Chapter Text
— Bien, il ne reste plus que toi, tu es la dernière de la liste, soupira le scientifique au visage marqué par les années de labeur, éreinté par l'épuisante tâche qu'il tentait de mener à bien depuis des années.
Il travaillait sur le projet "Arche" depuis 25 longues années, et enfin, celui-ci touchait à sa fin. Ce projet avait pour but de placer sous stase une liste restreinte de sujets compatibles avec l'amélioration génétique, visant à accroître leurs capacités physiques et intellectuelles. Les personnes sélectionnées avaient subi une multitude de tests cliniques, afin d'évaluer leur compatibilité avec les modifications que leur organisme allait subir, mais aussi des tests comportementaux pour évaluer leur résistance au stress, à l'anxiété et à l'inconnu. Ce projet avait servit initialement à envoyer des gens à travers l'espace pour coloniser Eden, une planète habitable. Mais avec la guerre, le projet avait pris une toute autre tournure.
A présent, les capsules restantes étaient toutes destinées à tenter de sauver la terre.
— Ton module d'hypersommeil est prêt, installes-toi, dit-il en désignant une sorte de grosse capsule rectangulaire, constituée des mêmes matériaux que ceux que l'on utilisait depuis des décennies sur les vaisseaux conçus pour voyager au sein de notre galaxie. Cela garantissait une robustesse maximale aux modules.
De plus, celui-ci était équipé d'un système de survie autonome et intelligent dont la batterie était conçue pour durer de nombreux siècles, afin d'éviter au cocon de se transformer en tombeau.
Cependant, cette technologie avait tout de même ses limites, c'est pourquoi l'IA de l'ordinateur était apte à désactiver les fonctions vitales de l'hôte si l'intégrité du module était compromise, ou lorsque l'énergie contenu dans les batteries se serait inexorablement épuisée.
La jeune femme s'installa confortablement, et tappota le petit espace à coté d'elle. Une masse sombre sauta et se lova contre elle. Les participants avaient la possibilité d'être endormis avec des membres de leur familles ou des proches, qui bien que non compatibles avec le programme d'amélioration, serait utile pour la stabilité émotionnelle, mais aussi pour le quotidien du sujet qui s'éveillerait dans le futur. Elle n'avait plus personne dans sa vie, ni famille ni amis, et c'est donc tout naturellement qu'elle avait choisi son chien Loki, qu'elle avait adopté depuis peu.
Le scientifique raccorda leurs corps à la machine, puis, tandi que les explosions fleurissaient autour d'eux comme de grotesques et toxiques feux d'artifices, le berceau contenant leurs corps à présent inertes se referma, les laissant flotter en
apesanteur artificielle dans le module, alors que leur monde prenait fin.
Elle se réveilla en sursaut, couverte de sueur, un cri de désespoir déchirant sa gorge. Le Malinois assoupi à côté d'elle, bondit du lit, les oreilles dressées, à l'affût de ce qui avait fait si peur à sa propriétaire.
La jeune femme inspira profondément afin de calmer les battements de son coeur tout en appelant son chien.
— C'est rien mon grand, encore un cauchemar. Allez, viens Loki.
Le jeune chien s'étira, bâilla et revint se coucher à sa place.
Elle se leva et se dirigea vers la salle de bain, versa un peu d'eau dans une bassine de terre cuite vernis et joliment décorée de fleurs bleues et se rinça le visage à l'eau fraîche. Puis elle releva la tête et s'observa dans le miroir.
Elle avait encore des difficultés à reconnaître son propre reflet. Seuls ses tatouages lui rappelaient que c'était bien elle, l'enracinant ainsi dans le présent, et lui évitant de perdre la tête. Une vipère toute noire ornait son bras gauche, partant de son épaule et s'enroulant jusqu'au poignet. Sur le côté droit de son cou, une araignée semblait ramper jusqu'à son oreille. Du dessus de son pied droit partait un cerisier aux racines enchevêtrés dans un crâne et dont les branches en fleurs s'élevaient et s'enroulaient, enveloppant son buste et se frayant un passage entre ses seins, dans son cou, sur ses épaules, et retombant sur ses bras et son dos. Des pétales semblaient tomber en pluie de ses branches le long de son corps. ça et là, scarabées et libellules se cachaient dans les branches. Dans son dos, un corbeau s'envolait. Dans sa vie passée, le tatouage était son métier, la nature sa muse, et elle avait fait de son corps une œuvre d'art. A présent , ses tatouages cachait en partie les cicatrices qui recouvraient son corps.
Les améliorations génétiques que le projet arche lui avait fait subir avait certes permis à son intellect et à sa mémoire de se développer, mais cela avait complètement modifié sa chevelure. Ses cheveux roux raides et fins s'étaient changés en une longue crinière épaisse, et ondulée d'un blond polair si clair qu'il semblait presque blanc. Ses yeux également avaient changés, le noisette d'antan était devenu un vert très clair, quasi translucide. L'ensemble, assortie à sa peau très claire lui donnait un aspect diaphane.
Pour le reste, rien n'avait vraiment changé dans son apparence, si ce n'est que ses muscles semblaient un peu plus dessinés sous sa peau. Elle était assez grande, un bon mètre soixante dix, avec de longues jambes, et un corps harmonieusement galbé.
Suite aux modifications qu'elle avait subi, ses capacités physiques furent boostées.
Elle avait plus de force qu'auparavant, elle était également plus souple, plus endurante, plus rapide. Ses réflexes étaient aiguisés, ses sens affutés. Son organisme était devenu plus résistant aux maladies, il se régénérait plus rapidement, et elle n'avait plus autant besoin de dormir qu'avant.
En trois ou quatre heures son énergie était restaurée, ce qui lui laissait beaucoup de temps pour penser à sa solitude et au désespoir qui emplissait son coeur si souvent. Alors elle occupait son esprit, cogitant sur des plans, des maquettes, des projets.
Et côté matière grise, les scientifiques avaient fait des miracles : ils avaient fait d'elle un génie. Elle était brillante, vive d'esprit et avait une mémoire en béton.
De plus, pendant son très long sommeil sous stase, l'IA avait connecté ses implants neuronaux à une base de donnée contenant tout le savoir acquis par ses semblables depuis des siècles : des connaissances en histoire, en langue, en géopolitique, mais aussi en science, en médecine, en biologie, en botanique et tant d'autres choses... tout ce qui pouvait être appris fut téléchargé dans son esprit.
Elle utilisait donc ses capacités pour aider les gens de cette époque.
Elle avait été sortie de stase un an plus tôt par l'IA lorsque des aventuriers explorant les ruines d'une ancienne civilisation, de SA civilisation, s'approchèrent de son module.
Ils avaient entendu parler de ce genre de technologie, et la prirent en charge, elle et son chien, pour l'aider à se familiariser avec ce nouveau monde.
Ils étaient les descendants des survivants qui se cachèrent jadis sous terre pour survivre loin de la toxicité de l'atmosphère, suite à ce qu'ils appellaient le jour du désastre.
Le groupe d'aventuriers était constitué d'un rouquin à l'air sérieux prénommé Arlo, d'un grand gaillard au cheveux teint en vert du nom de Remington, et de Sam une petite blonde à la personnalité petillante. Ils appartenaient à la brigade civile, sorte de force de l'ordre local. Parmis ceux qui la sortirent de son module, il y avait également Petra une brunette à la peau mate et Merlin une quinquagénaire extravagante. Toutes deux scientifiques.
Ils l'emmenèrent à Portia, où elle demeura quelques mois et lui apprirent tout ce qu'ils étaient en mesure de lui apprendre sur le monde d'aujourd'hui, les citées libres et l'histoire depuis le jour du désastre.
Ils appelaient les gens comme elle, les éveillés.
Ces derniers avaient beaucoup aidé ce monde par le passé, mais ils restaient mal vus du fait de leur penchant pour la technologie ancienne. Il n'y en avait pas eu depuis bien longtemps avant le reveil de la jeune femme.
Enfin, ils lui expliquèrent que les citées avaient besoin de constructeurs à l'esprit affutés, et que les éveillés étaient de très bons éléments, aussi, si cela lui convenait, ils connaissaient une ville qui en avait grandement besoin.
C'est ainsi qu'elle se retrouva à Sandrock, une ville perdue au beau milieu du désert d'Eufala, entre canyons, plaines arides et étendues ensablées.
Elle, qui ne supportait pas la chaleur, fut servie!
Elle arriva au début de l'automne de l'année 98 de l'ère de la Lumière et était là depuis un peu plus de 7 mois.
Au plus chaud de la journée, le désert atteignait en moyenne les 30 degrés, et elle savait que cela monterait bien plus haut durant l'été. A contrario, les nuits étaient glaciales et les températures tombaient parfois au-dessous de zéro!
Elle avait repris l'atelier de Mason, un constructeur à la retraite.
Sa maison était située à l'extérieur de la ville, suffisamment loin pour être à l'abri des regards, isolée dans les collines surplombant un canyon. Elle aimait cette tranquillité et la proximité avec la nature.
Un petit chemin encaissé au milieu de grosses roches rouges et ocres passait devant son portail et rejoignait la ville au nord, il se scindait en deux autres sentiers qui se dirigeait vers le désert au nord Est et au nord Ouest, via les deux ponts sur lesquels passait le train. En direction du sud, derrière son atelier, il n'y avait qu'un petit sentier à peine visible, qui traversait la plaine et menait dans les gorges asséchées du canyon.
La maison était passablement délabrée à son arrivée, elle dût la rénover petit à petit, mais avec l'aide des artisans de la bourgade ce fut relativement rapide, si bien qu'aujourd'hui elle avait une belle demeure.
Au rez-de chaussé il y avait une grande pièce qui faisait salon et salle à manger et au fond se trouvait la cuisine qui n'était séparée du reste que par un petit bar. Pour l'instant elle n'avait pas beaucoup de décorations.
A droite de l'entrée, elle avait disposé un canapé et une table basse agrémenté d'un pot de fleur. Face au canapé il y avait une toile blanche sur laquelle elle projetait des films ou séries de l'ancien temps pour occuper ses moments de détente.
Entre le canapé et le bar se trouvait une table en bois usée avec un napperon, et quatres chaises en bois et en paille tout aussi usées que la table.
La cuisine était éclairée par une petite fenêtre qui surplombait le plan de travail. Un évier et un beau robinet en cuivre ouvragé sur lequel était greffée une vieille pompe, servant par le passé à faire remonter l'eau du puits depuis longtemps asséché, occupaient l'endroit. A droite, le fourneau à charbon, en fonte gris vert, faisait office de cuisinière. Dessus, une bouilloire attendait patiemment qu'on l'utilise. A gauche du plan de travail, il y avait un vaisselier contenant bien évidemment de la vaisselle, mais aussi quelques victuailles.
Le bar qui séparait la cuisine de la salle à manger était fait de matériaux de récupération, mêlant bois usagé et plaques en tôle patinée pour le comptoir. Les tabourets étaient en tubes de ferraille et en cuir bordeaux usé.
A droite de la porte d'entrée se trouvait une bibliothèque puis une table surplombé d'une fenêtre, à laquelle la jeune femme aimait s'assoire le soir pour regarder les étoiles.
A gauche de l'entrée se trouvait un vieux porte-manteaux et l'escalier menant à l'étage, étage constitué de deux chambres et d'un bureau, ainsi que d'une grande salle de bain avec baignoire et douche qu'elle n'avait pas encore fini de rénover. La plomberie était un soucis dans une région aussi sèche que le désert d'Eufala. Mais la jeune femme travaillait d'arrache pied sur un systeme de générateur d'humidité.
Sous l'escalier, derrière la première porte on retrouvait d'autres toilettes ainsi qu'une petite douche, et derrière la seconde, l'accès au sous-sol.
La cave était éclairée par de petites vitres rectangulaires en haut des murs. Ici se trouvait un établis et l'essentiel des denrées de la maison : conserves, farines, aliments secs et légumes frais.
L'ensemble de la maison était esthétiquement satisfaisant selon la jeune femme et selon Heidi, l'architecte de la ville qui l'avait aidé à rénover.
Dehors se trouvait une grange, collée à la maison et reliée à celle-ci par la cave, avec les établis, et outillages de la constructrice. Des fourneaux fumaient en permanence à l'extérieur de la grange.
Il y avait également une écurie et un poulailler, ainsi que quelques cultures et un bel arbre centenaire qui offrait une agréable fraîcheur même aux heures les plus chaudes.
La vie était difficile dans ce nouveau monde. L'absence de technologies élaborées, et le fait que les habitants se méfiaient de tout ce qui avait un lien avec le passé ne lui simplifiait pas les choses.
Alors que la jeune femme était encore embrumée par son cauchemard, l'alarme de son Smart-tool s'enclencha. Elle effleura son poignet et une interface holographique apparut. Elle désactiva le réveil d'un geste fluide et silencieux. Puis une voix s'éleva de l'interface :
— Lilas, vous avez un rendez vous planifiez aujourd'hui à 8h00 avec Mi-an et Grace à la Lune Bleue"
— Merci Thessia, quel temps fait-il aujourd'hui?
— Mes capteurs indiquent qu'une tempête de sable atteindra Sandrock dans peu de temps, répondit l'IA.
— Merci, ce sera tout dit Lilas. J'ai horreur des tempêtes de sable maugréa t'elle.
Elle effleura sa tempe et fit apparaître devant ses yeux une autre interface, bleue et transparente, elle la contrôla via le pad de son poignet droit, le réduit de façon à ce qu'il ne couvre que ses oreilles, et lança "Take me home country road". Elle aimait beaucoup les anciennes musiques, même si à présent tout ce qu'elle avait connu était considéré comme ancien.
Alors que les premières notes résonnaient dans ses oreilles, elle s'activa et se dépêcha de se préparer puis vérifia si toutes les fenêtres et les volets étaient bien fermés.
Elle fit de même à la grange, au poulailler et à l'écurie, et rangea tout ce qui était susceptible de s'envoler.
Enfin, elle activa le système de barrière anti tempête qu'elle avait mis au point avec l'aide de Heidi. La barrière faisait le tour de son terrain et pouvait être surélevée sur commande afin de limiter les bourrasques au sein de sa propriété.
Elle bu un café et partit rejoindre ses amies Grace et Mi-An tandis que la tempête se levait.
