Chapter Text
CHAPITRE 1 : Le Manoir Nott
Sur un fond d'étang, une corne reflétait les quelques rayons du soleil qui traversaient une brume blanche. Une longue crinière aux courbes nuageuses descendait jusqu'à la pointe de sabots argentés. Une queue soyeuse battait le rythme de la curiosité, swip… swip…swip. Des yeux argentés, sans pupille, la fixaient.
Une licorne l'observait depuis le plafond.
Agatha, couchée sur un canapé en cuir moelleux, voulait savoir pourquoi il y avait une licorne au plafond. Celle-ci penchait sa tête chevaline d'un côté, puis de l'autre, à la manière d'un chien essayant de comprendre quelque chose. Si elle avait pu parler, Agatha était sûre qu'elle lui aurait posé cette question:
« Qui es-tu ? »
Après de grands efforts, elle finit par comprendre que ce n'était qu'une peinture mouvante.
Miss Booklust passa sa main sur le dossier du canapé rembourré et s'y enfonça un peu plus. L'envie de dormir lui reprit fatalement. Où se trouvait-elle, d'ailleurs ? Il n'y avait pas de plafond comme celui-ci dans le manoir des Rosier, même si c'était aujourd'hui le manoir de sa nouvelle mère.
Car elle n'avait au départ été ni une sorcière ni Agatha Booklust. Pire que ça, elle ne venait pas de cet univers. Elle était une adulte venant d'un monde sans magie dans lequel Harry Potter n'était que des livres. Pourtant, en septembre de l'année dernière, elle s'était retrouvée dans ce corps qui avait aujourd'hui douze ans, avait vécu à Poudlard et avait passé un an dans la même année que le véritable Harry Potter. Elle avait cherché à comprendre cet échange et avait fini par retrouver l'artéfact qui l'avait fait échanger de corps avec Agatha Booklust. Les Miroirs Échangeurs, dont un exemplaire s'était trouvé dans son appartement dans son monde et l'autre s'était trouvé derrière le miroir de Risèd, avaient permis à Maria Bonham et Agatha Booklust d'échanger de corps.
Après s'être retrouvées à la fin de l'année, elles avaient décidé de rester ainsi, Maria dans la vie d'enfant d'Agatha et Agatha dans la vie d'adulte de Maria. Puis le Miroir Échangeur avait été brisé en même temps que le Miroir du Risèd, ne leur laissant plus le choix.
Et ainsi, elle était devenue Agatha Booklust et une véritable sorcière.
« Elle se réveille », dit une voix un peu trop masculine.
Quand elle tourna la tête, elle trouva Blaise accroupi à ses côtés, l'observant de près. Ses cheveux crépus avaient poussé durant l'été, si bien qu'ils commençaient à former des locks. Derrière lui, Théodore avait les bras croisés et semblait ne pas tenir en place, marchant en long et en travers de la salle, croquant une chip. Lui, à l'inverse, n'avait plus trace de ses boucles, ses cheveux coupés courts.
« Eh, ça fait pas du bien, un Cognard en pleine tête. Pas vrai, Agatha ? taquina Blaise.
- Ah, c'est pour ça que je me sens comme ça…»
Elle avait accepté de participer à un match de Quidditch avec ses camarades de Serpentard. Pour cela, elle les avait retrouvés sur le terrain de la famille Nott et ils avaient commencé leur partie, une revanche de celle qu'ils avaient disputée à Noël. Excepté que cette fois on lui avait mis une batte dans les mains.
C'était marrant car elle s'était juré, maintenant que ce corps et cette vie étaient complètement les siens, qu'elle arrêterait de traîner avec les futurs Mangemorts. Mais après un mois à s'ennuyer à mourir dans un manoir beaucoup trop vide pour trouver assez de divertissements, la proposition d'un match de Quidditch lui avait fait perdre tous ses principes. Et pourtant, elle détestait voler.
La pièce était plutôt petite pour une famille si ancienne, mais encore fallait-il qu'elle ne soit pas dans un des nombreux bureaux de la famille Nott. Le plafond en arc était entièrement peint et la licorne traversait quatre décors différents, chacun représentant une saison. L'animal venait de se coucher sous un cerisier en fleur, mais continuait à ne pas la quitter des yeux.
Agatha arracha son regard de la peinture et s'assit sur le canapé. Un siège avec de multiples coussins beiges était placé devant un bureau sur lequel se trouvaient parchemins, plumes de différentes couleurs et encriers. Un livre était ouvert, avec des notes écrites dans les marges.
« J'vais dire à Draco et Pansy que t'es réveillée, dit Théodore en se dirigeant vers la porte.
- Eh ! Tu pourrais t'excuser, c'est toi qui lui as envoyé le Cognard-
- Hpmf. Elle avait qu'à pas être sur le chemin. »
Et il partit tout à fait, laissant Blaise confus et Agatha tout à fait énervée, ce qu'elle montra en croisant les bras.
« Il a toujours eu un peu de mal à s'excuser…, essaya Blaise.
- C'est pas qu'un peu, on dirait. »
Théodore lui tapait souvent sur les nerfs et pourtant elle se pensait plutôt patiente, vu qu'elle était une adulte au milieu d'adolescents pré-pubères. Elle avait souvent l'impression d'être décalée par rapport à lui, comme s'ils se parlaient sur deux plans de réalités différents.
Elle toucha sa tête. Celle-ci ne lui faisait pas du tout mal.
« Quelqu'un m'a soigné ?
- Oui. La mère de Théo.
- Oh. Elle est ici ? Je voudrais la remercier.
- Elle est ici, mais je sais pas où exactement, elle est partie après t'avoir soigné. Tu veux un snack ? On peut se servir dans la cuisine.
- Ok. »
Blaise semblait chez lui. Il l'amena dans une cuisine où une petite elfe disparut dans un Plop. Agatha n'était toujours pas à l'aise avec l'idée des elfes de maison, et elle en avait deux chez elle. Elle avait beau essayer d'être gentille avec eux et de devenir leur amie, ils disparaissaient dès qu'elle rentrait dans une pièce.
La cuisine comportait une dizaine de placards accrochés aux murs, des étagères portant de la vaisselle pour toutes les occasions, des livres de recette de cuisine qui flottaient au plafond et un grand plan de travail central entouré de six chaises, parfait pour manger un petit goûter.
Excepté que le plan de travail était déjà rempli de cochonneries. Une montagne de snacks en tout genre : chips, bretzels, soufflés au fromage, bonbons et viennoiseries se battaient pour ne pas tomber au sol.
« Et voilà, je les ai ramenés… AH- », s'exclama Théodore qui revenait.
Il devint rouge comme une tomate et rangea le plus vite possible toute cette nourriture dans les placards. Blaise se pencha pour dire doucement :
« Théo mange beaucoup quand il est stressé. »
Agatha décida de ne rien dire car voir Théodore aussi gêné était déjà suffisant. Quand elle se retourna vers la porte, Pansy et Draco étaient là. Les deux étaient rouges mais ce n'était pas par gêne. Ah oui. C'était le début des amourettes à douze ans. Elle n'avait vraiment pas hâte de se retrouver au milieu de tous ces adolescents qui allaient découvrir leur sexualité.
Après avoir jeté tous ces snacks dans des placards, Théodore sortit un petit gâteau au chocolat du frigo et Draco s'assit à la droite d'Agatha en s'exclamant :
« Des gâteaux ? Trop bien, Théo ! Pile ce qu'il faut après le Quidditch. Moi j'en veux un au citron.
- J'en ai pas, répondit Théodore en cherchant une cuillère dans un tiroir.
- Bah. Demande à tes elfes d'en faire un.
- Flemme.
- Alors celui-là m'ira bien.»
Et il tendit la main vers le gâteau que Théodore venait de sortir, mais celui-ci l'esquiva, outré. Puis, il le posa devant Agatha, sans la regarder.
« Le chocolat, c'est bon pour les chocs, dit-il en guise d'explication.
- Oh, merci. »
Elle comprit alors que Théodore n'aimait peut-être pas s'excuser mais qu'il remédiait à ce défaut par ses actions.
Draco n'apprécia pas qu'on n'accède pas à sa demande et cria :
« EH L'ELFE ! »
Par rapport à Crookey et Glimsy, l'elfe de maison qui apparut était minuscule. Elle avait les oreilles qui pendaient et se tenait les mains serrées derrière son dos.
« Oui, cher invité ?
- Fais-moi un gâteau au citron et au chocolat, avec une glace à la vanille.»
La petite elfe regarda son maître, qui était Théodore dans cette situation. Il fouetta l'air de la main pour lui faire comprendre d'accéder à la demande de Draco. Quand l'elfe disparut (où allait-elle donc faire ce gâteau si elle ne restait pas dans la cuisine ?), Draco afficha un sourire narquois, ayant réussi à prouver sa supériorité. Théodore fit exprès d'ignorer son comportement.
Agatha plongea sa cuillère dans son gâteau, faisant semblant de ne pas ressentir que l'air aurait pu être coupé au couteau. Il était excellent.
« Plus qu'un mois de vacances… J'ai pas hâte de retourner à Poudlard, soupira Blaise, assis en face d'elle.
- Moi non plus, dit Pansy en s'asseyant sur une chaise et s'accoudant au plan de travail.
- Moi, j'ai trop hâte », annonça Agatha avec des étoiles plein les yeux.
Ils la regardèrent tous bizarrement, même Théodore qu'elle avait pourtant pensé être un intello. Après tout, il était dans les meilleurs dans toutes les matières. Bon, bien sûr, il se faisait toujours dépasser par Hermione. Qu'en pensait-il d'ailleurs ?
« Ben c'est vrai quoi, on apprend plein de choses incroyables. J'adore apprendre les gestes et les prononciations qu'il faut pour lancer un sort particulièrement complexe. J'adore apprendre qu'il faut stocker le cerveau de l'animal lors d'une Métamorphose…
- Vu comment tu t'en sors en cours de Transformation, tu vas pas aller loin avec un animal, dit Théodore, tout à fait sérieux.
- Si cette vieille dinde de McGonagall était meilleure professeure, peut-être que ses cours seraient plus intéressants, surenchérit Draco.
- Moi, j'aime beaucoup les cours de McGonagall. Même si je suis nulle. » Elle appuya son regard sur Théodore, puis reprit ses exclamations. « Et Poudlard est si majestueux ! J'adore me balader pour parler aux gargouilles, aux tableaux-
- Comme si y en avait pas assez là où on habite, répondit Théodore en la fixant.
- C'est pas pareil ! Ceux de Poudlard sont sympathiques et ont toujours quelque chose d'intéressant à dire. Et même sans les tableaux, vous ne trouvez pas que Poudlard est tout simplement incroyable, tout simplement… magique ? J'en suis encore émerveillée, moi, parce que c'est pas chez les Moldus que-
- Les Moldus sont clairement trop idiots pour pouvoir réussir à construire un château comme Poudlard ! » s'exclama-t-il d'une voix forte. « Pas vrai, Draco ? Ton père a grandement contribué à Poudlard, non ?
- AH ! C'est vrai que Poudlard est un beau château et ce n'est clairement pas grâce à Dumbledore. C'est le Conseil d'Administration, enfin on pourrait dire que mon père est le conseil d'administration… »
Agatha posa sa cuillère pleine de gâteau et n'écouta pas le monologue satisfait de Draco. Théodore était particulièrement énervant aujourd'hui, à lui couper la parole sans arrêt. C'était aussi sa faute si elle était tombée dans les pommes, même s'il n'avait sûrement pas fait exprès. Et puis, ça ne lui ressemblait pas d'insulter les Moldus ! Il les adorait, non ? Elle le fixa, un sourcil levé, d'un air de défi.
Il attendit que Pansy soit totalement absorbée par le discours de Draco et que Blaise regarde le jardin par la fenêtre, pour la fixer en retour. Il ouvrit grand les yeux, fronça les sourcils et forma ces mots avec sa bouche :
« T'es folle ? »
La dernière fois qu'elle et Théodore s'étaient parlé seul à seul, il lui avait demandé d'arrêter de répondre. Et maintenant il disait qu'elle était folle. Décidément elle ne comprenait rien à Théodore Nott, le garçon qui avait été le premier à découvrir qu'elle avait vécu avec une Moldue et qui lui avait avoué qu'il aimait les Moldus. Son seul allié dans cet entourage puriste dans lequel elle se retrouvait. Pourtant, il passait son temps à la rabaisser et à essayer de la faire taire. Elle en avait marre.
Elle poussa son gâteau à moitié mangé loin d'elle et croisa les bras. Elle boudait. Lui était exaspéré.
Un gâteau entier au chocolat et au caramel avec une bonne part de glace à la vanille apparut au centre de la table, rapidement suivi d'une assiette et d'une cuillère pour chacun. Plusieurs verres et pichets de jus de fruit arrivèrent ensuite. Draco se servit immédiatement et Blaise fit de même, se faisant couler un verre de jus de raisin.
« Père est vraiment ennuyé en ce moment. Le service du sale Weasley fait des siennes. Plein de perquisitions, pour des choses futiles. Comme si le Ministère de la Magie n'avait pas d'autres priorités ! Quand j'y travaillerai je…»
Il y avait un côté agréable à laisser Draco faire des monologues. On pouvait penser à autre chose, regarder les rayons du soleil qui éclairaient les buissons de roses du jardin, répondant de temps en temps par des onomatopées qui ne voulaient dire ni oui ni non. On pouvait se laisser emporter par la digestion, comme Théodore semblait le faire à sa gauche, sa tête posée dans sa main.
Agatha regardait les reflets rouges que les rayons de soleil dessinaient sur le plan de travail à travers le jus de raisin de Blaise. Il faisait chaud mais d'une chaleur qui l'entourait confortablement, plongeant son corps dans un état de somnolance succulent. Elle s'affaissait dans son siège et elle clignait des yeux pour éviter de les fermer.
« Père dit que Dumbledore ne va pas faire long feu au poste de directeur. Il aurait dû être viré depuis longtemps, de toute manière », disait Draco.
Elle se servit un verre de jus d'orange et se retrouva à le fixer sans le boire. Il lui fallait faire plus d'efforts que d'habitude pour faire quoi que ce soit. Son ventre était lourd, mais pas au niveau de l'estomac. Il était dur de bouger même la main pour porter son verre. Elle était lourde. Et grosse.
Quand la douleur vint, à la fois pointue et sourde, bien plus forte que ce dont elle avait l'habitude, elle comprit. Elle attrapa le bras de Théodore, qui sursauta, pour avoir son attention.
« Où sont les toilettes ?
- Euh… à droite, deuxième porte.»
Elle le remercia tout en filant à travers le couloir. Après s'être engouffrée dans les toilettes, elle regarda ce qui l'attendait inévitablement. Le sang qui coulait entre ses jambes lui prouva ce qu'elle redoutait. Elle avait ses "premières" règles.
La douleur était différente de celle dont elle avait l'habitude. Elle se rappelait que les premières règles étaient les plus compliquées, souvent les plus douloureuses et surtout les plus imprévisibles. Mais, plus que cela, elle ne savait absolument pas comment les sorcières s'en occupaient. Ce n'était pas un sujet que les livres de Harry Potter traitaient.
Elle se résolut à faire ce qu'elle avait fait lors de sa propre enfance : utiliser beaucoup de papier toilette, en espérant que ça suffise. Maintenant, la question était : à qui demander comment s'occuper de tout cela dans le monde sorcier ? Sa mère, Orianna Booklust, semblait peu prête à expliquer ce genre de désagrément et, plus que cela, Agatha n'avait aucune envie de lui donner la satisfaction d'avoir un moment intime avec sa fille, même si ce moment intime ne serait sûrement que gênant. Pas sa mère donc.
Le mieux serait de demander à une fille de son âge ou à une fille plus âgée. Il serait moins étrange d'en parler avec celles qui vivent le fait d'avoir leurs règles comme une nouveauté.
Elle croisa Pansy en revenant vers la cuisine. Leur premier réflexe fut de détourner le regard. Après tout, elles ne s'étaient jamais parlé seule à seule jusqu'ici. Et, pendant le peu de temps où il fallut à Pansy pour recoiffer sa frange, Agatha réfléchit à toute vitesse. Oui, elle n'avait pas envie de parler à Pansy. Oui, elle la trouvait insipide, n'ayant à la bouche que des compliments pour Draco. Mais, en même temps, allait-elle devoir compter sur le papier toilette pour gérer ses règles ? Elle n'avait vraiment pas envie de se retrouver avec une tache sur sa jupe blanche.
« Euh, Pansy, chuchota Agatha alors qu'il n'y avait pas besoin de chuchoter.
- Quoi ?
- J'ai mes règles et euh… Personne m'a expliqué comment… euh… quoi faire.
- Règles ? Qu'est-ce que j'en saurais, moi ? Tu veux faire un schéma d'astronomie avec ?
- Non, non, pas celles-là, les autres.
- Quelles autres ?»
Ah. Pansy ne les avait pas encore eus. Et comme elle n'avait plus que son père, celui-ci n'avait sûrement pas abordé le sujet. Peut-être était-ce même un sujet tabou dans leur maison. C'était une famille d'une autre époque, après tout. Ça expliquait la réaction confuse de Pansy.
« Laisse tomber. Je vais me débrouiller toute seule. »
Elle parlerait à Orianna Booklust de ce problème, donc. Elle n'en avait aucune envie.
« Non. Tu m'expliques », ordonna Pansy en croisant les bras.
Agatha chercha un moyen d'éviter la conversation mais tout ce qu'elle trouva fut le portrait d'une enfant en train de dormir sur une chaise rembourrée. Pansy, bien décidée à ce qu'on lui réponde, se déplaça pour lui bloquer la vue.
« Eh bien… Nous, les filles, on a quelque chose qui s'appelle les règles. C'est quelque chose que les garçons n'ont pas et ça nous arrive à peu près tous les mois. »
Elle se sentait horriblement peu à sa place de lui expliquer cela. C'était normalement le rôle d'un parent, d'un membre de la famille ou d'un mentor. Pas d'une fille avec qui elle n'avait jamais parlé. C'était la première conversation qu'elles avaient entre elles !
« Et… C'est quoi ? demanda Pansy, fronçant ses beaux sourcils bruns.
- On saigne. Pendant plusieurs jours. En bas », se résolut à dire Agatha, regardant son entrejambe pour appuyer son propos.
Pansy ouvrit la bouche de confusion, d'incrédulité et de dégoût.
« Mais t'es immonde ! Tu te crois drôle à inventer des trucs comme ça ? Saigner de… de… de là ? Tu me crois si bête que je pourrais croire un truc pareil ? Et c'est immonde ! Tu es immonde, Agatha !
- Pansy, c'est la vérité-
- C'est peut-être la vérité pour une fille dégueulasse comme toi, oui ! Tu dois avoir un problème d'hygiène. Et tu crois que ça arrive à tout le monde ! Ma pauvre, que tu es bête ! Bien sûr que les filles ne saignent pas tous les mois ! Je te préviens, tu ne racontes pas tes horreurs aux garçons. Surtout pas à Draco ! Et surtout, surtout, tu arrêtes d'essayer de m'emporter dans tes âneries. »
Sur ses mots, elle partit s'enfermer dans les toilettes. Bien loin d'être énervée contre elle, Agatha la prit plutôt en pitié. Pansy allait avoir un dur moment de réalisation lorsque ses propres règles arriveraient.
La douleur revint, telle une centaine d'aiguilles transperçant ses ovaires. Elle allait devoir rentrer chez elle, malheureusement. Elle ne pourrait pas faire semblant d'aller bien pendant le reste de l'après-midi. Retournant à la cuisine, elle attira l'attention des garçons afin de leur annoncer son départ:
« Je ne vais pas bien, je vais rentrer. Je suis désolée. Théodore, je peux utiliser ta cheminée ?
- Euh oui bien sûr.
- On se revoit bientôt, Agatha ? demanda Draco.
- Oui, bien sûr, j'imagine. »
Théodore se leva d'un bond mais resta sur place. Il rassembla les assiettes, s'arrêta à mi-chemin, avant de demander, son visage pâle et coupable:
« C'est à cause de moi ? Euh… Du Cognard ?
- Non. C'est autre chose, t'inquiète pas », répondit Agatha, en souriant.
Il parut rassuré mais engloutit tout de même un carré de chocolat.
« À bientôt, Agatha ! s'exclama Blaise avec un grand sourire.
- À bientôt ! »
Agatha s'élança vers le couloir que lui indiqua Théodore, qui menait tout droit à la plus proche cheminée. Arrivée dans un salon grandiose qu'elle ne prit pas le temps de regarder car elle avait juste envie de s'effondrer dans son lit, alors que celui-ci ne lui avait pourtant jamais paru confortable, elle se dirigea vers la cheminée. Une voix douce se leva alors derrière elle:
« Eh bien, tu t'en vas déjà ? »
