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Ton reflet dans la brume

Summary:

Un moment de détente à la rencontre de ses fans, voilà à quoi aurait dû ressembler la journée d'Isagi. Mais lorsque le car qui transporte son équipe est obligé de s'arrêter en pleine forêt, tout bascule. Sans comprendre comment, Isagi se réveille soudain seul à bord du véhicule. Entouré d'une brume épaisse et espérant trouver de l'aide, il suit alors le seul point de lumière à l'horizon. Sans se douter un instant que ce chemin le mènera à une vérité qu'il n'aurait jamais pu imaginer.

Notes:

Un immense merci, Moira_chan, pour ta bêta et tes conseils ! Ça m'a beaucoup aidée ! ❤️

Work Text:

Malgré le temps qui s'était considérablement refroidi, l'humeur était plutôt joyeuse entre les rangs des joueurs de Blue Lock. Regroupées devant l'installation principale, les équipes de la Neo Egoist League attendaient que les portes des cars s'ouvrent pour s'y engouffrer au chaud. En effet, Ego leur avait réservé une dernière surprise, avant que les joueurs étrangers ne rentrent chez eux : une rencontre avec leurs fans. Enfin, ce n'était probablement pas une idée d'Ego lui-même, mais plutôt de Buratsuta. Dans tous les cas, Isagi était plutôt impatient. Ça le stressait un peu de faire face à une foule, mais rencontrer ses fans allait le galvaniser. Amusé, il écoutait Chigiri donner des conseils à Barou pour que son autographe soit plus élégant. Sans beaucoup de succès, évidemment.

Quand enfin les cars ouvrirent leurs portes, les cinq équipes de la Neo Egoist League furent séparées. Isagi grimpa donc dans le car réservé au Bastard München. Plusieurs autres joueurs étaient déjà montés avant lui. Isagi remarqua alors que Ness était assis à côté de Theo et que Kaiser était au fond, seul. Une étrange satisfaction lui traversa le corps.

Isagi savait que ce n'était pas très gentil de se réjouir du malheur des autres, mais là, il s'agissait de Kaiser. Et vu tout ce qu'il lui avait fait subir, c'était bien fait pour lui qu'il se retrouve seul. Au final, Isagi n'avait fait que tenir sa promesse : il lui avait gâché la vie. Ah, Kaiser était réellement devenu un Empereur nu et c'était juste parfait comme ça. Bien sûr, Isagi avait remarqué la pâleur anormale de Kaiser, ainsi que ses cernes sombres. Mais, à nouveau, ce n'était pas son problème. Après tout, c'était Kaiser qui lui avait déclaré la guerre. Lui, il n'avait fait que la gagner. Il avait dévoré Kaiser, ne laissant que des miettes derrière lui. Isagi ne s'était jamais attardé sur ses restes et aujourd'hui ne ferait pas exception.

Sans un autre regard pour Kaiser, il s'assit donc à l'avant du car, côté fenêtre. Hiori vint s'installer à ses côtés et, quelques minutes plus tard, le car s'élança. Noa les prévint d'une voix toujours autant dénuée d'émotions que le trajet durerait une heure trente et qu'ils étaient priés de bien se tenir. Les joueurs ne s'étant pas mélangés (les Allemands étaient à l'arrière et les Japonais à l'avant), il y avait peu de risque que cela dérape.

Très vite, les conversations partirent dans tous les sens. Les rires s'élevaient, les anecdotes fusaient. Et, au milieu de tout ça, Isagi se sentait à sa place. Dire qu'il y a peu de temps encore, il pleurait en rentrant chez lui, en ayant l’impression d’avoir commis la pire erreur de sa vie. Et maintenant... Blue Lock avait complètement refaçonné son existence. Il osait s'affirmer de plus en plus, même en dehors du terrain. Des années auparavant, il aurait carrément eu peur d'une personne comme Kaiser. Mais aujourd'hui, il tenait tête à tout le monde, même à Noa s'il le fallait. Parce qu'il ne s'excuserait plus jamais d'exister. Il avait sa place parmi tous ces joueurs talentueux et il était même tout en haut de la pyramide. Et ça, c'était... oui, c'était grisant.

Soudain, le car ralentit, avant de s'arrêter totalement. Isagi, tout à l'avant, entendit sans peine le chauffeur parler à l'agent de police présent sur la route. Le chemin était barré, ils devaient faire un détour. Isagi regarda alors le car s'engager sur un chemin de campagne. Les arbres qui les entouraient se faisaient de plus en plus denses. Et, bientôt, Isagi eut l'impression d'être plongé au plus profond d'une forêt. Il faisait si sombre qu'on se serait cru en pleine nuit.

« C'est exactement comme le début d'un jeu d'horreur, lança Hiori d'un ton étrangement joyeux.

—Ah ?

—Oui, on incarne plusieurs personnages à tour de rôle après que notre bus a été dévié et s'arrête en pleine forêt. C'est un jeu de suspens et de choix stratégiques. C'est marrant. »

Isagi ne voyait pas vraiment ce qu'il y avait de marrant à ça. À vrai dire, il n'avait jamais aimé les jeux d'horreur, et encore moins les films d'horreur ! Il ne comprenait vraiment pas comment on pouvait apprécier se faire peur. Mais bon, chacun ses goûts, n'est-ce pas ? Et il n'avait rien à craindre, parce qu'ils allaient sortir rapidement de cette forêt et-

Le car fit un drôle de bruit. Puis, il y eut une secousse. Et le véhicule s'arrêta net. Le chauffeur grommela, avant de se relever de son siège.

« Ce n'est rien, dit-il, je reviens. »

Il ouvrit les portes et sortit du car. Il avait dit que ce n'était rien. Donc, il n'y avait rien à craindre, n'est-ce pas ?

« Peut-être que la forêt est hantée, sourit Hiori. Elle va nous garder dans ses entrailles jusqu'à ce qu'on s'entretue.

—Arrête ça, intervint Yukimiya. La situation est parfaitement normale.

—Oui, bien sûr... C'est ce que tout le monde se dit toujours au début d'un film d'horreur.

—Tu passes vraiment trop de temps avec Rin ! Je ne vois pas l'intérêt de faire peur à tout le monde ! »

Hiori haussa les épaules, pas du tout touché par les remarques de Yukimiya.

« Si ça peut te rassurer, on ne devra peut-être pas s'entretuer. Parfois, il suffit d'arriver à voir la vérité en face pour se sortir du brouillard.

—Je t'ai dit d'arrêter ! Cette forêt n'est pas hantée et on va bientôt redémarrer ! »

Plusieurs joueurs rigolèrent en entendant Yukimiya paniquer de la sorte. Isagi lui-même esquissa un sourire. Pourtant, il n'en menait pas large non plus. Les théories de Hiori lui retournaient un peu l'estomac. Et les environs ne l'aidaient pas à rester calme. Le brouillard - ce foutu brouillard dont Hiori parlait - ne cessait de s'épaissir. À présent, Isagi ne distinguait même plus les arbres au bord de la route. Aucune autre voiture non plus ne semblait circuler. Et le chauffeur, où était-il passé, au fait ? Il ne voyait plus rien autour de lui. Et ses paupières se faisaient si lourdes... Peut-être qu'il devrait se reposer un peu... Et à son réveil, tout serait rentré dans l'ordre. Oui, il allait faire ça... Il allait-

Il sursauta. Il ne savait pas combien de temps il avait fermé les yeux. Il n'avait même pas l'impression de s'être endormi et pourtant, c'était comme s'il s'extirpait d'un long songe. Sans qu’il sache pourquoi, son cœur se mit à battre plus fort. Quelque chose... il le sentait au plus profond de lui-même... quelque chose n'allait pas. Tout était étrangement calme. Il tourna son regard et eut un second sursaut. Il n'y avait plus personne. Quoi ? Non. Impossible !

Isagi regarda partout autour de lui, le souffle court. Le car était entièrement vide. Mais... enfin... Paniqué, Isagi vit que les deux portes du car étaient ouvertes. Il sortit, hésitant. L'air froid lui frappa aussitôt le visage. Il frissonna. Un silence glacial l'entourait. Il n'y avait personne. Absolument personne.

L'esprit flottant, les jambes tremblantes, Isagi regarda tout autour de lui. Aucun signe de vie. Pire encore, aucun bruit ne se faisait entendre. Isagi déglutit. Était-ce une blague orchestrée par Hiori ? Non... Si son ami était capable d'une telle chose, Noa, lui, ne l'aurait jamais suivi. Mais ça n'avait aucun sens... S'ils étaient tous partis, on l'aurait réveillé. On ne l'aurait quand même pas laissé tout seul en pleine forêt.

Le souffle court, Isagi sortit son téléphone. Merde ! Aucun réseau disponible. Le sort s'acharnait sur lui ou quoi ?! Paniqué, Isagi repensa aux mots de Hiori. Et si cette forêt était réellement hantée ? Et s'ils allaient tous devoir s'entretuer ?! Mais non, enfin ! C'était insensé ! Il secoua la tête et essaya de retrouver ses esprits. Le brouillard était toujours aussi épais, l'empêchant de voir à plus de quelques mètres de lui. Si ça tombe, les autres étaient juste un peu plus loin. Isagi devait simplement marcher un peu et il allait tomber sur eux. Oui... C'était le plus logique... C'était bêtement ça...

Allumant la lampe torche de son téléphone, Isagi avança de quelques pas tremblants. Essayant de ne pas céder à la panique, il s'efforça de rester rationnel dans ses pensées. Il allait forcément retrouver leurs traces. Ils ne pouvaient quand même pas s'être tous volatilisés... Le silence était assourdissant. Comme s'il venait de plonger la tête dans l'eau.

« Hé oh, il y a quelqu'un ? Arrêtez, les gars, c'est vraiment pas drôle... »

Sa voix manquait de mordant. Il ne pouvait toujours pas croire à une blague de mauvais goût, même s'il l'espérait de tout cœur. Il continua à avancer, incertain de la direction à prendre. Le car avait roulé un moment dans la forêt. Devait-il faire demi-tour pour rejoindre le début de la déviation ou continuer tout droit ? Comment pouvait-il savoir quel chemin serait le plus court ? Pour l'instant, il avançait, mais le doute le submergeait de plus en plus. Et ce brouillard... Comment pouvait-il être aussi dense ?

Isagi se retourna et eut un sursaut. Le brouillard était tel qu'il ne voyait déjà plus le car... Mais il était encore là, hein ? S'il faisait demi-tour, il tomberait forcément dessus, n'est-ce pas ?

La peur commençait à lui enserrer les entrailles. Mais qu'est-ce qui se passait, ici ? Paniqué, il décida finalement de retourner au car. Il avait besoin de se rassurer. Mais il avait beau avancer, pas après pas, il ne voyait toujours pas les contours du véhicule se dessiner. Impossible... Tout simplement impossible... Il était en train de devenir dingue, ou quoi ?! Et ce brouillard qui n'en finissait pas !

Yoichi en eut les larmes aux yeux. Cela faisait une éternité qu'il n'avait plus pleuré de peur. Il pensait même que ça ne lui arriverait plus jamais ! Mais là, c'était trop. Il avait l'impression que son cœur était remonté dans sa gorge. Pourquoi est-ce qu'il ne retrouvait pas le car ?! Merde ! Il n'aurait jamais dû sortir ! Et pourquoi est-ce qu'il n'avait toujours pas de réseau ?! Sans compter ce maudit froid qui engourdissait ses doigts ! Ça n'allait pas... ça n'allait vraiment pas... Ce n'était-

Quoi ?

Ses pensées se figèrent un instant. Là, au loin, n'était-ce pas une faible lumière qu'il apercevait ? Isagi plissa les yeux. Oui... Oui, c'était ça ! La poitrine débordant de soulagement, il s'élança vers la lumière. Il était sauvé. Il tomberait sûrement sur quelqu'un qui pourrait l'aider ! Oui, il allait trouver une solution ! Tout n'était pas perdu !

... n'est-ce pas ?

Au plus il avançait, au plus Isagi pouvait voir apparaître les contours d'une maison. Elle ne payait pas de mine, mais la lumière venait bien de l'intérieur et c'était tout ce qui comptait. Pourtant, lorsqu'Isagi s'arrêta sur le seuil, il eut un drôle de pressentiment. Il y avait quelque chose de pesant dans l'air. Une lourdeur anormale qu'il ne parvenait pas à comprendre. Malgré tout, il décida de frapper à la porte. Seulement, lorsque ses doigts entrèrent en contact avec le bois, la porte grinça et s'ouvrit d'elle-même.

Isagi se figea. Mais où avait-il atterri ?! Le souffle court, il jeta un coup d'œil à l'intérieur. Tout était étrangement calme. Mais la pièce qu'il apercevait semblait en piteux état.

« Bonjour ? Il... Il y a quelqu'un... ? Je... me suis perdu et j'aurais besoin d'aide... »

Seul le silence lui répondit. Isagi savait que c'était mal, mais il entra dans la maison sans permission. Le froid devenait trop glacial à l'extérieur et cet endroit était sa seule chance de s'en sortir. S'il n'y avait personne, il pourrait peut-être trouver un téléphone et dédommager les propriétaires par la suite...

Il avança alors, très mal à l'aise malgré tout. Il s'aperçut rapidement que le sol était jonché de bouteilles d'alcool. Vides. L'air était vicié, comme si on n'aérait jamais l'endroit. Et Isagi pouvait sentir de très mauvaises ondes émaner de chaque coin de la pièce, à tel point qu'il commençait à se demander si c'était réellement une bonne idée de rester ici. Et s'il était tombé sur le repaire d'un psychopathe tueur en série ?!

Il fit volte-face à cette pensée, prêt à repartir sur-le-champ. Mais avant qu'il n'ait pu faire un pas, il entendit un bruit. Il se tendit. C'était léger. Presque inaudible. Pourtant, il en était sûr... il avait entendu un sanglot. Il se retourna et regarda autour de lui. Des pleurs se firent à nouveau entendre. Isagi regarda sur la gauche, d'où ils semblaient venir. Il y avait une autre porte, un peu plus loin. Isagi hésita, mais ses jambes décidèrent d'avancer d'elles-mêmes. Sans même qu'il ne s'en rende compte, il se retrouva devant la porte et ses doigts l'ouvrirent lentement.

La pièce qui l'accueillit n'était pas en meilleur état que le salon. Il n'y avait pas de bouteille d'alcool, mais plusieurs cartons aplatis étaient posés sur le sol. De vieux magazines étaient empilés dans un coin. Et une couverture trouée trainait en boule à ses pieds. L'endroit était petit et exigu. Isagi n'avait aucune envie d'y rester, mais il entendit à nouveau des pleurs. Il en chercha l'origine du regard et aperçut alors un petit placard de rangement. Un adulte ne pourrait pas s'y infiltrer, mais...

Saisi d'une intuition, Isagi s'agenouilla et ouvrit lentement les panneaux du placard. Sans réelle surprise, il tomba alors nez-à-nez avec un jeune enfant recroquevillé sur lui-même. Merde... Et maintenant, il faisait quoi ?

Lentement, l'enfant releva la tête et Isagi put voir ses yeux bleus remplis de larmes. Ses cheveux, eux, étaient fort sales, ce qui en cachait la réelle couleur, mais ils semblaient tirer sur le blond. C'était étrange... L'enfant lui paraissait typé européen. Mais que ferait-il ici, au milieu d'une forêt japonaise ? Et seul, en plus...

Isagi l'observa plus longuement. L'enfant était mince et ses vêtements étaient déchirés par endroits. Mais le plus marquant, c’étaient ces horribles taches sombres qui lui bouffaient le cou. Des taches qui ressemblaient à des traces de doigts. Le cœur d'Isagi s'emballa à nouveau. Merde, merde, merde ! Mais dans quoi est-ce qu'il s'était fourré, là ?!

Essayant de prendre sur lui, il tenta de sourire à l'enfant.

« Eh... Bonjour... Je suis désolé d'être entré chez toi comme ça... Je m'appelle Isagi Yoichi. Je me suis perdu dans la forêt... Tu peux peut-être m'aider ? »

Il lança la conversation d'un ton qu'il espérait confiant. Il ne voulait pas inquiéter l'enfant. Ce dernier le regarda, sans beaucoup d'émotion autre que les larmes qui débordaient de ses yeux. Il ne semblait même pas surpris de voir un parfait étranger chez lui, juste peut-être un peu perdu. Face à son silence, Isagi se sentit démuni. Et s’il ne comprenait pas ce qu’il disait ? Après tout, il n’était clairement pas Japonais. Merde, qu’était-il censé faire dans ce genre de situation ? Il pourrait peut-être essayer de lui parler anglais. Mais alors qu’il peinait à trouver ses mots, l’enfant finit par parler.

« Tu devrais partir... »

Sa voix était si frêle. La traduction résonna immédiatement dans les oreilles d’Isagi, le figeant presque. Mais alors… Ce garçon parlait allemand ? Comment… comment était-ce possible ? Enfin… Même si la situation lui paraissait de plus en plus étrange, c’était une aubaine pour lui. Il retira l'un de ses traducteurs et le lui tendit. L'enfant l'observa un instant, avant de le glisser lentement dans son oreille, imitant ses gestes. Isagi répéta alors ses mots, mais l'enfant secoua la tête, le regard toujours vide. Ah, si seulement il était accompagné des membres du Bastard München ou de Yukimiya ! Une personne qui parlait directement la même langue saurait sans doute mieux apaiser ce jeune garçon...

« Je suis désolé, répéta Isagi. Je ne vais pas rester longtemps. Mais est-ce que tu sais si vous avez un téléphone que je peux emprunter ? »

Au-delà de sa propre situation, Isagi se demandait s'il ne devait pas prévenir les autorités également pour qu'elles viennent sortir l'enfant de cet endroit sordide.

« Non... Les appels ne passent pas ici...

—... D'accord, répondit Isagi en essayant de ne pas montrer son découragement. Est-ce que tu connais quelqu'un dans les environs qui pourrait nous aider ? »

L'enfant secoua lentement la tête, à nouveau.

« Tu devrais partir, répéta-t-il ensuite. Il ne sera pas content de te voir là. »

Merde... C'était quoi, cette histoire ? Et c'était qui ce il ? Isagi déglutit. Il fallait qu'il reste le plus calme possible. Il devait s'occuper de cet enfant. S'il était en danger, c'était de sa responsabilité de le sauver.

« Tout va bien, tu es en sécurité avec moi, se força-t-il à sourire. Dis-moi, comment tu t'appelles ?

—... Je n'ai pas de nom. »

Isagi haussa les sourcils. Comment ça, il n’en avait pas ? Avait-il bien compris ce qu’il lui demandait ?

« ... Tu as des parents ? Comment est-ce qu'ils t'appellent ?

—... Mon père m'appelle sous-merde ou déchet. »

Isagi ouvrit grand les yeux. Pardon ? Mais... c'était juste... horrible... Pourtant, l'enfant lui répondait d'un ton si normal... Isagi se sentait de plus en plus mal à l'aise. Il fallait qu'il sorte cet enfant de là. Et rapidement.

« ... Et c'est ton père qui t'a blessé au cou ? »

L'enfant resta un moment silencieux, avant de lui répondre.

« C'est lui qui m’a blessé. Il était en colère.

—Personne n'a le droit de te faire ça, tu le sais, n'est-ce pas ? »

L'enfant ne lui répondit pas. Il baissa les yeux et ramena ses genoux encore plus près de son corps. Isagi se sentit si mal en le voyant comme ça. Il fallait... Il fallait absolument qu'il lui vienne en aide...

« Ecoute... Je sais que ça peut te sembler terrifiant, mais je veux t'aider. Il faut qu'on sorte d'ici et qu'on parle aux autorités.

—Ils ne feront rien. Ils n'ont jamais rien fait.

—... D'accord, mais... tu veux bien m'accompagner ? Je suis sûr qu'on peut trouver une solution. »

Même s'il ne savait toujours pas où étaient les autres... Mais ce n'était pas le plus important pour l'instant. Il voulait tant sortir l'enfant de là. Pourtant, ce dernier secoua la tête.

« Je ne peux pas quitter cette pièce.

—Pourquoi ? À cause de ton père ? Je peux te protéger. »

L'enfant secoua à nouveau la tête. Isagi attendit qu'il s'explique, mais il resta silencieux. Merde... Qu'était-il censé faire, maintenant ? Il n'avait jamais été dans ce genre de situation auparavant - Dieu merci d'ailleurs - et il se sentait complètement perdu. L'enfant ne semblait pas comprendre l'urgence de la situation non plus. Isagi tendit l'oreille. Heureusement, tout était toujours aussi silencieux.

« Et si tu sortais au moins du placard ? Ça ne doit pas être très confortable là-dedans...

—Je ne peux pas... Il veut que je prenne le moins de place possible.

—Mais il n'est pas là. Alors, tu peux bien faire ce que tu veux. »

L'enfant le regarda, plus que sceptique. Malgré tout, sa posture se fit moins rigide. Il semblait l'étudier, à présent. Et, sans trop savoir pourquoi, Isagi trouva ce regard familier. Ce bleu intense. Cette façon particulière de le fixer qu’il n’arrivait pas vraiment à décrire… Un sentiment de déjà-vu s’empara de lui. Pourtant, il n’avait jamais vu cet enfant, il en était certain. Alors pourquoi avait-il soudain l’étrange impression que ces yeux bleus s’étaient déjà posés sur lui avant aujourd’hui ?

« Tu veux vraiment m'aider ? finit par demander le jeune garçon, le sortant quelque peu de ses pensées.

—Bien sûr. »

Isagi lui sourit, essayant de le rassurer. Il ne savait pas si ça marchait vraiment ou pas. Le silence revint. Merde... À cette allure-là, il n'allait pas aller bien loin...

« Bon, reprit-il, si tu ne veux pas bouger, d'accord, je comprends. Reste bien là alors, je reviens. »

En fouillant la maison, il trouverait peut-être un téléphone fixe. Même si l’enfant lui avait dit que ça ne fonctionnerait pas, il se devait d’essayer. Mais lorsqu'il voulut se redresser, l'enfant attrapa sa manche.

« Non ! »

Son visage montrait enfin de l'émotion. De la peur. Ses yeux étaient larges et suppliants.

« Je t'en prie, ne pars pas ! Ne me laisse pas seul ! »

Il semblait sur le point de pleurer, à nouveau. Isagi en fut bouleversé. Sans réfléchir, il posa une main sur son épaule, le sentant frémir quelque peu sous ses doigts.

« Je ne te laisserai pas seul, je te le promets. »

Ces mots ne semblèrent pas rassurer l'enfant qui tremblait légèrement, à présent.

« Je voulais juste regarder si je trouvais un téléphone, reprit Isagi. Il faut qu'on appelle les secours. Ils pourront t'aider.

—Ça ne marchera pas... Et si tu quittes cette pièce, je sais que tu ne reviendras pas. Personne ne revient jamais. »

Isagi se tendit à ses paroles. L'enfant voulait-il dire qu'on l'abandonnait toujours ou sous-entendait-il quelque chose de bien plus glauque encore ? Merde... Pourquoi est-ce que les scénarios d'horreur que Rin lui avait racontés lui revenaient en tête maintenant ? Ce n'était vraiment pas le moment !

« Moi, je reviendrai. Je ne t'abandonnerai pas. »

À nouveau, l'enfant parut le jauger du regard. La main toujours accrochée à son pull, ses yeux commencèrent à se teindre d'une touche d'espoir.

« Alors... Je veux que tu me promettes quelque chose.

—Tout ce que tu veux.

—... Ne me laisse pas retourner dans le noir. J'ai... J'ai peur... »

Isagi pouvait sentir ses petits doigts trembler sur sa manche.

« Il m'a dit... Il m'a dit qu'il voulait en finir. Quand il rentrera, il... il m'a prévenu que... qu'il me tuerait... »

Les yeux d'Isagi s'ouvrirent en grand. Son cœur se mit à battre très fort contre sa poitrine. Il... Quoi ?! Son propre père lui avait réellement dit qu’il voulait le tuer ?! Mais comment… C'était... Oh mon dieu ! Trop choqué pour dire quoi que ce soit, Yoichi ne pouvait qu'écouter le jeune garçon débiter des mots horribles, le regard effaré.

« Il a dit que... c'était la seule façon de ne plus souffrir. Que la mort me délivrera. Et que, de toute façon, personne ne m'aimera jamais. »

Les larmes s'étaient mises à couler sur les joues du jeune garçon. Ses doigts s'accrochèrent encore plus à lui.

« S'il te plait... Je ne veux pas mourir...

—Je ne le laisserai pas faire ! affirma aussitôt Isagi. Je vais te protéger de ton père. Viens avec moi, je t'en supplie. Je peux t'éloigner de lui ! »

L'enfant secoua la tête.

« Non ! Non ! Tu ne comprends pas ! »

Il répéta ces mots plusieurs fois, avant de lui lancer un regard de pur désespoir.

Un regard qui choqua Isagi.

Qui le figea totalement.

Parce que c'était un regard qu'il avait déjà vu. Quelques jours auparavant, seulement.

Lorsque Kaiser était tombé à genoux après la fin du match.

Le cœur battant à tout rompre, Isagi regarda fixement l'enfant. Sa couleur d'yeux était la même... Ses cheveux avaient besoin d'un bon lavage, mais Isagi était sûr qu'ils étaient blonds. Et certains de ses traits... C'était difficile à percevoir au premier abord, mais maintenant, il pouvait le voir. Certains de ses traits étaient si semblables avec l'attaquant allemand. Ils parlaient également la même langue. Et ce sentiment de déjà-vu qu’il avait ressenti plus tôt… Mais alors…

Qu'est-ce que… Qu'est-ce que ça pouvait bien vouloir dire ? Pourquoi ce pauvre enfant ressemblait-il à son rival si détestable ? Il essaya de rester calme, mais son coeur ne cessait de tambouriner contre son torse. Ses pensées tournèrent si vite dans son esprit qu’il eut du mal à les saisir. Il fallait… Il fallait qu’il soit rationnel… Tout ça, c’était juste une coïncidence.

Mais toute cette ambiance pesante… Cette forêt oppressante… Cette absence inexpliquée de ses coéquipiers… Ce brouillard qui l’avait amené jusqu’ici… Qu’est-ce que… qu’est-ce qui se passait, à la fin ?

Face à lui, l’enfant baissa la tête, complètement défait. Cette image se superposa à celle de Kaiser, sur le terrain. C’était… c’était de la folie… Impossible…

Complètement perdu, il ne se rendit même pas compte que sa voix s’échappait de sa gorge dans un souffle tremblant.

« ... Michaël Kaiser... ? Kaiser, c'est... c'est toi... ? »

Ce serait insensé. Complètement irréaliste. Isagi se sentit stupide au moment où ces mots franchirent ses lèvres. Et pourtant... Les pleurs de l'enfant se calmèrent, étrangement. Il hocha ensuite légèrement la tête.

Merde.

Cet enfant… Cet enfant disait être Michaël Kaiser… La tête d’Isagi se mit à tourner. Il eut la désagréable impression de flotter dans les airs. Il était en train de devenir dingue, c’était la seule explication possible.

« Où est-on ? lui demanda-t-il presque malgré lui.

—Chez moi. C'est ma maison. »

Kaiser aurait grandi dans un tel endroit ? Avec des bouteilles d'alcool recouvrant tout le sol ? Avec un père abusif et violent ? Un père qui le traitait de sous-merde et de déchet ? C'était horrible... Ça lui donnait envie de vomir. Mais il était en train d’halluciner. Il hallucinait forcément ! Parce que rien d’autre ne pourrait justifier que-

« Yoichi... »

Toujours accroché à son pull, l'enfant semblait avoir peur, à nouveau. Sa poigne était si lourde. Son souffle court. Non, ça ne pouvait pas être une hallucination. Dans aucun monde, Isagi n'aurait pu imaginer Kaiser dans un tel état.

« Yoichi... ne m'abandonne pas... »

Oh... L'enf- Kaiser craignait-il qu'il parte, maintenant qu'il connaissait sa véritable identité ? C’était fou, c’était- Non ! Putain ! Il fallait qu’il se ressaisisse. Parce qu’il le sentait. Son instinct lui hurlait de toutes ses forces que toute cette situation était bel et bien réelle. Que l’angoisse de Kaiser était bel et bien réelle, elle aussi.

« Je t'en prie... Tu m'as promis... »

Ce regard de pur désespoir. Cette tension palpable dans l’air. Isagi ne savait toujours pas où il se trouvait, ni ce qu’il était en train de vivre exactement, mais qu’importe. Il réfléchirait au pourquoi du comment plus tard. Sa priorité était de rassurer Kaiser. Il y avait une telle urgence dans sa voix qu’Isagi ne pouvait décemment pas l’ignorer.

« Je ne t'abandonnerai pas, lui répondit-il d’un ton ferme. Je tiens toujours mes promesses. »

Il lui sourit et il se surprit lui-même de voir à quel point c'était facile. Même s'il était son pire ennemi, Isagi avait de la peine pour lui. Seulement, comment l'aider au juste...

Isagi se mit à réfléchir. La forêt était-elle réellement hantée, comme l’avait prétendu Hiori ? Et si c’était le cas, comment sortir d’ici ? Qu’avait dit Hiori encore ? Qu’il fallait regarder la réalité en face pour sortir du brouillard ? Mais si comprendre qu’il était face à Kaiser ne suffisait pas à l’extirper de là, alors… alors Kaiser était-il la clé de tout ça ? Fallait-il qu'il le rassure pour pouvoir partir d’ici ? Était-ce à Kaiser qu’il devait montrer la réalité ? Eh bien… Isagi ne pouvait être sûr de rien, mais ça valait la peine d’essayer.

« Ton père ne peut plus te faire de mal, lui assura-t-il alors. Tu sais, là d’où je viens, tu es adulte et tu vas très bien. Tu es en sécurité et bien entouré. Les gens t'aiment. Surtout l'un de tes coéquipiers, Ness. »

C'était vrai, non ? Bon, d'accord, ils semblaient un peu en froid en ce moment, mais Ness adorait Kaiser. Ça allait sûrement s'arranger. Et si Isagi ne savait pas ce qu'il en était du père de Kaiser, ce dernier ne semblait pas inquiet à l'idée de retourner en Allemagne, donc, ça devait aller, non ? Depuis le temps, il avait certainement dû réussir à sortir de ses griffes. Il devait probablement loger dans les dortoirs du Bastard München. Il était donc en sécurité.

Pourtant, Kaiser secoua la tête.

« Tu ne comprends pas. »

Encore cette phrase. Mais qu'est-ce qui lui échappait, à la fin ?

« Les gens aiment Kaiser, reprit le jeune garçon. Mais pas moi... »

Il eut un soupir tremblant, avant de reprendre.

« Kaiser est incroyable. Quand je le regarde, c'est comme si j'étais dans un rêve. Mais ça me fait mal aussi. Parce que moi, je suis si loin de tout... et de tout le monde... »

Isagi fronça les sourcils. Pourquoi parlait-il de lui-même à la troisième personne ? Et pourquoi-

Isagi se figea.

Il m'a dit... Il m'a dit qu'il voulait en finir. Quand il rentrera, il... il m'a prévenu que... qu'il me tuerait...

Oh... Oh !

Merde ! Ce n'était pas- Il n'allait quand même pas-

Affolé, Isagi sentit son cœur cogner rageusement dans sa poitrine. Non... Non... Quand même pas...

Sans même y réfléchir, Isagi attira l'enfant contre lui et le serra fortement entre ses bras. Ce n'était pas possible. Pas ça...

« Je vais te sauver, je te le promets. »

L'enfant resta immobile un instant, avant de lui rendre son étreinte. Isagi pouvait sentir tout son désespoir dans ses gestes.

« ... Ne m’abandonne pas, Yoichi… »

Sa voix n'était qu'un murmure. Et pourtant elle résonna dans tout le corps d'Isagi. Ce dernier ferma un instant les yeux, le serrant fort contre lui.

Quand il rouvrit les yeux, il eut la même sensation que s'il venait de rater une marche. Comme s'il émergeait de l'eau, des bruits se firent à nouveau entendre.

Haletant, clignant plusieurs fois des paupières, Isagi eut besoin d'un moment, avant de réaliser qu'il était à nouveau dans le car. Et il n'était plus seul. Il pouvait entendre les rires et les cris de ses coéquipiers. La respiration bien trop rapide, il finit par regarder autour de lui et s'aperçut que plusieurs joueurs faisaient passer le temps en jouant au foot à côté du car.

Merde... C'était vraiment de la folie... Isagi passa ses doigts tremblants dans ses cheveux couverts de sueur. Tout était redevenu normal. Mais ce qu'il avait vécu... Ce n'était pas un rêve, n'est-ce pas ? Non. Même s’il ne pouvait l’expliquer, son instinct savait que tout était vrai. Il pouvait encore sentir le froid du brouillard sur sa peau. Et entendre la voix si fragile de l’enfant, de-

D'un geste brusque, il se retourna vers le fond du car. Il aperçut alors Kaiser, qui ne semblait pas avoir bougé depuis le début du trajet. Il était toujours assis sur le dernier siège et son regard se perdait à travers la fenêtre. Quoi qu'il se soit réellement passé, Isagi avait été le seul à en faire l'expérience. Ce qui ne faisait que confirmer un peu plus sa sombre théorie. Il n'y avait plus de temps à perdre, maintenant !

Profitant que Hiori soit dehors et que personne ne viendrait lui poser la moindre question, Isagi se leva et se dirigea vers le fond du car. Il n'y avait plus que quelques joueurs présents dans le véhicule et, heureusement, aucun ne fit particulièrement attention à lui. Kaiser lui-même ne le remarqua pas avant qu'il ne soit vraiment juste à ses côtés. À ce moment-là, Isagi vit son corps se tendre et son regard se figer. Mais il ne se tourna pas vers lui pour autant. Comme s'il espérait qu'Isagi abandonne et le laisse tranquille. Ce comportement... Il tranchait totalement avec celui qu'il avait eu au début de la NEL. Il y a quelques heures à peine, cela aurait donné à Isagi un sentiment de pleins pouvoirs. Mais maintenant... maintenant qu'il comprenait réellement ce que cachait Kaiser derrière sa facette froide et arrogante, il ne pouvait plus s'en réjouir.

Son regard se posa sur sa nuque. Il plissa les yeux, à la recherche de la moindre trace, profitant que Kaiser l'ignore pour prendre son temps. Il ne semblait rien y avoir de particulier... jusqu'à ce que... Juste là... Isagi fronça les sourcils. C'était à peine perceptible, mais il pouvait deviner une partie d’un bleu sur son cou. Kaiser avait sans doute dû utiliser du fond de teint pour camoufler le reste. C'était tout ce dont il avait besoin pour être désormais sûr à cent pour cent de sa théorie.

Il s'assit alors à ses côtés, le cœur battant. Il fallait qu'il agisse, et vite !

Mais Kaiser était si têtu ! Il ne se tournait toujours pas vers lui, même si Isagi sentait bien qu'il était sur le point d'exploser. Pourtant, Isagi ne pouvait rien lâcher ! L'enjeu était bien trop grave.

« Kaiser, je-

—Dégage, Yoichi ! l'envoya bouler directement l'Allemand.

—Non. Je dois te parler et c'est important. »

Kaiser tourna enfin son visage vers lui. Isagi pouvait voir toute sa fureur dans la prunelle de ses yeux.

« Je n'ai rien à te dire ! Fiche-moi la paix ! »

Isagi soutint son regard, sans flancher. Il n'avait jamais cédé face à Kaiser et il n'allait pas commencer maintenant. Surtout pas maintenant.

« Je t'interdis d'abandonner ! Tu m'entends ? Tu es incroyable, alors tu n'as pas le droit de tout lâcher ! »

Face à lui, le visage de Kaiser se décomposa. La fureur fit place à la confusion. Le cœur d'Isagi se serra. Comme ça, il ressemblait à cet enfant perdu et terrifié qui n'osait pas quitter son placard. Et il lui avait promis. Il ne le laisserait pas tomber. Parce qu'il avait compris.

La personne que le jeune garçon n'avait cessé de mentionner, ça n'avait jamais été son père. Ce n'était pas son père qui l'avait étranglé. Ce n'était pas son père qui allait le tuer. C'était Kaiser lui-même. Kaiser avait prévu de se suicider à son retour en Allemagne.

Mais ça...

Ça, ce n'était juste pas possible. Jamais il ne le laisserait faire.

« ... Qu'est-ce..., balbutia Kaiser, qu'est-ce que tu racontes ? »

Il semblait totalement perdu. Face à cette vision, Isagi sentit la tendresse l'envahir. Lentement, il posa une main sur le bras de Kaiser. Ce dernier se tendit, mais ne s'éloigna pas. Son regard était dénué de toute trace d'arrogance. Il paraissait plus jeune comme ça. Si fragile. Et Isagi... Isagi n'avait aucune envie de le détruire.

« Je sais ce que tu as l'intention de faire, une fois chez toi, mais je ne te laisserai pas faire ! Je te vois... Je ne te laisserai pas seul dans le noir. Tu as compris ?

—... Tu es... complètement... cinglé... »

Kaiser semblait de plus en plus défait. Et c'était une vision qui... qui n'avait rien d'agréable. Parce qu'Isagi sentait de plus en plus sa détresse. Comme si son masque s'effritait de toute part. C'était sans doute une bonne chose pour qu'il puisse l'atteindre, mais... mais ça lui faisait quand même de la peine de le voir dans un tel état.

Il n'arrivait plus à se dire qu'il l'avait bien mérité. Parce qu'il comprenait, maintenant. Le puzzle de Kaiser était enfin complet. Et l'ensemble était... eh bien, très différent de ce qu’il avait cru.

Oui, Kaiser était son pire ennemi. Mais Isagi savait, désormais, qu'il était bien plus que ça. C'était si évident, maintenant, qu'il ne comprenait pas comment il avait pu être aussi aveugle tout ce temps. Kaiser était un enfoiré. Un petit connard arrogant. Mais il était aussi cet enfant qui ne rêvait que d'amour. Qui voulait être vu et accepté.

« Et si on reprenait tout à zéro ? demanda Isagi. Je pense qu'on a pris un très mauvais départ. Mais il n'est jamais trop tard pour arranger les choses. »

Il lui sourit, se voulant rassurant. C'était si étrange. De se montrer gentil avec lui. Mais si naturel, en même temps. Kaiser, lui, semblait effrayé. Son regard se teinta ensuite d'un mélange de peur et... d'espoir ? Oui, Isagi pensait bien que c'était de l'espoir. Et soudain, ce fut comme s'il le voyait pour la première fois. Il voyait sa beauté, mais aussi ses fêlures et, étrangement, ça faisait battre si fort son cœur.

« Bonjour, moi, c'est Isagi Yoichi. »

Il tendit la main vers lui.

« C'est comme ça qu'on fait en Europe, je crois ? »

Kaiser le regarda un moment, clairement hésitant. Mais, contre toute attente, il finit par tendre la main à son tour. Isagi sentit ses doigts froids contre sa paume.

« Moi, c'est Michaël Kaiser. »

Sa voix n'était pas aussi ferme qu'à l'habitude, mais Isagi la trouva si belle. Lentement, il se mit à caresser sa main du bout des doigts.

« Enchanté, Michaël Kaiser... »

Dans un sourire, Isagi entrelaça ses doigts à ceux de Kaiser. Il se sentait si bien comme ça. Comme s'ils étaient enfin à leur place. Et le regard de Kaiser trouva enfin un peu de chaleur.

Dans le reflet de la fenêtre, Isagi crut alors apercevoir le jeune enfant, qui lui sourit avant de disparaitre.

Danke schön.

Les mots résonnèrent dans son esprit. Isagi ne savait toujours pas quel phénomène il avait vécu, mais ça lui avait permis d'enfin comprendre la vérité.

Et il était hors de question qu’il laisse les sombres envies de Kaiser se réaliser. Il sauverait son enfant intérieur. Il le sauverait de lui-même.

Et tout irait bien.