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La mairie avait annoncé un nouvel évènement devant rassembler les habitants de Los Santos, comme ils en faisaient fréquemment. La semaine passée, c’était une course de snowboard sur les pentes du mont Chiliad, qui avait d’ailleurs été un échec total à cause du nombre d’accident qui s’étaient enchaînés sous les yeux fatigués et déjà sous pressions des membres du LSMS. Le docteur Maison avait explicitement demandé au Iench et à M. Rotarez de penser pour le prochain évènement à quelque chose de plus… raisonnable, pour le dire gentiment. Il s’était tout de même retrouvé avec trois comas, huit côtes cassées, deux chevilles foulées, et des dizaines d’autres contusions à soigner avec ses collègues.
Ils ont donc eu la -relativement- merveilleuse idée d’organiser une bataille de boules de neige dans le terrain de golf, à côté de la piste de Formule 1. Les équipes étaient aléatoirement formées pour éviter les complots et les arrangements pour mieux s’accaparer la victoire, une interdiction à jeter sur les autres compétiteurs et compétitrices autre chose que de la neige avait été maintes et maintes fois répétée, et une demande générale de la jouer fair-play avait même été chantée par Roy avant le début de la compétition, sollicitant de ne pas rester dans le terrain de jeu après avoir été touché trois fois par une boule de neige.
Un bon moment en perspective pour la plupart des participants et participantes, en somme ! Le LSPD était présent pour dissuader toute envie de tricherie, et le LSMS s’était préparé plus que de coutume, les souvenirs de la semaines dernière semblant toujours douloureux pour les médecins.
Tout était organisé pour que cette après-midi se passe le mieux possible.
« Et que le, ou la meilleure gagne ! » s’écria Sarah, saluant des membres des Vagos qui passaient non loin.
Sally la regarda du coin de l’œil, les bras croisés, son cache-oreille sombre et touffus glissant vers l’avant. Elle le remit en place et croisa de nouveau les bras, maudissant à la fois Kenneth de l’avoir forcée à participer à l’évènement au lieu de tenir la caméra comme elle le faisait à chaque fois, Roy de l’avoir mise dans le même groupe que Sarah, et Sarah de participer à la bataille. Elle n’avait rien de mieux à faire que de jouer dans la neige comme une enfant de huit ans ? Comme, par exemple, venir en aide à des citoyens, arrêter des criminels, ou plus généralement, faire simplement son métier ? Elle avait intérêt de le faire correctement d’ailleurs, comme elle avait quitté Sall- enfin, le Weazel News pour eux.
Sally jeta un regard qui se voulait le plus hautain possible à la jeune blonde, à genoux sur le sol immaculé, qui s’efforçait de construire un mur en neige tout en parlant de sa voix haut-perchée, se plaignant lorsqu’un morceau de sa construction s’effondrait, s’exclamant de joie dès qu’elle arrivait à avancer un peu plus dans l’élévation de son mur. Sally pensait tout de même que Sarah avait un certain charme, ses lèvres pincées, concentrée à sculpter la neige, tout en gardant un œil espiègle sur son environnement...
Non, non. C’était ridicule. Une vraie gamine, à glousser ainsi en évitant des boules de neige, à se construire des munitions d’avances complètement inutiles, à essayer de dresser une tactique pour contre-attaquer le duo de Jaunes qui les prenait pour cible depuis tout à l’heure, à…
Paf !
Sally fut sonnée pendant un instant, ce choc glacial contre sa joue étant si brutal et presque inattendu qu’elle ne réagit pas immédiatement. Son cache-oreille s’envola suite à l’impact, arrachant avec lui les lunettes fines de la journaliste.
« Sally, caches-toi ! »
Sarah attrapa la femme par la manche pour la mettre assise derrière la muraille de neige qu’elle avait dressée, la policière s’accroupissant exagérément, de peur de se faire toucher par un projectile particulièrement bien visé par le duo de Vagos face à elles. La blonde rampa presque pour récupérer les affaires de la journaliste et lui redonna, cette dernière n’étant pas très utiles sans ses verres correcteurs.
« Tiens, et reste à couvert ! Ils peuvent venir de n’importe où, ils sont particulièrement doués à ce petit jeu, mais moi, j’étais vice-championne de chamboule-tout à la kermesse de primaire, ils ne savent pas à qui ils ont affaire… »
Sally se débarrassa de la neige et replaça ses lunettes sur son nez, et cacha ses oreilles du froid. Elle voulut se redresser pour jeter un œil aux Jaunes qui les menaçait, avant de se faire interrompre par son acolyte :
« Fais gaffe, tu t’es déjà fait toucher une fois ! Encore deux et c’est fini pour toi, tu dois faire attention ! J’ai besoin de toi si je veux gagner cette partie. »
La femme aux cheveux noirs sourit malgré elle, attendrie par l’investissement que mettait Sarah dans une simple bataille de boules de neige bon enfant.
« Vous avez un plan ? » demanda Sally, regardant discrètement par-delà le mur de neige.
« Oui, on va les forcer à sortir de leur terrier. Ils sont plutôt bien camouflés, mais la neige est pas infinie, ils vont devoir se dévoiler pour chercher des munitions, et là, hop ! On les vise, et on tire. Nous, on va un peu rationner la neige, il faudrait pas perdre à notre propre jeu. On va en conserver pour solidifier le mur, et se monter une petite réserve de munition. Tu sais ce qu’on dit, la meilleure attaque, c’est d’avoir une bonne défense, pas vrai ? Alors on reste accroupie, on reste attentives aux autres, et tout devrait bien se passer. Parce que, oui, je sais pas si tu as vu là-bas, mais j’ai cru voir le docteur Traoul avec Michael, ils ont l’air très motivés à gagner, eux aussi. C’est pour ça qu’il faut pas flancher, c’est important de toujours rester concentr… »
Sally n’écoutait plus vraiment sa coéquipière. La voir mettre autant de sérieux dans quelque chose d’aussi futile la rendait si… mignonne.
Attends. Mais qu’est-ce qu’elle racontait ?
Elle… ne pouvait pas avoir le béguin pour Sarah.
Non.
Non !
Impossible.
N’importe qui mais pas elle.
Pourtant… Si ses joues étaient en train de rougir, Sally savait que ce n’était pas à cause du froid. Si son rythme cardiaque s’accélérait, ce n’était pas à cause de la tension quant aux multiples dangers qui l’entouraient. Si son regard restait fixé sur les lèvres rosées de la jeune blonde, ce n’était pas pour mieux comprendre ce qu’elle racontait, entre tous ces cris et ses bavardages que la brune n’entendait plus.
Un nouveau choc glacial la ramena à la réalité. Une boule de neige s’écrasa dans son dos, lancée par Antoine Croûte qui sautait de joie quelques mètres plus loin, encouragé par Johnny qui fumait une cigarette tout en formant de nouvelles boules de neige.
« Sally ? Tu m’écoutes pas ! Tu t’es encore fait toucher ! »
La déception se lisait sur le visage de Sarah comme dans un livre ouvert. La journaliste ne devait pas se laisser faire. Elle ne pouvait pas échouer face à un peu de neige. Elle ne pouvait pas déjà décevoir la belle policière.
Elle devait montrer qu’elle aussi, elle pouvait se montrer motivée quand elle le voulait.
Elle attrapa deux boules de neige et les lança, touchant Antoine et Johnny à la tête. Sally se tourna ensuite fièrement vers une Sarah ébahie, la bouche entrouverte, impressionnée par la précision époustouflante de sa camarade.
Elles esquivèrent soudainement une floppée de projectiles neigeux balancés vers elles, la contre-attaque de l’affrontement qu’avait débuté Sally.
Les deux femmes sourirent. La bataille ne faisait que commencer.
