Chapter Text
Matthieu marchait tranquillement, un gobelet de matcha strawberry au lait d’avoine à la main, savourant une gorgée à peine sucrée. L’instant était calme, presque suspendu, jusqu’à ce qu’un homme surgisse brusquement, traversant le passage à toute vitesse.
Le choc fut inévitable.
Le liquide vert se renversa aussitôt, éclaboussant les vêtements de l’inconnu, ce qui provoqua une réaction immédiate. Il se figea, puis releva la tête, visiblement contrarié, le regard sombre.
« Tu cherches les embrouilles ? » lança-t-il, d’un ton tendu mais contenu.
Matthieu, encore sous le coup de la surprise, observa les dégâts. Son matcha… renversé. Il laissa échapper un soupir contrarié.
« Sérieusement… mon matcha… » murmura-t-il, plus déçu qu’en colère. « Et il était cher, en plus…»
Il releva finalement les yeux vers l’homme, reprenant contenance.
« Tu pourrais au moins le remplacer. »
L’autre haussa les épaules, agacé.
« Regarde où tu vas. C’est pas mon problème. »
Un silence s’installa, chargé d’une tension diffuse. Pourtant, derrière son irritation, Matthieu ne put s’empêcher de remarquer quelque chose de troublant chez son interlocuteur : une assurance, une présence presque magnétique. Cela ne faisait qu’accentuer sa frustration face à l’incident, mais aussi face à lui-même.
Il détourna le regard, crispé, comme pour chasser cette pensée.
***
Quelques semaines plus tard, Jérôme réalisa qu’en dehors de ses activités de chef de mafia, il n’avait aucun véritable loisir. Le rugby s’imposa presque naturellement, un sport de contact, direct, sans détour.
Dès son arrivée au club, il comprit que le rugby serait sa nouvelle passion, à peine arrivé il adorait déjà l’ambiance. Au moment de composer les équipes pour l’entraînement, il aperçut un visage familier.
L’inconnu qu’il lui avait renversé quelque semaine plus tôt.
Une seconde suffit pour raviver le souvenir de l’incident. Le matcha renversé. L’altercation. Et surtout, cette perte d’argent, à cause de ce foutu matcha au lait d’avoine qui avait taché son ensemble Lacoste préféré , mais qui par dessus tout avait imbiber les 5 grammes de coke qu’il transportait alors qu’il était déjà en retard à un rendez-vous très important avec l’un de ses dealeur.
*Donc c’est lui…* pensa-t-il, crispant légèrement la mâchoire.
Le hasard, ou une ironie mal placée, les plaça dans des équipes adverses.
Le coup d’envoi fut donné. Jérôme, encore novice, compensait son manque de technique par une détermination presque excessive. À la première occasion, il tenta un plaquage sur Matthieu. Le geste était mal calculé, trop hésitant.
Il manqua sa cible.
Matthieu, plus expérimenté, pivota et le stoppa net. L’impact fut bref mais brutal. Jérôme vacilla, il avait le souffle coupé, il ne s’attendait pas à une force aussi exceptionnelle de la part de Matthieu. Il porta instinctivement la main à son visage et remarqua qu’une fine trace de sang s’échappait de son nez.
Le jeu s’arrêta quelques instants.
Leurs regards se croisèrent, suspendus dans une tension étrange, ni totalement hostile, ni vraiment neutre.
On les envoya aux vestiaires.
À l’intérieur, l’ambiance était plus calme. Matthieu attrapa un mouchoir et le tendit à Jérôme, un léger sourire en coin trahissant une pointe d’amusement.
« Faut lever la tête au moment du plaquage… sinon ça pardonne pas. »
Le ton n’était pas méchant, mais clairement taquin.
Jérôme ne répondit pas immédiatement. Il pressa le mouchoir contre son nez, concentré, un peu vexé mais silencieux.
Puis Matthieu remarqua une tache de sang sur la joue de son adversaire.
Sans vraiment réfléchir, il reprit le mouchoir et s’approcha.
Trop près, peut-être.
Son geste était précis, presque appliqué, mais son regard, lui, dévia brièvement. Un instant. À peine perceptible. Vers les lèvres humides de Jérôme.
Un silence s’installa.
Jérôme le sentit immédiatement. Il aurait pu reculer. Il ne le fit pas. Il aurait pu détourner le regard. Il ne le fit pas.
Surpris, méfiant… mais étrangement immobile.
« Qu’est-ce que tu fais… ? » lâcha-t-il finalement, à voix basse.
Matthieu ne répondit pas tout de suite. Le moment flottait, incertain, chargé d’une tension nouvelle bien différente de celle du terrain.
Ni l’un ni l’autre ne semblait prêt à rompre cet équilibre fragile.
