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Black & White

Summary:

Le gris était le parfait équilibre entre le noir et le blanc.

Notes:

Work Text:

On entendait seulement le faible tintement des fioles s’entrechoquant, des liquides se renversant et d’autres fois, une respiration plus saccadée lors de moments de concentration. Cela se répéta jusqu’à ce que l’homme aux cheveux gris finisse par en avoir marre. 

“Est-ce vraiment nécessaire…?”

L’homme dans une blouse blanche de laboratoire posa son bécher de café sur le côté avant de tourner son tabouret vers la silhouette cachée dans l’ombre de la porte de son bureau. Ce dernier était adossé contre le cadran de la porte et avait les bras croisés contre son torse, les yeux fermés et une présence aussi inexistante que celle d’un cadavre. Malheureusement pour Gatto, le fait qu’il n’en était pas un était justement le problème. 

L’autre individu dans la pièce mit quelques secondes avant de réagir, sûrement qu’il ne s’attendait pas à ce qu’on lui parle. Il se redressa lentement, ses bras retombant sur ses côtés et ses yeux noirs de jais venant rencontrer le regard fatigué de l’embaumeur. 

“Ce sont les ordres.” répondit Noir d’un ton sec. 

Gatto se mordit la lèvre, encore un coup de D.M. 

Depuis son conflit avec Paranormal Detective, D.M. semblait surveiller ses mouvements d’encore plus près malgré le fait qu’il ait décidé de rester. Le connaissant, le comte doutait très certainement du fait qu’il choisit de coopérer. Gatto était un homme consciencieux néanmoins et il avait fait très attention à ne laisser échapper aucun détail qui pourrait se retourner contre lui. 

Il était préparé à toutes les circonstances. Enfin, presque… 

“C’est toujours la seule chose que tu puisses dire.”

Gatto s'esclaffa avec un rire gauche sous le regard impassible de Noir. 

“Je n’ai aucun autre but que de payer ma dette.”

Gatto écarquilla les yeux avant d’esquisser un léger sourire, l’homme aux cheveux noirs avait apparemment changé de disque. Il retira ses lunettes et les posa sur la table puis croisa les jambes. 

“Je travaille pour Uriel depuis plusieurs années déjà et jamais n’as-tu eu l’air de faillir à ton devoir d’être le toutou obéissant du Lord.” Noir fronça les sourcils à la provocation. “Quel genre de dette est-ce ? N’en as-tu pas marre ? Et si… Je pouvais t’aider à sortir de là ?”

“C’est ridicule.” 

Noir lui tourna le dos sans lui laisser le temps d’essayer de l’amadouer, sa longue veste tournoyant à ses pas. Gatto ne comptait pas abandonner là cependant, il se leva de son siège et farfouilla à travers ses recherches et les étranges liquides contenus dans les divers tubes à essais éparpillés sur la surface de travail. 

“Peut-être pas autant que tu ne le prétends. Imagine, si tu avais la possibilité de vivre sous une nouvelle identité, une nouvelle apparence… Tu pourrais être libéré de tout fardeau qui te pèse et vivre comme bon te semble sans devoir te méfier de ce qui pourrait t’arriver aux mains de D.M.”

Un clic résonna dans son dos et un bout dur et froid se colla à l’arrière de son crâne, empêchant tout mouvement de plus. 

“Ne te fiche pas de moi, Gatto.”

“Suis-je le genre à faire des blagues ?”

Noir ne rangea pas tout de suite son revolver mais cela ne tarda pas après qu’il réexaminer les faits dans son esprit. L’arme n’alla pas dans son étui néanmoins et resta fermement logée entre ses doigts. 

“Pourquoi… ferais-tu ça pour moi ?”

“C’est un peu exagéré de dire que je fais cela pour toi, j’attends bien que tu me rendes la pareille plus tard.”

“Comment ?”

“J’ai besoin que tu transmettes un message pour moi à quelqu’un de l’extérieur. Je sais que D.M. garde un oeil sur tous tes faits et gestes mais si la drogue marche comme je l’espère, alors il ne pourra plus te contrôler. C’est un pari risqué mais la récompense en vaut la peine. Qu’en dis-tu ?”

“Pourquoi n’utilises-tu pas cette drogue pour t’enfuir ?”

“N’ais-je pas déjà abandonné cette option ?” Son expression devint amère. “Plus honnêtement, j’ai encore des choses à accomplir dans ce manoir mais seul, je n’y arriverai pas. C’est pourquoi j’ai besoin de ton aide, Noir.”

L’homme vêtu de cuir gardait toujours cet air sévère mais le fait qu’il prenne du temps pour lui donner une réponse signifiait qu’il considérait au moins sa proposition, tout n’était pas encore perdu. 

“Quand est-ce que ce sera prêt ?”

Gatto remonta son masque pour cacher un sourire plus prononcé qu’il préférait le montrer. 

“Bientôt, tu seras toujours en train de me surveiller donc ce n’est pas comme si je devais te chercher de toute manière. Ah-” Le ton de sa voix s’éleva alors qu’il venait de se rappeler d’un détail important, son air devenant plus sérieux. “Par ailleurs, une fois que tu décideras de procéder avec le plan, tu ne pourras plus faire marche arrière.”

“Es-tu en train de dire qu’on ne se reverra plus…?”

“Je ne peux confirmer tes doutes, mais il est très probable que tu ne te souviennes pas de moi ni de Mélodis en conséquence.”

“Quoi- Comment suis-je censé transmettre un message de ta part si je dois perdre la mémoire-?!”

“Je te pensais plus intelligent que ça, Noir.” Gatto soupira avant de sortir un morceau de papier de sa poche et de le donner à l’homme. “Prends-ça mais ne le regarde pas maintenant. Ça te servira pour plus tard.”

Noir leva un sourcil en voyant un gribouilli sensé ressembler au chat blanc qui traînait toujours dans le laboratoire durant la journée. Cela n’avait rien à voir avec le message top secret qu’il s’imaginait mais il le rangea tout de même dans sa poche intérieure pour plus de sécurité. 

“Que va-t-il t’arriver quand je serais parti ? D.M. ne restera pas les bras croisés.”

“En effet…” Gatto se laissa retomber sur son tabouret et leva les yeux vers le plafond. “Je ferais de mon mieux de mon côté également alors j’espère que le nouveau toi qui prendra des meilleures décisions avec de la chance, viendra sauver le prince dans son château. Enfin, il se fait tard. Je pense en avoir assez fait pour aujourd’hui alors tu peux partir aussi.”

L’embaumeur se leva et passa devant Noir pour sortir du laboratoire mais ce dernier l’arrêta brusquement, sa main tenant le bras de Gatto avec poigne. 

“Euh-... F-Fais attention à toi, Gatto.” dit-il de la façon la plus gênante qu’il soit. 

“Merci, Noir.”

Noir lâcha finalement Gatto, ne bougeant pas de sa place jusqu’à ce que la blouse blanche de l’embaumeur disparaisse de son champ de vision, son coeur ressentant un léger pincement à cette scène d’au revoir.