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Cette nuit encore, Bucky se remit à penser à quel point Sam devait trouver difficile d'être avec lui. C'était une sensation amère qui revenait quand il s'y attendait le moins, souvent quand il était heureux. Bucky n'était plus l'homme qu'il était dans les années quarante quand il savait parler et être sociable, danser et plaisanter. Avant, il était si engageant, mais plus maintenant. Il était évident que Sam aimait être entouré alors que Bucky s'épuisait si vite quand il se retrouvait dans des situations avec des inconnus (mis à part la famille de Sam, il n'y avait que deux ou trois personnes avec qui il appréciait passer du temps). Sam méritait mieux qu'un homme fou comme Bucky qui était générateur de silences gênants. Si au moins il pouvait...
- Arrête, chuchota Sam, les yeux fermés.
Il avait la tête sur son torse et ses bras autour de sa taille, le serrant doucement. Il essayait de dormir et Bucky ne le laissait pas se détendre.
- Je peux entendre les rouages dans ta tête.
Sam ne bougea pas et ne le regarda pas. Il était trop bien positionné et les battements de cœur de Bucky étaient si apaisants. Le seul problème était à quel point ses pensées étaient bruyantes.
- Et c'est chiant.
Bucky soupira. Comment pouvait-il savoir quand il avait des pensées sombres ? C'était adorable et insupportable à la fois et Bucky ne savait pas si c'était quelque chose qu'il aimait ou qu'il détestait. Depuis qu'il était avec Sam, il n'avait pas de temps à consacrer à ses pensées sombres et ses réflexions désespérées comme il le faisait avant – ce qui était une bonne chose, mais, parfois, Bucky ne pouvait s'empêcher de penser qu'il ne méritait pas ce bonheur. C'était une chose sur laquelle Bucky devait encore travailler.
- Donc maintenant je ne peux même pas... ?
Bucky leva les yeux au ciel et sourit en sentant la main de Sam sur son visage.
- Pas quand j'essaie de dormir. Je n'ai pas de super sérum dans le sang qui me permet de fonctionner correctement après seulement deux ou trois heures de sommeil, le coupa Sam et caressa sa joue.
Bucky acquiesça et commença à chantonner une chanson de Marvin Gaye qu'il savait que Sam aimait. Il n'avait pas besoin de voir son visage pour savoir que l'autre homme souriait.
- Beaucoup mieux.
Beaucoup mieux, pensa Bucky. C'était quelque chose qu'il n'avait pas oubliée et qui le rendait un peu plus heureux. Et Sam aimait l'entendre, ce qui le rendait encore plus heureux. Bucky caressa le bras de Sam qui ronronna de plaisir.
- Beaucoup mieux, répéta-t-il d'une voix endormie.
Bucky continua de chanter doucement. Dans sa tête, il fit une liste de toutes les choses qu'il avait apprises et de toutes les choses positives sur lui. Ce n'était pas simple, mais son psy avait insisté sur l'importance de cette procédure pendant leur séances et Bucky avait découvert que cela marchait lorsqu'il commençait à avoir des idées noires. Il méritait ce bonheur mais à ce moment précis, il avait encore du mal à y croire. Il se battait pour aller mieux, il aidait les autres et essayait le plus possible de mériter l'amour qu'on lui apportait. Et, entre ses bras, il tenait l'homme le plus merveilleux au monde. Bucky voulait croire qu'il avait fait quelque chose de bien dans sa vie pour finir ici, avec Sam.
Sans cesser de chantonner, il remarqua la respiration de Sam ralentir. Bucky sourit et termina sa chanson avant d'en commencer une autre, d'Ella Fitzgerald, toujours aussi bas. Il était un vieil homme après tout, et il aimait Ella Fitzgerald depuis qu'il était jeune.
Sam s'endormit sur lui, mais Bucky ne s'arrêta pas. Il voulait que ce moment dure encore.
Il n'était plus l'homme qu'il était. Il n'aimait pas passer du temps avec d'autres personnes, ne savait plus comment danser et ne pouvait plus sourire aussi facilement. Mais il avait appris de nouvelles choses et faisait des efforts pour être un homme meilleur – et, surtout, il savait encore chanter. Et parfois, une chanson suffisait.
