au Conseil de rénovation quant au fait d’avoir trouvé un but et de la satisfaction dans ses heures de travaux d’intérêt général. Il mentait désormais aux hommes et aux femmes qui essayaient de le draguer au bar en leur parlant d’un mari ou d’une femme l’attendant à la maison. Il mentait à tout le monde sur tout parce que c’était plus facile de ne pas ressentir la culpabilité et la honte davantage qu’il ne les ressentait déjà.
La culpabilité et la honte – c’était la base du problème. De tous ses problèmes. Draco n’avait pas besoin de se confesser à Cheryl afin qu’elle lui dise ce qu’il savait déjà. Pas quand il pouvait sentir ces deux tumeurs parfaitement assorties profondément nichées dans sa poitrine. Pas quand il en avait porté le poids depuis qu’il n’était qu’un enfant.
Le poids de ses péchés jumeaux avait engendré quelque chose d’entièrement nouveau depuis le jour de la fin de la guerre. Draco s’était depuis longtemps résigné à cataloguer ce nouveau cancer dévorant comme un désir profondément enraciné. Le désir dans sa définition sexuelle et perverse, bien sûr. Mais aussi désir de vivre et de normalité et de quelque chose et de quelqu’un. Désir du réconfort d’un lit toujours chaud. Désir d’un endroit à appeler « maison ». Désir de stabilité et d’intégrité.
Et, oui, désir comme dans luxure. Comme dans le besoin psychologique d’être comblé par l’acte le plus basique et charnel de sexe avec un autre être humain.
Mais pas n’importe quel être humain. Le seul être humain à être la presque antithèse de Draco en ce qu’il avait sauvé autant de vies que lui avait vraisemblablement tenté d’en détruire.
Draco Malfoy rêvait d’Harry Potter depuis exactement cinq cent quatre-vingt-quatorze jours. Il rêvait d’Harry Potter lui suçant la queue. Il rêvait d’Harry Potter le baisant sur la tombe d’Albus Dumbledore. Il rêvait qu’il chevauchait Harry Potter jusqu’à un orgasme brusque et désordonné. Il rêvait qu’il tourmentait Harry Potter jusqu’à l’amener au bord de la jouissance encore et encore pendant des heures à lui refuser le plus doux des plaisirs. Il rêvait d’Harry Potter dans toutes les positions imaginables – top, bottom, orgie, masturbation.
Mais les rêves ne suffisent qu’un temps.
