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Parfois, Delico se demande si Yang n'a pas des problèmes de mémoire.
Ce serait possible, ils se connaissent depuis l'enfance et ont traversé des épreuves similaires. Des épreuves marquantes qui pourraient marquer la psyché et le mental d'une personne. Celui aux cheveux blancs fait toujours des cauchemars de cette nuit qui les a profondément marqués. Celui aux cheveux rasés a peut-être été marqué au point qu'inconsciemment, son esprit décide de se débarrasser de souvenirs violents.
Mais le souvenir d'eux qui ont couché ensemble... Ce n'est pas si violent, n'est-ce pas ?
Vraiment, c'est un souvenir marquant qui a chamboulé Delico. Ça devrait être un souvenir marquant pour Yang aussi. Mais ce dernier est toujours en train de parler à leurs collègues du clan Monroe de femmes qu'il rencontre dans certains quartiers peu recommandables. Il en parle en décrivant leurs fesses rebondies, en disant que les blondes c'est son genre, en se demandant si leurs lèvres sont refaites. Peut-être que c'est juste un moyen de se protéger, de faire comme s'il était le plus hétéro des hommes pour ne pas se mettre en danger ou mettre en danger Delico.
Mais même en se disant ça, celui aux yeux verrons a du mal à accepter ces excuses. C'est trop difficile de faire semblant pour lui.
Il suffit qu'il prenne une douche pour que ses pensées méditatives reviennent vers cette nuit-là.
Il ne se souvient plus exactement comment les choses ont dérapé. Mais c'est arrivé sur son lit et Delico a toujours l'impression de sentir l'odeur de son amant d'un soir sur les draps. Il a l'impression que le tissu est encore marqué par leurs deux corps ensemble. Son corps l'est encore, lui. Pendant que l'homme se douche, sa main passe un instant sur les suçons que Yang lui a laissé la veille. Il se souvient de comment il a gémi, comment il a réagi sans la moindre hésitation dans la voix. Il a chaud, d'un coup, alors qu'il y repense.
Il règle l'eau sur le froid, histoire de se changer les idées. Mais c'est juste impossible. Chaque goutte tombant sur sa peau ressemble aux lèvres qui ont embrassé chaque recoin de sa peau. Des recoins qui l'ont fait gémir, des recoins qui l'ont fait rire parce qu'il est sensible à la moindre forme de chatouille, des recoins qui l'ont fait un peu complexé aussi. Il sait que certains hommes complexent sur la taille de leur sexe, mais lui c'est son visage qui le fait complexer. Il ne l'a jamais trouvé très beau avec ses yeux verrons qu'il cache en mettant ses cheveux dessus. Souvent il se dit que s'il était comme sa sœur, il serait plus beau. Mais il y a eu ce moment où son cher Yang a embrassé les recoins de son visage, tout près de son œil bleu. Tu es beau, lui a-t-il murmuré tout près de son oreille.
Comment est-il censé faire comme si rien n'était arrivé alors qu'il l'a aidé à accepter une partie de son corps qu'il déteste tant ?
Il s'est senti aimé, choyé, comme jamais il n'a été aimé par le passé. Chaque mouvement de bouche sur sa silhouette nue a produit comme une explosion dans tout son être. Quelqu'un qui donne tant d'amour ne peut pas faire comme tout ça n'était rien.
Il l'a dénudé et l'a rempli de tout cet amour alors qu'il lui écartait les jambes. Yang l'a marqué physiquement, mais lui aussi. Ses jambes enveloppaient ses hanches, accroché fermement parce qu'il voulait sentir tout son être contre lui. Ses doigts s'enfonçaient dans son dos et même s'il n'a pas vu, il est certain d'avoir laissé des traces de griffes. Est-ce que son souffle coupé et ses cris contre son oreille résonnent encore dans sa tête ? Il s'est tellement, tellement senti vivant. Son cœur n'a jamais battu aussi vite et pourtant il s'est déjà retrouvé dans des moments de tensions où il a cru mourir. Et pourtant c'est là, contre son être qu'il s'est senti mourir pour renaître. Le langage dispose d'assez de mots pour décrire le moindre phénomène du monde mais pour décrire ce qu'il a ressenti les mots lui manquent.
Peut-être que s'il trouvait les mots parfaits, il pourrait le persuader. Il pourrait lui dire d'arrêter de prétendre, il pourrait lui dire ce qu'il ressent au plus profond de son être depuis cette nuit.
Ou alors il pourrait trouver les gestes. Le saisir par le col de sa chemise et l'embrasser à pleines lèvres juste avant une mission. Le traîner loin de ses femmes qu'il prétend admirer par leur physique. Lui procurer toutes les sensations que Yang lui a données, histoire que lui aussi soit chamboulé dans l'entièreté de son être.
Mais il n'est que Delico, le bouclier humain du clan Monroe, celui qui subit sans rien dire. Celui qui sent son cœur se détruire à chaque fois que Yang ne le regarde pas.
Peut-être que l'homme qu'il aime a tout simplement oublié. Il ne peut qu'avoir oublié, il ne voit pas d'autres solutions. Enfin, c'est bizarre d'oublier quelque chose d'aussi important.
Peut-être qu'en fait, il préférerait oublier. Delico préfère ne pas s'imaginer une situation comme celle-ci, mais ça ne sert à rien de rester longtemps dans le déni.
Il faut juste qu'il sert les dents, se concentre sur la protection du chef Monroe et oublie ces sentiments superflus, non ?
