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Français
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Published:
2026-04-29
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4,113
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1/1
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7
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81

Fermer la porte

Work Text:

La chambre de Sander était plongée dans la pénombre. Seule la lumière dorée du soleil couchant filtrait à travers les rideaux mal fermés, traçant des lignes chaudes sur les draps froissés. La porte était fermée. Verrouillée, même. Enfin, c'est ce que Robbe croyait.

Sander était au-dessus de lui, ses cheveux blonds tombant sur son front, ses yeux bleus fixés sur les siens. Ses mains étaient posées de chaque côté de la tête de Robbe, leurs corps collés l'un à l'autre, la peau contre la peau. Le rythme était lent, profond, chaque mouvement de Sander envoyant une vague de chaleur à travers tout le corps de Robbe.

"Robbe..." murmurait Sander, la voix rauque.

Robbe fermait les yeux, la bouche entrouverte, ses doigts enfoncés dans les épaules de Sander. Il aimait ces moments. Ces moments où il n'y avait qu'eux deux, où le monde extérieur n'existait pas, où il pouvait juste être lui, avec Sander, sans penser à ce que les autres penseraient.

La poignée de la porte a tourné.

Robbe a ouvert les yeux. Sander aussi.

La porte s'est ouverte.

Jens était sur le seuil. Il avait une clé. Bien sûr qu'il avait une clé. C'était le meilleur ami de Robbe, il avait le droit d'entrer quand il voulait. Sauf que là, il aurait dû frapper.

Son visage est passé par toutes les couleurs en une fraction de seconde. Le blanc d'abord, puis le rouge écarlate. Ses yeux étaient écarquillés, la bouche ouverte, comme un poisson hors de l'eau. Il a vu Sander au-dessus de Robbe. Il a vu les draps en désordre. Il a vu les deux corps nus, collés l'un à l'autre. Il a compris exactement ce qui se passait.

"Putain de merde !"

Jens a fait un pas en arrière, a levé les mains comme pour se protéger d'une explosion.

"Pardon ! Pardon ! Je... J'ai rien vu ! Enfin si j'ai vu mais... Putain !"

Il a reculé encore, a trébuché contre le cadre de la porte, s'est rattrapé, et a claqué la porte derrière lui. Des pas précipités dans le couloir. Puis plus rien.

Le silence est retombé sur la chambre.

Robbe ne bougeait plus. Son corps s'était figé comme de la pierre. Sous Sander, il sentait la chaleur de sa peau, mais tout avait changé. La magie était brisée. Remplacée par une vague de gêne si intense qu'il avait l'impression d'étouffer.

"Robbe ?" a murmuré Sander.

Robbe a détourné le regard. Il fixait le mur, la respiration courte.

"Robbe, regarde-moi."

Il ne pouvait pas. Son visage brûlait. Pas seulement ses joues. Tout son visage. Son cou. Ses oreilles. Il sentait la chaleur irradier de sa peau comme s'il avait de la fièvre. Ses yeux piquaient. Pas de larmes, pas exactement, mais quelque chose d'approchant. De la honte. Une honte viscérale, profonde, qui lui nouait les tripes.

"Il m'a vu," a chuchoté Robbe. "Jens m'a vu. Il a vu qu'on... qu'on..."

Sa voix s'est cassée.

Sander s'est retiré lentement, s'est allongé à côté de lui, sur le côté, la tête appuyée sur sa main. Il regardait Robbe avec ces yeux bleus calmes, sans aucun jugement.

"Oui. Il t'a vu," a dit Sander simplement.

"C'est pas grave pour toi ?" a demandé Robbe, la voix étranglée.

"Non."

Robbe s'est redressé brusquement, s'est assis sur le bord du lit, le dos tourné à Sander. Il passait ses mains dans ses cheveux, tremblant.

"C'est grave pour moi, Sander. C'est... Jens est mon meilleur ami. Il sait maintenant que je... que je prends... qu'on fait ça..."

"Qu'on fait l'amour ?" a complété Sander.

"OUI !" a quasi crié Robbe. Il s'est immédiatement mordu la lèvre, baissant la voix. "Oui. Il sait que je couche avec un mec. Il m'a vu en train de... sous toi. Il a vu mon visage. Il a vu..."

Il s'est interrompu. Il pressait ses paumes contre ses yeux, essayant de faire disparaître l'image de Jens sur le seuil, ses yeux écarquillés, sa bouche ouverte, le choc sur son visage.

"Je n'aurais jamais dû... On aurait dû mettre un truc contre la porte. On aurait dû..."

"Robbe."

"Merde, Sander, il va me regarder différemment maintenant. Il va penser à ça chaque fois qu'il me verra. Chaque fois qu'il nous verra ensemble. Il va imaginer..."

"Robbe."

"Et s'il le dit aux autres ? S'il le raconte à Moyo, à Aaron ? Tout le monde va savoir. Tout le monde va savoir que je..."

"ROBBE."

Le ton de Sander a coupé court à son délire. Pas agressif, mais ferme. Robbe s'est tu, les mains toujours sur son visage.

Sander s'est assis derrière lui. Il a posé ses mains sur les épaules de Robbe, a senti les muscles tendus sous ses doigts. Il a commencé à masser doucement, ses pouces faisant des cercles sur la peau chaude.

"Écoute-moi," a dit Sander, la voix basse et calme près de son oreille. "Ce qu'on vient de faire, c'est naturel. C'est deux personnes qui s'aiment et qui font l'amour. C'est pas honteux. C'est pas sale. C'est pas quelque chose dont tu devrais avoir honte."

"Jens..."

"Jens est choqué parce qu'il a ouvert une porte sans frapper et qu'il a vu quelque chose qu'il s'attendait pas à voir. C'est tout. Dans dix minutes, il sera encore gêné, mais il s'en remettra. Dans une heure, il en rigolera peut-être. Dans un jour, il aura oublié les détails."

Robbe a secoué la tête. "Tu connais pas Jens comme moi."

"Je connais Jens. Et je connais les mecs. Ils font une crise de gêne pendant cinq minutes, et après ils passent à autre chose. T'inquiète pas."

"Mais il m'a VU, Sander."

"Et alors ? Il t'a vu faire quoi ? Faire l'amour avec quelqu'un que tu aimes ? C'est la chose la plus normale du monde, Robbe."

Robbe a baissé les mains. Il fixait le sol, la mâchoire serrée.

"Pour toi c'est normal," a-t-il murmuré. "Toi t'es... t'es libre avec ça. T'assume. Moi je..."

"Tu assumes aussi."

"J'assume pas. J'assume pas du tout. Tu sais pas combien de fois j'ai réfléchi avant de te tenir la main en public. Tu sais pas combien de fois j'ai regardé autour de moi avant de t'embrasser. Tu sais pas combien ça me coûte de..."

Il s'est interrompu. Sa voix tremblait.

Sander s'est penché, a posé son front contre l'épaule de Robbe. Ses lèvres ont effleuré sa peau.

"Je sais," a murmuré Sander. "Je sais que c'est dur pour toi. Et c'est pas grave que ce soit dur. Mais faut pas que tu te caches. Faut pas que tu aies honte de ce qu'on est. Faut pas que tu laisses la gêne d'un moment te faire croire que ce qu'on fait est mal."

Robbe n'a rien dit. Il restait assis, immobile, les épaules sous les mains de Sander.

"Jens va s'en remettre," a répété Sander. "Fais-moi confiance."

Robbe a soupiré profondément. Il n'était pas convaincu, mais la voix calme de Sander l'aidait un peu. Juste un peu.

"Il faut qu'on se rhabille," a murmuré Robbe.

"Oui."

Ils se sont levés. Robbe a attrapé son boxer par terre, l'a enfilé d'un geste vif, comme si la vitesse pouvait effacer ce qui venait de se passer. Sander s'est habillé lentement, tranquillement, comme toujours. Robbe le détestait un peu pour ce calme. Comment il pouvait être si détendu alors que son monde s'effondrait intérieurement ?

"On y va ?" a demandé Sander.

Robbe a hésité. "Et si Jens est encore là ?"

"Il est pas encore là."

Robbe a regardé Sander. "Comment tu sais ?"

"Parce que Jens, c'est pas le type à rester planté dans un couloir après un truc comme ça. Il est probablement déjà dehors en train de marcher en circles et à se dire putain putain putain."

Malgré tout, une micro-expression a frôlé les lèvres de Robbe. Pas un sourire, mais presque.

Ils sont sortis de la chambre. Le couloir était vide. Le salon aussi. La porte d'entrée était fermée.

"Il est parti," a dit Robbe, soulagé.

"Ou il est dans la cuisine."

Robbe a tendu l'oreille. Rien. Silence total.

"Il est parti," a répété Robbe.

LE LENDEMAIN - 12h30

Robbe était assis dans le salon avec Moyo et Aaron. Sander n'était pas là, il avait un truc à faire. Jens non plus. Robbe avait espéré que Jens ne viendrait pas aujourd'hui, mais une partie de lui savait qu'il fallait bien qu'ils se croisent à un moment.

Moyo était sur le canapé, le téléphone à la main. Aaron était dans un fauteuil, les pieds sur la table basse. L'ambiance était normale. Détendue. Robbe commençait à penser que peut-être Sander avait raison, que Jens s'en était remis, que tout allait rentrer dans l'ordre.

La porte d'entrée s'est ouverte.

Jens est entré.

Le silence a été immédiat. Pas un silence dramatique, pas un silence de film. Juste un silence. Comme quand quelqu'un éteint la musique subitement.

Jens a regardé Robbe. Robbe a regardé Jens. Les deux ont détourné le regard en même temps.

Jens a posé son sac sur la chaise. "Salut."

"Salut," a répondu Moyo.

"Coucou," a dit Aaron.

"Hey," a dit Robbe, la voix étrangement aiguë. Il a toussé. "Hey."

Jens s'est assis sur l'autre bout du canapé, le plus loin possible de Robbe. Il a sorti son téléphone. Personne ne parlait. Le silence pesait. Pas le silence confortable d'habitude entre potes. Un silence électrique, chargé, comme avant un orage.

Moyo a levé les yeux de son téléphone. Il a regardé Robbe. Il a regardé Jens. Il a regardé Aaron. Aaron a remarqué le regard de Moyo et a suivi son regard vers Robbe et Jens.

Moyo a posé son téléphone sur ses genoux. "C'est moi ou c'est bizarre entre vous deux ?"

Aaron a redressé la tête. "Quoi ?"

"Robbe et Jens. Ils se regardent pas. Ils se parlent pas. C'est weird."

Jens n'a pas levé les yeux de son téléphone. Robbe fixait le sol, une jambe qui tremblait légèrement.

"Non, c'est rien," a dit Robbe trop vite.

"C'est pas rien," a insisté Moyo. "Ça fait cinq minutes que Jens est là et vous avez pas échangé un seul regard. D'habitude vous êtes collés l'un à l'autre. Qu'est-ce qui s'est passé ?"

"Rien."

"Robbe."

"Rien, Moyo. Laisse tomber."

Aaron s'est penché en avant, intéressé. "Mais non, ça a l'air intéressant. Qu'est-ce que c'est ?"

Jens ne disait toujours rien. Il fixait son téléphone, mais son pouce ne bougeait pas. L'écran n'avait pas changé depuis deux minutes.

C'est à ce moment-là que la porte s'est ouverte à nouveau.

Sander est entré. Il a regardé la scène. Robbe tendu comme une corde de guitare. Jens figé sur son téléphone. Moyo et Aaron en mode interrogatoire. Il a compris immédiatement.

"Qu'est-ce qui se passe ici ?" a demandé Sander en s'approchant du canapé.

"On demande à Robbe et Jens pourquoi ils sont bizarres entre eux," a dit Aaron.

Sander a posé sa main sur l'épaule de Robbe. Il a senti les muscles se contracter sous sa paume.

"Ah," a dit Sander. "C'est à cause de hier."

Robbe a levé la tête, les yeux écarquillés. "Sander, non..."

Sander a regardé Robbe avec un petit sourire. "Quoi ? Ils veulent savoir."

"Ne leur dis PAS."

Sander s'est tourné vers Moyo et Aaron. "Jens est entré dans ma chambre hier sans frapper. Il nous a surpris en train de baiser."

Le silence qui a suivi a été absolu. Total. Complet. On aurait entendu une mouche voler dans un champ à dix kilomètres.

Moyo a ouvert la bouche. Fermé. Rouvert. "Pardon ?"

Aaron s'est redressé dans son fauteuil, les yeux ronds comme des billes. "Putain."

Jens a enfoui son visage dans ses mains. "Merde, Sander."

Robbe s'était levé du canapé, les bras croisés, le visage écarlate. Il fixait Sander avec un mélange de colère et de panique.

"Pourquoi tu as dit ça ?" a chuchoté Robbe.

"Parce que c'est la vérité et que c'est pas une grosse affaire," a répondu Sander calmement.

Aaron s'est penché encore plus, les coudes sur les genoux. "Attends, attends, attends. Donc Jens est entré et il vous a vus en train de..."

"Baiser, oui," a dit Sander.

"En train de baiser. Ok. Ok." Aaron hochait la tête lentement, comme s'il digérait l'information. Puis il a levé les yeux vers Robbe. "Mais t'étais pas en train de sucer, hein ? T'étais pas en train de sucer Sander ?"

"AARON !" a crié Robbe.

Sa voix a résonné dans tout le salon. Moyo a sursauté. Jens a levé la tête de ses mains, les yeux écarquillés. Sander a laissé échapper un petit rire.

"Quoi ?!" a dit Aaron en levant les mains. "C'est une question normale ! Je demande juste pour savoir le niveau de traumatisme de Jens !"

"C'est pas une question NORMAL, Aaron !"

"Mais si ! Si t'étais en train de sucer, c'est plus choquant que si vous étiez juste en train de... je sais pas, faire des trucs !"

"ON FAISAIT PAS DES TRUCS ! Et c'est PAS le sujet !"

Aaron a croisé les bras, un sourire amusé sur le visage. "Ok, ok, j'arrête."

"Non mais tu te rends compte que tu parles de MA vie sexuelle DEVANT TOUT LE MONDE ?"

"Robbe, Sander vient de dire devant tout le monde que vous baisiez, je pense que le niveau de confidentialité est déjà passé par la fenêtre."

Robbe a ouvert la bouche pour répondre, puis l'a refermée. Il n'avait pas de réplique. Aaron avait raison et ça le frustrait encore plus.

Moyo, qui n'avait pas encore parlé depuis la révélation de Sander, s'est tourné vers Jens. "Et toi, ça va ?"

Jens a retiré ses mains de son visage. Il était rouge, mais pas autant qu'hier. Il avait l'air gêné, mais pas traumatisé.

"Ouais. Ça va. C'était juste... surprise. J'aurais dû frapper."

Moyo a hoché la tête. "Ok. Bien. Donc c'est réglé."

"C'est réglé," a confirmé Jens.

Le silence est retombé, mais cette fois il était différent. Plus léger. Comme si quelque chose avait été relâché dans la pièce. Moyo a repris son téléphone. Jens aussi. Sander est allé s'asseoir dans le fauteuil voisin, détendu, les chevilles croisées.

Robbe était toujours debout au milieu du salon, les bras croisés. Il n'arrivait pas à se détendre. Chaque muscle de son corps était tendu. Il sentait les regards de tout le monde sur lui, même quand ils ne le regardaient pas. Il avait l'impression d'être transparent, comme si tout le monde pouvait voir à travers lui, voir ce qui s'était passé hier, voir ses positions, voir son visage pendant...

Il a secoué la tête pour chasser ces pensées.

Aaron, confortablement installé dans son fauteuil, regardait Robbe avec un petit sourire. Ce genre de sourire que Robbe détestait. Le sourire de quelqu'un qui réfléchit à une question qu'il ne devrait pas poser.

"Aaron," a dit Moyo sans lever les yeux de son téléphone. "Non."

"J'ai rien dit !"

"Tu allais dire quelque chose. Je le vois."

Aaron a levé les mains. "J'observais. C'est différent."

Robbe a serré les bras plus fort contre sa poitrine. Il sentait ça venir. Il sentait la question monter dans l'air comme un orage. S'il avait pu disparaître, se téléporter hors de cette pièce, il l'aurait fait.

Mais Aaron n'a rien dit pendant trente secondes. Puis une minute. Robbe a commencé à espérer. Peut-être qu'il allait la garder pour lui. Peut-être que Moyo l'avait suffisamment freiné. Peut-être que...

"Ok mais j'ai une question," a dit Aaron.

"Aaron, non," a dit Moyo.

"Une seule. Juste une."

"Non."

"Moyo, laisse-le parler," a dit Sander avec un sourire.

Moyo a levé les yeux vers Sander. "T'es sûr ?"

"Sûr."

Robbe a tourné la tête vers Sander, incrédule. Pourquoi il l'encourageait ? Pourquoi il laissait Aaron faire ça ?

Aaron s'est penché en avant, les coudes sur les genoux, regardant Robbe avec un sourire qui allait de plus en plus en large.

"Alors, dans votre couple... qui se la prend dans le cul ?"

Le temps s'est arrêté.

Moyo a fermé les yeux et a soupiré profondément. Jens a levé les yeux de son téléphone, horrifié. Sander a gardé son sourire, amusé.

Robbe est resté immobile pendant deux secondes. Son visage est passé du rouge écarlate au blanc. Puis du blanc au rouge encore plus foncé. Sa bouche s'est ouverte, mais aucun son n'est sorti. Ses bras sont tombés le long de son corps. Ses mains se sont crispées en poings.

Il a regardé Aaron. Aaron le regardait avec ce sourire. Ce sourire de merde.

Sans un mot, Robbe s'est retourné et a marché vers la porte. Pas couru. Marché. Lentement, avec une dignité qu'il ne sentait pas du tout. Il a ouvert la porte, est sorti, et l'a claquée derrière lui.

Le silence a régné dans le salon.

Moyo a regardé Aaron. "Tu vois ce que t'as fait ?"

"Quoi ? C'était une question légitime !"

"C'est pas une question légitime, Aaron. C'est une question de connard."

"C'est de la curiosité ! On est ses potes, on a le droit d'être curieux !"

"On a pas le droit de poser ce genre de questions, surtout à Robbe. Tu sais comment il est avec ça."

Aaron a levé les épaules, mais son sourire avait légèrement diminué. "Ok. Peut-être que j'aurais dû attendre un peu."

"Un peu ? Essaie jamais."

Jens s'est levé du canapé. Il a regardé Aaron. Juste regardé. Pas de colère, pas de sermon, juste un regard. Un regard qui disait tout ce qu'il pensait sans qu'il ait besoin d'ouvrir la bouche.

"Tu m'étonneras toujours, tu sais," a dit Jens.

Sa voix était plate. Neutre. Pas agressive, mais pas amusée non plus. Juste un constat. Comme s'il disait "le ciel est bleu" ou "l'eau est mouillée".

Aaron a ouvert la bouche pour répondre, mais Jens avait déjà tourné le dos. Il a pris sa veste, est sorti par la porte, et est parti chercher Robbe.

Aaron est resté assis dans son fauteuil. Le sourire avait complètement disparu cette fois. Il a regardé Moyo.

"Quoi ?" a dit Moyo sans lever les yeux.

"J'ai vraiment merdé, hein ?"

"Ouais."

Sander, toujours assis dans son fauteuil, les chevilles croisées, n'avait pas bougé. Il fixait la porte fermée, l'endroit où Robbe était sorti. Son sourire avait disparu aussi. Pas de panique, pas d'inquiétude visible, mais quelque chose dans ses yeux avait changé. Un léger plissement. Comme s'il repensait à ce qu'il venait de laisser se passer.

Il s'est levé. "Je vais les rejoindre."

"Attends," a dit Moyo. "Laisse Jens d'abord. Robbe a besoin de parler à son meilleur ami en premier."

Sander s'est arrêté. Il a regardé Moyo, puis la porte, puis Moyo encore. Puis il s'est rassit lentement.

"Ok," a-t-il dit.

Robbe était assis sur un banc dans le petit parc en face de l'immeuble. Ses coudes étaient posés sur ses genoux, sa tête entre ses mains. Il ne pleurait pas. Pas encore. Mais il sentait la pression monter derrière ses yeux, cette sensation familière qu'il détestait plus que tout au monde. Le moment où les émotions devenaient trop fortes pour rester à l'intérieur.

Il entendit des pas sur le gravier. Il ne leva pas la tête. Il savait que c'était Jens. Qui d'autre ?

Jens s'est assis à côté de lui sur le banc. Sans rien dire. Sans poser de questions. Juste assis là, à quelques centimètres de Robbe, les mains sur ses genoux, regardant les arbres devant eux.

Le silence a duré une minute. Deux minutes. Trois minutes.

Robbe parlait enfin, la voix étouffée par ses mains. "Je déteste ce mec parfois."

"Quel mec ? Aaron ou Sander ?"

"Aaron."

"Ok."

"Et Sander un peu aussi."

"Ah."

Robbe a enfin levé la tête. Ses yeux étaient rouges, mais secs. Il fixait le sol devant lui. "Pourquoi il a dit ça ? Devant tout le monde ? Pourquoi il a laissé Aaron poser cette question ?"

Jens a réfléchi un moment. "Sander est pas comme toi, Robbe. Pour lui, c'est juste... normal. Il voit pas le problème de parler de ça. Il comprend pas que pour toi, c'est différent."

"Mais il devrait comprendre ! Il sait comment je suis !"

"Ouais. Mais parfois les gens comme Sander, ils pensent qu'en étant ouverts eux-mêmes, ils aident les autres à l'être aussi. C'est pas toujours le cas, mais c'est l'intention."

Robbe a secoué la tête. "Et Aaron... putain, Aaron..."

"Aaron est un connard parfois. C'est un fait."

Robbe a laissé échapper un rire court, sans joie. "C'est un fait."

Le silence est revenu. Un oiseau chantait quelque part dans un arbre. Une voiture est passée dans la rue. La vie continuait autour d'eux, indifférente à la crise de Robbe.

"Jens."

"Oui ?"

"T'es pas... t'es pas dégoûté ?"

Jens s'est tourné vers Robbe. "Dégoûté de quoi ?"

"De moi. De ce que t'as vu. De... ce que je suis."

Jens a pris une inspiration lente. Il a regardé Robbe de côté, son meilleur ami depuis des années, celui qu'il connaissait mieux que personne, celui qu'il avait vu grandir, changer, devenir qui il était aujourd'hui.

"Robbe, écoute-moi bien. Ce que j'ai vu hier, c'était pas... c'était pas ce que je m'attendais à voir. Ok ? Je suis pas habitué à voir mon meilleur ami nu dans le lit d'un autre mec. C'est un truc auquel je m'attendais pas et ça m'a choqué. Je le reconnais."

Robbe a baissé la tête.

"Mais dégoûté ? Non. Dégoûté de toi ? Sérieusement ?" Jens a laissé échapper un petit souffle. "Robbe, je te connais depuis des années. Je sais qui tu es. Je sais que t'es pas juste... ça. T'es pas juste le mec qui baise avec Sander. T'es Robbe. Mon pote. Le mec qui me soutient quand ça va pas. Le mec qui rit trop fort. Le mec qui s'inquiète pour tout le monde sauf lui. Ce que t'as entre les jambes ou avec qui tu couches, ça change rien à tout ça."

Robbe ne disait rien. Il fixait toujours le sol, mais ses épaules avaient légèrement baissé. Comme si une petite partie de la tension s'était relâchée.

"Et puis," a continué Jens, "si on doit parler de trucs gênants, rappelle-moi de te raconter l'histoire où ma mère est entrée dans ma chambre quand j'étais en train de me masturber en troisième. Là, c'était VRAIMENT gênant."

Robbe a levé les yeux. "Sérieux ?"

"Sérieux. Elle a apporté le linge propre. Elle a posé le tas sur mon lit. Elle m'a regardé. J'ai regardé elle. Elle est sortie sans rien dire. On en a jamais reparlé. Jamais."

Un sourire a frôlé les lèvres de Robbe. Un vrai, cette fois. Petit, timide, mais réel.

"Putain, Jens."

"Ouais. Donc tu vois, tout le monde a des moments gênants. Le tien était juste plus... public."

Robbe a rigolé doucement. Il s'est passé la main sur le visage, essuyant l'humidité dans ses yeux.

"Mais la question d'Aaron..." a commencé Robbe.

"La question d'Aaron était de la merde. C'est tout. C'est pas parce qu'un connard pose une question de merde que tu dois te sentir mal. Le problème c'est Aaron, pas toi."

Robbe a hoché la tête lentement. Il respirait mieux maintenant. La pression dans sa poitrine avait diminué.

"Et Sander..." a murmuré Robbe.

"Sander t'aime. Il fait juste des trucs parfois sans réfléchir aux conséquences pour toi. Faut que tu lui parles. Faut que tu lui dises que tu veux pas que certaine chose soit partagée avec les autres."

"Je sais."

Ils sont restés assis encore un moment. Le soleil brillait à travers les feuilles des arbres, créant des ombres dansantes sur le gravier.

"Jens ?"

"Oui ?"

"Merci."

"Pour quoi ?"

"Pour être venu me chercher. Pour pas me juger. Pour... tout."

Jens a posé sa main sur l'épaule de Robbe et l'a serrée doucement. "C'est ça les potes, Robbe."

Robbe a souri. Un vrai sourire cette fois. Plus grand. Plus chaleureux.

"Et merde à Aaron," a dit Jens.

"Merde à Aaron," a répété Robbe.

Ils se sont regardés et ont ri. Pas fort, pas longtemps, mais suffisamment pour que quelque chose se repairle entre eux. Cette complicité qui avait été un peu ébranlée hier était de retour. Plus forte, peut-être.

"Tu veux rentrer ?" a demandé Jens.

Robbe a hésité. "Aaron est encore là ?"

"Probablement."

"Moyo va le tenir en respect."

"Ou pas."

Robbe a soupiré. "Sander est là ?"

"Oui."

"..."

"Tu devrais lui parler, Robbe. Pas maintenant si tu veux pas. Mais aujourd'hui ou demain."

"Je sais."

Robbe s'est levé du banc. Il s'est étiré, ses muscles tendus se relâchant. Jens s'est levé aussi.

"Et Jens ?"

"Oui ?"

"La prochaine fois que tu viens chez Sander, frappe."

Jens a ri. "Ça, c'est sûr."

Ils ont commencé à marcher vers l'immeuble côte à côte. Robbe sentait encore une gêne résiduelle, une petite voix dans sa tête qui lui disait que tout le monde allait le regarder différemment, mais elle était plus faible maintenant. Étouffée par les mots de Jens.

Avant d'ouvrir la porte de l'immeuble, Robbe s'est arrêté.

"Jens."

"Quoi ?"

"La histoire de ta mère... tu me la racontes vraiment un jour ?"

Jens a souri. "Non. Jamais."

Robbe a ri et a ouvert la porte.