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Séance 8 : Freud – Etude de cas Le rêve d’Irma
In : Freud, S. (1900). « L’interprétation du rêve ». Paris : PUF. (2011)
psychologie des névroses. Mais si je renonce ainsi aux rêves de névrosés –
mon principal matériel –, je n’ai pas le droit, à l’égard du reste, de faire trop le
difficile. Il ne reste plus que les rêves qui m’ont été racontés à l’occasion par
des personnes bien portantes de ma connaissance ou ceux que je trouve
consignés à titre d’exemples dans la littérature sur la vie de rêve.
Malheureusement, pour tous ces rêves, il me manque l’analyse sans laquelle je
ne puis trouver le sens du rêve. Mon procédé n’est certes pas aussi commode
que celui de la méthode populaire du chiffre, qui traduit le contenu de rêve
donné d’après une clé qui a été fixée ; je m’attends bien plutôt à ce que chez
des personnes différentes, et dans un contexte différent, le même contenu de
rêve puisse cacher aussi un autre sens. J’en suis ainsi réduit à mes propres
rêves comme à un matériel abondant et commode, provenant d’une personne à
peu près normale et se rapportant à de multiples occasions de la vie
quotidienne. On m’opposera sûrement des doutes quant à la fiabilité de telles
« auto-analyses ». L’arbitraire n’en serait nullement exclu. D’après mon
jugement, les conditions sont plutôt plus favorables dans l’auto-observation
que dans l’observation des autres ; en tout cas, a le droit d’essayer, pour voir
jusqu’où on peut aller dans l’interprétation du rêve au moyen de l’autoanalyse. J’ai à surmonter d’autres difficultés à l’intérieur de moi-même. On
éprouve une crainte bien compréhensible à livrer tant de choses intimes de sa
vie d’âme, sachant qu’ici ou n’est d’ailleurs pas assuré contre la
mésinterprétation des étrangers. Mais il faut pouvoir passer outre. « Tout
psychologiste, écrit Delbœuf, est obligé de faire l’aveu même de ses
faiblesses s’il croit par là jeter du jour sur quelque problème obscur. »275 Et je
puis bien admettre que chez mon lecteur aussi l’intérêt initial pour les
indiscrétions que je suis forcé de commettre fera très rapidement place au
souci exclusif d’approfondir les problèmes psychologiques ainsi mis en
lumière276.
J’irai donc chercher l’un de mes propres rêves et j’illustrerai sur lui mon
mode d’interprétation. Chacun de ces rêves nécessite un rapport préliminaire.
Mais il me faut maintenant prier le lecteur de faire siens pour un long moment
mes intérêts et de se plonger avec moi dans les plus petits détails de ma vie, car
l’intérêt pour la signification cachée des rêves exige impérativement un tel
transfert.
Rapport préliminaire
Durant l’été 1895, j’avais eu en traitement psychanalytique une jeune dame
qui était très proche de moi et des miens par l’amitié. On comprend qu’un tel
mélange dans les relations puisse devenir la source d’excitations multiples
pour le médecin, et d’autant plus pour le psychothérapeute. L’intérêt personnel
du médecin est plus grand, son autorité moindre. Un insuccès menace de
desserrer les liens d’une vieille amitié avec les proches du malade. La cure se
termina par un succès partiel, la patiente perdant son angoisse hystérique, mais
non pas tous ses symptômes somatiques. À l’époque, je n’étais pas encore bien
sûr des critères qui marquent la liquidation définitive d’une histoire de maladie
hystérique, et je crus la patiente susceptible d’adopter une solution qui ne lui
parut pas acceptable. C’est dans un tel désaccord que nous interrompîmes le
traitement à cause de la période estivale. – Je reçus un jour la visite d’un
confrère plus jeune que moi, un de mes plus proches amis, qui avait rendu
visite à la patiente – Irma – et à sa famille dans leur résidence de campagne. Je
lui demandai comment il l’avait trouvée et j’obtins cette réponse : Elle va
mieux, mais pas tout à fait bien. Je sais que les paroles de mon ami Otto ou le
ton sur lequel elles étaient prononcées m’irritèrent. Je crus y entendre un
reproche, celui par exemple d’avoir trop promis à la patiente, et je ramenai – à
tort ou à raison – le parti pris présumé d’Otto contre moi à l’influence des
proches de la malade qui, à ce que je supposais, n’avaient jamais vu mon
traitement d’un bon œil. D’ailleurs, je ne m’expliquai pas ce que ma sensation
avait de pénible ; je ne l’exprimai pas non plus. Le soir même, je mis encore
par écrit l’histoire de malade d’Irma pour la transmettre, comme pour me
justifier, au Dr M., un ami commun, la personnalité qui à l’époque donnait le
ton dans notre cercle. Dans la nuit qui suivit cette soirée (sans doute plutôt au
matin), j’eus le rêve ci-dessous, qui fut fixé immédiatement après le réveil277.
Rêve du 23/24 juillet 1895
Un grand hall – beaucoup d’invités que nous recevons. – Parmi eux, Irma,
que je prends aussitôt à part comme pour répondre à sa lettre, lui faire des
reproches pour n’avoir pas encore accepté la « solution ». Je lui dis : Si tu as
encore des douleurs, ce n’est vraiment que de ta faute. – Elle répond : Si tu
savais ce que j’ai à présent comme douleurs à la gorge, à l’estomac et au
ventre, ça me serre de partout. – Je suis effrayé et la regarde. Elle a un air
pâle et bouffi ; je pense finalement que j’omets quand même de voir là quelque
chose d’organique. Je l’emmène à la fenêtre et regarde dans sa gorge. À ce
moment-là, elle se montre quelque peu récalcitrante, comme les femmes qui
portent un appareil dentaire. Je pense en moi-même : elle n’en a pourtant pas
besoin. – Du reste, la bouche s’ouvre alors très bien et je trouve à droite une
grande tache blanche278, et ailleurs je vois sur de curieuses formations frisées,
manifestement formées sur le modèle des cornets du nez, des escarres étendues
d’un blanc grisâtre. – J’appelle vite en consultation le Dr M., qui répète
l’examen et confirme… Le Dr M. a un tout autre air que d’habitude ; il est très
pâle, boite, a le menton sans barbe… Maintenant mon ami Otto se tient aussi
debout à côté d’elle, et l’ami Leopold la percute à travers son corset et dit :
elle a une matité en bas, à gauche, il montre aussi une partie cutanée infiltrée
à l’épaule gauche (ce que, malgré le vêtement, je sens comme lui)… M. dit :
Pas de doute, c’est une infection, mais ça ne fait rien ; il va s’y ajouter encore
de la dysenterie et le poison va s’éliminer… Nous savons aussi immédiatement
d’où provient l’infection. L’ami Otto lui a administré il y a peu, alors qu’elle
ne se sentait pas bien, une injection avec une préparation de propyle,
propylène… acide propionique… triméthylamine (dont je vois la formule en
caractère gras devant moi)… On ne fait pas de telles injections avec une telle
légèreté… Il est vraisemblable aussi que la seringue n’était pas propre…
Ce rêve a un avantage sur beaucoup d’autres. On voit tout de suite
clairement à quels événements du dernier jour il se rattache et quel thème il
traite. Le rapport préliminaire donne là-dessus des renseignements. La
nouvelle que j’ai reçue d’Otto concernant l’état de santé d’Irma, l’histoire de
malade à la rédaction de laquelle j’ai travaillé jusque tard dans la nuit, ont
aussi occupé mon activité d’âme pendant le sommeil. Malgré cela, quelqu’un
qui a pris connaissance du rapport préliminaire et du contenu du rêve ne
pourrait en rien soupçonner ce que signifie le rêve. Je ne le sais d’ailleurs pas
moi-même. Je m’étonne des symptômes morbides dont Irma, dans le rêve, se
plaint à moi, car ce ne sont pas les mêmes que ceux pour lesquels je l’ai traitée.
Je souris de l’idée insensée d’une injection d’acide propionique et de la
consolation qu’exprime le Dr M. Le rêve me paraît vers sa fin plus obscur et
plus comprimé qu’il ne l’est au début. Pour apprendre la signification de tout
cela, je dois me résoudre à une analyse approfondie.
Analyse
Le hall – beaucoup d’invités que nous recevons. Nous habitions cet été-là à
Bellevue279, maison isolée sur une des collines qui sont adjacentes au
Kahlenberg280. Cette maison était autrefois destinée à être un lieu de
divertissement ; elle en a les salles inhabituellement hautes en forme de hall.
Le rêve s’est d’ailleurs produit à Bellevue, et cela, peu de jours avant la fête
donnée pour l’anniversaire de ma femme. Dans la journée, ma femme avait dit
qu’elle s’attendait à ce que viennent chez nous pour son anniversaire plusieurs
amis que nous avions invités, parmi lesquels Irma. Mon rêve anticipe donc
cette situation : c’est l’anniversaire de ma femme, et beaucoup de gens que
nous avons invités, parmi lesquels Irma, sont reçus par nous dans le grand hall
de Bellevue.
Je fais des reproches à Irma pour n’avoir pas accepté la solution ; je dis : si
tu as encore des douleurs, c’est ta faute à toi. Cela, j’aurais pu le lui dire aussi
à l’état de veille, ou bien je le lui ai dit. À l’époque, mon opinion (plus tard
reconnue inexacte) était que ma tâche se bornait à communiquer aux malades
le sens caché de leurs symptômes ; qu’ensuite ils acceptent ou non cette
solution – ce dont dépend le succès – je n’en étais plus responsable. Je suis
reconnaissant à cette erreur, maintenant heureusement surmontée, de m’avoir
facilité l’existence, à une époque où avec toute mon inévitable ignorance je
devais faire état de succès thérapeutiques. – Je note pourtant, d’après la phrase
que dans le rêve je dis à Irma, qu’avant tout je ne veux pas être responsable des
douleurs qu’elle a encore. Si c’est la faute à Irma, alors ce ne peut être la
mienne. Est-ce dans cette direction que devrait être recherchée l’intention du
rêve ?
Plaintes d’Irma ; douleurs à la gorge, au ventre et à l’estomac, ça la serre
de partout. Les douleurs à l’estomac faisaient partie du complexe
symptomatique de ma patiente, mais elles n’étaient pas très prononcées ; elle
se plaignait plutôt de sensations de nausée et de dégoût. Les douleurs à la
gorge, au ventre, les serrements du larynx, ne jouaient guère de rôle chez elle.
Je me demande avec étonnement pourquoi je me suis décidé à choisir ainsi les
symptômes dans le rêve, ce que je ne puis d’ailleurs trouver pour le moment.
Elle a un air pâle et bouffi. Ma patiente était toujours rose. Je suppose qu’ici
une autre personne se substitue à elle.
Je suis effrayé à la pensée que j’ai quand même omis de voir une affection
organique. Comme on m’en croira volontiers, c’est là une angoisse jamais
éteinte chez le spécialiste qui voit presque exclusivement des névrosés et qui
est habitué à mettre au compte de l’hystérie tant de manifestations que d’autres
médecins traitent comme organiques. D’un autre côté, un léger doute
m’effleure – venu je ne sais d’où – quant à savoir si mon effroi est tout à fait
honnête. Si les douleurs d’Irma sont fondées organiquement, alors je ne suis
pas non plus dans l’obligation de les guérir. Ma cure n’élimine en effet que des
douleurs hystériques. Il me semble donc à dire vrai que je souhaiterais une
erreur de diagnostic ; alors le reproche d’insuccès serait aussi éliminé.
Je l’emmène à la fenêtre pour voir dans sa gorge. Elle est un peu
récalcitrante, comme les femmes qui portent de fausses dents. Je pense en moimême : mais elle n’en a pourtant pas besoin. Chez Irma, je n’ai jamais eu
l’occasion d’inspecter la cavité buccale. Ce qui se déroule dans le rêve me
rappelle l’examen, effectué il y a quelque temps, d’une gouvernante qui avait
tout d’abord donné une impression de beauté juvénile, mais qui, en ouvrant la
bouche, prenait certaines dispositions pour cacher son dentier. À ce cas se
rattachent d’autres souvenirs d’examens médicaux et de petits secrets qui sont
alors dévoilés, sans que cela fasse plaisir ni à l’un ni à l’autre. – Elle n’en a
pourtant pas besoin, cela est sans doute tout d’abord un compliment pour
Irma ; mais je soupçonne qu’il y a là une autre signification encore. Lors d’une
analyse attentive, on sent si l’on a épuisé ou non les pensées d’arrière-plan
auxquelles il faut s’attendre. La manière dont Irma se tient près de la fenêtre
me rappelle soudain une autre expérience vécue. Irma a une amie intime que je
tiens en très haute estime. Un soir où je lui rendais visite, je la trouvai dans la
situation reproduite dans le rêve, près de la fenêtre, et son médecin, le même
Dr M., expliquait qu’elle avait une membrane diphtérique. La personne du
Dr M. et la membrane font d’ailleurs retour dans la suite du rêve. Il me vient
maintenant à l’idée que, ces derniers mois, j’ai eu toutes les raisons de
supposer que cette autre dame était également hystérique. D’ailleurs, Irma ellemême me l’a révélé. Mais que sais-je des états de cette dame ? Ceci justement
qu’elle souffre de nausée hystérique, comme mon Irma dans le rêve. J’ai donc
remplacé dans le rêve ma patiente par son amie. Maintenant je m’en souviens,
j’ai souvent joué avec la supposition que cette dame pourrait également avoir
recours à moi pour que je la délivre de ses symptômes. Mais ensuite j’ai moimême tenu cela pour invraisemblable, car elle est d’une nature très réservée.
Elle est récalcitrante, comme le montre le rêve. Une autre explication serait
qu’elle n’en a pas besoin ; elle s’est vraiment montrée jusqu’ici
suffisamment forte pour dominer sans aide étrangère les états qu’elle traverse.
Il ne reste plus maintenant que quelques traits que je ne puis placer ni chez
Irma ni chez son amie : pâle, bouffie, de fausses dents. Les fausses dents me
menaient à cette gouvernante ; je me sens maintenant enclin à me contenter de
mauvaises dents. Alors, il me vient à l’idée une autre personne, à laquelle ces
traits peuvent faire allusion. Elle non plus n’est pas ma patiente, et je ne
voudrais pas l’avoir pour patiente, car j’ai noté que devant moi elle est gênée,
et je ne la tiens pas pour une malade docile. Elle est habituellement pâle, et
pour une fois qu’elle connaissait une période particulièrement bonne, elle était
bouffie281. J’ai donc comparé ma patiente Irma avec deux autres personnes qui
seraient également récalcitrantes au traitement. Quel sens cela peut-il avoir que
je l’aie échangée dans le rêve contre son amie ? Peut-être que je voudrais
l’échanger ; pour l’autre, soit elle éveille chez moi des sympathies plus fortes,
soit j’ai une plus haute opinion de son intelligence. Je tiens en effet qu’Irma
n’est pas raisonnable de ne pas accepter ma solution. L’autre serait plus
raisonnable, donc céderait plus volontiers. Du reste, sa bouche s’ouvre
alors fort bien ; cette patiente en dirait plus qu’Irma282.
Ce que je vois dans la gorge : une tache blanche et des cornets du nez
escarrifiés. La tache blanche rappelle la diphteritis et ainsi l’amie d’Irma, mais
de plus la grave affection de ma fille aînée il y a près de deux ans et tout
l’effroi de cette mauvaise période. Les escarres sur les cornets du nez font
penser à un souci concernant ma propre santé. J’utilisais alors fréquemment de
la cocaïne pour venir à bout de pénibles enflures nasales, et j’avais entendu
dire, peu de jours auparavant, qu’une patiente qui faisait comme moi s’était
attiré une nécrose étendue de la muqueuse nasale. Recommander la cocaïne,
comme je le fis en 1885283, m’a d’ailleurs valu de très lourds reproches. Un
ami cher284, déjà mort en 1895, avait hâté sa disparition par l’abus de ce
remède.
J’appelle vite en consultation le Dr M., qui répète l’examen. Cela
correspondrait simplement à la position que M. occupait parmi nous. Mais le
« vite » est suffisamment frappant pour exiger une explication particulière285.
Il me rappelle une triste expérience médicale que j’ai eue. J’avais provoqué un
jour, en ordonnant de manière continue un remède qui à l’époque passait
encore pour inoffensif (le Sulfonal), une grave intoxication chez une malade et
je m’adressai alors en toute hâte à ce confrère expérimenté, plus âgé, pour
demander assistance. Que j’aie effectivement ce cas en vue est corroboré par
une circonstance accessoire. La malade qui succomba à l’intoxication portait le
même nom que ma fille aînée. Je n’y avais jamais pensé jusqu’ici ; maintenant
cela m’apparaît presque comme une mesure de rétorsion du destin. Comme si
le remplacement des personnes devait se poursuivre en un autre sens ; cette
Mathilde-ci à la place de cette Mathilde-là ; œil pour œil, dent pour dent. C’est
comme si j’allais chercher toutes les occasions me permettant de me reprocher
le manque d’une conscience scrupuleuse comme médecin.
Le Dr M. est pâle, sans barbe au menton, et il boite. Ce qu’il y a d’exact
dans cela, c’est que sa mauvaise mine éveille fréquemment le souci de ses
amis. Les deux autres caractères doivent forcément appartenir à une autre
personne. L’idée me vient de mon frère aîné vivant à l’étranger, qui porte le
menton rasé et auquel, si je me souviens bien, le M. du rêve ressemblait en
gros. À son sujet est arrivée il y a quelques jours la nouvelle qu’il boitait à
cause d’une affection arthritique à la hanche. Il faut qu’il y ait une raison pour
que dans le rêve je fusionne les deux personnes en une seule. Je me rappelle
effectivement avoir été de mauvaise humeur contre les deux pour des raisons
semblables. Les deux avaient repoussé une certaine proposition que je leur
avais faite récemment.
L’ami Otto se tient maintenant debout près de la malade et l’ami Leopold
l’examine et met en évidence une matité en bas et à gauche. L’ami Leopold est
également médecin, c’est un parent d’Otto. Comme ils exercent la même
spécialité, le destin a fait des deux des concurrents que l’on compare
constamment l’un à l’autre. Ils ont tous deux été mes assistants, des années
durant, lorsque je dirigeais encore une consultation publique pour des enfants
malades nerveux286. Des scènes comme celle reproduite dans le rêve s’y sont
souvent déroulées. Alors que je débattais avec Otto du diagnostic d’un cas,
Leopold avait de nouveau examiné l’enfant et fourni une contribution
inattendue à la décision. Il y avait entre eux une diversité de caractère tout à
fait semblable à celle existant entre l’inspecteur Bräsig et son ami Karl 287.
L’un se distinguait par sa « promptitude », l’autre était lent, posé, mais il allait
au fond des choses. Si dans le rêve je confronte Otto et le prudent Leopold,
c’est manifestement pour faire valoir Leopold. C’est une comparaison
semblable à celle faite plus haut entre la patiente désobéissante, Irma, et son
amie tenue pour plus raisonnable. Maintenant je remarque aussi l’un des rails
sur lesquels la liaison de pensée se déplace dans le rêve : de l’enfant malade à
l’institut des enfants malades. – La matité en bas et à gauche me donne
l’impression de correspondre à tous les détails d’un cas particulier où Leopold
m’a frappé par sa façon d’aller au fond des choses. De plus, j’entrevois comme
une sorte d’affection métastatique, mais il pourrait s’agir aussi d’une relation à
la patiente que je voudrais avoir à la place d’Irma. Cette dame imite en effet
une tuberculose, pour autant que je puisse en juger.
Une partie cutanée infiltrée à l’épaule gauche. Je sais aussitôt que c’est
mon propre rhumatisme à l’épaule, que je ressens régulièrement quand je suis
resté éveillé jusque tard dans la nuit. L’énoncé dans le rêve a aussi ce double
sens : ce que je… sens comme lui. On doit entendre : je sens dans mon propre
corps. Du reste, je suis frappé par l’aspect inhabituel de cette caractérisation
« partie cutanée infiltrée ». Nous sommes habitués à l’ « infiltration à gauche,
en arrière et en haut » ; elle se rapporterait au poumon et ainsi de nouveau à la
tuberculose.
Malgré le vêtement. Ce n’est de toute façon qu’une incise. À l’institut, nous
examinions naturellement les enfants dévêtus ; cela s’oppose en quelque sorte
à la manière dont il faut examiner des patients adultes de sexe féminin. D’un
éminent clinicien, on avait coutume de raconter qu’il n’avait jamais examiné
physiquement ses patients qu’à travers les vêtements. La suite est pour moi
obscure, je n’ai, à le dire franchement, aucune inclination à m’engager ici plus
profondément.
Le Dr M. dit : C’est une infection, mais ça ne fait rien. Il va s’y ajouter
encore de la dysenterie et le poison va s’éliminer. Cela me paraît d’abord
ridicule, mais doit cependant, comme tout le reste, être soigneusement
décomposé. À y regarder de plus près, cela offre pourtant une sorte de sens. Ce
que j’ai trouvé chez la patiente était une diphteritis locale. J’ai le souvenir,
remontant à l’époque où ma fille était malade, de la discussion sur diphteritis
et diphtérie. Cette dernière est l’infection générale qui part de la diphteritis
locale. Une telle infection générale, Leopold la met en évidence par la matité
qui fait donc penser à des foyers métastatiques. Je crois à vrai dire que
précisément dans la diphtérie de telles métastases ne se produisent pas. Elles
me rappellent plutôt la pyohémie.
Cela ne fait rien est une consolation. J’estime qu’elle s’insère de la manière
suivante : la dernière partie du rêve a fourni le contenu selon lequel les
douleurs de la patiente proviennent d’une grave affection organique. J’ai le
pressentiment que par là encore je ne veux que me débarrasser de la faute. La
cure psychique ne peut être rendue responsable de la persistance des
souffrances diphtériques. Maintenant ce qui me gêne tout de même, c’est
d’inventer à Irma une si grave souffrance dans le seul et unique but de me
décharger. Cela a l’air si cruel. J’ai donc besoin d’être assuré d’une bonne fin,
et il me semble que ce ne fut pas un mauvais choix de mettre la consolation
précisément dans la bouche de la personne du Dr M. Mais ici je prends de la
hauteur par rapport au rêve, ce qui demande à être éclairci.
Mais pourquoi cette consolation est-elle si insensée ?
Dysenterie : quelque lointaine représentation théorique selon laquelle les
substances morbides peuvent être évacuées par l’intestin. Est-ce que je veux
me moquer ainsi du Dr M., si fertile en explications tirées par les cheveux et en
connexions pathologiques singulières ? À propos de dysenterie, quelque chose
d’autre me vient encore à l’idée. Il y a quelques mois, j’avais pris en charge un
jeune homme avec de curieux ennuis de selles que d’autres confrères avaient
traité comme un cas d’ « anémie avec sous-alimentation ». Je reconnus qu’il
s’agissait d’une hystérie, ne voulus pas essayer sur lui ma psychothérapie et
l’envoyai faire un voyage en mer. Or, il y a quelques jours, je reçus d’Egypte
une lettre désespérée de lui comme quoi il avait eu là-bas un nouvel accès que
le médecin avait déclaré être de la dysenterie. À vrai dire, je présume que le
diagnostic n’est qu’une erreur de ce confrère qui ne sait rien et qui se laisse
berner par l’hystérie ; mais je ne pus tout de même pas m’épargner les
reproches d’avoir mis le malade dans la situation d’attraper peut-être, en plus
d’une affection intestinale hystérique, une affection organique. Dysenterie est
en outre en assonance avec diphtérie, nom †††288 qui n’est pas nommé dans le
rêve.
Oui, c’est forcément qu’avec ce pronostic consolant : il s’y ajoutera encore
de la dysenterie, etc., je me moque du Dr M., car je me souviens qu’une fois, il
y a des années, il a raconté en riant quelque chose de tout à fait semblable au
sujet d’un confrère. Il avait été appelé en consultation avec ce confrère auprès
d’un grand malade et il se sentit poussé à objecter à l’autre – qui semblait se
bercer d’espoir – qu’il trouvait chez le patient de l’albumine dans l’urine. Le
confrère ne se laissa pourtant pas démonter, mais répondit tranquillement : Ça
ne fait rien, cher confrère, cet albumine289 finira bien par s’éliminer. – Il n’est
donc plus douteux pour moi que dans cette partie du rêve se trouve contenue
une raillerie à l’adresse des confrères ne sachant rien de l’hystérie. Comme en
confirmation, ceci me traverse maintenant l’esprit : le Dr M. sait-il donc que
les manifestations pathologiques chez sa patiente, l’amie d’Irma, qui font
craindre une tuberculose, reposent aussi sur l’hystérie ? A-t-il reconnu cette
hystérie ou s’est-il « fait avoir » par elle ?
Mais quel peut être mon motif pour traiter si mal cet ami ? C’est très
simple : le Dr M. est aussi peu d’accord avec ma « solution » concernant Irma
qu’Irma elle-même. Dans ce rêve j’ai donc déjà tiré vengeance de deux
personnes : d’Irma, avec ces paroles : Si tu as encore des douleurs, c’est ta
faute à toi, et du Dr M., en lui mettant dans la bouche l’énoncé d’une
consolation insensée.
Nous savons immédiatement d’où provient l’infection. Ce savoir immédiat
dans le rêve est remarquable. Juste avant, nous ne le savions pas encore,
puisque l’infection n’a été mise en évidence que par Leopold.
L’ami Otto lui a administré, alors qu’elle ne se sentait pas bien, une
injection. Otto avait effectivement raconté que pendant la courte période de sa
présence dans la famille d’Irma, il fut appelé à l’hôtel voisin pour y faire une
injection à quelqu’un qui brusquement ne se sentait pas bien. Les injections me
rappellent de nouveau le malheureux ami qui s’est empoisonné avec de la
cocaïne. Je lui avais conseillé ce remède seulement à usage interne pendant son
sevrage de la morphine, mais il se fit aussitôt des injections de cocaïne.
Avec une préparation de propyl… propylène… acide propionique.
Comment se fait-il donc que j’en arrive là ? Cette même soirée, après laquelle
j’avais travaillé à la rédaction de cette histoire de malade et sur ce rêve, ma
femme ouvrit une bouteille de liqueur sur laquelle on pouvait lire « ananas »290
et qui était un cadeau de notre ami Otto. Il avait en effet l’habitude de faire des
cadeaux en toute occasion ; espérons qu’il en sera un jour guéri par une
femme291. De cette liqueur émanait une telle odeur de tord-boyaux que je me
refusai à en goûter. Ma femme dit : Nous ferons cadeau de cette bouteille aux
domestiques, et moi, encore plus prudent, je m’y opposai par cette remarque
philanthropique : eux non plus n’ont pas à s’empoisonner. Or, manifestement,
l’odeur de tord-boyaux (amyl…) a éveillé chez moi le souvenir de toute la
série : propyl, méthyl, etc., qui fournit au rêve les préparations de propylène.
J’ai procédé ici, il est vrai, à une substitution, j’ai rêvé de propyl après avoir
senti de l’amyl, mais des substitutions de cette sorte sont peut-être précisément
autorisées en chimie organique.
Triméthylamine. Je vois dans le rêve la formule chimique de ce corps, ce qui
en tout cas témoigne d’un grand effort de ma mémoire et, de plus, la formule
est en caractères gras, comme si l’on voulait faire ressortir du contexte quelque
chose qui serait particulièrement important. À quoi me mène donc maintenant
la triméthylamine sur laquelle mon attention est attirée de cette manière ? À
une conversation avec un autre ami, qui depuis des années est au courant de
tous mes travaux en germe comme moi des siens
292. Il m’avait à l’époque
communiqué certaines idées relatives à une chimie sexuelle, mentionnant entre
autres qu’il croyait reconnaître dans la triméthylamine un des produits du
métabolisme sexuel. Ce corps me mène donc à la sexualité, ce facteur auquel
j’accorde la plus grande significativité pour la genèse des affections nerveuses
que j’entends guérir. Ma patiente Irma est une toute jeune veuve ; s’il s’agit
pour moi d’excuser l’insuccès de la cure chez elle, le mieux sera sans doute
que j’invoque cet état de fait, que ses amis aimeraient bien modifier. Comme
ce rêve est d’ailleurs remarquablement agencé ! L’autre personne que j’ai
comme patiente dans le rêve à la place d’Irma est aussi une jeune veuve.
Je pressens pourquoi la formule de la triméthylamine a pris dans le rêve de
telles proportions. Il y a tellement de choses importantes qui se rencontrent
dans ce seul mot : la triméthylamine est une allusion non seulement au facteur
surpuissant de la sexualité, mais aussi à une personne dont je me plais à me
rappeler qu’elle est d’accord avec moi lorsque, compte tenu des vues qui sont
les miennes, je me sens abandonné. Cet ami qui joue un si grand rôle dans ma
vie ne devrait-il pas continuer d’être présent dans l’ensemble des pensées du
rêve ? Si ; c’est quelqu’un qui connaît particulièrement bien les effets
provenant des affections du nez et de ses cavités annexes, et il a révélé à la
science quelques relations tout à fait remarquables entre les cornets du nez et
les organes sexuels féminins. (Les trois formations frisées dans la gorge
d’Irma.) J’ai fait examiner Irma par lui pour savoir si ses douleurs d’estomac
ne seraient pas d’origine nasale. Mais il souffre lui-même de suppurations
nasales qui me donnent du souci, et c’est sans doute à cela que fait allusion la
pyohémie que j’entrevois dans les métastases du rêve.
On ne fait pas de telles injections avec une telle légèreté. Ici le reproche de
légèreté est lancé directement contre l’ami Otto. Je crois avoir pensé par devers
moi quelque chose d’analogue l’après-midi où, par la parole et le regard, il a
semblé afficher son parti pris contre moi. Cela donnait à peu près : avec quelle
légèreté il se laisse influencer, avec quelle légèreté il se forme un jugement.
Par ailleurs, la phrase ci-dessus m’évoque en retour l’ami défunt qui s’est si
vite résolu aux injections de cocaïne. Les injections avec ce remède, comme je
l’ai déjà dit, n’étaient nullement dans mes intentions. Avec le reproche que
j’adresse à Otto de faire usage avec légèreté de ces substances chimiques, je
remarque que je suis ramené à l’histoire de cette malheureuse Mathilde, d’où
ressort le même reproche contre moi. À l’évidence, je collecte ici des exemples
de ma conscience scrupuleuse, mais aussi de son contraire.
Il est vraisemblable aussi que la seringue n’était pas propre. Encore un
reproche à l’encontre d’Otto, mais qui provient d’ailleurs. Hier, j’ai rencontré
par hasard le fils d’une dame de quatre-vingt-deux ans à qui je dois administrer
chaque jour deux injections de morphine. Elle est présentement à la campagne
et j’ai appris à son sujet qu’elle souffrait d’une inflammation veineuse. J’ai
immédiatement pensé qu’il s’agissait d’un infiltrat dû à la malpropreté de la
seringue. C’est ma fierté de ne pas lui avoir provoqué en deux ans un seul
infiltrat. J’ai en effet le souci constant de savoir si la seringue est vraiment
propre. C’est que justement je suis consciencieux. De l’inflammation veineuse
je reviens à ma femme qui lors d’une grossesse a souffert de stases veineuses,
et maintenant émergent dans mon souvenir trois situations analogues, avec ma
femme, avec Irma et la défunte Mathilde, situations dont l’identité m’a
manifestement donné le droit de mettre dans le rêve les trois personnes les
unes à la place des autres.
*
J’ai maintenant achevé l’interprétation du rêve293. Pendant ce travail, j’avais
du mal à me défendre contre toutes les idées incidentes que la comparaison
entre le contenu du rêve et les pensées du rêve cachées derrière ne pouvait
manquer de susciter. Entre-temps aussi le « sens » du rêve m’est apparu. J’ai
noté une intention qui est réalisée par le rêve et qui a forcément été le motif du
rêver. Le rêve accomplit quelques souhaits qui ont été éveillés en moi par les
événements de la dernière soirée (la nouvelle venant d’Otto, la rédaction de
l’histoire de maladie). Le résultat du rêve est en effet que je ne suis pas
responsable de la souffrance encore présente d’Irma et que c’est Otto qui en est
responsable. Or Otto m’a irrité par sa remarque sur la guérison imparfaite
d’Irma ; le rêve me venge de lui en retournant le reproche sur lui-même. Le
rêve m’acquitte de la responsabilité de l’état de santé d’Irma en ramenant
celui-ci à d’autres facteurs (aussitôt toute une série de raisons). Le rêve
présente un certain état des choses tel que j’aimerais le souhaiter ; son
contenu est donc un accomplissement de souhait, son motif un
souhait.
Tout cela saute aux yeux. Mais bien d’autres détails du rêve me deviennent
compréhensibles si l’on adopte le point de vue de l’accomplissement de
souhait. Non seulement je me venge d’Otto pour avoir pris parti
précipitamment contre moi, en lui imputant un acte médical précipité
(l’injection), mais je tire aussi vengeance de lui pour la mauvaise liqueur qui
sent le tord-boyaux, et je trouve dans le rêve une expression qui réunit les deux
reproches : l’injection avec une préparation de propylène. Je ne suis pas encore
satisfait, mais je poursuis ma vengeance en lui opposant son concurrent plus
fiable. Je semble dire par là : celui-là m’est plus cher que toi. Mais Otto n’est
pas le seul à devoir sentir le poids de ma colère. Je me venge aussi de ma
patiente désobéissante en l’échangeant contre une patiente plus raisonnable et
plus docile. Je ne vais pas non plus laisser tout bonnement le Dr M. me
contredire, mais je lui fais nettement connaître par une allusion quelle est mon
opinion : il affronte cette affaire en personne qui ne sait rien (« il va s’y ajouter
de la dysenterie, etc. »). Et même, me semble-t-il, j’en appelle, sans tenir
compte de lui, à quelqu’un d’autre qui en sait plus (mon ami qui m’a parlé de
la triméthylamine), tout comme je me suis détourné d’Irma vers son amie,
d’Otto vers Leopold. Éloignez de moi ces personnes, remplacez-les-moi par
trois autres de mon choix, et je serai débarrassé des reproches que je prétends
n’avoir pas mérités ! Le caractère infondé de ces reproches m’est lui-même
confirmé dans le rêve de la manière la plus ample. Les douleurs d’Irma ne sont
pas à mettre à ma charge, car elle en est elle-même responsable en refusant
d’accepter ma solution. Les douleurs d’Irma ne me concernent en rien, car
elles sont de nature organique, absolument impossibles à guérir par une cure
psychique. Les souffrances d’Irma s’expliquent de manière satisfaisante par
son veuvage (triméthylamine !), auquel je ne peux rien changer en effet. La
souffrance d’Irma a été provoquée par une injection imprudente de la part
d’Otto avec une substance inappropriée, injection que je n’aurais, moi, jamais
faite. La souffrance d’Irma provient d’une injection avec une seringue
malpropre comme l’inflammation veineuse de ma vieille dame, tandis que
moi, lors de mes injections, je n’ai jamais d’incident. Je remarque certes que
ces explications de la souffrance d’Irma, qui se rejoignent pour me décharger,
ne s’accordent pas entre elles, et même s’excluent les unes les autres. Tout le
plaidoyer – ce rêve n’est rien d’autre – rappelle vivement la défense de
l’homme qui était accusé par son voisin de lui avoir rendu un chaudron en
mauvais état. Premièrement, il l’avait rapporté intact, deuxièmement, le
chaudron était déjà troué lorsqu’il l’a emprunté, troisièmement il n’a jamais
emprunté de chaudron à son voisin. Mais c’est tant mieux : si une seule de ces
trois manières de se défendre est reconnue comme recevable, l’homme doit
être acquitté.
Dans le rêve entrent encore en jeu d’autres thèmes dont la relation à ma
manière de me décharger de la maladie d’Irma n’est pas aussi transparente : la
maladie de ma fille et celle d’une patiente du même nom, la nocivité de la
cocaïne, l’affection de mon patient voyageant en Egypte, les soucis concernant
la santé de ma femme, de mon frère, du Dr M., mes propres maux corporels,
les soucis concernant l’ami absent qui souffre de suppurations nasales.
Cependant, si je considère le tout, cela s’agence en une seule sphère de
pensées, comme avec l’étiquette : soucis concernant la santé – la mienne
propre et celle des autres –, conscience scrupuleuse du médecin. Je me
souviens d’une vague sensation pénible lorsque Otto m’apporta la nouvelle de
l’état de santé d’Irma. En partant de la sphère de pensées jouant un rôle dans le
rêve, j’aimerais faire après coup une place à l’expression de cette sensation
fugitive. C’est comme s’il m’avait dit : tu ne prends pas tes devoirs médicaux
suffisamment au sérieux, tu n’es pas consciencieux, tu ne tiens pas ce que tu
promets. Là-dessus, cette sphère de pensées se serait mise à ma disposition
afin que je puisse prouver à quel point je suis consciencieux, combien la santé
de mes proches, de mes amis et de mes patients me tient à cœur. Il est
remarquable que parmi ce matériel de pensées se trouvent aussi des souvenirs
pénibles qui parlent plutôt pour l’inculpation prononcée contre mon ami Otto
que pour ma propre disculpation. Le matériel est pour ainsi dire impartial, mais
on ne peut méconnaître la corrélation entre ce matériau plus large sur lequel le
rêve repose et le thème plus étroit du rêve, dont procède le souhait de ne pas
être coupable de la maladie d’Irma.
Je ne prétends pas affirmer que j’ai complètement mis à découvert le sens
de ce rêve, que son interprétation est sans lacunes.
Je pourrais encore m’attarder longtemps sur lui, tirer de lui de nouveaux
éclaircissements et discuter de nouvelles énigmes qu’il commande de soulever.
Je connais moi-même les points à partir desquels de nouvelles corrélations de
pensées doivent être suivies ; mais des considérations comme celles qui entrent
en ligne de compte pour chacun de mes propres rêves m’écartent du travail
d’interprétation. Que celui qui est prompt à blâmer une telle réserve tente
seulement lui-même d’être plus sincère que moi. Je me contente pour le
moment de cette seule connaissance nouvellement acquise : si l’on suit la
méthode de l’interprétation du rêve indiquée ici, on trouve que le rêve a
effectivement un sens et qu’il n’est nullement l’expression d’une activité
cérébrale en miettes, comme le prétendent les auteurs. Une fois achevé le
travail d’interprétation, le rêve s’avère être un
accomplissement de souhait.294
