Work Text:
Bénédicte et Lucie devaient surveiller le champ de cannabis, aujourd’hui. C’était une chaude soirée d’été, et des reflets orangés et rosés commençaient à apparaître dans le ciel. Elles étaient planquées dans les hauteurs, avec une vue sur le petit cabanon - où se cachait l’entrée du champ, derrière le jardin d’une grande villa.
Le silence qui s’était installé entre elles était aussi pesant que l’air. Béné ne comprenait pas pourquoi elles avaient tant de mal à parler et à interagir, quand elles n’étaient que toutes les deux. Elles sortaient ensemble depuis une dizaine de jours maintenant, mais n’avaient jamais une seconde de libre pour vraiment passer du temps ensemble, sans personne d’autre. Au quartier, il y avait toujours des gens qui traînaient, et quand elles partaient en mission, elles n’étaient rarement que toutes les deux. Puis leurs journées étaient si éprouvantes qu’elles sombraient dans le sommeil aussi rapidement que possible.
Béné s'en était plaint à Liam, quelques jours auparavant. Que même si Lucie l'avait embrassée après que Béné lui ait avoué son attirance, et qu'elles avaient décidé de sortir ensemble, leur relation était tout aussi timide et gênée qu'avant, voire pire. Il lui avait répondu qu'elles n'avaient qu'à passer du temps ensemble, toutes les deux, et que ça viendrait naturellement. Béné avait soupiré dramatiquement en lui expliquant qu'elles n'avaient jamais le temps, que faire partie d'un gang à part entière était trop prenant. Liam n'avait rien dit, mais cet après-midi-là, quand il annonça aux deux jeunes femmes qu'elles allaient devoir surveiller le champ de cannabis, toutes les deux, pendant toute la soirée, il fit un clin d'œil à Bénédicte.
Voilà pourquoi, assises dans l'herbe près d'un buisson, les deux Families observaient un pauvre petit cabanon dans un silence inconfortable. Béné essayait de trouver des sujets de conversation, mais plus le silence durait, plus il semblait difficile à briser.
" Il fait chaud, non? " Finit-elle par lancer, avant de se foutre une baffe mentalement. Elle n'aurait pas pu trouver encore plus bateau, comme sujet ?
" Ouais, " répondit Lucie après un petit temps. "Il fait lourd, en plus."
Ah, d'accord, elles allaient vraiment parler de la météo.
"C'est clair."
Puis, comme pour les sauver de leur propre conversation, une grosse goutte de pluie s'écrasa sur le visage de Béné. Puis une deuxième. Puis une troisième, et une quatrième, et le déluge commença.
Lucie jura à côté d'elle.
"On fait quoi?"
"Si on reste pas surveiller le champ, on va se faire défoncer, " répondit Béné, "mais on va choper la mort si on se met pas à l'abri."
Le tonnerre gronda, ce qui re-fit jurer Lucie.
"Bon, viens", lui dit-elle avant de lui prendre la main et de s'engager dans la descente de la colline. Béné lui emboîta prudemment le pas, le cœur battant à toute vitesse et toute son attention sur le soudain contact entre elles.
L'autre femme la mena jusqu'au petit cabanon, sous la pluie battante.
"On doit surveiller que personne n'y rentre, et si on est dedans, on verra forcément si quelqu'un vient, non ?"
"Ça me va, " répondit Béné.
Elle poussa la porte et entra. La pièce était plongée dans l’obscurité, et le bruit de la pluie tombant sur le toit en tôle résonnait dans tout le cabanon.
“On est mieux au sec, non?” dit Lucie, après avoir fermé la porte derrière elle.
“Ouais. C’était pas con comme idée, j’étais partie pour rester dehors, moi”.
“T’es bête”, lui répondit Lucie en riant.
Les deux femmes s’assirent sur le sol, après avoir essayé de se sécher tant bien que mal. Au loin, le tonnerre grondait et des éclairs venaient régulièrement éclairer la pièce.
“Je suis contente de pouvoir passer du temps avec toi,” lança Bénédicte, en posant sa tête sur l’épaule de sa copine.
“Moi aussi”, lui répondit Lucie en glissant sa main dans la sienne. “Même si je suis trempée, que j’ai froid, et que je viens de réfléchir au fait que si des gens armés rentrent, on est un peu dans la merde.”
“On aura l’effet de surprise! Puis personne viendra, avec ce temps.”
“T’as raison.”
Elles restèrent comme ça toute la durée de l’orage, enlacées, à discuter de tout et de rien. Et quand la pluie s’arrêta, et qu’à contre cœur elles durent sortir du cabanon, Bénédicte et Lucie étaient sûres d’une chose : elles allaient passer plus de temps ensemble.
