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Chaude et réconfortante.
L’atmosphère de la pièce à vivre, lorsque l’effervescence de la journée s’échappait par les couloirs, s’atténuait sous les couettes, se drapait du voile de la nuit.
Doux et apaisant.
Le crépitement des flammes du foyer, illuminant à peine le tapis, mais suffisant pour réchauffer le canapé, et celui qui s’y accordait un peu de répit.
Hypnotisant.
Son iris clair se fixait sur l’ondulation des vagues de feu, sur la danse de cet élément primitif qui, contrairement à l’eau, avait le mérite de gagner ses faveurs.
Son regard se perdit dans les teintes rouges et orangées, ses paupières s'affaissant progressivement. La chaleur de la couverture sur ses jambes le berçait ; l’oreiller confortable sous ses mains, servant de repose-livre, lui susurrait de venir s’y poser.
Le monde disparut alors, plongeant le rêveur dans les bras de Morphée, sans même qu’il ne s’en aperçoive.
Chaude et rassurante.
La fournaise s’était rapprochée de lui. Sa tenue de nuit, un ensemble simple en coton brodé, couvrait sa peau d’un étau aussi brûlant qu’une bouillotte.
Face à cette sensation étrange mais pas désagréable, il rouvrit les yeux.
L’obscurité lui fit face, puis, avec quelques secondes d’ajustement dans la lumière lointaine de l’âtre, se transforma en un tissu vert émeraude qu’il reconnaissait bien. Le dossier du canapé.
La vision, couplée à la réalisation de sa position couchée, lui fit comprendre qu’il avait sombré dans le sommeil, et s’était allongé.
Enfin, l’avait-il fait de lui-même ?
Ou les deux bras enserrant sa taille en étaient-ils pour quelque chose ?
La chaleur venait de là. De ces deux mains qu’il n’avait même pas besoin de contempler pour en connaître l'identité.
De ce corps, plaqué contre son dos, dont il connaissait la silhouette, le poids, la senteur par cœur, depuis toutes ces années.
De ce souffle, qui se diffusait à rythme régulier contre la base de son cou, échappant parfois un petit ronflement.
De ses pouces, collés l’un à l’autre, ajustant ainsi ses deux Bagues à Assembler, gravées d’un pentacle de réchauffement. Activé au creux de son ventre, la chaleur du sort se diffusait jusqu’à son échine.
Il ne savait même pas si leur propriétaire avait mangé aujourd’hui, ou avait pu dormir correctement ces derniers temps. Leur position lui suggérait la négative.
Ils se blottissaient souvent l’un contre l’autre, des années de cela, dans un de leur petit lit à l’Académie.
Particulièrement lorsqu’ils avaient besoin de réconfort. D’une présence.
Lui, n’avait jamais osé lui demander à haute voix. Il s’était toujours contenté de regards plus prononcés alors qu’ils se quittaient au croisement des couloirs du dortoir.
Mais Olu avait toujours compris.
Leur étreinte, là, racontait la fatigue de deux hommes.
L’un par son travail acharné.
L’autre par son existence.
Son cœur frappa un peu plus fort contre ses côtes. Ses yeux picotèrent, mais pas de larmes.
Il eut subitement trop chaud. Tant mieux, cela permit aux racines tapissant ses épaules de craquer d’inconfort, se résorbant sous la peau.
Un soupir balaya son être qui s’affolait sans raison. Le manque de répit et la vigilance constante rongeaient ses os petit à petit.
Qui gagnerait en premier, le chêne argenté ou son angoisse ? Un fléau pour un autre.
Les tracas à vie, ou la plénitude accordée pour quelques secondes avant sa funeste fin ?
Ses paupières se pressèrent contre ses orbites. Ses pensées obsédantes sur le sujet avaient le mérite de repousser la menace, mais pas d’éliminer la boule d’anxiété nichée contre les pouces tièdes. Puissent-ils la dissoudre par la magie chaude experte de son partenaire.
Il reprit contenance, chassant toute réflexion de son esprit. Se focalisant sur ses membres de la tête aux pieds.
Tout allait bien.
Assez paisible pour que la vie puisse suivre un cours normal, assez mouvementée pour que la malédiction se freine.
Les interrogations restaient, la culpabilité demeurait, mais l’équilibre subsistait.
Sa paume se posa sur la main de son ami. Sa tête se planta un peu plus dans l’oreiller moelleux, ses cheveux frôlant ceux à la teinte foncée.
Il se devait de ne pas gâcher les quelques instants qu’ils partageaient ensemble. Encore moins ceux, plus rares, relevant de cette complicité d’adultes, saupoudrée d’intimité enfantine.
Les tensions s’apaisèrent. Le front de son camarade tombé d’épuisement s’échoua contre sa nuque. Elle s’embrasa au contact. Le Maître des Lumières n’avait pas volé son surnom.
Chaude et accueillante.
Elle illuminait sa vie, la plus gentille et radieuse étoile de l’univers.
