Work Text:
Sternbild était entrée dans une nouvelle année depuis quelques jours, ainsi que dans sa période la plus froide. Une fois la nuit tombée, les rues se vidaient rapidement, laissant un silence timide s'installer.
La neige tombait depuis une petite heure lorsque Kotetsu et Barnaby sortirent du restaurant. Ils avaient mis des mois à arrêter une date pour dîner ensemble, à tel point qu'ils en étaient venus à penser que ce soir n'arriverait jamais.
Kotetsu inspira longuement l'odeur de la neige avant d'offrir son visage au ciel pour que les flocons viennent rafraîchir sa peau échauffée par l'alcool, les plats épicés et les rires partagés avec son coéquipier.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, après des années à combattre le mal ensemble, ils n'avaient que très rarement ri de bon cœur tous les deux.
Mais ce soir était différent. Ce soir, ils s'étaient retrouvés après être sortis de l'hôpital, après avoir frôlé la mort. On dit qu'il faut parfois voir la mort en face pour apprécier pleinement la vie, en particulier ses moments les plus simples, le duo de héros devait reconnaître que dans leur cas, c'était vrai.
Ce combat les avait laissés gravement blessés, et leur avait fait prendre conscience que même en groupe, ils pouvaient affronter des ennemis plus forts qu'eux. Dans la douleur, ils avaient compris qu'ils n'étaient pas invincibles.
« Je voudrais faire tout ce que je n'ai jamais osé faire, tout ce que j'ai toujours remis à plus tard. »
Cette phrase de Kotetsu avait rapidement motivé tous les membres de Hero TV, et chacun s'employait à réaliser ses rêves, à vivre plus, plus intensément, à profiter de chaque instant. Mais pour Wild Tiger et Barnaby, ce soir, cela voulait dire ralentir et vivre l'instant présent.
— On marche un peu ? suggéra Barnaby en désignant l'avenue colorée des décorations de Noël et du nouvel an toujours présentes.
— Avec plaisir, répondit Kotetsu en lui emboîtant le pas.
Ils firent quelques pas, profitant en silence de la pesanteur créée par la neige, de l'atmosphère féérique qu'elle faisait naître, de l'enfant qu'elle réveillait en chacun d'eux. Kotetsu s'arrêta pour former rapidement une boule de neige qu'il lança en pleine tête de son coéquipier.
Quelques semaines auparavant, Barnaby se serait offusqué de cet acte puéril et ridicule, et aurait planté là Kotetsu pour rentrer se changer et se plaindre à ses plantes de l'immaturité du héros qui lui servait de partenaire.
Mais aujourd'hui, tout était différent.
Aujourd'hui, Barnaby pouffa de rire, fit à son tour une boule de neige, et poursuivit Kotetsu pour lui lancer à son tour. Aujourd'hui, Barnaby avait pris conscience de la valeur de la vie, la sienne, et surtout, celle de Kotetsu.
Le voir blessé, brisé au sol, avait tout changé.
Ce jour-là, Barnaby avait compris qu'il ne pouvait pas se permettre de perdre Kotetsu, non pas en tant que coéquipier pour défendre les habitants de Sternbild, mais en tant qu'ami, en tant que personne irremplaçable dans sa vie. En se réveillant à l'hôpital dans le lit à côté du sien, ses sentiments étaient devenus évidents, il ne pouvait pas perdre Kotetsu parce qu'il l'aimait, tout simplement.
Le duo ignorait depuis combien de temps ils se lançaient des boules de neige, ils avaient dépassé l'avenue et se trouvaient à présent au pied de l'immeuble où vivait Barnaby.
— Tu devrais monter te changer, si tu rentres comme ça, non seulement tu vas tomber malade, mais Kaede va te gronder.
Kotetsu pouffa de rire, il voyait effectivement très bien sa fille l'attendre, les mains sur les hanches et les joues gonflées, lui passer un savon interminable. Cependant, en suivant Barnaby dans l'ascenseur, il réalisa que quelles que soient les raisons pour lesquelles son coéquipier lui aurait proposé de venir chez lui, il aurait accepté.
Barnaby trouvait l'ascenseur affreusement long et beaucoup plus étroit que d'habitude. Il entendait la respiration de Kotetsu, sentait subtilement l'odeur de son eau de Cologne, il avait même l'étrange impression de pouvoir percevoir sa chaleur. Il sursauta légèrement lorsque la main de son coéquipier passa dans ses cheveux.
— Il y avait une feuille dans une des boules que je t'ai lancées, apparemment, expliqua Kotetsu en lui montrant ladite feuille. Tes cheveux ondulent plus que d'habitude...
Le blond avait du mal à respirer, son coéquipier était trop près de lui, jouait avec une mèche de ses cheveux, croisait rapidement son regard, pour lui, c'était de la torture.
Le supplice cessa dans un ding puis une voix annonça l'étage lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent.
— Ça te dérange si je prends une douche ? demanda Kotetsu en enlevant son manteau trempé de neige. Je suis vieux et j'ai froid aux pieds.
— Bien sûr, papy, plaisanta Barnaby, l'esprit vagabondant à la vitesse de la lumière, rebondissant dans toutes les directions pour cependant revenir à la même évidence : Kotetsu allait être nu dans son appartement.
— Wouah ! s'extasia Kotetsu en suivant Barnaby vers la salle de bain.
Il était venu quelques fois dans son appartement, mais n'avait visité que le salon, déjà très impressionnant par sa taille. La chambre de Barnaby était presque aussi grande, elle comportait un lit immense, un canapé, une table basse, un bureau et un grand dressing, mais surtout, la salle de bain qui n'était séparée du reste que par une paroi de verre.
Le luxe était évident, surtout pour Kotetsu qui n'avait jamais roulé sur l'or.
Barnaby prépara des vêtements et une serviette pour son coéquipier, et sortit de la chambre, le cœur battant non pas douloureusement, mais impatiemment, rythmant la volée de papillons qui partait de son abdomen et irradiait dans tout son corps.
Il s'appuya à la porte en entendant l'eau de la douche couler, ferma les yeux, serra les poings, résistant à l'envie de rejoindre Kotetsu.
Lorsque l'eau se tut, Barnaby entendit le brun fredonner une chanson qu'il ne connaissait pas, mais sa voix sembla faire naître une nouvelle forme de courage en lui, un courage qui n'avait rien à voir avec celui dont il faisait preuve dans son travail, un courage qui ressemblait plus à de l'audace.
Sa main saisit fermement la poignée de la porte, et la tourna.
La serviette autour des hanches, Kotetsu n'eut pas l'air surpris de voir Barnaby entrer. Au lieu de le rejoindre comme il l'espérait, le blond resta de l'autre côté de la paroi de verre et le regardait, plus intensément que jamais.
Kotetsu franchit les quelques pas qui les séparaient et posa les mains contre la vitre. Elles furent immédiatement entourées de buée et rejointes de l'autre côté par celles de Barnaby. La chaleur et l'électricité circulaient de l'un à l'autre, les forçant à se rapprocher encore un peu, faisant presque disparaître la paroi de verre, à tel point qu'ils avaient parfois l'impression de sentir le souffle brûlant de l'autre.
— Bunny, commença Kotetsu pour attirer son attention, il ne me reste qu'une chose à faire que je n'avais jamais osé faire...
— Laquelle ? demanda Barnaby, le regard plongé dans le sien.
— T'embrasser.
Les coéquipiers se regardèrent de longues, d'interminables secondes. Ils voulaient courir, se retrouver, s'embrasser, enfin, mais cet acte en apparence simple et anodin, allait totalement changer leurs vies. S'embrasser, c'était admettre qu'ils ne seraient plus uniquement des coéquipiers, des collègues ou même des amis, s'embrasser, c'était admettre qu'ils s'aimaient en silence depuis bien trop longtemps. S'embrasser, c'était se demander comment l'avouer à Kaede, se demander s'ils devaient le dire aux autres héros, s'ils allaient vivre ensemble, c'était mettre leurs existences en commun et les submerger de questions.
Avoir vaincu des dizaines de vilains leur avait cependant appris que, souvent, il valait mieux laisser parler son instinct et s'occuper de répondre aux questions plus tard.
En une fraction de seconde, ils se retrouvèrent, enfin.
Dans un long soupir commun, leurs lèvres se retrouvèrent. Chacun avait imaginé si souvent ce qu'ils ressentiraient s'ils venaient à s'embrasser un jour, mais aucun n'avait envisagé une chaleur à la fois si intense et pourtant si douce.
À mesure qu'elles dansaient l'une contre l'autre, leurs lèvres faisaient naître une évidence, et lorsque leurs langues se retrouvèrent, ils en furent certains, au-delà de ce duo de héros, Kotetsu et Barnaby s'appartenaient, corps et âme.
— Je t'aime.
La main de Kotetsu posée au creux des reins de Barnaby trembla. Le plaisir inondait toujours ses sens, parcourait sa peau, mais rien ne valait ces mots-là.
— Je t'aime aussi, dit-il à son tour avant de déposer un baiser au milieu de ses cheveux humides, depuis si longtemps que j'ai honte.
Le blond pouffa de rire et se redressa pour le regarder.
— La honte n'avait pas l'air de t'étouffer à l'instant, fit-il remarquer, une étincelle dans les yeux.
— Ne me regarde pas comme ça, se plaignit Kotetsu en lui mettant la main sur les yeux. J'ai passé l'âge pour un round de plus !
Barnaby l'embrassa longuement entre les pectoraux avant de relever la tête, un sourire aux lèvres que Kotetsu n'avait jamais vu.
— Pourtant, commença Barnaby en laissant dériver ses baisers plus au Sud, quelqu'un semble être en Good Luck Mode par ici...
D'une impulsion des reins, Kotetsu inversa leurs positions.
Le blond caressa ses lèvres, elles aussi lui offraient un sourire qu'il n'avait jamais vu. Ces sourires étaient inédits, ils ne les avaient offerts à personne d'autre, ils étaient de ces sourires que l'on ne commande pas, qui se manifestent lorsqu'ils reconnaissent les lèvres faites pour les recevoir.
— Tout compte fait, commença Kotetsu contre ses lèvres, même sans le Hundred Power, un round devrait être facile à tenir, termina-t-il en relevant une jambe du blond.
Barnaby eut envie de lui rappeler que son pouvoir ne durait plus qu'une minute désormais, mais l'heure n'était plus à la plaisanterie, il entoura Kotetsu de ses bras, lui murmura à nouveau qu'il l'aimait en sentant leurs cœurs battre à l'unisson, comme s'ils ne formaient plus qu'un seul être qui lui, était invincible.
