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Garder tes nuits

Summary:

Suho se réveille et tout a changé. Sauf une chose. Yeon Sieun.
Sieun l'a attendu tout ce temps, des mois de coma qui l'ont brisé.
Une chose est certaine, plus jamais, Sieun ne laissera arriver quoi que ce soit à Ahn Suho.

Chapter 1: Prologue

Chapter Text

Le cerveau humain ne ralentit pas le temps.

C’est une erreur d’interprétation.

Sous l’effet de l’adrénaline, l’amygdale augmente la quantité d’informations enregistrées par la mémoire. Les sons deviennent plus nets. Les distances plus précises. Les gestes plus lisibles. Après coup, l’esprit recompose la scène avec une densité anormale et conclut que les secondes se sont étirées.

Elles ne se sont jamais étirées.

Elles ont seulement laissé plus de traces.

Les vingt-deux minutes les plus longues de son existence, aussi merdique soit-elle. Vingt-deux minutes où tout aurait pu se jouer. Un accident, une bagarre…

Vingt-deux minutes c’est le temps qu’il a fallu à Sieun pour traverser la ville en bus depuis le lycée puis en courant jusqu’à l’hôpital.

283 jours. 40 semaines, 9 mois.

C’est le temps qu’a mis cet enfoiré à se réveiller.

Qui dort aussi longtemps ?

Lui, assurément.

La première fois qu’il l’a vu, il dormait. La dernière fois… il dormait aussi.

 

Mais pas aujourd’hui.

 

Dans ces jardins, Ahn Su-ho est assis avec nonchalance dans son fauteuil roulant, les yeux perdus dans le vide. Sieun l'observe de loin, effrayé à l'idée d'avancer.

— Vas-y.

Les mots de Baku lui frappent la tête, deux droites bien ciblées qui le poussent à avancer. Mais il le fait, doucement, l’impression morbide d’être encore dans un de ces cauchemars dont il va se réveiller seul, comme à chaque fois.

— Tu vas bien ? lui lance Suho, trop naturel.

C’est réel ?

Et puis si ça ne l’était pas, alors quoi ?

La question tient en trois syllabes.

Sa réponse demande deux cent quatre-vingt-trois jours.

— Hum…

— C’est qui ces mecs ?

Sieun le fixe, scrute chaque centimètre de son visage. Il n’a rien. Il est reposé, ses yeux n’ont aucune animosité. Ce calme lui donne la chair de poule.

Est-il toujours le même Suho bruyant ?

— Des amis.

Le dire à voix haute, c’est comme les trahir, n’est-ce pas ? Il y a presque un an, il était là comme son ami, un rocher solide, une ancre dans l’obscurité.

Mais il s’est fracassé.

Les morceaux sont-ils suffisamment recollés ? Et entre eux, le sont-ils ?

—  C’est bien.

Quelque chose a changé. Une sorte de sagesse, il l’ignore. Ahn Suho est tellement calme qu’il en vient à souhaiter qu’il hurle, qu’il parle fort et en fasse des tonnes. Sieun a besoin de ça.

Il lui a manqué.

Et Sieun ne sait pas comment lui dire.

Ou peut-être que Suho le sait déjà.