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Language:
Français
Stats:
Published:
2014-04-07
Updated:
2014-05-12
Words:
11,368
Chapters:
6/?
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9
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31
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932

Purple heart

Summary:

En temps de guerre, les hommes se rapprochent pour oublier et se retrouver.

Chapter 1: Prologue

Chapter Text

La première fois que je lui ai réellement parlé, je venais de me prendre un fragment de balle en plein milieu de Carentan, on pensait avoir sécurisé la zone, mais un tireur d’élite nous avait échappé et j’en avais la preuve planté dans la cuisse.

Claudiquant, je suis allé me faire soigner au centre de secours, il était là, détaché et professionnel, je l’ai observé un long moment, après tout ma blessure n’avait rien d’urgente, je pouvais attendre. Quand ce fut mon tour, il m’a retiré le fragment rapidement, il m’avait prévenu que cela ferait un mal de chien, j’ai serré les dents, il m’a souri comme pour s’excuser pour la douleur qu’il m’infligeait. Il m’a proposé de me rendre le morceau de métal, apparemment la plupart des soldats le demandait habituellement, pour garder un souvenir de leur bravoure, comme si la cicatrice ne suffisait pas !

Il boitait légèrement, au début je ne l’avais pas remarqué et puis à force, cela est devenu évident.

-Comment vous vous êtes fait ça ?
-Je me suis fait tirer dessus en plein vol, lors du Débarquement. Mais je vous rassure dès que je pourrais, je retournerai au front.

Je l’avais croisé parfois à Tocoa, lors des entrainements, il était bien souvent en tête de pelotons, je l’ai vu rater certains exercices, mais je pouvais être sûr qu’une fois tous ses compagnons rentrés dans les baraquements, il serait dehors entrain de les refaire, jusqu’à ce qu’il les ait maîtrises parfaitement.

Je sentais qu’il était malheureux là où il se trouvait et qu’il n’était pas comme ces pleutres que j’avais croisé quelques secondes avant d’être blessé, qui avaient peur de traverser la rue pour aller chercher un homme à terre.

-Ce sera avec plaisir que nous vous accueillerons à nouveau dans nos rangs soldat.

Le lendemain, il était réaffecté à ma division, il était le premier auprès des blessés, souvent j’ai dû le rappeler à l’ordre, il fonçait droit devant, sans faire attention aux tirs de l’artillerie allemande.

Il était infirmier avant tout, sa condition de soldat passait au second plan, il n’était pas comme les autres, je ne pouvais pas le commander, parce que sa mission différait de la mienne.

Lorsque nous nous sommes repliés à Albourne, notre « pied à terre » anglais, il a rejoint l’un des hôpitaux de la région pour aider, il détestait se sentir inutile, j’ai accepté en lui faisant promettre de nous rejoindre lorsque nous serions redéployés. Je commençais à apprécier son côté frondeur et avec lui, je pouvais parler sans me préoccuper de son grade, il ne tirait aucune conclusion sur le fait que je ne buvais jamais d’alcool et se moquait des ragots de la Compagnie.

En embarquant pour l’opération Market Garden, je l’ai longtemps cherché du regard et puis finalement il est apparu, souriant et détendu, impossible de croire qu’il allait partir à la guerre et pourtant c’était bien le cas. J’attendais avec impatience de lui parler, nos petites conversations m’avaient manqué, mais il trainait avec le reste de la Easy distribuant des trousses de premier secours, il a quand même fini par monter dans mon avion.

-J’ai cru qu’on allait partir sans toi Doc !

Il m’a souri avec son petit air enfantin, ses yeux brillaient encore d’innocence.

-Je n’abandonnerai pas la Easy aux mains de charlatans.
-Pourquoi, toi, tu n’en es pas un ?

Il a éclaté de rire, cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu un son si réconfortant.

L’Opération Market Garden aux premiers abords, semblait simple, les Bosch n’avaient, selon les renseignements, laissé que des vieillards et des enfants aux Pays-Bas. Le saut s’est passé sans souci, à notre atterrissage nous avons été reçus comme des messies. Le reste a été une exécution en règle, j’ai perdu beaucoup trop d’hommes. Pour la première fois de ma vie, j’ai dû battre en retraite et laisser les corps de mes camarades sur le bord du chemin.

Plus les combats s’intensifiaient, plus je prenais de l’avancement et plus j’avais de nouvelles et si passionnantes responsabilités ! C’était la rançon de la gloire pour avoir réduit à néant une compagnie de trois cents soldats allemands avec seulement trente hommes !

Ecrire le rapport de cette « mission » fut la pire chose que j’ai jamais faite, car moi-même je ne savais pas comment nous avions réalisé cet exploit.

Il y avait comme un épais brouillard qui m’entourait pendant ce que certains appelleront un acte de bravoure alors que cela n‘avait rien de prémédité, mais nous n’avions pas d’autre choix que celui de nous battre.

J’ai réellement émergé de cet état proche de la transe lorsque Doc m’a apporté un café, alors qu’il venait de finir de panser nos blessés. Sa main s’est posée sur mon bras, comme je l’ai vu si souvent faire avec ses patients, pour me donner un peu de réconfort et me ramener à la réalité.

Pendant que je tapais le compte rendu des événements, Nixon est venu me rendre visite pour remplir sa fiole de whisky ! Il essayait de me distraire mais cela s’est avéré peu concluant.

Et puis Eugéne est venu, à son tour.

-Je suis en colère contre toi.

J’ai froncé les sourcils.

-Tu n’aurais pas dû partir sans moi.

J’avais presque envie de rire face à cette étrange crise de jalousie, en fait je ne savais pas comment qualifier ce comportement perturbant de la part de mon ami.

-Si j’avais su ce à quoi nous allions faire face, tu nous aurais accompagné avec deux ou trois compagnies en plus en soutien !
-N’oublie jamais que je suis l’infirmier de la Easy !
-Je risque pas de l’oublier !

Nous n’avons rien dit pendant de longues minutes nous contentant de nous toiser du regard.

-Pas trop dur de laisser ta compagnie entre les mains d’un autre ?

C’était l’une des conséquences de mon succès, j’avais du mal à l’accepter mais il le fallait bien.

-La Easy ne m’appartient pas.
-Ton remplaçant n’aura pas la tâche aisée, les hommes te respectent et ne craignent pas de partir au combat avec toi.
-Je suis pas mort, gamin ! J’ai juste pris un peu de galon, je serai quand même aux cotés de la Easy dans les batailles.

Il a étouffé un petit rire.

-Je vais te laisser, je vois que tu as une montagne de paperasse qui t’attend !

Ce jour-là je ne pensais pas le revoir, j’ai passé presque six heures le derrière vissé à ma chaise à mettre à jour mes rapports, mon aide de camps me ramenait boisson et nourriture. Alors que le soleil commençait à décliner, j’ai pris la décision de me dégourdir les jambes, je priais pour ne pas avoir à revivre une telle journée, mais je savais parfaitement bien que je passerai plus de temps derrière un bureau que dans une tranchée.

J’ai croisé Mo Selinger, mon remplaçant à la tête de la Easy, je l’ai invité à m’accompagner afin que nous discutions de ses nouvelles responsabilités. La nuit était tombée, nous discutions tranquillement, tout en marchant le long de la voir ferrée, lorsque mon camarade s’est fait tirer dessus par un bleu, j’ai fait appeler Welsh, que nous venions de rencontrer quelques minutes auparavant, en renfort pour transporter Mo jusqu’au camp, nous étions à peine arrivé que Doc se précipitait sur notre jeep. Il me jeta un regard, puis il dévia sur mon subordonné avant de s’attarder sur Mo. Alors qu’il prenait la mesure des blessures, il nous a demandé combien de morphine nous lui avions injecté. Welsh a balbutié :

-Entre Cent et cent vingt milligrammes…peut être
-Entre cent et cent vingt milligrammes ? Mais vous êtes malades ! Vous voulez le tuer ?
-C’était peut être moins…

Je n’avais jamais vu Eugène perdre son calme et sa douceur jusque-là, c’était surprenant et très déstabilisant.

-Surtout faites pas gaffe à ce que vous lui donnez ! A ce rythme-là, on aura même plus besoin des allemands, parce qu’avec ce qu’il a dans le sang, il est pas prêt de revenir !
-Je suis désolé Doc !
-Heureusement qu’il est costaud ! Il a peut-être une chance de s’en sortir.
-Il souffrait le martyr Donc, on savait pas quoi faire pour le soulager.
-Oui et bien vous devriez, vous êtes des officiers ! Vous êtes des hommes, Vous n’avez pas d’excuse !

Étrangement, alors que je n’avais pas dit un mot de toute la conversation, le regard de Doc se portait en continue dans ma direction lors de sa dernière tirade.

Je savais que Doc était furieux, mais je ne comprenais pas vraiment pourquoi ! On nous avait dit d’injecter de la morphine pour soulager nos compagnons, alors c’est ce que nous faisions, car leur douleur était la nôtre. Ces erreurs étaient fréquentes après tout, nous nous n’avions pas eu de formation médicale ! Ce que je ne savais pas c’est qu’il était hanté par les hommes morts qu’il n’avait pas pu sauver et certaines de ces morts étaient directement dues aux premiers soins approximatifs que nous simples soldats nous leur apportions.

Le pire était encore à venir, mais nous ne le savions pas !

Il y a d’abord eu Bastogne, ou j’ai cru mourir cent fois de froid, quasi encerclés, planqués dans des tranchés qui ressemblaient plus à de simples trous, alors que la neige tombait en permanence. Y aller c’était partir à la mort sans soutien, sans vêtements chauds et sans munitions. Nous étions sacrifiés.

Doc passait d’un trou à l’autre, histoire de vérifier qu’aucun homme n’avait gelé sur place et à la fin de sa tournée, il me rendait visite pour me tenir au courant de l’état de santé de mes troupes, il essayait en même temps de récupérer du matériel, il prenait des risques incalculés, alors que nous nous cachions. Les hommes lui ont à partir de cet instant donné le surnom d’Ange Gardien.

Quand il sautait dans ma tranchée, j’avais toujours l’impression qu’il était une apparition divine, il était en tout cas ma bouffée d’oxygène dans ce monde que je ne comprenais, dans cette guerre ou je semblais me noyer.

La nuit, il venait régulièrement se réfugier « chez moi », surtout après que Speirs l’ait engueulé, à raison, en le retrouvant dans la même planque que l’infirmier de la Dog compagnie.

La prière qu’il récitait à voix basse était devenue une douce berceuse à mes oreilles.

« Seigneur,
Veille à ce qu’il y ait toujours quelqu’un qui me console et que je console,
Qui me comprenne et que je comprenne,
Qui m’aime et que j’aime de tout mon cœur. »

Au matin, il semblait toujours un peu plus apaisé.

Il est arrivé, parfois, qu’il effectue ses « rondes » de nuit, mais je ne pouvais pas fermer l’œil sans être certains qu’il était à l’abri et à côté d’un de nos camarades afin de partager sa chaleur. Si il choisissait de passer la nuit avec moi j’étais toujours plus serein, sans vraiment comprendre pourquoi.

Doc réconfortait mes hommes, là où je ne savais que les encourager.

Un jour, alors que le soleil venait à peine de se lever, il m’avait raconté sa rencontre avec Renée, cette jeune infirmière, exerçant à « l’hôpital » de Bastogne, il m’avait longuement parlé de son sourire triste et de ses mains agiles, son accent cajun refaisait surface par moment signe de son exaltation vis-à-vis de cette femme. Je l’écoutais religieusement, fasciné par l’agitation qui s’était emparée de lui et en même temps j’avais l’impression qu’une main inconnue s’était saisie de mon cœur et le serrait aussi fort que possible. J’étouffais de le voir heureux.

Après cela toutes les excuses étaient bonnes pour qu’il se rende à Bastogne, pour qu’il aille la voir, je savais parfaitement bien qu’il devait accompagner les blessés là-bas, mais il n’était pas le seul infirmier sur le champ de bataille ! Je voulais le garder près de moi et loin d’elle, je n’avais toujours pas saisit ce qui m’arrivait.

Je continuais à le surveiller plus ou moins discrètement du coin de l’œil et je me suis rapidement rendu compte qu’il sombrait, notre situation semblait plus peser sur son moral, peut-être se sentait-il plus désemparé que nous ? Ou alors à force de nous venir en aide et de nous remonter le moral, nous avions oublié de faire de même avec lui ?

Lorsque la nuit de Noël, il n’est pas venu me rejoindre, je suis allé le retrouver, il dormait à poings fermés, seul dans un trou beaucoup plus petit que les autres, je me suis glissé à côté de lui, j’étais bien contre sa chaleur, j’allais m’endormir lorsque les bombardements ont repris. Cette fois, ils nous visaient directement.

L’un des nôtres était à terre, je pouvais entendre hurler « infirmier », j’ai suivi les voix et je l’ai rejoint pensant que Doc me suivait, mais ce n’était pas le cas, il mit plusieurs longues minutes à arriver et pour la première fois, je l’ai vu douter, il est resté planté là, sans savoir quoi faire et lorsqu’enfin il a soigné notre blessé, ma décision était prise.

-Eugéne, accompagne-le à Bastogne et prends-toi un repas chaud.

Si je ne pouvais pas l’aider peut être qu’elle, elle y arriverait.

Il est revenu changé, je pensais qu’il s’était passé quelque chose avec la jeune femme mais je me trompais, le soir venu, alors qu’il venait se blottir contre moi, il m’avoua qu’elle était certainement morte, il n’avait retrouvé qu’un hôpital effondré. Je ne savais pas quoi lui dire, je pensais qu’il serait triste, mais étrangement il semblait …soulagé ?

Il se cala un peu plus que d’habitude contre moi et il ne parla plus jamais de cette Renée.

Le général Patton vint nous sortir de Bastogne, même si aucun de mes hommes, sauf peut-être Eugéne, ne reconnaîtraient jamais que nous avions besoin d’être secouru.

La bataille des Ardennes ressemblait en tout point à Bastogne, sauf que j’avais droit à une espèce de tente loin des lignes de front, qui n’empêchait en rien le froid de m’assaillir et que Doc venait me rendre visite moins souvent. Cela était vrai jusqu’à ce que Hoobler décède alors qu’il tentait de le soigner, le chercheur de Luger était mort de la façon la plus stupide qui existe, il s’était tiré accidentellement dessus.

J’étais loin des lignes de front et je n’avais que peu de contact avec la Easy, malheureusement à chaque fois que j’avais des nouvelles d’eux, j’apprenais une nouvelle mort ou un nouveau blessé. La Easy semblait se désintégrer peu à peu, le lieutenant Dyke qui la commandait, était un véritable fantôme, son incapacité à diriger ma Compagnie me fendait le cœur, j’aurai tout donné pour prendre sa place, mais cela était impossible, lorsqu’en plein milieu d’une mission, sa couardise les a emmené à l’abattoir, Eugène compris, j’ai ordonné à Speirs de prendre le relais, j’avais confiance en ses qualités de meneur, je savais que lui saurait diriger ces hommes incroyables.

Nous avons retrouvé un certain confort en nous installant à Haguenau, les soldats pouvaient enfin dormir dans de vrais lits, chose qu’ils n’avaient pas faite depuis deux mois. Les mortiers ennemis nous canardaient toujours, mais nous avions un toit au-dessus de nos têtes. Je pensais que nous allions enfin pouvoir nous reposer un peu, jusqu’à ce que nos supérieurs décident qu’il nous fallait des prisonniers à interroger, je savais que cette mission était stupide et inutile, mais j’ai quand même dû envoyer quinze de mes soldats.

Peu de temps après leur retour, Doc s’est invité dans mes quartiers.

-Jackson est mort.
-Et merde !
-Si j’étais parti avec eux…Il est mort parce que je n’ai pas pu être à ses côtés à temps !

Encore une fois, il voulait se montrer plus courageux que ce qu’on lui demandait.

-Arrête ! Il n’y avait de la place que pour quinze hommes, tu ne pouvais pas en faire partie !
-Putain! Je suis un soldat !
-Et tu es aussi mon… notre infirmier ! Tu n’as rien à prouver, tu es encore plus respecté que moi parmi les hommes !

Je voyais bien que je ne l’avais pas convaincu, mais c’était peine perdue, tout ce que je voulais éviter c’était qu’il fasse un acte de bravoure incroyablement stupide et qu’il y laisse la vie.

-Est-ce que tu sais combien de fois j’ai dit à un soldat qu’il fallait qu’il s’accroche ? Qu’il allait s’en sortir et au final je lui ôtais sa plaque d’identification ?
-Non, Eugéne.
-Moi non plus, j’ai arrêté de compter, j’ai tenu trop de mains dont le propriétaire était en train de rendre son dernier souffle, est-ce que ça en vaut vraiment la peine ?

Il perdait progressivement foi en ce qu’il faisait.

-Quand la fin est là ils savent qu’ils ne sont pas seuls… grâce à toi… Si jamais je devais mourir, je serai rassuré de savoir que tu es auprès de moi.
-Je préférerai ne pas avoir à te tenir la main… Si tu pouvais éviter de mourir, ça m’arrangerait ! Sinon qui j’irais embêter quand je n’ai rien à faire ?
-Je n’ai aucune envie de mourir.

Étrangement, j’avais envie de l’attirer contre moi, pour le rassurer, il semblait tellement jeune à cet instant, mais je restais planté sur la chaise de mon bureau, alors qu’il ne se trouvait qu’à quelques mètres de moi.

-Je préfère ça… Je vais aller voir si il n’y a pas quelques blessures que les soldats me cachent à soigner.

Alors qu’il s’éloignait, je me suis senti obligé de le retenir encore quelques secondes.

-Tu peux revenir quand tu veux, tu ne m’ennuies pas.

Dans la matinée, le colonel Sink m’a averti qu’il voulait renouveler cette mission le soir même, j’ai informé les hommes tout en leur précisant qu’ils ne l’effectueraient pas, un faux rapport serait réalisé par Nixon et eux resteraient tranquillement dans leur baraquement. Au moins de cette façon, j’étais certains que Eugène ne tenterait pas de s’immiscer dans cette patrouille.

Peu de temps après nous quittions la France pour l’Allemagne et alors que nous avions cru, avoir rencontré le pire, nous nous trompions.