Chapter Text
Couteaux? Oui. Pistolets? Oh, oui. Ces mignonnes bombes roses qui ressemblent à des jouets mais qui font en fait partie de ses meilleures armes? Définitivement là.
Que manque-t-il d'autre? Les voix listent des choses variées, qui ne sont pas utiles, pas vraiment. Il peut toujours les acheter à nouveau lorsqu’il est en dehors de la ville ou les voler à ses cibles.
Il vérifie le sac à dos une nouvelle fois; il y a à peine de la place pour un costume de rechange, un deuxième masque et un sous-vêtement. Ce n’est pas comme s’il a beaucoup de choses, mise à part ses armes et affaires de mercenaire. Il garde nourriture et argent dans ses poches, il n’a donc pas vraiment besoin d’amener autre chose avec lui.
« On est prêt à y aller! »
Bien que la dernière mission ait été un succès, il a causé un désordre, un désordre bruyant, et la police et les super-héros sont probablement en train de le chercher dans tous les coins sombres de New York à l’heure qu’il est. Il ne voulait pas d’ennuis - Il se sent plutôt bien aujourd’hui, ni dépression ni haine envers lui-même n’est venu le hanter pour le moment -, donc il s’est enfui avant que les grands héros ne puissent arriver sur les lieux. Il sera parti de la ville avant qu’ils ne puissent l’attraper et le rendre de mauvaise humeur avec leurs regards désapprobateurs, leurs mots sévères et leurs plaintes. Et l’envoyer en prison, même si ce serait parfaitement inutile.
Il a tué trois hommes, c’est vrai. Il a tiré sur l’un, décapité l’autre et fait exploser le troisième. Quelques magasins ont été détruits - mec, ces bombes roses sont vraiment les meilleures! - et beaucoup, beaucoup de personnes ont eut peur et ont paniqué.
Un jour normal dans la vie de Deadpool, pour être honnête.
« Pourquoi tant d’agitation? » demande-t-il aux voix, qui lui rappellent que les bons héros n’aiment pas lorsque les gens sont tués et les bâtiments détruits.
« Ces hommes étaient de mauvaises personnes! C'étaient des enculés, ils méritaient cette mort et je méritais l’argent que j’ai eu pour ce boulot! Je devrais être considéré comme un héros, merde! »
Raisonner avec les voix n’est pas simple, elles sont sa raison après tout; elles insistent sur le fait que les héros ne veulent pas que qui que ce soit soit tué, peu importe à quel point ils étaient répugnants.
Il pleurniche, abandonnant. C’est impossible de gagner contre soi-même! Ça doit vouloir dire qu’il est brillant, mais il ne peut s’empêcher de se sentir découragé à chaque fois qu’il essaye de gagner une dispute avec les boîtes dans sa tête.
Il prend le sac à dos, laisse l’argent du dernier loyer sur la table pour la gentille vieille femme qui lui avait offert l’appartement, et se dirige vers la porte. Il porte des vêtements civils, un grand imperméable, un chapeau et des lunettes de soleil pour couvrir son visage. Le costume de Deadpool le rendrait trop reconnaissable, il ressortirait de la foule, et s’il veut quitter New York sans problème, il doit abandonner le masque pour un moment.
Il n’aime pas se sentir si nu et les gens vont probablement le fixer dans les rues, se demandant ce qu’il avait bien pu lui arriver; avec un peu de chance, personne ne va le reconnaître comme étant Deadpool, ils vont juste penser que c'est un pauvre gars qui a été pris dans un incendie. Le pire qui pourrait arriver c’est qu’il se fasse éviter par les mères et les personnes âgées parce qu’ils pensent qu’il a une maladie de peau horrible et contagieuse. Pas vraiment quelque chose de nouveau. Il peut gérer ça, du moment que personne ne commence à parler trop fort pour que les super-héros au-dessus de leur tête ne les entende.
Il enfonce davantage le chapeau sur sa tête chauve, ajuste les lunettes de soleil et commence à déverrouiller la porte. Il entend le twip trop tard et la prochaine chose dont il a conscience, c’est que sa main est coincée sur le mur et que la poignée de la porte est bloquée par des toiles.
« Oh, super. », marmonne-t-il lorsqu’une silhouette bleue et rouge saute du plafond. « Spidey! Mon coeur, comment tu m’as trouvé? » Malgré la déception causée par la capture, il est heureux de voir le jeune homme, il est son préféré et son corps splendide peut illuminer n’importe quel jour merdique.
« Je t’ai suivi. » Oh, sa voix ne sonne pas très heureuse, c’est certain. Plus déçue. Ou en colère. Peut-être les deux. « J’étais près du lieu lorsque l’explosion a eu lieu et des gens t’ont vu t’enfuir. »
« Et tu m’as rattrapé, sans m’arrêter dans les rues pour voir où je vivais et gardais mes armes. » Wade sourit, admiratif. « Tu es vraiment un petit génie! »
Le héros fronce les sourcils sous le masque et s’approche de lui; il y a de mauvaises ondes venant de lui, Wade le remarque et il essaye de reculer, la toile autour de son poignet rendant la chose difficile.
« Tu as tué trois hommes aujourd’hui. »
« Ils le méritaient! »
« Tu as tué trois hommes d’une façon lamentable et l’une de tes bombes à détruit un bar. » Spidey se tient juste à quelques centimètres de lui, les poings fermés et les dents clairement serrées si l’on s’en tient à sa voix.
« Tu viens avec moi, Wilson. Il faut qu’on parle. »
« Je te préviens, Spidey, ça me prend du temps pour atteindre l’orgasme, donc s’il te plaît soit patient si on doit jouir en même temps. » Le mercenaire remue ses sourcils et le héros grogne, prêt à lancer une toile sur sa bouche et attacher ses bras pour mieux pouvoir le porter. Il est trop proche, cela dit, et le commentaire de Wade a fonctionné car le jeune homme a temporairement oublié ses jambes libres. Jambes que Wade utilise pour donner un coup de pied à celles du héros - si longues et fines, mmh! - et le faire tomber au sol.
« Wilson! »
Wade sort un couteau d’une des poches et coupe les toiles; Spidey est rapide et agile, c’est indéniable, mais même lui doit s’arrêter et pousser une exclamation de surprise quand le couteau est lancé sur sa tête.
« Reviens ici! »
Il y a des escaliers à l’extérieur de la fenêtre de la chambre, il s’en rappelle… Ce serait plus facile d’éviter les toiles de Spidey dans un lieu ouvert plutôt que de courir comme une souris dans un labyrinthe dans ce petit appartement.
« Wilson…! »
Un pied sur le rebord, le sac jeté sur son dos, un pistolet levé, pointé droit vers la tête de Spidey… oui, la pose est parfaite, digne d’une couverture de comic ou d'une affiche de film. Même les voix sont d’accord.
« Merci les gars. » Le sourire de Wade s'aggrandit. « Okay, chéri, tu sais à quel je déteste te faire du mal. Donc maintenant, je vais partir de cette fenêtre et si tu oses me suivre sans me laisser au moins cinq… non, dix minutes d’avance, je devrais mettre une balle dans une de tes jambes si sexy. Compris? »
Spidey le fixe davantage, immobile, comme s’il était prêt à bouger à tout instant.
« Je pensais que tu voulais devenir un héros. »
Le sourire de Wade disparaît, remplacé par une mine renfrognée.
« Qui dit que je ne suis pas déjà un héros? »
« Le fait que tu aies tué trois personnes. » Le jeune homme s’approche jusqu’à ce que Wade secoue le pistolet en signe d’avertissement. « Il y a à nouveau du sang sur tes mains. »
« C’est du mauvais sang. » le corrige Wade. « Pendant que vous, saints, vous balancez des coups de poings et dîtes « désolé » quand vous marchez sur les orteils d’un tueur en série ou d’un violeur, je libère le monde d’eux! » Il laisse tomber le sac et tape la peau au-dessus de son coeur, continuant avec un grognement: « Ces enculés sont morts, oui! La mort n’est même pas assez pour eux! Tu sais ce qu’ils ont fait, Spidey? Tu veux savoir? »
Il est furieux maintenant, il savait que sa bonne humeur ne durerait pas longtemps avec l’un des gentils aux alentours. Surtout l’araignée, toujours si droite et brave, toujours si sûre de ce qui doit être fait pour le monde et ses habitants.
« Je me fous de ce qu’ils ont fait. » Spider-Man s’approche plus près et les doigts de Wade hésitent sur la détente. « Ils ont peut-être été des monstres, mais ce n’est pas une bonne excuse pour tuer des gens. » Il secoue sa tête, la voix basse et fatiguée. « Ça ne l’est jamais, Wilson. »
« Arrête le sermon, s’il te plaît. » soupire le mercenaire, roulant des yeux. « Putain, Spidey, tout allait si bien! J’ai eu mon argent, j’étais prêt à partir après avoir admiré tes fesses… Pourquoi tu devais commencer la leçon de morale? »
« Wilson, tu as besoin d’aide. » Son ton inquiet - inquiet? - serait presque mignon s’il n’avait pas l’air si sérieux. Si convaincu.
Et c’est probablement ce pourquoi Wade craque, tirant sur le plafond sans prononcer un seul mot. Spidey saute, littéralement; il s’accroche sur le mur de l’autre côté de la pièce, les yeux grands ouverts et la respiration forte.
« Je n’ai pas besoin d’aide. » répond le mercenaire froidement, baissant le pistolet. « Et même si c’était le cas, personne ne pourrait m’aider. Ils ont déjà essayé, et ça ne s’est pas très bien passé. » Il retire le chapeau et les lunettes de soleil puis désigne son visage. « Tu vois? Je n’aime plus recevoir de l'aide, chéri. Les brochures mentent toujours. »
Spidey marche doucement sur le mur jusqu’au sol, étudiant le visage du mercenaire. Il l’a déjà vu auparavant, mais jamais de cette façon, jamais tant déformé par la colère.
« Tu ne peux pas continuer à vivre ainsi. Je sais que tu n’es pas un homme mauvais, je sais qu’il y a du bon en toi, tu as juste besoin qu’on te pousse un peu pour… »
« Pour quoi? » Wade serre les dents et pointe le pistolet vers le torse de l'araignée. « Pour tomber dans les abysses des médicaments, des tubes dans ma peau et des expériences douloureuses? »
« Non! » Spidey a véritablement l’air terrifié par cette idée, il y a de la sincérité dans sa voix. « Non, rien de tout ça, je le jure! Mais il y a des gens - normaux, de bons docteurs - qui… »
« Pourquoi tu me dis ça, mon coeur? » Le mercenaire rit sans joie. « Tu t’en fous de moi. Toi et tes super amis ne pourraient pas en avoir moins rien à foutre de moi. Je suis juste une erreur de la nature qui gêne ton précieux groupe, un idiot qui n’est utile que pour certaines missions spéciales et encore, c’est une rare exception. »
« Non, c’est pas…! »
« Et surtout toi, bébé Spidey. » Putain, sa voix est peinée et tendue, il le sait. Il a besoin de son masque. Il a besoin de quelque chose pour cacher son visage, ses yeux, ses lèvres tremblantes… « Je sais que, toi en particulier, tu t’en fous. Pourquoi tu devrais? Je le sais parce que… hey, soyons honnête, je suis le vilain, un putain de fou, n’est-ce pas? Et toi… Tu es le héros magnifique, le sauveur désintéressé. » Wade hausse les épaules avec un sourire triste. « Je comprends. Je m’en fous de moi aussi. »
Un silence pesant tombe dans la salle; le mercenaire ne peut pas voir les yeux de Spidey, mais il y a quelque chose dans sa position et la façon dont il s’agite qui lui dit qu’il est vraiment désolé, qu’il veut vraiment faire quelque chose.
« Je ne te dirais pas ça si je me fichais de toi et de ta situation. » répondit finalement le jeune homme d’un ton confiant et sérieux. « Je t’aurais entoilé et emmené dans une prison de haute-sécurité ou un asile, sans même te parler de la sorte, sans même te dire « il faut qu’on parle ». »
« C’est dommage. » se moque Wade, se grattant une croûte sur le cou distraitement. « C’est quelque chose que je ressens pour moi chaque putain de jour. Non, attends, dans mon cas, ça ressemble plus à du dégout. »
Encore cette position triste. Merde, il donnerait tout son argent pour voir les yeux du garçon, là, tout de suite.
Il baisse doucement le pistolet, pensant que la pose de Spidey peut être causée par l’effrayant canon pointé sur lui; toutefois le héros ne se détend pas, tout en lui hurle la tristesse et autre chose que le mercenaire ne peut déchiffrer.
« Pourquoi tu as choisi de me dire ça alors? » sourit-il, ironique. « Aujourd’hui, je n’ai rien fait qui diffère de d’habitude. J’ai tué trois hommes - et peu importe pourquoi je l’ai fait, tout le monde pense que l’argent est la seule raison -, un bâtiment a explosé et je me suis enfui… Oui, la dernière partie peut sembler bizarre, je l’admets, mais la réponse est simple. » Il rit frénétiquement même s’il a envie de pleurer. C’est l’un de ses dons. « Je ne voulais pas me battre contre vous, les gars. Je me sentais vraiment bien et même les voix dans ma tête étaient calmes pour une fois. »
« Je… » Spidey s’avance. « En fait, je voulais discuter de ça avec toi depuis longtemps. Tu te rappelles, deux mois plus tôt, quand tu m’as aidé à m’occuper de ces terroristes? Quand on sauvé ces otages? »
Wade fronce les sourcils, hochant doucement la tête. Evidemment qu’il se rappelle de ce glorieux moment où ils ont fait équipe, il renoncerait à tout juste pour se battre aux côtés de Spider-Man et recevoir ses remerciements.
« Je… Je ne comprends pas. Tu pourrais faire tellement de bien, Wade, tu pourrais aider les gens de façon honnête, sans sang et mort! » Le jeune héros devient nerveux à son tour. « A la place, tu utilises la violence et la répands tout autour de toi… Tu pourrais être tellement plus! Tu pourrais vraiment être un héros, je l’ai vu! » Sa voix devient plus forte jusqu’à ce qu’il crie puis il inspire profondément, observant le mercenaire réagir à ses mots.
Il le fixe.
« …J’aide déjà les gens. »
« De la mauvaise manière, Wade! »
« Je sais! »
Un autre tir et de la poussière blanche tombe du plafond; cette fois, Spidey ne bat pas en retraite et ne bouge pas, il reste immobile tandis que Wade halète et mord ses lèvres jusqu’au sang.
« Je le sais. » murmure-t-il, laissant tomber le pistolet sur le sol. « Je ne suis pas stupide. Et les voix me le rappellent toutes les nuits de toute façon. » Il baisse ses yeux, regardant le chapeau et les lunettes de soleil sans vraiment les voir. « Elles me disent de dormir un peu, de vider mon esprit car demain peut être un jour meilleur. Demain pourrait être le jour où je trouve finalement mon chemin et que je commence à réparer ma vie répugnante. » Les coins de sa bouche gercée, et maintenant ensanglantée, se courbent en un faible sourire. « Le côté ironique, c’est qu’elles parlent tellement, elles répètent les mêmes choses tellement de fois, que je ne peux pas dormir. Je pense qu’elles le font exprès, ces petites bâtardes. »
Les deux boîtes commence à l’insulter, mais il est capable d’en faire abstraction grâce à la présence de Spidey et la distraction qu’il lui procure.
« Je n’étais pas… comme ça avant, tu sais? J’étais normal. Ma vie était merdique, mais pas comme ça, jamais à ce point, et je pouvais penser sans bruits et voix dans ma tête, j’avais du respect pour moi-même! Mon Dieu, je ne me rappelle même plus ce que ça fait! Maintenant… » grogne-t-il, enfonçant ses doigts sur son visage, sur sa peau, jusqu’à ce que les cicatrices se mettent à saigner légèrement. « Maintenant, je suis ça. »
« Wade, ne… »
« Les gens me fixent. Toujours. Même quand je porte le masque. Certains me reconnaissent, d’autres pensent que je suis anormal. Et quand je marche à visage découvert… » renifle-t-il, amère, donnant un coup de pied au chapeau et marchant sur les lunettes de soleil, cassant les verres. « Là, ils chuchotent. Ils me montrent du doigt, ils rient, ils sont dégoutés, ils m’évitent, ils font comme si je n’existais pas. »
Il déchiquette sa peau, ignorant la douleur à laquelle il est tant habitué, sentant le sang couler sur son visage. Il sait que ce n’est pas une grosse blessure, mais Spidey à l’air choqué et se rapproche, ne sachant que faire.
« Il y a vraiment un truc qui cloche chez moi, eh, l’araignée? » pouffe le mercenaire frénétiquement, serrant sa main sur son visage jusqu’à ce que la douleur devienne si forte qu’il ne la sente quasiment plus. Le cancer fredonnant en arrière plan la cache bien et le facteur de guérison travaille déjà rapidement de toute façon.
« S’il te plaît, Wade, arrête ça, ne te fais pas mal… »
« Pourquoi, Spidey! » Il bouge la main, montrant la chaire brute et rouge se guérir à grande vitesse. « As-tu oublié que les blessures sont temporaires sur moi? Seules les cicatrices et les croûtes restent! » glousse-t-il froidement. « … Tu as raison. Peut-être que j’ai vraiment besoin d’aide. »
Mais son calme disparaît en une seconde et il crie, donnant un coup de pied dans le lit et le retournant sur le côté: « Mais je ne suis pas fou! Je vais juste un peu mal, d’accord?! Tout le monde va mal, je le montre juste davantage! »
« Je sais Wade, je… »
« Tu m’as vu! Tu l’as dit! » Le mercenaire marche jusqu’au jeune homme qui halète lorsqu’il lui attrape le poignet et presse leur front l’un contre l’autre, le visage aux cicatrices maintenant si proche, l’odeur du sang plus forte.
« Tu as vu que je peux être bon! Tu as vu cette partie de moi! »
« C’est vrai, je l’ai vu, tu… »
« Alors reste! »
Pendant un instant, le héros pense que Wade va l’embrasser; il y a un appel à l’aide dans ses yeux, ainsi que des larmes, puis il recule, honte, peur et espoir écrits partout sur son visage défiguré.
« Je peux te le montrer à nouveau. Je peux être meilleur, je vais essayer encore, je le promets! » Il parle vite, le souffle erratique. Il ressemble à un enfant apeuré, une ombre du mercenaire cool et amusé qu’il était quelques minutes auparavant.
« Reste! » crie-t-il. « Juste un peu plus longtemps, je peux te le montrer à nouveau! Je le peux vraiment, je le jure! » Il récupère le pistolet au sol, la main tremblante. Spidey tend une main, ouvrant sa bouche pour parler, mais Wade le devance.
« Putain! Putain, Spidey, je… Je… »
Il presse le pistolet sous son menton, comme il l’avait fait si souvent auparavant, et tire, laissant l’obscurité l’envelopper.
_ _ _
Il reprend conscience sur le lit. Il a été remis en place et les draps sont propres, recouvrant ses jambes.
S’asseyant, encore à moitié endormi, il remarque qu’il ne porte plus la veste. Elle repose sur une chaise avec le chapeau, les lunettes de soleil cassées et le pistolet.
Il les fixe jusqu’à ce que son regard se trouble, son esprit perdu dans des pensées noires; il pense à Spider-Man, ses mots, sa voix triste et inquiète. Tout s’est effondré, encore un jour ruiné par la dépression, la peur et le dégoût qu’il ressent envers lui-même.
Les voix deviennent bruyantes, lui disant des choses qu’il sait déjà, lui rappelant sa douleur et son désespoir.
Puis une autre voix - une vraie voix - les interrompt, elles et ses sombres réflexions.
« Comment tu te sens? »
Il pousse un cri de surprise et regarde à sa gauche; Spidey est assis à côté du lit, le masque relevé jusqu’à son nez, ses coudes reposant sur ses genoux. Il à l’air si paisible, relaxé; après le chaos bruyant de tout à l'heure, la pièce est maintenant complètement silencieuse et calme.
« Tu… » Wade secoue sa tête, incrédule. « Tu… Quoi…? »
« Je suis resté. »
Le ton est doux et les lèvres de Spidey se lèvent en un sourire.
Le mercenaire marmonne quelques mots inintelligibles, puis regarde les draps blancs. Spidey semble soudain embarrassé.
« Oh, je…! J’ai utilisé les anciens pour nettoyer le sang. » Il se racle la gorge, pointant du doigt le visage de Wade. « C’était sur ta tête et sur le mur, alors… »
« Merci. »
Wade le fixe et son coeur manque un battement lorsqu’il voit les joues du héros devenir rouges.
« Pas de problème. »
Un autre silence se fait entre eux, mais cette fois, ce n’est pas lourd ou gênant. C’est apaisant et Wade repose son dos sur la tête de lit, regardant le jeune homme, qui répète doucement à nouveau: « Comment tu te sens? »
Le mercenaire inspire profondément et lentement; il sent son sang, la poudre à canon, les draps propres. Il y a aussi l’odeur de Spidey dans l’air, c’est rassurant et sa bouche s’assèche lorsque le garçon bouge la chaise pour s’asseoir plus près du lit. Il se recule un peu lorsqu’une main chaude se pose avec douceur sur son bras; le contact n’est pas douloureux ou dangereux comme il y est habitué, c’est agréable et il voudrait être touché comme ça, par Spidey, pour le restant de sa vie.
Il lève ses yeux et le regarde, souriant.
« Je me sens bien. »
Et c’est vrai.
