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Bon Voyage
C’est comme une danse entre eux ; le corps de l’un suit le corps de l’autre, à chacun son rythme s’alliant avec son comparse, et tout fonctionne sans attendre ou avoir besoin de parler. Ses lèvres glissent sur la gorge de Novak, alors que les jambes du Serbe sont enroulées autour de sa taille, et Andy sent son cœur marteler dans sa poitrine, à chaque fois qu’il l’entend pousser le moindre bruit. C’est tout ce dont il a toujours voulu, et il a le droit de l’avoir. Les doigts de Novak s’accrochent à ses cheveux pour les tirer et plaquer ses lèvres contre les siennes, et Andy ne sait même pas pourquoi il est encore surpris de cette lutte pour le contrôle, alors qu’ils ont passé tout l’été à s’arranger pour se retrouver, dès qu’il est rentré de Londres.
Andy a fait comme Novak lui avait demandé ; il est retourné en Angleterre, a trouvé un arrangement avec ses supérieurs pour que le premier ministre puisse avoir un rendez-vous en terre serbe avec le roi local, et il a aussitôt repris le chemin de Belgrade, pour s’assurer qu’aucun autre espion que lui ne puisse s’approcher de Novak. Anglais et Serbes, unis pour négocier un pacte de non-agression, parce qu’Andy et Novak sont tombés amoureux l’un de l’autre, c’est une sacrée histoire. Il était présent dans la salle du réunion en tant qu’émissaire anglais au regard des Serbes, en tant qu’espion protégeant Lloyd George pour les Britanniques, et en tant qu’amant pour Novak. Il imagine que c’est comme ça que les espions tombés amoureux de belles reines étrangères faisaient, dans des époques révolues. En tout cas, cette idée le réconforte, de ne pas être une exception.
Et depuis que les Britanniques sont repartis, Andy n’est plus qu’un faux émissaire aux yeux des gardes, traînant plus souvent au palais pour passer le temps avec Novak que pour vraiment discuter de politique étrangère. Mais vu qu’il a cette couverture, il a quand même le droit de faire la jonction entre les vrais ministres envoyés au casse-pipe pour faire respecter le traité et les rares échanges économiques qui ont été négocié depuis, et les ministres Serbes qui commencent eux-aussi à bien le connaître, même si certains ont compris qu’il n’était pas vraiment là pour le commerce des produits agricoles et de la sidérurgie.
En fait, Novak et lui passent plus de temps à jouer au tennis et à coucher ensemble qu’à parler du traité. Andy a bien essayé de lui faire comprendre que passer autant de temps attirerait des soupçons, mais la seule réponse qu’il a eu est une balle supersonique le frôlant de peu, pour venir s’échouer dans l’une des toiles installées entre les arbres. Novak prend vraiment le tennis au sérieux, c’est sa manière de s’affirmer face à lui, pour combler le fait qu’Andy arrive toujours à le maîtriser quand ils sont au lit…
Leurs corps sont couverts de sueur quand leurs orgasmes frappent, et Andy doit piocher dans ses dernières réserves pour ne pas s’écrouler sur Novak, pour improviser une chute loin d’être grâcieuse sur son côté du lit. Il peut sentir son torse monter et redescendre au fur et à mesure que sa respiration se calme, la même chose se produisant pour Novak alors qu’il trouve la force de rabattre la couverture sur eux, et Andy se demande l’espace de quelques secondes s’ils ne vont pas se retrouver à faire la sieste ici, avant que Novak le traîne une énième fois dehors pour lui montrer son niveau de jeu au tennis… Personne n’a l’ordre de rentrer dans cette chambre quand le roi y est de toutes façons.
Enfin, personne à part Jelena. En tant que reine du pays, Jelena aurait fini par comprendre par elle-même que son mari préférait passer son temps avec d’autres hommes, alors Novak lui a annoncé sans attendre, dès que le pacte de non-agression a été signé. Andy n’oubliera probablement jamais cet étrange repas, où il était aussi invité bien que son serbe a toujours été limité, quand il a dû expliquer les raisons de sa rencontre avec Novak, et pourquoi ce serait mieux pour Jelena de ne pas trop poser de questions sur son vrai métier.
En toute honnêteté, Andy s’attendait à la voir quitter la table en implorant n’importe quel Dieu de lui donner un mari normal, mais à la place, il a eu le droit à un petit sourire de la part de la reine, et l’autorisation de continuer à coucher avec son mari. Il s’est évidemment étouffé sur son verre en entendant ça. Ce n’est que quand il a appris, une semaine plus tard, que Jelena était déjà enceinte de deux mois, qu’Andy a compris que le travail de Novak en tant qu’époux était terminé. Avec un successeur déjà en route, et une femme complice dans ses choix (très) personnels, Novak est probablement le roi le plus libre de toute l’Europe, et Andy a toujours du mal à croire que c’est lui qui a été choisi pour partager tout ça avec lui…
Mais Andy sort très vite de ses pensées en voyant Jelena passer la porte de la chambre, son regard sombre sous son chapeau ne faisant pas illusion. Novak se redresse dans le lit avant même qu’Andy ne puisse paniquer à l’idée de se retrouver mêler dans leur histoire de couple, mais il comprend très vite ce qu’il se passe, quand Jelena tend Pierre du bout des doigts à Novak. Ah. Cette saleté de chien a recommencé alors.
‘’On a déjà parlé de ça Novak, tu gardes cette boule de poil à l’intérieur du palais. Il a mis de la boue partout ! Il a failli tacher tout le salon !’’ Jelena est sûrement plus exaspérée par la tache de boue sur sa robe que pour le salon, mais Andy n’en dira rien
‘’Désolé ma tendre, mais je ne pouvais pas le garder ici pour le moment.’’ Novak dépose un baiser sur le museau de Pierre en le tenant dans ses bras, et Andy peut voir le moment exact où Jelena décide de soupirer, quand les pattes arrière de la boule blanche poilue laissent des traces de terre mouillée sur les couvertures
‘’Andy, je compte sur toi pour le raisonner un jour.’’
‘’Je ne crois pas qu’il puisse encore être raisonné, Jelena.’’
Jelena roule des yeux avant de repartir, sûrement pour se changer, et Andy est obligé de se demander si Novak n’aime pas plus son chien que tout ce qu’il a pu obtenir d’autre à son couronnement, en le voyant déposer un autre tendre baiser sur le pelage de Pierre… Il n’est pas jaloux d’un chien, mais c’est sûr que Jelena et lui savent très bien que Novak a fait son choix depuis longtemps, entre tous ses prétendants.
Andy repose sa tête sur l’oreille pour reprendre des forces, la voix douce de Novak continuant de murmurer des encouragements pour son chien en serbe, et ses yeux tracent les lignes du plafond, alors que son cœur retrouve peu à peu un rythme normal. C’est drôle pour lui, cette nouvelle situation. Il est plus ou moins devenu le garde du corps de la famille royale serbe à temps plein ; quand ce n’est pas avec Novak qu’il est, alors il s’occupe d’accompagner Jelena en ville pour s’assurer que la malédiction Karađorđević ne continuera pas à s’abattre sur les descendants de feu le roi Pierre. En fait, il voudrait surtout que ça ne touche pas Novak, parce qu’il a des sentiments bien trop forts à son égard, et il refuse de perdre l’homme qui lui a redonné goût à la vie. Alors, oui, ça l’arrange plus ou moins que Jelena reste en vie le plus longtemps possible, comme ça Novak n’aura pas à retrouver une fiancée et s’adonner à la tâche de poursuivre sa lignée, la dynastie qui est à peine la sienne.
Peut-être qu’il s’est perdu dans ses pensées, parce que quand il reprend pleinement conscience de son environnement, il y a le museau humide de Pierre au-dessus de lui, ses pattes sales posées sur son torse, et Novak rit avec beaucoup de conviction en voyant son chien laisser d’horribles traces de salive sur sa mâchoire, dès qu’Andy le sent le lécher… Stupide boule de poils…
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Avec l’automne bien installé depuis trois semaines, Andy est à peine surpris de retourner au petit appartement qu’il loue (grâce à Novak) complètement trempé de la tête aux pieds, son chapeau inondé et sa chemise ne faisant qu’un avec lui… C’est la tempête dehors, et Andy regretterait presque l’été étouffant, maintenant que le mois d’octobre ne leur laisse qu’un court de tennis accidenté sur lequel Pierre aime se rouler dans la boue—probablement pour énerver Jelena et s’attirer un peu plus de caresses de la part de Novak—qui s’accumule dans l’un des coins de leur espace de sport. Andy préfère Maggie et Rusty, mais il n’est pas près de les revoir, après que Kim les ait gardés en compensation pour leur horrible mariage, du coup, par moment, Andy est prêt à avouer que Pierre reste un adorable chien qui adore voler leurs balles et les regarder pendant qu’ils partagent le même lit…
Il oublie très vite le domaine canin quand il aperçoit la figure obscure sur le pas de la porte de son appartement, camouflée par un impair et un chapeau, et Andy revient vite sur ses gardes, dire qu’il pensait avoir une soirée tranquille… Le problème avec le fait de toujours être un espion du gouvernement britannique, c’est qu’il a des ordres et des responsabilités. Et Andy n’est pas du genre à tous les respecter, comme quand il couche avec Novak alors qu’il le devait à la base le tuer. Alors il faut bien envoyer d’autres agents de terrain ou espions pour le garder dans les rangs. Ce sont les règles du jeu après tout, et il les a acceptées depuis bien longtemps. Andy ne pensait juste pas que le gouvernement aurait la bonne idée d’envoyer son frère…
‘’Jamie.’’ Andy le scrute de haut en bas, et il peut voir que son frère a lui aussi subit la pluie, alors il n’a pas dû arriver très longtemps avant lui
‘’Andy.’’ Rien qu’avec le ton de sa voix, il peut comprendre que Jamie n’a pas l’air d’avoir spécialement envie d’être là, mais aucun d’eux n’a probablement le choix quand ça touche au gouvernement
‘’Tu veux parler de tout ça à l’intérieur ?’’
‘’Ce serait sûrement mieux de faire ça dehors.’’
Ah, à l’abri des oreilles indiscrètes alors… Andy le suit jusqu’à une arche décorative derrière l’hôtel, pour les protéger du torrent de la pluie qui ne semble toujours pas vouloir s’arrêter, s’abattant en trombes sur les pavés et résonnant sans arrêt dans leurs oreilles. Andy déteste la pluie, alors qu’il a grandi avec, que ce soit à Glasgow ou à Londres, mais il déteste l’odeur humide qui se dégage du sol après chaque averse, et il n’y a rien de pire que de sentir ses vêtements lui coller à la peau…
‘’Tu ne vas pas aimer ce que j’ai à te dire, mais c’est important que tu écoutes jusqu’au bout, Andy.’’ Jamie a toujours son air sombre, et Andy aime de moins en moins ce qu’il se passe
‘’Qu’est-ce qu’il y a ? Tu ne te serais jamais déplacé jusqu’ici si ce n’était pas grave. Quelque chose est arrivé à maman ? Kim ?’’
‘’Non, c’est de notre gouvernement dont tu devrais plutôt t’inquiéter.’’ Andy hausse un sourcil en entendant ça, parce qu’il sait à quel point les politiques peuvent prendre de très mauvaises décisions, ‘’Notre très cher premier ministre a décidé de revenir sur sa promesse de non-agression avec la fédération Serbe.’’
Il lui faut une seconde de trop pour comprendre chaque mot, analyser chaque information, décrypter le visage de son frère pour s’assurer qu’il n’est pas en train de lui faire une mauvaise blague… Ils ont signé ce bout de papier rien que deux mois plus tôt, ils ne peuvent pas déjà avoir pris une décision aussi stupide que de revenir là-dessus aussi rapidement ?
‘’Pourquoi est-ce qu’ils feraient ça ? Novak n’a jamais montré aucun signe d’hostilité envers l’Empire ou le reste de l’Europe, il ne représente absolument aucun danger et je peux m’en montrer garant !’’
‘’Andy…’’ Jamie hausse les épaules en soupirant, et si ce n’était pas son grand-frère, Andy l’aurait probablement secoué pour le forcer à lui expliquer la situation plus rapidement, ‘’Personne ne m’a rien dit directement, j’ai juste intercepté des courriers de Lloyd George vers nos supérieurs. C’est confidentiel, ils ne savent pas que je suis ici, et encore moins que je suis en train de tout te dire.’’
‘’Raconte-moi tout ce que tu sais, Jamie.’’ Son regard se plonge dans celui de son frère, il ne plaisante pas, il a besoin de la moindre information pour s’assurer que la paix continuera de régner ici
‘’Je n’ai pas toutes les informations sur leur plan, mais de ce que j’ai compris, le gouvernement a plus confiance en un autre riche héritier Serbe pour assurer l’avenir de la fédération des Balkans qu’en ton ami roi,’’ Jamie appuie son regard sur lui, ‘’encore plus depuis qu’il a réussi à retourner l’un de leurs meilleurs agents.’’
‘’J’imagine que ce n’est pas tout…’’ Andy grince des dents, son estomac commençant à se retourner dans son ventre, et son cœur battant trop vite quand Jamie continue de lui gâcher sa journée
‘’J’ai dû écouter à quelques portes, mais ils prévoient d’imposer cet autre Serbe et le marier de force avec la reine, avec enfants à charge pour assurer le futur de leur plan.’’
‘’Mais—‘’ non, Andy ne peut pas lui avouer que Jelena attend déjà un enfant et qu’il est bel et bien celui de Novak, il ne sait toujours pas tout, ‘’Qui a été envoyé sur cette mission ? Si tu es là, c’est que ce n’est pas toi, et ça ne peut pas être moi. Nous sommes les deux plus qualifiés pourtant, alors qui auraient-ils pu envoyer ?’’
Jamie soupire pendant un long moment, ses yeux fixant un point précis sur le sol sans oser croiser son regard, tout en faisant traîner un silence qu’il n’aime pas du tout. Il n’y a que le martèlement de la tempête d’eau s’écroulant sur les pavés pour couvrir le silence, et il n’aime pas ça. Ne pas savoir ne peut que le tendre, et Jamie continue de rendre pires les choses, quand il relève son regard pour le plonger dans le sien, comme si ça allait tout expliquer ! Andy n’a pas le temps de jouer aux devinettes, alors il appuie son regard pour que Jamie crache enfin le morceau.
‘’Ce n’est pas un espion anglais qu’ils ont envoyé.’’
‘’Qui alors ?’’
‘’Andy, ça ne va pas te plaire…’’
Andy sent le vent qui soufflait déjà se refroidir et congeler sur place ses muscles frigorifiés, quand il repense à toutes les rumeurs qu’il a entendues par le passé, au sujet d’Alexander Zverev, dès que son frère prononce ce nom funeste… Assassinats politiques pour le compte de l’Allemagne, sabotages d’opérations pour arrêter les progressions de l’Entente pendant la Grande Guerre, liens solides avec la plupart des milices d’Europe de l’Est… Andy en a des frissons rien que d’y penser, et savoir que l’Angleterre fait confiance à ce type ne l’amuse pas du tout—son arrestation en France l’année dernière avait pourtant été célébrée avec beaucoup de conviction—encore moins quand sa conscience lui rappelle que Zverev a été envoyé pour tuer Novak. Oh merde…
‘’Écoute Andy,’’ Jamie lui tapote doucement l’épaule pour le ramener à lui, ‘’si je suis là, c’est que Zverev ne va pas tarder à arriver aussi.’’
‘’Je sais, Jamie.’’ Ce n’est pas pour autant qu’Andy a une solution contre cet émissaire de la destruction
‘’Je suis désolé que les choses se passent de cette manière, Andy…’’ La voix de Jamie s’abaisse en un murmure, ses yeux retournant fixer le sol, alors qu’Andy ne peut que regarder l’horizon à la recherche d’un miracle, ‘’Tu avais enfin l’air heureux…’’
Andy le regarde partir quelques secondes après que ses derniers mots aient réussi à faire piquer ses yeux, Jamie disparaissant progressivement derrière les trombes d’eau qui s’acharnent sur les pavés, et il doit enfoncer ses ongles dans ses paumes jusqu’à ne plus sentir ses propres mains, en refermant le petit papier que Jamie lui a glissé, pour ne pas laisser la panique gagner et prendre le dessus sur lui. Il doit être plus fort que ça, pour protéger Novak, Jelena, et leur futur enfant… Il remonte à son appartement aussi rapidement que possible pour se creuser les méninges et réfléchir à quelque chose pouvant tous les sortir d’affaire, sans pouvoir dormir de la nuit… Il doit trouver un plan, au moins une idée, pour empêcher Zverev de détruire sa nouvelle vie…
Il est censé jouer au tennis avec Novak le lendemain matin, mais Andy sait qu’il ne va pas pouvoir faire illusion très longtemps avec ses mains moites et couvertes des marques de ses propres ongles, avec les cernes sous ses yeux causées par son insomnie, alors il esquive le palais royal, pour simplement continuer de réfléchir à quoi faire pour tous les protéger. Andy était meilleur pour avoir de mauvaises idées et les faire fonctionner quand il était plus jeune…
Ce n’est pas comme ça qu’il devait passer sa journée, mais Novak lui pardonnera d’avoir manqué leur rendez-vous hebdomadaire quand il apprendra pourquoi Andy se démène à passer sa journée entière accroché à un arbre de la forêt adjacente au palais… Il surveille les allées et venues en prenant de meilleures notes que celles qu’il avait déjà faites pour infiltrer le palais, en pouvant maintenant situer toutes les entrées et sorties, en connaissant le rythme de la rotation des gardes, en calculant quelles chances un espion qualifié a de pouvoir frapper pour assassiner un roi…
Andy finit par retourner en ville, dès que la nuit est tombée et que tout le palais semble en sécurité, loin de se douter qu’un danger plane sur eux, pour se diriger vers l’hôtel de son frère. Il a tellement froissé le papier en serrant ses poings qu’il avait peur que l’encre soit illisible, mais Andy réussit à trouver l’adresse, en bordure de ville. Son cœur bat toujours trop vite et ses jambes tremblent du peu qu’il a réussi à avaler et du manque de sommeil, mais il n’a pas le temps de s’en soucier. Il a besoin de Jamie, pour que le début du plan qu’il a confectionné fonctionne.
‘’Je ne suis pas surpris de te voir ici.’’ Jamie lui murmure dès qu’ils s’éclipsent à l’extérieur de l’hôtel
‘’Il y a du nouveau sur Zverev ?’’
‘’Il ne devrait pas tarder. Je peux aller surveiller la gare pour toi, si ça peut te permet d’aller dormir quelques heures.’’ Il fronce à peine les sourcils en sentant le regard appuyé de Jamie sur ses cernes
‘’Je t’en remercie, mais tiens-toi plutôt prêt pour quand les choses vont partir en vrille.’’
‘’Andy…’’ Jamie soupire à pleins poumons, ‘’Qu’est-ce que tu as en tête ?’’
‘’Je vais avoir besoin de toi pour mettre en sécurité certaines personnes pendant que je me chargerai de Zverev.’’
Andy lui explique son plan un peu plus en détail, même s’il n’est pas vraiment sûr de pouvoir appeler ça un plan, vu que ça ne se base que sur des hypothèses et sur ce qu’il ferait lui-même, s’il était dans la situation de l’espion allemand, mais il n’a pas d’autre choix. Il faut que ça fonctionne, pour pouvoir protéger Novak. Jamie sourit en entendant son plan, et Andy aimerait qu’ils puissent s’être revus dans d’autres conditions, mais il ne peut pas sacrifier l’homme qu’il aime comme si ça ne voulait rien dire pour lui…
‘’Je te reconnais bien là, à ne jamais abandonner malgré les difficultés. Déjà petit, tu partais te battre contre plus grand que toi…’’
‘’Et c’était toujours toi qui les finissait, oui, je m’en souviens Jamie.’’
Jamie continue de lui sourire en lui promettant de tout faire pour réussir, en lui murmurant une nouvelle fois que tout devrait bien se passer, mais Andy n’arrive pas à être aussi sûr que lui. Il y a si peu de chance que tout se passe bien, encore moins comme il l’espère, mais Andy lui souhaite quand même bonne chance avant de retourner à son appartement avec un peu plus d’espoir… Il s’allonge sur son lit, épuisé par les deux journées harassantes qu’il vient de vivre, et Andy se laisse tomber dans le monde du sommeil en très peu de temps, ses paupières n’attendant pas du tout pour se fermer…
Le lendemain matin, Andy est groggy au réveil, et c’est entièrement à cause des toquements déterminés à la porte, mais il se rend compte d’à quel point il était épuisé, quand il lance un regard à sa montre restée à son poignet pendant la nuit, pour voir qu’il est déjà midi. Peut-être que dormir la nuit d’avant aurait été une bonne idée… Dans tous les cas, les toquements ne s’arrêtent pas, et Andy sort de son lit à toute vitesse pour s’habiller rapidement, et aller ouvrir, non sans garder sa petite lame dans sa manche, au cas où ça ne serait pas une visite amicale… Andy manque un battement en voyant Jamie sur le pas de sa porte, alors qu’il pensait qu’ils ne devaient plus être vus ensemble avant la fin de son plan—
‘’Pour l’amour de dieu, Jamie—‘’ Andy le fait entrer rapidement, en prenant le soin de fermer la porte derrière lui
‘’Zverev est arrivé ce matin à la gare.’’
Ce qu’il craignait d’entendre résonne dans ses oreilles sans attendre. C’est ce qu’il a toujours aimé chez son frère, il ne perd pas de temps à tourner autour du pot, il fait juste exploser l’information sans préparation et attend de constater les dégâts, mais aujourd’hui, Andy aurait peut-être préféré que ça ne soit pas le cas… Jamie avait probablement anticipé sa réaction, parce qu’Andy le fait fuir sa chambre en un rien de temps et il ne se plaint même pas, lui répétant seulement une énième fois qu’il va s’occuper de tout ça. Andy lui fait confiance pour ne pas le laisser tomber à cet instant critique…
Andy ne perd pas de temps à recueillir ses affaires, absolument toutes, pour que personne ne puisse deviner qu’il a vécu dans cet appartement pendant plusieurs semaines, il va devoir se diriger vers le palais, il doit encore prévenir Novak de tout ce qu’il se passe, et lui expliquer pourquoi son pays n’est plus aussi sûr qu’il le pense… Seigneur, ça ne fait que deux jours sans le voir et pourtant il a l’impression que ça fait des années… Mais Andy ne peut pas s’attarder sur ses sentiments pour lui, il doit seulement se rendre à ses côtés, et éviter que tout tourne au drame.
Enfin, ça, c’était le plan, parce qu’Andy ne pensait pas être confronté à Zverev dès le premier pas fait en-dehors de son appartement… Alors ce démon existe vraiment, et il est véritablement accompagné d’une crinière dorée pour lui attirer la confiance des populations qu’il finira par trahir—Andy a tellement entendu parler de lui que les frissons qui rampent le long de son dos ne pourront plus jamais être aussi intenses que la première fois qu’il a été confronté aux dégâts causés par cet infâme psychopathe…
Andy resserre sa prise sur la petite lame dans sa manche, et son cœur ne semble pas vouloir ralentir, ne serait-ce qu’une seule seconde, alors qu’un long sourire s’étire sur le visage de Zverev, de manière évidemment forcée. Il est aussi terrifiant en vrai que le laissait présager sa réputation et sa photo d’arrestation, prise dès que la France l’a cédé aux britanniques en échange de certains territoires au nord de l’Afrique… Savoir que c’est ce même gouvernement britannique qui l’emploie et l’envoie devant lui ne fait que le dégoûter, mais Andy n’a pas le temps pour ça. Il doit se débarrasser de lui, et protéger Novak.
Il dépose ses affaires derrière lui, pour ne pas être gêné alors qu’il se jette sur Zverev, sans vouloir prendre la peine de lui demander pourquoi il a accepté de travailler pour son gouvernement. Ils n’ont rien à se dire pour le moment—Andy le plaque contre le mur, avant de recevoir un coup de genou dans le ventre, auquel il répond par un coup de poing, l’une de ses mains tenant le col de sa veste—son poing lui fait mal après avoir perdu l’habitude de se battre, mais Andy ne rêve que de faire disparaître le stupide sourire qui est toujours sur ses lèvres…
Le front de Zverev tape contre le sien avant qu’il ne puisse prendre le moindre pas de recul, et sa tête tourne alors qu’il se sent traverser le bois de sa porte d’appartement, et Andy se retrouve sur le sol sans rien pouvoir faire, le grand corps de Zverev le surplombant en un rien de temps—Andy s’attendait à mieux de lui-même, mais avec sa tête tournant encore et tout son corps ressentant la douleur pour la première fois depuis un moment, il comprend sa défaite, même s’il ne l’accepte pas…
‘’C’est mieux comme ça.’’ La voix de Zverev résonne dans ses oreilles, mais c’est comme si elle était au loin, et Andy peut sentir son esprit partir au loin sans qu’il ne puisse rien y faire…‘’Reste ici pendant que je m’occupe de l’autre cible, Murray.’’
Il ne sait pas si c’est un effort désespéré, mais Andy puise dans ses dernières forces pour essayer de se relever, même si chaque muscle de son corps crie sous la douleur—Zverev soupire au-dessus de lui en murmurant quelque chose en allemand, et un autre coup de poing bien plus fort que ses précédents coups le frappe de plein fouet—Andy se sent partir, et il ne peut que s’évanouir sans demander son reste, seulement le visage de l’homme qu’il déteste le plus au monde au-dessus de lui…
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L’acouphène dans ses oreilles ne semble pas vouloir disparaître, alors qu’il court comme un dératé à travers les tranchées pour rejoindre le poste de son commandant—des obus explosent à l’entrée du No Man’s Land, et Andy sent la terre molle s’abattre sur lui, alors qu’il a dû plonger dans la boue pour éviter le souffle de l’explosion et les éclats des bombes—il y a un corps sans vie juste à côté de lui, mais Andy n’a pas le temps de s’attarder ici, il doit continuer de courir et prévenir son supérieur—d’autres corps tombent autour de lui alors que ses jambes commencent à lui faire mal—il pourrait voir les rats commencer à grignoter la chair fraîche s’il baissait les yeux, s’il arrivait à détourner le regard des ordres dans sa main, tenus fermement sous ses ongles où la terre s’est installée depuis son arrivée ici—Un obus explose et Andy sent sa tête claquer, quand il est projeté contre la paroi de la tranchée…
Andy est comme enveloppé dans un brouillard épais, le genre de pollution présente à Londres, mais bien trop noire pour que ce soient les usines… Non, c’est à cause de la voiture en feu à quelques mètres de lui, les flammes rouge vif broyant les moyeux et la carcasse de l’automobile en imposant un brassier semblant vouloir s’élever jusqu’au ciel… Il détourne le regard de l’accident, son corps bien trop lourd pour qu’il puisse espérer se relever de là où il est allongé face contre terre, pour voir que le général Haig est tout aussi surpris de voir qu’ils sont toujours en vie, malgré la chaleur étouffante de l’accident pas si loin d’eux… Andy ne sait pas comment il a remarqué la fuite du réservoir, mais il s’est précipité à toute vitesse sur le général pour l’empêcher de monter dans l’auto, et la seconde d’après, ils étaient tous les deux frappés par le souffle brûlant…
Tout est de la faute de son héroïsme, quelque part. Son acte de bravoure vu comme de la dévotion pour l’Angleterre—alors qu’Andy portait et portera toujours le drapeau écossais dans son cœur—par le général décidant de le remercier en le sortant des tranchées, pour le ramener à Londres, dès qu’Andy lui a parlé de son frère travaillant déjà avec les services spéciaux. Andy a fait secrétaire pendant quelques longs mois, avant de devoir dépanner et infiltrer un réseau de sympathisants allemands à la frontière franco-allemande… Il est devenu espion sur un coup de chance, et il a survécu à la guerre pour rentrer au pays en un seul morceau, avec plus de sang sur les mains loin de sa baïonnette… Le gouvernement britannique l’a gardé, en récompense de ses états de service, et il a continué de surveiller des hommes politiques, de prendre part à de la corruption nationale pour faciliter l’expansion de l’Empire, il y a eu les assassinats aussi—
Les trente-six têtes qu’on lui a envoyées aller tuer prennent vie devant lui, alors qu’Andy peut à peine faire plus que de contempler l’échec de sa vie depuis la fin de la Grande Guerre, ses doigts tremblants sans arrêt alors que ses crimes refont surface comme ça—chaque visage gravé dans sa mémoire, chaque méthode d’exécution propre à chacun, chaque rapport de mission toujours parfaitement disponible dans sa mémoire—et les têtes continuent de lui tourner autour, leur sillons traçant une image qui glace son sang dans sa veine, son cœur s’arrêtant de battre alors qu’il tambourinait rien qu’une seconde plus tôt—
Novak. Ses yeux vides de vie, son visage si pâle, son corps rigide entre ses bras. Le poignard planté dans son cœur, et le sang s’écoulant entre eux. Andy l’a tué. La trente-septième tête venant le hanter.
Andy se réveille en sursaut, son cœur martelant dans sa cage thoracique comme s’il allait s’en échapper, et ses battements se font entendre jusque dans ses tympans—il se redresse aussi rapidement que possible, une main se posant sur son torse pour vérifier que son cœur y est toujours, et les dernières ficelles du cauchemar se dissipent, dès que la douleur prend le relais, si intense dans son crâne… Novak va bien, Andy doit se le répéter en boucle pour faire disparaître tout ce qu’il vient de voir—il ne pourrait jamais lui faire de mal—il va bien—personne ne le touchera jamais tant qu’il sera encore vivant.
Andy refuse de se concentrer sur les larmes qui piquent ses yeux, à chaque fois qu’il referme ses paupières et revoit cette stupide hallucination bien trop réaliste à son goût, même si ses doigts tremblent encore de s’imaginer en train de porter le corps sans vie de Novak… Non, il doit plutôt se remettre en route, et il ferait mieux de ne pas tarder, alors qu’il ne voit que maintenant le ciel bleu de Belgrade en train de virer au orange. Andy ne sait pas exactement combien de temps il a passé dans les vapes, mais s’il y a bien une chose que son esprit lui crie, c’est qu’il n’a plus de temps à perdre, s’il veut pouvoir stopper Zverev et sauver celui qu’il aime.
Son sac retrouve vite ses épaules alors que ses jambes combattent son appréhension pour courir à toute vitesse à travers les rues de Belgrade, le bruit de ses pas frappant le pavé résonnant autant dans ses oreilles que l’agitation de son cœur—Andy doit arriver au palais le plus rapidement possible, il doit empêcher que la Serbie perde de nouveau l’un de ses rois, alors que le dernier en date s’est fait assassiné rien qu’un an plus tôt… Il se fiche des plaintes de ses côtes après s’être fait largement battre par Zverev, ou de son arcade sourcilière fendue et du sang séché le long de son visage, là où les coups ont été trop forts pour lui, tout ce qu’il veut, c’est arriver à temps au palais, même s’il doit aggraver l’état de son nez qui doit déjà être cassé…
Ses genoux manquent de céder devant les gardes royaux, dès qu’il franchit enfin la cour du palais, et Andy est trop essoufflé pour pouvoir prononcer le moindre mot devant eux, sa bouche sèche et portant encore l’arrière-goût de son propre sang—les gardes le connaissent bien maintenant, vu tout le temps qu’il passe avec Novak, alors ils le laissent rentrer sans problème dans le palais, même si l’un d’eux pointe vers ses blessures pour lui demander ce qu’il s’est passé. Andy mime une bagarre avec ses poings, son serbe bien trop limité pour qu’il puisse oser quoique ce soit devant eux, et il ne peut pas s’empêcher de remarquer à quel point tout à l’air paisible, comme si une menace ne planait pas sur le couple le plus inclusif de Serbie…
Est-il lui-même membre de ce couple ? Andy ne peut pas s’empêcher de se le demander, alors qu’il retrouve un minimum de force pour continuer de courir à travers les couloirs qu’il connaît si bien maintenant, un bras tenant quand même ses côtes qui lui crient de reprendre son souffle… Il est bien plus actif avec Novak que ne l’est Jelena quand ça touche à l’activité physique de son mari—non, Andy doit vite laisser cette pensée mourir. Il est dans un état général de panique bien trop élevé pour pouvoir se laisser distraire par des pensées aussi enfantines. Novak n’est marié qu’à une seule personne de toutes façons, et ce n’est pas lui.
Andy s’arrête devant la double porte qui mène à la chambre royale, et il doit reprendre son souffle pendant trois longues secondes, avant de se décider à ouvrir en grand les portes… Oh. La surprise remplace la panique, dès qu’il entend le bruit d’un barillet, avant de voir une arme braquée sur lui. Andy imagine bien que l’incompréhension se lit sur son visage, parce que Jamie soupire en rangeant son arme, et derrière lui, il peut voir que Novak et Jelena le fixent comme si c’était on ne peut plus normal qu’il débarque, couvert de son propre sang, aussi affolé…
‘’Je ne t’attendais plus après autant de temps.’’ Jamie vient lui glisser ça dans l’oreille, alors qu’Andy se donne quelques secondes de plus pour respirer et faire redescendre son rythme cardiaque
‘’Zverev m’a attaqué, il était là, Jamie…’’
‘’Et il t’a bien amoché à ce que je vois.’’ Jamie l’aide à remettre en place son épaule, et Andy doit retenir son bruit de douleur pour ne pas inquiéter le couple royal
‘’Je ne te le fais pas dire… Jamie, on a très peu de temps devant nous pour agir.’’
‘’On a bien avancé pendant ton absence.’’
Le doigt tendu de Jamie vers les trois valises préparées le rassure, parce qu’il n’aurait pas eu la force de le faire lui-même, encore moins avec la pression de savoir que l’émissaire de la mort est à leurs trousses, et pas si loin que ça d’eux… Et pourtant, Andy ressent un frisson de jalousie en voyant Novak embrasser Jelena, sa main posée doucement sur sa taille, ses yeux clos révélant tout l’amour entre eux—ça ne lui semble pas normal, alors qu’il est l’intrus dans leur couple… Non, il doit se concentrer sur leur objectif principal, ils n’ont vraiment plus de temps à perdre maintenant, et ça vaut aussi pour lui.
‘’Désolé de vous interrompre, mais il faut partir maintenant.’’
Andy hausse le ton, mais il n’arrive pas à savoir si c’est pour respecter les horaires, ou pour les séparer, et le manque de réponse ne l’aide toujours pas à connaître sa place dans cette chambre… Son dos pourrait presque brûler, à force de sentir le regard de Novak sur lui durant le trajet qui semble interminable jusqu’au garage, à travers les corridors étroits et les escaliers secrets du palais, mais Andy ne peut pas se permettre de laisser ce qu’il y a entre eux prendre le dessus sur lui pour le moment. Il réglera leur relation en temps et en heure, quand ils ne risqueront pas la mort à chaque seconde.
Jamie l’aide à installer les valises dans le coffre de la première voiture, il peut sentir la sueur couler le long de son cou face au poids des bagages, il n’a aucune idée de ce qu’a pu mettre Jelena là-dedans, mais il y a de quoi assommer quelqu’un… Enfin, son problème principal reste qu’il ne peut pas s’empêcher de garder ses yeux sur Novak, alors qu’il adorerait pouvoir regarder ailleurs l’espace de quelques secondes, pour ne pas le voir murmurer des mots incompréhensibles en serbe à sa femme, ses mains posées délicatement sur son ventre, pour la réconforter et lui donner du courage. Quelque chose brûle à l’intérieur de lui, et Andy voudrait vraiment ne pas être aussi jaloux…
‘’Andy,’’ Jamie le ramène à lui, sa main lourde de responsabilité sur son épaule, ‘’tout est prêt pour le départ de la reine.’’
‘’Merci d’autant te mettre en danger pour m’aider, je ne te mérite pas Jamie.’’ Il doit avaler la boule dans sa gorge devant sa propre honnêteté, et le sourire de son frère
‘’Je ne comptais pas laisser mon petit-frère se chercher des ennuis sans rien faire.’’
Andy le prend dans ses bras, ou peut-être que ce sont les bras de Jamie qui le prennent contre lui en premier, mais il fait taire toute sa culpabilité en profitant de son étreinte, des souvenirs de toutes ces fois où son grand-frère s’est débarrassé de ses ennemis pour lui, quand ils étaient bien plus jeunes, bien plus stupides… Jamie serre son bras un peu trop fort pour se dégager du câlin, son regard confiant plongeant dans le sien pendant quelques secondes, avant de lui tapoter le bras au même endroit. Ce n’est qu’un au revoir, Andy le sait.
Ses yeux voient tout, et pourtant, Andy n’a aucune idée de ce qu’il se passe pendant les cinq minutes suivantes ; Jelena prend Pierre entre ses bras et disparaît à l’arrière de la voiture royale, non sans un dernier regard vers Novak, et Andy aurait aimé ne pas y lire autant de tristesse, probablement d’avoir déjà perdu son frère lors d’une situation similaire… Il sait que Jamie va la conduire en lieu sûr, comme il le lui a promis, alors il ne s’en fait pas pour elle. Non, il enfonce plutôt ses ongles dans ses paumes, des acouphènes prenant possession de ses oreilles, dès qu’il se promet de lui ramener Novak en un seul morceau. Il ne veut pas penser à tout ce qui pourrait mal se passer, c’est trop tard pour ça.
Un frisson parcourt son échine, et Andy ne revient à lui que quand Novak enroule ses doigts autour des siens, un petit sourire forcé sur son visage, comme si Andy ne savait pas lire entre les lignes depuis le temps qu’ils se connaissent… Il serre ses doigts autour des siens, en essayant de ne pas le revoir, son corps sans vie entre ses bras, le sang s’écoulant entre eux et le poignard dans son cœur… Rien de tout ça ne va se produire, Andy en fait la promesse silencieuse, en regardant au plus profond des yeux noisette de Novak.
‘’Andy, tu dois m’expliquer ce qu’il se passe vraiment. Pourquoi es-tu blessé ? Pourquoi est-ce que ton frère emmène ma femme et où va-t-elle ? J’ai besoin de savoir, et tu ne peux pas me mentir, je sais que c’est grave.’’
Un soupir résonne dans le garage, et Andy n’a pas vraiment d’autre choix que de lui expliquer tout ce qu’il se passe, même s’il comptait évidemment le faire dans tous les cas. Ses explications fusent ; le choix de son gouvernement, la présence de Jamie en Serbie et la famille Djokovic qu’il a mis à l’abri avant de venir ici, la réputation de Zverev et la facilité déconcertante avec laquelle il lui a fait mordre la poussière. Pourquoi c’est mieux pour Novak de ne pas savoir où va Jelena, si jamais il se faisait capturer et torturer. Andy sent son cœur se tordre dans sa poitrine, devant la grimace de Novak en entendant tout ça. Andy peut le comprendre, il n’aimerait pas avoir à supporter tout ça en si peu de temps.
Le regard de Novak semble être ailleurs, quand ils chargent l’autre voiture de leurs affaires, mais la seule chose qu’Andy peut faire pour le ramener à lui est de doucement serrer son bras, comme Jamie a fait avec lui. En temps normal, il ne le presserait pas, parce qu’il comprend à quel point ça fait beaucoup d’informations à digérer en seulement quelques minutes, mais ils savent tous les deux qu’ils n’ont pas de temps à perdre, alors Novak lui rend son pincement de bras dès que le coffre est refermé. Andy préfère le voir comme ça, prêt à combattre. C’est le Novak qu’il connaît.
Son cœur rate un battement en entendant un bruit résonner depuis les couloirs, et Novak échange un regard avec lui, qui en dit long sur ce qu’ils pensent tous les deux—ça ne peut pas être un garde ou un serviteur, ils n’ont pas le droit d’être dans cette partie du palais—des sueurs froides rampent le long de son dos, et ses jambes sont plus tremblantes qu’elles ne le devraient…
‘’Par hasard, il y a-t-il une réserve secrète d’armes à feu dans ce palais ?’’ Il garde sa voix aussi basse qu’un murmure, pour ne pas prévenir l’intrus qui est plus haut de leur présence ici
‘’Oui, à côté des cuisines—je viens avec toi.’’
‘’C’est hors de question Novak, reste caché ici en attendant mon retour, je ne serai pas long.’’ Devant le regard noir de Novak, Andy est obligé de rajouter, ‘’N’hésite pas à tuer quiconque rentrerait ici, tant que ce n’est pas moi.’’
‘’C’est trop dangereux, Andy…’’
‘’Je te promets de revenir aussi vite que possible.’’
Il dépose un baiser sur le dos de la main de Novak, sa promesse réelle alors qu’il peut sentir le bout des doigts de Novak être aussi fébrile que les siens, mais Andy ne peut pas reculer. Il doit le protéger, et laisser Zverev vivre ne pourra que faire peser une épée de Damoclès au-dessus de son roi… Novak lui lance un regard bien trop honnête pour qu’Andy ne sente pas son cœur se tordre dans sa poitrine, mais il n’a pas le temps de s’attarder sur ses sentiments, quand il lui souffle de se mettre à l’abri dans la voiture, pendant qu’il se remet en route dans les escaliers.
Andy n’a que son poignard pour se défendre si quelque chose devait mal tourner, alors ça l’arrangerait de rapidement trouver l’armurerie et de mettre la main sur des pistolets pour se débarrasser efficacement de Zverev, et éviter de se faire humilier une deuxième fois en une seule journée… C’est à peine s’il respire vraiment, en marchant presque sur la pointe des pieds, pour essayer d’être le plus discret possible sur le palier en bois craquant, alors qu’il se rapproche de plus en plus de là où le bruit s’est fait entendre, là où les armes et la poudre sont stockées selon Novak…
Le problème avec le fait d’avoir des sens accrus en période de tension, c’est qu’il sent directement quand il y a une odeur qui ne devrait pas être là, une senteur métallique et désagréable, et Andy aime encore moins associer cette odeur à la fumée qu’il voit s’échapper des cuisines en feu—Il a beau avoir un côté innocent, personne ne pourra jamais lui faire croire que c’est un simple accident, et s’il rajoute le bruit à l’incendie, alors Andy est sûr et certain que Zverev est présent avec lui.
Andy atteint l’armurerie, et c’est à peine s’il a le temps de récupérer une arme à feu et une boîte de cartouche que l’incendie le rattrape, sans qu’il ne puisse se forger une réserve et s’assurer un avenir paisible. La fumée commence à remplir les couloirs, et il sait qu’il ne lui faudra pas longtemps pour qu’elle s’attaque à ses poumons, alors Andy ne s’attarde pas dans l’armurerie, toujours à la recherche du démon qui le traque—l’ironie ne se fait pas prier, quand il sent quelque chose le frapper par derrière, et Andy ne peut rien faire d’autre que de regarder son arme chargée lui échapper des mains, au moment où il tombe sur le sol…
Andy peut directement reconnaître Zverev par ce foutu sourire sur ses lèvres, toute la cruauté dont il peut être capable se lisant directement dans les courbes de son visage, et si un regard pouvait tuer, alors son cœur aurait arrêté de battre depuis leur première rencontre, dans son appartement… De là où il est, sur le parquet, loin de son arme, Andy commencerait presque à se dire que sa seule chance de se débarrasser de lui à tout jamais est de laisser les flammes les consumer tous les deux, mais il a promis à Novak de revenir en vie… Et si Zverev est vraiment un démon et qu’il survit à la fournaise, alors Novak aura besoin de beaucoup plus que de la chance pour survivre… Alors Zverev le regarde se relever sur des jambes plus tremblantes que d’habitude, et Andy referme déjà ses poings, prêt pour la deuxième manche de leur affrontement.
‘’Je ne vais pas te laisser faire ce que tu souhaites, Zverev.’’ C’est la seule promesse qu’il peut tenir pour le moment
‘’Je n’ai rien contre toi personnellement, je ne tiens même pas à te faire du mal, Murray. Je dois juste te ramener en Angleterre.’’
Andy n’a pas envie d’en entendre plus, alors c’est une nouvelle fois lui qui attaque en premier, tout le poids de son corps partant en avant pour délivrer un crochet du droit destiné à la joue de Zverev, heurtant sa cible et l’envoyant se cogner contre un mur. Andy serre les dents en sentant la douleur se propager dans son poing, mais il n’a pas le temps d’avoir mal, pas quand Zverev essuie rapidement le sang coulant de sa lèvre, léchant jusqu’à la dernière goutte la trace de son coup sur sa main, et Andy ne peut que se préparer pour sa future attaque, un mauvais pressentiment se faisant ressentir dans le fond de son estomac…
Ça se confirme très vite, quand Zverev se jette sur lui, pour cogner sa tête contre la sienne, avant d’enchaîner en lui envoyant son pied dans le ventre, pour lequel Andy sent tout son corps se figer, la douleur se faisant sentir dans chaque cellule de son corps—il ne suffit que d’un seul coup de poing supplémentaire auquel il ne peut pas répondre pour retourner faire un tour sur le sol… S’il avait des doutes avant, maintenant il en est bel et bien sûr ; Andy ne fait pas le poids face à lui…
Le parquet est plus chaud qu’il ne le devrait, et Andy n’ose pas imaginer à quelle vitesse l’incendie se propage, alors que son corps refuse de se relever, ses bras effrayés ne le portant plus, et il doit vite penser à un énième plan B pour se sortir de là, alors que Zverev s’approche de lui—son cœur sursaute dans sa poitrine, dès qu’un bruit proche d’une explosion se fait entendre, et son esprit essaie désespérément de comprendre ce qu’il se passe, alors qu’il peut seulement voir du sang couler jusqu’au sol, Zverev se tenant la hanche en semblant d’un coup beaucoup moins serein, son sourire disparu—
Un deuxième coup se fait entendre, et cette fois, Andy peut voir l’impact se creuser dans l’épaule de Zverev, la douleur se lisant nettement sur son visage en même temps que la surprise, alors que le sang se fraye un passage pour imbiber ses vêtements… Andy détourne les yeux des blessures de son ennemi, comme poussé par son instinct, pour voir le regard noir de Novak derrière son arme, celle qu’il avait faite tombée comme un idiot, et s’il est parfaitement honnête avec lui-même, Andy adore voir cette facette dangereuse de Novak. Il ne l’avouera jamais à voix haute.
Peut-être qu’il garde trop longtemps ses yeux posés sur Novak, sur son regard furieux devenant bien trop tendre quand il se pose sur lui, mais Zverev a le temps de prendre la fuite quand Andy arrête de laisser ses fantasmes prendre le dessus. Novak est vite à ses côtés pour lui tendre une main ferme et l’aider à se relever, et Andy a du mal à se dire que c’est cette même main qui vient d’appuyer sur la gâchette pour tirer deux fois sur l’homme qui lui voulait du mal… Il n’a même pas la force de lui en vouloir d’avoir désobéi à ses ordres, parce que sans ça, Andy n’ose pas imaginer dans quel état il serait.
‘’C’est le moment de partir, le feu se propage trop vite pour rester ici !’’ Andy doit parler plus fort pour se faire entendre, par-dessus le bruit des cartouches d’armes explosant à quelques mètres d’eux
‘’C’est mon palais ! Je ne peux pas simplement le regarder brûler, Andy !’’ La douleur est visible dans les yeux de Novak, et ses mains tremblent quand Andy les prend dans les siennes
‘’Novak—je sais que c’est dur mais on ne peut pas rester ici… Le palais n’a pas d’importance tant que ta vie est en danger ! Ton peuple est fort et saura se débrouiller pendant ton absence, mais Zverev va finir par revenir et il sera beaucoup moins tendre qu’il ne l’a été aujourd’hui ! Nous devons vite retrouver Jelena et nous assurer de sa sécurité !’’
Le doute peut se lire dans le regard de Novak, ses pupilles hésitant entre lui, et les flammes se rapprochant dangereusement d’eux, juste derrière eux, et le Serbe finit par hocher la tête, peut-être par dépit, mais Andy garde sa main dans la sienne quand il le traîne jusqu’au garage pour retrouver la voiture. Il la sort dans l’allée, en laissant quelques minutes à Novak pour observer les flammes rouges illuminant la nuit noire, les colonnes de fumée s’élevant dans le ciel, un œil ouvert au cas où Zverev serait toujours là.
La portière claque dans l’air, alors qu’il n’y a que le crépitement du feu pour remplacer le silence, et Andy se glisse jusqu’à Novak, chaque muscle de son corps le détestant pour ses deux échecs… Il passe doucement ses bras autour de Novak, ses yeux piquant légèrement en repensant à tout ce qu’ils ont vécu dans ce palais, en ne le sentant toujours pas réagir, et il s’entend murmurer du bout des lèvres qu’il est désolé… Novak réagit à peine, sa respiration rapide le trahissant, et il ne fait que déposer l’arme à feu dans sa main, avant de rompre l’étreinte pour aller s’installer à l’arrière, dans la voiture…
Andy se sent soudainement bien seul, face au palais englouti par les flammes, confronté par le poids de ses actes, par les conséquences de ses choix…
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Le trajet jusqu’à la gare se fait dans un silence de cathédrale, glaçant ses entrailles, pendant lequel Andy essaie désespérément de conduire tout en essuyant tout le sang qui a fini par s’accumuler sur son visage, résultat de s’être autant battu face à une force de la nature. Ce serait mentir de dire qu’il n’est pas fatigué, mais il n’a pas vraiment d’autres choix que de prendre sur lui-même, pour s’assurer qu’il n’arrive rien à Novak, tant qu’ils n’auront pas mis suffisamment de distance entre eux et Zverev. Et par distance, Andy entend bien mettre plusieurs pays entre eux. Plusieurs continents s’il le faut.
L’avantage avec Belgrade, c’est qu’il y a des trains arrivant et partant nuit-et-jour, donc des trains de nuit ne se souciant pas de qui embarque et pour quelles raisons. L’inconvénient, c’est que Novak est le roi de la Serbie, et que sa tête est sur la monnaie qu’il va échanger contre deux billets… Même s’il ne parle pas du tout un serbe correct, que les seuls mots que Novak lui a appris sont inutilisables à moins de vouloir draguer le vendeur, Andy est quand même celui qui va devoir les acheter, sans oublier les blessure très visibles sur son visage. C’est tout simplement hors de question que quelqu’un sache que Novak fuit son propre pays en cachette, au beau milieu de la nuit.
Quand il revient avec les billets de train, Andy peut voir Novak penché sur sa Bible alors qu’il s’appuie sur le toit de la voiture pour l’observer, et il est une nouvelle fois secoué par la manière dont les yeux noisette de son amant laisse apparaître toute son appréhension, son regard cherchant du réconfort ou un miracle dans les écrits sacrés, alors que Novak a toujours eu l’air confiant, même si la situation pouvait paraître désespérée, même quand il faisait face à Lloyd George et imposait une alliance entre leurs pays, malgré la menace de mort sur lui…
Andy sent une boule se former dans sa gorge quand Novak relève les yeux de sa religion pour les planter dans les siens, sa main abaissant la vitre les séparant, et toute la panique dans ses yeux semble vite être remplacée par de la détermination, un éclat brillant comme une flamme—Andy retrouve tout son courage dès que Novak tire sur son poignet pour l’attirer à lui et déposer un baiser sur ses lèvres… Pendant quelques secondes, Andy oublie tout ce qui est en train de leur arriver—leur cavale, le mercenaire allemand à leurs trousses, la douleur et la peur—et il se sent comme lors de la première fois qu’ils ont partagé le même lit ; en paix.
‘’Tout va bien ?’’ Sa voix est plus rauque qu’il ne l’imaginait quand sa question échappe à ses lèvres
‘’Andy… C’est mon pays que j’abandonne derrière moi…’’ Un éclair de douleur revient hanter les yeux de Novak, et si son cœur pouvait être un peu plus mal en point, Andy sait qu’il se serait tordu sur lui-même
‘’Je sais ce que c’est, crois-moi Novak,’’ Leurs regards refusent de se séparer pendant une longue seconde, pendant laquelle il réfléchit à ce qu’il doit dire, ‘’et je n’aurais jamais voulu le revivre, mais on ne peut pas rester ici. Je ne peux pas prendre le risque de te perdre.’’
Novak hoche la tête, ses yeux trahissant pourtant toute sa volonté de rester en Serbie, mais il doit tout autant savoir que lui que ce ne serait que se tirer une balle dans le pied de s’exposer ici, là où tout le monde peut reconnaître son visage pour le trahir… Andy compte bien assurer sa protection autant que possible, mais si ça se faisait en Serbie, alors ils seraient tous les deux morts avant le prochain coucher du soleil.
‘’Par hasard, tu as de quoi camoufler ta véritable identité, le temps de quitter le pays ? Histoire que toute ton armée ne nous retrouve pas trop vite.’’ Sans parler de Zverev, et de ceux qu’il a sans doute engagés pour les poursuivre
Andy sait que Novak peut porter n’importe quoi et qu’il sera quand même le plus attrayant qu’il lui ait été donné de voir, mais dès que Novak cherche dans ses affaires pour en sortir un étui à lunettes, Andy peut sentir son pantalon devenir un peu trop serré pour lui… C’est la première fois qu’il le voit porter ses lunettes, et s’il est parfaitement honnête avec lui-même, Andy pourrait voir la moitié de l’Europe brûler pour que cette image ne disparaisse jamais de sa mémoire…
‘’Seigneur, tu sais l’effet que ça me fait de te voir comme ça ?’’ Andy se penche sur la vitre ouverte pour lui susurrer tout ça à l’oreille, et il ne peut pas s’empêcher d’imaginer tout ce qu’il lui ferait s’ils n’avaient pas la mort aux trousses
‘’Vraiment ?’’ Novak rit pendant une courte seconde, avant de tendre la main vers le tableau de bord pour y attraper son panama et l’enfiler aussitôt
‘’Pourquoi est-ce que tu te donnes toujours autant de mal pour me provoquer comme ça, mon beau ?’’
Novak ne lui répond qu’avec un clin d’œil, ses lèvres lui envoyant un baiser, avant qu’il se débarrasse de son uniforme militaire royal pour une chemise simple qui ne trahirait jamais le titre précieux de celui qui la porte. Andy sait qu’il devrait probablement rester aux aguets au cas où Zverev se serait déjà remis des deux balles qui l’ont traversé, mais il ne peut pas se retenir d’observer Novak, la manière dont il enfile son manteau et s’attend à ce qu’Andy grogne possessivement, en le voyant lui prendre tous ses vêtements…
Ils gardent tous les deux la tête baissée au moment de rentrer dans le train, à la recherche de leur cabine, là où ils vont passer plusieurs jours ensemble à cohabiter jusqu’à leur arrivée en Suisse. Normalement tout devrait y être plus tranquille là-bas, du moins jusqu’à ce que Zverev les retrouve et se remette à gâcher leur vie, et avec un peu de chance, Andy aura trouvé un meilleur plan pour le contenir. Un plan qui n’implique pas de se battre au corps à corps, s’il a le droit de choisir.
Il ferme les rideaux et verrouille leur cabine sans attendre, tous ses meilleurs instincts lui criant de devenir un fantôme jusqu’à Lausanne. La seule personne qui doit être capable de le repérer doit être Novak, et Andy doit être le seul capable de le retrouver en retour. Personne ne doit savoir que Novak est en train de quitter le pays, encore moins alors que Jamie doit aussi être sur la route avec Jelena, sans oublier que le palais brûle et que toute la Serbie découvrira la disparition de leur royauté d’ici quelques heures, au lever du soleil… Andy n’a pas vraiment eu le temps de penser aux conséquences qu’il pourrait y avoir sur la vie politique serbe, mais ils ne risquent pas de rentrer tout de suite, et maintenant qu’il y pense, une révolution d’octobre tournant au rouge ne serait pas si improbable…
Andy ne veut pas imaginer un peu plus ce désastre si ça se produisait, et encore moins alors que Novak est juste à côté de lui… Il ne veut pas avoir à porter son corps sans vie entre ses bras, et c’est hors de question que la Serbie et sa fédération ne fassent comme dans tant d’autres pays, pas si loin que ça en Europe…
Quand il est bel et bien sûr que personne ne pourra forcer le passage de leur cabine, après avoir entreposé leurs valises devant la porte, Andy s’autorise quelques secondes pour regarder Novak ; ses yeux fermés et ses mains tenant fermement devant lui la croix attachée au bout de son collier, une prière silencieuse le gardant concentré, comme fermé au monde. Il a toujours aimé le voir pendant ses prières, mais aujourd’hui, Andy n’aime pas imaginer que ses demandes ne soient pas aussi innocentes qu’avant…
Andy ne veut pas le déranger, alors il part s’enfermer dans la petite salle de bain de leur cabine pour prendre une douche rapide, se débarrasser du sang qui couvrait son visage et le regarder être aspiré dans le siphon. Ses mains tremblent plus qu’elles ne le devraient quand il trace le contour de chaque blessure en se lavant avec le savon, et il ne sait pas exactement combien de grimaces il fait, son corps divisé entre picotements inconfortables et courbatures à chaque mouvement qu’il fait. Il est épuisé, cette journée a encore été beaucoup trop longues pour lui.
Pour autant, l’eau chaude est agréable sur ses muscles endoloris, et s’il n’y avait pas la peur étrangement vivide dans le fond de son estomac que Zverev puisse être de l’autre côté de la porte, Andy serait resté bien plus longtemps sous la douche. Mais il en sort avant d’avoir entièrement vidé le cumulus, directement accueilli par son reflet embué dans le miroir. Il doit serrer des dents en se recousant lui-même à certains endroits où Zverev n’a pas eu l’amabilité de l’épargner, et Andy peut voir une myriade d’ecchymoses apparaître sur son corps, dès qu’il enfile de quoi passer les quelques heures de nuit qu’il reste. Il n’est pas vraiment sûr de vouloir tester sa chance avec Zverev une troisième fois.
Dès qu’il ouvre la porte de la salle de bain, son regard a la bonne idée de se poser sur le lit trônant au centre de la cabine, et il est surpris de voir que Novak l’attendait, sa chemise maintenant portée disparue, et ce n’est pas pour lui déplaire… Andy laisse ses yeux glisser sur son corps en même temps qu’il se rapproche du lit, et une voix au fond de son esprit est rassurée de voir qu’il n’y a aucune trace de blessure sur lui. Les seules mains qui ont le droit de toucher le corps parfaitement sculpté de son roi sont les siennes.
‘’Il va falloir arranger ton nez.’’ Novak se relève du lit pour se tenir devant lui, ses mains se posant rapidement sur ses joues sans lui donner la possibilité de fuir
‘’Je vais pouvoir y survivre, ne t’inquiète pas.’’
‘’Il est cassé, Andy.’’
‘’Ce n’est pas la peine, Nov—‘’
Andy doit mordre très fort l’intérieur de sa joue pour retenir le cri qui résonne en lui, son hurlement aurait très probablement attirer l’attention de tout le wagon endormi, et pour le moment, ce n’est pas de regards sur eux dont ils ont besoin… Son nez est peut-être réparé, mais il souffre horriblement, et il se retrouve à garder des gazes dans ses narines pour éviter de laisser des traces de sang partout dans la cabine, Novak murmurant quelque chose en serbe qui devait sûrement le traiter de chochotte.
Il se laisse quand même amener jusqu’au lit, les doigts de Novak enroulés autour des siens, et Andy passe ses bras autour de la taille de son amant, dès que la lumière s’éteint et que la couverture repose sur eux, ses lèvres déposant des petits baisers sur sa nuque pour le détendre… Ils sont tous les deux fatigués, et Novak peut peut-être sentir à quel point son cœur bat plus vite que d’habitude, mais il n’en dit rien, embrassant à la place leurs doigts toujours emmêlés.
‘’Tu me tiendras toujours comme ça, dès que tout ça sera terminé ?’’ La voix de Novak est fatiguée, mais ce qui en ressort vraiment est son inquiétude, ce qu’Andy n’aime pas du tout
‘’Je te promets de ne jamais arrêter de te tenir, Nole…’’ Il ne sait pas si c’est un murmure ou un soupir, mais il sait que ça vient du cœur en tout cas
Sa main pince doucement celle de Novak pour lui montrer qu’il est toujours présent avec lui, et qu’il n’a pas à s’inquiéter pour le moment. Ils sont en sécurité tant qu’ils restent ensemble, et si quelqu’un devait avoir la mauvaise idée d’interrompre leur sommeil, alors Andy n’aurait qu’à attraper l’arme chargée posée sur la table de chevet pour mettre un terme à sa folie…
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Après trois jours entiers de train, trois jours à se cacher dans une cabine, à faire semblant de ne pas avoir un roi dans son lit—embrassant ses blessures pour passer le temps à chaque occasion—dès qu’il allait au wagon-restaurant pour leur chercher à manger, Andy a enfin l’occasion de sentir une brise fraîche sur sa peau, et il y a même des rayons du soleil pour éclairer ses yeux. Au bout d’un moment, à force de passer ses journées à jouer aux cartes avec Novak, il commençait à croire que ce trajet en train ne s’arrêterait jamais, et qu’ils finiraient par rejoindre la plus lointaine extrémité européenne possible…
Novak a remis ses lunettes—pour son plus grand plaisir, et aussi le plus grand malheur de ce qu’il y a entre ses jambes—et il continue de lui emprunter son panama pour protéger son identité, comme si Andy n’en avait pas besoin, comme si voir Novak comme ça ne réveillait pas quelque chose en lui… Il se retrouve vite à devoir acheter un nouveau chapeau à la boutique de souvenirs en sortie de gare, son regard se posant sur chacune des personnes autour d’eux, en faisant attention à ce qui pourrait se passer si n’importe qui venait à les reconnaître. Il ne peut plus se permettre d’être négligent, parce qu’il n’y aura personne pour les aider si quelque chose venait à mal se passer ici…
Andy a le temps d’attraper un journal avant de monter dans le premier taxi de disponible, le français de Novak (bien meilleur que le sien) faisant tout le travail pour demander à être portés à l’hôtel le plus proche. Il est presque rassuré de voir que les informations serbes ne sont pas à la une, alors que leurs dirigeants ont disparus depuis un peu plus de trois jours en laissant derrière eux un palais en feu… Il y a quand même une photo des ruines encore fumantes, et il doit avouer que c’est étrange de voir le portrait en noir et blanc de Novak, alors qu’il est assis à côté de lui dans le taxi. Il lui tend le journal pour se débarrasser le plus rapidement de la culpabilité qui commençait à l’assaillir, avant de massacrer la langue locale pour demander au chauffeur s’il a vu des choses anormales dans la ville ces derniers temps. Le haussement d’épaules ne le rassure pas autant qu’il le devrait. Le murmure furtif en serbe de Novak le ramène à lui bien trop rapidement.
‘’Au moins, personne ne s’attend à ce qu’on ait quitté la Serbie.’’ Novak replie le journal et le dépose sur la banquette, son irritation visible sur son visage
‘’C’est une bonne chose que les médias et la presse internationale te croient caché au fond d’un bunker, ça nous donne à Jelena et nous plus de chance de voyager en sécurité.’’
Novak laisse apparaître quelque chose sur son visage lorsqu’il mentionne Jelena, mais ça a tellement été furtif qu’Andy a à peine eu le temps de le voir, sans pouvoir deviner ce que c’était… Andy sait qu’ils vont devoir parler de ce qu’ils sont, dès qu’ils en auront le temps et qu’il n’y aura plus personne pour vouloir leurs têtes, mais pour le moment, il doit simplement le protéger. Ils passent le reste du trajet en taxi dans le silence, Novak découvrant la ville à travers la vitre, et Andy s’assurant qu’il ne puisse pas leur arriver une François-Ferdinand…
Ce n’est pas le pire des hôtels, le chauffeur du taxi a bien choisi, même s’il aurait préféré quelque chose d’un peu plus extriqué de la ville, pour plus facilement disparaître. Andy est déjà venu à Lausanne, et très clairement, il préfère un bon petit hôtel en bordure de ville, plutôt que l’auberge de jeunesse miteuse qui l’a accueillit quand il devait traquer un ancien général allemand. Son dos se souvient encore de ces nuits de sommeil sans confort…
Il dépose les valises dans un coin de la chambre, avant d’une nouvelle fois poser ses yeux sur Novak, sur ses lunettes ne faisant que le rendre fou, et Andy ne se retient pas pour déposer un chaste baiser sur les lèvres de son amant, aussi doucement qu’il le peut, pour se rappeler une époque pas si lointaine où ils ne devaient pas échapper à un fou furieux… Novak rit dans le baiser, ses bras passant autour de ses épaules, et Andy a le bon réflexe de les faire chavirer sur le lit, ses hanches frottant contre celles de Novak, jusqu’à ce qu’il ouvre ses jambes pour l’accueillir parmi elles…
Leurs vêtements volent dans la chambre sans attendre, les lunettes de Novak finissant sur la table de chevet, et Andy se fiche clairement du nombre de kilomètres qu’ils viennent de parcourir en si peu de temps, parce que ses lèvres ne se retiennent pas pour déposer des dizaines de baisers sur sa gorge exposée… Leurs peaux claquent l’une contre l’autre, leurs râles remplissent le silence de l’hôtel, et Andy se promet pour la millième fois de ne jamais laisser quiconque poser ses mains sur Novak, dès que leurs corps ne font plus qu’un…
Il s’écroule à côté de Novak dès qu’il a fini de les nettoyer, et il peut le sentir poser sa tête sur son torse en passant un bras autour de sa taille, comme s’il allait disparaître d’une seconde à l’autre… Andy profite quelques minutes, ses yeux encore trop fatigués pour le laisser les ouvrir pour fixer le plafond, ses doigts caressant doucement les cheveux de Novak pour le détendre, alors qu’il s’assure à son tour qu’il est bel et bien contre lui. Il ne pourrait jamais se lasser de cette sensation, et il se sent trop bien pour retenir les mots qui échappent à sa bouche. Andy lui parle de la guerre, de ce qu’il a dû faire pour survivre, du hasard qui l’a amené à entrer dans l’espionnage, de son ressenti des choses et des cauchemars qui l’ont suivi jusqu’à ce qu’ils se rencontrent…
Andy n’attendait pas vraiment que Novak se mette à se confier à son tour, sa voix basse et fatiguée lui expliquant comment il s’est engagé dans l’armée contre l’avis de ses parents dès la première année du conflit, la lutte contre les Austro-hongrois à la frontière pour retenir les invasions ennemies, la défense du vieux Pierre dans les montagnes—Andy n’est plus vraiment surpris de savoir que feu Pierre ait fait confiance à Novak pour prendre soin de sa fille et de son royaume—avant que l’un des généraux décide que son talent pour les langues pouvait être quelque chose d’utile.
Il ne s’attendait pas à être excité en l’entendant lui conter comment il s’est infiltré dans les rangs italiens, jusqu’à faire son chemin pour pouvoir faire des trous dans les rangs allemands, mais Andy n’st plus à une surprise près depuis qu’il a posé le pied en Serbie pour la première fois…
‘’Après, je suis retourné en Serbie avec suffisamment de cicatrices pour ne plus jamais avoir envie de me battre dans une nouvelle guerre.’’
Ses doigts trouvent d’eux-mêmes la trace blanche sur le bras de Novak, là où une épée l’a frôlé, et Andy caresse doucement la marque qui ne cicatrisera jamais complètement en espérant pouvoir apaiser les souvenirs qui doivent traverser sa mémoire… Novak lui montre plein d’autres marques sur ses côtes et son torse, en lui racontant chacune leur histoire—de mauvaises chutes à duels risqués—et Andy ne peut qu’être un peu plus impressionné par la résilience de celui qu’il aime…
‘’Je ne voulais pas devenir roi en m’engageant dans l’armée sur un coup de tête, je voulais juste défendre mon pays… Mais avec l’assassinat d’Alexandre, je n’ai pas eu vraiment le choix : quand le vieux Pierre te convoque pour te proposer la main de sa fille et te couronner, tu ne peux pas refuser.’’ Novak soupire en se massant les tempes, et Andy frotte son épaule pour le réconforter, ‘’Du jour au lendemain, j’ai dû définitivement abandonner la carrière de tennisman que la guerre m’avait enlevée, pour diriger un pays. Mon pays.’’
‘’Je te rendrais une vie supportable, je te le jure…’’ Andy continue de lui caresser doucement les cheveux, ne trouvant pas la force de faire plus que de murmurer
‘’Non, Andy, je t’ai rencontré grâce à ma couronne alors je ne regrette rien. Et puis, je vais avoir un enfant avec Jelena, je ne peux pas reculer maintenant.’’
‘’Oh, bien sûr…’’ Andy raffermit sa prise sur Novak, bien malgré lui, en se souvenant de la reine, et de l’enfant dans son ventre
‘’Tout va bien ?’’ Novak se redresse dans le lit pour le regarder droit dans les yeux, l’inquiétude se faisant entendre dans sa voix
‘’Hm—‘’ Non, Andy ne peut pas lui parler de ce qui le tracasse pour le moment, ‘’Je vais devoir aller retrouver mon contact.’’
Il sait que de ne pas parler de tout ça ne pourra que se retourner contre lui à un moment donné, mais Andy n’a ni la force ni le courage de demander à Novak sa place dans toute sa vie de couple, encore moins alors que Jelena n’est pas avec eux pour en discuter. Alors, il fait l’une des seules choses pour lesquelles il est vraiment doué, en prenant la fuite ; il se relève bien trop vite, en manquant de s’emmêler les pieds dans les couvertures, et ses vêtements retrouvent vite leur place sur son corps, Novak se redressant entièrement dans le lit pour le regarder faire, la surprise d’un tel retournement bien trop visible sur son visage, à cause de lui…
‘’Qu’est-ce qui ne va pas, Andy ? J’ai dit quelque chose de mal ?’’ Andy aimerait pouvoir faire comprendre à Novak à quel point ce n’est pas lui le problème, à quel point il n’a pas à culpabiliser pour lui, mais ce n’est pas le bon moment pour ça
‘’Je ne veux pas nous faire perdre plus de temps ici, alors je dois retrouver un vieil ami qui nous aidera à atteindre un endroit sûr. C’est tout.’’
‘’Je viens avec toi !’’ Novak saute presque du lit pour se tenir devant lui et l’empêcher d’atteindre la porte
‘’Novak…’’ Andy est obligé de l’embrasser pour s’empêcher de tout lui dire, ‘’Je ne peux pas te faire courir ce risque.’’
‘’Je t’ai sauvé la vie au palais Andy ! Je sais me défendre !’’
‘’Il n’y a pas que Zverev après nous maintenant ! C’est hors de question qu’ils te mettent la main dessus pour l’amour de dieu !’’
Andy peut sentir son cœur battre jusque dans ses oreilles, alors que la douleur et la colère se lisent clairement dans le regard de Novak, sa mâchoire serrée trahissant trop facilement ce qu’il aimerait lui dire… Mais au lieu des coups qu’il s’attendait à recevoir, ou des torrents de raisons lui expliquant pourquoi il n’aurait pas dû invoquer le nom du seigneur en vain, Novak ne fait que grogner quelque chose en serbe, avant d’aller s’enfermer dans la salle de bain. Andy ne peut que le regarder faire, incapable de trouver autre chose à dire que Désolé, qu’il crie à la porte, avant de partir avec son arme cachée sous son trenchcoat, en laissant son poignard à Novak si quelque chose devait mal se passer.
En espérant évidemment le contraire. En espérant qu’il se souvienne du code qu’il lui a appris, pour savoir que ce sera lui à la porte, quand il toquera avec une bonne nouvelle, si tout se passe bien…
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Son panama est de retour sur sa tête, maintenant qu’il a réussi à le récupérer à Novak, même si Andy n’a jamais souhaité que ça se passe comme ça, qu’ils aient un désaccord de cette ampleur… Il ne veut pas repenser à tout ça pour le moment, le soleil couchant de Lausanne l’accompagnant alors qu’il a l’impression de traverser la moitié de la ville pour enfin arriver à cette vieille chapelle où il l’a rencontré pour la première fois.
C’est encore plus décrépit que dans ses souvenirs, et le passage du temps ne fait que ajouter des craquelures à l’édifice ; les murs perdant peu à peu la couleur blanche sainte, et le bois recouverts de moisissures et de poussière. Il n’y a personne quand il s’engouffre entre les deux rangées de bancs, et Andy se retrouve devant le pupitre où peu de prêtres doivent encore prêcher la bonne parole, depuis le temps que la chapelle a été abandonnée. C’est amusant, la manière dont ça semble si facile de tout laisser derrière soi, maintenant qu’il n’est pas celui qui doit partir…
Il lui faut quelques efforts pour pousser le pupitre de son socle, ses bras encore légèrement endoloris de ses précédentes batailles, mais il y parvient finalement, après s’être retroussé les manches. Il y a un fin filet de sueur rampant sur son dos une fois que le pupitre écarté lui laisse emprunter le passage secret—qui, pour son plus grand bonheur, n’a pas disparu avec les années—et Andy descend les escaliers sombres, ses doigts allumant instinctivement le briquet qu’il garde toujours dans le fond de sa poche, même s’il ne s’en sert jamais.
La pauvre flamme de son briquet peut bien vite retourner au repos, dès qu’il atteint une lumière artificielle, et Andy est à peine surpris d’entendre le bruit d’un barillet, en même temps qu’il sent une présence derrière lui, le canon d’une arme à feu se posant à l’arrière de sa tête. Il n’est pas venu ici depuis plusieurs années, et pourtant l’accueil est toujours le même…
‘’Stan, ton Écossais préféré est de retour.’’ Un sourire se glisse sur ses lèvres, en entendant le soupir de son ami
‘’Je ne pensais plus jamais te revoir ici, Andy.’’
Son accent suisse le réconforte, alors que l’arme qui le braquait disparaît soudainement, et Andy n’attend pas pour se retourner et lui faire face, se laissant tenter pour une embrassade virile avec Stan. Un jour peut-être, ils arriveront à changer leur méthode, à ne pas d’abord être sur leurs gardes pour ensuite se souhaiter le meilleur, mais ils ont tous les deux l’âme du combat, de la guerre et de l’espionnage pour pouvoir espérer changer… Rien de tout ça ne l’empêche de tapoter doucement son dos, son cœur s’allégeant enfin de pouvoir retrouver un ami qui lui est cher après toutes ses mauvaises aventures…
‘’Alors, qu’est-ce que tu viens faire en Suisse après tout ce temps ?’’
Andy grince des dents en entendant sa question, c’était évident que Stan voudrait savoir, mais ce n’est vraiment pas quelque chose de simple à raconter… Il prend sur lui pour tout lui raconter, en omettant peut-être toute la partie où il tient à Novak plus que tout au monde, ainsi que leur proximité particulière, ce n’est pas si important que ça pour le moment. Stan compatit à ses problèmes, il a toujours eu une âme pure après tout, sa main tapotant son épaule maintenant qu’ils se sont assis l’un à côté de l’autre.
‘’J’ai une planque prête à vous accueillir si vous voulez vous cacher, le temps que cette affaire se tasse ou que ce mercenaire se fasse arrêter. C’est sûr que ça ne sera pas la vie de palace comme à Belgrade, mais c’est peut-être mieux que de fuir à travers toute l’Europe.’’
‘’C’est gentil, Stan, mais la Serbie ne peut pas rester très longtemps sans son roi, sinon je n’ose pas imaginer quelle sorte de régime se mettra en place pour remplacer la royauté… Et pour Zverev, s’il est trop fort pour moi, alors un policier lambda ne fera jamais le poids.’’
‘’Je n’ai aucune idée de qui est ce Zverev et d’où il pourrait se trouver à l’heure actuelle, mais je peux faire mes recherches, si ça te permet de te reposer pendant quelques temps. Je crois que je n’ai jamais vu aussi fatigué, Andy.’’
‘’Ce serait formidable, Stan. Et si par hasard tu apprenais quoique ce soit sur la reine Jelena Karađorđević, ça m’arrangerait de pouvoir rassurer son mari.’’ Pour pouvoir ne plus en parler, mais Andy ne compte pas lui expliquer pour ce qu’ils sont censés être avec Novak
‘’Pour l’instant, je n’ai rien entendu à son sujet.’’ Andy ne pensait pas être aussi rassuré rien qu’en entendant ça, ‘’Mais il y a bien ce groupe de sympathisants magyares qui commence à faire parler d’eux.’’
‘’C’est-à-dire ? C’est mal ?’’
‘’Eh bien, la rumeur court qu’ils voulaient prendre le pouvoir de force en Serbie lors du précédent règne, alors ça ne me surprendrait pas que ton Zverev se soit allié à eux, pour pouvoir se débarrasser de ton roi sans trop attirer l’attention des différentes monarchies d’Europe.’’
Andy n’arrive pas à regarder ailleurs que ses pieds, alors qu’il essaie de faire sens avec tout ce qu’il vient d’apprendre. Au moins, Jelena est toujours en sécurité avec Jamie, alors il n’a pas à s’en inquiéter, mais savoir que Zverev a pu faire ami-ami avec un groupe aussi dangereux, qui n’aurait sûrement aucun problème à retrouver Novak pour l’exécuter en place publique… Il y a un drôle de frisson parcourir sa colonne vertébrale, et chacune de ses blessures se réveillent les unes à la suite des autres, son foutu cauchemar lui revenant en tête d’un seul coup—
‘’Merci pour toute ton aide, Stan, mais je dois vite aller retrouver Novak, avant que l’envie me prenne de redevenir un espion.’’ Andy force un sourire sur ses lèvres, et c’est fort probable que Stan puisse le voir
‘’Je finirais par te retrouver si j’apprends de nouvelles choses, fonce maintenant.’’
Le sourire de Stan est tout de suite plus sincère que le sien quand ils se serrent la main, avant qu’Andy ne file à toute allure vers leur hôtel, la drôle de sensation maintenant dans le fond de son estomac, chaque poil de son corps hérisser sous le coup de son mauvais pressentiment, depuis qu’il a appris tout ça… Ses jambes sont lourdes après une bonne heure de marche pour retourner là d’où il vient, la nuit tombée depuis longtemps, rien que la lune pour l’éclairer alors que ses pas résonnent sur les pavés de Lausanne, son appréhension trahie par ses regards rapides autour de lui, à chaque croisement de rue.
Il essaie de ne pas trop marteler les escaliers de l’hôtel avec ses pas pour les autres clients sûrement déjà tous endormis, mais Andy n’a pas de temps à perdre, son esprit lui criant de se presser. Son cœur bat la chamade quand il toque trois fois à la porte de leur chambre, comme il l’a appris à Novak, mais Andy sent vite une boule se former dans sa gorge, quand il voit que la porte est déjà entrouverte. Seigneur, pas ça…
Andy rentre rapidement dans la chambre, et ses poings tremblent à force d’enfoncer ses ongles dans ses paumes pour s’empêcher de panique, sans succès, quand ses yeux se posent sur la tache de sang sur le drap qui devait rester immaculé, les traces de rouge recouvrant aussi bien le sol que les murs et la porte—c’est à peine s’il peut encore respirer, quand des larmes commencent à piquer ses yeux, son esprit priant désespérément pour que rien de tout ça ne se soit réellement produit, que Novak ait juste trouvé refuge ailleurs après avoir défait un assaillant—
Son poignard a disparu, peu importe le nombre de fois où il retourne sa chambre de fond-en-comble avec l’espoir stupide de trouver un indice—la vie ne faisant que le provoquer quand il retrouve la paire de lunettes de Novak, écrasées sous la table de chevet, une trace de pas visible à côté, et son collier qu’il n’abandonne jamais normalement… Ses genoux refusent de supporter son poids après avoir autant tremblé, à la suite d’un énième tour de chambre—et Andy se retrouve assis sur le sol de la chambre, son dos contre le matelas retourné—l’un de ses bras enroulé autour de ses jambes pour faire taire les tremblements, pendant que son autre main tient fermement le collier de Novak qu’il garde autour de son cou pour ne plus jamais le perdre—ses yeux piquants brouillés de larmes seulement concentrés sur la tache de sang sur le sol…
Il a perdu Novak, parce qu’il était trop faible pour être au bon endroit au bon moment. Alors que Novak voulait venir avec lui. Alors qu’Andy lui a promis de toujours le protéger et que jamais rien ne lui arriverait… Alors qu’il savait à quel point Zverev était dangereux, à quel point ils ne devaient surtout pas se séparer—tout est de sa faute—s’il n’avait pas été aussi stupide que de croire en sa bonne étoile au lieu de simplement avoir confiance en Novak, rien de tout ça ne se serait jamais produit… Tout ça parce qu’il n’a pas été foutu de simplement lui parler de ce qu’il ressentait, parce qu’il a préféré fuir comme l’idiot qu’il est… Andy déteste absolument tout de cette situation, parce qu’il en est à l’origine…
Andy ne sait pas combien de temps il passe recroquevillé sur lui-même contre le lit, son cœur battant bien trop vite dans sa poitrine sans qu’il ne puisse faire la moindre chose pour le calmer—il peut l’entendre marteler jusque dans ses oreilles, et sa respiration résonne dans la chambre, silencieuse… Andy l’a perdu, comme il a perdu Kim à cause de son métier… Il avait promis à Novak de le ramener chez lui et de résoudre tous leurs problèmes, leur dernier moment ensemble n’aurait jamais dû être constitué de colère et de mots durs, et maintenant, Andy ne peut pas retenir ses larmes de couler en pensant à tout ce que Zverev ou les Hongrois pourraient faire à celui qu’il aime… Si seulement Andy l’avait écouté, il ne sait même pas comment Zverev a pu les retrouver aussi facilement, aussi rapidement—
Il sait qu’il devrait au moins ressentir un frisson d’angoisse en entendant trois toquements à la porte, avant que le plancher ne se mette à craquer près de lui, mais Andy n’a plus la force de faire quoique ce soit, maintenant que Novak n’est plus à ses côtés… Novak est toute sa vie maintenant ; la raison pour laquelle Andy n’a pas hésité une seule seconde avant de trahir son gouvernement sans aucun remord, cette lumière dans sa vie qui lui a permis d’oublier la guerre et les cauchemars, le seul homme pour qu’il aurait pu se mettre toute l’Europe à dos…
‘’Andy, Andy, Andy…’’ La voix de Zverev résonne dans ses oreilles, en étant à peine plus forte que ses acouphènes, ‘’Tout aurait pu très bien se passer si tu ne t’étais pas autant donné la peine de tout gâcher comme ça.’’
Andy relève la tête du parquet pour voir Zverev s’asseoir sur le lit derrière lui, un faux sourire compatissant sur son visage, pour répondre au regard noir qu’il lui envoie, probablement injecté de sang à cause de ses sanglots—si son regard pouvait tuer, Andy sait qu’il ne resterait déjà plus rien de l’allemand… Mais à la place, il n’y a que ses mots pour répondre à sa provocation.
‘’Tu as détruit tout ce que j’essayais de construire, alors ça n’importe plus de savoir si j’avais besoin de faire tout ça ou non.’’
‘’Ah, Liebe…’’
Zverev rit devant son regard noir, ses foutus mots allemands se greffant à son cerveau alors qu’il les comprend à peine, quelque chose dans le fond de son esprit lui soufflant qu’il n’a même pas besoin d’une traduction, que ce n’est qu’une provocation de plus… Andy reporte son attention sur le parquet, sur les taches de sang appartenant à celui pour qui il donnerait tout au monde, avant de fermer les yeux en espérant qu’il se réveille enfin de ce terrible cauchemar…
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Il ne sait pas vraiment ce qu’il s’est passé après ça, mais Andy rouvre les yeux avec une douleur stridente à l’arrière du crâne, et il peut sentir la croix de Novak sur sa peau, sous sa chemise, montant et descendant en suivant le rythme de sa respiration. Tout est encore un peu flou, des acouphènes résonnant toujours dans ses oreilles, des petits frissons se projetant dans chacun de ses muscles pour le ranimer, et son cœur battant trop vite à cause du réveil soudain… S’il est bien sûr d’une chose, c’est qu’il ne risque pas d’aimer ce qu’il va se passer, quand il voit Zverev débarquer dans son champ de vision—Andy remarque aussi que ce n’est plus du tout sa chambre d’hôtel, mais plutôt une sorte d’entrepôt désaffecté. Tout est soit gris ou rouillé, crasseux ou en ruines, et Andy n’aurait pas pu espérer mieux comme endroit pour passer ses derniers instants…
‘’C’est comme ça que tu imaginais que tout aurait pu très bien se passer, Zverev ?’’
Andy ne s’attendait pas à une réponse pleine de bon sens, mais n’avoir comme réponse que le revers de la main Zverev frappant sa joue, ça ne le rassure pas sur ce qu’il va vivre dans cet entrepôt… La douleur est intense sur sa mâchoire, et s’il en croit les poings maintenant fermés de l’allemand, alors qu’il se démène pour trouver une solution pour les cordes retenant ses poignets aux accoudoirs de la chaise, Andy risque bien plus qu’une simple claque…
‘’J’ai ordre de te ramener en Angleterre, mais crois-moi bien Murray, ce n’est pas ce qui va m’empêcher de me venger pour les traces que ton compagnon a laissé sur moi…’’
Il y a le souffle chaud de Zverev contre sa peau, son long murmure laissant transparaître toute sa haine, et Andy lutte inutilement contre les cordes le maintenant attaché à la chaise, un spasme instinctif le secouant, dès que l’allemand mentionne Novak—cet enfoiré lui a fait du mal, Andy le sait, et il ne veut plus jamais l’entendre parler de lui ! Son foutu cauchemar lui revient en mémoire, toutes les têtes dansant autour de lui comme des hallucinations alors que Zverev lui montre les impacts de balles sur son épaule et sa hanche, sans oublier les griffures profondes mais récentes sur son visage, maintenant qu’Andy les remarque—
‘’Qu’est-ce que tu lui as fait ?!’’ Ce sont l’angoisse et la colère qui l’animent, alors qu’il est presque en train d’aboyer sur Zverev
‘’Ah, cette teigne…’’ Un froid glacial le paralyse sur place, dès que le sourire carnassier de Zverev atteint ses yeux, ‘’J’ai joué avec lui quelques minutes après l’avoir battu, mais il s’est quand même débattu jusqu’à ce que les Hongrois viennent le chercher.’’
‘’Non—‘’
‘’Andy, ton gouvernement veut juste te récupérer vivant, ils se fichent de ce qui peut bien arriver à ce cher Novak, alors je n’allais pas priver mes amis Hongrois de leur plaisir alors qu’ils prient pour sa mort depuis si longtemps.’’
Il n’y a plus que de la colère bourdonnant en lui quand il suit chaque mouvement de Zverev avec ses yeux, ses dents serrées pour ne pas rentrer dans son jeu et se laisser dominer par sa haine, ses bras frottant toujours contre les accoudoirs dans l’espoir de rompre les cordes, peu importe dans quel état ses bras finiront… Mais ni sa colère ni sa détermination ne sont suffisantes pur ne pas ressentir la douleur, la sensation d‘être déchiré en deux, quand il reconnaît son propre poignard, dès que Zverev le plante dans sa hanche, pour répondre à la première balle de Novak—
Toutes ses cellules sont comme en ébullition quand Zverev joue avec sa lame à l’intérieur de lui pendant quelques secondes, tournant le poignard dans un sens puis dans l’autre pour approfondir la plaie alors qu’Andy peut juste lutter pour reprendre son souffle—juste un peu d’air—un cri silencieux laissé en suspens dès que le poignard quitte son corps—et Andy peut voir son sang s’écouler directement de l’acier damassé pour finir en gouttelette sur le sol…
‘’Ça ne va pas te tuer, mais je n’ai jamais promis de te ramener en bon état à Londres…’’
Zverev lui murmure tout ça à l’oreille, son foutu souffle chaud caressant toujours sa joue, et Andy ne trouve pas la force de lui répondre quelque chose, seulement de serrer les poings et de contrôler du mieux possible sa respiration—pour se concentrer sur autre chose que la douleur, le sang se répandant partout depuis sa hanche…
Andy a à peine le temps de retrouver un semblant de rythme pour respirer, que Zverev attrape sa mâchoire entre ses doigts pour forcer son regard dans le sien—et cette fois, Andy est bien obligé de laisser échapper un cri résonnant dans tout l’entrepôt, dès que son poignard vient s’enfoncer dans son épaule, là où la deuxième marque causée par Novak se trouve—Tous ses muscles bouillonnent sous la douleur, et Andy peut sentir de la sueur couler tout le long de son visage, quand Zverev retire l’acier de son épaule, pour laisser le sang fuir la plaie qu’il vient de causer, comme si de rien n’était…
C’est trop—ça brûle et c’est comme si tout son corps était ouvert en deux—ses yeux piquent sous la douleur—seigneur ça ne peut pas faire aussi mal—c’est horrible horrible horrible—
Zverev ne doit pas lui laisser plus d’une minute pour se remettre de cette nouvelle blessure, mais pour lui, c’est comme si une vie entière de souffrance venait de s’abattre sur lui, comme une malédiction à laquelle il n’aurait jamais pu s’échapper… Andy n’a jamais eu une seule cicatrice, mais il sait que cette fois, il ne va pas y échapper, encore moins quand Zverev fait glisser le dos de sa lame sur sa joue, sûrement pour détourner où faire ses nouvelles entailles, pour imiter les tranchées que Novak a laissé tout le long de sa joue—
Andy se prépare pour le pire, ses yeux fermés malgré ses meilleurs efforts pour ne pas craindre la douleur, celle qui l’a déjà trop assailli en si peu de temps, mais elle ne vient jamais. À la place, il y a l’écho assourdissant d’un coup de feu, et Andy rouvre les yeux en quatrième vitesse, pour voir le choc sur le visage de Zverev, du sang commençant à recouvrir sa chemise, au centre de son torse. Oh. C’était inattendu, et peut-être que son étoile a décidé de ne pas l’abandonner finalement…
Zverev se retourne vers le tireur qu’il masque de son corps, et Andy doit lutter contre toute la douleur qui transperce son corps en se penchant du mieux possible, pour apercevoir Stan au-dessus de son épaule, le canon de son arme encore fumant… Andy n’a jamais été aussi heureux de le voir, et pourtant ce n’est pas la première fois qu’il se retrouve dos au mur comme ça, et que Stan doit lui sauver la peau, encore plus quand Zverev titube et tombe sur le sol, son sang venant rejoindre le sien sur le granit poussiéreux.
Stan vérifie que l’allemand soit bel et bien incapable de se relever à l’heure actuelle pour récupérer le poignard tombé sur le sol et couper les cordes qui le gardaient toujours attaché à la chaise, Andy lui murmurant un remerciement, ses doigts se posant directement sur son épaule opposée toujours en train de se vider de tout son sang. Il garde un œil sur Zverev dès que Stan vient à son chevet pour se charger d’éponger ses blessures, et éviter qu’il ne meurt d’une hémorragie comme un idiot avant de retrouver l’homme qu’il aime…
‘’Comment as-tu réussi à nous retrouver ?’’ Andy aurait aimé que sa question ne soit pas interrompue par un grognement, quand Stan pose ses doigts sur sa blessure ouverte, mais il n’y a rien qu’il puisse faire contre la douleur
‘’J’ai chargé mon assistant, Daniil, de te surveiller, au cas où tu aurais amené de trop graves problèmes à Lausanne, et comme c’est plus ou moins le cas, alors je n’ai pas vraiment eu d’autres choix que d’aller te récupérer moi-même.’’
‘’Tu sais, Stan, ça me touche ce que tu dis…’’ Il ne voit pas ce qui aurait pu être pire de toutes façons, alors Lausanne devrait être bientôt tranquille, dès qu’ils retrouveront Novak
‘’C’était pour te faire réagir, je ne veux pas que tu meurs ici mon ami.’’ Stan a l’air d’un coup bien plus sérieux, malgré son sourire, et Andy veut bien le croire, quand il voit la couleur rouge tout recouvrir sous la chaise
‘’Est-ce que tu sais où est Novak ?’’
‘’Daniil est sur le coup. Pour l’instant, Andy, tu as juste à tenir le coup pour retrouver l’homme de ta vie en un seul morceau.’’
‘’Comment as-tu deviné pour nous-deux ?’’ Il est peut-être dans un état second, mais il ne pensait pas que Stan le connaîtrait aussi bien, et aussi rapidement
‘’Oh, ça… C’est l’éclat dans tes yeux à chaque fois que tu me parles de lui, ça te trahit.’’
Stan échange un petit rire avec lui, et Andy espère que le rougissement sur ses joues n’est pas trop visible, il n’a pas vraiment l’habitude de parler de ses sentiments, parce qu’il n’est pas doué pour ça, et sans vouloir parler de l’hémorragie ou de l’espion allemand sur le sol, ça ne lui semble pas être le bon moment… Stan l’a sûrement aussi compris, parce qu’il n’insiste pas là-dessus alors qu’il se démène pour qu’il puisse arrêter de répandre du sang partout. Et quand Andy peut de nouveau bouger sans avoir l’impression d’être une bouteille fissurée, après que Stan ait fait le maximum possible avec le peu à disposition, il se sent un peu plus en forme que quand il s’enfonçait dans la chaise en espérant pouvoir voir le soleil se lever…
‘’Qu’est-ce que tu comptes faire de lui ?’’ Stan lui demande, son regard dirigé vers Zverev toujours en train de se vider de son sang sur le granit
‘’Cet enfoiré ne doit jamais retourner à Londres.’’
‘’À toi l’honneur.’’ Stan lui tend son arme à feu dans la seconde, alors qu’Andy a du mal à décrocher son regard de celui qui a voulu tout lui prendre
‘’Non,’’ Il secoue de la tête pour refuser, ‘’je ne veux pas avoir à m’abaisser à son niveau.’’ Son regard noir n’arrive toujours pas à se détourner de lui pourtant
‘’L’amour t’a vraiment adouci, Andy.’’
Le sourire de Stan est honnête, mais Andy n’a pas vraiment le cœur à perdre son temps ici, alors que Novak est seul, entouré de personnes qui lui veulent bien plus que du mal… Il doit vite le retrouver, et réparer tout le drame qu’il a causé. Il retire le collier de Novak qu’il gardait sur sa poitrine couverte de sang, pour l’enrouler autour de sa main tremblante, ses jambes encore fébriles le poussant jusqu’à la sortie de l’entrepôt, alors qu’il peut entendre la détonation d’une arme à feu résonner… Il n'y a plus que le silence, dès que Stan vient le rejoindre, une légère trace de sang sur le visage.
‘’Tu vas laisser le corps ici ?’’
‘’Ne t’inquiète pas pour ça, personne ne passe jamais par-là.’’
‘’Je te fais confiance alors.’’ Andy et Stan échangent un sourire en refermant la porte de l’entrepôt, pour que personne n’ait la bonne idée d’y jeter un œil
‘’Allez, je te ramène à la planque. Tu dois te faire recoudre, et on devra penser à un plan pour sauver ton roi.’’ Stan, dans toute sa générosité, l’aide à se déplacer en faisant bras-dessus-bras-dessous avec lui
‘’Mon héros…’’
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Andy ne pensait pas que ça ferait aussi mal de se faire recoudre, mais il n’avait jamais eu cette chance de récupérer des cicatrices dans les tranchées, ou n’importe où pendant la guerre, donc il n’a pas vraiment d’objet de comparaison en tête pour évaluer la douleur et l’inconfort… Stan continue de lui répéter qu’il sait ce qu’il fait, alors Andy commence à en douter, alors qu’il murmure des insultes en français, comme s’il ne les comprenait pas. Il espère quand même que Stan sait vraiment ce qu’il fait. Il aime son épaule, et il aime encore plus sa hanche.
Stan a fait un tour dans sa chambre d’hôtel avant de venir le récupérer entre les griffes de Zverev, et Andy est obligé de le remercier d’avoir pensé à effacer les preuves de tout ce qui a pu se passer (il n’imagine pas tout le travail pour se débarrasser du sang, et ranger tout le marasme qu’ils ont laissé derrière eux), sans oublier un remerciement pour avoir rapatrié leurs valises. Andy a l’occasion de se changer entièrement, de mettre à brûler ses vêtements pleins de sang et de ne plus sentir l’hémoglobine comme s’il s’était transformé en vampire du jour au lendemain…
La seule chose qu’il ait gardé de sa précédente tenue est le collier de Novak, enroulé autour de son poing, et Andy ne sait pas quoi faire d’autre que d’espérer que tout ira bien pour lui le temps qu’il le retrouve, et si possible, qu’il puisse être dans un bien meilleur état que lui…
Andy doit faire les cent pas dans la plaque de Stan, à passer il ne sait combien de fois sous la même lumière artificielle, à éviter de peu de se cogner dans le même bureau, à penser devant la chaise du Suisse, lui répétant que ça ne changera rien de tourner en rond tant que Daniil ne sera pas de retour. Andy ne peut juste pas rester assis, alors que le pire pourrait être arrivé… Après ce qui doit être la cinquième fois qu’il a fait le tour entier de la planque, quand ses muscles commencent à se plaindre de la douleur qui ne veut toujours pas se taire, malgré les soins prodigués en vitesse, Andy finit par s’arrêter et traîner la deuxième chaise de la planque avec lui, pour s’asseoir face à Stan.
‘’Stan, tu as déjà été amoureux ?’’ S’il doit attendre, alors Andy veut savoir pourquoi son ami ne l’a pas jugé en comprenant qu’il préférait passer ses nuits avec un roi
‘’Sérieusement ?’’ Stan soupire en se massant les tempes, la fatigue commençant à se lire sur son visage, ‘’Il y a eu quelqu’un, Andy. C’est tout.’’
‘’Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Pour qu’on se retrouve tous les deux à parler de ça ici ?’’
‘’J’avais besoin de plus de liberté, et lui était aussi un espion à ce moment-là, il préférait suivre les règles du début à la fin.’’ Stan préfère nettoyer son arme plutôt que de le regarder dans les yeux, et Andy commence à regretter de ne s’être jamais intéresser à sa vie privée plus tôt
‘’J’ai l’impression d’entendre mon ex-femme parler de moi… Comment tout s’est terminé entre vous ?’’
‘’Il a refait sa vie en Espagne, et je n’ai plus eu de nouvelles depuis. C’est sûrement mieux comme ça, pour lui, pour moi…’’
‘’Désolé pour toi, Stan.’’
Stan ne fait qu’hausser les épaules en soufflant du nez, une partie de sa douleur encore visible dans ses yeux dès qu’il dépose l’arme sur le bureau, et Andy ne peut pas faire plus que de tapoter son épaule dans un espoir de réconfort, alors qu’il prie intérieurement pour retrouver Novak le plus rapidement possible…
Leur discussion sur leurs chemins amoureux se termine bien vite, quand un jeune homme arrive en courant jusqu’à eux, bien essoufflé et rouge de sa course. Andy échange un regard avec Stan pour savoir si c’est normal, et Stan hoche rapidement la tête, toute la tristesse et la nostalgie disparaissant pour ne montrer que de la confiance envers le nouveau venu. Andy imagine que c’est son assistant, si son ami le laisse venir ici sans vérifier son identité, comme il l’a fait pour lui.
‘’Stan—‘’ Le jeune homme, Daniil, a du mal à entièrement reprendre son souffle, et son accent russe opaque ne l’aide pas à être plus compréhensible
‘’Respire, Dani, prends ton temps.’’ Stan se montre compréhensif en posant sa main sur son épaule, alors qu’Andy aimerait bien savoir au plus vite
‘’J’ai retrouvé la trace des sympathisants magyares !’’ Daniil doit probablement avoir entièrement confiance en Stan, parce qu’il arrête vite de mâcher ses mots, alors qu’Andy entend enfin des informations qui lui plaisent
‘’Toi—‘’ Andy se relève de sa chaise pour venir agripper Daniil par le col, son épaule se plaignant du mouvement soudain, ‘’Amène-moi où ils se trouvent !’’
‘’Hey !’’ Stan les sépare en le regardant droit dans les yeux, sa fatigue disparue l’espace d’un instant revenant vite à charge dans son regard, ‘’Ne fais pas paniquer mon assistant ! On va retrouver Novak et tout ira bien, d’accord Andy ?’’
Andy hoche la tête en s’écartant du petit, ses mains se remettant à trembler alors qu’il regrette presque son impatience quand il voit la dévotion de Daniil pour Stan et leur mission, c’est juste qu’il est à cran... Il n’a plus passé autant de temps loin de Novak sans le savoir en sécurité depuis trop longtemps, et ça ne fait que l’inquiéter un peu plus, alors que sa conscience n’arrive pas à trier les hypothèses et son cauchemar le hantant encore et encore… Un sursaut le ramène au monde réel, quand Stan dépose une arme et des balles dans sa paume, sa main chaude sous la sienne, son regard confiant plongeant dans le sien, parce qu’il ne pourra jamais savoir pour tout ce qui le traumatise au plus profond de lui—
‘’Cette fois, tu ne pourras pas y échapper, si tu tiens tant que ça à le sauver.’’
‘’Je sais.’’
Andy hoche la tête en chargeant son arme, cette fois, il n’est plus question de se prouver qu’il est meilleur moralement qu’un autre, seulement de sauver celui auquel il tient plus que tout au monde… Andy est quand même beaucoup plus rassuré par toute cette opération dès que Stan lui confirme qu’il vient avec lui, parce que s’attaquer à toute une armée, même petite, tout seul et blessé ne l’excitait pas plus que ça. Stan murmure quelque chose à Daniil à propos de la préparation du matériel médical au cas où quelque chose se passerait mal, et Andy espère que le mauvais pressentiment qui provoque un frisson tout le long de sa colonne vertébrale n’est que de la prévention, et pas le présage de quelque chose de plus funeste encore que ses premières cicatrices…
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Ils doivent bien rouler pendant une heure, la vieille Renault de Stan n’appréciant pas spécialement les chemins accidentés qu’ils empruntent, pour enfin arriver à l’adresse que Daniil leur a trouvée, perdue au beau milieu de la forêt qui délimite la sortie de la ville. Il leur reste les deux-cents derniers mètres à parcourir à pied pour ne pas attirer l’attention sur eux avec le bruit du moteur, et il n’y a que la lumière de la lune pour les guider jusqu’à une clairière, ne comportant qu’une petite bâtisse à peine éclairée.
Deux gardes devant la porte, et Stan souffle de faire le tour par derrière pendant qu’il se charge d’eux. En temps normal, Andy argumenterait et ne le laisserait pas s’occuper d’eux tout seul, mais avec une épaule refusant de bouger normalement et une hanche voulant l’envoyer à l’hôpital, il accepte les ordres sans discuter. Il se retrouve à plaquer au sol un soldat avec un brassard vert et rouge, un aigle blanc surplombant les autres couleurs, et Andy n’a plus une seule once de doute en voyant ça ; ils sont bel et bien à la bonne adresse.
Il laisse derrière un corps sans vie, une nuque brisée pour économiser ses balles et éviter de faire trop de bruit pour les autres gardes toujours à l’intérieur, qui pourrait avoir le mauvais réflexe de s’en prendre à Novak avant de sortir de là… Andy ne prendra jamais ce risque, il préfère se rendre les choses plus compliquées plutôt que de mettre un peu plus en danger celui qu’il aime… Il n’entend pas de coups de feu du côté de Stan, alors ça doit être la même chose de son côté. Les vieux réflexes ont la vie dure…
Andy passe par la porte de derrière en vérifiant qu’il n’y ait pas de soldats dans la pièce où il débarque, une espèce de cuisine mal rangée, une croix accrochée au mur, et il se retrouve face à une trappe mal cachée, sous un tapis mal remis. Il sait qu’il y a d’autres gardes dans la maison et que Stan pourrait avoir besoin d’aide, mais Andy sait aussi qu’il ne se le pardonnera jamais d’avoir laissé Novak dans cet enfer rien qu’une minute supplémentaire… Non, c’est hors de question d’attendre rien qu’une seconde plus, alors que Novak est ici depuis bien trop longtemps. Il a promis de le protéger, et il compte bien tenir sa promesse.
Il s’engouffre dans la trappe en descendant peu à peu les escaliers grinçant sous son poids, le bois vieux et usé, et son arme sert enfin, quand Andy colle une balle entre les deux yeux d’un garde devant une porte. Il regarde son corps sans vie tomber sur le sol, et Andy n’a plus qu’à le pousser pour tester la poignée de la porte en acier trempé. Il est à peine surpris de voir que tout lui résiste, évidemment, ça aurait été trop simple de juste appuyer et que tout s’ouvre pour lui… Andy soupire de frustration, avant de pointer son arme à feu sur la serrure et de tirer dessus, pour déjouer le mécanisme et ouvrir la porte. Une journée entière sans Novak, et ce n’est pas une porte renforcée qui va le retenir de le voir plus longtemps…
Andy peut tout de suite sentir que l’air est plus humide ici, le froid se faisant connaître dès les premières secondes, son arme toujours braquée devant lui au cas où quelqu’un aurait la bonne idée de lui sauter dessus, alors qu’il peut entendre Stan faire le ménage là-haut. Andy tâtonne quelques secondes dans le noir pour trouver le petit interrupteur de l’ampoule qui grésille au plafond, et son cœur s’arrête momentanément de battre dans sa poitrine, quand ses yeux s’habituent à la lumière soudaine—
Ce n’est pas comme ça que leurs retrouvailles étaient censées se passer—Andy sent une nausée lui monter, son estomac se retournant dans son ventre, alors que Novak est agenouillé, chacun de ses bras reliés par des chaînes aux murs qui l’entourent… Andy range son arme à sa ceinture, luttant pour calmer son rythme cardiaque soudainement affolé, et plus il passe de secondes à repérer des détails sur le corps de Novak, moins il aime tout ce qui a pu se passer ici…
Il y a du sang partout, tout le long de son torse, plus aucune trace de tissu pour couvrir les anciennes cicatrices blanches qui font tache face aux nouvelles marques, des coupures nettes accompagnées de stries approximatives le long de ses épaules… Andy s’avance silencieusement, ses jambes fébriles à chaque pas qui le rapprochent de Novak, et il pose doucement ses mains sur ses joues pour lui redresser la tête et essayer de le réveiller, mais il n’y a pas une once de réaction derrière ses paupières fermées—non non non, ça ne peut pas se finir comme ça—Andy dépose un petit baiser sur le front de Novak en cherchant désespérément un moyen de susciter une réaction, un instinct, quelque chose… Pour au moins être sûr qu’il n’a pas perdu l’homme de sa vie à tout jamais, alors qu’Andy venait à peine de le retrouver…
Novak—s’il te plaît mon beau tu dois te réveiller—tu sais très bien à quel point je ne peux pas vivre sans toi—par pitié j’ai besoin de toi, de t’entendre rire avec moi, de te voir rater tes smashs, que tu continues de m’accorder plus d’importance qu’à tes ministres parce que ça t’amuse de bousculer l’ordre établi—Oh seigneur, Nole, à quel point je n’arrête jamais de penser à toi, même quand tu es juste à côté de moi—je suis tellement, tellement désolé de t’avoir laissé seul alors que tu avais raison, tu aurais dû venir avec moi—par pitié Nole, je t’en supplie, réveille-toi ! Tu ne peux pas me laisser seul…
Andy lui parle, lui murmure des mots du bout des lèvres qu’il n’est même pas sûr de prononcer correctement à travers ses larmes, alors que ses mains se débattent avec les menottes des chaînes pour les défaire. Le corps toujours rigide de Novak tombe dans ses bras, et Andy passe délicatement ses bras autour de sa taille en faisant attention à ne pas appuyer là où des blessures ont l’air profondes… Il y a tellement de sang, il n’arrive pas à être sûr de ne pas être en train de toucher un endroit sensible…
Il continue de déposer des petits baisers sur son front, en lui murmurant qu’il ne le laissera plus jamais seul à l’avenir et qu’il le tiendra fermement contre lui dans leur lit comme il le voudra s’il veut bien se réveiller… Andy n’a même pas la force d’essuyer les larmes qui creusent des sillons sur ses joues entre chaque s’il te plaît qu’il chuchote, sa voix avalée par son sanglot, il veut juste sentir Novak contre lui et s’assurer qu’il n’est pas encore échoué dans un cauchemar trop réel pour lui…
Un frisson le fait s’écarter du corps de Novak, et un regard noisette encore perdu répond à toute son angoisse, alors qu’Andy n’a plus la force de faire autre chose que de l’embrasser, ses mains retournant se poser sur ses joues pour empêcher sa tête de rouler. Le baiser ne dure pas longtemps, mais c’est suffisant pour lui, parce qu’il peut enfin le faire, et Novak sourit quand un rire nerveux lui échappe, le dos de sa main venant enfin essuyer ses larmes… Seigneur, Andy est tellement heureux de le voir…
‘’A-Andy—‘’ Novak doit recommencer plusieurs fois avant d’y arriver, sa gorge sèche après avoir passé toute une journée ici, ‘’Je suis heureux de te voir ici—‘’ Une quinte de toux l’interrompt en plein milieu de sa phrase, et Andy doit tapoter doucement son dos pour l’aider, ‘’Je n’avais jamais remarqué à quel point tes yeux sont magnifiques…’’
‘’Shh, ne fais pas trop d’efforts…’’ Andy le reprend dans ses bras, surtout pour ne pas que Novak voit son rougissement
‘’Tu me serres trop fort, Andy—‘’
‘’Je ne te lâcherai plus jamais, Nole…’’
Le petit rire fatigué de Novak résonne entre eux, et Andy se fiche que leur position ne soit pas la plus agréable pour sa hanche blessée, ou que son épaule commence à crier de la force qu’il met pour tenir celui qu’il aime contre lui, il veut juste rester comme ça quelques temps, et s’assurer que tout est réel… Novak est vivant, il est blessé mais il est vivant, et Andy ne s’écartera plus jamais de lui… Sa frayeur a trop duré pour qu’il ait envie de la revivre… Non, c’est hors de question que quelque chose arrive encore à Novak.
Leur moment de retrouvailles est interrompu par l’arrivée de Stan, et Andy relève la tête du cou de Novak (où il a déjà déposé bien trop de baisers) pour voir le regard satisfait de son ami. Il sait. Stan s’accroupit à leurs côtés, et Andy remarque directement la trace de sang sur son bras, là où le tissu est déchiré.
‘’Tout va bien ?’’
‘’Une balle m’a frôlé, mais ça ne fait pas trop mal.’’ Andy comprend vite que Stan n’a pas envie d’en parler, et c’est encore plus clair quand Stan envoie un regard aux blessures de Novak, ‘’On ferait mieux de vite partir d’ici, avant que les blessures ne s’infectent…’’
La voix de Stan n’est pas plus haute qu’un murmure pour lui annoncer un diagnostic bien trop réaliste à son goût, et Andy le regarde revenir sur ses deux pieds, avant de l’imiter en se relevant, son bras passant autour de Novak pour le soutenir et l’aider à tenir debout. Il peut voir des gouttelettes de sang rouler sur le sol, et il n’ose pas imaginer ce qui aurait pu se passer s’ils étaient arrivés rien qu’un peu après…
‘’Qui est ton ami ?’’ Les yeux de Novak sont sur le sol pour vérifier chaque pas incertain qu’il fait, mais sa voix est pleine de lucidité
‘’Stan, l’homme que j’étais parti retrouver.’’
‘’Enchanté, votre majesté. C’est la première fois que je sauvais un roi pour être honnête.’’
‘’Eh bien, espérons que ce soit la dernière…’’
Stan et Novak échangent un petit rire, et Andy espère que ça veut dire que Novak lui fait autant confiance que lui, s’il est trop fatigué pour faire la part des choses… Quand Novak manque de trébucher en sortant de la petite bâtisse, Andy prend la décision d’ignorer la douleur brûlante dans son épaule pour le porter sur son dos, et lui donner l’occasion de se reposer.
‘’Un vrai gentleman…’’ Le murmure de Novak dans son oreille pourrait presque être un soupir, tant sa voix est faible
‘’Je préfère me considérer comme un chevalier…’’ Son grognement n’est pas plus haut que son murmure, pour aider le repos de Novak
Son regard glisse vers celui de Stan, posé sur eux, et ses joues rougissent malgré tous ses meilleurs efforts pour s’en empêcher… Andy sait qu’il va en entendre parler pendant un moment, s’il donne à Stan l’occasion d’aborder le sujet… Ils traversent silencieusement les deux-cents mètres les séparant de la voiture, la nuit fraîche faisant taire les dernières traces d’adrénaline dans leur sang, et Andy peut presque sentir le rythme cardiaque de Novak ralentir au fur et à mesure des mètres parcourus…
Quand ils sont de retour à la voiture, Andy dépose doucement Novak sur la banquette arrière, et il constate que son roi s’est rendormi sans attendre, son cœur fondant dans sa poitrine en voyant l’ombre d’un sourire sur ses lèvres… Il l’aime tellement, alors ce n’est pas une surprise pour lui de déposer un énième baiser sur son front, avant de déposer sa veste sur lui, pour le garder au chaud jusqu’à ce qu’ils puissent enfin être à l’abri.
‘’Laisse-le se reposer, Andy. Je te promets qu’il ne va pas disparaître d’ici à ce que nous soyons arrivés.’’
Andy est un peu fatigué des promesses ces derniers temps, mais Stan doit sûrement avoir raison, Novak est en sécurité avec eux maintenant, et fou serait l’homme qui tenterait quoique ce soit pour le lui reprendre… Ce n’est pas pour autant qu’Andy ne passe pas la moitié du trajet à surveiller le sommeil de l’homme qu’il aime plus que tout au monde. Il peut d’ailleurs sentir le regard amusé de Stan sur lui à chaque fois qu’il le fait.
‘’La ferme.’’
‘’Je n’ai rien dit !’’ Même si Stan doit s’y reprendre plusieurs fois pour camoufler son rire
‘’C’est ça…’’
Le reste du trajet se passe dans une bonne ambiance, avec Stan lui parlant un peu plus de son ancien coéquipier, celui qu’il a aimé jusqu’à ce que son cœur ne puisse plus masquer son malheur. Un gentleman, toujours impeccable lors des missions, et apparemment, vu le sourire honnête de Stan, il n’avait jamais vu quelqu’un d’aussi attractif que son Rog quand il était couvert du sang de leurs ennemis, tous les deux engagés dans l’armée à la frontière pour défendre leur territoire pendant la Grande Guerre…
‘’Tu regrettes votre temps ensemble ?’’
‘’Andy…’’ Stan reste silencieux pendant quelques secondes, ses mains serrant un peu trop fort le volant, ‘’On n’aurait plus rien à se dire de toutes façons.’’
C’est la première fois qu’Andy peut voir Stan avec un air aussi sombre sur le visage—il ne semblait même pas aussi sérieux quand il traquait ensemble un fugitif, bien des années plus tôt—mais Stan doit vite s’en rendre compte, parce qu’il reprend vite un sourire habituel, ses doigts bien moins serrés autour du volant, et une nouvelle blague échappant à sa bouche…
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Ils sont de retour dans la planque de Stan avant même qu’Andy n’ait le temps de poser plus de questions à Stan sur sa précédente vie amoureuse, mais plus il y pensait, ses yeux alternant entre le paysage derrière la vitre et le sommeil de Nole, plus il a déterminé que c’était peut-être mieux comme ça, de le laisser tranquille et de ne pas chercher à faire sortir le cadavre du placard, Andy n’aurait pas non plus envie de parler de Kim…
Son épaule proteste toujours un peu quand il porte Novak dans ses bras pour le déposer sur une table de métal dans la planque de Stan, Daniil s’écartant légèrement de lui par réflexe (Andy lui a déjà dit qu’il était désolé d’avoir réagi trop rapidement) alors qu’il enfile des gants, visiblement prêt à opérer. Stan s’asseoit à son bureau sans même chercher à contredire son assistant, mais Andy n’est pas si sûr de vouloir laisser un jeune homme avec les mains qui tremblent s’occuper des blessures d’un roi—de son roi qui plus est…
‘’Tu sais ce que tu fais ?’’ Andy est obligé de demander, parce qu’avec les blessures importantes de Novak sous les yeux, il n’a pas envie que ça s’aggrave
‘’Laisse-le tranquille Andy, Daniil est celui qui me répare habituellement quand les missions m’amochent trop. J’ai tout confiance en lui.’’
La voix de Stan résonne, et Andy peut voir une flamme s’allumer dans les yeux de Daniil, alors il n’a pas d’autres choix que de le regarder faire, ses mains recousant les plaies ouvertes de Novak, et pansant toutes les blessures visibles. Il ne pensait pas qu’il y en avait autant, la pauvre ampoule de la cave n’avait pas mis la lumière sur tous les endroits où la chair a été martyrisée ardemment… Andy finit par détourner le regard, une fois que les marques noires sur le corps de Novak ne font que blesser son cœur au lieu de le savoir enfin en sécurité près de lui…
Ses yeux cherchent autre chose à regarder que le sang et la douleur, et ils remarquent Stan en train de se charger de l’éraflure de balle sur son bras—ça doit faire bien plus mal qu’il a essayé de lui faire croire—et Andy n’hésite pas à aller l’aider, pour payer une partie de sa dette… Vu tout ce que Stan a fait pour lui ces derniers jours, il a encore du travail, mais c’est un bon début. Et au moins, comme ça, il trouve quelque chose à faire pour éviter de refaire les cent pas.
‘’Qu’est-ce que tu comptes faire maintenant ? Retourner en Serbie ?’’ Stan est le premier à parler, alors qu’Andy essaie de le recoudre du mieux possible
‘’Ce n’est toujours pas possible pour le moment, le gouvernement anglais enverra toujours plus d’agents pour tuer Novak et venir me récupérer… Je ne peux pas prendre ce risque.’’ Sa voix est aussi sérieuse que ses mouvements, alors qu’il devient meilleur avec l’aiguille à chaque mouvement
‘’Mais j’imagine que tu as quand même quelque chose en tête.’’
‘’On doit profiter du fait que le gouvernement ne soit pas encore au courant de la mort de Zverev pour rester le plus discrets possible, et récupérer la femme de Novak.’’
‘’Où est-ce que tu as bien pu l’envoyer ?’’ Stan grimace pendant quelques secondes, quand Andy fait un faux mouvement
‘’Tu sais très bien que je ne peux pas te répondre, Stan.’’
‘’Tu n’as pas un cœur si mou que ça alors, quand tu ne parles pas de l’homme de ta vie…’’ Stan et lui échangent un rire, Andy faisant de son mieux pour finir son travail
‘’Je t’assure que je tuerai quand même n’importe qui essayant de l’approcher.’’
‘’Ah, ça c’est le Andy que je connais.’’
Le rire de Stan réchauffe son cœur, et Andy se prend au jeu en riant avec lui, plutôt fier d’avoir réussi à recoudre son épaule sans rien aggraver (évidemment, il ne dira jamais à Stan que c’était la première fois qu’il faisait ça). Il lance un regard vers la table d’opération, et quelque chose en lui est soulagé de voir que Daniil a l’air de savoir ce qu’il fait, même si ça fait beaucoup trop de linges imbibés de sang pour lui…
‘’Alors, tu as un plan pour la suite ? J’imagine que tu ne comptes pas rester en Suisse.’’
‘’Eh bien, j’adorerais retourner en Écosse,’’ Andy hausse les épaules en revoyant des souvenirs de son pays natal dans sa mémoire, ‘’mais c’est sûr que chaque bateau sera surveillé, alors ça ne sera pas facile de faire infiltrer le roi d’un pays à risque comme si de rien n’était…’’
Le regard de Stan s’éclaire pendant quelques secondes, et Andy sait déjà qu’il va entendre la pire des idées, alors que son ami trifouille dans ses tiroirs…
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Andy ne sait pas pourquoi il a accepté, mais maintenant qu’il se retrouve sur l’un de ces nouveaux paquebots de croisière flambants neufs, il commence sérieusement à regretter d’avoir autant confiance en Stan… Une semaine de voyage pour arriver en Espagne, et même s’il doit reconnaître que le soleil italien était agréable sur leurs peaux blessées quand ils étaient sur le vieux port de Toscane, à siroter des cocktails cachés sous leurs chapeaux et derrière leurs lunettes de soleil, Andy n'a pas vraiment envie de s’attarder plus longtemps sur un voyage qui ne les amène même pas au bon endroit. Sans oublier qu’il lui a fallu deux jours pour s’adapter au roulis…
Au moins, Novak a l’air de s’amuser, quand il commande la moitié de la carte en room service pour son petit-déjeuner. Andy sait très bien qu’il lui a dit de s’économiser pour retrouver le plus rapidement ses forces, mais il ne pensait pas vraiment que Novak le prendrait au pied de la lettre, ou en tout cas, pas à ce point, parce que Novak n’a jamais été très bon pour suivre les ordres…
Évidemment, Andy est heureux de vite le voir se remettre sur pieds, surtout après le premier réveil de Novak sur la table d’opération de la planque de Stan, son torse et son dos couverts de bandages, mais la manière avec laquelle Novak choisit spécifiquement sa nourriture comme un maniaque pour être le plus efficace, le plus rapidement possible… Andy voulait juste le voir en forme, pas toujours en train de s’entraîner comme s’il se préparait pour les Jeux Olympiques ; c’est sûr que son corps est parfait, mais il n’a pas besoin de passer autant de temps à le muscler sur le parquet de la chambre…
Mais à chaque fois qu’il réussit à se convaincre d’aller lui en parler, quand Novak semble plus absorbé par sa série de tractions que par les potentiels tueurs à sa recherche qui pourraient se trouver sur le bateau, Andy ne peut que repenser au premier moment d’intimité qu’ils ont eu après leurs retrouvailles ; le collier qu’il a fait glisser autour du cou de Novak, avant de doucement déposer ses lèvres sur les siennes pour s’assurer une bonne fois pour toutes qu’il était bel et bien là… Les mains de Novak sur ses épaules, et son regard intense plongeant dans le sien… Des mots à peine prononcés témoignant du lien incassable entre eux…
Andy en a des frissons rien qu’en y pensant, traversant son corps de la tête aux pieds, passant par chacun de ses muscles et s’insinuant à travers sa colonne vertébrale, et il ne peut pas se permettre de tout gâcher parce que Novak a décidé de rajouter un peu plus de muscles sur son corps déjà parfaitement sculpté, comme l’une de ces statues grecques ayant survécu au passage du temps, ou parce qu’il a décidé d’abandonner la moitié de ce qu’il mangeait avant… C’est juste qu’il a le pressentiment étrange que Novak ne fait pas ça pour les bonnes raisons.
C’est leur dernière soirée sur le paquebot avant qu’ils n’arrivent enfin à Valences, et Andy s’est presque habitué au mal de ventre, à ses jambes tremblotantes à chaque fois qu’il se rapproche des rambardes donnant directement sur la mer et les vagues… Novak a réussi à le convaincre de le faire sortir de leur cabine pour aller voir la mer sous la nuit étoilée, pour profiter de la fin de leur croisière, avant de retoucher la terre ferme le lendemain matin.
Ce n’est pas leur première sortie nocturne, ils ont bien fait une partie de tennis sur le pont du bateau avant d’être rappelés à l’ordre par l’un des matelots, mais quand Andy s’autorise à prendre ce genre de risques, c’est parce qu’il sait qu’ils seront à l’abri des attaques, et que personne ne pourra les reconnaître grâce à l’anonymat nocturne. Mais Andy sait aussi qu’il y a toujours un peu de monde à la nuit tombée sur la poupe, pour faire comme eux, et regarder les constellations.
Nole et lui sont accoudés à l’une des barrières sur la poupe, et leurs regards tracent des lignes entre les étoiles, ou alors ils regardent les reflets des astres sur les légères vagues causées par le bateau. C’est agréable, de pouvoir ne s’inquiéter de rien pendant quelques minutes, la main de Novak posée sur la sienne, aucun tremblement ne venait perturber leur calme, malgré la brise maritime nocturne. Andy ne sait pas si c’est le bon moment pour parler de tout ce qui tourne en boucle dans sa tête depuis qu’ils ont embarqué, mais il veut profiter du silence ambiant pour enfin exprimer ce qui commençait à le ronger…
‘’Novak—‘’
‘’Andy—‘’
C’est assez amusant pour le signaler, mais c’est aussi le moment que Novak a choisi pour s’exprimer, et ils échangent un sourire, et puis un rire, devant leur surprise, leurs regards se rencontrant pour partager cette bonne humeur. Andy n’est pas sûr que le reste de la discussion sera aussi agréable, alors il en profite…
‘’Toi d’abord.’’ Andy lui souffle en reportant son regard vers la mer
‘’Tu es sûr ?’’
‘’Mais oui. Tu sais à quel point j’aime t’entendre parler.’’
‘’Flatteur.’’ Novak lui sourit, avant de faire comme lui et de se concentrer sur les vagues noires face à eux, ‘’On avait l’habitude de se rendre à la plage, en Croatie, avec ma famille quand mes frères et moi étions encore enfants, tu sais, quand notre père nous autorisait à laisser l’école de côté pour passer un peu de temps en famille… Je me souviens de tous ces bons moments, la mer plus bleue qu’aucune autre mer, et toute la joie à chaque fois qu’on jouait tous ensemble… Je n’arrive pas à savoir quand tout a commencé à être aussi dramatique…’’
‘’Peut-être à cause de la guerre ?’’ Andy ne fait que lui souffler sa réponse, sa main caressant doucement la sienne devant le regard absent de Novak
‘’Non, Andy, ça a commencé bien avant tout ça…’’ Novak secoue la tête, ses doigts se resserrant autour de la rambarde, ‘’J’imagine que tout découle de mon service militaire : mon père m’a forcé à le faire rapidement, dans l’espoir que je fasse carrière dans l’armée, au lieu de me laisser jouer au tennis…’’
‘’Je vais tout faire pour t’offrir la vie dont tu rêves.’’ Andy tient sa main un peu plus fort qu’avant, il sera toujours avec lui maintenant, il ne part plus
‘’Oh Andy—C’est impossible.‘’ Novak a un rire honnête pendant quelques secondes, ses doigts s’entremêlant aux siens, ‘’Alors, qu’est-ce que tu voulais me dire ?’’
Andy soupire pour se préparer à ce qu’il va lui dire. Il ne pensait pas un jour passer par cette confidence, encore moins alors que Novak a toujours été parfait et l’image même de tout ce dont il avait toujours rêvé avant. Tout ce qu’il n’a jamais mérité, et qui pourtant lui a été offert… Mais il n’a plus vraiment le choix maintenant, il n’arrivera pas à reculer sur ses propos maintenant que Novak sait qu’il a quelque chose à lui dire, et il le saurait, si jamais il mentait.
‘’Novak, tu sais que je dois être honnête avec toi—je n’aime pas te voir mettre ton corps à mal comme ça, te pousser à bout et finir à moitié mort le soir après des heures d’entraînement comme si j’étais incapable de te protéger—ça me stresse ! C’est moi qui suis censé assuré tes arrières, et maintenant j’ai juste l’impression d’être un poids mort…’’
Novak cligne des yeux plusieurs fois sous le coup de la surprise sans rien dire, les engrenages dans son esprit se mettant en route pouvant presque être visibles, avant de sourire délicatement, ses mains se posant sur ses joues comme si Andy ne venait pas d’être bien trop honnête—
‘’Andy, c’est aussi à moi de te protéger ! Tu risques ta vie pour moi sans arrêt depuis qu’on est partis, c’est normal que ça n’aille pas que dans un sens. Après avoir perdu contre Zverev, j’ai compris à quel point je m’étais trop reposé sur mes lauriers, je dois devenir plus fort, pour que tu n’aies plus jamais à te mettre en danger pour moi…’’
Novak dépose un léger baiser sur sa joue après avoir vérifié que personne ne les surveillait, et Andy sent son cœur se tordre dans sa poitrine, alors qu’il doit s’accrocher un peu plus fort à la rambarde…
‘’Nole…’’ Un soupir de fatigue traverse ses lèvres sans qu’il ne puisse le contrôler, ‘’Ça ne devrait pas être le cas. J’ai promis de te protéger et je ne veux pas te voir te jeter dans le feu de l’action pour moi…’’
‘’Vraiment ?’’ Andy s’y attendait, mais aucun de ses mots n’a l’air de plaire à Novak, même s’il reste toujours calme, seuls ses yeux trahissant sa colère, ‘’Andy, je reste un soldat. Je peux te protéger, tu peux avoir confiance en moi sur ça.’’
‘’Tu es quelqu’un de valeur, tu ne devrais pas avoir à faire ça…’’ Il n’arrive pas à retenir sa phrase de se transformer en grognement, mais il y a cette frustration grondant en lui qu’il n’arrive pas à expliquer
‘’Peu importe mon rang, Andy ! Je ne compte pas te regarder te vider de ton sang pour moi sans rien faire !’’
Novak hausse le ton, et Andy n’a pas le temps de trouver quelque chose à répondre qu’il le voit vite quitter la poupe et l’ancien calme maritime—qu’Andy vient de saborder comme l’idiot qu’il est—sûrement pour retourner à leur cabine. En tout cas, Andy l’espère, parce qu’il n’ose pas imaginer tout ce qui pourrait se passer en pleine nuit sur un bateau… Son cœur recommence à battre trop vite à cause de ses regrets, alors qu’il pensait s’être enfin débarrassé de tout ça, mais Andy ne trouve pas la force d’aller réparer son erreur, parce qu’il ne saurait pas quoi dire…
Il ne sait pas combien de temps il reste à fixer les vagues s’échouer les unes contre les autres à cause du bateau, mais quand Andy se décide à retourner à leur cabine, il n’a toujours pas trouvé de mots miracles… Tout est silencieux et sombre dans la cabine quand il rentre, et son cœur s’allège quelques secondes en voyant que Novak est juste allongé dans son lit, sans rien ni personne pour menacer sa vie. La réalité de la situation lui revient droit dans la figure, quand il s’allonge de son côté du lit, sans avoir le courage de prendre Novak contre lui…
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C’est après une nuit horriblement longue qu’ils arrivent enfin au port de Valence, et vu l’air sombre sur le visage de Novak au réveil, Andy doit sûrement prendre la bonne décision quand il reste silencieux. Ce n’est pas comme s’il avait des choses à dire, parce qu’il a la sensation frétillante sous la peau qu’aucune de ses excuses ne serviraient à quelque chose… Alors, oui, c’est probablement mieux de ne rien dire pour le moment, d’attendre que les choses se fassent par elles-mêmes. Il avait essayé de parler avec Kim de tout ce qui n’allait pas dans leur couple, et la seule chose qu’il a appris du divorce, c’est de ne rien espérer d’une situation désespérée.
Son cœur a beau tressaillir en voyant Novak remettre ses lunettes pour cacher son identité, Andy sait rester à sa place, même si ça doit être celle du compagnon de voyage ayant tout gâché, alors il ne fait que le suivre et être à ses côtés sans le toucher. Il ne trouve même pas les mots pour expliquer à quel point la demi-journée de route de Valence vers Madrid se fait dans un silence pesant, Andy conduisant et Novak avançant dans la lecture de sa Bible dans un faux calme, la rigidité dans ses mouvements trahissant sa colère… Il sait qu’il a merdé, mais Andy n’arrive toujours pas à trouver quelque chose à dire pour détendre l’atmosphère.
Andy a sûrement l’air d’un idiot incapable de s’exprimer par lui-même quand ils arrivent enfin devant le palais royal de Madrid, là où Stan les a envoyés trouver du soutien. Stan a toute sa foi, mais il n’arrive pas à être entièrement en confiance en sachant qu’ils vont s’aventurer dans un nouveau palais, alors que le dernier a brûlé, alors qu’un assassin professionnel les y attendait, alors qu’ils n’ont aucune idée de qui chercher… Donc Andy n’est pas rassuré, quand Novak énonce clairement aux gardes qui il est, en demandant une audience avec le roi—
Putain.
Andy pensait connaître la royauté, après autant de temps passé auprès de Novak, mais il comprend qu’il a encore beaucoup de choses à apprendre, quand le roi d’Espagne abandonne vite son sérieux et toutes les responsabilités qui vont avec pour venir prendre Novak dans ses bras. Un regard avec l’homme qui était aux côtés de Rafael Nadal, et Andy comprend qu’il n’est pas le seul à être surpris de la proximité inattendue entre le roi de la Serbie et le roi d’Espagne…
Une part de lui est affreusement jalouse de ce qu’il a sous les yeux, quand Novak a l’air de ne pas vouloir s’écarter de l’autre roi, alors Andy préfère détourner le regard, pour explorer des yeux le salon dans lequel on les a amenés. Dorure, peintures d’anciens rois aux murs, plafond représentant une fresque catholique ; ça lui fait affreusement penser à Belgrade, et Andy n’aime pas ressentir cette pointe de nostalgie dans son cœur, alors qu’il a un peu plus adopté la Serbie dans son cœur qu’il ne le pensait… Ses yeux glissent sur l’autre homme, celui qui se tient derrière Nadal, et Andy ne peut qu’automatiquement remarquer ses poings serrés, l’une de ses mains un peu trop près de son fourreau à son goût.
Andy ne risque pas de comprendre ce qu’il se passe, parce que Novak a l’air de suffisamment parler espagnol pour rattraper le temps perdu avec ce qui doit être un vieil ami. Un très bon ami, vu comment ses mains descendent bien trop bas sur les hanches de Novak à son goût… Andy ne devrait pas laisser sa jalousie gagner, mais il est loin d’être aveugle, et s’il en croit le regard noir de l’autre homme (ça doit être une espèce de garde-du-corps) posé sur Novak, il ne doit pas être le seul à vouloir récupérer son roi…
Novak doit comprendre ça plus vite que Nadal, parce qu’il repasse en anglais pour le présenter et lui expliquer tout ce qu’ils ont fait ensemble, depuis qu’ils se sont rencontrés, mais surtout depuis que le gouvernement anglais veut les détruire, sans vraiment extrapoler sur la partie où ils couchent ensemble… Quelque chose s’éclaire dans les yeux de Nadal quand il passe son regard de Nole à lui, mais Andy remarque surtout le regard de Novak sur lui. Le Serbe ne semble pas vouloir regarder ailleurs, et en même temps, Andy ne peut y lire aucune émotion particulière—il n’a aucune idée de ce que ça veut dire, mais il ne doit pas être le seul d’entre eux à penser à leur relation au moment même où Nadal se racle la gorge pour les ramener à lui.
‘’J’ai oublié de vous présenter mon plus fidèle soutien, si.’’ Nadal fait un mouvement de tête vers l’homme se tenant toujours derrière lui, son regard un peu moins sombre qu’avant mais pas pour autant amical, ‘’Mon vaillant protecteur, Roger.’’
Andy est prêt à mettre sa main à couper que Roger est plus pour Nadal qu’un protecteur au vu de ses regards appuyés pendant son embrassade avec Novak, mais il ne pense pas que ce soit quelque chose à dire pour une première rencontre avec le personnes qui sont censés leur rendre la vie plus facile pendant quelques temps. Alors, à la place, Andy se contente de lui serrer la main, et de remarquer un nouveau regard noir vers Novak. Vraiment jaloux, donc.
‘’Excusez-moi, votre majesté, seriez-vous prêt à nous aider à rejoindre l’Angleterre sans que le gouvernement anglais n’en soit au courant ?’’ C’est bizarre, de prendre la parole après autant de silence, et surtout d’appeler quelqu’un par son titre
‘’Appelez-moi Rafa, si.’’
‘’Oh…’’ Andy ne s’attendait pas vraiment à cette réponse, et il n’est pas sûr de savoir quoi en faire, dès qu’il voit Roger rouler des yeux derrière lui
‘’Rafa, j’ai une épouse enceinte à retrouver, et je sais que tu peux me comprendre.’’ Le regard de Novak se pose dans celui de Rafa, et Andy a l’impression de ne plus exister, sous l’intensité de leur échange silencieux
‘’Hm.’’ Rafa doit peut-être peser le pour et le contre cinq secondes, ses yeux toujours plongés dans ceux de Novak, ‘’D’accord !’’ Un large sourire éclaire son visage, et ça a l’air d’être contagieux, parce que Novak sourit aussi
‘’Vraiment ? C’est tout ? Vous savez que vous vous embarquez dans notre chasse à l’homme à travers l’Europe ?’’ Andy refuse de croire qu’il existe quelqu’un d’aussi inconscient, et qu’il soit roi
‘’Si.’’
Rafa a l’air atrocement sérieux en lui répondant, son regard se posant dans le sien sans trembler une seule fois, et Andy ne peut que soupirer en essayant de comprendre à quel point sa vie a perdu toute logique depuis quelques temps… Il détourne le regard pour voir la réaction de Novak, et son cœur ne fait que se tordre dans sa cage thoracique, en voyant que son petit sourire est toujours en place—il a plus sourit en cinq minutes près de Rafa qu’avec lui depuis la soirée de la veille, et Andy déteste absolument toute cette pensée… Heureusement, Roger est le seul qui a l’air d’avoir la tête sur les épaules, parce qu’il racle sa gorge à son tour pour attirer l’attention.
‘’Rafa, ce n’est pas une bonne idée de s’impliquer dans les affaires étrangères d’un pays qui ne nous concerne pas directement… Et ce sont des fugitifs…’’ Les murmures et les regards oscillant entre eux ne sont pas spécialement discrets, et au combien Andy apprécie qu’ils ne soient pas entièrement stupides, il aurait aimé que le jugement se fasse loin d’eux
‘’Eh, Nole a besoin d’aide, no ? Je ne le laisse pas se faire tuer, Rogelio.’’ Rafa hausse simplement les épaules face à Roger, son insouciance masquant presque entièrement sa fermeté
Andy ne sait pas s’il hallucine quand il entend Novak murmurer un petit gracias, mais ce qui est sûr, c’est que ses yeux accrochant facilement le moment où la main de Roger se pose sur le fourreau de l’épée à sa taille, visiblement prêt à dégainer contre eux, alors qu’ils n’ont strictement rien fait de suspect depuis qu’ils sont arrivés ici…
‘’Rafa, pouvons-nous aller parler au calme ? Sans perturbateur ?’’
Andy ne sait pas vraiment pourquoi il intervient, mais il ne peut pas laisser un homme entraîné et armé près de Novak plus longtemps. Peut-être que sa remarque fait mouche autrement qu’il ne l’espérait, parce qu’il y a le bruit de l’acier frottant contre le cuir, et une lame trempée se retrouve tendue vers lui, la pointe froide touchant sa gorge—Mais même sous la menace d’une mort vive, Andy est surtout terrifié par le réflexe de Novak, quand il l’a vu dégainer une arme à feu de derrière sa veste sans même trembler, pour la pointer en direction de la mâchoire de Roger—
Il a une centaine de questions en tête—quand est-ce que Novak a bien pu lui prendre son arme—mais Andy ne peut que serrer les dents en espérant qu’aucun des deux ne fasse le mouvement de trop—il tient à sa gorge—leurs regards noirs s’entrechoquant et ne voulant pas relâcher la pression adverse, alors que Rafa pose une main bien trop sereine à son goût sur l’épaule de Roger… L’idée de faire la même chose avec Novak pour l’empêcher de tirer lui vient en tête, mais il se souvient vide du froid glacial entre eux, alors il se contente de murmurer Nole pour le rappeler à l’ordre à son tour.
Les deux hommes rangent chacun leurs armes en continuant de surveiller les mouvements de l’autre, et Andy est presque sûr qu’il pourrait palper la tension qu’il y a entre eux, tant elle est épaisse, intoxicante et ça en devient irrespirable… Le petit rire nerveux de Rafa détend un peu l’atmosphère, mais ça n’empêche pas Novak et Roger de se regarder en chien de faïence quand Rafa répète qu’il va les aider à se rendre en Angleterre—sûrement pour faire comprendre à Roger qu’il n’y a plus à débattre—mais qu’ils vont devoir attendre le lendemain matin pour que tout se mette en place. Andy le remercie probablement plus qu’il ne le devrait, jusqu’à ce qu’ils se séparent tous…
Avec Novak en possession de son arme (sachant visiblement s’en servir rapidement), et la colère silencieuse entre eux qu’il n’arrive toujours pas à apaiser—parce qu’il est un putain d’idiot incapable de trouver sa place dans tout ce marasme—Andy décide de le laisser seul quelques heures. Il n’aime pas revenir sur sa promesse d’être tout le temps avec lui, mais il est aussi prêt à le croire capable de se défendre ; ses propres capacités une nouvelle fois remise en cause par le temps de réaction surhumain de Nole et Roger…
Andy ne sait pas s’il s’est adouci depuis qu’il a rencontré Novak, ou s’il était déjà comme ça quand Kim a demandé le divorce, mais il n’aime pas ce qu’il est en train de devenir… Son esprit lui souffle la remarque de Stan, comme quoi il serait en train de s’adoucir, et Andy est obligé de se demander si ses mains tremblantes avaient pu être évitées, s’il avait achevé Zverev lui-même… Il ne sait pas combien de lots d’excuses il doit à Novak, parce que c’est vrai, et il déteste avoir à se l’avouer comme ça, mais il a besoin d’être protégé. Son égo lui empêchait juste de le voir.
Un soupir lui échappe, là où il est accoudé à une balustrade, après avoir fait le tour du palais madrilène, à la recherche de quelque chose de louche sans jamais rien trouver… Andy doit apprendre à faire confiance, alors il va croire que la sécurité du palais puisse protéger Novak, au cas où quelque chose tournerait au vinaigre. C’est sûr qu’avec la guerre, il a appris à tout gérer tout seul, à ne dépendre que de lui-même, alors devoir reporter tout ça sur quelqu’un qui n’aurait jamais dû être impliqué dans tout ce bordel… Andy n’est plus bien sûr de savoir à quoi il sert.
Ses élucubrations prennent vite fin, ses yeux perdus dans les étoiles, quand il est rejoint au balcon par Rafa—son uniforme royal à moitié retiré, plus que sa chemise blanche froissée pour faussement couvrir les marques d’amour sur sa gorge—Andy n’avait décidément pas tort ; alors il y a vraiment un autre idiot que lui pour être tombé amoureux d’un autre homme, un roi en plus de ça… Il fait encore un peu chaud pour une soirée d’automne, mais ce qui fait vraiment rougir ses joues, c’est la question que Rafa lui pose…
‘’Vous l’aimez ?’’
‘’N-Nole ?’’ Andy bégaye sous le coup de la surprise, ses joues devant probablement être rouges maladives maintenant
‘’Eh, il y a quelqu’un d’autre pour qui vous feriez tout ça, no ?’’ Le sourire de Rafa semble innocent, mais Andy se sent surtout piégé face à sa question
‘’Non, j’imagine que c’est vrai… Il n’y a que pour lui que je ferais tout ça.’’ Andy sourit à son tour en admettant sa défaite
‘’Pourquoi vous n’êtes pas avec lui ahora ?’’
Ce n’est pas quelque chose dont il devrait parler avec un autre roi, leur couple est déjà suffisamment un problème parmi les frontières de la Serbie pour qu’il puisse trouver sa place, mais il y a un éclat bien trop honnête dans les yeux de Rafa pour qu’il ne lui fasse pas confiance… Et puis, Rafa a l’air de connaître Novak depuis plus longtemps que lui… Alors Andy lui explique à quel point il a merdé en voulant juste le protéger, et Rafa grogne quelque chose en espagnol, en secouant la tête. Andy imagine qu’il a vraiment tout raté.
‘’Allez lui parler, vamos, au lieu de rendre les choses pires !’’
‘’Mais je ne sais pas quoi dire !’’ Andy ne voulait pas se faire menacer par ses problèmes amoureux de cette manière, Rafa d’un coup bien trop proche de lui pour plonger son regard dans le sien
‘’Il faut juste être honnête, si ?’’ La voix de Rafa s’adoucit soudainement, et Andy sent son cœur rater un battement dans sa poitrine, ‘’Nole doit déjà vous avoir pardonné.’’
‘’V-Vraiment ?’’
‘’Vous avez vu comment Roger m’a défendu, et c’était pareil pour Nole. Igualmente amor.’’
‘’Le même… amour ?’’
‘’Si.’’
Il ne sait pas s’il est poussé par l’élan de confiance que lui a procuré Rafa, mais Andy se retrouve presque à courir dans les couloirs du palais, pour atteindre le plus rapidement possible leur chambre, et faire ses excuses à Novak d’avoir été aussi stupide—Il est essoufflé quand il toque à la porte avec leur code secret (son esprit lui criant soudainement qu’il devrait en changer sans attendre), son cœur battant à ne plu rompre dans sa poitrine, alors que tout un tas de mots tournent en boucle dans son esprit pour choisir ceux qui seront les bons…
‘’Andy ?’’
Novak vient lui ouvrir, et Andy pousse un petit souffle de soulagement, en voyant qu’il va bien et que l’air sombre sur son visage a disparu. Il doit se retenir de le prendre dans ses bras, de l’embrasser ou de se mettre à genoux devant lui, pour ne pas paraître un plus stupide qu’il ne l’est déjà, essoufflé et trempé de sueur après s’être perdu pendant dix bonnes minutes, mais Novak le laisse quand même rentrer, un sourcil haussé en attendant qu’il se calme. Andy ferme la porte derrière eux pour assurer leur intimité, sa bouche encore sèche, mais désespérée de tout lui expliquer…
Écoute Novak, j’ai été complètement stupide avec toi et je m’en rends compte, j’aurais dû—
C’est quand il commençait son discours d’excuses qu’une solution inattendue se présente à lui, les lèvres de Novak se posant sur les siennes, et sa langue prenant le contrôle de sa bouche sans qu’Andy ne cherche à lutter. C’est chaud et authentique et parfait, et il aurait aimé que rien ne puisse leur arriver, pour qu’il n’ait pas besoin de briser le baiser dès que sa hanche lui brûle, l’une des mains de Novak ayant glissé trop bas pour le moment—Andy pose ses mains sur les joues de Novak pour les séparer, dans une tentative de reprendre son souffle une bonne fois pour toutes et enfin exprimer à celui qu’il aime tout ce qu’il ressent…
Oh seigneur, Novak—tu ne peux pas savoir à quel point je suis désolé de t’avoir mal compris—j’ai été aveugle mais maintenant je m’en rends compte que j’ai aussi besoin de toi comme ça—j’ai besoin que tu te battes à mes côtés, j’ai confiance en toi et j’avais juste trop peur pour le voir…
Novak le regarde fixement droit dans les yeux pendant plusieurs secondes, pendant lesquelles Andy remet toutes ses excuses en question—est-ce qu’il a dit quelque chose qu’il n’aurait pas dû ? Il ne voit pas comment il aurait pu être plus honnête, et c’est un conseil qui venait de Rafa lui-même—jusqu’à ce que Novak entremêle ses doigts aux siens pour l’attirer jusqu’au lit, et Andy sent toute la pression quitter ses épaules en moins d’une seconde, dès que sa tête se retrouve sur les genoux de Novak , des doigts jouant avec ses boucles… Andy se détend inconsciemment, son regard dévorant le sourire de son roi pour s’assurer que Rafa avait raison. Novak lui a vraiment tout pardonné.
Andy ne sait pas combien de temps ils passent comme ça, Novak caressant doucement ses cheveux et lui murmurant des passages du livre qu’il s’amuse à lire en même temps, mais il sait que son cœur est reposé dans sa poitrine, et aucune de ses blessures ne fait mal. À un moment, il se décide à se redresser dans le lit, et Andy dépose un nouveau baiser sur les lèvres de Novak, alors que ses mains viennent attraper ses poignets pour les renverser sur le lit, les jambes de son Serbe passant presque instinctivement autour de sa taille… Andy aime ce qu’il voit, quand il ouvre légèrement le peignoir de Novak, des muscles dessinés et des cicatrices récentes se fondant dans la masse des anciennes, des marques qu’il ne peut pas s’empêcher d’embrasser délicatement…
‘’Alors, est-ce que je devrais m’inquiéter que Rafa t’aime bien ?’’ Andy laisse une dizaine de petits baisers sur la peau de Novak, un sourire apparaissant en entendant son petit couinement
‘’Andy…’’ Son soupir est sa seule réponse pendant un moment, parce qu’un gémissement remplace les mots quand Andy mordille la peau sous son nombril, ‘’Je n’ai pas eu le temps de faire beaucoup de rencontres officielles avec des hauts dirigeants, mais je fais toujours en sorte de leur laisser une bonne impression.’’
‘’En couchant avec eux ?’’ Andy ne sait pas si c’est de l’amusement ou de la jalousie qui le pousse à mordre à pleines dents le téton de Novak, mais il laisse une belle marque derrière lui
‘’Andy !’’ Novak pose ses doigts dans ses cheveux pour l’empêcher de recommencer, et Andy peut voir à quel point son visage est rouge, dès qu’il glisse ses lèvres jusqu’à sa mâchoire
‘’Est-ce que Rafa t’a mordu comme ça ?’’ Il peut sentir le frisson qui traverse Novak, dès qu’il lui souffle tout ça dans l’oreille
‘’Je n’ai couché qu’avec Rafa, et c’était bien avant de te rencontrer, Andy. Et de toutes façons, Rafa a l’air d’avoir trouvé l’homme de sa vie, dommage pour ton ami Stan.’’
Andy doit relever la tête du creux du cou de Novak en entendant ça, parce qu’il n’est pas sûr de comprendre tout ce qui vient d’être dit. Qu’est-ce que Stan a à voir avec Roger ? Son froncement de sourcils doit être très visible, parce que Novak sourit en le voyant, l’une de ses mains se posant sur sa joue pour le ramener où il était avant.
‘’Roger coche toutes les cases de l’ancien partenaire de Stan. Suisse, strict, et puis, nous sommes en Espagne.’’
‘’Tu nous as écoutés dans la voiture ?’’
‘’Ce n’est pas de ma faute si vous parliez aussi fort…’’
‘’Oh toi…’’
Andy rit avant de relever la tête pour embrasser Novak, et aucun membre de la garde royale n’aura jamais le plaisir de savoir ce qui peut se passer, dès qu’il réussit à le faire sortir de son peignoir, parce que le reste de la soirée leur appartient…
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En se réveillant, le lendemain matin, Andy est obligé d’avouer que tout ça lui avait manqué ; un vrai lit, pas comme la contrefaçon du paquebot, et cette sensation agréable d’être en sécurité, même s’il sait que tout est relatif. Le corps chaud de Novak cloîtré contre le sien, et son rythme cardiaque apaisé lui permettant de garder le sien au repos. Andy n’échangerait ça pour rien au monde. Il est à peine surpris de sentir des lèvres déposer des baisers sur sa nuque, et de voir qu’un regard noisette intense sonde son âme. Leurs vêtements sont déjà sur le sol, alors il n’y a plus vraiment d’effort à faire pour qu’ils se remettent à explorer le corps de l’autre, si ce n’est se débarrasser de l’épaisse couverture…
‘’Señor Djokovic ! Señor Murray !’’
Andy échange un regard avec Novak, et ils partagent probablement la même pensée, alors que la voix derrière la porte semblait pressée… Un jour peut-être, ils pourront partager quelque chose sans risque pour leur vie, et sans interruption. Andy est prêt à se relever, mais Novak l’embrasse rapidement, avant de lui murmurer qu’il s’en charge, son peignoir retrouvant vite sa place sur son corps marqué, pour son plus grand malheur… Novak et le garde échangent des phrases en espagnol qu’il ne comprend pas, et il est seulement soulagé de voir que c’était vraiment un garde, dès que la porte se referme et que Novak le rejoint dans le lit.
‘’Qu’est-ce que c’était ?’’ Andy n’aime pas spécialement voir Novak fouiller dans sa valise comme un maniaque, encore moins pour en ressortir son uniforme
‘’Nous sommes invités à partager le petit-déjeuner avec son altesse royale.’’ Novak lui envoie un costume au visage, et Andy comprend que ce n’est pas que pour manger qu’ils vont y aller
‘’Rafa sait que tu ne reviendras pas dans ses bras ?’’ Il a toujours en tête cette embrassade bien trop physique à son goût
‘’Andy. Il n’y a que toi et tu le sais très bien.’’
Novak prend son visage entre ses mains, son front posé contre le sien, et Andy lui fait entièrement confiance, derrière ses paupières fermées, ses bras passant autour de sa taille pour le ramener le plus possible à lui. Il peut sentir les cicatrices sous ses mains, tous ces endroits où la peau a encore besoin de temps, et il pourrait passer toute sa journée comme ça, mais Novak le rappelle à l’ordre en se séparant de lui pour aller s’habiller.
Andy n’a pas vraiment eu le choix, mais il va quand même dire qu’il a fait un effort vestimentaire, même si ses yeux étaient plutôt concentrés sur les gestes de Novak. Il essaie de mettre de l’ordre dans ses boucles, jusqu’à ce qu’il se décide que c’est ce qui fait son charme (du moins, il a déjà réussi à séduire un roi, alors en convaincre un autre qu’il n’est pas entièrement stupide…) Apparemment, ce n’est pas l’avis de Novak, parce qu’il y a vite une paire de ciseaux entre ses mains pour couper les boucles qui ne lui plaisent pas. Andy n’avouera jamais à personne qu’il a presque aimé ce moment de vie simple, sans danger et sans obligation, juste Novak contre lui…
Dans tous les cas, ils se retrouvent assis autour de cette grande table de repas dans une large salle toujours couverte de dorure et de portraits, et Andy est rassuré qu’ils n’aient pas décidé de respecter les traditions, parce qu’il n’aurait pas supporté d’avoir Novak tout au bout de la table, Rafa à l’autre extrémité, et Roger face à lui pendant tout le petit-déjeuner. Avec ce qu’il s’est passé la veille, Andy n’aurait probablement pas eu grand-chose à lui dire, à part d’apprendre à ne pas dégainer aussi vite après une simple remarque…
C’est peut-être mieux qu’ils soient tous ensemble au centre de la table, Roger et Rafa en face d’eux, comme ça Andy n’a pas à trouver les sujets de conversation, seulement à répondre quand on parle de lui, et trouver des réponses cinglantes quand son charme écossais est de mise. En fait, il passe surtout une partie du petit-déjeuner à retenir ses grimaces en voyant Novak avaler une quantité anormale de dattes, là où Andy se contente des choses simples qu’il connaît. Heureusement, Rafa fait bien vite disparaître leurs légers sujets de discussions.
‘’J’ai parlé avec mon conseiller hier soir,’’ Le regard de Rafa se tourne directement vers Roger, ce qui trahit son mensonge évident, ‘’nous sommes d’accord pour vous amener à Londres, si. Nous en profiterons pour nous échapper du palais pendant quelques temps.’’ Un sourire éclaire le visage de Rafa, et cette fois, Andy n’avait pas besoin du regard adouci de Roger pour savoir que Rafa parlait de lui
‘’Merci du fond du cœur, Rafa. Tu seras toujours le bienvenu en Serbie si tu veux t’évader un peu plus souvent. Enfin, dès que j’aurai récupéré mon trône.’’ Une pointe de jalousie revient le hanter, dès que Novak plonge son regard dans celui de Rafa comme s’il n’y avait jamais rien eu entre eux
‘’En parlant de ça, il y a-t-il des nouvelles de la Serbie ?’’ Andy tient à éviter un octobre rouge par tous les moyens
‘’Ce n’est pas facile d’obtenir des informations, mais la tension monte dans le pays après deux semaines d’absence de ce qui devait être la figure de proue du renouveau yougoslave…’’ Le regard tranchant de Roger vers les sourcils froncés de Novak ne lui plaît pas du tout
‘’Quand bien même, la Serbie a besoin de son roi,’’ Rafa empêche la situation de dégénérer en prenant la parole, ‘’et je vais tout faire pour t’aider à retrouver ta place, Nole.’’
Novak et Rafa partagent un sourire honnête, et leurs regards semblent presque attirés l’un vers l’autre. Andy ressent bien plus qu’une pointe de jalousie en repensant aux mots de Novak de la veille, en voyant leur échange de regard presque nostalgique—et il n’est pas le seul, Roger recommençant à froncer les sourcils—Andy sait. Ces deux-là ont partagé quelque chose de fort, même si ce n’était qu’une fois…
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Il commençait enfin à se réhabituer à la terre ferme après une semaine sur un paquebot, qu’il est déjà de retour sur un bateau, cette fois celui du roi d’Espagne lui-même, et Andy peut dire qu’il va finir par avoir le mal des transports, parce que les ordres du capitaine doivent être d’aller le plus vite possible, malgré la mer agitée… Rafa leur a promis que ce qui devait être un voyage de quatre jours n’en durerait que deux, et Andy commence à le croire. Son estomac aussi, même s’il est juste retourné par chaque lame de vague coupée par la coque…
Il ne sait pas si c’est normal que tout le monde sur le bateau ait l’air plus à l’aise que lui avec la mer, mais il est le seul qui a grandi sur une île d’eux quatre, et il n’oublie pas que la Serbie et la Suisse sont des pays coupés de la mer… Andy comptait passer les deux jours enfermé dans sa cabine pour que personne ne voit son teint blafard tournant parfois au vert, lui qui est déjà pâle pour ne rien arranger, mais Novak l’a convaincu de venir prendre l’air sur le pont du bateau, parce que ça pourrait peut-être lui faire du bien.
Résultat : Andy est accablé dans un transat, à regarder les vagues s’échouer contre le bateau, en espérant ne pas recracher tout ce qu’il a pu avaler, alors que Novak joue aux jeux de société avec Rafa et Roger…
La première journée sur le bateau peut se résumer par lui mourant dans son coin, son agonie parfois interrompue quand Novak se glisse à ses côtés pour vérifier qu’il ne s’est pas vomi dessus, mais surtout pour lui demander les réponses aux énigmes que Roger lui pose, pour l’énerver (Andy ne sait pas pourquoi toute son énergie passe dans la recherche des réponses, c’est vraiment une tâche absurde, mais il ne compte toujours laisser tomber Novak), et Andy se rassure en entendant Novak se plaindre de Roger et de son stupide bandeau pour retenir ses cheveux qui le rend juste un peu plus idiot. Andy sait qui Novak invitera pour fêter leur retour en Serbie, si ça se fait un jour… Et au moins, Andy sait qu’il n’aura pas à être jaloux des liens entre Novak et Roger, vu qu’ils sont au point mort.
Pour l’heure, il se contente de le voir détendu, et loin de penser à sa tête mise à prix, sans oublier tout ce qui pourrait mal se passer avec son peuple…
La deuxième journée, Andy n’a toujours pas été foutu de s’habituer à la houle, alors Novak a passé tout le temps avec lui, en s’inquiétant qu’il soit tombé malade et que ce ne soit pas que le mal de mer. Andy n’a pas dû avoir des arguments convaincants quand il est allé vomir (deux fois), mais il lui a assuré une bonne dizaine de fois que ce n’était que la mer, et Novak a fini par le croire. De toutes façons, même s’il était vraiment malade d’autre chose que de la houle, il n’y a pas grand-chose qu’il pourrait faire contre ça…
Les dernières heures avant l’arrivée nocturne, Andy sait qu’il réussit à somnoler, sa tête une nouvelle fois sur les genoux de Novak, son Serbe jouant avec ses boucles pour le détendre et remplacer son mal-être par des sensations plus agréables. Novak avait l’air concentré sur autre chose pendant ce moment de calme, quand Andy réussissait à peine à ouvrir les yeux, mais il n’a pas voulu le déranger pendant sa réflexion, alors il n’a rien dit et a simplement profité de la paix, et du calme dans son ventre…
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La nuit est déjà tombée depuis un moment, quand ils arrivent au port de Londres, Rafa leur permettant de débarquer sans problème en les faisant passer pour ses serviteurs pendant que Roger lui s’attèlent à expliquer aux gardes pourquoi le roi d’Espagne débarque à Londres sans avoir prévenu le Premier Ministre et à cette heure aussi tardive. Andy sait que Rafa et Roger vont disparaître dans la nature aussi vite qu’ils sont arrivés, pour profiter de leur courte liberté loin des regards inquisiteurs, alors ils les attendent à la sortie du port pour les remercier de tout ce qu’ils ont fait pour eux.
‘’C’est l’adresse de notre hôtel, si vous avez besoin de nous, amigos.’’ Rafa leur tend un petit papier, et Andy peut voir Roger rouler des yeux derrière lui
‘’Raf, je t’ai déjà dit pourquoi il ne faut pas faire ça…’’ Roger grogne en se massant les tempes, visiblement plus fatigué qu’on n’aurait pu le croire
‘’Mais c’est au cas où ils auraient encore besoin de nous pour défier le monde, Rogelio.’’ Rafa fait la moue et Roger continue de râler, et Andy a l’impression d’avoir déjà vu ça quelque part
‘’Merci pour tout, Rafa.’’ Novak échange un petit rire avec Rafa, ‘’Roger, permission de le prendre dans mes bras sans risquer de me faire tuer ?’’
‘’Permission accordée.’’ Il y a un petit sourire sur les lèvres de Roger, malgré la jalousie ardente illuminant son regard, dès que les deux rois se prennent dans leurs bras
‘’Je peux vous assurer que je ferai en sorte de tout ramener à l’ordre pour ne pas que vous soyez tous les deux un peu plus impliqués dans cette histoire.’’
Andy ne fait que leur serrer la main, mais c’est déjà bien assez pour lui, et Rafa lui répond par un sourire brillant, avant d’emmener Roger par le bras, décidément très heureux de pouvoir être libéré de sa couronne pendant quelques temps… Novak doit s’en inspirer, parce qu’il enroule son bras autour de sa taille, ses lèvres se posant sur son cou pour y déposer un doux baiser…
‘’Alors ? Où m’emmènes-tu pour fêter ton retour sur ton île natale ?’’ Le souffle chaud de Novak contre son oreille lui fait bien trop d’effet, alors qu’Andy devrait être perpétuellement sur ses gardes
‘’Je connais un endroit sûr, où personne ne pensera à vérifier… J’aurais tout le temps de t’en parler au lever du soleil.’’ Andy soupire en essayant de ne pas penser à la bosse dans son pantalon, mais plutôt au sourcil relevé de Novak
‘’Tu recommences Andy… Je pensais au moins avoir le droit à un restaurant ou une balade à Hyde Park.’’ Le sourire de Novak est éclatant, et Andy ne peut que tomber un peu plus amoureux, alors qu’il pensait que c’était impossible
‘’Je te promets de te faire visiter tous les endroits du monde tant que tu restes en vie, d’accord ?’’
‘’Oh chéri…’’ Novak lui montre ses canines bien trop pointues en souriant, avant de passer ses doigts autour des siens pour embrasser le dos de sa main, ‘’Dois-je te rappeler qui nous garde le mieux en vie depuis le début ?’’
Ils doivent argumenter pendant tout le trajet, mais ça reste dans la bonne humeur, la main de Novak tenant toujours la sienne, et Andy ne pouvant pas détourner son regard de son corps pendant plus de cinq secondes. Il savait qu’un jour il ferait visiter Londres à Novak, mais il n’avait jamais imaginé que ça se ferait en pleine nuit, à peine éclairés par les lampadaires, mais tout ça a un charme qu’il n’aurait jamais pu retrouver ailleurs, et Andy espère profiter de ce moment aussi longtemps que possible…
C’est quand ils arrivent devant une grille qu’il ne connaît que trop bien qu’Andy s’arrête, et Novak reste contre lui, en essayant sûrement de savoir ce qui se cache derrière cette adresse. Il ne pensait pas y revenir avant beaucoup plus longtemps, mais comme beaucoup de choses depuis quelques semaines, il n’aurait jamais pu les prévoir. Andy lui fait la courte-échelle pour passer au-dessus de la grille, et il réussit sans problème à la surmonter comme toutes ces fois où il voulait profiter de la ville à la nuit tombée, quand il était plus jeune et que Glasgow lui manquait trop…
Il sait toujours parfaitement où poser ses pieds pour escalader la devanture de la maison et accéder à la fenêtre de la chambre qu’il a tant parcouru, bien des années plus tôt. Il ira se plaindre le lendemain matin que c’était trop simple de rentrer, et que les draps ne sont pas les siens, mais pour le moment, il veut juste se reposer et passer une nuit chez lui, aux côtés de l’homme qu’il aime. Novak s’allonge à côté de lui, toujours du côté droit, et Andy laisse lentement traîner ses lèvres le long de ses épaules et de son dos pour y déposer des petits baisers, toujours de plus en plus bas… Ils sont en sécurité ici, même au plus près de l’ennemi…
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Le lendemain matin, Andy n’a pas le réveil qu’il espérait, quand il a fermé les yeux, le sourire aux lèvres… La place du lit qu’il s’attendait à enlacer est froide et vide, et il doit ouvrir les yeux pour s’assurer qu’il n’est pas devenu fou—Novak n’est plus là, et quand il rabat les couvertures pour se lever, Andy peut constater que le reste de sa chambre est vide, les vêtements de Novak disparus. D’accord, c’est vraiment très loin d’être ce qu’il espérait.
Même s’il essaie de se convaincre de laisser plus d’espace à Novak depuis la croisière, Andy n’est toujours pas rassuré à l’idée de le laisser seul sans surveillance, encore moins à Londres, alors il enfile le plus rapidement possible son pantalon et une chemise propre sans vraiment se donner la peine de s’arranger—ce n’est pas la priorité pour le moment ! Andy cavale les escaliers en manquant de trébucher sur la dernière marche—
‘’Putain !’’
‘’Andrew Murray !’’
Andy déglutit difficilement devant le regard noir de sa mère, et l’utilisation de son nom complet comme s’il était encore un enfant, et ses yeux ne peuvent pas s’empêcher de se déposer sur le sourire amusé de Novak, assis à la table du salon. Alors il est vraiment de retour à la maison, en sécurité… Andy vient les rejoindre autour de la table du salon où le petit-déjeuner a été installé, et il sait qu’il va devoir supporter des remarques pendant quelques temps, s’il survit à ce moment. Sa mère laisse échapper un tsk en l’aidant à remettre correctement sa chemise dans son pantalon, et Andy sent ses joues devenir instantanément rouges sans qu’il ne puisse le contrôler, encore moins quand le sourire en coin de Novak ne disparaît pas…
Il s’asseoit à côté de Novak dès que sa mère a fini de vouloir le pomponner comme lorsqu’il était enfant, et Andy remarque directement le bol de café déjà prêt pour lui. Alors sa mère le connaît vraiment tant que ça, même s’il a pris son indépendance depuis un moment maintenant…
‘’Votre rencontre s’est bien passée ?’’ Ce n’est pas vraiment comme ça qu’il voulait que sa mère rencontre l’homme de sa vie, mais il n’y a rien à faire contre le destin
‘’Eh bien,’’ Novak est obligé de rire avant de pouvoir continuer, ‘’nous nous sommes croisés dans la cuisine, et ta mère a tout de suite compris ce qu’il se passait.’’
‘’J’aurais vraiment été surprise si je ne vous avais pas entendus glousser comme des adolescents quand vous êtes rentrés cette nuit.’’ Oh
‘’Maman…’’ Andy se sent rougir une nouvelle fois, et ça commence à devenir désagréable, ‘’Je ne voulais pas te réveiller…’’
‘’Je sais, Andy, mon très cher fils n’aurait jamais voulu que j’entende tout ce qu’il s’est passé en temps normal.’’
Andy aimerait disparaître de la surface de la terre en entendant ça—ses joues bien plus que rouges alors que ses boucles ne suffisent pas pour couvrir tout son visage et le cacher—et c’est sûrement pareil pour Nole, quand il le voit prendre de très longues gorgées de son bol de café pour cacher son visage, probablement en train de prendre autant de couleur que le sien… Après quelques longues minutes, pendant lesquelles chacun se ressert dans le choix du petit-déjeuner sans oser piper mot, Andy finit par retrouver ses esprits, au fur et à mesure que le rouge disparaît de ses joues.
‘’Alors, Jamie t’a expliqué la situation ?’’
‘’J’ai eu l’occasion de comprendre toute cette histoire dès que Jamie est revenu à Londres, mais pour assurer leur sécurité, je lui ai dit de rester auprès de la reine.’’
Judy hoche la tête, et à côté de lui, Andy peut sentir Novak se détendre d’avoir enfin eu des nouvelles de Jelena, alors il laisse glisser sa main pour entrelacer leurs doigts ensemble sous la table, et lui faire silencieusement comprendre qu’ils pourront bientôt retourner à Belgrade, et sans cible dans le dos…
‘’J’ai essayé de suivre toute cette situation dès que Jamie m’a mise au courant que son frère s’était encore cherché des problèmes,’’ Son regard est lourd sur lui, et pourtant Andy arrive quand même à y déceler tout l’amour familial entre eux, alors que Novak rit doucement, ‘’mais à part dans certains articles spécialisés où ils répétaient que la Serbie avait perdu son roi du jour au lendemain, il n’y avait pas grand-chose à apprendre.’’
Andy ressent une drôle de fierté mal placée à l’idée d’avoir bien fait son travail, mais il oublie très vite tout ça, quand Nole serre trop fort sa main—Il lui envoie un regard pour comprendre ce qui ne va pas, tout se passait bien jusqu’à présent… Mais il n’a pas de réponse de la part de son roi, seulement le droit de regarder à travers la fenêtre, et de voir des ombres derrière le rideau. Il n’a même pas le temps de vraiment comprendre ce qu’il se passe que sa mère se relève pour aller à la porte d’entrée, et Andy regarde Novak la suivre en essayant toujours de comprendre ce qu’il se passe—Il est peut-être mal réveillé, mais il a l’impression d’être le seul idiot de la maison, même s’il se lève à son tour pour aller voir ce qu’il se passe…
Andy ne saurait pas vraiment comment décrire la sensation qui fait son petit bonhomme de chemin dans son corps (même s’il était payé des millions pour l’exprimer) quand sa mère prend Jamie dans ses bras, Novak en faisant de même avec Jelena, mais il est soulagé de voir que son plan a tenu la route jusqu’au bout, même s’il aimerait ne pas avoir à repousser sa jalousie au plus profond de lui… Même s’il est heureux de voir que tout le monde va bien, il aimait cette sensation d’osmose qu’ils avaient retrouvé avec Novak…
Andy finit par laisser sa joie prendre le dessus sur le reste de ses émotions quand Novak pose ses mains sur le ventre légèrement plus bombé de Jelena en lui parlant en serbe, et les sourires qui éclairent leurs visages réchauffent son cœur blessé. Il est heureux pour eux. Andy ne sait pas s’il essaie de s’en convaincre, mais il veut y croire. C’est lui l’intrus après tout.
Il laisse tout ça de côté en voyant Novak soulever Pierre dans ses bras comme un trophée, et cette fois, Andy est bel et bien sûr que toute sa famille est présente autour de lui. Même si sa famille contient aussi une reine et son époux portant la couronne par chance, leur futur enfant et leur chien. Andy n’a vraiment aucune idée de comment tout ça lui est arrivé alors qu’il a juste décidé de s’engager dans l’armée au départ, mais il ne regrette rien. Il aime Novak, et il continuera toujours de le protéger, même s’il ne sera bientôt plus que l’Oncle Andy, et pas celui qui partageait le lit de son altesse royale…
Ses yeux continuent de les observer, ils ont tous l’air si heureux d’enfin se retrouver après tout ce temps, et ses dents mordent l’intérieur de sa bouche pour se retenir de faire quelque chose d’insensé ; ce n’est pas son moment.
Andy a l’occasion de penser à autre chose dès que les retrouvailles se calment, le petit-déjeuner se poursuivant entre Novak, Jelena, Jamie et Judy, alors qu’Andy se trouve l’excuse de monter les valises et de préparer les chambres pour cacher le fait qu’il a vite perdu l’appétit. Novak saura sûrement que c’est faux, et peut-être qu’ils trouveront le temps de parler, parce que Novak le connaît déjà trop bien, mais Andy ne veut pas ternir la bonne ambiance qui s’est installée dans le salon…
Il a toujours su ce qu’était cette relation avec Novak ; il est roi, ce n’est pas comme s’il pouvait lui demander de sacrifier l’avenir de son pays pour lui. Andy est peut-être idiot, mais il n’est pas égoïste, il saura accepter tout ce que Novak sera prêt à lui donner, même s’il doit devenir le chaperon de son futur enfant… Et pourtant, même s’il sait déjà tout ça, même s’il a toujours su que leur histoire en pourrait être qu’éphémère, Andy n’arrive pas à l’accepter. Ils ont traversé la moitié de l’Europe, et tout devrait s’arrêter là ? Ça ne lui semble pas juste…
Ses épaules ne devraient pas trembler comme elles le font, encore moins alors qu’il se démène avec le drap pour correctement préparer la chambre d’ami où Novak et Jelena vont pouvoir dormir ensemble… La peau chaude de Novak va lui manquer plus que tout au monde, et Andy n’est même pas sûr de pouvoir trouver quelque chose pour remplacer toute sa présence qui le rassurait, qui lui avait redonné une raison de vivre après le divorce…
Andy sait que c’est ridicule, qu’il ne devrait pas laisser ses émotions prendre le dessus sur lui alors qu’ils touchent enfin au but, mais c’est plus fort que lui, et ses larmes finissent par se répandre sur ses joues, malgré ses meilleurs efforts pour ne pas céder… Ses tremblements sont encore en train d’agiter son corps, ses larmes coulant sur le drap qu’il essaie désespérément d’installer pour se prouver qu’il peut encore servir à quelque chose, quand il sent une main se poser sur son épaule—son cœur rate bien plus qu’un battement alors qu’un frisson rampe le long de son dos—Andy sursaute avant de se retourner vers la cause de sa surprise.
Il s’attendait à voir Novak ou Jamie, pas sa mère, s’il est parfaitement honnête avec lui-même. Andy savait que ça allait arriver, il est parti depuis trop longtemps du petit-déjeuner et ce n’était même pas une si bonne excuse, mais il n’a jamais voulu que sa mère le voit comme ça—ses larmes ravageant ses joues rouges—qu’elle s’inquiète pour lui à cause d’une stupide histoire d’amour qu’il aurait pu éviter, s’il avait été un meilleur espion…
Sa mère le force à s’asseoir sur le bord du lit, sa main tenant fermement la sienne pour lui donner du courage, comme quand il était enfant et qu’il s’écorchait les genoux sur le bitume, et Andy doit trembler de toute part, parce que ses doigts lui semblent être la chose la plus chaude de toute la maison, peut-être même de tout le pays… Il doit avoir l’air ridicule avec ses yeux injectés de larmes, mais sa mère comprend, elle comprend toujours tout, alors qu’Andy est incapable de mettre les bons mots sur ce qui ne va pas—
‘’Tu l’aimes vraiment ?’’ La voix de sa mère est douce, alors que ses doigts tracent des cercles invisibles sur sa main pour le détendre
‘’Nole ?’’ Andy hoche la tête en faisant de son mieux pour essuyer ses larmes, ‘’Je ne suis rien sans lui…’’ Sa voix n’est pas plus haute qu’un murmure, il ne pourrait pas faire plus de toutes façons
‘’Shh, tout va s’arranger, mon ange…’’ Sa mère le prend dans ses bras, son chuchotement réchauffant son cœur, ‘’Il faut que tu laisses le temps aux choses de se faire.’’
‘’Ce n’est pas aussi simple, maman…’’
‘’Oh, Andy.’’
Le rire de sa mère occupe ses oreilles, alors que ses doigts remettent en place ses boucles, son regard plongeant dans le sien, ses yeux lui transmettant toute sa confiance, et Andy serait prêt à a croire, s’il n’y avait pas la peur insurmontable au fond de lui de finir complètement seul… Sa mère lui donne quelques minutes de répit en retournant en bas, alors Andy est seul assis sur le lit, son cœur lourd dans sa poitrine, alors qu’il prie silencieusement pour pouvoir garder ce qu’il a déjà…
Quand Andy trouve la force de redescendre les escaliers pour retrouver le salon, là où toute la vie de la maison prend place, il sait tout de suite que quelque chose s’est passé derrière son dos. Jamie n’est plus là, et Jelena vient le voir pour ne pas qu’ils dérangent Novak, occupé dans la lecture d’un livre qu’Andy ne reconnaît pas, l’une de ses mains caressant Pierre, apparemment plus par instinct que par envie. Andy n’est pas prêt à lutter contre Jelena aujourd’hui, alors il accepte de l’accompagner dans le jardin, eux-deux s’asseyant sur le perron, dos à la porte.
‘’Qu’est-ce que Novak est en train de faire au juste ?’’ La question lui échappe avant qu’Andy ne puisse se contrôler
‘’Je crois qu’il a eu une idée pour faire revenir le gouvernement anglais sur leur décision. Novak n’aime pas voir nos vies gâchées comme ça, mais je pense que ça, tu le sais aussi bien que moi.’’
‘’Ah ?’’ Andy est plus intrigué qu’il ne le devrait, mais il pensait que Novak lui en parlerait
‘’Andy…’’ Jelena pose sa fine main sur son bras, mais pour lui, c’est bien plus lourd de sens que ça, devant son sourire forcé, ‘’N’en veux pas à Novak de prendre ses distances avec toi jusqu’à ce que tout soit arrangé. Il ne pense pas à mal, mais la sécurité de son pays doit passer avant tout pour un roi.’’
‘’Je sais déjà tout ça, Jelena, et je n’ai pas l’intention de m’interposer entre vous deux dès que le bébé sera là.’’
Jelena rit doucement mais honnêtement pendant quelques secondes, sa main toujours sur son avant-bras, et Andy est obligé de la regarder étrangement, en essayant de comprendre ce qu’il a pu dire de si drôle que ça. Son visage n’avait pourtant pas trahi les émotions bouillonnant à l’intérieur de lui ?
‘’Andy, je connais suffisamment Novak pour savoir qu’il ne te laissera plus jamais quitter sa vie, il a trop besoin de toi pour que tu restes en Angleterre.’’ Le sourire de Jelena est toujours honnête, et Andy a l’impression d’être confronté à un rayon de soleil d’espoir, alors que son cœur retrouve un rythme rapide dans sa poitrine
‘’Mais—l’arrangement ne pourra pas tenir avec le bébé au milieu de tout ?’’
‘’Eh bien, Novak te nommera sans aucun problème protecteur attitré de notre enfant, et je suis sûre qu’il écrirait une loi pour te garder près de lui. Il n’aime peut-être pas l’administration, mais crois-moi, il fera une exception pour toi.’’ Il y a un clin d’œil, et Andy a l’impression qu’il va se noyer dans une mer d’espoir
‘’Jelena—‘’
‘’Quand je vous ai vus tous les deux, avant d’entreprendre ce voyage avec ton frère, Andy, j’ai tout de suite su que tu réussirais à protéger Novak, et qu’il ferait tout pour aussi te garder en vie. Vous vous complétez.’’ Une boule se forme dans sa gorge, devant le visage détendu de Jelena, et Andy aimerait ne pas sentir ses yeux piquer
‘’Je suis tellement désolé d’avoir dérangé votre mariage royal…’’ Andy ne sait pas où regarder, alors il fixe le sol sous ses pieds
‘’Non Andy—‘’ Jelena pose une main chaude et douce sur sa joue, pour forcer son regard dans le sien, ‘’Je dois te remercier d’avoir redonné le bonheur qu’il manquait à Novak.’’
Le regard de Jelena est plongé dans le sien pendant plusieurs longues secondes, Andy incapable de trouver une réponse alors que ses joues sont bien trop rouges et son cœur bien trop rempli d’espoir, avant qu’elle ne se relève en tapotant doucement son épaule. Andy la regarde partir en pouvant toujours entendre ses mot tourner en boucle dans sa tête, et il retrouve un minimum de force de savoir que sa place au sein de la famille royale aura peut-être la chance de survivre à tout ce marasme géopolitique…
Quand il trouve le courage de retourner dans le salon et de faire face à ses responsabilités, Andy peut voir que Novak est toujours en pleine lecture, ses lunettes apparues sur son nez, et il peut le voir noter des choses au fur et à mesure, sans comprendre ce qui peut autant le faire réfléchir. Mais il ne va pas aller le déranger, tout ce qui compte, c’est qu’il ait trouvé la bonne idée pour se sauver, et Andy continuera de protéger ses arrières, peu importe comment tout ça se terminera.
Sa mère conseille à Jelena d’aller se reposer, vu qu’elle sait à quel point porter un enfant peut être épuisant, Andy se retrouve seul pour faire la vaisselle alors que Novak est toujours dans le salon, sa liste devenant de plus en plus longue au fur et à mesure des pages qu’il poursuit. Si c’est ce qui doit sauver tout ce qu’il a essayé de construire, alors Andy ne compte pas le déranger une seule seconde, même si ça le titille de sentir Novak près de lui, sans pouvoir l’approcher…
Tout brille quand Jamie daigne enfin rentrer de là où il était parti se cacher, et Andy le regarde déposer tout un tas de livres sur la table du salon, comme si c’était normal. Novak a ce sourire honnête et chaud sur ses lèvres quand il remercie son frère d’avoir bien voulu faire ça pour lui, avant qu’un air sérieux ne reprenne possession de son visage, tout un lot de lecture s’offrant à lui. Andy sent son cœur se serrer dans sa poitrine en comprenant que Novak en a encore pour longtemps, et ne pas pouvoir aider ne fait que le faire sentir toujours plus inutile…
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Il leur faut une semaine complète, d’énièmes discussions entre sa mère et lui sur ses sentiments, des heures entières à regarder Novak travailler de loin, en gardant Pierre à l’œil pour l’empêcher de saccager le salon, et Andy a envoyé Jamie en éclaireur il ne sait combien de fois pour savoir ce que le gouvernement préparait pour eux (la seule bonne nouvelle étant qu’ils les pensent toujours en vadrouille dans le sud de l’Europe), pour que Novak daigne enfin tous les réunir dans le salon pour leur expliquer sur quoi il a travaillé pendant toutes ces heures.
Andy est à la fois excité, des petits frissons traversant son corps à l’idée d’enfin régler toute cette histoire, et légèrement effrayé par ce que Novak peut avoir trouvé comme idée après tout ce temps. Andy le connaît suffisamment pour savoir qu’il a dû silencieusement remuer ciel et terre pour trouver de quoi battre le gouvernement anglais… Ses yeux cherchent désespérément une réponse dans le regard déterminé de Novak, mais Andy n’arrive pas à déceler la moindre chose, et ça ne va pas en s’arrangeant, quand Novak daigne enfin prendre la parole…
‘’Je ne compte pas partir de Londres sans avoir réglé ce problème, et je veux pouvoir m’assurer qu’aucun de vous ne sera plus jamais en danger par ma faute.’’ Andy doit mordre sa lèvre pour s’empêcher de lui faire comprendre qu’il n’a vraiment rien fait de mal, ‘’Je compte bien faire en sorte que le parlement britannique ne discute plus jamais du sort de la Serbie, c’est pourquoi je dois me rendre devant le Premier Ministre pour arranger toute cette situation.’’
Andy n’est pas le seul à réagir à la dernière phrase de Novak ; Jelena fronçant les sourcils, alors que la surprise se lit clairement sur le visage de Jamie, et les lèvres pincées de sa mère en plus de son regard désapprobateur—mais il est le seul à prendre la parole—
‘’Es-tu sérieux en disant ça ? On ne s’est pas donnés autant de mal pour rester en vie, tout ça pour aller se jeter dans la gueule du loup !’’
‘’Andy…’’ Novak soupire son prénom une énième fois, et Andy ne peut que grincer des dents, ‘’Fais-moi confiance, je sais exactement ce que je fais.’’
‘’Mais—‘’ Andy aurait été prêt à rétorquer quelque chose, si seulement Novak ne l’avait pas devancé
‘’Jamie, pourriez-vous aller chercher sa majesté Nadal ainsi que l’homme l’accompagnant à cette adresse,’’ Novak fait glisser un bout de papier jusqu’à Jamie, et Andy aime de moins en moins ce qu’il entend, ‘’faîtes-en sorte qu’ils soient tous les deux présents à 10 Downing Street à l’horaire marqué sur l’adresse, même si l’un d’eux va essayer de s’y opposer.’’
Andy ne peut qu’assister à ça de loin, alors qu’il aimerait que Novak lui explique son plan en détail, au lieu de rester flou et vague sur son idée… Novak continue sur son idée en demandant à Judy d’assurer la protection de Jelena pour lui pendant qu’ils seront à l’extérieur, et Andy se retrouve à la suivre jusque dans sa chambre, en essayant désespérément de comprendre ce qu’il peut bien avoir en tête. Il ferme la porte derrière eux pour ne pas attirer l’attention des deux femmes, son cœur lourd dans sa poitrine de ne pas avoir de rôle à jouer dans son plan.
‘’Tu es vraiment sûr de ce que tu fais ?’’ Sa voix sort peut-être plus rauque qu’il ne le voulait, mais il n’aime absolument pas ce qu’il se passe, alors que Novak l’ignore à moitié pour se changer et enfiler son uniforme militaire royal, ses doigts attachant avec bien trop d’attention son épée à sa ceinture
‘’Je ne prendrais pas ce risque si ce n’était pas absolument nécessaire de prendre le gouvernement anglais à revers.’’
‘’Novak…’’ Andy attrape son poignet, son regard ne lâchant pas le sien, alors qu’il se force à rester calme, ‘’Dis-moi que tout sera fini après ça.’’
‘’Andy.’’ Novak ne fait que l’embrasser pendant un moment, leur premier baiser depuis bien trop longtemps, avant de lui murmurer des mots du bout des lèvres, ‘’Il n’y aura plus jamais rien pour nous séparer…’’
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C’est parce qu’Andy tombe trop facilement pour de belles paroles qu’il a accepté de remettre son propre uniforme pour accompagner Novak jusqu’à 10 Downing Street, son arme cachée derrière son dos, et toujours une légère lame dans sa manche, au cas où quelque chose devait mal tourner, même si son cœur lui crie d’avoir confiance en Novak. Quelque part, même s’il sait que tout pourrait leur être enlevé en très peu de temps, Andy veut réellement croire que Novak a trouvé la meilleure solution pour tout arranger… Il n’a pas le temps de penser à tout ça, ses yeux apercevant déjà les gardes devant l’appartement du Premier Ministre, et son esprit lui criant de se tenir prêt…
‘’Tu es sûr de toi ?’’ Sa voix n’est pas plus haute qu’un murmure, et Andy n’est pas rassuré, quand la seule réponse qu’il reçoit est une tape amicale sur l’épaule…
Peut-être que les gardes lisent attentivement les actualités, ou alors ils ont des ordres très précis, mais Andy peut voir leurs visages se décomposer très rapidement, quand Novak leur annonce que le roi de Serbie est venu voir le Premier Ministre. Andy va commencer à croire en leur bonne étoile, quand ils réussissent à passer, le couloir les menant devant une porte fermée, mais le plus surprenant reste la présence de Rafa et Roger devant la porte, assis sur des chaises sophistiquées. Alors ils ont vraiment accepté de venir ? Enfin, Andy n’est plus vraiment surpris que Rafa ait dit oui, mais surtout que Roger l’ait laissé y aller, et s’aventurer un peu plus dans leur problème…
L’ambiance est bien plus pesante qu’à Madrid à cause des gardes pas si loin que ça, et de ce qui se cache derrière la porte, et il n’y a pas d’embrassade entre Novak et Rafa cette fois, seulement une poignée de main entre eux quatre. Au moins, Andy n’aura pas à être jaloux pour changer, juste à être sur ses gardes.
‘’Je ne pensais pas que vous accepteriez de laisser votre roi venir ici ?’’ Andy est obligé de demander à Roger
‘’Rafa serait venu dès que j’aurais eu le dos tourné de toutes façons, alors si ça peut nous permettre de clôturer toute cette histoire une bonne fois pour toutes, pour ne plus jamais vous revoir, autant en profiter.’’ Le regard dirigé vers Novak pour la fin de sa phrase ne le surprend même pas, et Andy fait semblant de ne pas être vexé
Ce qui le surprend plutôt, c’est le regard paniqué de Lloyd George, dès que sa secrétaire les fait rentrer dans son bureau, tous les quatre. Andy aurait été beaucoup plus surpris qu’il accepte de tous les recevoir sans penser à lui-même, alors il laisse un sourire apparaître sur ses lèvres, en voyant une demi-dizaine de gardes s’installer au fond du bureau et près de la porte, pour intervenir si quelque chose devait mal se passer. Il aime que la peur commence à changer de camp, après trois semaines d’enfer pour échapper à la cible dessinée sur leur dos.
Andy reste appuyé contre le mur, comme ça il peut surveiller chaque personne de la pièce, et intervenir au moindre geste suspect. Novak et le Premier Ministre se font face, chacun à l’autre bout de la longue table de réunion, Rafa et Roger installés sur l’un des côtés, tout le monde se regardant avec attention et appréhension… Andy peut voir que les épaules de Novak sont plus tendues que d’habitude, au combien il essaie de faire bonne figure devant son adversaire—Andy hésite à aller s’asseoir à côté de lui pour lui donner de la force, avant de se résoudre à lui faire confiance. Novak sait ce qu’il fait.
‘’Pourquoi avoir fait le déplacement jusqu’ici ? Pourquoi avoir pris tous ces risques pour un simple face-à-face avec des invités ?’’ Lloyd George semble bien plus tendu qu’il n’essaie de leur faire croire, et Andy peut voir un filet de sueur couler le long de son crâne
‘’Toutes ces questions ? Alors je suis obligé de vous demander en retour pourquoi vous être tant donné la peine de me voir mort, alors que nous avions un accord.’’ Andy ne peut pas le voir d’où il est, mais il est sûr que Novak a un sourire forcé sur le visage, ‘’J’ai demandé à mon ami Rafael de venir ici pour avoir un témoin dont vous ne pourriez pas vous débarrasser sans répercussions, au cas où il vous prendrait l’envie de me tuer de vos propres mains avant la fin de notre rencontre.’’
Andy sent son cœur rater un battement en entendant cette possibilité, avant que le regard noir de Roger oscillant entre Novak et Lloyd George ne l’amuse, alors que Rafa semble perdu entre tout ce qu’il se passe dans ce bureau. Andy ne sait pas exactement comment il se sent, en entendant toute la confiance dans la voix de Novak alors que tout pourrait très bien se retourner contre lui, mais il n’arrive pas à bouger de à où il est accoudé au mur, ses poils hérissés en attendant la suite.
‘’J’ai eu le temps de réfléchir pendant que je fuyais mon propre palais en feu, pendant qu’un espion allemand envoyé par le gouvernement anglais essayait de me tuer et m’envoyait me faire torturer par un groupe de dissidents, et j’ai eu le temps d’aller vérifier les accords que nos deux pays ont signé, pour m’assurer du bien-fondé des intentions anglaises à mon égard. Évidemment, il n’y avait marqué nulle part que notre pacte de non-agression puisse être rompu sur le seul principe d’une hypothèse, alors que le sort de ma belle région ne vous intéresse que très peu en temps normal.’’
Andy doit se retenir de sourire en voyant le visage de Lloyd George changer de couleur, une veine devenant bien visible sur son front. Il détourne son regard pour voir Novak tendre une feuille à Roger, pour qu’il la fasse passer jusqu’à l’autre bout de la table, et cette fois, c’est vraiment difficile de ne pas sourire, en voyant le regard noir du Suisse quand il s’exécute, la main de Rafa tapotant sa cuisse.
‘’Nos pays ont tous les deux signé le Traité de Versailles, dans lequel figure cette autorisation de la part de tous les signataires pour que le royaume de Serbie puisse former une fédération avec les pays alentours. Étrangement, vous avez dû oublier que vous étiez présent lors de la signature du Traité, ou que votre nom figure au bout de chacune des pages du Traité.’’
Cette fois, Lloyd George est plutôt pâle que rouge, alors qu’il se donne tout juste la peine de lire ce qui peut être marqué sur la feuille, et Andy imagine qu’il est convaincu par le regard sérieux que Novak doit lui envoyer. Andy n’a que rarement vu ce regard, mais il n’a jamais aimé en être la cible, alors il veut bien comprendre l’appréhension soudaine du Premier Ministre.
‘’Dois-je continuer en vous rappelant que le Royaume-Uni a approuvé les Quatorze Points de Wilson sans même attendre la fin de la guerre ? Vous devez être au courant de cet onzième point promettant à ma fédération une indépendance économique et politique à la charge de la bonne entre nos états.’’ Oui, Novak doit définitivement être en train de sourire, ‘’Je me suis assuré moi-même des bonnes relations entre chacune des régions de ma fédération dès le début de mon règne, et il n’y a eu aucun débordement, ni dans la population ou dans mon gouvernement.’’
‘’Certes, mais—‘’
‘’Ce qui fait que votre gouvernement commence à sérieusement manquer de raisons valides de nous avoir attaqués de la sorte.’’ Cette fois c’est sûr, Novak doit être en train de lui montrer ses canines pointues, ‘’Je saurais faire jouer d’autres relations internationales si jamais cela venait à se répéter, et je n’hésiterais pas à me tenir devant la SDN pour défendre mon pays, ainsi qu’à faire part des menaces contre ma vie que j’ai subi au président des États-Unis d’Amérique, au cas où vous n’auriez pas compris. Je sais à quel point le soutien militaire américain a été déterminant pendant la guerre, et les aides économiques que le Royaume-Uni perçoit encore aujourd’hui feraient mieux de ne pas s’arrêter du jour au lendemain, pour pouvoir définitivement reconstruire le pays, n’est-ce pas ?’’
Cette fois, le visage de Lloyd George est couvert de sueur, et Andy ressent presque de la peine pour lui, quand Novak se lève de lui-même, ses longues jambes grâcieuses couvrant facilement la distance qui les séparait, pour lui tendre une feuille et un stylo.
‘’Signez ici et assurez un respect total de notre pacte de non-agression cette fois, si vous ne voulez pas perdre votre place au gouvernement trop rapidement.’’
Andy ne peut définitivement plus retenir le sourire qui prend place sur son visage en voyant la panique dans le regard du Premier Ministre, quand il lit les termes et signe par dépit plutôt que par bonté d’âme. Il peut voir les épaules de Novak s’affaisser dès qu’il range le papier dans l’une des poches de son uniforme, et Andy n’hésite pas plus longtemps avant de le rejoindre pour le guider en-dehors du bureau, une main sur son bras pour pouvoir le sentir contre lui, et s’assurer que tout est bel et bien fini, Rafa et Roger les suivant de près.
Andy ne résiste pas plus longtemps à l’envie de poser ses lèvres sur celles de Novak, et vu que Novak passe très rapidement ses bras autour de lui, il imagine que le désir était réciproque—c’est chaud et doux, et pourtant il y a ce besoin de contrôler les choses qui fait que leurs langues s’entrechoquent pour savoir laquelle des deux obtiendra le plus de territoire…
‘’Alors, c’est terminé ?’’ Sa voix est aussi basse qu’un murmure, alors qu’il n’y a que quelques centimètres entre leurs visages, leurs souffles chauds s’échouant sur la peau de l’autre
‘’Je tiens toujours mes promesses…’’ Du bout des lèvres, avant de l’embrasser une nouvelle fois langoureusement
‘’Hm.’’ Il n’y a que le raclement de gorge de Roger pour les séparer, alors qu’ils étaient bien partis pour rattraper tout le temps perdu, ‘’Nous allons rentrer à l’hôtel, maintenant que nous n’avons plus rien à faire ici.’’
‘’J’étais sincère quand j’ai dit que vous serez toujours accueillis en Serbie, si vous voulez vous évader quelques temps de Madrid.’’
Rafa répond simplement par un clin d’œil, sa main tapotant doucement son bras, son sourire trahissant ce qu’il doit penser d’eux, et Roger doit vraiment être impatient de ne plus jamais les voir, parce qu’il traîne presque l’Espagnol en-dehors du hall, les laissant seuls face à la liberté. Ses doigts passent autour de ceux de Novak, et pour la première fois depuis un moment, Andy est heureux de sentir son cœur battre à toute vitesse dans sa poitrine, en voyant la flamme qui brille dans le regard de Novak…
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Andy a absolument détesté chaque seconde loin de la Serbie, et maintenant qu’il a l’occasion de poser le pied sur les restes de poutres calcinées, des salles ne se distinguant plus que grâce à leurs murs et à certaines portes au sol, il comprend pourquoi. Même s’il ne reste plus que des ruines et de la suie, Andy aime cet endroit et ce qu’il lui fait ressentir, encore plus quand il sent le bras de Novak poser autour de sa taille, un soupir franchissant ses lèvres.
‘’On aura le temps de reconstruire avant la naissance de Stefan, ne t’inquiète pas.’’
Andy peut presque entendre Jelena le rappeler à l’ordre, en lui demandant de ne pas forcer le bon Dieu pour que leur enfant soit un garçon, mais quelque chose au fond de lui crie que ce sera le portrait craché de son père. Peut-être que c’est juste parce que Novak n’a fait que proposer ce prénom pendant tout le trajet, pour embêter sa femme.
‘’En cinq mois ? Il va falloir mettre de côté le tennis si on veut respecter cette date alors.’’ Novak se tourne vers lui pour lui montrer son beau sourire, et Andy lui sourit en retour, son cœur fondant dans sa poitrine
‘’C’est peut-être mieux que ton enfant ne te voit jamais essayer de passer un smash de toutes façons.’’
‘’Tu sais très bien que je commençais à m’améliorer !’’
‘’Tu risquais de me tuer à chaque tentative, Nole !’’
Peut-être qu’ils passent plus de temps à débattre de leur niveau tennis, qu’à vraiment essayer de récupérer des souvenirs sous les décombres du palais sentant encore la fumée et le feu, mais il faut que Pierre vienne les séparer—en revenant suintant de boue après s’être logé quelque part dans les feuilles mortes—quand Novak et lui poursuivaient leur débat en parlant leurs plans respectifs pour rester en vie. Il doit avouer qu’il a eu tort à certains moments, mais en rétrospective, Andy est plutôt fier qu’ils s’en soient sortis avec seulement quelques cicatrices qui feront des belles histoires à ne jamais raconter au futur enfant.
C’est ce que son cœur lui crie, c’est que ça aurait pu être bien pire, alors Andy est simplement heureux de pouvoir entremêler ses doigts à ceux de Novak, pour pouvoir être sûr qu’il n’est pas perdu dans un rêve bien trop réel. Il est définitivement sûr que tout est vrai, dès que Pierre frotte toute sa boue contre ses chaussures, Novak ne faisant que l’encourager davantage—finalement, Andy avait peut-être raison ; Novak ne peut pas être raisonné.
Après tout, Andy l’a laissé l’introduire dans la famille royale serbe comme si c’était une bonne idée, dès leur retour de Londres, et ses ministres n’ont pas eu d’autres choix que de maintenant le considérer comme un conseiller d’élite, après avoir protéger le roi avec brio. C’est ici qu’est sa place de toutes façons, entre les murs d’un palais à reconstruire, et entièrement débordé par l’amour et la confiance qu’on lui porte…
FIN
