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Hermione était installée en tailleur sur un vieux morceau de nappe prêtée par Mrs Weasley pour éviter qu’elle ne couvre ses vêtements de tâches d’herbes. L’année précédente, les alentours du Terrier avaient pris des airs de plaines arides, les champs en jachères couverts de graminées assoiffées et de terre nue et sablonneuse. À l’inverse, cette année, les premiers jours de juillet avaient été pluvieux et les prés étaient encore verts et luxuriants.
Au-dessus de la tête d’Hermione, Ginny, Ron, Harry et les jumeaux virevoltaient sur leurs balais, lançant de temps à autre des cris exaltés ou déçus, selon qu’un tir particulièrement audacieux venait de porter ses fruits ou qu’un coup de coude impitoyable venait de coûter à un poursuiveur une belle opportunité. Hermione ne leur prêtait pas attention, plongée dans son manuel de potions. Le programme de l’année prochaine était bien plus complexe que ce à quoi ils avaient été confrontés jusqu’ici, et le professeur Rogue ne laisserait passer aucune imprécision. Il n’y avait donc aucun temps à perdre pour se familiariser avec les philtres biphasés et les essences botaniques partielles. Lorsque Ron s’écriait « Eh Hermione, tu as vu ça ? », elle se contentait de lever un pouce dans sa direction, sans quitter des yeux les pages couvertes de schémas sur lesquelles elle se penchait, sourcils froncés par la concentration. L’enthousiasme avait beau se faire de plus en plus fort, presque théâtral, les autres se joignant comme un chœur aux exclamations de Ron, Hermione demeurait hermétique, presque pliée en deux sur son manuel, le nez à quelques centimètres du papier comme si l’odorat avait pu se joindre à la vue pour l’aider à en percer les secrets.
Une bourrasque soudaine se leva, lui jetant ses cheveux en travers du visage tandis que les pages fines du volume tournaient, l’une après l’autre, comme feuilletées par le vent curieux. Au même instant, un cri retentit dans le ciel et Hermione leva les yeux juste à temps pour voir le balai de Ron se dérober sous lui et les quatre autres plonger à sa poursuite. Hermione tâtonnait furieusement pour retrouver sa baguette, disparues sous la pile de livres qu’elle avait étalés sur son morceau de nappe. Quelle idiote ! Si elle avait été moins distraite ! Quand elle s’était installée, elle avait bien vu les nuées outremer à l’horizon. Mais l’orage était loin, alors elle ne s’en était pas souciée. Et elle s’était laissée tant absorbée dans ses lectures que les heures étaient passées sans même qu’elle lève le nez. Elle aurait pu, aurait dû les prévenir qu’il fallait mettre un terme à leur partie et rentrer. Elle le savait bien, que les vieux balais des Weasley n’étaient pas aussi stables que celui de Harry et que des vents trop forts pouvaient déboussoler les sorts qui les maintenaient en apesanteur. Son cœur cognait fort dans sa poitrine. Elle cherchait chaque pli de la nappe, sa tête pleine d’image du corps de Ron, gisant sur le sol, ses membres tordus à des angles absurdes, abreuvant l’herbe de son sang.
Lorsque enfin ses doigts se refermèrent sur sa baguette et qu’elle se redressa pour la brandir, elle vit qu’il était trop tard pour intervenir. Fred et George avaient attrapé leur cadet et le soutenaient à présent, chacun l’agrippant sous une aisselle et l’amenant doucement vers le sol.
C’était une vision étrange, Ron, debout en plein ciel, les bras en croix. Il semblait marcher sur l’air, ses frères changés en assistants d’un curieux numéro de cirque ou de prestidigitation. De ce qu’elle avait appelé magie lorsqu’elle était enfant. Ron la regardait, l’unique spectatrice de son acrobatie. La peur avait déjà laissé place sur ses traits à un sourire un peu penaud.
Un choc contre sa cuisse tira Hermione de sa curieuse contemplation. Le souafle qui avait échappé à Ron dans sa chute avait roulé jusqu’à son manuel de potions, arrêtant la folle valse des pages.
Elle releva les yeux en direction de Ron qui descendait vers elle, suspendu tel un pantin ou une idole qu’on porte aux nues. Sa silhouette se découpait sur les nuages sombres de l’orage approchant, les derniers rayons rasants du soleil tombant sur sa chevelure en bataille et son maillot orange vif, aux couleurs des Canons de Chudley. Il était comme auréolé de feu.
Elle jeta un dernier regard au livre à ses pieds, ouvert à un nouveau chapitre dont le sommaire annonçait ‘Philtres d’amour et antidotes’. Elle referma le volume d’un petit coup de pied avant de se précipiter vers son ami alors même qu’il touchait enfin terre.
- Ron ! Ça va ?
Sans attendre de réponse, elle serra ses bras autour de lui.
- Eh, eh, doucement ! s’écria Fred, amusé.
- On l’a pas sauvé d’une mort certaine pour qui tu lui broies les os une fois sur la terre ferme ! ajouta George avec un clin d’œil.
Le visage empourpré de Ron était à demi enfoui dans la chevelure d’Hermione mais, à n’en pas douter, son sourire s’était fait presque triomphal.
