Actions

Work Header

Le temps d'une époque

Chapter Text

Prologue

 

oOo

 

Il n’arrivait pas à y croire ! Il avait été mis en échec par une humaine. Une simple et insignifiante humaine. Une race sous-développée, qui ne valait rien à côté de lui.

Il avait fait l’erreur de croire que ce pion, qu’il avait fait en sorte de garder prisonnier entre ses serres, combattait pour lui. Qu’il resterait naïf. Mais cette traitresse d’Etro avait réussi à s’approprier sa combattante.

Avec de belles paroles et des promesses d’avenir radieux, Etro avait retourné la situation à son avantage et cette maudite humaine avait choisi de le trahir pour rejoindre le camp de sa déesse de la mort. Et elles l’avaient mis en difficulté ! Après tout, il avait commis l’erreur d’offrir à ce pion des pouvoirs presque divins et elles avaient réussi à l’évincer jusqu’à l’envoyer et l’enfermer dans le néant.

Cependant, elles avaient oublié une chose : il était le grand Bhunivelze. Omnipotent et omniprésent. Créateur toute chose et de tout être. Il avait autorité sur tout ce qui existait, matériel et immatériel, et sa puissance dépassait celle d’Etro et encore plus celle d’une faible et nuisible humaine.

Bhunivelze ne faisait pas grand cas du néant ou du temps qui passait. Sa force revenait au galop, il la sentait grandir au fond de lui minute après minute, et prochainement, les ténèbres dans lesquelles il avait été plongé seraient insuffisantes pour le retenir. Il pouvait déjà sentir la résistance d’Etro faiblir. Elle ne pouvait pas se régénérer aussi rapidement que lui.

Cette déesse était une erreur qu’il n’aurait jamais dû créer. A cause d’elle, il avait tout perdu. Il s’était montré trop laxiste, et au lieu de l’anéantir quand il s’était rendu compte de son inutilité, il l’avait façonné le Valhalla pour elle. Un endroit froid, vivant et en même temps suspendu dans le temps. Ni jour ni nuit, une grisaille perpétuelle où chaque âme viendrait la rejoindre.

Il l’avait exilée sur ce sol désertique de vie et de chaleur, croyant que cela suffirait pour ne plus jamais entendre parler d’elle. Mais au fil des siècles, elle avait réussi à se faire respecter par l’espèce humaine, et même par s’en faire aimer. Et avant qu’il ne s’en rende compte, toute la situation avait échappé à son contrôle.

Etro avait échappé à sa vigilance et elle, qui avait une vision sur tout, passé, présent, avenir, avait fait ses propres choix. Elle avait décidé de se battre pour son existence, pour son royaume et lui qui était si puissant, avait été réduit au rang de sous-espèce.

Il avait été enfermé, retenu prisonnier dans le néant comme un vulgaire animal. Comme un humain. Pendant longtemps il avait ruminé sa rage, combattant douloureusement la morsure de l’humiliation que lui avait fait ressentir sa traitresse de combattante et son erreur. Elle avait déchiré chaque fibre de son ego, l’empêchant d’être assez lucide pour récupérer ses forces et fomenter une vengeance de son cru.

Mais du fond de son trou, Bhunivelze avait patiemment attendu. Il n’allait pas se laisser dominer aussi facilement et son règne n’était pas encore terminé. Il était hors de question que cette humaine et Etro s’en sortent. Ça faisait sept ans que l’histoire se poursuivait. Sept ans qu’il était enfermé dans le néant, Sept années pendant lesquelles Etro et sa championne, vivaient paisiblement. L’une s’appropriant doucement tous les pouvoirs et l’autre, pensant avoir droit à un avenir après s’être joué de lui. Il était grand temps qu’il leur montre qui était le Grand Bhunivelze. Sept ans, c’était long pour des humains, mais pour lui, ce n’était rien. Ce qu’il s’était passé n’était qu’un maigre contretemps venu contrecarrer ses plans, qu’il était presque prêt à mettre enfin en action.

Il allait d’abord se débarrasser de l’humaine. Ça serait un véritable jeu d’enfant. S’il l’envoyait assez loin, elle se perdrait probablement à jamais dans la trame du temps et dans le cas contraire, elle se ferait tuer sans qu’il n’ait besoin de s’en charger lui-même. Rien n’était plus savoureux sur sa langue, que le gout sucré de ce qu’il avait préparé pour elle.

De sa prison dans le néant, un rire sournois résonna dans les profondeurs. Encore un peu de temps, juste un peu, et il serait prêt à mettre le début de son plan en marche. Attaquer l’humaine ne rendrait Etro que plus vulnérable. Il connaissait l’affection qu’avait la déesse de la mort pour sa championne. Il savait aussi qu’elle mettrait tout en œuvre pour l’aider, et qu’elle n’aurait jamais assez de force pour empêcher que cela arrive. Ensuite, il se chargerait d’elle. Cela n’en serait que plus facile de l’atteindre.

Une fois qu’il aurait repris son trône et sa place de Dieu, il n’aurait plus qu’à se créer une nouvelle déesse. Plus malléable, moins sentimentale. Une déesse à son image. S’il le fallait, il anéantirait ce monde qu’il avait créé. En tant que Grand Bhunivelze, il avait tous les pouvoirs, et il allait leur montrer qu’on ne s’en prenait pas à lui sans conséquences.

 

oOo

Chapter Text

Chapitre 1

 

Ça faisait plus d’une heure que Lightning s’observait dans son miroir sur pied. Elle était d’une nature confiante et courageuse habituellement, mais là, une boule nouait son estomac. Son cœur tambourinait dans sa poitrine et si ça continuait ainsi, sa tête allait finir par se mettre à tourner, et ce n’était absolument pas le moment de tomber dans les pommes.

Premièrement, elle n’était pas sensible au point que cela lui arrive sans une bonne raison, et elle n’avait catégoriquement pas envie de rater l’évènement de ce jour qui lui appartenait entièrement. C’était enfin son tour. Malgré l’angoisse qui l’envahissait, elle sentait son corps vibrer de bonheur.

Elle avait battu son destin et gagnée le droit de vivre une vie normale. Elle avait sauvé Etro, rétablie l’ordre temporelle et permis à chacun d’être sauvé. Ça n’avait pas été sans séquelle. Cocoon avait sombré, laissant une population démunie sur les Terres de Gran Pulse. Mais c’était dans des moments pareils qu’on se rendait compte de la force qui résidait dans la race humaine. Tous s’étaient relevés tant bien que mal et avait pris les choses en main. Et à présent, quelques années plus tard, un joli village chaleureux et convivial était né.

Ils avaient appris à s’entraider, à travailler la terre et à se servir de toutes les ressources que leur offrait la nature. Fang et Vanille avaient été de précieux conseil et grâce à elles, ils avaient pu établir un commerce entre les différentes petites bourgades qui s’était disséminées un peu partout. Les choses avaient bien changé depuis et un léger sourire étira les lèvres de Lightning. Les choses n’avaient changé qu’en bien.

La porte de sa chambre s’ouvrit et fut refermée aussi vite alors qu’une silhouette aux cheveux roses se faufilait rapidement jusqu’à elle. Serah se tenait devant elle, radieuse dans sa robe en flanelle qui était aussi rose que ses cheveux. Lightning passa une main affectueuse dans les mèches désordonnées qui s’étaient échappées de son chignon et elle soupira doucement avant de se retourner vers son reflet dans le miroir.

- Tu es prête ? demanda sa cadette.

La boule dans l’estomac de Lightning sembla grossir et grimper jusqu’à sa gorge. C’était maintenant. Jamais elle ne s’était sentie aussi angoissée. Toutes les fois où elle avait tenu sa Gunblade entre les mains ou encore son épée de chevalière d’Etro, Lightning avait été sûr d’elle. Elle devait se battre, jusqu’à la mort s’il le fallait, actuellement, elle se sentait juste terrifiée. Certaine de son choix ? Oh, ça oui. Mais ça ne l’empêchait pas d’avoir peur de passer cette étape. Parce qu’aujourd’hui, ce n’était pas uniquement son jour à elle, c’était aussi celui de Fang.

Cette grande brune exotique, sauvage et malicieuse au caractère aussi impétueux que l’était les Terres de Gran Pulse et qui avait réussi à faire chavirer son cœur. Elles étaient en couple depuis six ans et quand elle y repensait, Lightning n’aurait jamais cru que vivre un tel avenir lui serait possible. A l’époque, elle se voyait déjà sacrifiée au combat comme le pion qu’elle avait été entre les mains divines de Bhunivelze et celles de la déesse Etro.

Fang avait été un renouveau pour elle. Un espoir qu’elle n’avait jamais espéré avoir. La pulsienne lui avait ouvert des portes. Lui avait réappris à faire confiance, à aimer. Ça avait été long et ça lui avait demandé des efforts et elle avouait être tombée des nues le jour ou Fang, aussi désinvolte et naturelle que d’habitude, l’avait demandé en mariage.

- Tu vas voir, reprit Serah, attirant son attention. Ça va aller. Ne te préoccupe pas des invités et concentre-toi uniquement sur Fang.

Lightning tourna la tête vers sa sœur. Dans sa bouche, ça semblait facile, mais il était vrai qu’elle savait de quoi elle parlait. Après tout, elle-même s’était enfin mariée avec Snow trois ans auparavant.

L’aînée des Farron s’observa encore une fois. Les reflets du soleil qui nimbaient sa chambre faisaient étinceler les perles bleues qui ornaient sa robe souple et écrue. Elle n’avait pas voulue quelque chose d’extravagant à l’instar de Serah qui avait ressemblait à une princesse, de plus, Fang avait désiré que leur cérémonie se déroule comme celles auxquelles elle avait l’habitude d’assister à son époque, sur Oerba. Alors on oubliait les grandes robes blanches et bouffantes, et cela convenait parfaitement à Lightning.

Elle était tout ce qu’il y avait de plus simple. Elle et Serah avaient seulement fait rajouter un bustier qui mettait en valeur ses courbes ainsi qu’une fine dentelle dans laquelle étaient piquées les nombreuses perles bleues. Il n’y avait pas de traine et encore moins de voile qui recouvrait ses mèches roses pales qui, pour l’occasion, étaient seulement coiffées en une épaisse tresse, discrètement décoré par quelques petites fleurs azur.

D’après Serah, le résultat était magnifique et Lightning ne pouvait s’empêcher de se demander s’il plairait autant à Fang qu’il avait plus à sa sœur et à elle.

- Je me demande à quoi ressemble la tenue de Fang. Elle a refusé qu’on se les montres, dit-elle doucement, ses yeux fixant les reflets des perles sur le tissu de sa robe.

Serah alla s’asseoir dans le fauteuil à côté du miroir sur pied. Elle était souriante et joyeuse et Lightning trouvait sa joie presque communicative.

- Oui, je sais, répondit la cadette. J’ai beaucoup discuté avec Vanille de leurs anciennes coutumes et apparemment, les tenues de cérémonie devaient rester un secret jusqu’à l’autel.
- Oui, c’est ce que Fang m’a dit aussi, acquiesça Lightning.
- Et encore… Tu as de la chance, à l’époque de Fang les mentalités étaient un petit peu plus ouvertes. Parce que Vanille m’a dit qu’à l’époque de leurs parents ou grands-parents, il fallait que les deux parties restent totalement vierges jusqu’aux noces. Et au moment de la consommation, il fallait qu’il y ait un témoin pour certifier l’innocence des protagonistes et valider l’union.

Lightning regarda longuement sa sœur, son visage figé dans une expression impassible, mais au fond d’elle, elle remerciait presque le ciel qu’elle et Fang ne s’unissent pas à l’époque de la pulsienne. Ça faisait bien longtemps qu’elles avaient toutes les deux dépassé le stade des chastes baisers et elle n’aurait absolument pas apprécié de devoir consommer son mariage avec des yeux étranger de posés sur elles. Ça devait être horrible pour les personnes qui le vivaient.

- Tu sais, reprit Serah. C’était vraiment toute une autre culture à leur époque sur Gran Pulse.
- Je vois ça.
- Tu imagines si tu avais épousé Fang à cette époque, surenchérie Serah.
- Je ne préfère pas, grommela Lightning.
- Tu as raison. Et puis, cette époque est très loin derrière nous.

La cadette des Farron se releva, débordante d’entrain et s’approcha d’elle en deux pas. Elle s’empara de ses mains, les tenants fermement serrées dans les siennes. Leurs yeux à la fois si semblables et si différents se fixèrent et Lightning sentit cette boule qui opprimait son corps s’alléger un peu.

- Maintenant, tu ne dois regarder que devant toi, Light. Tu as un avenir radieux qui se présente à toi et tu l’as bien mérité après tout ce que tu as vécu. Je sais que Fang prendra bien soin de toi.
- Serah, soupira Lightning.
- Quoi ? Je suis sérieuse. Tu n’aurais pas pu trouver mieux. Cette femme t’adore, Claire. Je le vois tous les jours et je vois à quel point c’est réciproque.

Lightning ne chercha pas à répondre. C’était inutile de vouloir nier l’évidence et elle avait depuis longtemps dépassée le stade de faire croire à son entourage qu’elle n’aimait pas Fang. Aujourd’hui, elle était en paix avec ses sentiments. Elle avait accepté chaque partie d’elle et elle avait réussi à faire concilier la jeune femme sensible et faible qu’était Claire Farron à la force froide et intransigeante que pouvait parfois représenter Lightning.

Elle était un tout que Fang avait appris à connaître et à aimer. Serah avait raison, elle n’aurait pas pu trouver mieux que l’ancienne pulsienne.

- Promets-moi que tu vas tout faire pour que cet avenir soit magique, reprit Serah, des larmes au coin des yeux. Vous l’avez mérité.

Lightning esquissa un discret sourire et étreignit tendrement sa sœur contre elle.

- Je te le promets.

Serah se recula et effaça les quelques larmes qui avaient coulée avant de prendre une posture déterminée. L’aînée des Farron eut envie de rire, car c’était plutôt à elle de carrer les épaules pour se donner le courage d’affronter tous ces regards qui allaient inévitablement se poser sur elle alors qu’elle allait rejoindre son amante devant l’autel.

- Bien ! s’exclama Serah. Es-tu prête, alors ?

Lightning soupira et pinça un peu les lèvres.

- A épouser Fang ? Plus que jamais ! A remonter le long de cette allée ? ça c’est moins sûr.

Serah pouffa doucement de rire avant de s’écarter pour s’emparer de l’étole bleu pâle qui reposait sur le bout du lit. Elle l’ouvrit délicatement avant de la lui passer autour des épaules. Lightning retint les pans dans le creux de ses coudes et croisa une fois de plus le regard de sa cadette.

- Fait ce que je t’ai dit. Ne te préoccupe de rien d’autre que de Fang qui t’attendra au bout de cette allée.
- Ça semble plus facile à dire qu’à faire.
- Mais non, tu verras, rit Serah.

Lightning se retint de grogner. Ce n’était pas un jour pour se montrer grognon et elle avait décidé d’être d’humeur joviale. Du moins, autant qu’elle pouvait se le permettre. Elle inspira un grand coup. Serah arrangea délicatement sa tresse qui pendait sur son épaule gauche et épousseta une poussière invisible sur l’épaule dénudée de l’autre. La cadette des Farron finit par se reculer pour la regarder.

- Tu es superbe. Tu crois que maman et papa seraient fiers de nous ?

L’ancienne guerrière entrouvrit la bouche pour répondre avant de se stopper. Que pouvait-elle répondre à ça ? Sa sœur était beaucoup trop jeune quand leur père était décédé pour qu’elle se souvienne de lui et depuis que leur mère était morte, pas une seule fois Serah n’avait parlé d’elle. Ce n’était pas un sujet réellement tabou entre elles, mais d’un accord tacite, elles avaient jugé cela plus facile à gérer de les occulter totalement de leur vie. Après ça, c’était devenu juste bien trop compliqué pour qu’elles ne puissent que seulement y penser.

Mais maintenant, alors que Serah lui posait une simple question, Lightning ne put s’empêcher de se demander comment ils auraient réagi par rapport à la vie que leurs deux filles s’étaient choisies. L’une était devenue une l’cie de pulse par accident et la chute de Cocoon avait commencé en partit à cause d’elle-même qui avait tout fait pour sauver sa cadette de son sort. Ensuite, Serah était morte et avait ressuscité et maintenant, elle se retrouvait mariée à un homme aussi grand qu’une armoire à glace et qui, parfois, était aussi intelligent qu’un gobelin. Qui n’avait aucun diplôme à part celui de cogner des monstres, mais qui s’avérait loyal. Quant à Lightning, elle avait arrêté ses études à la fin du lycée, était rentrée dans l’armé pour ensuite trahir Cocoon et mener leur monde à sa perte. Puis elle était devenue une guerrière pour le compte de la déesse de la mort avait combattu dieu lui-même et allait à présent épouser une femme. Une personne du même sexe et même si les souvenirs qu’elle avait de ses parents ne semblait pas être rétrograde, Lightning ne put s’empêcher de se demander s’ils auraient approuvé leurs choix.

- Je pense qu’ils auraient approuvé, s’exclama soudainement Serah, la tirant de ses pensées.

Lightning regarda sa sœur avant d’esquisser un sourire et de lever les yeux au ciel.

- Pourquoi tu me poses sérieusement la question, si tu te fais ensuite les réponses ?
- C’était seulement rhétorique. Il ne fallait pas que tu te triture autant l’esprit et que tu répondes seulement « oui ».
- Et si ce n’est pas le cas ?

Serah haussa les épaules puis posa ses mains sur ses hanches.

- Qu’est-ce que ça peut bien faire ? ça n’a aucune importance maintenant. Et je suis certaine que de là où ils sont, ils sont fiers de nous. Que nous ayons réussi à survivre à tout ça et que nous soyons à présent heureuses.

Lightning détourna la tête vers la fenêtre de sa chambre. Elle avait une magnifique vue sur l’océan de Gran Pulse. Les rayons du soleil faisaient éclater une myriade d’étincelles sur sa surface que cela en paraissait presque irréel. C’était une belle journée et il était hors de question qu’elle vienne la gâcher par des questionnements inutiles. Serah avait raison. Peu importe ce que ses parents pouvaient réellement penser de là où ils étaient, elle était heureuse avec Fang et Serah l’était avec cet idiot de Snow. C’était tout ce qui comptait.

- Alors ? Es-tu prête maintenant ?

L’aînée des Farron recroisa les yeux de sa cadette et esquissa un sourire. Elle tendit une main devant elle que Serah s’empressa d’attraper.

- Je suis prête.

Les lèvres de Serah s’étirèrent en un sourire qui mangea presque tout son visage et ses prunelles brillèrent d’une joie qu’elle avait du mal à contenir. Elles se dirigèrent vers la porte de la chambre et finirent par traverser la spacieuse maison en bois qui leur servait de demeure à elle et Fang. Elles descendirent les marches du pilotis et ses pieds nus rencontrèrent enfin le sable chaud de la plage sur laquelle elle habitait.

Lightning posa ses yeux sur le bout de ses orteils qu’elle sentait s’enfoncer dans les grains sableux. Fang lui avait expliqué qu’à son époque, il n’était pas nécessaire de s’encombrer d’artifice superflu quand on célébrait une cérémonie en plein été. Que la symbiose de l’union était encore plus parfaite si on était en contact direct avec l’être aimé et la Terre elle-même. L’ancienne militaire avait trouvé l’idée alléchante. Une pression sur sa main lui fit redresser la tête qu’elle tourna vers sa sœur.

Celle-ci lui accorda un sourire rassurant et encourageant, puis Lightning dirigea enfin son regard droit devant elle. Elle y était enfin. Deux rangés de bancs simple encadrait une allée pas si longue que ça, au bout de laquelle se trouvait Vanille, qui allait célébrer cette union et à sa gauche, Fang. Lightning la découvrit pour la première fois drapait dans sa propre tenue d’un bleu indigo qui rappelait son sari. Elle aussi avait arrangé sa robe lui donnant une apparence plus moderne et sophistiqué.

Le tissu moulait ses courbes et deux courtes manches entouraient délicatement ses épaules. La couleur indigo de sa tenue mettait en valeur sa peau caramélisé par le soleil et ses boucles noires qui avaient été presque entièrement tressés. Puis Lightning finit par tomber dans les deux émeraudes de son amante. Ce visage, qu’elle connaissait si bien, qui n’abandonnait que rarement son espièglerie et son amusement, était maintenant empreint d’une joie qui lui était presque palpable.

Elle pouvait y lire de la détermination, du ravissement, de l’envie aussi, mais surtout de l’amour et de la tendresse et pas une seule once d’hésitation ou de nervosité. Fang était confiante, pleine d’assurance comme toujours et Lightning s’en sentit encore plus rassurée. Elle n’eut pas vraiment conscience de se redresser, à son tour plus décidé que jamais. Quand elle entama son premier pas, entraînait par Serah, L’aînée des Farron ne réalisa qu’une seule et unique chose. Alors qu’un peu plus tôt son ventre et sa gorge étaient noués d’angoisse et de nervosité, maintenant qu’elle se rapprochait lentement de Fang sans lâcher son regard, Elle était sereine. C’était ce qu’elle voulait.

Ses doigts se refermèrent autour de ceux de Fang qui prit la relève de Serah. Un léger frisson remonta le long de son bras et elle répondit au sourire de la brune. Lightning détailla son amante, une agréable boule de chaleur gonflant sa poitrine. Des petites perles bleues pigmentaient les nombreuses tresses de sa chevelure dont certaines étaient retenues par de fines pinces. Elle était magnifique.

- Ça va ? demanda doucement Fang.
- Oui.
- Tu es prête ?

Lightning fixa ses yeux dans ceux de son amante. Sa future femme. A ce titre, son ventre virevolta de joie. Elle n’avait jamais été aussi prête et aussi confiante.

- Oui, souffla-t-elle. Je suis prête.

Fang sourit et l’embrassa tendrement sur le front avant de se reculer. Tout ce qui suivit fut une succession de psaumes incantés par Vanille. Puis la rouquine leur demanda de joindre leurs deux mains, les croisant au niveau de leurs poignets. Lightning et Fang ne se lâchaient pas des yeux, chacune arborant un sourire. L’ancienne guerrière avait été mise au courant de la coutume de cérémonie du village d’Oerba. Elle et Fang avaient pratiqué une ou deux séances d’entraînement avant le jour fatidique et elle savait en partie à quoi s’attendre.

En revanche, elle fronça les sourcils et retint une grimace, quand le lien magique qui s’enroula autour de leurs mains jointes sembla lui brûler la peau. Une ligne écarlate serpentait sur le dos de leurs mains, s’incrustant et mettant sa chair à vif. C’était tellement différent du mariage de sa sœur qui avait été très ordinaire. Une pression sur le bout de ses doigts lui fit relever la tête vers Fang.

Cette dernière l’encouragea d’un discret sourire malgré la pointe de douleur qu’elle pouvait voir percer dans ses prunelles. C’était comme si quelque chose s’immisçait en elle avant d’onduler jusqu’au plus profond de son être. Lightning eut la sensation d’une main qui l’agrippa derrière son nombril et s’attela à lui arracher une partie d’elle pour l’accrocher à ce lien qui mordait sa peau. Elle eut soudainement chaud.

Son ventre se contracta et la boule dans sa poitrine sembla grossir un peu plus. Elle s’accrocha de toutes ses forces à la main de Fang, occultant les personnes qui l’entouraient. Plus rien n’avait d’importance que son amante en face d’elle qui lui transmettait le courage et la détermination dont elle avait besoin. Un sourire de Fang lui apprit que c’était le moment de participer plus activement et de prononcer ces quelques vers qu’elle avait assidument retenus. De son côté, la brune incanta en même temps qu’elle et ils semblèrent résonner jusque dans sa tête, faisant vibrer son âme.

« Hoc magicum juncta me tibi »

Ce n’était pourtant qu’un souffle qui accompagnait la brise légère de ce vent d’été. Le lien magique qui les unissait sembla s’embrasait un peu plus et s’enfonçait plus profondément dans sa chair comme dans son corps. Pourtant, elles poursuivirent tranquillement, Lightning suivant le rythme lent de Fang.

« trado tibi et anima mea,
et dabo tibi ubera mea custodia mea
ego do vobis, quia fortitudo mea, »

Cette fois, Lightning sentit son corps se contracter violemment alors qu’elle avait l’impression qu’on lui arrachait quelque chose de précieux, de presque vital pour survivre. Les dernières paroles lui semblèrent difficiles à prononcer et elle n’eut pas vraiment conscience de les dire alors que celles de Fang se mirent à résonner à ses oreilles.

« et duas pergentibus aeternum
est unquam. »

Puis, la douleur dans son corps reflua lentement. Pendant une seconde, la sensation fut même presque douce, la touchant dans les moindres recoins, sympathisant avec son âme. Lightning fixait toujours Fang et elle sut que la brune ressentait la même chose. Alors, l’ancienne guerrière comprit que la douceur qu’elle sentait au fond d’elle, était une partie de Fang. Une partie de son âme ? De son esprit ? Elle ne saurait le dire, mais elle était certaine que cette chaleur qui créa son nid dans son cœur appartenait à son amante. Comme celle qui venait de naître dans la poitrine de Fang devait probablement lui appartenir.

Tout doucement, Lightning reprit conscience de son environnement. De ses doigts fermement enserrés dans ceux de Fang, de ses pieds enfoncés dans le sable chaud de la plage aux invités qui venaient d’assister à son union avec la pulsienne. Elle n’avait aucune idée de si ce qu’elle avait ressenti s’était manifesté aux yeux des autres, mais elle était certaine que quelque chose avait dû transparaitre de cette union. La magie restait rarement discrète. Finalement, elle sentit un lien entourer son annulaire gauche et elle posa ses yeux sur le dos de sa main.

Une alliance, tout ce qu’il y a de plus ordinaire, brillant de l’éclat de l’or blanc et finement entrelacée par une fine cordelette bleue, ornait à présent son doigt. C’était simple et ouvragé et Lightning se prit à tout de suite adorer ce bijou, elle qui, pourtant en portait peu. Du coin de l’œil, elle remarqua que Fang arborait à présent la même bague, au détail prêt que la corde de la sienne avait la couleur du quartz.

- Je vous déclare unie sous la bénédiction de l’oracle d’Oerba ! s’exclama joyeusement Vanille, mettant ainsi fin à la cérémonie.

Des applaudissements explosèrent autour d’elles et Fang pouffa joyeusement de rire. Elle tira Lightning à elle et n’attendit pas une seconde de plus pour lui ravir ses lèvres. La rosée posa ses mains sur la taille de sa femme, répondant au baiser qui se fit doux.

- Ah ! Fang ! Je n’avais pas encore dit que tu pouvais l’embrasser ! s’insurgea Vanille, faisant rire les invités.

Fang ne chercha pas à lui répondre et picora encore un instant les lèvres de Lightning, souriante et comblée. La rosée réalisa qu’elle éprouvait la même chose. Jamais elle n’avait été aussi heureuse et elle se surprit à rêver d’un avenir aussi radieux jusqu’à la fin de ses jours.

- Bienvenue dans la famille, Oerba Yun Lightning, déclara Fang en se reculant légèrement.

Ce nouveau titre fit voltiger des papillons dans son ventre. Elle n’était plus seulement Lightning ou Claire Farron. Aujourd’hui, elle était bien plus que ça. Elle n’était plus seule, et même si elle garderait toujours un œil sur sa cadette, elle la savait entre de bonnes mains avec Snow. Lightning pouvait vivre pour elle à présent et elle pouvait protéger autant qu’être protégée. Savoir qu’elle pouvait placer tout son être, toute sa vie et tout ce qu’elle possédait entre les mains de Fang, représentait pour elle quelque chose de rassurant et de reposant.

Prise d’une impulsion qu’elle n’avait habituellement pas, elle glissa ses mains dans la nuque de Fang et captura ses lèvres à son tour pour un baiser plus profond. Elles ondulèrent un instant l’une contre l’autres avant de s’écarter.

- C’est prometteur tout ça, dis-moi, s’amusa Fang.
- Idiote ! grommela Lightning, ses joues rosissant légèrement.
- Ah ! C’est que ma femme n’était pas cachée si loin que ça en réalité.

Elles se regardèrent, se comprenant instantanément. Oui, elles étaient dans l’euphorie des jeunes mariées, nageant sur un nuage qui leur appartenait et certainement que dans quelque temps, tout cela s’apaiserait pour les laisser dans une routine quotidienne. Mais aucune d’elles n’avait peur de ce que leur réservait l’avenir.

Elles furent ramenées à la réalité par Vanille qui leur sauta dessus maintenant qu’elle ne se devait plus d’être solennelle à cause de son rôle de prêtresse.

- Bienvenue dans la famille ! s’exclama-t-elle joyeusement, entourant leurs têtes dans ses bras.

Lightning et Fang rirent, rattrapant la rouquine par la taille et leurs amis les rejoignirent enfin. Serah étreignit sa sœur, des larmes perlant au coin de ses yeux. Elles ne s’encombrèrent pas de paroles, elles n’en avaient pas besoin. La cadette finit par se tourner vers Fang, lui offrant à son tour une douce étreinte avant d’attraper ses mains dans les siennes.

Lightning avait été entraînée par ses amis et de là où elle se trouvait, elle ne pouvait pas entendre ce que se disaient sa sœur et sa compagne. Elle en ressentit un léger sentiment de frustration, car elle était certaine que les deux jeunes femmes parlaient d’elle, mais son attention fut rapidement détournée par son crétin de beau-frère.

- J’ai le droit de serrer dans mes bras l’une des reines de la journée ? demanda-t-il, un large sourire barrant son visage angélique.

Lightning le jaugea d’un regard suspicieux qui fit rire Lebreau, Yuj, Maqui et Hope. Snow fit une mine de chien battu pour l’amadouer et elle finit par soupirer.

- Tu évites de me broyer les os, ou je te casse les dents.
- Je t’adore, Sis’ ! s’écria le grand blond avant de sauter sur Lightning.

Pendant une fraction de seconde, l’aînée des Farron retint sa respiration, craignant de se retrouver étouffée entre les énormes bras de Snow. Mais elle haussa les sourcils de surprise quand, à la place, des bras volumineux et chauds se refermèrent doucement autour d’elle.

Son nez se retrouva plaqué contre le torse de Snow alors qu’une main caressait légèrement l’arrière de sa tête.

- On a traversé pas mal de chose, hein Sis’ ?

Le ton était plus bas. Plus doux. Lightning retrouvait là le Snow plus sérieux qu’elle avait appris à connaître au fil des années.

- Hum… Se contenta-t-elle de répondre.
- Je suis heureux que tu aies enfin trouvé la vie que tu méritais après tout ça, ajouta-t-il.

Lightning sentit une boule venir se loger dans sa gorge. Il n’avait pas besoin de préciser ce que représentait ce « tout ça » lui et elle le savait parfaitement. Pendant de long mois, ils avaient vécu côte à côte et supportés la même douleur due à la perte de Serah. Ils avaient combattu pour les mêmes raisons, pour le même espoir. Snow avait été jusqu’à traverser le temps pour l’aider et il avait enduré la même douleur suite à la mort de sa sœur. Il avait gagné sa place dans la famille et tous les deux le savaient, mais Lightning était trop fière pour le dire à voix haute, et Snow respectait son silence, ne ressentant pas le besoin qu’elle l’exprime ouvertement pour qu’il comprenne. Finalement, il n’était pas si idiot que ça quand il le voulait, pensa l’aînée des Farron.

- Est-ce que je peux récupérer ma femme, fit une voix malicieuse venant de derrière eux.

Lightning repoussa aussitôt Snow, revenant à la réalité, ses joues s’enflammant de honte. Le grand blond se frotta l’arrière de la tête, visiblement gêné avant que Serah ne vienne se coller contre lui. Fang passa un bras autour de la taille de Lightning qui se serra discrètement contre elle.

- C’est vrai que tu es confortable mon héros, roucoula Serah.
- Oh par Etro, grommela Lightning.

Leurs amis rirent ensemble.

- Félicitations, déclara enfin Snow.
- Oui, à toutes les deux, approuva Lebreau.
- Merci, répondit Lightning, bien plus émue qu’elle ne le montra.

La main de Fang pressa gentiment sa hanche, signe que cette dernière savait, et Lightning esquissa un discret sourire à son attention.

- C’était une belle cérémonie, s’exclama ensuite Vanille. Je ne crois pas en avoir vu d’aussi intense quand j’étais enfant sur Oerba.
- C’est vrai que ça a envoyé du lourd, acquiesça Yuj.
- On s’en rappellera pendant longtemps, confirma Maqui.

Lightning tourna la tête vers Fang avant de revenir vers ses amis.

- Alors, ça s’est vu ?
- Pendant une cérémonie, on voit seulement les filaments de la magie qui s’entrelacent, c’est tout, éclaira Fang.
- Mais ils étaient très lumineux, dévoila Vanille. Normalement, c’est un excellent signe pour l’union.

L’ancienne guerrière se sentit rassurée. L’avenir ne pouvait donc être que prometteur. Du coin de l’œil, ils virent Sazh qui courrait après son fils, espérant le calmer un peu. Sans succès. Le gamin semblait aussi surexcité que son poussin chocobo qui voletait partout.

- Je vais aller aider Sazh, rit Vanille.
- Je viens avec toi, ajouta Hope. On ne sera pas trop de deux, je crois.
- Pauvre vieil homme, renchérit Fang.

Après un instant, tout le monde rejoignit l’estrade en bois qui avait été aménagée pour le buffet et les danses. Une longue journée s’annonçait. Fang fourra son nez dans la nuque de Lightning qui frissonna de plaisir.

- Tu me fais déjà des infidélités, fit malicieusement Fang avant de mordiller doucement la jonction entre l’épaule et la nuque.
- Ne raconte pas de bêtises, souffla Lightning.

Cette dernière s’écarta un peu et se tourna dans l’étreinte de Fang. Elle plongea son nez dans le cou, inspirant profondément l’odeur entêtante et mentholé de la pulsienne. Lightning déposa un baiser sous l’oreille. Ça lui faisait un bien fou de ne penser à rien d’autre qu’a Fang. Qu’à ses bras autour d’elle et a son corps de pressé contre le sien.

- Comment est-ce que tu te sens ? demanda Fang.
- Très bien. Je pensais que supporter tout ce monde allait être difficile, mais non. Je m’en fiche.
- Vraiment ?
- Bien sûr. La seule chose qui ait de l’importance, je l’ai déjà contre moi.

Les prunelles de Fang semblèrent s’illuminer à ses paroles et Lightning esquissa un sourire en coin. La brune l’embrassa sur le front puis se recula.

- J’ai quelque chose pour toi, dit-elle, levant ses mains jusqu’à son cou.

Lightning fronça les sourcils l’observant faire. Fang décrocha la cordelette qui retenait son pendentif.

- Qu’est-ce que tu fais ? s’exclama Lightning en sentant la pierre bleue en forme de prisme entrer en contact avec le creux de son cou.

Fang attacha rapidement le cordon et Lightning attrapa la pierre entre deux doigts.

- Fang, ce collier appartient à ton clan.
- Toi aussi, maintenant.
- Mais, c’est ton père qui te l’a donné.
- Et je tiens à ce que ce soit toi qui le garde à présent. Il te protégera, répondit Fang.
- Fang, réprimanda doucement Lightning. Je n’ai pas besoin d’être autant protégée. De plus, je te rappelle que je sais me défendre.
- Je sais. Mais un peu plus de protection ne te ferra pas de mal. Tu as toujours le don de te fourrer dans les pires situations possibles sans le vouloir.
- Et pas toi ? contra la rosée.
- Bien sûr que non ! s’indigna faussement Fang. Chacune de mes situations étaient le résultat d’un choix. Bon, d’accord, peut-être pas le meilleur à chaque fois, mais j’avais choisi.

La brune lui décrocha un sourire ravageur avant d’ajouter :

- En revanche, je ne me rappelle pas que tu es choisie quand tu es devenue une l’cie et encore moins quand Etro a fait de toi sa championne et gardienne.

Fang haussa un sourcil évocateur et Lightning pinça les lèvres, mouchée. La peste ! Elle marquait un point. Lightning se rendait compte à quel point la force de caractère de Fang était incommensurable. Pas une seule fois, elle n’avait laissé les dieux lui dicter son destin ou sa conduite. Elle avait choisis de devenir l’cie, de combattre, de se sacrifier et de combattre encore jusqu’à ce qu’elle obtienne ce qu’elle voulait.

Lightning, elle, avait été un pion sur un échiquier. Un jouet entre les mains de deux dieux qui lui avait seulement donné l’illusion qu’elle faisait ses propres choix. En réalité, elle n’en avait eu que deux à sa disposition. Combattre ou mourir. Autant dire que dans ces cas-là, le choix est vite fait. Elle s’était alors rangée du côté de celui qui semblait le plus juste et humain, et elle avait mis toutes ses forces dans la bataille pour sauver Etro des griffes de Bhunivelze qui ne voulait qu’une chose. Détruire la déesse défectueuse qu’il avait créée et anéantir le monde grâce à ça avant d’en reconstruire un nouveau où il aurait tous les pouvoirs sur les humains.

Un second règne de domination sous le joug des fal’cies aurait certainement vue le jour et Lightning était fière d’avoir pu empêcher ça. Etro était vivante. Bhunivelze avait échoué. Cocoon avait chuté et les derniers fal’cies étaient maintenant en sommeil, et elle espérait que ça le resterait ainsi pendant de longues années.

- Mais cette fois, reprit Fang, tu as choisi en ton âme et conscience de m’épouser.

Lightning fut tirée de ses pensées et elle sourit en plongeant ses yeux dans ceux de Fang. Oui, elle avait choisi. Entièrement. Rien ni personne ne l’avait poussé dans une direction ou une autre. Elle avait pris son temps dans sa relation avec la pulsienne et Lightning avait trouvé ça agréable de pouvoir envisager tant de chemins possibles. Et elle savait qu’elle s’était engagée sur celui qui la rendrait le plus heureuse.

- Il te portera bonheur, mais ce que je veux surtout, c’est que quand tu regarderas ce pendentif, tu puisses te souvenirs de tout ça et que tu te souviennes que dorénavant, tu es libre.

Lightning soupira doucement et referma sa main autour de la petite pierre.

- Merci… Pour tout.

Fang secoua la tête comme pour lui dire qu’elle n’avait pas à la remercier. Elle allait répliquer, mais la pulsienne déposa ses lèvres sur les siennes pour l’en empêcher. Lightning sourit dans l’échange et répondit volontiers au baiser.

- Eh ! Vous comptez vous nourrir d’amour et d’eau fraiche tout le restant de la journée ? cria Vanille de l’estrade, leur jetant des miettes de pain.

Les deux jeunes femmes se séparèrent et rirent doucement. Elles rejoignirent la rouquine qui était toute souriante.

- Tu es une véritable casseuse d’ambiance, tu le sais ça ! grommela Fang à sa cadette.
- Il faut bien que les reines de la soirée soient un minimum présentes quand même ! argumenta-t-elle.

Lightning secoua la tête de dépit.

- Je vous laisse, je vais rejoindre Serah.

Elle quitta les deux pulsiennes, s’aventurant parmi la horde d’invités. L’ancienne guerrière aurait adoré pouvoir déjà s’éclipser, mais Vanille avait raison. Elle et Fang se devaient de faire une apparition pendant un moment avant de pouvoir enfin se retrouver seules. Lightning frissonna d’anticipation et des papillons voltigèrent dans son ventre. Elle retrouva sa sœur devant le buffet, pressée que la journée se termine.

oOo

L’ambiance de la soirée était à son comble. Une légère brise s’était levée alors que la soirée était tombée depuis un moment. Assise à la table d’honneur, Lightning observait tranquillement le monde qui l’entourait.

La musique battait son plein depuis plusieurs heures et Fang l’avait abandonné pour aller se défouler sur la piste avec Vanille, Snow et tout le groupe Nora. Elle virevoltait en riant, plus radieuse que jamais. Le bonheur avait quelque chose de beau en soit, car même si Fang semblait toujours joyeuse et pleine de vie, c’était la première fois que Lightning la voyait réellement aussi heureuse.

Elles n’avaient pas eu le loisir de beaucoup profiter l’une de l’autre. Elles avaient à peine eu le temps d’échanger quelques paroles et un baiser pendant le repas avant qu’elles ne soient chacune accaparée par les convives. C’était épuisant.

Lightning n’avait pas l’habitude d’être autant entourée. Habituellement, elle se contentait d’établir avec Snow les groupes de protections du village ainsi que les différents tours de garde. Son niveau d’échange avec autrui se limitait la plupart du temps à donner des ordres et des conseils. Elle communiquait très peu avec les personnes qui n’étaient pas de sa famille et, une fois ses obligations terminées, elle rentrait chez elle. Tout ce bruit, ces gens et ces odeurs lui tournaient un peu la tête, mais elle s’était surprise à se trouver à son aise.

La gêne des premières heures avait totalement disparu et Lightning avait pu apprécier de nombreuses discussions avec quelques personnes qu’elle se contentait d’ignorer la plupart du temps. Ils vivaient tous dans un petit village maintenant et tout le monde se connaissait plus ou moins. Les grandes cérémonies comme les mariages finissaient très vite par devenir l’affaire de tout le monde.

Lightning avait découvert que Fang, et même Vanille, se sentaient entièrement à l’aise avec ça. C’était d’ailleurs sa femme qui avait lié le plus de relations d’amitiés avec toutes ces personnes qui étaient présentes aujourd’hui. La rosée esquissa un petit sourire en regardant Fang qui essayait d’apprendre l’une des danses de son peuple à Snow et Gadot. Elle était heureusement secondée par Vanille, mais vu la raideur de leur corps, aucun d’eux n’était prêt à faire des folies sur la piste. Et si c’était la danse à laquelle elle pensait, ce n’était pas gagné. Elle-même avait mis un temps considérable à retenir le rythme qu’elle devait garder au son de la musique qui s’accélérait crescendo, et pourtant, elle était souple et endurante.

L’ancienne guerrière porta une main à ses lèvres et étouffa un léger rire quand elle vit Snow et Gadot qui faillirent s’étaler sur le sol. C’était plutôt cocasse de regarder ces deux armoires à glace se battre pour enchaîner les pas d’une danse. Ça ne devait pas être facile. En dehors du fait d’être massif, Snow et Gadot avaient seulement assez de grâce pour canarder des monstres à coup de poing ou de grosses mitraillettes.

Finalement, l’un deux chuta enfin au sol, écrasant Vanille qui avait essayé de le rattraper. Amusée, Lightning vit Fang qui le délogea à coup de pied pour éviter à sa cadette de mourir étouffée. La rouquine finit par se relever, rouge écarlate, mais un large sourire barrant toujours son visage de poupée. Elle ne se démonta pas pour autant et repris ses explications. Lightning secoua doucement la tête. Cette petite avait de la volonté et de la détermination à revendre.

Il lui en avait fallu pour se faire accepter par les anciens habitants de Cocoon. Au début, leur cohabitions n’avait pas été très plaisante. Il lui semblait, que dans sa grande mansuétude, et notons l’ironie de la chose parce que c’était un trait de caractère qui lui faisait défaut le plus souvent, Fang en avait cogné plus d’un pour les remettre à leur place. En revanche, Vanille était la douceur incarnée et en dehors de Serah qui lui ressemblait beaucoup, Lightning n’avait jamais vu quelqu’un capable d’autant de charité et d’indulgence envers autrui.

Tout le monde essayait donc de garder un œil sur la rouquine. Certaines personnes avaient très vite compris qu’il était très facile d’amadouer Vanille et qu’elle pouvait souvent faire preuve de tant de naïveté que tout le monde pouvait la mener par le bout du nez. Mais pour avoir été l’une des actrices principales de toute cette histoire de fal’cie, Lightning savait que, quiconque toucherait Vanille d’un peu trop près, devrait faire face à la folle furieuse brune qui ne se trouvait jamais très loin. Fang veillait farouchement au grain comme Lightning surveillait toujours, avec discrétions, les moindres faits et gestes de Serah. Ils étaient une famille soudée et ils avaient vécu tellement de difficultés que c’était devenue une habitude de se protéger mutuellement.

Des bras se refermant autour de son cou la tirèrent de ses pensées. Elle reconnut tout de suite la douceur de l’étreinte et l’odeur de son amante et Lightning sourit, rejetant sa tête vers l’arrière. Elle tomba dans les yeux brillants de Fang. Elle était un peu essoufflée et ses joues étaient rosies.

- Tu t’amuses bien à ce que je vois, fit doucement Lightning.
- Snow et Gadot sont des cas désespérés. Ils n’arriveront jamais à aligner deux pas et ils vont finir par tuer Vanille.

Lightning étouffa un rire léger, mais s’arrêta bien vite quand une bouche se referma sur le lobe de son oreille. Le souffle de Fang la fit violemment frissonner et son ventre se tordit de plaisir.

- Tu as froid, Sunshine, s’amusa Fang, passant délicatement son étole autour de son cou.

La rosée tourna légèrement la tête vers la brune qui se tenait toujours derrière elle.

- Tu sais très bien que non, souffla Lightning.
- Hum… La soirée est loin d’être finie. On ne peut pas partir maintenant.
- Pourquoi pas ? Ça fait un moment qu’on fait acte de présence.
- J’adore quand tu me fais de si belles propositions.

Fang accompagna ses paroles par un léger baiser derrière son oreille et Lightning sentit tout son corps y répondre favorablement. Elle voulait vraiment rentrer tout de suite et laisser toute la fête derrière elle.

- Mais je préférerais que tu viennes montrer à ces deux empotés à quel point ce n’est pas difficile d’apprendre cette danse, ajouta malicieusement Fang.
- Je n’ai pas envie de danser, Fang, grommela Lightning.
- Allez Sunshine ! Après, je te promets d’aller te faire danser autrement.

Son cœur tambourina dans sa poitrine et son ventre se contracta d’anticipation. Il y avait quelque chose d’euphorique à jouer à ce petit jeu et elle n’était pas du genre à se laisser faire. A la fin, ça sera Fang qui la suppliera d’abdiquer. Lightning embrassa la mâchoire à sa portée avant de se lever.

- OK, soupira-t-elle. Allons montrer à ces deux idiots comment on pratique la danse d’Oerba.

Fang esquissa un large sourire et l’entraîna rapidement sur la piste. Amusée, la rosée vit sa sœur voltigeait dans les bras de Snow. Elle ne put s’empêcher de se demander comment elle pouvait ne pas se briser, elle qui semblait si frêle. Quand ils la virent, ils lui firent presque une ovation, tous complices pour la gêner autant qu’ils le pouvaient.

- Comment ça ? Sis’ vient danser ? s’exclama Snow, se tenant à côté d’elle avec un large sourire.
- Je sais danser, crétin !
- Oui, sous la couette ! rit le grand blond.

Lightning tourna rapidement la tête vers lui et lui écrasa méchamment le pied du talon. Une chance qu’elle ait remis ses chaussures un peu plus tôt dans la soirée. Snow grimaça alors que les autres se moquaient ouvertement de lui.

- Tu as de la chance que je porte une jolie robe, et que je n’ai pas envie de la salir ! pesta Lightning.

Ce n’était pas parce qu’il avait raison, et qu’elle préférerait effectivement être dans un lit avec Fang, qu’il pouvait se permettre de le dire. La brune l’attrapa par la taille et la tira à elle.

- Ne l’écoute pas et montre leur que ce n’est pas si compliqué de retenir cette danse.
- Attends ! Tu sais danser cette danse, Sis’ ? s’insurgea Snow.
- Moi aussi, je sais la danser, dévoila Serah avec un sourire. Vanille m’a appris pour l’occasion.
- Toi aussi ?
- Eh ouais ! s’exclama Lebreau. Vous n’être que deux gros balourds qui ne savent pas retenir deux pas.
- Attends ! Parce que toi aussi ? s’écria Gadot.
- Ouais ! Fang est une super prof.
- Ah oui ? fit sournoisement Lightning. Tu m’as cachée ça ?

Fang lui décrocha un sourire ravageur et la tourna dos à elle.

- Tu es la seule qui compte à mes yeux, déclara sérieusement la pulsienne dans le creux de son oreille.

Lightning secoua doucement la tête, retenant un rire dans sa gorge. Elle sentit son amante se positionner derrière elle, posant ses mains sur ses hanches. Elle remarqua que Vanille, Hope, Serah et Lebreau en faisaient de même alors que la musique débutait.

Un rythme qui commença lentement avant de s’accélérer de plus en plus. Lightning découvrit qu’en dehors de Fang et de Vanille, Hope, Serah et Lebreau avaient bien retenus les pas et l’allure. Très vite, elle se retrouva à tournoyer sur la piste, changeant rapidement et régulièrement de bras après avoir exercé un ou deux mouvements circulaires.

Ils alternaient les partenaires, dansant en cercle, s’éloignant et se rapprochant toujours. Les pressions sur le corps étaient légères. Les mains ne devaient pas vraiment toucher, mais effleurer. Il fallait avoir confiance en son camarade et le suivre les yeux fermés.

Lightning sentit presque la musique s’infiltrer dans chacune de ses fibres. Elle ne réfléchissait pas. Elle savait sur le bout des doigts ce qu’elle devait faire. Elle se retrouva avec aisance dans les bras de Hope avec lequel elle tournoya une ou deux fois, la peau de leur bras s’effleurant à peine alors qu’ils virevoltaient ensemble avant qu’elle ne retrouve le contact apaisant du corps de sa femme contre elle.

Une des mains de Fang se posa légèrement sur sa hanche tandis que l’autre entourait un poignet. Son souffle dans sa nuque la fit frissonner et Lightning se laissa conduire. Elles tournèrent en harmonie avec les deux autres duos. Chaque couple se croisa, prenant la place d’un autre avant que d’une pression, chaque meneur éloignèrent leur danseuse qui se rencontrèrent, comme au centre d’une étoile.

Aucun d’eux n’eut conscience que les invités s’étaient arrêtés pour les regarder, subjugués par la beauté et la symbiose de leur réalisation. Lightning s’était prise au jeu. Elle se sentait bien et elle s’amusait comme cela lui était rarement arrivé. Elle voulait profiter de chaque instant.

Lightning, Vanille et Serah tournoyèrent ensemble un instant pendant que les trois meneurs tourbillonnèrent de leur côté. C’était la fin. Chaque danseuse du milieu allait retourner dans les bras de l’autre danseur avant de voltiger une dernière fois et de retrouver son cavalier principal. L’ancienne guerrière s’apprêtait à suivre le rythme quand une étrange pression dans le creux de son nombril lui coupa momentanément le souffle.

Cette sensation était étrange et n’avait absolument rien à voir avec l’euphorie du moment où le plaisir qu’elle avait ressenti un peu plus tôt. La compression se fit de nouveau ressentir, plus forte, presque douloureuse et Lightning s’arrêta au milieu de la piste, une main sur le ventre et le souffle court. Sa tête tournait dangereusement et elle fut à deux doigts de s’écrouler par terre.

- … shine ?

Ses oreilles bourdonnaient désagréablement. Par chance, des mains la rattrapèrent et essayèrent de la redresser, mais l’étau dans son nombril se fit encore plus fort. C’était comme si quelque chose venait de l’attraper pour ne plus la lâcher et l’entraîner ailleurs.

- Qu’est-ce qui ne vas pas ? Light ?

La voix de Fang résonna enfin à ses oreilles, complètement paniquée. Elle était incapable de répondre. Puis tout à coup, le décor autour d’elle se métamorphosa. Une brume noire et opaque se propagea autour d’eux. Des cris de peurs explosèrent et Fang la redressa difficilement par les épaules, certainement pour l’inciter à se mettre à l’abri.

Elle tomba dans les émeraudes terrifiées de sa femme et Lightning sentit la terreur l’étreindre à son tour. Ce n’était pas qu’une impression. Quelque chose l’avait bien attrapé pour l’attirer quelque part.

- Qu’est-ce qui se passe, Light ?
- Quelque chose…

L’étau dans son ventre se resserra et elle baissa les yeux, imitée par la brune. La brume noire s’était enroulée autour d’elle et Lightning se sentait tiré vers l’arrière. Les mains de Fang glissaient sur ses bras et la rosée chercha à s’y raccrocher.

- Fang…
- Etro ! Light, fait quelque chose !

La brume s’épaissit autour d’elles. Elle ne distinguait même plus la piste de danse sur laquelle elle se défoulait quelques instants plus tôt. Son cœur tambourinait violemment dans sa poitrine. Elle essaya de se débattre, mais la fumée l’entoura un peu plus, affirmant sa prise et ajustant sa force. Elle était entièrement prisonnière de cette chose inconsistante. Qu’est-ce qui se passait ? Pourquoi ? Les mains de Fang avaient du mal à rester accrochées, comme si cette force intangible la repoussait loin d’elle.

- Je ne peux pas bouger ! Fang !
- Accroche-toi ! Je ne laisserais rien t’arriver !

Lightning pouvait sentir toute la vérité dans ces mots. Elle savait que Fang ferrait tout ce qui était en son pouvoir pour l’aider, mais ça n’atténua pas sa crainte. De plus, cela eut l’air d’aggraver la situation, car une violente bourrasque de vent éclata autour d’elles. L’ancienne guerrière se sentit de plus en plus entraînée, la prise de son amante se faisant de moins en moins tangible.

Elle tourna la tête derrière elle et son souffle se coupa quand elle découvrit un portail dimensionnel ouvert dans son dos. Non ! Tout ça, c’était finit. Elle était une simple humaine maintenant. Plus aucun pouvoir n’habitait son corps. Elle avait accompli son lot de mission, elle méritait la paix.

- Lightning !

L’aînée des Farron revint sur Fang. Son visage était figé dans une expression d’horreur et Lightning sentit son cœur se serrer. Le vent s’intensifia et l’une des mains de Fang la lâcha.

- Non ! hurla-t-elle sans pouvoir s’en empêcher. Fang !
- Je te retrouverais ! Je te le promets !
- NON !

Lightning sentit le bout de ses doigts effleurer ceux de Fang avant d’être propulsée à l’intérieur du portail et Fang éjectée de l’autre côté, définitivement séparée.

- CLAIRE !

Le cri de la brune résonna longuement à ses oreilles avant que le noir l’emporte et qu’elle perde connaissance, perdue au milieu de la trame du temps.

 

oOo

Chapter Text

Chapitre 2

 

Elle adorait l’été. Bon, elle aimait aussi beaucoup l’hiver, ses flocons et les étendues neigeuses qu’il créait. La plage d’Oerba brillait presque comme du cristal à cette époque de l’année et c’était magique. Mais l’été, c’était autre chose. Au fond de son esprit d’adolescente de dix-sept ans, l’été, c’était la liberté.

Les journées qui semblaient ne jamais finir, des températures chaudes peu importe l’heure, de longues baignades avec ses amis ou la possibilité de faire des courses de chocobos sans risquer d’être prise par surprise dans une tempête de neige. Les soirées à se réunir au centre du village pour des repas conviviaux entre les clans de son peuple, suivis de contes et de légendes racontés par les anciens.

Elle se sentait libre de faire tout ce qu’elle voulait en cette saison et surtout, elle pouvait se cacher dans la prairie derrière l’enclos des chocobos. Elle passait des heures à rêvasser et à échapper à ses parents, dont sa mère qui mettait un point d’honneur à vouloir lui inculquer toutes les obligations qui incombent à la fille du chef du village.

Elle se fichait de tout ça. A seulement dix-sept ans, ses priorités n’étaient certainement pas de reprendre un jour le flambeau de son paternel. Ce dernier avait encore de longues années à vivre devant lui, et elle n’avait aucune envie d’être considérée dans un avenir proche, comme la nouvelle souveraine d’Oerba.

En revanche, rencontrer une jolie fille, lui faire la cour et, pourquoi pas, batifoler dans les hautes herbes de la prairie, ça, c’était plus dans ses idées. Un sourire étira ses lèvres pleines et elle leva les bras au-dessus de sa tête pour s’étirer.

L’image de la petite blonde qui travaillait aux champs avec son propre clan, passa furtivement derrière ses paupières closes. Elle avait la folle envie de passer ses mains dans les épaisses boucles de la jeune fille tressaient et agrémentaient de petites fleurs bleues. Oerba Lier Lynae. Elle faisait partie du clan des cultivateurs et dernièrement, la fille du chef ne pensait qu’à elle.

- Fang !

La jeune fille ouvrit brutalement les yeux sur le ciel bleu. Une agréable brise passait sur elle et pendant une seconde, elle pensa avoir imaginé cette voix fluette qui venait de l’appeler. Elle se redressa dans les hautes herbes de la prairie qui la dissimulaient à merveille des yeux du village. Fang tourna la tête à droite et à gauche, passant une main dans ses épaisses mèches noires lâchées et parcourues de nombreuses petites tresses. Elle possédait une chevelure indomptable qu’elle avait cessé de discipliner depuis longtemps. Aussi indomptable que le clan duquel elle faisait partie. Les Yun. Tous étaient chasseurs en partie et elle était fière de dire à qui voulait l’entendre qu’un jour, elle serait la meilleure de son clan. Le fait qu’à dix-sept ans, elle soit déjà bien plus douée que ses camarades, n’était probablement pas étranger à la chose.

Elle allait se rallonger dans l’herbe, bien décidée à continuer de rêvasser sur la belle Lynae qui, en ce moment, devait être en train de cultiver les champs. Mais la voix fluette l’interpella de nouveau et cette fois, elle fut sûre et certaine qu’il ne s’agissait pas de son imagination.

- Fang !

Le son s’était rapproché, et elle reconnut la voix de Vanille, sa petite sœur adoptive. A l’origine, elle faisait partie du clan Dia, les meilleurs guérisseurs du village. Mais ses parents l’avaient recueillie alors qu’un an auparavant, presque la totalité de son clan avait été décimé par une violente épidémie. Fang avait, elle aussi, été très malade et avait failli mourir. Elle connaissait très bien Vanille, même si la gamine avait quatre ans de moins qu’elle. Aujourd’hui, elle était la dernière survivante de son clan avec Hagen, la guérisseuse du village. Celle-ci avait d’ailleurs pris Vanille comme apprentie et la petite se révélait très prometteuse, d’après l’ancienne.

- Ah, souffla la jeune adolescente. Je t’ai enfin trouvée ! Tu aurais pu me répondre.

Vanille se tenait devant elle, campée fermement sur ses deux pieds et les mains sur les hanches, de longues mèches rousses s’échappant follement de ses deux couettes qui lui tombaient sur les épaules. Son visage de poupée était froissé sous un masque de mécontentement, mais ce n’était absolument pas crédible. Cette gamine était juste la gentillesse incarnée, elle était incapable d’être réellement en colère.

- Désolé, Van’, j’étais dans mes pensées, répondit faussement Fang.
- Tu pensais encore à Lynae !

La rouquine se laissa tomber à ses côtés, son masque de mécontentement remplacé par un faux air désespéré.

- Non ! C’est pas vrai ! s’insurgea Fang, ses joues rosissant un peu.
- C’est ça ! pouffa Vanille. Je ne te crois pas ! Tu sais que tu parles d’elle, même en dormant ?
- Non ! C’est pas vrai !
- Tu te répètes, Fang. Ça veut dire que tu ne sais pas quoi répondre.

La brune lui tira la langue et détourna la tête, tandis que Vanille pouffait de rire.

- Et c’est moi qui suis la plus jeune normalement. C’est la meilleure !

Fang rit à son tour puis s’assit confortablement en tailleur, imitée par sa cadette.

- Tu sais que si ta mère découvre que tu passes ton temps à rêvasser sur les filles, au lieu d’apprendre ton rôle d’héritière du village, elle va hurler ?
- C’est elle qui t’envoie, c’est ça ?

Normalement, à cette heure de la journée, Vanille était avec Hagen, à étudier les différentes plantes médicinales, ou à élaborer différents remèdes - autant pommade qu’élixir.

- Elle te cherche, acquiesça la plus jeune.

Fang soupira et se laissa tomber en arrière dans l’herbe.

- Apparemment, elle veut que tu sois présente pendant la réunion des femmes du village, ajouta Vanille.
- C’est une blague ? s’écria Fang en se redressant brutalement.

Vanille sourit et haussa les épaules.

- C’est ce que j’ai cru comprendre.
- Non, mais… Même pas en rêve ! Il est hors de question que j’aille participer à l’un de ses goûters féministes ! Elles vont parler laine de mouton, broderie et combien une jeune fille se doit d’avoir un comportement civilisé et exemplaire.
- Comme… Ne pas courir comme une sauvageonne dans les plaines, lance à la main, à pourchasser du Gorgonopside.
- Exactement…

Puis Fang s’arrêta et se tourna vers Vanille qui retenait difficilement un éclat rire.

- Sale peste, va !

La brune sauta sur sa cadette et l’attaqua de chatouilles alors que Vanille explosait de rire. Elles bataillèrent un moment avant de se calmer et de se retrouver allongées dans l’herbe.

- Je ne peux pas assister à ça, finit par grommeler Fang.
- Allez, c’est qu’un mauvais moment à passer, encouragea Vanille.
- A quoi ça sert de toute façon ? Je préfère aller à la chasse, être active. Je ne suis pas la seule fille du clan à chasser.
- Oui… Mais tu es la seule fille du chef du village.
- Oh, Vanille, soupira Fang en se redressant en position assise. Tu ne vas pas t’y mettre aussi.
- Je répète seulement ce que les aînés du village disent. Un jour ou l’autre, tu devras reprendre le flambeau de tes parents et ta mère veut sûrement que tu sois entièrement préparée à cette éventualité.
- Ils ont encore de belles années devant eux, j’ai le temps, grogna Fang.
- Ou pas, fit sombrement Vanille.

Fang se tourna vers sa cadette, les sourcils froncés.

- Van’ ? fit-elle, posant une main sur son avant-bras.

La rouquine soupira et posa un regard triste sur elle.

- Note vie ici est dangereuse, tu le sais. Des monstres sanguinaires peuvent nous attaquer à tout moment, ou une simple épidémie… Peut nous décimer en à peine quelques semaines. Et je ne parle même pas des habitants de Cocoon, avec lesquels nous sommes tout le temps en guerre.

Des larmes perlèrent au coin de ses yeux, noyant de tristesse les jolies prunelles lagons.

- La mort peut arriver en un claquement de doigts et on n’est jamais assez préparé à ça.
- Van’ ?
- Je sais que ma famille est morte d’une stupide épidémie à laquelle on ne s’attendait pas et que ce n’est pas comparable à être tué par un béhémoth ou un soldat de Cocoon, mais en définitif, ça reste la même chose. La mort, et ce qu’elle nous fait ressentir, reste identique.
- Tu m’incite à aller participer à un des goûters féministes de ma mère pour que je sois prédisposée à l’éventualité de la mort ? demanda sceptiquement Fang. Tu ne trouves pas que c’est tiré par les cheveux ?
- Je dis seulement qu’on ne sait jamais ce qui peut nous tomber sur la tête et qu’il vaut mieux se projeter réellement dans l’avenir. J’étudie tout ce que Hagen veut bien m’enseigner, et plus encore, pour pas que le désastre qu’a vécu mon clan se reproduise.

Un silence s’éternisa entre elles, pendant lequel elles réfléchirent chacune de leur côté.

- Tu sais, reprit Vanille. Si ça se trouve, demain, on peut être attaqués par Cocoon et perdre tout ce qu’on a. Comment ferons-nous, si tu es la seule survivante de ta famille et que tu ne connais pas entièrement ton rôle de chef ?

Fang se retint de lever les yeux au ciel, mais soupira lourdement.

- Tu es obligée de te montrer tellement sinistre ?

Vanille haussa les épaules.

- Tu n’es peut-être pas obligée de faire tout dans les règles, mais avoir quelques connaissances ne pourra pas te faire de mal.
- C’est toi la plus vieille, ou c’est moi ? maugréa Fang.
- Je me pose aussi la question, rit la rouquine.

Cette fois-ci, Fang roula des yeux, exaspérée, mais un léger sourire étirait ses lèvres. Sa cadette n’avait pas tort. Son peuple vivait une vie précaire, constamment en danger, que cela vienne de leur propre Terre ou de cette sphère en suspension dans leur ciel. Cocoon était un désastre pour leur civilisation. Leurs soldats pillaient et tuaient sans distinction. Combien d’hommes, de femmes, et même d’enfants avaient péri sous leurs armes ? Leur chef ne cherchait même pas à communiquer avec eux. Il ne voulait pas faire la paix avec son peuple, il voulait les éradiquer pour leurs propres ressources.

Fang leva le nez vers le monde de Cocoon. La nuit, cette boule apparaissait comme une deuxième lune, plus volumineuse et imposante que jamais. Quoique son peuple fasse, ils ne pouvaient pas l’ignorer, vivant perpétuellement dans la peur de voir arriver un escadron de la mort à leur porte pour tous les détruire. Jusqu’à maintenant, leurs guerriers arrivaient à les repousser, mais peut-être qu’un jour, la chance tournerait. Vanille avait raison, se répéta-t-elle, peut-être qu’un jour, la mort emporterait son clan à son tour et qu’elle se retrouverait seule à la tête d’un village, sans savoir quoi faire.

Elle était encore tellement jeune, qu’elle ne pensait pas cela possible. C’était probablement stupide et immature, mais elle avait dix-sept ans et à son âge, Fang avouait avoir du mal à penser à autre chose qu’aux boucles blondes piquées de fleurs bleues de la mignonne Lynae. Peut-être devrait-elle effectivement y mettre un peu plus du sien. Même si elle trouvait que Vanille exagérait un peu avec son idée d’une attaque de grande envergure provenant de Cocoon, elle avait raison sur un point. Ça ne lui ferait pas de mal d’avoir des connaissances supplémentaires.

Elle allait secouer Vanille qui somnolait à côté d’elle pour lui dire qu’elle allait retrouver sa mère au village, quand le ciel s’obscurcit brusquement. Fang fronça les sourcils, levant le nez vers les nuages. Ces derniers étaient devenus soudainement gris. Un vent violent se leva et une énergie électrique sembla parcourir l’air et la terre.

Vanille était sortie de sa torpeur et elles se regardèrent, inquiètes, avant de sauter sur leurs pieds.

- Qu’est-ce qui se passe ? questionna la plus jeune.
- Tu as l’impression que je suis l’oracle d’Oerba ? répliqua cyniquement la brune.
- C’est pas naturel ce qui arrive.
- Alors ça… J’aurai pu te le dire, par contre !

Fang plaça Vanille derrière elle, la protégeant de son corps alors qu’elles tournaient en rond, aux aguets du moindre danger. Ce qui se passait était magique. C’était la seule explication possible. Mais d’où est-ce que cela provenait ? Et surtout, pourquoi ? Qu’est-ce qui allait leur tomber sur la tête ? Fronçant les sourcils, elle tourna la tête vers Vanille. La jeune fille était terrifiée, tassée sur elle-même, ses yeux parcourant nerveusement les alentours qui s’assombrissaient dangereusement d’une brume noire et épaisse.

- Je te retiens Van’, avec tes idées sinistres ! pesta Fang.
- Je t’assure que je n’ai pas voulu que quelque chose arrive !

Son visage encore empreint des rondeurs de l’enfance se teinta d’effroi.

- Tu crois que je porte malheur ?

Fang leva les yeux ciel et soupira de lassitude.

- Ne raconte pas n’importe quoi ! C’est seulement le hasard. Mais j’espère que c’est rien de grave.

Le vent s’intensifia autour d’elles et Fang détailla les environs. Impossible de voir la clôture du village et ça, c’était inquiétant. Normalement, elle aurait dû être capable de la voir de là où elle se trouvait. Elle ne pouvait donc pas demander à Vanille de courir se mettre à l’abri. La gamine pourrait se perdre dans cette fumée.

Des bourrasques de vent claquaient sur elles et elles durent plisser les yeux pour continuer à y voir. L’énergie sembla devenir palpable, s’immisçant jusque dans leur corps.

- Fang !
- Reste prêt de moi !

La brune attrapa sa cadette et la plaqua contre elle. La plus âgée des pulsiennes s’attendait à se faire attaquer à tout instant et elle savait qu’elle ne pourrait pas se défendre. Tout d’un coup, ce contre quoi Vanille l’avait mise en garde quelques minutes plus tôt lui apparut plus réel que jamais. Puis tout s’arrêta brutalement.

La brume noire s’atténua et se retira lentement avant de totalement disparaitre. Le vent s’apaisa, laissant de nouveau place à la légère brise estivale à laquelle elles étaient habituées depuis le début de l’été. Les nuages retrouvèrent leur blancheur cotonneuse et le ciel sa clarté.

Fang et Vanille clignèrent des yeux, tournant sur elles-mêmes sans réussir à comprendre ce qui venait de leur arriver. Finalement, la brune se tourna vers la plus petite.

- Tu vas bien ? Tu n’as rien ?
- Ça va, je vais bien. Et toi, Fang ?
- Ça va.

L’adolescente releva la tête, regardant partout autour d’elle.

- Qu’est-ce qui viens de se passer ?
- Aucune idée. Tu crois que les autres ont tout vu du village ?

Fang tourna les yeux vers la ferme. Elle avait de nouveau une vue imprenable sur l’enclos des chocobos et, un peu plus loin, sur la petite place commerciale du village. Aucune agitation. Rien. Le bruit de la forge résonnait toujours à un rythme régulier. Elle pouvait entendre d’ici le son de la voix stridente de Fiona, qui s’occupait de l’épicerie. Rien d’inhabituel.

- Je crois que personne n’a eu conscience de ce qui vient de se passer.
- Mais, ce n’est pas normal !

Fang n’avait rien à répondre. La magie ne se manifestait jamais sans raison. Si elles n’avaient pas été attaquées, alors il avait dû forcément se passer autre chose. Une petite main se posa sur son bras nu, attirant son attention.

- Regarde, fit Vanille, pointant du mouvement un peu plus loin, en amont de la falaise qui bordait la prairie. Tu ne trouves pas que les chocobos agissent bizarrement ?

Fang fronça les sourcils. Les trois volatiles étaient réunis au même endroit et semblaient être intéressés par la même chose. Généralement, ils faisaient ça quand ils se battaient pour la même nourriture, mais c’était plutôt rare. Quelque chose retenait leur attention. L’un deux se mit à battre des ailes en reculant légèrement alors qu’un autre mettait des coups de bec dans le sol.

- Allons voir ! s’exclama Vanille qui s’élançait déjà dans la direction des chocobos.
- Vanille, attends !
- Allez ! Je suis sûre qu’on ne risque rien !

La rouquine était déjà loin et Fang soupira.

- Et c’est elle qui prônait la prudence il y a une demi-heure, grommela-t-elle.

Elle emboîta le pas de sa cadette, et les deux jeunes filles se retrouvèrent rapidement aux côtés des volatiles.

- Allez ! Pousse-toi, râla Vanille, essayant de déloger l’un des énormes poulets.
- Alors ? demanda Fang.
- Je suis pas sûre, je n’arrive pas à les dégager. Mais je crois qu’il y a quelqu’un.
- Quoi ? s’écria Fang.

Un instant plus tôt, elle était amusée de voir sa cadette pester contre les chocobos, maintenant, elle était surprise, curieuse et inquiète. Elle administra une forte claque sur l’arrière-train de chaque volatile, les incitants à déguerpir pour pouvoir avoir une meilleure vue sur ce qui était allongée dans l’herbe de leur prairie.

De mauvaise grâce, les poulets s’écartèrent, dévoilant le corps d’une femme, à plat ventre et inconsciente. Elle était vêtue de façon étrange nota Fang et elle s’agenouilla avec prudence, décalant du bout des doigts le tissu bleu ciel qui recouvrait sa tête. Son souffle se coupa brusquement et elle recula précipitamment, le ventre noué.

- Il faut qu’on rentre au village prévenir les aînés.
- Quoi ? Pourquoi ? râla la rouquine. Elle parait inoffensive, on ne peut pas la laisser là toute seule. Les chocobos vont vouloir la picorer.
- Vanille, cette femme vient de Cocoon !
- Dis pas n’importe quoi, Fang ! Ce n’est pas possible !
- Mais regarde-la… Ses cheveux ! Sa peau !

Vanille tourna la tête vers l’inconsciente, puis écarquilla les yeux.

- Mais comment elle a atterri ici ? souffla-t-elle, atterrée.
- Je n’en ai pas la moindre idée. Peut-être à cause de cette brume ?
- Hagen dirait que c’est de mauvais augures, marmonna Vanille.

Les deux adolescentes fixèrent la femme endormie pendant un instant avant que Fang ne se tourne vers sa cadette.

- Retourne au village et va chercher les aînés. Je vais rester là pour éviter que les chocobos ne la bouffent.
- Tu es sûre ?
- Oui ! Allez, file !

Vanille posa sur elle un regard sceptique avant de détaler comme un lapin vers le village. Fang soupira et reporta son attention sur l’habitante de Cocoon. C’était carrément de mauvais augures. Cette femme allait peut-être être ce qui déclencherait une réelle guerre entre son peuple et Cocoon.

La brune s’agenouilla à côté du corps endormi. Elle détailla du regard l’étrangère, fascinée par la couleur de ses cheveux. Ils étaient clairs. Très clairs. Pas de ce blond cendré qui appartenait au clan de Lynae, non, c’était unique. Ils étaient presque blancs, tirant sur le rose. Le soleil se reflétait dessus les faisant briller comme du quartz. Sa peau était aussi blanche que la neige et Fang se surprit à se demander de quelle couleur était ses yeux. Elle avait entendu quelques échos sur les gens de Cocoon. D’après les anciens, les habitants d’en haut ressemblaient presque à du cristal. Ces gens vivaient sous une chaleur constante été comme hiver et sous un soleil artificiel qui ne nourrissait pas leur corps de ses vertus.

Endormie, cette femme semblait aussi fragile que du verre. Elle ne ferait pas long feu entre les grosses mains des guerriers de son village. Si elle survivait aux prochaines heures déjà, ça serait un véritable miracle. Etait-elle vraiment une soldate de Cocoon ? Elle ne semblait pas habillée pour combattre. Qui irait sur un champ de bataille vêtue d’une robe aussi belle que longue ? Fang pencha la tête sur le côté. Ce genre de tenue lui disait quelque chose, mais elle était bien incapable de mettre un nom dessus.

De toute façon, elle n’eut pas le temps d’y réfléchir plus longuement, car un brouhaha infernal se fit entendre derrière elle. Fang découvrit les aînés du village qui se précipitaient vers elle, ses parents en tête de liste, suivis par Vanille. Un gémissement la fit se retourner vers l’étrangère et, les yeux écarquillés, elle découvrit que la femme était en train de se réveiller.

Ses yeux papillonnèrent et s’ouvrirent difficilement quand les adultes furent à quelques pas d’elle.

- Fang, écarte-toi ! fit la grosse voix de son père.

Il l’attrapa par les épaules et la poussa droit dans les bras de sa mère, à l’écart de la trajectoire de la femme de Cocoon. Elle n’opposa aucune résistance. Son père, Oerba Yun Fergus, ne se mettait que très rarement en colère, mais c’était un homme aussi grand que massif, qu’il valait mieux écouter.

- Fang ?

L’adolescente fronça les sourcils et reporta son attention sur la femme aux cheveux roses, alors que celle-ci venait de l’appeler par son prénom. Simple coïncidence, se dit-elle. L’étrangère sortait à peine de l’inconscience et encore groggy, elle devait seulement avoir du entendre son père le prononcer.

- C’est quoi cette histoire ? demanda Fergus.

Il était tourné vers la femme étendue sur le sol et qui venait enfin d’ouvrir les yeux. Elle se redressa difficilement et les plus aguerris des chasseurs se tendirent, prêt à frapper. Par Etro, pensa Fang, cette femme n’avait pas d’armes et alors qu’elle levait enfin la tête vers leur groupe, elle semblait aussi vulnérable qu’un chaton.

- Qu’est-ce qu’une habitante de Cocoon fait sur nos Terres ? demanda le chef du village, menaçant.

La femme faisait naviguer son regard sur toutes les personnes devant elle, la bouche résolument fermée, rien ne transparaissant sur son visage cristallin. Puis finalement, Fang tomba enfin dans ses yeux. Deux prunelles d’un bleu aussi profond que l’océan d’Oerba. Ils n’exprimaient aucune menace, et l’adolescente découvrit un visage angélique et empreint de douceur. Pourtant, ses instincts de conservation lui intimaient l’ordre de ne pas s’approcher d’une habitante de Cocoon.

- Nous t’avons posé une question, femme ! grogna Ranulf, faisant un pas en avant, levant le gourdin qu’il tenait dans une main.

Ranulf était leur forgeron, mais une partie de son clan faisait aussi partite des chasseurs et lui-même, était certainement l’un des plus forts guerriers que comptait Oerba. Ses petits yeux marron, au milieu d’un visage à moitié caché par une épaisse touffe de cheveux noirs et bouclées, ainsi qu’une grosse barbe broussailleuse, étaient aussi intimidants que le gourdin qu’il brandissait.

La femme se raidit et tendit son corps en arrière dans l’espoir de s’éloigner de Ranulf. Elle ne quittait personne des yeux et, semblait prête à riposter à toute attaque. Fang préférait qu’elle ne fasse aucun geste brusque, pour sa survie. Les hommes de son village ne se soucieraient pas de son genre, ils la mettraient en pièces s’ils venaient à sentir qu’elle était une menace pour eux.

Certains resserrèrent d’ailleurs leur prise sur leurs armes et Fang se dit que cette histoire allait dégénérer.

- Qu’est-ce que tu fais sur nos Terres, sale cocoonianne ? Cracha un homme du clan Des Kill. Les meilleurs pêcheurs de la région.

Grâce à eux, un commerce prolifique se faisait avec les villages voisins, qui n’avaient pas la mer à portée de main.

- On a qu’à la tuer ! cria un autre du clan Farnir, celui de Ranulf. Comme eux, ils tuent les nôtres !

La femme sembla prendre conscience de ce qui lui arrivait. Elle inspira profondément et secoua la tête.

- Je… J’ai tué personne.

Sa voix n’était qu’un souffle.

- Bien sûr que si ! Toi et les tiens, vous n’êtes que des tueurs, s’écria Ranulf en s’approchant un peu plus d’elle.
- Non, fit-elle un peu plus fort. Je… Je ne suis pas une menace.
- Foutaises !

Ranulf brandit sa main libre et frappa durement la tête de l’étrangère. Cette dernière poussa un grognement de douleur et porta ses mains à son visage. Il avait retenu son coup, mais Fang remarqua du sang coulait au travers des doigts fins de la femme.

- Qu’est-ce que tu fais ici ? redemanda Ranulf.

La femme ôta ses mains de devant son visage. Elle avait la lèvre inférieure fendu et un filet de sang coula sur son menton qu’elle essuya rapidement. Elle tourna la tête vers eux. Aucune larme ne perlait à ses yeux et ces derniers étaient devenus ternes.

- Je ne suis pas une menace, répéta-t-elle, la voix enrouée.

Ranulf grogna et débuta un geste pour la frapper de nouveau. L’étrangère rentra la tête dans les épaules, s’apprêtant à encaisser le coup. Fang était à deux doigts de s’interposer, quitte à prendre le coup à sa place. Elle comprenait Ranulf, mais par Etro, ce n’était pas loyal de la jouer ainsi. Ils n’étaient pas des animaux.

- Ça suffit !

Une frénésie sembla passer sur leur groupe. Les bras de sa mère, qui l’entouraient elle et Vanille pour ne plus les lâcher, se resserrèrent. Fang ne dit rien, mais elle se tortilla légèrement dans l’espoir de lui faire un peu lâcher prise. Sans succès. Finalement, le premier rang des hommes s’écarta pour laisser passer Hagen.

Elle était leur guérisseuse, mais elle portait aussi le titre d’oracle d’Oerba et elle était bien plus douée que son âge ne le laissait penser. Ses long cheveux roux, typiques du clan Dia, étaient retenus dans un chignon et commençaient à grisonner. Son visage avenant exprimait du mécontentement et de la colère et généralement, ce n’était jamais bon signe. Hagen était une femme pacifique, mais provoquer son ire n’était jamais une très bonne idée. Elle avança jusqu’à se placer devant l’étrangère aux cheveux roses.

- Est-ce que vous êtes des animaux ? s’exclama-t-elle lentement mais fermement. Vous vous comportez comme l’ennemi et je croyais que cela ne faisait pas partie des prérogatives de notre village. N’est-ce pas, Fergus ?
- Cette femme vient de Cocoon, Hagen.
- Je sais. Mais devons-nous réellement agir comme ces barbares qui nous tuent sans distinction ?
- C’est tout ce qu’elle mérite ! cracha Ranulf.
- Nous savons tous très bien ce qui te pousse à dire ça, Ranulf. Mais peut-être pourrions-nous être plus civilisés. Cette femme est sans défense. Elle pourrait très bien vous apprendre des choses sur les gens d’en haut.

Fergus reporta son attention sur la femme de Cocoon. Son visage n’exprimait que du mépris, comme la plupart des habitants d’Oerba et chacun retenait presque son souffle dans l’attente du verdict du chef du village.

- Très bien ! Tu seras notre prisonnière, étrangère. Ta survie dépendra de ce que tu auras à nous révéler. Si j’étais toi, j’aurais donc beaucoup de choses à raconter.

Fang eut conscience qu’elle avait elle-même retenu son souffle quand elle soupira de soulagement à l’écoute de la sentence. Au moins, cette femme avait eu droit à un sursis. Elle ne savait pas si c’était une bonne chose. Après tout, qu’est-ce qui lui garantissait que cette étrangère aux cheveux roses et à la peau lunaire, n’était pas un espion qui devait s’infiltrer dans leur village pour mieux les détruire ? Mais au fond d’elle, Fang trouvait cette idée surréaliste.

- Retournons au village, fit Fergus, la coupant dans ses sombres réflexions.
- On ne va pas la laisser pénétrer le village en étant consciente ! s’écria Ranulf.
- Tu ne réduiras pas le crâne de cette femme en compote ! Tu n’es pas un barbare, Ranulf ! contra Hagen.
- Bernulf, Gervald ? appela Fergus, étouffant dans l’œuf une inévitable dispute.

Deux hommes sortirent de la masse. Ils faisaient partie de son clan et Fang les connaissait bien. D’apparence ordinaire, il fallait quand même se méfier d’eux. Tous les deux bruns, typique du clan Yun, Gervald arborait une large cicatrice sur tout un côté de son visage, résultat d’un féroce affrontement avec béhémoth quand il était plus jeune. Affrontement dont il était fier de chanter les louanges, étant sorti vainqueur du combat, seul et sans avoir pris la fuite.

Bernulf était fort. Bien plus que le laissait supposer sa corpulence. Petit et trapu, il était pourtant aussi rapide et agile qu’un oiseau. En revanche, son air toujours renfrogné faisait fuir presque tout le monde et dire que pourtant, c’était un homme joyeux la plupart du temps, un vrai farceur. Ces deux-là étaient considérés comme des frères. Ils avaient toujours étés ensemble à faire les quatre cent coups, mais quand ils étaient en mission pour leur chef, c’était comme si deux autres personnes se tenaient devant elle.

- Vous êtes chargés de la surveiller, déclara Fergus.

Bernulf et Gervald se regardèrent du coin de l’œil puis se redressèrent, la main serrée autour de leur arme respective. Ils acquiescèrent, leur visage se peignant d’un air farouche et déterminé.

- Attends ! On ne peut pas la laisser libre de ses mouvements ! argumenta férocement Ranulf.
- C’est une pauvre femme, que veux-tu qu’elle fasse ? contra Hagen.
- Ranulf a raison, agréa cette fois Fergus. Ces Cocoonians sont pleins de ressources. Je n’aurais même pas confiance en un enfant venant de chez eux.

Ranulf bomba le torse, ravi que son avis soit enfin pris en considération. Fang détourna les yeux de son père pour les poser sur l’étrangère qui, toujours assise dans l’herbe, les observait à tour de rôle, aux aguets. Du sang coulait encore un peu de sa blessure, mais elle n’y prêtait même plus attention, entièrement concentrée sur la dispute qui se poursuivait du côté de son père. Cette dernière n’était pas prête de se conclure, alors que venait de se rajouter Tipur, du clan Dun, qui gérait le commerce du village au côté de sa femme, Fiona.

Finalement, l’adolescente s’en désintéressa quand les prunelles océan de cette femme s’accrochèrent aux siennes. Pendant une fraction de seconde, Fang eut l’impression que l’expression de cette étrangère avait changé, prenant un air plus désespéré et tendre. Presque douloureux. Son cœur cogna dans sa poitrine et Fang fronça les sourcils. Elle n’eut pas le temps de se poser des questions que la discussion entre son père et les autres aînés du village l’interpella de nouveau.

- Très bien ! Que quelqu’un aille me chercher les chaînes ! s’écria Fergus, faisant presque sursauter Fang.

La brune échangea un regard avec Vanille, qui était collée dans le giron de sa mère. Sans pouvoir s’en empêcher, Fang se détacha du bras maternel et s’avança vers son père.

- Vous allez l’enchaîner ?
- Fang, ne te mêle pas de ça ! Nous allons déjà devoir avoir une longue discussion tous les deux, alors reste à ta place !
- Mais, père, elle est sans défense ! Regardez-là, elle n’a même pas l’air de pouvoir tenir sur ses jambes !
- Tu défendrais une Cocoonienne ? cracha son père, s’approchant dangereusement d’elle.

Fang resta digne et essaya de ne pas courber l’échine. Elle n’avait pas peur de son père et il était le premier à lui avoir appris à toujours exprimer son avis, que cela soit des désaccords ou non, mais bon sang, qu’il était imposant !

- Non. Je dis juste que je suis certaine qu’elle n’opposerait aucune résistance. Elle a dit elle-même qu’elle n’était pas une menace.
- On ne peut pas faire confiance à ces gens-là ! éructa Ranulf. Tu le sais parfaitement !

Fang le foudroya du regard. Elle savait pourquoi cet homme était devenu ainsi et pourquoi il se comportait de cette manière, mais est-ce que c’était une raison pour agir de la même façon que ces montres venant de Cocoon ?

Malgré ça, elle n’avait rien à répondre à Ranulf. Il avait raison. Combien de fois son peuple avait-il voulu essayer d’engager la discussion avec eux ? Combien de fois son peuple avait-il essayé de faire la paix ? Et combien de fois ces barbares avaient-ils répondu par la force ? Décimant des familles entières, détruisant des villages qui n’avaient rien demandé de plus que de vivre tranquillement ?

Son père l’écarta d’un bras et Fang n’opposa de nouveau aucune résistance, retournant auprès de sa mère. Cette dernière lui adressa un sourire réconfortant, mais Fang détourna la tête sans y répondre, reportant son attention sur Bernulf et Gervald. D’une pression, ils venaient de relever l’étrangère sur ses pieds. Elle tangua, et d’une main sur son bras, Gervald lui fit garder fermement l’équilibre. Fang la vit grimacer, certainement à cause de la poigne un peu trop dure de l’homme.

Elle la remarqua se tendre malgré la douleur et leur regard se croisa de nouveau. L’adolescente ne put s’empêcher de la supplier silencieusement de ne rien faire d’inconsidéré. Puis, ses yeux furent attirés par une lueur brillante autour du cou de l’étrangère. Le morceau de tissu qui recouvrait ses épaules avait chuté au sol, laissant ses épaules à découvert et elle le vit, juste là, dans le creux du cou opalin d’une cocoonianne. Un pendentif de couleur azur en forme de prisme qui ressemblait à s’y méprendre à celui de son père.

Elle tourna la tête vers Fergus pour le découvrir lui aussi figé, les yeux fixés sur la femme aux cheveux roses. Il s’avança vers elle, menaçant avec sa haute et large stature. L’étrangère voulut reculer, mais Gervald et Bernulf la retinrent fermement par les bras. Fang la vit fermer les yeux quand son père leva une main, anticipant certainement un coup qui lui déboiterait la mâchoire, mais à la place, cette dernière se referma autour de la petite pierre bleue.

- Où est-ce que tu as eu ça, étrangère ?

La femme rouvrit aussitôt les yeux. Elle observa tout le monde, s’arrêtant un instant de plus sur Fang avant de fixer avec détermination son père. Elle ne répondit pas et Fergus réitéra sa question plus durement.

- Ceci ne t’appartient pas ! Où l’as-tu eu ?

La cocoonianne pinça les lèvres, mais ne répondit toujours pas. La main de son père se resserra autour du pendentif, tirant légèrement dessus. La femme eut enfin une réaction et elle expira, semblant devenir soudainement nerveuse.

- Ne me le prenez pas, souffla-t-elle.
- Oh ? Pourquoi ça ? Tu y tiens ?
- S’il vous plaît.

Quelque chose venait de changer dans la voix de la femme et tout le monde dût le sentir. C’était ce sentiment qui grondait dans les entrailles des guerriers, quand ils sentaient qu’un combat était imminent et que leur adversaire n’était pas aussi inoffensif qu’il en avait l’air.

- J’ai les chaînes ! s’exclama Thorvald, un homme du clan de Ranulf.

Il s’immisça jusqu’au chef du village, inconscient de la tension qui venait de s’abattre sur le groupe. Finalement, la main de son père arracha d’un coup sec le pendentif, déclenchant cette fois une vive réaction de la part de la jeune femme. Elle se débattit aussitôt comme un chat sauvage entre les mains de Bernulf et de Gervald.

- Non ! finit-elle par crier. Rendez-le-moi !

Elle réussit à administrer un violent coup de coude dans l’estomac de Gervald, qui étouffa un grognement. Il relâcha un peu sa prise et comme une anguille, elle en profita pour s’y soustraire. Fang se sentie écartée par sa mère et elle s’accrocha involontairement au bras, priant pour que l’étrangère ne commette aucune folie. Merde ! Cette fille n’avait aucun instinct de survie, ce n’était pas possible.

Malgré son maintien précaire sur ses pieds, elle fut capable de s’échapper aussi des mains de Bernulf qui fut hébété pendant un instant. C’était un acte désespéré et inconsidéré. Elle s’apprêtait à sauter sur son père pour récupérer son dû, mais Ranulf la stoppa net d’un coup de gourdin. Le corps de l’étrangère chuta au sol comme une poupée de chiffon, inerte, la tempe et le crâne maculés de sang.

Fang écarquilla les yeux et Vanille sursauta violemment, alors que Hagen s’insurgeait sur la barbarie de l’homme. Est-ce qu’elle était morte ? Sans qu’elle ne sache pourquoi, quelque chose se serra au fond d’elle. Ce genre d’action était inhumain. Elle s’extraya des bras de sa mère, qui n’avait rien osé dire depuis le début de cette histoire, alors qu’habitude, elle était toujours prompte à exprimer son avis.

- Comment as-tu pu faire ça ! s’écria Fang à l’attention de Ranulf.
- Elle allait nous attaquer !
- Elle voulait seulement récupérer ce qui lui appartenait !
- Ça suffit Fang ! claqua la voix de son père, l’arrêtant dans sa lancée.

Il brandit le collier devant lui. Une identique reproduction de celui qui pendait autour du cou de Fergus.

- Ce pendentif n’avait rien à faire autour du cou de cette femme ! Il vient de notre clan !
- Peut-être qu’on aurait pu lui laisser le temps de s’expliquer !
- Elle ne voulait pas s’expliquer ! cracha Ranulf. Elle voulait nous tuer !
- Tu n’en sais rien !
- Ça suffit, Fang, arrête, fit soudainement la voix douce de sa mère.

Des mains fraiches se posèrent sur ses bras, la tirant en arrière.

- Mais…
- Cette histoire ne te concerne pas, Fang, coupa son père. Mirta, ramène les filles à la maison.

Sa mère acquiesça et entraîna Fang dans son sillage, attrapant Vanille au passage.

- Non, attends ! Qu’est-ce que vous allez lui faire ?
- Fang, ne t’occupe plus de ça, répondis sa mère.
- Mais, maman…
- Laisse Hagen gérer cette situation.

D’une main ferme, sa mère les conduisit à travers la prairie et le village, rejoignant leur maison qui, après un escalier en pierre, faisait face à l’océan.

- Ils vont lui faire du mal ? demanda soudainement Vanille en s’arrêtant en haut des marches.

Fang et Mirta se tournèrent vers elle. Pour une fois, sa cadette semblait aussi jeune que l’indiquait son âge. Une enfant qui venait d’être témoin de l’horreur, de la barbarie et de l’injustice de cette guerre incessante entre Gran Pulse et Cocoon. Et même si à treize ans, Vanille était plus mature que les autres jeunes adolescentes de son âge, il n’en restait pas moins que dans son esprit ayant vécu déjà beaucoup de tragédies, elle ne comprenait pas vraiment ce qui se passait.

Sa mère s’approcha de Vanille et s’agenouilla devant elle.

- Je ne sais pas ce qu’ils vont lui faire, Vanille.
- Oncle Fergus veut l’enchaîner comme on enchaîne les gorgonospides pour les fêtes de l’hiver, et Ranulf a explosé son crâne comme si c’était une pastèque…
- Vanille, soupira Mirta.
- Alors qu’elle n’avait pas d’armes, termina la rouquine.
- Elle était sans défense, maman, ajouta doucement Fang.

Sa mère tourna les yeux vers elle. Deux pupilles d’un vert émeraude saisissant, identique aux siennes. Elle ressemblait beaucoup à sa mère, bien que celle-ci ait la peau légèrement plus claire. Mais ici, sur Gran Pulse, tout le monde avait la peau plus au moins caramélisée, signe qu’il vivait sur une planète ou la lumière du soleil n’était pas artificielle.

- Nous ne savons pas ce qu’elle aurait été capable de faire, finit par répondre Mirta. Qu’elle ait une arme ou non. Les habitants de Cocoon sont fourbes et forts. On ne peut pas leur faire confiance, ajouta-t-elle en se retournant vers Vanille.
- Mais elle a dit qu’elle n’était pas une menace.
- Peut-être qu’elle mentait.
- Elle ne semblait pas mentir, contra Fang.
- Tu n’en sais rien, chérie.
- Toi non plus. Peut-être que cette fois, papa et les autres vont tuer une innocente qui ne voulait de mal à personne.
- Ou peut-être que ton père et les autres aînés viennent de nous protéger d’un espion qui nous aurait tous tués, dès qu’on aurait eu le dos tourné.
- Tu parles comme Ranulf ! grogna Fang.
- Non, Fang, répondit Mirta en se relevant. Je parle comme une femme qui veut protéger son village et son peuple. Comme une mère qui veut protéger la vie de ses filles. Je suis d’accord que Ranulf n’aurait pas dû frapper cette femme avec son gourdin, mais tu sais pourquoi il réagit toujours avec autant de violence.
- Oui, soupira Fang. Je sais.
- S’il vous était arrivé quelque chose à toi, ou à Vanille, fit-elle en se tournant vers sa cadette, posant une main douce sur la joue ronde de la petite rousse, je lui aurais mis moi-même ce coup de gourdin.

Fang détourna la tête vers l’océan. La journée touchait à sa fin, le soleil était lentement en train d’entamer sa descente et ses derniers rayons miroitaient de mille feux sur la surface lisse. Finalement, ça avait été une après-midi riche en émotion. Elle avait échappé au goûter féministe de sa mère, mais elle se demanda si elle n’aurait pas plutôt préféré devoir supporter les sermons des femmes du village.

- Allez, rentrons. Je dois préparer le dîner pour ce soir.

Sa mère les entraîna toutes les deux vers la porte d’entrée en bois de leur spacieuse maison. Une fois à l’intérieur, Fang alla s’affaler dans le sofa devant la cheminée, éteinte en cette chaude saison. Vanille chipa deux gâteaux dans le panier à cookies avant de partir se jeter dans un des fauteuils à côté d’elle. La rouquine lui tendit un biscuit, un large sourire barrant son visage. Fang l’attrapa, prenant conscience qu’elle mourrait effectivement de faim.

- Les filles, réprimanda faussement Mirta du coin cuisine où elle se trouvait.
- On en mange qu’un, promis, répondis Vanille.

Mirta soupira, mais ne répliqua rien de plus. Elle n’avait probablement pas envie d’être trop sévère après la dernière heure qui venait de s’écouler. Vanille grignotait joyeusement son cookie, puis se tourna vers Fang.

- N’empêche, commença-t-elle. Je trouve qu’elle était vachement belle, cette habitante de Cocoon dans sa robe de mariée.

Fang faillit avaler de travers son morceau de gâteau et le couteau de sa mère arrêta de claquer contre la planche en bois. L’adolescente se redressa, fixant sa cadette.

- De quoi tu parles ?
- Ben, tu n’as pas reconnu ? fit Vanille. C’est vrai que c’était un peu différent de celles qu’on connaît, mais sa tenue ressemblait beaucoup à celle des cérémonies de mariage que nous avons au village.
- C’est une tenue de Gran Pulse, Vanille. D’Oerba, répliqua Fang. C’est pas possible qu’une habitante de Cocoon ne porte une.

La rouquine haussa les épaules, signe que cela ne l’interpellait pas plus que ça. Elle enfourna dans sa bouche le dernier morceau de son cookie, lorgnant avec envie sur le panier qui se trouvait sur le comptoir de la cuisine.

Fang tourna la tête vers sa mère. Elle croisa son regard surpris et peut-être aussi curieux. Une boule pris naissance dans son ventre. Des questions tournaient en boucle dans sa tête. La première et l’essentiel : comment cette femme avait-elle put arriver aussi brusquement sur Gran Pulse ? Dans la prairie de son village ? Et une autre se rajoutait maintenant aux précédentes. Pourquoi portait-elle une tenue pareille ? Une robe de mariage ?

Cette femme était mariée à quelqu’un. Quelqu’un qui devait l’aimer. Qui devait, en ce moment-même, se demander où elle était. Quelqu’un qui devait s’inquiéter sans savoir qu’elle était aux prises d’un groupe de guerrier de Gran Pulse qui n’allait faire qu’une bouchée d’elle si elle ne se montrait pas coopérative. Si, bien sûr, le coup de Ranulf ne l’avait pas déjà tuée. Cette femme avait une famille quelque part. Peut-être avait-elle des enfants, elle aussi.

En dehors de l’injustice que cette femme allait vivre pendant les prochains jours si elle était encore de ce monde, Fang trouvait que cette guerre n’avait que trop duré. Pourquoi leurs deux peuples ne pouvaient-ils pas s’entendre ?

Elle abandonna sur la table basse en bois massif son gâteau à moitié croqué, et se leva du canapé.

- Je monte dans ma chambre, déclara-t-elle.
- Fang…
- Je n’aurai pas faim ce soir.

Elle traversa le salon sans laisser le temps à sa mère répondre et se dirigea jusqu’à l’escalier dont les marches étaient recouvertes d’un épais tapis en peau de bête.

- Vanille, tu veux bien m’aider à préparer le dîner, s’il te plaît ?
- Bien sûr !

Ce fut les dernières paroles que Fang entendit avant d’atteindre le couloir qui menait à la salle de bain et aux chambres. Elle rejoignit rapidement la sienne, qui donnait du côté de l’océan. Sa large fenêtre était grande ouverte, laissant passer la brise de cette fin d’après-midi. L’adolescente se jeta sur son lit double, enfonçant sa tête dans son oreiller, les yeux perdus sur la surface brillante de l’océan. Cette étendue bleue qui lui rappela soudainement les prunelles de cette femme de Cocoon.

Tout le monde avait raison, elle le savait. Les habitants de Cocoon étaient fourbes et dangereux. Mais elle, elle semblait différente. Fang comprenait parfaitement les réactions des siens et encore plus ceux de Ranulf. Sa femme et sa fille s’étaient fait assassiner par des soldats de Cocoon quelques années auparavant. Elle-même était encore une enfant. Sonia, la fille de Ranulf, aurait eu le même âge qu’elle aujourd’hui, à un an prêt, il lui semblait. Fang se rappelait un peu de cette gamine aux longs cheveux noirs et bouclés.

Par la suite, elle avait souvent entendu des rumeurs sur le massacre que ça avait été. Et sur la douleur de cet homme, qui ressemblait à un ours, d’avoir tenu entre ses bras les corps sans vie des personnes qu’il aimait le plus au monde. A présent, il était seul. Il ne s’était jamais remarié et n’avait jamais repris une compagne. Il était devenu aigri et intransigeant. Beaucoup de son peuple avait péri ce jour-là et la plupart des pulsiens ne voulaient qu’une chose maintenant, se venger. Détruire les habitants de Cocoon autant qu’eux les détruisait, quitte à continuer à tuer des innocents. Un jour, il finirait par ne plus rien rester de leur monde, ni même de celui de Cocoon.

Fang soupira et ferma les yeux, décidant de sombrer dans le sommeil pour oublier cette journée. Alors qu’elle s’enfonçait doucement dans les profondeurs de l’inconscience, le regard perdu de cette étrangère aux cheveux roses passa derrière ses paupières closes, lui faisant de nouveau ressentir cet étrange sentiment dans sa poitrine.

oOo

La suite, samedi prochain…

Chapter Text

Chapitre 3

 

Quand elle reprit conscience, pendant une seconde Fang ne se rappela pas ce qui s’était passé. Elle gigota, luttant contre le noir de l’inconscience avant de papillonner enfin des yeux. Elle fronça les sourcils, se demandant ce qu’elle faisait ici, sur l’un des lits des chambres d’hôtes du bar de Lebreau. Puis, alors qu’elle se redressait à l’aide d’un bras, son souffle se coupa, les images de la fin de soirée défilant devant ses yeux.

Fang tourna la tête à droite et à gauche et une boule vint plomber son estomac et nouer sa gorge.

- Light ?

Elle ne reçut aucune réponse et son corps, autant que son esprit, se rebella contre ce que cela voulait dire. Elle secoua la tête de déni. Ce n’était pas possible. Inconcevable même. Qu’est-ce qui s’était passé ? Son esprit avait dû lui jouer des tours et Lightning ne devait pas être bien loin. Peut-être avait-elle seulement abusée un peu sur l’alcool et elle avait halluciné avant de s’évanouir.

Fang baissa la tête sur son corps. Elle portait encore sa robe de cérémonie, alors il ne pouvait y avoir que ça comme explication. Même si la partie plus rationnelle de son cerveau lui hurlait qu’elle ne devait pas se mettre des œillères, il lui était impossible d’imaginer le pire. Non, Lightning était toujours là, certainement dans pièce d’à côté en train de discuter avec tout le monde, comme elle avait l’habitude de le faire.

Le soleil se levait à l’horizon et Fang se demanda combien de temps elle avait dormi. Elle ne se sentait pas groggy, seulement… Déconnectée. Comme si elle n’était plus vraiment en phase avec elle-même et ce qui l’entourait. Son cœur tambourinait dans sa poitrine et elle se leva rapidement. Pendant une seconde elle tangua sur ses pieds, mais elle retrouva rapidement sa stabilité. Il fallait qu’elle voie Lightning, tout de suite.

Fang traversa la chambre sans se poser plus de question, ouvrit la porte et se dirigea d’un pas déterminé vers la pièce central du bar. Lebreau avait réussi à rendre cet endroit cosy et chaleureux. Le bois, les couleurs et les odeurs, il y avait comme un air d’exotisme et c’était toujours agréable d’y passer du temps. Toutefois, la pulsienne était totalement impénétrable à son environnement et elle arriva comme un boulet de canon au milieu des tables et des banquettes, surprenant un peu ses amis.

Ses yeux naviguèrent sur chacun d’eux, recherchant activement une chevelure rose pâle et un visage doux et cristallin. Mais elle ne rencontra que les prunelles océan de Serah, noyées dans un torrent de larmes qui n’avait pas l’air de vouloir s’arrêter. Assise sur le coin d’une banquette, Snow et Lebreau l’entouraient et essayaient de la réconforter. La cadette des Farron n’avait aucune réaction jusqu’à ce qu’elle la remarque enfin.

- Fang, souffla-t-elle, son corps se tendant vers la pulsienne.

Tout était là pour lui prouver qu’elle devait se faire une raison. Ce qu’elle avait vécu s’était bel et bien produit, mais elle secoua la tête. Il était hors de question qu’elle accepte ça. Ce n’était pas possible.

- Où… Où est-elle ? demanda-t-elle la voix enrouée.
- Fang.

La brune se tourna légèrement sur le côté, découvrant Vanille qui se tenait debout à quelques pas d’elle. Ses yeux étaient rouges et son visage de poupée qui d’ordinaire, gardait ce petit air enfantin qui la caractérisait avait totalement disparu. Ses traits étaient figés dans un masque de tristesse et de douleur elle hésitait à se rapprocher d’elle. Le corps de Fang se contracta, repoussant l’éventualité que lui criait l’état de sa famille.

- Où est Light ?

Les sanglots de Serah s’accentuèrent et Lebreau la serra fortement contre elle tandis que Snow lui caressait le dos. Yuj et Maqui étaient mortellement silencieux, ce qui ne leur ressemblait pas. Sazh tenait son fils endormi dans ses bras, la mine sombre et perdue. Enfin, Hope se leva et s’approcha d’elle, prenant sur lui alors que des larmes perlaient au coin de ses yeux.

- Fang, commença-t-il.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? Où est Light ? répéta Fang, le coupant.
- Elle a disparue, Fang ! Tu le sais très bien, déclara doucement Hope.

Il pinça les lèvres, essayant de faire abstraction des pleurs de Serah qui continuaient derrière lui.

- Non ! s’exclama Fang. Non !
- Fang, supplia Vanille.

La rouquine tendit une seconde les bras, hésitant à s’approcher pour la serrer contre elle. Mais Fang recula et Vanille resta à sa place, se mordant la lèvre inférieure.

- Ce n’est pas possible, fit la brune. Ce n’est pas possible !
- Qu’est-ce qui s’est passé Fang ? demanda Hope.

Fang secoua la tête, la douleur dans son cœur devenant physique. Elle se mit à envahir son corps et à pulser dans chacune de ses fibres. Elle lutta pour rester digne. Elle inspira profondément, essayant de renflouer ses sentiments, mais dès qu’il était question de Lightning, elle perdait tous ses moyens.

- Je… Je ne sais pas…

Tout se mélangeait dans son esprit et pour l’instant, rien d’autre ne tournait dans sa tête que le fait qu’elle venait de perdre la femme qu’elle aimait. Sa femme, qui venait de lui être brutalement arrachée alors qu’elles venaient seulement de prononcer leurs vœux. C’était injuste et cruel.

- C’est… Ce n’est pas…

La boule dans sa gorge se mit à grossir et elle serra les dents et les poings. Ce n’était pas possible, continuait-elle de se répéter. Ses jambes tremblèrent et elle se laissa tomber sur le siège de la banquette à côté d’elle.

- Pourquoi, gémit-elle alors qu’une larme glissait sur sa joue.
- Oh… Fang…

Cette fois, Vanille se précipita sur son aînée et l’entoura fortement de ses bras. Elle pressa sa joue sur le haut de sa tête, lui administrant des caresses qui se voulaient réconfortantes. Fang se laissa bercer, se remémorant plus clairement ce qui s’était passé.

Ça avait été soudain. Cette brume n’avait fait aucune autre victime, alors Lightning devait être la seule personne visée. Mais pourquoi ? Pourquoi encore elle ? L’ancienne guerrière avait assez donnée de sa personne. Elle avait assez combattue. Fang ferma les yeux et déglutit. Elle lui avait promis tant de choses. Des choses dont elles venaient d’être probablement privées à tout jamais.

- Serah, fit la voix de Snow, la tirant de ses pensées. Il faut que tu ailles te reposer un peu, Trésor.
- Oui, acquiesça Lebreau. Tu es épuisée…
- Non, coupa-t-elle, la voix chargée de sanglots contenus. Non, je ne peux pas, sanglota-t-elle.

Fang rouvrit les yeux et tomba sur la sœur de son amante. Cette dernière avait son regard de rivé dans le sien et tout un dialogue sembla se dérouler entre elles. La brune avait en face d’elle quelqu’un qui endurait la même souffrance qu’elle. Peut-être même que c’était pire pour Serah.

Il y a des années de ça, la cadette des Farron avait déjà dû supporter une situation similaire. La douleur de la perte, le déni et la colère. A l’époque, Fang était prisonnière de son cocon de cristal avec Vanille, et Serah n’avait pas réussi à accepter qu’on lui prenne sa sœur aînée après tout ce qu’elles avaient traversée. Tout ça n’aurait jamais dût se reproduire. Ils avaient tous le droit être heureux maintenant, libre de pouvoir enfin vivre leur vie.

Fang se dégagea de Vanille et se leva. D’un pas rapide elle s’approcha de Serah devant laquelle elle s’agenouilla avant de la prendre dans ses bras.

- Je suis tellement désolée, déclara-t-elle dans la nuque de sa belle-sœur.
- C’est… C’est pas ta faute. Mais c’est tellement injuste.

Serah s’écarta pour planter son regard dans celui de Fang.

- Pourquoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Je ne sais pas, souffla Fang.

La pulsienne n’avait aucune réponse à donner. Elle ne savait pas pourquoi et encore moins ce qui s’était réellement passé. En dehors de cette brume qui lui avait volé sa femme, elle ne savait rien. Elle n’avait pas la moindre idée de l’endroit où avait atterri Lightning, et ce qu’elle était en train de vivre en ce moment.

- Elle ne méritait pas ça ! s’exclama plus fortement Serah. Elle a assez donnée, non ?

Fang la reprit contre elle, glissant l’une de ses mains dans les boucles roses. Elle la berça, ses yeux rencontrant ceux de Snow pour la première fois depuis qu’elle s’était réveillée. Le grand blond était dévasté et en colère. Furieux. Des éclairs dansaient dans ses prunelles azurs et Fang pinça les lèvres. Ils ressentaient tous la même chose. Incompréhension, fureur et tristesse. Les dieux s’acharnaient une fois de plus sur leur groupe

Fang embrassa le haut de la tête de Serah, fermant les yeux pour contenir le flot d’émotion qui menaçait de l’assaillir.

- Snow et Lebreau ont raison, tu devrais aller te reposer un peu, finit-elle par dire.
- Je ne peux pas, répondit Serah. Comment est-ce que je pourrais aller dormir alors que je ne sais pas où est ma sœur.
- Ça te ferrais du bien et après, nous pourrons en discuter. Tu auras les idées plus…
- Alors toi aussi, coupa la plus jeune des Farron.
- Rentrer toutes les deux, suggéra Snow.

Fang tourna les yeux vers le grand blond. Elle serra les dents. Elle ne voulait pas se reposer. Elle n’avait pas besoin de dormir, ni même de réfléchir à toute cette histoire. Elle devait agir, et vite. Elle voulait trouver un responsable et se défouler dessus.

- Fang, intervint Hope en se rapprochant. Ne fait rien d’inconsidéré.
- Comme quoi ? cracha-t-elle. Partir à sa recherche ? Tu trouves que c’est inconsidéré comme réaction ?
- Tu ne sais pas où elle se trouve, argumenta doucement Vanille.
- Et alors ? Est-ce une raison pour que je la laisse toute seule ?
- Ce n’est pas ce qu’on veut dire, contra la rouquine.

Vanille était certainement l’une des seules personnes en dehors de Lightning, à être capable de raisonner Fang. A lui faire garder la tête assez froide pour éviter qu’elle ne se jette inutilement dans une bataille sans avoir toutes les cartes en main.

- Se précipiter ne nous aidera pas, ajouta Hope.
- Ils ont raisons, fit Serah d’une petite voix.

Fang resserra ses bras autour de la sœur de son amante. Ce petit corps tremblant contre elle était tout ce qui lui restait pour l’instant de Lightning. La brune ferma brièvement les yeux et détourna la tête.

- Je ne peux pas rester sans rien faire, déclara-t-elle.
- Ce n’est pas ce qu’on dit, non plus, lui répondit Vanille.
- Mais on ne peut pas se permettre de courir dans tous les sens, ça serait une perte de temps, déclara Hope.
- Alors quoi ? lâcha Fang. On attend une illumination divine ? Si on en est là, c’est justement à cause des dieux ! Cette garce d’Etro !
- Fang, réprimanda doucement Lebreau.
- Quoi ?

Les deux brunes s’affrontèrent du regard. La douceur des orbes marron de la barmaid contre la tempête qui faisait rage dans les émeraudes de la pulsienne. Lebreau ne répondit pas. La seule chose qu’elle aurait pu dire à Fang, c’était qu’il était de mauvais augure d’insulter les dieux, surtout quand celle-ci était la déesse de la mort. Mais ce n’était certainement pas ce que Fang avait envie d’entendre et Lebreau savait pertinemment qu’elle s’en fichait complètement. Elle ne voulait pas être rabat-joie ni désagréable, mais prudence était mer de sureté, et d’après elle, insulter la déesse ne les aiderait probablement pas à retrouver Lightning.

- Light à tout donné pour Etro ! Elle a été sa gardienne, sa championne ! Elle lui a sauvée la vie et qu’est-ce qu’elle récolte maintenant ? Même pas le droit d’être libre ! Alors quoi ? Dès que cette garce jugera qu’elle a besoin de Light, elle la récupérera ? Je n’accepterais pas de laisser faire ça !
- Tu ne sais pas si c’est la faute d’Etro, répondit Vanille.
- Parce que tu en doutes ?
- Je dis juste que nous ne savons pas. On a aucun indice de l’endroit où elle a été envoyée.
- Ça me semble évident ! Elle est de nouveau prisonnière du Valhalla !
- Tu n’en sais rien ! la contra plus fermement Vanille. S’il te plaît, Fang, sois raisonnable. Tu ne peux pas être certaine que Lightning se trouve au Valhalla.

Fang claqua sa langue contre son palais, refusant d’admettre que sa cadette avait raison. Cette situation était inacceptable. Qu’est-ce qu’elle devait faire ? A quoi servait-elle si elle devait seulement rester assise là, sans rien faire, alors que son amante était peut-être en train de combattre pour sa survie. Encore.

- Ecoute les, Fang.
- Serah…
- Ils ont raison.

La cadette Farron se redressa lentement, puis releva la tête vers elle. Des cernes entouraient ses yeux rouges. Son teint était encore plus pâle que d’ordinaire, maladif. Sa douleur était lisible sur son visage et palpable. Le cœur de Fang se serra douloureusement dans sa poitrine et elle inspira profondément. Serah renifla et sécha ses larmes sur ses joues. Des larmes qui ne tarderaient pas à couler de nouveau.

- On ne sait pas où elle se trouve ni qui a fait ça. On ne peut pas se lancer à sa recherche sans être sûr. Hope à raison, ça nous ferait perdre du temps.
- On ne peut pas, non plus, rester sans rien faire.
- Je sais, souffla Serah. Et je ne sais pas quoi faire. Mais…
- Quoi ? demanda doucement Fang.

Serah inspira et planta son regard dans le sien.

- La première fois, quand Light était prisonnière du Valhalla, elle a trouvé un moyen de nous contacter pour que nous l’aidions. Peut-être, qu’elle le refera.
- Pendant ce temps on fait quoi ? On attend ? grogna Fang.

Serah pinça les lèvres et baissa la tête. Elle se mit à triturer ses doigts, mal à l’aise. Fang posa une main sur les siennes, attirant son attention.

- Excuse-moi.
- C’est rien. Je comprends ce que tu ressens.

Fang déglutit, la boule dans sa gorge persistant à grossir.

- Je lui aie promis de la retrouver, déclara-t-elle. Même si je dois y passer le restant de ma vie…
- Je sais, souffla Serah.

Serah la prit dans ses bras et Fang se laissa faire, la poitrine déchirée par l’impuissance. Elle sentait les larmes brûlaient ses yeux, mais elle se devait d’être forte. Autant pour sa belle-sœur qu’elle tenait serrée contre elle, que pour Lightning.

La colère qui bouillonnait dans ses entrailles augmenta. S’il le fallait, elle réduirait en miette les dieux pour récupérer son amante. Si Etro voulait jouer à ça, Fang était partante. Elle était une excellente guerrière. Elle avait survécu des siècles sous le règne de ces dieux dictateurs. Elle les avait combattu une fois, et avait gagné, elle était prête à recommencer, surtout si elle avait la motivation de retrouver sa compagne. Fang était prête à tout.

oOo

Elle n’avait pas dormi de la nuit. Il lui avait été impossible de fermer l’œil. Dès qu’elle commençait à sombrer dans le sommeil, l’image de Lightning avalée par cette brume la réveillait en sursaut, la gorge sèche et le corps en sueur. Finalement, Fang s’était levée, s’emparant d’un plaid et fuyant sa chambre avant de s’emmitoufler dans un des larges fauteuils du salon.

Dans la chambre d’ami, Snow et Serah dormaient, n’ayant pas voulu la laisser seule. Ils devaient se serrer les coudes et s’isoler n’était pas une bonne idée d’après eux, pourtant, Fang aurait vraiment préférée être seule. Quand elle était rentrée chez elle pour y récupérer quelques affaires, Elle avait eu l’impression de recevoir un coup de poignard. L’absence de Lightning s’était faite cruellement ressentir, alors que tout lui rappeler son amante.

Pendant une fraction, Fang avait même eu l’impression de sentir son parfum et son cœur s’était douloureusement emballé. Depuis, son ventre était tellement noué qu’elle n’avait rien avalé de solide à part quelques gorgées d’un café qui reposait sur la table basse et qui devait maintenant être froid. Elle n’avait pas bougé de ce fauteuil, restant presque aussi inerte qu’une statue de cristal. Elle ne pourrait pas rester ainsi inactive très longtemps, c’était impossible. Cette impuissance la rongeait de l’intérieure autant que l’injustice qu’elle éprouvait face à cette situation.

C’était comme si elle revivait continuellement tout en boucle. Il lui restait encore la sensation d’avoir été tellement heureuse, autant durant ces dernières années que pendant la journée de son mariage. Même quand elle avait retrouvé Vanille, elle n’avait pas ressentie cette euphorie qui l’avait rendu presque ivre alors qu’elle regardait Lightning avancer jusqu’à l’autel, jusqu’à elle. Fang ne se rappelait même avoir été nerveuse juste avant la cérémonie. Elle n’avait pas avoir douté ni même craint que Lightning ne fasse pas le bon choix. A cet instant, elle avait été confiante. Mais c’était comme si cela c’était produit il y a des siècles, le bonheur éprouvé éclipsé par la douleur de la perte.

La pulsienne ferma les yeux, alors que le soleil se levait à l’horizon pour la seconde fois depuis qu’on lui avait repris son amante, se remémorant le bonheur qu’elle avait vécu avant que tout ne bascule.

oOo

Ça devait faire une heure qu’elle se tenait devant l’océan de Néo-Bodhum, ses pieds nus enfonçaient dans le sable tiède. Fang était incapable de mettre des mots sur ce qu’elle ressentait alors qu’elle était envahie par une kyrielle d’émotion.

Quand elle avait décidé de devenir une l’cie, jamais elle n’avait pensée réchapper à son destin. Une fois transformée en cristal après avoir accomplie sa mission, Fang ne pensait pas revivre un jour. Mais une fois qu’on était marquée comme l’cie, on n’était plus qu’un pion entre les mains des fal’cies, puis dans celles des dieux. Elle avait combattu tout en sachant qu’elle n’était pas destinée à avoir un jour la vie que ses parents auraient voulu qu’elle ait.

Quand elle s’était cristallisée pour la deuxième fois, Fang pensait vraiment en avoir fini avec toute cette histoire, que pour elle, les portes venaient définitivement de se refermer, mais la déesse Etro et par extension Bhunivelze, avaient beaucoup d’autres projets en réserve. Et quand les dieux exigeaient, eux, insignifiant l’cie, ne pouvaient qu’exécuter comme des misérables pantins à leur solde. Alors ils avaient tous dû renfiler leurs armures et reprendre les armes pour combattre de nouveau, et malgré le change qu’elle donnait, Fang ne pensait pas que cela s’arrêterait un jour.

Une fois leur mission accomplie, elle se revoyait déjà devoir endurer des siècles et des siècles de sommeils avant d’être de nouveau réveillée pour affronter, quoi ? Peut-être la fin du monde. Qu’en savait-elle. Mais quand Bhunivelze fut enfin mis hors d’état de nuire et que Lightning eut sauvée Etro, cette dernière avait décidé de leur avait offert la liberté.

Affranchis de leur marque de l’cie, Etro leur avait redonné le contrôle de leur vie et la possibilité d’être de nouveau normal. Pendant un instant, Fang en avait été étourdi. La première question qu’elle s’était posé avait été : qu’allait-elle donc bien pouvoir faire de cette liberté ?

Puis Cocoon avait sombré et elle s’était rendue compte que c’était sa chance. Elle avait une nouvelle famille. Peut-être pas celle que ses parents, son peuple, aurait voulu qu’elle ait, mais elle avait confiance en chacun d’eux. Elle avait appris à les aimer. Elle adorait taquiner Sazh. Hope s’était avéré être un gamin aussi intéressant qu’attendrissant et elle avait apprécié pouvoir lui apprendre des parties de sa culture de quand elle vivait encore à Oerba.

Elle avait découvert que tous les habitants de Cocoon n’étaient pas des montres fermés à l’idée d’en savoir plus sur le monde de Gran Pulse. Elle avait découvert en Snow et son groupe, des personnes qui ne se préoccupaient pas des peuples, mais qui mettait simplement tous les êtres humains dans le même sac. Ils avaient une façon de penser plutôt simpliste qui lui convenait. Tous les innocents doivent être protégés, qu’ils soient de Cocoon ou de Gran Pulse. Tous les ennemis, doivent être éliminés.

Puis elle avait rencontré Lightning. Elle était presque littéralement tombée sur elle. Cette femme avait fait battre son cœur dès l’instant où elle avait posé ses yeux sur elle. Au début, de colère et peut-être un peu d’amertume aussi, elle l’avouait. Fang se rappelait de la cuisante gifle que cette cocoonianne lui avait administrée. Pendant une seconde, et malgré que les habitants de cocoon qu’elle avait rencontré peu de temps avant, aient légèrement changé sa vision sur leur peuple, la réaction de Lightning à son encontre l’avait refroidi.

Cette claque lui avait remis les idées en place et Fang s’était souvenue de son peuple et de leurs nombreuses mises en garde : tous les habitants de Cocoon sont pareils. Puis elle avait réalisé que Lightning ne se doutait même pas qu’elle était une native de Gran Pulse ou du moins, ce n’était pas ce qui l’avait motivé pour lui mettre une gifle. Fang avait découvert une femme blessée qui combattait et luttait contre ses sentiments, notamment contre la culpabilité et la peine d’avoir perdue sa sœur cadette. La pulsienne avait très vite compris de qui il s’agissait et qu’elle était responsable de la douleur qu’éprouvait cette femme aux étonnants cheveux roses.

Lightning était probablement l’une des personnes qu’elle avait eues le plus de mal à cerner. Une ancienne soldate de Cocoon qu’elle aurait dû craindre et haïr, mais dont elle se sentait irrémédiablement proche. Fang avait alors appris à la connaître, découvrant une guerrière avec des valeurs solides qui lui étaient propre. Lightning n’était pas seulement un pion parmi tous ces soldats. Elle était intègre, elle pensait, réfléchissait et agissait en fonction de ce qui lui semblait le plus juste et Fang était rapidement tombée sous son charme. Mais elle n’avait pas d’avenir à l’époque et elle la seule chose qu’elle pouvait faire, s’était d’étouffer ce qu’elle ressentait et de se concentrer uniquement sur Vanille et sur leur tâche.

Cependant, une fois qu’elle avait réalisé que la vie s’ouvrait de nouveau à elle, Fang s’était retrouvée face à ses sentiments qui lui étaient revenue à la figure comme un boomerang. Ça l’avait prise au dépourvue parce que pendant une seconde, elle avait pensé ne plus rien éprouver pour Lightning. Mais plus elles passaient du temps ensemble, construisant jour après jour leur nouveau village, découvrant encore et encore la beauté de cette femme, Fang avait été obligé de se faire une raison. Lightning l’acceptait comme elle était. Elle était curieuse aussi, la questionnant énormément sur son peuple et sa vie quand Oerba existait encore. Fang se sentait à l’aise avec elle. Elle avait le sentiment de pouvoir être elle-même, que la barrière entre pulsiens et cocoonians n’existait plus, ce qu’elle avait toujours désiré quand elle était plus jeune. Et avoir la possibilité de partager tout ça avec Lightning l’avait rendu heureuse.

L’ancienne guerrière s’intéressait réellement à elle. Elle prenait en considération sa vie, peu importe l’époque. Pour la première fois, Fang avait découvert que oui, son peuple et celui de Cocoon était capable de s’entendre. Qu’ils n’étaient pas si différents et qu’il pouvait même s’aimer. Malgré l’intérêt constant de Lightning pour son passé, il y avait certain sujet que Fang avait préféré éviter, principalement sur ses parents, mais pendant une fraction de seconde, les rares moments pendant lesquels Fang s’autorisait à penser à eux, elle s’était dit qu’elle aurait adoré pouvoir prouver à son clan qu’une telle entente était possible. Leur montrer qu’il y avait des cocoonians qui en valaient la peine. Mais il avait fallu six siècles, deux guerres et presque la destruction de Gran Pulse pour que chacun en prennent conscience et ait droit cette liberté. Quant aux pulsiens, Fang n’était même pas certaine qu’il y ait encore des survivants sur ses terres. Jusqu’à maintenant, Vanille et elle en avait rencontré aucun, mais aucune d’elles ne perdaient espoir. Après tout, Snow lui avait affirmé que dans les contrées reculées de Gran Pulse, il y avait des petits villages rustique, en tout point identiques à ceux des camps de chasseurs que Vanille et elle leur avait décrit.

Fang avait confié ses doutes et ses espoirs à Lightning et celle-ci l’avait un peu plus conquise quand elle déclara que s’il le fallait, elle était prête à explorer avec elle chaque recoin de ce monde pour retrouver des survivants. Même si cela était risqué, leur rencontre ne pouvait être qu’aussi bénéfique qu’enrichissante.

D’après Lightning, unir leurs deux peuples ne pouvait être qu’une excellente idée et éviterait de reproduire les erreurs du passé. Avec ses paroles, l’aînée des Farron avait réussi à planter un peu plus ses serres dans le cœur de Fang qui s’était sentie irrémédiablement enchaînée à cette femme. Cette cocoonianne qui avait mis des mots sur le désir qu’elle nourrissait et chérissait déjà à l’âge de dix-sept ans.

Elles avaient passé quelques années à se découvrir et Fang avait hésité à tenter sa chance. Même si elle avait cette femme aux cheveux roses dans la peau, elle avait eu du mal à ignorer la crainte d’un possible rejet. Fang se savait attirée par les filles depuis très longtemps. Elle se rappelait encore des jolis mèches d’un blond cendrée pigmentaient de petites fleurs bleues d’une certaine jeune fille, qu’elle voyait voletaient dans les champs d’Oerba à son époque. Adolescente, elle jouait les jolis cœurs, charmant toutes les filles, mais avec Lightning, c’était différent.

Celle-là n’était pas seulement la jolie blonde sur laquelle elle fantasmait dès qu’elle en avait l’occasion, et dont elle avait oublié le nom d’ailleurs. Non, Lightning représentait bien plus que ça. Elle lui était complémentaire, Lightning était une partie d’elle dont Fang avait besoin pour se sentir entière. Malgré leur fort caractère respectif, elles étaient fusionnelles et avaient prouvées plus d’une fois qu’elles n’avaient pas besoin de se parler pour se comprendre. Mais qu’est-ce qui garantissait à Fang que Lightning désirait plus qu’une simple et forte amitié avec elle ?

Alors qu’elle se triturait l’esprit à trouver des réponses à ses questions. A faire un pas pour reculer de dix, à douter et désespérer, c’est finalement Lightning qui s’était dévoilée avant même qu’elle ait eu le temps de faire ou dire quoique ce soit. Un sourire étira ses lèvres alors que Fang observait le soleil nimbait la surface lisse de l’océan s’étendant à perte de vue devant elle.

Ça avait été magique et elle était restée sans voix. Alors qu’elle se tenait là, debout sur cette plage de Gran Pulse, enfin de retour définitivement chez elle et qu’elle était à quelques heures de se marier, Fang se dit une seule chose. Si c’était à refaire… Si elle devait revivre deux cristallisations et une guerre pour avoir ce bonheur avec Lightning, elle était prête à tout recommencer parce que cette cocoonianne en particulier en valait la peine. Même si Fang aurait voulu avoir la chance de pouvoir la présenter à ses parents, elle ne regrettait pas sa nouvelle vie.

- Tu recommences, fit soudainement une voix douce à ses côtés, la tirant de ses pensées.

Fang haussa les sourcils et cligna des yeux, tournant légèrement la tête pour tomber sur Vanille. Sa cadette avait bien grandit depuis toutes ces années. Elle avait vécu plus de choses qu’une jeune fille de son âge ne devrait en vivre, mais toutes ses épreuves avaient l’air de l’avoir rendu plus forte et confiante que jamais. A vingt-trois ans, Vanille semblait être devenue une femme épanouie et Fang était contente d’avoir pu offrir une chance à sa cadette d’avoir une vie normale.

- Je recommence quoi ? demanda-t-elle tranquillement.
- Tu es ailleurs, révéla Vanille.

Fang rit doucement, reportant son attention sur l’océan.

- Je pensais à Lightning.
- Hum, hum…
- Et au fait que j’aurais aimé pouvoir la présenter à la famille, avoua-t-elle. Tu crois qu’ils l’auraient aimée ?
- C’est une habitante de Cocoon, déclara Vanille comme si cela répondait à toutes les questions.
- Oui, souffla Fang. Mais elle, elle est différente.
- Tu crois que ça a vraiment de l’importance ?

Fang se tourna de nouveau vers Vanille. Elle regardait à son tour l’eau devant elle, perdue dans ses pensées. Elles restèrent silencieuses pendant un instant avant que la rouquine se tourne enfin vers elle.

- Tu ne sauras jamais, Fang et ils ne sont plus de ce monde. Toi, oui, et tu aimes cette femme, non ?
- Oh oui, répondit la brune sans réfléchir.
- Alors ne réfléchis pas plus et vie ta vie avec elle sans te préoccuper de ce que la famille aurait dit. Et puis…

Fang haussa un sourcil et pencha la tête sur un côté.

- Et puis ?
- Je ne t’ai jamais vu aussi heureuse avec une fille ! Light t’a complètement retournée la cervelle. Je sais qu’elle en vaut la peine, je la connais bien et tu n’aurais pas pu trouver mieux qu’elle.
- Oh, souffla Fang. Alors… J’ai ton entière bénédiction, c’est ça ?
- Parce que j’ai vraiment besoin de te la donner ? Tu ne m’as jamais écouté de toute façon !

Elles rirent ensemble, se souvenant chacune de leur côté de ses moments d’innocence qui avait rythmé leur enfance trop courte.

- Comment elle s’appelait d’ailleurs la jolie blonde avec les petites fleurs bleues ? Tu te rappelles ?
- Tu veux parler de Lynae ?
- Ah oui… C’est ça, Lynae… Je la trouve tellement fade à côté de Light maintenant.
- Heureusement ! s’esclaffa Vanille. Je te rappelle que tu vas l’épouser dans moins d’une heure !

Un large sourire barra le visage de Fang. Une chaleur pris naissance dans son ventre, allant gonfler sa poitrine d’euphorie.

- Je vais me marier… Avec Light !
- Oh par Etro ! ça y est je l’ai définitivement perdue, gémit faussement Vanille.

Fang secoua la tête, lui administrant une tape légère sur le bras.

- Tu es prête ? demanda la rouquine.
- Oui ! affirma Fang.
- Pas de craintes ? de doutes ? d’envie soudaine de prendre tes jambes à ton cou ?

La brune observa sa cadette, fronçant légèrement les sourcils.

- Non, rien de tout ça.
- Tu aies peut-être bien la première femme que je vois qui va se marier et qui n’a pas peur, même un petit peu.
- Je suis confiante, c’est tout.

Vanille rit doucement, portant une main devant sa bouche.

- C’est tellement toi, Fang. Tu ne doutes jamais de tes choix.

Fang esquissa un sourire mais ne répondit pas. A la place, elle se détourna de Vanille et reporta son regard sur les étincelles de lumière qui brillaient sur la surface de l’océan, un agréable silence les enveloppant.

oOo

Tassée sur elle-même dans son fauteuil, Fang inspira profondément. Ses derniers souvenirs étaient vivaces et douloureux. Vanille se trompait. Elle avait déjà douté, de nombreuses fois, mais elle ne l’avait jamais exprimé ouvertement. Elle avait douté quand elle était une l’cie. Elle avait douté de retrouver un jour Vanille ou d’être capable de la sauver. Elle avait longtemps hésité par rapport à sa relation avec Lightning.

Quelques heures avant la cérémonie, Fang avait aussi doutée, craignant de commettre une erreur, de peut-être ruiner la vie de son amante. Mais tous ses doutes c’étaient envolés quand elle l’avait enfin vu au bout de cette allée, droite et fière dans sa sublime tenue de cérémonie qui rappelait celle de son peuple.

Son cœur avait raté un battement avant de changer de tempo. Il avait cogné durement dans sa poitrine et ça avait été le cas jusqu’à ce que Lightning prononce les dernières paroles de leurs vœux. « A jamais réunie. » C’était ce que devait représentait leur union, mais apparemment, elles n’avaient même le droit à ça. Peut-être avait-elle était un peu trop confiante.

Fang serra les dents à s’en faire mal, contenant difficilement les sanglots qui s’agglutinaient dans sa gorge. Elle souffrait d’avoir perdu sa femme et de ne pouvoir rien faire, mais elle souffrait aussi des promesses qu’elle avait faites et qu’elle ne pouvait tenir. Serah serait tellement en droit de lui en vouloir actuellement. La brève conversation qu’elle avait eue avec la cadette des Farron serait gravée à elle pour toujours. Elle lui avait demandé qu’une seule chose et Fang avait l’impression de pouvoir encore entendre la voix de sa belle-sœur résonner à ses oreilles.

- Prend bien soin de ma sœur, d’accord ?

Fang s’était sentie fière que la cadette Farron lui accorde ce droit. Qu’elle accepte de lui laisser cette place.

- Tu peux avoir confiance en moi !

C’est ce qu’elle lui avait répondu et Serah avait souri. Juste sourit avant de lui dire combien elle avait confiance en elle. Qu’elle était la meilleure chose qui pouvait arriver à Lightning. Fang resserra ses bras autour d’elle, un froid glacial semblant s’insinuer dans chaque fibre de son corps.

- Fang ?

Une main se posa sur l’une de ses épaules et la pulsienne sursauta, sortant brusquement de ses pensées. Serah se tenait devant elle, une mine inquiète plaquée sur son visage pâle et triste. Fang secoua légèrement la tête se redressant dans son fauteuil. La plus jeune se détourna un instant pour aller s’asseoir sur le canapé en face d’elle. Séparées par la table basse, les femmes se regardèrent, partageant la même détresse.

- Excuse-moi, finit par déclarer Fang.
- Pour quoi ? répondis Serah, fronçant les sourcils.
- Tu m’as demandé de prendre soin d’elle et…
- Ce n’est pas ta faute ! Arrête !
- Je ne peux pas m’empê…
- Fang !

La brune fixa ses yeux dans les prunelles de Serah. Une mer d’émotion se déchaînait dans les orbes azurs et Fang se sentait tellement mal d’être témoin de ça.

- Plus j’y pense, reprit Serah. Plus je me dis que ça aurait pu se produire n’importe quand.
- Je ne sais pas, souffla Fang. Je trouve ça étrange.
- Tu n’as pas reçu un quelconque indice ? Un message ?
- Non… Rien. Et toi ?
- Rien non plus. Mais mes dons de voyance sont aléatoires et limités.

Un silence pesant se posa sur elles, leur laissant un goût désagréable dans la bouche. Elles se sentaient de plus en plus impuissance et l’inactivité commençait à peser lourdement sur Fang.

- Mais il faut peut-être un peu de temps à Light pour nous appeler, ajouta Serah.
- Je ne suis pas certaine que nous devions attendre trop longtemps. Et je suis encore moins certaine d’être capable de faire autant preuve de patience.
- La première fois ça a pris trois ans, tu le sais.
- Oh, Bon sang ! Serah ! s’irrita Fang, se levant brutalement de son fauteuil.

Inconsciemment elle se mit à faire les cent pas sur le tapis du salon alors que le soleil commençait à réchauffer la pièce de ses rayons. La journée promettait d’être lumineuse et cela l’agaça un peu plus. Fang voulait qu’il pleuve. Même une tempête lui irait. Elle ne voulait pas d’une journée radieuse qui ne s’accordait pas avec son moral.

- Fang ?
- Je ne pourrais pas attendre trois ans sans rien faire ! Sans savoir où elle se trouve et ce qu’elle subit ! Sans savoir si elle est toujours en vie ou…

Elle s’arrêta, glissant une main nerveuse dans ses cheveux. Elle n’avait pas défait les nombreuses tresses de sa coiffure et elle les sentie sous sa main, envoyant une pointe de douleur dans son cœur.

- Imagine s’il lui arrive malheur et que j’aurai pu faire quelque chose, souffla Fang. Je ne le supporterais pas.
- Je ne préfère pas imaginer.

Fang se tourna vers Serah au son désemparé de sa voix. La jeune femme avait baissé la tête sur ses mains, retenant difficilement de nouvelles larmes. Elle releva la tête et la brune déglutit face à la souffrance lisible sur le visage de sa belle-sœur.

- Mais que pouvons-nous faire d’autre qu’attendre ?
- Si c’est vraiment la faute d’Etro, peut-être que nous pourrions aller au temple et lui demander une explication.

Serah pencha la tête sur un côté, esquissant un sourire en coin triste.

- Parce que tu crois qu’elle nous répondrait ? Soit réaliste, Fang, fit Serah en secouant la tête. Si Etro est vraiment responsable de la disparition de Light, jamais elle ne se manifestera pour nous le confirmer. C’est une déesse ! Elle n’en a rien à faire de ce qu’on ressent. Elle ne se préoccupe que de ses propres désirs.
- Peut-être que si j’y vais pour la provoquer, elle se montrera, déclara Fang, sérieusement.
- Tu voudrais aller provoquer une déesse ?
- Pourquoi pas ?
- Tu as déjà des idées suicidaire, ou quoi ? soupira Serah.

Fang soupira fortement avant de retourner s’asseoir dans son fauteuil, mécontente. Elle voulait seulement agir et son idée n’était pas si mauvaise que ça.

- Je ne pense pas qu’aller provoquer Etro sois raisonnable, ajouta Serah.
- C’est pourtant la déesse qui est supposée être la plus humaine et magnanime de tous, contra Fang.

Serah pinça les lèvres et Fang frissonna face au regard de pitié que la cadette de son amante posa sur elle. Elle était capable de supporter beaucoup de chose, mais pas ça. Elle ne voulait pas déjà être perçue comme la veuve éplorée qui cherchait toutes les solutions possible pour récupérer ce qu’on lui avait arraché, au point d’élaborer des hypothèses surréaliste.

- Je vais me reposer, déclara-t-elle en se relevant.

Elle posa une main qu’elle espérait réconfortante sur l’épaule de Serah puis quitta le salon. Elle gagna rapidement la chambre d’ami et ferma la porte derrière elle. Le soleil qui passait au travers des fenêtres l’agressa presque et le cœur battant elle alla tirer brusquement les rideaux, plongeant la pièce dans la pénombre.

Elle se glissa dans son lit, remontant sa couverture jusqu’à ses épaules. Malgré la chaleur de l’été, Fang avait l’impression que le froid s’était insinué dans son corps, la glaçant de l’intérieur. Elle mit ses mains sous son oreiller et ferma les yeux, se sentant proche de sombrer dans le sommeil, mais avant même que celui-ci l’emporte, elle se surprit à se souvenir d’un passé lointain qu’elle pensait avoir oublié depuis longtemps.

oOo

A samedi prochain.

Chapter Text

Chapitre 4

 

Du haut de son royaume, dans le Valhalla, Etro pouvait tout voir. Toute la trame du temps, peu importe l’époque, n’avait aucun secret pour elle. Prisonnière de ce monde que Bhunivelze avait créé pour elle, Etro l’avait fait sien et avait appris à connaître intimement chacune de ces âmes dont elle suivait le destin.

Elle les observait vivre, grandir, affronter les adversités de la vie, vieillir, puis mourir, avant de la rejoindre au Valhalla où elle les attendait tous avec impatience. Elle leur offrait ensuite une seconde chance, les faisant renaître. Mais son pouvoir devait s’arrêter là. Elle n’avait pas le droit d’interférer dans le monde des vivants. Mais eux avaient été différents.

Etro s’était prise d’affection pour leur groupe, qui avait eu l’audace de se dresser contre leur destin. Qui avait eu le cran de s’élever et de combattre Bhunivelze. La déesse de la mort avait alors outrepassé ses droits et avait décidé d’aller à l’encontre des règles qu’elle se devait, normalement, de suivre à la lettre. Elle les avait aidés, voulant leur offrir la chance d’avoir l’avenir qu’ils méritaient tous.

Cependant, elle avait sous-estimé ce dieu malsain et omnipotent. Ce dieu qui refusait de ne pas avoir tous les pouvoirs et encore moins d’être mis en échec par un simple groupe d’humains. Il avait voulu réaffirmer sa puissance et se venger et elle n’avait pas pensée au fait que ses actions l’affaibliraient autant. Etro les avait tous aidés au détriment de ses forces et sa dominance sur le Valhalla s’en était faite cruellement ressentir.

Elle qui se battait depuis des siècles pour empêcher Bhunivelze d’investir son royaume, avait dû se retrancher pour survivre. Ce dernier avait très rapidement saisit l’opportunité pour la déchoir de son trône, car après tout, elle n’était qu’une déesse défectueuse que Bhunivelze ne pouvait se permettre de garder.

Il lui avait alors fallu un gardien, un champion qui se battrait pour elle, et elle l’avait trouvé. Etro avait observé chacun d’eux, suivant assidument chacune de leurs actions, mais aucun n’avait été plus parfait et prometteur que sa championne.

Au fil du temps, la déesse avait découvert en Lightning une femme forte et loyale qui combattait pour des valeurs qui lui étaient justes. Elle ne se préoccupait pas du destin ni de l’avenir. Elle se fichait de savoir si ses actions transformeraient sa vie en bien ou en mal, elle agissait simplement en fonction de ce qui lui semblait le plus honnête avec ses principes.

Etro l’avait alors choisie. Elle avait fait preuve d’égoïsme, mais elle n’avait pas eu le choix. Toutefois, elle s’était promis une chose. Si Lightning réussissait à l’aider, à la sauver de Bhunivelze et qu’elle avait la possibilité de retourner sur son trône en pleine possession de ses moyens et à l’abri des attaques de son créateur, elle mettrait tout en œuvre pour que sa championne ait enfin la vie qu’elle méritait.

Et à cause de cette petite partie humaine qui résidait en elle, Etro avait naïvement cru avoir réussi à déchoir Bhunivelze et avoir mis son ancienne gardienne à l’abri de tous risques potentiels. Comme elle s’était trompée. Il lui avait fallu du temps, mais il avait fini par retrouver ses forces et du fond du trou où ils l’avaient jeté, Bhunivelze avait eu le temps de préparer sa vengeance. Et elle n’avait rien vu venir.

Debout sur l’immense balcon de sa tour, Etro avait été témoin des projets de son dieu tout puissant. Elle n’avait rien pu faire d’autre que de le regarder s’en prendre à sa championne et elle en avait ressenti un profond sentiment de frustration - et un peu de tristesse aussi. Ses pouvoirs étaient encore limités et même avec la meilleure des volontés, Etro était incapable de se mesurer à Bhunivelze pour l’instant. De là où elle se trouvait, elle avait seulement réussi à influencer la trajectoire de son voyage.

De toutes les portes qui s’étaient ouvertes, celle-ci était celle dont l’histoire semblait la moins dangereuse. Certainement pas la plus facile, mais Etro avait confiance. Si Lightning restait elle-même, elle gagnerait le cœur de ces habitants comme elle avait gagné le sien. C’était la meilleure chance qu’Etro pouvait lui offrir. Ensuite, il allait falloir qu’elle fasse preuve de patience, même si pour une femme comme sa championne, c’était très difficile.

Mais la déesse de la mort avait elle aussi des projets. Elle n’allait pas laisser Bhunivelze faire ce qu’il voulait avec sa guerrière. Lightning était son humaine. Parmi les centaines de milliers d’hommes qu’elle avait appris à connaître, celle-ci l’avait charmée au point qu’elle lui laisse occuper son trône, alors qu’elle était trop faible pour mener les batailles. Si Etro s’était retrouvée aux portes de la Mort, elle n’aurait pas hésité à faire de cette femme sa successeuse. Elle ne laisserait personne lui voler son avenir pour lequel Lightning avait durement combattu.

Sa vision toute puissante se tourna vers l’une des sphères du temps. Celle qui se déroulait présentement. Ses yeux suivaient assidument cette pulsienne. Cette grande brune qui avait lié son âme à celle de sa championne. Etro pouvait voir ce mince fil d’or qui les reliaient peu importe l’époque et le temps qui les séparaient. Leur union était forte et méritait de belles années à venir, pour un peu qu’on leur vienne en aide.

- Si c’est vraiment la faute d’Etro, peut-être que nous pourrions aller au temple et lui demander une explication.

Une conversation fragmentée lui parvint et Etro l’écouta attentivement. D’habitude, elle se contentait des images, n’ayant pas besoin du reste pour être au courant de ce qui se passait. Mais là, tout était différent et son intérêt pour cette famille était si grand qu’elle ressentait la nécessité d’être aux premières loges de tout ce qui se déroulait dans leur vie.

- Tu voudrais aller provoquer une déesse ?
- Pourquoi pas ?
- Tu as déjà des idées suicidaire, ou quoi ?

Cette pulsienne n’avait jamais eu froid aux yeux. Forte, courageuse, intrépide et parfois un peu trop téméraire. Fang avait été sur sa liste après Lightning pour être sa championne. Elle rassemblait la plupart de tous les critères dont Etro avait besoin. Mais elle était beaucoup trop impétueuse. Jamais Fang ne s’était laissée dicter sa conduite ni son destin. Elle avait choisi chacun de ses actes en fonction de ses propres désirs et la déesse de la mort avait trouvé cela séduisant, mais la pulsienne était imprévisible.

Fang avait préféré se sacrifier et se recristalliser au lieu de laisser l’histoire s’écrire normalement. Finalement, Etro s’était laissé séduire par Lightning. Toute aussi fougueuse, mais plus calme et réfléchie.

- Je ne pense pas qu’aller provoquer Etro sois raisonnable.
- C’est pourtant la déesse qui est supposée être la plus humaine et magnanime de tous.

Humaine et magnanime. Oui, elle était le maillon faible. La tare qu’il fallait cacher et brider pour éviter qu’elle ne commette des impairs. Mais elle était fière de ce qu’elle représentait. Elle était étroitement liée aux humains et elle s’épanouissait dans ce monde. Lightning lui avait donné une chance de perdurer dans le Valhalla, alors elle lui donnerait à son tour une chance de survivre.

Etro pouvait voir dans le regard de la pulsienne combien elle était prête à tout pour récupérer sa moitié. La déesse avait entre les mains une alliée de choix. Elle se détourna des sphères de vision et pénétra la salle de son trône. Ses yeux fixèrent la haute et large carrure de ce géant mécanique qui était agenouillé au milieu de la pièce.

Etro s’avança lentement vers son siège de déesse, poussant un soupir. Elle se sentait toujours fatiguée et lasse que ses forces ne lui reviennent pas plus rapidement. Elle s’assit avec dignité et grâce, son regard se fermant un instant avant qu’elle ne le rouvre, déterminée à entrer en action.

- Tu vas devoir rester encore un peu à mon service. Elle a de nouveau besoin de toi.

Le géant mécanique se releva, redressant et déployant sa haute stature. Une main fermement refermée autour de son épée à double lame, dont l’une d’elle était plantée dans le sol en damier.

- Es-tu prêt à l’aider encore une fois ?

Le géant ne répondit pas, mais Etro n’avait pas besoin qu’il s’exprime verbalement. Elle était liée à lui comme à ses congénères et elle comprenait chacun de ses désirs.

- Bien sûr que tu es prêt à l’aider une fois de plus. Tu serais prêt à l’aider pour l’éternité s’il le fallait.

Il exhala un fort soupir qui aurait pu faire trembler les murs du palais d’Etro si cette dernière n’avait pas retrouvé assez de force pour maintenir son monde en état. Si son esprit ne faiblissait rien qu’un peu, il suffirait d’un souffle pour détruire cet univers.

- Tu ne pourras pas agir physiquement. Si tu le fais, les conséquences pourraient être désastreuses, j’espère que tu en est conscient.

Etro ne le quittait pas des yeux, analysant chaque réaction. Le lien qui unissait l’un de ses plus fidèles serviteurs à sa championne avait dépassé ses attentes. Il émit un grognement et baissa légèrement la tête.

- Oui, je sais que tu en est conscient. Et je sais aussi que tu feras tout ce qui est en ton pouvoir pour la soutenir.

La déesse de la mort se releva de son siège et s’avança jusqu’à lui. Dans sa forme originelle, elle était plus grande et plus imposante que lui, mais Etro avait eu le désir de se rapprocher un peu plus de ces humains qu’elle observait depuis des siècles. Elle s’était créé une enveloppe humaine, se donnant une apparence ordinaire, mais ses yeux d’un blanc laiteux qui pouvaient tout voir ne laissait pas de place au doute.

- J’ai toute confiance en toi, Odin. Je sais que si je ne t’en donne pas la permission, tu braveras tous les interdits pour aller la sauver quand même, si tu la sens en danger.

Elle le contourna et il la suivit du regard. Ses yeux d’un vert mécanique semblaient dépourvus d’émotion, pourtant, au fond d’elle, Etro sentait l’attachement de cette créature pour la simple humaine qu’était Lightning. Elle s’arrêta et se tourna vers lui. Fort, puissant et infaillible.

- Utilise tous les moyens dont tu disposes, et fais comme bon te semble.

Odin posa un genou à terre en signe d’accord et de remerciement.

- De mon côté, je vais faire en sorte de mettre cette fougueuse pulsienne au courant de ce qu’il se passe.

Etro retourna s’asseoir sur son trône, avant de poser ses yeux sur le géant mécanique.

- Avant de partir, j’aimerai que tu mettes en place une puissante protection pour protéger le Valhalla. Que tous les eidolons se tiennent prêt si jamais Bhunivelze nous attaque.

Odin hocha lentement la tête et se redressa.

- Que Bahamut reste vigilant si jamais la pulsienne a besoin de lui.

Si Etro était capable d’exprimer ses émotions, elle aurait certainement sourit. Il n’y avait aucun doute et aucune peur dans le cœur d’Odin. Il était confiant, comme toujours.

- Tu peux disposer, Odin. Nous avons beaucoup de travail chacun de notre côté, autant ne pas perdre plus de temps.

Le géant quitta la salle du trône tandis que la déesse tournait son regard vers une sphère de vision. L’une des nombreuses boules temporelles qui gardait en mémoire le passé. Un souvenir d’une histoire qui avait eu lieu six cent ans auparavant. Un passé trop lointain et trop vieux, qui pouvait être fatal pour une femme comme Lightning. Une femme qui venait de Cocoon, et qui représentait le mal pour les habitants de Gran Pulse.

Etro pouvait voir à quel point le temps leur était précieux. Elle n’était pas certaine que Lightning réussisse à tenir face à ce peuple hostile, alors qu’elle était déjà si mal en point. Elle regarda la silhouette inerte de sa championne, lui insufflant du haut de sa tour un peu de force et d’espoir. De là où elle était, Etro n’avait la possibilité que de toucher son inconscient, alors elle façonna un rêve pour Lightning. Un endroit au fond de son esprit qui lui donnerait le courage de résister et auquel elle relia celui de Fang.

Une fois qu’elle eut terminé, elle s’en alla à son tour. Elle devait descendre dans les profondeurs de Valhalla, là où se cachait la seule personne qui pourrait l’aider à interagir avec le monde des vivants. La seule personne qui avait peut-être encore assez de pouvoir pour ouvrir une brèche dans la trame du temps sans que cela ne détruise le cours de l’histoire.

oOo

Quand elle reprit connaissance, Lightning poussa un lourd gémissement. Elle prit tout de suite, conscience de l’affreuse douleur qui faisait pulser son crâne. Sa tête tournait et pendant un instant, elle se demanda où elle se trouvait.

Elle ouvrit difficilement les yeux avant de les refermer aussitôt, une violente nausée l’assaillant. Son corps était engourdi et lourd. Bouger un seul doigt s’avéra plus difficile que jamais. Ses oreilles bourdonnaient et la douleur à sa tête ne voulait pas s’arrêter. Elle essaya de remuer, mais s’arrêta instantanément en ayant l’impression que son crâne se fendait en deux.

Elle ne bougea plus d’un millimètre, jusqu’à ce qu’elle puisse supporter la douleur, puis elle rouvrit lentement les yeux. Elle se trouvait dans une petite pièce. Une cage ? D’énormes barreaux en fer forgés faisaient office de porte et le sol était dur, poussiéreux. De la terre ? Elle toussa, ravivant toutes les douleurs de son corps et poussa un gémissement.

Lightning passa sa langue sur ses lèvres, se rendant compte du gout horrible de sang et de terre qu’elle avait dans la bouche. Elle se rappelait maintenant ce qui s’était passé. Elle dansait avec Serah, Vanille, Hope et Fang, célébrant son union avec cette dernière quand elle avait été brutalement arrachée à son monde et propulsée dans un autre.

Elle s’était réveillée au milieu d’une prairie, éblouie par un soleil et une chaleur écrasante auxquels elle avait eu du mal à s’habituer, se retrouvant face à deux yeux émeraudes qu’elle était certaine de connaître intimement. Mais ces deux prunelles ne brillaient pas de tendresse et de malice au milieu d’un visage charmeur qu’elle avait appris à adorer. Non, lorsque leurs regards s’étaient rencontrés, Lightning avait découvert ces orbes verts remplis de crainte et de surprise, mettant en valeur le visage d’une Fang plus jeune.

Elle avait déjà terriblement mal à la tête à ce moment-là et, affaiblie par son brusque voyage temporel et choquée de l’époque dans laquelle elle venait d’atterrir, Lightning était restée amorphe. Puis tout s’était rapidement enchaîné, sans lui laisser la chance de pouvoir s’expliquer. Mais est-ce que ça avait vraiment de l’importance ?

De toute évidence, ces gens se fichaient bien de ce qu’elle avait à dire puisque ce barbare avait pris son crâne pour une pastèque. Lightning leva lentement une main, allant palper délicatement le côté de sa tête. Elle avait dû être sommairement soignée, car le saignement avait l’air de s’être arrêté. Ses cheveux étaient collés et la douleur s’intensifia alors qu’elle effleurait la plaie du bout des doigts.

Elle pensait avoir une fracture ouverte, mais si c’était le cas, ne serait-elle pas morte sur le coup ? Finalement, elle remercia le ciel d’avoir toujours eu la tête dure. Ce bourrin aurait pu la tuer sur le coup. Si elle retombait sur lui une fois en pleine possession de ses moyens, elle lui ferait ravaler ses dents.

Elle reposa sa main sur son ventre. S’énerver n’était absolument pas une bonne idée. Lightning serra les dents, mais elle se mit soudainement à saliver plus que la normale. Elle eut juste le temps de se tourner légèrement sur le côté avant de régurgiter le peu qu’elle avait dans l’estomac.

Elle n’avait aucune idée du temps qu’elle avait passé inconsciente, cependant, au vue de la brûlure qui lui déchira l’œsophage et de l’acidité qui se répandit dans son ventre, ça devait déjà faire au moins quelques jours. Elle toussa violemment, les spasmes de son estomac ne voulant pas se calmer et crachant de la bile. Elle grimaça de dégout et de douleur, son agitation faisant augmenter les lances de douleur qui lui vrillaient le crâne.

Ses forces l’avaient abandonnée et elle s’écroula face contre terre. Dans cette situation, elle était foutue. Ses mains tremblaient et seraient incapable de tenir le manche d’une épée, même si elle le voulait. Quant à se mettre debout, Lightning y renonça alors que seulement y penser aggravait son état. Elle s’évanouirait avant même de se retrouver sur ses pieds.

Fang. Lightning ferma les yeux et porta faiblement une main à son cou. Elle se rappela aussitôt que l’armoire à glace qui servait de chef à ce village lui avait arraché son pendentif. Tout d’un coup, elle ressentit exactement le même sentiment qu’au moment où cet homme le lui avait pris. Démunie et vulnérable. L’ancienne guerrière rouvrit doucement les yeux et les posa sur le dos de sa main gauche.

Avec un léger soupir de soulagement, elle fut rassurée de voir que son alliance, elle, était toujours bien là, à son doigt. Ce simple bijou qui continuait de la relier à Fang. Que fais-tu Fang ? pensa-t-elle. Par Etro, son amante devait être à deux doigts de mettre leur monde à feu et à sang pour la retrouver. A moins que leurs amis aient réussi à la raisonner. Vanille et Serah avaient toujours les mots qu’il fallait pour refroidir les ardeurs de la pulsienne, si jamais elle-même n’était pas là.

Et sa petite sœur. Le cœur de Lightning se serra brutalement dans sa poitrine et la douleur à sa tête lui fit voir des étoiles. Elle ferma les yeux, pinçant les lèvres pour contenir une nouvelle vague de souffrance et de nausées. Serah devait être folle d’inquiétude. Lightning serra son poing, rageant devant l’injustice qui venait de lui tomber dessus. Si elle pouvait, elle se relèverait et se battrait. A la place, elle papillonna faiblement des yeux quand la grille de sa prison grinça sur ses gongs en s’ouvrant, laissant filtrer un mince filet de lumière.

Lightning tourna doucement la tête, étouffant un gémissement de douleur. Trois hommes se tenaient devant elle de toute leur hauteur et menaçants par rapport à sa position de faiblesse. En d’autres circonstances, elle n’aurait pas écouté la peur qui vint ronger ses entrailles, mais son état faisait hurler en elle tous ses instincts de survie. Peu importe ce qu’ils voulaient lui faire, elle ne pourrait pas se défendre et elle trouvait ça enrageant et déloyal.

Elle était une ancienne guerrière, elle ne pouvait pas se permettre de leur faciliter la tâche. Dans un idiot souci de fierté et de combativité, Lightning essaya de se redresser pour s’écarter d’eux et les avoir tous les trois dans son champ de vision. Sauf que trente-six chandelles dansèrent devant ses yeux alors qu’elle venait seulement de s’appuyer sur ses coudes.

L’un d’eux ne lui laissa même pas le temps de pousser un peu plus ses forces et lui administra un violent coup de pied dans les côtes. Son souffle quitta ses poumons et elle s’écroula au sol, le nez dans la terre. Elle toussa, chercha à reprendre une respiration normale et se recroquevilla difficilement sur elle-même. Dans la pénombre de sa prison, elle vit celui qui l’avait frappé prendre son élan pour recommencer, avant d’être interrompu par l’un de ses camarades.

- Ça suffit Ranulf ! Fergus veut lui poser des questions, et elle doit être assez consciente pour pouvoir y répondre.
- Gervald a raison ! Arrête de la cogner et mets- lui plutôt les chaînes.
- C’est tout ce que cette cocoonianne mérite ! grogna le dénommé Ranulf.
- Tu lui a déjà explosé le crâne avec ton gourdin et ça fait quatre jours qu’Hagen travaille d’arrache-pied pour éviter qu’elle nous claque entre les doigts ! C’est bien suffisant ! râla le troisième homme.

Alors c’était ce Ranulf qui avait pris son crâne pour un melon. Ce mec avait la main leste et lourde. Quand il cognait, il ne faisait pas semblant.

- Surveillez-là ! grogna Ranulf. Je vais chercher les chaînes !
- Je ne pense pas qu’elle puisse aller bien loin, marmonna la voix de celui qui devait être Gervald.
- Tu n’en sais rien ! s’exclama Ranulf de loin.

Le cliquetis d’une chaîne résonna fortement dans sa prison et Lightning sentit un frisson lui parcourir l’échine. C’était la première fois qu’elle se retrouvait aussi vulnérable. Elle avait toujours été une combattante hors-pair. A l’armée, elle était sortie première de sa promotion et sans se vanter, elle se savait douée. Mais là, elle s’était faite avoir comme une débutante et elle allait se retrouver enchaînée comme un vulgaire animal. Peut-être même qu’ils allaient la torturer pour obtenir des informations qu’elle n’avait même pas. Et qu’est-ce qu’elle était supposée répondre ? Qu’elle était une voyageuse temporelle ? Qu’elle venait d’un autre monde ? Que chez elle, Cocoon n’existait plus ?

L’homme la tira de ses réflexions en s’avança vers elle. Instinctivement, Lightning chercha à s’éloigner de son contact. Elle avait rencontré ce Ranulf deux fois, et à chaque fois, il l’avait brutalement frappée. Autant dire qu’elle avait eu son compte de coups. Cependant, elle était aussi vive qu’une limace. Sa tête tournait et bouger lui soulevait toujours l’estomac.

Le barbare au gourdin s’empara de ses poignets et tira violemment dessus, l’étalant un peu plus sur le sol. Elle toussa encore alors qu’un petit nuage de terre s’infiltra dans sa bouche et son nez, tandis que l’homme emprisonnait ses mains dans des chaînes sans qu’elle ne puisse opposer aucune résistance.

- Ces cocoonians sont tellement sournois, reprit Ranulf en se relevant, que je suis certain que celle-ci pourrait te tuer si elle le voulait vraiment.
- Sans blague, Ranulf ? Tu as vu son état ! ironisa Gervald.
- Ouais, ajouta l’inconnu. Je me demande même si Fergus réussira en tirer quelque chose.
- Je suis bien d’accord, Bern.
- Méfiez-vous, je vous dis ! pesta Ranulf.
- Arrête un peu ! râla le prénommé Bern. Si elle avait vraiment voulu nous tuer, tu ne crois pas qu’elle aurait déjà essayé ?
- Ils attendent toujours le moment où on s’y attend le moins.

Un soupir collectif lui parvint et elle distingua du mouvement. L’un des deux hommes la surprit en s’emparant d’un de ses bras pour la redresser d’une pression. Lightning eut la désagréable impression de n’être qu’une poupée de chiffon entre les mains d’un marionnettiste. Elle avait horreur de ça, mais sa tête tourna si vite qu’elle ne s’en préoccupa pas plus.

Ses jambes tremblèrent et se dérobèrent sous elle. Par chance, la poigne ferme sur son bras la maintint debout. Elle grogna de douleur. Sa vision était floue et elle savait qu’elle allait inévitablement vomir et s’évanouir. Sa respiration s’accéléra et elle inspira et expira plusieurs fois de suite dans l’espoir de se maitriser.

Lightning se laissa manœuvrer par ses bourreaux. Une seconde main avait rejoint la première autour de son autre bras, la conduisant à l’extérieur de sa prison. Elle était incapable de prêter attention à son environnement. Les couleurs étaient floues et les odeurs désagréables. Elle peinait à mettre un pied devant l’autre et sans l’aide de ses geôliers, elle se serait effondrée. D’ailleurs, quand ils arrivèrent enfin à l’extérieur, le soleil et la chaleur eurent sur elle l’effet d’un coup de massue.

Ses genoux ployèrent et les mains sur ses bras se resserrèrent, exerçant une pression vers le haut pour lui éviter de tomber. Lightning eut vaguement l’impression d’entendre l’une de ses épaules craquer alors que la voix d’un des hommes résonna dans son oreille.

- Eh, reste avec moi ma jolie ! Ce n’est pas le moment de t’évanouir, notre chef a beaucoup de questions à te poser !

Lightning grogna de nouveau, ou poussa un gémissement, elle n’en savait rien. Elle voulait seulement qu’ils arrêtent de la trimballer et dormir. Des heures ? Des jours ? Peu importe tant que cette douleur dans son crâne s’arrêtait enfin. Elle ne pouvait pas répondre à des questions. Elle n’en avait pas la force et surtout, elle n’avait, malheureusement pour elle, aucune réponse à fournir.

- C’est vrai que cette femme à l’air particulièrement dangereuse, ironisa celui qui se trouvait sur sa droite. Gervald, il lui semblait.
- Arrête ! Tu ne vas pas nier que les cocoonians sont des monstres.
- Oui. Mais peut-être qu’elle, elle ne désire pas vraiment nous tuer.

Le cœur de Lightning manqua un battement. La jeune Fang avait essayé de prendre sa défense à son arrivée et cet homme avait aussi des doutes sur le danger qu’elle représentait. En même temps, sans rien, on pouvait vraiment la trouver dangereuse actuellement ? Faudrait être stupide, non ? En revanche, une fois remise sur pied, elle ne garantissait pas qu’elle se montrerait aussi docile, mais elle pourrait avoir des alliés de son côté, pour un peu que certains accepte de l’écouter.

- Ne réfléchis pas à ça, Gervald. C’est une cocoonianne et nous des pulsiens, nous sommes en guerre et Fergus veut des réponses. Ça s’arrête là ! Au pire, laisse Hagen gérer ça.
- Mais jusqu’où la force de persuasion d’Hagen ira ? demanda Gervald.
- C’est l’oracle d’Oerba. Fergus écoute toujours ce qu’elle a à dire, même si ça ne lui plait pas.

Lightning serra fortement les dents, maitrisant la douleur qui pulsait dans sa tête. Il fallait qu’elle reprenne un peu le contrôle de son corps, c’était vital pour sa survie. Cette Hagen était peut-être sa porte de sortie. Elle ne savait pas ce qu’elle allait bien pouvoir dire à ces gens. Ses idées se mélangeaient et Lightning ne se voyait vraiment pas leur révéler la vérité. C’était certain qu’il la lyncherait sur place pour ses mensonges.

De grande porte en bois se dessinèrent devant elle et Lightning plissa des yeux, interrompant le fil de ses pensées. Deux gardes protégeaient l’entrée et, sans l’aide des deux hommes qui la soutenait, elle aurait raté au moins deux marches de l’escalier en pierre qui conduisait à un immense bâtiment. Elle fût traînée sans délicatesse à l’intérieure de la bâtisse, remarquant vaguement les regards fixés des gardes sur elle.

Dans ce petit village, elle devait être la nouvelle attraction. Le monstre de foire de service. Et généralement, ces personnages n’avaient jamais le meilleur des rôles. Les deux hommes qui l’avaient traînée jusqu’ici la lâchèrent au milieu de ce qui ressemblait à une vaste salle au sol et aux murs en pierres sombre.

Elle était épuisée par sa courte marche. Son souffle était court et un étau comprimait douloureusement sa tête et sa poitrine. Lightning s’écroula à genou, à peine consciente que l’un d’eux attachait les chaînes qui la retenaient prisonnière à un gros anneau en fer planté dans le sol.

Ses fers mordirent sa chair, mais la douleur était tellement minime qu’elle ne surpassa pas l’humiliation qui rongeait son orgueil d’être attachée au bout d’une chaîne comme un vulgaire chien. Lightning sentit la colère lui grignoter les entrailles et elle plissa les yeux, retrouvant assez de lucidité pour détailler ce qui l’entourait. Elle serra les dents, ignorant du mieux qu’elle pouvait la douleur qui vrillait son crâne pour se concentrer sur son environnement.

De larges fenêtres dans les murs en hauteur laissaient difficilement passer la lumière de l’extérieur. Des torches murales aux flammes vacillantes augmentaient légèrement la luminosité de cette étrange salle, qui devait probablement être la pièce des réunions pour le maintien du village.

Six personnes se tenaient devant elle. Deux femmes et quatre hommes, dont l’un assis sur son large fauteuil de chef. Malgré sa vision floue, elle reconnut ce dirigeant aussi grand que massif. Il s’appelait Fergus et si elle avait bien compris, c’était le père de Fang. En dehors de lui, Lightning distingua le dénommé Ranulf, en dernier à droite, ce barbare qui lui avait fracassé le crâne avec son gourdin, puis la plus âgée des deux femmes, qui, si elle ne se trompait pas, était Hagen. Celle qui pourrait être de son côté.

Mais de là où elle était et dans la position dans laquelle elle se trouvait, ils apparaissaient tous aussi hostiles les uns que les autres. Lightning se redressa difficilement sur ses genoux, grimaçant sous la douleur de son corps ainsi que sous la morsure des chaînes autour de ses poignets. Des sentinelles se tenaient en rang dans la pénombre sur sa gauche. Elle ne savait pas combien ils étaient, mais certainement trop pour le peu de force qu’elle avait. Qu’est-ce qu’elle pourrait bien faire, attachée comme elle l’était ?

Elle pensa à chez elle. A sa famille. A Fang. Son monde lui manqua tout d’un coup cruellement. Elle en avait vécu des choses. Elle avait été prisonnière du Valhalla pendant très longtemps, mais pour la première fois de sa vie, elle doutait de ses capacités à survivre dans un milieu aussi inhospitalier.

Le chef du village se leva enfin de son siège et s’approcha lentement d’elle. Lightning le trouva plus menaçant et dangereux n’importe quelle créature sanguinaire qu’elle avait eu à affronter sur Gran Pulse. Et certainement qu’il était plus redoutable que tous ces monstres. Il était un pulsien, un chef de village fort et intelligent qui se battait pour protéger son peuple. Elle n’était pas en face d’un animal ou d’un robot mécanique qui se bat seulement parce que c’est dans sa nature, ou parce qu’il a était programmé ainsi. Non, elle avait devant elle quelqu’un qui lui ressemblait. Quelqu’un qui combattait pour un but important, qui lui tenait à cœur.

Peu importe ce qu’elle dirait, Lightning n’était pas certaine que cela aurait beaucoup de poids dans la balance. Ici, les pulsiens étaient en guerre contre Cocoon et elle était une proie de choix dans leurs filets. Son rythme cardiaque s’accéléra alors que Fergus s’arrêtait à quelques pas d’elle. Les cinq autres avaient lentement suivi, restant légèrement en retrait derrière lui.

- Nous avons beaucoup de questions à te poser, étrangère, déclara le chef en carrant sa haute stature.

Lightning leva des yeux fatigués sur lui. Elle déglutit mais ne répondit rien. Elle regarda alternativement chacun d’eux avant de revenir sur Fergus.

- Mais avant ça… reprit-il. Hagen nous a répété que nous n’étions pas des animaux, alors voudrais-tu nous dire quelque chose ?

Lightning ne le lâcha pas des yeux, notant le ton sarcastique dans la voix grave de ce chef imposant. Il se fichait royalement de ce qu’elle pouvait avoir à dire. Il voulait uniquement poser ses questions et qu’elle y réponde. Peut-être que certains avaient même l’espoir de pouvoir lui coller quelques coups au passage.

Fergus s’accroupit à sa hauteur et elle réprima son envie de reculer. Il était hors de question qu’elle montre à ces personnes qu’elle avait peur. Ils sauraient qu’ils avaient de l’emprise sur elle, et dans cette situation, cela serait loin d’être avantageux pour elle. Son regard se bloqua dans celui du chef. Instinctivement, Lightning chercha une quelconque ressemblance physique entre cet homme et Fang. Mais elle ne trouva absolument rien qui la rapprocha de son amante. En dehors de la couleur de la peau et des cheveux, il n’y avait aucun trait qui lui rappellerait ne serait-ce qu’un peu la femme qu’elle aimait.

- Alors ? questionna-t-il. Rien à nous dire ?

Lightning garda la bouche fermée, déglutissant une fois de plus. Elle avait du mal à garder les idées claires et mettait déjà toutes ses forces à rester concentrée. Fergus s’empara fermement de son menton, tirant son visage dans sa direction. Des éclairs dansaient dans ses prunelles vertes et elle eut l’impression de se retrouver en face d’un fauve.

- J’étais pourtant persuadé que Ranulf t’avais frappé sur le crâne, mais pas qu’il t’avait arraché la langue ! pesta-t-il.
- Peut-être que je devrais recommencer, suggéra ce dernier.
- Je vous interdis, toi et ton gourdin, de vous approcher de nouveau de cette femme ! réprimanda vertement Hagen.
- Ne recommencez pas à vous disputer ! intervint la deuxième femme du groupe.

L’attention de Lightning se posa un instant sur elle. Elle était plus jeune mais portait toutes les marques du travail en extérieur. Sa peau était brunie et abîmée par le soleil, son corps, bien que droit et solide, semblait déjà fatigué. Ses longues boucles caramel brillaient à la lumière des torches. Son visage était plus doux et avenant que les autres, mais Lightning ne s’y laissa pas prendre. C’était souvent ceux qui paraissaient inoffensifs au premier abord, qui pouvaient être les plus dangereux.

- Swann à raison, s’exclama Fergus en la lâchant. Vous vous êtes assez pris le bec pendant ces quatre derniers jours.

Il se redressa et recula d’un pas. Lightning le suivit des yeux. L’épuisement pesait lourdement sur ses épaules et elle sentit son corps commencer à trembler.

- Bien, soupira Fergus. Puisque tu n’as rien à dire, nous allons commencer.

Il se concerta d’un regard avec ses camarades, qui acquiescèrent. Lightning remua doucement, essayant de trouver une position plus confortable, mais elle renonça rapidement. Elle aurait aimé pouvoir fuir et se cacher. Panser ses blessures et trouver une solution pour rentrer chez elle. Elle ne voulait pas se confronter à ces gens, envers qui elle n’éprouvait aucune rancune. Elle ne voulait pas non plus avoir à leur mentir.

- Dis-nous pourquoi tu es là, étrangère ? demanda enfin l’un des hommes, qui était resté silencieux jusqu’à présent.
- Ça me semble effectivement être une bonne question, ajouta la dénommée Swann.

Lightning pinça les lèvres et secoua légèrement la tête. Elle réprima un gémissement de douleur.

- Je te conseille de répondre, menaça Ranulf.

Mais elle n’avait rien à répondre. Elle serra les dents et baissa la tête. Elle n’arrivait pas à réfléchir. Qu’est-ce qu’il y avait de mieux à faire ? Si elle disait la vérité et qu’ils ne la croyaient pas, elle était certaine qu’ils la roueraient de coups pour la faire plier. Et si, dans le meilleur des cas, ils la croyaient, qu’est-ce qui lui garantissait que ça ne changerait pas l’histoire qu’elle avait connu ? Etait-elle vraiment dans le passé ? Ou se trouvait-elle dans une réalité alternative ?

Lightning détourna la tête, n’arrivant pas à se décider sur le choix qu’elle avait à faire. Elle voulait survivre et laisser une chance à Fang de la retrouver, comme elle lui avait promis, mais sa route était semée de doutes.

- Tu nous a déjà prouvé que tu avais une langue et que tu savais t’en servir, reprit Fergus. Alors, dis-nous ce que tu fais sur nos Terres, étrangère !
- Je… souffla-t-elle. Je peux pas.

Elle se sentait de plus en plus mal et elle déglutit, sentant la nausée revenir au galop.

- C’est une espionne à la solde de Cocoon ! éructa Ranulf.

Le cri se répercuta avec douleur dans son crâne et elle courba l’échine, portant une main à son front.

- Non, gémit-elle. Non ! Je suis pas une menace.
- Mensonge ! Dis-nous ce que tu es venue faire ici ?
- Je sais pas, continua-t-elle de gémir.

Elle se redressa un peu, posant ses mains à plat sur le sol pour se soutenir. Fergus porta une main dans l’intérieur de sa veste avant de tendre devant lui un cordon au bout duquel se balança un éclat azur qui attira instantanément son regard.

- Alors peut-être que ceci te fera retrouver la mémoire, déclara-t-il.

Le pendentif que Fang lui avait offert oscillait dans la grosse main du chef du village, son regard férocement posé sur elle. Lightning tendit difficilement une main vers lui dans l’espoir de le récupérer, mais Fergus le ramena aussitôt dans le creux de sa paume, refermant son poing autour.

- Répond à nos questions, et je te le rends, dit-il.
- Mais, j’ai rien à dire, souffla-t-elle en réponse, réprimant un sanglot. J’ai rien à dire.

Sa tête tournait affreusement et elle ferma les yeux se laissant glisser au sol. Elle avait désagréablement chaud.

- Ça suffit ! s’exclama une voix autoritaire mais chaude. Elle n’est pas en état de subir un interrogatoire, c’était trop tôt !
- Alors nous attendrons encore un jour ou deux ! répondit la voix reconnaissable de Fergus.
- Elle a besoin de beaucoup plus de soins qu’un simple élixir une fois par jour !
- Elle n’a rien besoin de plus que la cage dans laquelle nous l’avons enfermée ! grogna Ranulf.
- Et je te répète qu’a cette allure, elle ne tiendra pas jusqu’à la semaine prochaine !

Une main se posa sur son front. Elle était agréablement fraiche sur sa peau moite et brûlante. Lightning rechercha instinctivement son contact. A l’époque où elle vivait sur Cocoon, elle était rarement tombée malade, mais elle se souvenait de la fois où elle avait attrapé une sévère grippe. Elle avait ignoré les symptômes jusqu’au moment où elle s’était écroulée, terrassée par la fièvre. Elle était restée clouée au lit pendant presque deux semaines.

Suite à ça, Lightning n’avait pas vraiment de souvenir, à part celui d’avoir été bercée entre le conscient et l’inconscient sans pouvoir bouger. Elle avait eu le sentiment d’être prisonnière de son propre corps, faible et à la merci de tout danger potentiel, mais elle se rappellerait toujours de ce contact frais et rassurant qui se posait régulièrement sur son front ou sa joue. Une caresse douce et réconfortante qui réussissait à l’apaiser à chaque fois que l’angoisse lui nouait le ventre et qui l’empêchait de rester tranquille.

Elle leva faiblement une main et s’empara de celle posée sur sa joue. Instinctivement, Lightning tourna son visage vers elle, acceptant le contact.

- Serah.

Pendant une fraction de seconde, elle crut apercevoir les jolies boucles roses de sa petite sœur. Mais tout s’embrouilla autour d’elle et le noir l’engloutit alors que ses dernières pensées perdaient toute cohérence.

oOo

Hagen était réputée pour son calme et sa patience, mais il y avait des jours ou ce lourdaud de Ranulf mettait ses nerfs à rude épreuve, et il en fallait pourtant beaucoup. Cet idiot avait été incapable de se retenir de fracasser le crâne de cette pauvre femme.

D’accord, les cocoonians étaient dangereux. D’accord, les femmes pouvaient s’avérer être encore plus fourbes que les hommes. Mais de là à fracturer la boite crânienne d’une personne sans défense ? Parfois, cet homme lui donnait l’impression de n’être qu’un barbare sans cervelle. Peut-être que le fait d’avoir perdu sa famille pouvait excuser son comportement, mais il ne fallait pas exagérer non plus. Il n’était pourtant pas complètement dénué d’intelligence.

Hagen s’accroupit aux côtés de cette étrangère aux cheveux roses. Elle détailla son corps des yeux. Cette femme était blessée et malade. En quatre jours, elle avait noté un début d’amaigrissement. Hagen n’avait pu lui rendre visite qu’une fois par jour et à chaque fois dans un délai très court. Pendant ce laps de temps, elle ne pouvait que la forcer à boire une concoction pour essayer d’endiguer une infection et un peu d’eau. Mais la plaie, même si elle avait arrêté de saigner grâce à un baume, n’était toujours pas recousue et pouvait s’aggraver à tout instant. La violente fièvre qui saisissait maintenant le corps de cette femme en était la preuve, et c’était loin d’être bon signe.

Elle palpa doucement le côté du crâne avant de retirer sa main. Du sang maculait le bout de ses doigts. Elle soupira, posant la paume de sa main contre le front moite et la joue brûlante.

- Serah, marmonna la blessée.

Hagen fronça les sourcils et détailla le visage rougi de cette jeune cocoonienne.

- Qui est cette Serah ? grogna Ranulf.
- Comme si j’en avais la moindre idée, râla Hagen.
- Ce n’est pas toi, l’Oracle d’ Oerba ?
- Oh, par Etro ! Ça suffit vous deux !
- Tipur à raison ! Vous n’avez pas bientôt fini ? ajouta Fergus.

Ranulf maugréa dans sa barbe tandis qu’Hagen claquait sa langue contre son palais. Elle devait avouer que leurs réactions à tous les deux étaient plutôt immatures dernièrement, mais c’était plus fort qu’elle. Hagen était, avec Vanille, la dernière descendante du clan Dia et sa famille vouaient leur existence à sauver des vies. Elle apprenait d’ailleurs à Vanille à perpétuer la tradition de leur clan. C’était contre leur nature de regarder et laisser dépérir et mourir une vie humaine, surtout s’ils avaient la possibilité de l’aider.

C’était aussi contre leur nature de violenter une personne sans défense. Si cette femme les avait menacé d’une arme ou avait même cherché à les attaquer, Hagen aurait certainement réagit différemment. Mais en regardant cette cocoonianne, la guérisseuse n’avait vu qu’un animal perdu et désorienté. Il était certain que cette étrangère avait des choses à leur révéler, mais Hagen la croyait quand elle répétait qu’elle n’était pas une menace. Mais bien sûr, il était impossible de faire entendre raison à Ranulf.

En général, Hagen comprenait parfaitement cet homme. Elle savait combien il avait souffert de la perte de sa femme et de sa petite fille, et que leur mort avait été aussi inhumaine qu’injuste. Cependant, cette fois, elle n’acceptait pas sa barbarie. Elle avait le sentiment que cette femme n’était pas ce qu’elle semblait être.

- Je dois l’emmener avec moi, déclara-t-elle, préférant ignorer les réprimandes à son encontre.
- Il en est hors de question !
- Ce n’est pas à toi que je demande quoique ce soit, Ranulf ! grogna-t-elle.
- Hagen, ce n’est peut-être pas une bonne idée, argumenta Swann.

La guérisseuse se tourna légèrement vers celle qui représentait le clan Lier. Elle était la seule autre femme dans le conseil qu’ils formaient, représentant les dirigeants des six clans qui habitaient Oerba. Elle posa un rapide regard sur chacun d’eux. Fergus semblait réfléchir dans son coin, ses yeux fixés sur le pendentif qu’il tenait dans sa paume. Ranulf affichait un air renfrogné et colérique qui l’agaça. Tipur, du clan Dun, se frottait le front, trouvant certainement toute cette situation trop délicate pour lui. Quant à Sveting du clan Dès Kill, s’était muré dans un silence irritant.

Swann était celle qu’Hagen pensait avoir toujours de son côté. Cependant, elle avait oublié que parfois, elle faisait aussi preuve de lâcheté et préférait se retrancher du côté des avis des hommes pour plus de sureté, au lieu d’affronter entièrement chacun de ses choix.

- Vous pensez sérieusement que cette femme est capable de faire quoique ce soit dans son état ? s’agaça Hagen. Je ne suis même pas certaine qu’elle soit encore consciente de ce qui se passe.
- Elle est très bien dans cette cage ! pesta Ranulf. Pour une fois, soit raisonnable, Hagen !
- Rien ne vous empêche de mettre des gardes autour de sa chambre si vous avez vraiment peur qu’elle ne saute de son lit pour égorger tous les passants ! C’est vrai qu’avec la fièvre qu’elle a, elle sera une grande menace, ironisa-t-elle.
- Pour l’amour d’Etro ! grogna Ranulf. Fergus, fais-lui entendre raison !

Le chef d’Oerba sembla sortir de ses pensées. Il fourra le pendentif dans l’intérieur de sa veste et se tourna vers eux.

- Elle retourne dans sa prison ! déclara-t-il.
- Pardon ?! s’insurgea Hagen. Fergus, tu n’es pas sérieux !
- Bien sûr que si !
- Elle a besoin de soins urgents ! Je croyais que tu voulais des réponses ?
- C’est ce que je veux !
- Alors laisse-moi la soigner !
- Tu pourras faire ça dans sa prison. Là où ça sera le plus sûr.
- J’ai besoin d’une pièce propre, stérile. Je dois recoudre sa plaie et lui administrer régulièrement baumes et élixirs. Il faut que je fasse baisser la fièvre et endiguer l’infection, et ce n’est certainement pas dans une cage ou on a l’impression qu’un troupeau de chocobos a déféquée, que je pourrais y arriver !
- Je ne te demande pas de la sauver, Hagen. Seulement de la rendre assez consciente pour qu’elle réponde à mes questions. Peu m’importe ce qui lui arrivera ensuite.

Hagen pinça les lèvres. Elle ôta sa main du front brûlant de l’étrangère et se releva. Un faible gémissement plaintif sortit des lèvres de la cocoonianne, mais la guérisseuse s’écarta de quelques pas.

- Je refuse de la soigner si je dois faire ça dans cet endroit ! déclara-t-elle fermement.

Fergus posa sur elle un regard agacé qu’elle soutint. Même s’il était le chef du village, il ne serait certainement pas celui qui arriverait à la faire plier. Hagen haussa un sourcil, et le père de Fang finit par pousser un soupir de lassitude.

- Elle restera dans ta clinique le temps qu’elle se stabilise. Une fois que tu seras sûre que son état ne nécessite plus ta présence constante, elle retournera dans sa cellule. Est-ce que ça te va ?
- Très bien, répondit-elle.

Elle savait qu’elle n’obtiendrait rien de plus et que Fergus venait déjà de faire un énorme effort. Certes, elle était une personne importante du village, puisqu’en dehors d’être la guérisseuse de son peuple, elle était aussi l’oracle d’Oerba. Celle qui avait la capacité de célébrer les unions sous la bénédiction de la déesse Etro et d’être réceptive au désir de cette dernière. Mais ce don était très aléatoire et généralement, cela se résumait plus à de simples pressentiments qu’a de réelles visions. Mais Fergus était le chef. C’était lui qui prenait les décisions définitives et ce n’était pas toujours facile. Hagen était déjà contente qu’il l’écoute et qu’il révise ses choix pour elle.

- Mais je te conseille de ne pas me mentir pour éviter qu’on l’enferme de nouveau, ajouta-t-il.

Hagen levant les yeux au ciel et secoua lentement la tête.

- Tu sais très bien que je ne ferais pas une telle chose. Mais sache que je garderai quand même un œil sur elle.

Fergus grogna comme un ours mais n’ajouta rien de plus. A la place, il se tourna vers les sentinelles sur le côté.

- Bernulf ! interpella-t-il.

L’un des plus fidèles et meilleurs chasseur du clan Yun s’approcha, suivi de son fidèle ami. Si Fergus n’avait pas eu d’enfant, Hagen savait que s’il lui était arrivé malheur, il aurait désigné ces deux hommes pour diriger et protéger le village.

Hagen aurait approuvé son choix. Bernulf et Gervald étaient forts, courageux, justes et loyaux. Ils renfermaient toutes les qualités requises pour être des leaders. Mais il y avait Fang et cette petite était très prometteuse. La guérisseuse regrettait un peu que Fergus ne l’écoute pas plus que ça. Lui comme Mirta n’arrêtaient pas d’être sur son dos pour qu’elle apprenne les règles et les devoirs qui incombaient quand on était fille de chef, sans se rendre compte que tout dans le caractère de Fang laissait présager une futur dirigeante d’exception, malgré son caractère impétueux.

Cette gamine avait seulement dix-sept ans et faisait preuve de plus de clairvoyance et de moralité que Ranulf ou la plupart des guerriers de ce village. C’est vrai qu’elle était toujours sauvage et indomptable, mais elle était encore jeune et la vie avait été plutôt douce avec elle. Toutefois, elle avait de belles années devant elle, et Hagen aurait tellement aimé que Fergus regarde un peu plus sa fille. Cette petite qui lui rappelait le jeune Fergus quand il avait dix-sept ans.

- Que veux-tu que nous fassions, Fergus ? demanda Bernulf.
- Vous allez aider Hagen à ramener la cocoonianne à la clinique. Vous vous relayerez pour la surveiller.
- Je persiste à dire que ce n’est pas une bonne idée ! pesta Ranulf.
- Elle ne se réveillera certainement pas avant plusieurs jours, s’exclama Hagen en haussant légèrement le ton, jetant un coup d’œil menaçant vers Ranulf. Il faut que je lui administre les premiers soins et ça ne peut pas attendre. Peut-être que ça serait une bonne idée de nettoyer un peu sa cage avant de la remettre dedans, suggéra-t-elle ensuite.
- Je ne vais pas donner le gîte et le couvert à cette étrangère non plus ! râle Fergus.
- Pourquoi pas ?

Bernulf et Gervald se jetèrent une œillade, attendant la suite des instructions, alors que le visage de Fergus commençait à se teinter du rouge de la colère. Il finit par se tourner vers le groupe du conseil.

- Swann ? Est-ce que l’une des filles de ton clan pourrait nettoyer un peu cette cage ?

La blonde haussa un sourcil, une légère lueur de surprise venant faire briller ses prunelles marron.

- Je pense que Lynae pourra le faire, répondit-elle tranquillement.
- Fait en sorte que Fang ne soit pas dans le coin, sinon elle va passer son temps à la déconcentrer, s’amusa Tipur.

Leur petit groupe rigola de la plaisanterie. Même Hagen pouffa légèrement. La tension redescendit un peu, pour le bien de tout le monde. Ce n’était un secret pour personne que Fang appréciait la gente féminine, et qu’elle nourrissait tout particulièrement une certaine affection pour la jeune Lynae. Mirta déplorait assez comme ça auprès des femmes du peuple que sa fille ne pense qu’aux histoires de cœur au lieu de se préoccuper des préceptes qu’elle essayait de lui inculquer. Mais tout le monde laissait cette gamine vivre autant qu’elle le voulait.

Leur vie que Gran Pulse était tellement dure et précaire qu’il fallait profiter de chaque instant. Ils savaient tous que Fang se planquait régulièrement dans la prairie, ses parents les premiers, et généralement ils fermaient les yeux. Combien de fois Hagen l’avait elle-même vu rêvasser de sa fenêtre qui donnait dans le verger. Mais elle n’avait jamais été prévenir Fergus ou Mirta, laissant à Fang la chance de pouvoir se construire de solides souvenirs qui pourraient toujours la rendre heureuse, même dans les pires moments.

- J’ai formellement interdit à Fang de s’approcher de cette étrangère ! déclara fermement Fergus.

Hagen roula des yeux alors que de larges sourires étiraient les lèvres des autres. Même Svating, qui persistait à ne vouloir rien dire, pouffa discrètement.

- Parce que tu crois qu’elle va t’écouter ? ironisa la guérisseuse.
- Elle a plutôt intérêt ! Elle a dix-sept ans ! Il est grand temps qu’elle comprenne et accepte certaines choses !
- Peut-être qu’elle les comprend mieux que toi ! pesta Hagen.

Un silence de plomb tomba sur la vaste salle. Du coin de l’œil, la guérisseuse vit ses amis se jeter des coups d’œil, incertains sur le déroulement de cette conversation.

- Qu’est-ce que tu entends par là, Hagen ?
- Je dis juste que pour une gamine de dix-sept ans, elle semble plus juste et humaine que la plupart d’entre vous.

Elle jeta un coup d’œil équivoque vers Ranulf qui renifla dédaigneusement, avant de revenir vers Fergus. Ce dernier soupira.

- Gervald, fit-il, préférant certainement ne pas rentrer dans une conversation stérile. Fait en sorte qu’il y ait une couche et aussi une couverture à disposition.

Le grand brun acquiesça déjà prêt à obéir aux ordres. Fergus faisait preuve d’un minimum d’efforts et elle s’en contenterait pour l’instant, mais elle n’avait pas dit son dernier mot.

- En attendant, Bernulf, fit-elle. Conduis-là dans ma clinique.

L’homme jeta un coup d’œil à Fergus qui se contenta d’acquiescer, avant de s’approcher de l’étrangère. Il l’attrapa dans ses bras et la souleva comme si elle n’était qu’un fétu de paille. La tête aux cheveux roses dodelina sur l’épaule mais elle n’eut aucune autre réaction. Hagen fit signe à Bernulf de la suivre, alors qu’elle quittait enfin la salle du conseil sans se retourner. Il était hors de question qu’elle laisse la possibilité à l’un d’eux de protester de nouveau et elle voulait se mettre de tout de suite au travail. Elle espérait que ce ne soit pas déjà trop tard et que sa médecine suffirait à guérir cette étrange femme aux cheveux roses.

oOo

Note : Et voilà. J’espère que cette suite vous à plus… Et surtout, que l’arrivée d’Hagen vous à plus. C’est le personnage OC que vous allez voir très souvent, avec notamment des POV régulier qui lui sont destiné, et celui que j’affectionne tout particulièrement. A samedi prochain.

Chapter Text

Chapitre 5

 

C’était une fin d’après-midi plutôt agréable. Il faisait moins chaud, signe que l’été était proche de la fin, les températures devenant de plus en plus supportables. Fang était assise sur la barrière de l’enclos des chocobos, les regardant distraitement paître.

Elle poussa un lourd soupir, jouant avec une brindille d’herbe. Les quatre derniers jours avaient été horribles. Ses parents ne s’étaient jamais réellement montrés autoritaires avec elle. Certes, il leur était arrivé de la gronder, ce qui était normal, mais jamais elle n’avait eu autant peur de la carrure et de la prestance de son père que durant cette histoire avec cette cocoonienne.

Elle était loin d’être d’accord avec les choix de son paternel et elle lui avait bien fait comprendre, mais aux yeux de ses parents, elle n’était encore qu’une gamine sans jugement qui parlait sans rien savoir. Son père lui avait formellement interdit de se mêler de cette histoire ainsi que de rester loin de cette étrangère aux cheveux roses.

Fang pesta silencieusement, jetant avec agacement la brindille d’herbe qu’elle tenait entre ses doigts. Elle croyait que ses parents voulaient justement qu’elle s’investisse plus dans les affaires du village. Qu’elle se préoccupe plus de tout ce qu’ils vivaient, et qu’elle prête enfin attention au rôle de chef qui leur incombait. Et quand elle était décidée à s’y mettre, son père la traitait de nouveau comme une enfant.

Ça faisait un moment déjà qu’il ne l’écoutait plus, de toute façon. Quand ils n’étaient pas en train de se disputer, ils passaient plusieurs jours à s’ignorer. Mais c’était la première fois qu’elle se sentait autant rejetée. D’accord, elle avouait silencieusement que cette cocoonianne l’intriguait et qu’elle aurait voulu en savoir plus sur elle, mais ce n’était pas une raison pour la foutre dans un placard.

Fang se redressa, ses mains agrippant fermement le bois de la barrière sur laquelle elle était assise. Un chocobo tourna la tête vers elle à son mouvement, et elle lui jeta un regard noir.

- Qu’est-ce que tu as, toi ! l’agressa-t-elle stupidement.

Le volatile continua de l’observer avec un regard vide, mastiquant lentement l’herbe qu’il avait dans le bec. L’adolescente poussa un nouveau soupir, se traitant d’idiote.

- Fang ?

La voix, provenant de derrière elle, la fit brutalement sursauter. Elle se retourna, manquant de tomber par terre. Un léger rire, qu’elle aurait reconnu entre tous, lui parvint, faisant danser des papillons dans son ventre. Un sourire étira involontairement ses lèvres alors qu’elle se tournait pour tomber sur le joli visage envoutant de la belle Lynae.

Ses longues boucles caramel étaient tressées et brillaient sous le soleil. Son petit nez rond était retroussé alors que les traits fins et poupins étaient étirés par un petit air contrit.

- Désolé, je ne voulais pas te faire peur, fit-elle gentiment.

Elle se mordit un coin de sa lèvre inférieure et Fang perdit le fil de ses pensées pendant une seconde. Est-ce qu’elle le faisait exprès ? Comment était-elle supposée se concentrer si la fille pour qui elle en pinçait, se tenait devant elle et faisait de telles mimiques ?

- Fang ? fit Lynae. Ça va ?

La brune eut un sursaut de conscience et laissa ses pieds glisser au sol, pour se tenir debout devant la petite blonde.

- Oui, excuse-moi. Je vais très bien ! répondit-elle précipitamment.

Lynae sourit, acquiesçant lentement. Elle sembla réfléchir un instant avant de reprendre.

- Tu avais l’air en colère.

Fang lui adressa un coup d’œil curieux puis finit par hausser les épaules. Elle se détourna de son amie et s’accouda à la barrière. Lynae vint se placer doucement à ses côtés et Fang tourna ses yeux vers elle, rencontrant ses brillants orbes noisette.

- Je pensais seulement à mon père, finit par dévoiler Fang.
- Oh. Tu t’es disputée avec lui ?

Fang poussa un rire sec, baissant légèrement la tête vers ses mains jointes.

- C’est un euphémisme, si tu veux mon avis.
- Tant que ça ?

La brune soupira et se redressa.

- Je voulais seulement qu’il m’écoute pour une fois. Lui et ma mère veulent que je me préoccupe un peu plus du village et quand je m’y mets enfin… Il me hurle dessus et m’interdit formellement de m’occuper de cette affaire.
- Tu parles de cette histoire avec la cocoonianne ?

Fang tourna la tête vers Lynae. La jeune fille des champs arborait maintenant un air inquiet et sérieux.

- Tout le monde en parle. J’ai entendu mes parents discuter de cette, femme, un soir.

C’était la première fois que Fang entendait autant de dégoût dans le ton de Lynae. Habituellement, la petite blonde était douce et gentille.

- Qu’est-ce qu’ils disaient ? questionna Fang.

Lynae haussa les épaules, détournant la tête vers les chocobos dans l’enclos.

- Je ne sais pas trop. J’ai seulement compris que mon père trouvait qu’elle avait ce qu’elle méritait. Quant à ma mère… Tu sais comment elle est. Elle est plutôt indécise. Elle est contre la violence, mais en même temps…
- Et toi ?
- Je ne sais pas, soupira Lynae. L’idée qu’il y ait un habitant de Cocoon, ici, chez nous… ça me fait peur, je l’avoue. Je n’ai pas envie qu’il nous arrive malheur.

Fang s’esclaffa moqueusement.

- Je te rassure, pesta-t-elle. Vu le coup de gourdin que Ranulf lui a mis, cette femme ne risque pas d’être une menace avant un bon moment.

Ses paroles eurent l’effet d’un électrochoc pour Lynae qui se redressa, s’exclamant :

- C’est vrai ! Je dois aller nettoyer un peu la cellule ou elle est retenue !
- Je te demande pardon ?!

Lynae se tourna vers elle, ses sourcils levés haut sur son front lisse.

- Hagen a demandé à ma mère s’il était possible de rendre sa prison un peu plus propre. Apparemment, la cocoonianne est très mal en point. elle a besoin de soins urgent, et d’une pièce plus propre.
- Mais… Vanille m’a dit hier qu’elle était à peu près stable, déclara Fang.

La petite blonde haussa les épaules, n’en sachant pas plus.

- De toute évidence, elle a fait une violente rechute. Ma mère m’a dit tout à l’heure que Hagen et Ranulf s’étaient encore disputés à cause de ça.
- Toute cette histoire va mal finir ! grogna Fang pour toute réponse.
- Je pense qu’on devrait laisser les ainés gérer tout ça. La présence de cette étrangère ne peut rien présager de bon pour nous.
- Et tu crois que tuer une femme sans défense nous apportera quelque chose de bon ? maugréa la brune.
- Elle vient de Cocoon, Fang, répondit doucement Lynae.

Fang soupira et détourna la tête. Elle en avait assez de cette réplique. Elle adorait Lynae, mais elle ne voulait pas avoir affaire à un énième mouton qui suit naïvement le troupeau.

- Je suis certaine que ça ne résume pas tout, dit-elle tranquillement.
- Peut-être, répondit son amie. On verra bien.
- Tu sais où elle se trouve ?
- Qui ? La cocoonianne ? demanda Lynae d’un ton surpris.

Fang tourna la tête vers elle, acquiesçant lentement. La jeune fille des champs fronça les sourcils, hésitante, mais répondit quand même.

- Je crois que Hagen l’a prise avec elle le temps que sa cellule sois remise un peu en état.
- Tu veux dire qu’elle se trouve à la clinique ?
- Oui, il me semble.

Fang se redressa et se recula de la barrière.

- Ce que tu as en tête n’est certainement pas une bonne idée, révéla Lynae. Si ton père apprend que tu as été voir cette étrangère, alors qu’il te l’a interdit…
- Tu n’iras pas lui dire, n’est-ce pas ? questionna Fang d’un ton malicieux.
- Bien sûr que non, répondit aussitôt la blonde.
- Alors je n’ai pas de souci à me faire, sourit Fang.

Lynae soupira, amusée, levant les yeux au ciel.

- Et qu’est-ce que j’y gagne ? taquina-t-elle.

Fang fut momentanément surprise. Elle haussa les sourcils, avant d’esquisser un large sourire et de s’approcher furtivement de son amie, arborant un air qu’elle savait charmeur. Lynae éclata de rire, posant une main sur l’une des épaules de Fang pour l’empêcher de trop s’avancer. La brune frissonna quand Lynae posa sur elle un regard tendre et chaud. Fang saisit l’occasion avant qu’elle ne lui échappe.

- Tu ne voudrais pas un petit câlin ?

Lynae pouffa de nouveau, secouant un peu la tête.

- Et qu’est-ce que tu dirais… D’une promenade autour du lac à la prochaine pleine lune ?
- Hum… Il me semble que c’est ce week-end ça, non ?
- Il te semble bien, sourit Lynae.

Fang observa attentivement le visage de la petite blonde.

- D’accord ! finit-elle par répondre. Ça marche ! Tu arriveras à t’éclipser sans que tes parents te voient ?
- Et toi ?
- Ne t’inquiète pas pour moi. Au pire, j’aurais toujours Vanille de mon côté pour me couvrir.
- J’ai déjà une excuse toute trouvée, alors ne t’en fais pas pour moi non plus, déclara Lynae. Bon, il faut vraiment que j’y aille.

Fang acquiesça. Elle sourit quand son amie lui fit un signe de la main en partant vers la forge de Ranulf. Sur le côté du bâtiment, se trouvait quelques cages dans lesquelles ils enfermaient les chocobos sauvage qui attendaient d’être domptés. Parfois, ils s’en servaient pour retenir des gorgonospides. La veille du jour de l’hiver, ils célébraient une fête pendant laquelle les apprentis chasseurs devaient prouver leurs valeurs lors d’un combat. Chaque année, c’était un spectacle qu’elle ne manquait pas. Généralement, Fang se faisait même un malin plaisir à aller jeter un œil aux bêtes quand elles étaient enfermées dans leur cage.

Mais cette fois, le fait de savoir que les siens avaient enfermé dans l’une de ces cages nauséabondes et insalubres une pauvre femme qui n’avait rien demandé la dégoûta. Ils traitaient une humaine comme un animal. Pendant un instant, Fang se mit à sa place, et le monstre de la colère grogna férocement au fond d’elle. Elle ne préférait pas imaginer le sentiment d’humiliation et de rage que cette femme allait ressentir en prenant conscience de son sort. Peut-être aurait-elle mieux fait de mourir après tout. Cependant, Hagen ne laisserait pas cela arriver. Elle allait mettre tout en œuvre pour sauver cette étrangère, même si elle avait quelques réserves à aider une cocoonienne.

Fang n’avait pas la moindre idée de si elle pourrait être utile d’une quelconque manière, mais elle se détourna de l’enclos des chocobos pour se diriger d’un pas décidé vers la petite clinique. La maison d’Hagen se trouvait juste à côté et Fang avait l’habitude d’y aller. La plupart du temps, pour récupérer Vanille qui étudiait en compagnie de son aînée, mais souvent aussi parce qu’elle aimait se prélasser dans le verger qui se trouvait derrière sa maison. Elle fit attention à ce que personne ne la voie et elle se précipita vers ce dernier. Au pire, si son père lui posait des questions, elle pourrait très bien lui dire qu’elle avait passé la journée à compter les pommes des arbres. Elle ne pensait pas qu’il serait assez crédule pour la croire, mais ce n’était pas comme si elle s’en préoccupait vraiment.

Fang se planqua sous l’une des fenêtres, sa conscience lui criant quand même que ce n’était pas très moral de faire ça. Mais la petite voix dans sa tête se tut rapidement quand ses yeux se posèrent enfin sur la silhouette inconsciente de l’étrangère aux cheveux roses.

 

oOo

Assise dans le sable, contre un rocher faisant face à l’océan tranquille, Fang affutait et nettoyait méticuleusement sa longue lance papillon rouge. Il s’était écoulé presque une semaine depuis que Lightning avait disparu, et autant de temps depuis sa conversation avec Serah.

Son inactivité et son impuissance commençait sérieusement à lui peser et Fang se demandait toujours ce qu’il fallait qu’elle fasse. Il était hors de question qu’elle reprenne le cours de sa vie comme si de rien n’était, et il était inacceptable qu’elle ne trouve pas une solution pour aider son amante plus rapidement.

Elle sentait sérieusement poindre aussi la frustration. Pourquoi Lightning n’entrait pas en contact avec elle ou un de leurs amis ? Pourquoi n’essayait-elle pas de les prévenir ? De se faire entendre ? De trouver de l’aide auprès d’eux ?

Fang se savait irritable en ce moment, se posant énormément de questions, en oubliant d’être objective. Certainement que le fait qu’elle ne dorme pas bien en ce moment, assaillie continuellement par d’étranges réminiscences de son passé, jouaient aussi beaucoup sur son état. Ce qui l’agaçait encore plus, c’était qu’à chaque fois qu’elle se réveillait, elle n’avait pratiquement aucun souvenir de ses rêves.

Ils devenaient flous et brouillés, laissant derrière eux le désagréable sentiment que quelque chose d’important lui échappait. Fang mit plus de force dans son mouvement répété à aiguiser les lames de son arme. Elle n’était pas concentrée sur ce qu’elle faisait, sa main dérapa et son doigt ripa sur le côté tranchant. Elle ne cilla même pas quand sa peau s’ouvrit, laissant passer un filet de sang qui coula jusque dans sa paume.

Fang lâcha l’affuteur qu’elle tenait, tandis que ses yeux ne quittaient pas sa petite plaie ouverte. Fronçant les sourcils, elle effleura sa blessure du bout du pouce, frémissant à peine sous la légère piqure qu’elle ressentit. En une seconde, elle eut l’impression d’être propulsée six cent ans dans le passé. C’était comme si sa conscience avait quitté son corps pour sauter à pleine puissance dans celui qu’elle possédait à dix-sept ans, sans pouvoir interagir avec ce qui l’entourait.

C’était tellement réel et en même temps surréaliste. Fang entendait tout et voyait tout aux travers des yeux de son autre elle, mais elle n’avait aucun contrôle, exactement comme dans un rêve un peu plus réaliste que les autres. Tellement réaliste qu’elle inspira profondément, réussissant presque à sentir l’odeur entêtante de ces petites fleurs bleues qu’affectionnait la guérisseuse de son village.

oOo

 

Elle se jeta presque dans le buisson de myosotis, espérant se cacher de la vue d’Hagen, qui s’était un peu trop rapprochée. Fang sentit son nez se mettre à piquer et elle grogna doucement alors qu’un puissant éternuement lui mettait la larme à l’œil. Elle essaya de l’étouffer dans ses mains, mais relâcha tous ses muscles quand la fenêtre au-dessus d’elle s’ouvrit brusquement, la faisant sursauter.

Elle inspira fortement par la bouche alors que la tête d’Hagen se montrait dans l’encadrement de la fenêtre.

- Je croyais que tu t’entraînais à être une chasseuse, Fang ? s’exclama-t-elle d’un ton taquin.
- C’est le cas, maugréa l’adolescente.
- Hum… Et normalement, la discrétion n’est pas l’une des premières règles des chasseurs ?

Fang allait répondre, mais un autre éternuement l’arrêta. Elle porta son index sous son nez, sentant ce dernier la démanger désagréablement. Elle renifla et soupira. Hagen esquissa un sourire et décala ce qui traînait sur le plan de travail devant sa fenêtre.

- Allez, rentre vite. Tu es en train d’abîmer mes beaux myosotis et si quelqu’un te voit traîner devant ma clinique en ce moment, tu vas le regretter.

Fang maugréa entre ses dents, mais obtempéra rapidement. Elle sauta souplement et pénétra la pièce principale de la clinique d’Hagen. Celle-ci referma aussitôt les vitres derrière elle. Il faisait une chaleur étouffante dans la salle, mais Fang ne s’en préoccupa pas tandis que ses yeux tombaient sur la cocoonienne. Elle était étendue à quelques pas d’elle, semblant encore plus mal en point que la dernière fois.

Hagen reprit son activité, écrasant fermement des herbes médicinales dans un petit bol en bois à l’aide d’un pilon. Une forte odeur embaumait la pièce et Fang se rendit compte que cela provenait d’un diffuseur de fumée posée à côté du lit de la malade. La brune s’approcha lentement, continuant de détailler cette femme des yeux.

Maintenant qu’elle y faisait plus attention, Fang se rendit compte que Vanille avait eu raison. La jolie robe qu’elle portait ressemblait fortement à celle des tenues de cérémonie pour les unions. Pour s’en assurer, elle posa ses yeux sur la main gauche de la cocoonianne qui se trouvait juste devant elle. Fang ne fut presque pas surprise de découvrir une alliance à l’annulaire de cette femme. En argent simple, brillant seulement d’un discret cordon azur, signe que l’union avait été magique.

L’adolescente fronça les sourcils. Est-ce que les cocoonians avaient les mêmes traditions qu’eux ? Ça semblait improbable. Inconsciemment elle leva l’une de ses mains pour effleurer les doigts de l’étrangère, mais la voix d’Hagen la stoppa dans son geste.

- Tu ne devrais pas être ici, Fang. Ton père t’a formellement interdit de t’approcher de cette femme.
- Ce n’est pas comme si j’avais l’habitude de l’écouter, répondit malicieusement Fang en tournant la tête vers l’aînée.
- Tu sais très bien que ça va le mettre en colère, argumenta Hagen, qui continuait d’écraser ses herbes.
- Et alors ! Il l’est déjà de toute façon ! Un peu plus ou un peu moins…
- Je ne pense pas que chercher à aggraver la situation soit une bonne idée.

Fang soupira lourdement et reporta son attention vers l’inconsciente. Sa respiration était laborieuse et des gouttes de sueurs perlaient sur son front. Sa peau, qui devait normalement être aussi blanche que la neige, était marquée par des hématomes, sale et rougie par la fièvre. Ses lèvres étaient sèches et craquelées. La cocoonianne faisait peur à voir dans cet état et Fang se demanda si la mort n’était pas déjà en train de la cueillir. Cette femme se tenait aux portes du Valhalla et Hagen allait certainement devoir redoubler d’effort pour la sauver.

- Tu penses réussir à la soigner ? demanda-t-elle.

L’aînée s’approcha, tenant entre ses mains le petit bol en bois dans lequel elle écrasait ses herbes, quelques minutes auparavant.

- J’espère, répondit-elle.

Hagen se plaça de l’autre côté de la malade, au niveau de sa tête. Elle la tourna délicatement du côté opposé à elle, après avoir déposé son bol sur un petit plateau accolé à la table d’auscultation. Hagen écarta les cheveux collés par le sang, dévoilant la plaie ouverte que la cocoonienne avait au crâne.

- Il faut d’abord que je désinfecte et recouse ça, puis que je fasse baisser sa fièvre. C’est le plus important pour l’instant.

Fang fronça les sourcils, posant son regard sur Hagen qui examinait avec attention la blessure.

- Pourquoi il fait aussi chaud ici ? Si tu dois faire baisser sa fièvre, ça ne serait pas mieux de la plonger directement dans un bac d’eau glacée ?
- C’est à cause de l’infusion de plante pour assainir la pièce. Quant à la plonger dans de l’eau froide… Je préfère éviter tout choc thermique. Si tu veux mon avis, ça ne l’aiderait pas.

Fang acquiesça lentement, n’y connaissant absolument rien. Elle, elle passait son temps à cogner des monstres, et si elle était capable de recoudre sommairement une plaie ouverte en cas d’urgence, elle ne garantissait pas que la cicatrice qui en résulterait soit très jolie. Elle trouvait les capacités d’Hagen prodigieuses, comme celles de Vanille d’ailleurs. Sa cadette était capable de remettre des os en place, alors qu’elle avait seulement treize ans.

Fang quitta son aînée des yeux pour regarder la plaie ouverte. Elle grimaça de dégout. Ce n’était pas vraiment joli tout ça.

- Alors ? demanda-t-elle. Ça se présente comment ?

Hagen soupira et se redressa un peu. Elle étira son dos douloureux, les traits de son visage prenant un air mécontent.

- Ranulf est une brute ! déclara-t-elle.
- Dis quelque chose qu’on ne sait pas déjà, grommela Fang, sarcastique.

Hagen esquissa un sourire en coin.

- Mais il a retenu son coup, et heureusement. Elle n’a pas de fracture, mais la plaie est large et infectée.
- Ce n’est pas bon, ça, non ?
- Pas vraiment, soupira Hagen.
- Tu vas quand même y arriver, n’est-ce pas ?

Hagen fronça les sourcils et regarda l’adolescente. Cette dernière pinça les lèvres et détourna la tête. L’aînée la fixa un instant avant d’aller chercher un plateau sur lequel elle mit tout ce dont elle avait besoin, puis revint à sa place initiale.

- Tu veux bien m’aider ? demanda Hagen.
- Tu ne préfères pas que j’aille te chercher Vanille ? suggéra plutôt Fang.
- Non, ça va aller. Je voudrais seulement que tu prépares des compresses d’alcool en attendant que je coupe les cheveux autour de la plaie.
- Oh ! D’accord.

Fang s’attela sérieusement à sa tâche sans prêter attention à Hagen. Elle imbiba plusieurs cotons d’un liquide transparent, à l’odeur si forte et entêtante que ça lui en fit tourner un peu la tête.

- Passe-moi en un s’il te plait, finit par dire Hagen, attirant l’attention de Fang sur elle.
- Tu as déjà fini de couper les cheveux ? questionna celle-ci en tendant un coton.
- Oui. Ça ne sert à rien de faire un trop gros trou.

Un léger silence se posa entre elles pendant lequel elles s’attelèrent à mettre au propre la blessure ouverte. Fang grimaça plusieurs fois, ayant presque mal à la place de l’inconsciente qui n’avait aucune réaction.

- C’est normal qu’elle ne réagisse pas ?
- Hum… C’est même mieux.
- D’accord, souffla Fang.

L’adolescente passa le dernier coton qu’elle avait de préparé, avant d’en refaire quelques-uns en réserve.

- Pourquoi est-ce que le sort de cette cocoonianne t’intéresse autant ?

Fang releva le flacon d’alcool et le reposa à l’entente de cette soudaine question. Elle se la répéta plusieurs fois dans sa tête, alignant machinalement les morceaux de coton sur le plateau devant elle. Finalement, Fang tourna la tête vers Hagen. Cette dernière était toujours concentrée sur sa tâche ne la regardant même pas. Et l’adolescente chercha quoi lui répondre.

Elle n’était pas certaine que ce soit spécialement le sort de cette femme qui lui importait, mais elle n’aurait pu l’affirmer. Fang n’avait jamais rencontré d’habitant de Cocoon jusqu’à maintenant. Pour elle, ils n’étaient qu’une légende vivant dans cette immense sphère qui se dressait dans le ciel de Gran Pulse.

Depuis qu’elle était petite, Cocoon se résumait à ça pour elle. Une boule énorme qui cohabitait avec le soleil et la lune. Un monde intouchable ou vivaient des humains comme elle, à l’existence facile et opulente et qui étaient à l’abri du danger. Un monde avec des personnes qui lui ressemblaient, mais qui pourtant, s’avéraient aussi monstrueuses que les créatures qui arpentaient les Terres sauvages de Gran Pulse.

Enfant, les histoires que racontaient les anciens autour du feu lui faisaient peur. Il était très courant qu’elle se retrouve dans le lit de ses parents au milieu de la nuit, après avoir écouté l’une des vieilles légendes que son peuple se chuchotait certains soirs. Puis en grandissant, elle s’était rendu compte qu’elle était plus intriguée par ce monde qu’elle ne se l’était imaginé.

A quoi ressemblaient vraiment ses habitants ? Etaient-ils réellement tous aussi dangereux que ce que tout le monde répétait ? Beaucoup des siens avaient été tués par des soldats de Cocoon, mais il y avait certainement, comme chez elle, des civils innocents qui ne demandaient rien d’autre que la paix.

Elle ne connaissait pas cette femme et elle n’avait échangé avec elle qu’un long regard, mais Fang était persuadée que cette cocoonianne n’était pas un monstre. L’adolescente détailla le visage ovale. Les pommettes hautes, le nez et des sourcils fins au-dessus de deux paupières closes qui cachaient deux prunelles d’un bleu aussi profond que celui de l’océan d’Oerba.

Finalement, Fang releva la tête vers Hagen qui venait de s’atteler à recoudre la plaie. Du sang maculait ses doigts et la brune s’empressa de nettoyer un peu la blessure avec un coton.

- Est-ce que tous les habitants de Cocoon sont réellement des monstres ? demanda-t-elle au lieu de répondre.
- J’ai l’impression d’entendre Vanille, fit Hagen avec un sourire. Elle m’a posé la même question.
- Et qu’est-ce que tu lui as répondu ?

La guérisseuse fit un double nœud avec le fil une fois qu’elle eut finit ses sutures, avant de le couper à l’aide d’un petit ciseau. Elle posa l’aiguille sur le plateau et s’empara du flacon d’alcool ainsi que d’un gros morceau de coton. Fang l’observa verser une généreuse rasade de désinfectant sur la plaie qui était maintenant propre et nette. Après être entièrement satisfaite de son travail, Hagen étala l’onguent à base de plante qu’elle avait préparé et attrapa une bande pour entourer délicatement la tête de la cocoonienne. Une fois terminé, elle se redressa et planta ses orbes lagons, si semblable à ceux de vanille, dans les siens.

- Je lui ai dit que c’était impossible que Cocoon ne renferme que des monstres. Comme chez nous, ils doivent avoir une hiérarchie. Certaines personnes doivent perpétuer cette guerre entre nos deux mondes et d’autres… Ne sont probablement que des innocents qui n’ont pas leur mot à dire.
- Et elle ? Tu en penses quoi ?
- Je ne sais pas, Fang, soupira Hagen.

L’aînée récupéra le plateau de soin et alla le déposer sur le plan de travail, à côté d’un large évier dans lequel elle désinfectait chaque ustensile qu’elle utilisait. Fang se tourna légèrement vers elle.

- Je suis certaine que tu as une opinion sur cette étrangère, s’exclama-t-elle.
- Si tu veux tout savoir, je pense que ton père a raison. Cette femme cache quelque chose, mais je pense aussi… Que tu ne devrais pas t’en mêler.

Fang lâcha Hagen des yeux pour regarder de nouveau la blessée.

- J’ai vu ses yeux, déclara-t-elle tranquillement.
- Comment ça ?
- Ce jour-là, quand on l’a trouvée dans la prairie. J’ai vu son regard… Et ce n’était pas celui d’un monstre.
- Fang… Tu sais qu’on ne peut pas faire entièrement confiance en ces personnes. Sur ça, grommela Hagen, Ranulf à raison.

L’adolescente secoua lentement la tête.

- Non. Je pense que cette fois, il se trompe.
- Vraiment ?
- Tu te rappelles, quand j’avais dix ans ?

Fang reporta de nouveau son attention sur Hagen. Celle-ci était appuyée contre le plan de travail et avait les sourcils froncés et la tête penchée sur un côté.

- Quand je suis partie toute seule dans la forêt, éclaircit-elle.
- Oh ! Oui, je m’en rappelle. Quand ton père t’a retrouvée, il t’a ramenée ici parce que tu t’étais cassé le poignet.
- Hum… Cette nuit-là, juste avant que mon père arrive, je me suis retrouvée en face d’un loup argenté. Je ne l’ai jamais dit parce que je ne voulais pas que mes parents m’interdisent de ressortir dans la forêt.

Hagen croisa les bras sous sa poitrine, l’écoutant attentivement. Fang se mordit l’intérieur d’une joue avant de poursuivre.

- Ce loup, lui, c’était un monstre. J’avais trop mal pour bouger et je ne pouvais voir que ses yeux jaunes. J’ai su ce que ça faisait d’être en face d’un prédateur qui n’attend qu’une chose, le bon moment pour te sauter dessus et te dévorer.

Elle fixa Hagen, qui semblait plongée dans ses pensées.

- Papa l’a fait fuir en arrivant, mais s’il n’était pas arrivé, ce loup aurait patiemment attendu que je m’affaiblisse pour me tuer.

Fang jeta un coup d’œil vers l’inconsciente.

- J’ai rien vu de tout ça dans le regard de cette femme. Juste de l’incompréhension. Elle semblait plus perdue que menaçante.

Hagen soupira et s’approcha lentement d’elle.

- Elle répète qu’elle n’est pas une menace. Peut-être que nous devrions la croire, suggéra Fang.
- Peut-être. En attendant, nous devons finir de la soigner.
- Tu veux que je continue de t’aider ? demanda gentiment la jeune fille.

La guérisseuse esquissa un sourire et acquiesça.

- Enlevons-lui ses vêtements. Il faut la laver et l’aider à combattre la fièvre.
- Il faut la mettre toute nue ? s’exclama Fang.
- C’est mieux pour la laver, oui, répondit Hagen, amusée. Il faut lui retirer ce vêtement sale et encombrant et lui mettre quelque chose de plus léger et supportable.

Les joues de Fang rougirent un peu, mais elle ne répondit pas. A la place, elle se concentra sur sa tâche et aida Hagen à retirer la robe et les sous-vêtements. L’aînée partit remplir une bassine d’eau tiède et revint avec un savon et deux éponges. Fang en prit une et s’appliqua à la passer délicatement le long du bras avant d’atteindre la main. Elle nettoya doucement les doigts abîmés.

- Tu crois que la personne qu’elle a épousée s’inquiète pour elle ?

Hagen releva la tête vers Fang, son visage arborant un air interrogateur. Fang lui montra l’alliance et les sourcils de l’aînée se froncèrent. Elle s’empara doucement de la main et détailla plus attentivement la bague. Après un instant, Hagen tourna son regard vers le morceau de tissu sale et déchiré qui traînait maintenant en boule par terre.

- Quelque chose ne va pas ? demanda Fang qui continuait de passer l’éponge sur le corps dénudé de l’étrangère.
- Non… Rien, répondit Hagen.

L’aînée reprit sa tâche à son tour sans plus rien dire. Fang fronça un peu les sourcils, mais ne s’en préoccupa pas, s’attelant à laver le visage et le cou, laissant Hagen s’occuper du reste. Il était hors de question qu’elle se retrouve au niveau du ventre et des jambes. Voir déjà ces deux petits seins ronds, la mettait horriblement mal à l’aise pour cette femme.

Elle aida Hagen pendant plus d’une heure sans s’en apercevoir. Une fois lavée, la guérisseuse avait rhabillée la cocoonianne d’une longue chemise et avait soupiré. La peau opaline était de retour, malgré encore quelques traces de terre, le teint maladif et les bleus qui ressortaient, mais il était de nouveau possible de voir les traits gracieux et cristallins de ce doux visage. Fang s’essuyait les mains, quand Hagen s’exclama :

- Je vais devoir demander à Bernulf de m’aider pour la transporter dans l’une des chambres à côté. Alors tu devrais vite partir maintenant.
- Oui. De toute façon, vu l’heure, ma mère va finir par me chercher.
- Et il vaut mieux éviter qu’elle ou ton père sache que tu es là, ajouta Hagen.

Fang esquissa un sourire ironique et s’approcha de la fenêtre par laquelle elle était entrée.

- Dit à Vanille que je l’attends demain matin aux premières heures, fit Hagen.
- Je n’y manquerai pas.

La brune ouvrit les vitres et se hissa sur le plan de travail. Elle jeta un dernier coup d’œil vers l’étrangère, ses yeux s’égarant sur l’alliance qui brillait à son doigt. Elle pinça les lèvres et sauta souplement dans le buisson de myosotis. Fang fit attention à ne pas être repérée tandis qu’Hagen refermait derrière elle. Avant de rentrer chez elle, la brune prit la direction de la prairie, voulant vérifier quelque chose.

oOo

- Fang !

La voix qui résonna à ses oreilles la propulsa dans la réalité, et elle inspira fortement par la bouche. Son cœur cognait douloureusement dans sa poitrine et ses poumons semblaient en feu. Comme si elle avait été en train de se noyer.

C’était la première fois qu’un de ses rêves étaient aussi fort et réaliste. Elle avait eu le sentiment d’y être, mais ce n’était pas possible. Tout ce qu’elle venait de voir était surréaliste.

- Eh, ça ne va pas ?

Fang cligna des yeux et tourna la tête vers la personne qui venait de s’agenouiller à côté d’elle.

- Fang ?
- Qu’est-ce qui se passe ?

La brune releva la tête vers celle qui était restée debout. Un air inquiet tordait les traits de Vanille et de Serah et Fang secoua doucement la tête. Elle essaya de faire le vide dans son esprit et de remettre ses idées au clair.

- Rien. Ça va, finit-elle par répondre.
- Tu es sûre ? demanda Vanille.
- Tu semblais… Absente, révéla Serah. Tu ne bougeais plus. Tu ne semblais même plus respirer.

Fang leva ses yeux vers ceux de sa jeune belle-sœur. Son visage était marqué par la douleur et la fatigue. Serah avait énormément de mal à garder la tête hors de l’eau. Si personne n’arrivait à arranger cette situation, la cadette des Farron ne s’en remettrait probablement jamais.

- J’ai eu l’impression…

La brune s’arrêta, fronçant les sourcils et détournant la tête.

- Quoi ? questionna doucement Vanille.
- Rien, répondit Fang. C’est… étrange et surtout surréaliste.
- Dis toujours.

Serah se laissa tomber à son tour à genou devant elle.

- C’est à propos de ma sœur ?

Fang pinça les lèvres et tourna son regard vers l’océan. C’était encore une fois une belle fin d’après-midi d’été.

- Fang ? Au point où nous en sommes, dit Serah une fois qu’elle reçut son attention, je crois même la plus farfelues des suppositions peut être une idée géniale.

La plus âgée des pulsiennes soupira.

- Dernièrement, je dors très mal. Je fais des rêves, mais je ne m’en rappelle jamais une fois que je me réveille. Pourtant, je suis certaine qu’ils sont importants. Et… Là, je viens d’en avoir un tout éveillée, je crois.
- Tu as rêvé ? fit Serah.

Fang acquiesça.

- En étant réveillée ? répéta la jeune femme aux cheveux roses.

Fang afficha un air légèrement agacé, penchant la tête sur un côté.

- Tu as rêvé de Lightning ? demanda Vanille.

La brune soupira et acquiesça de nouveau. Elle n’était pas certaine de ce qu’elle devait dire. Ce n’était pas la première fois qu’elle rêvait de son amante et dans une telle situation, c’était même complètement normal que cela lui arrive. Mais la teneur des rêves était étrange, elle le concevait.

- Moi aussi, révéla la petite rouquine.

Fang et Serah se tournèrent brusquement vers elle.

- Comment ça ? questionna Fang.
- Tu veux dire qu’elle t’aurait contactée ? interrogea Serah.
- Non, je ne voulais pas dire ça dans ce sens-là.
- Alors quoi ?

Vanille fronça un peu les sourcils, semblant réfléchir.

- Quand je me réveille, j’ai à chaque fois le sentiment que ce que j’ai vu est un… Un souvenir, dévoila-t-elle.

Fang et Serah haussèrent les sourcils. L’une finit par arborer un air sceptique et l’autre était plus concentrée que jamais.

- Tu racontes n’importe quoi, Vanille ! lâcha Fang sentant l’agacement venir ronger son ventre.
- Je dis seulement le ressentit que j’en ai eu, rétorqua la rouquine un peu blessée par le dénigrement évident de son ainée. Après, je suis d’accord que ça peut sembler… improbable, et c’est aussi ce que j’ai pensé. C’est pour ça que je n’en ai pas parlé, mais tu dis vivre la même chose…
- Non. J’ai seulement dit que je rêvais de Lightning. C’est normal que je rêve de ma femme alors qu’on vient de me l’enlever, non ? grogna Fang.
- Peut-être que ce n’est pas si idiot comme idée finalement, intervint Serah, étouffant dans l’œuf une dispute stérile.

Fang soupira, irritée. Tout ça allait les faire tourner en rond. Franchement, ce n’était que des rêves, rien de plus. Leur subconscient leur renvoyait leur peur et leur douleur, mélangeant tout ce qu’elles avaient vécu jusqu’à présent, et ça s’arrêtait là.

- Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda Vanille.
- Peut-être que Light n’a pas atterrit dans le Valhalla. Peut-être qu’elle a traversé le fil du temps et qu’elle a atterrit à une autre époque.
- J’espère que tu as conscience que ce que tu dis est idiot et surtout impossible, maugréa Fang.
- Pourquoi ça serait idiot et impossible ? contra Vanille. Je t’assure que le dernier rêve que j’ai fait semblait parfaitement réaliste et suivre les précédents. Comme si quelque chose venait altérer mes souvenirs pour en créer des nouveaux au fur et à mesure. Ce que tu as vu tout à l’heure, n’était peut-être pas le fruit de ton imagination, mais bien un souvenir qui était en train de se créer.

Le cœur de Fang rata un battement avant de se mettre à cogner douloureusement contre sa poitrine. Elle avait l’impression de sentir chaque battement se répercuter dans ses côtés et ses autres organes. Elle déglutit et leva les yeux vers Vanille. Cette dernière devait suivre le cheminement de ses pensées, car elle se mordit un coin de sa lèvre inférieure, tout d’un coup mal à l’aise et nerveuse.

- Qu’est-ce qui se passe ? questionna Serah.
- J’espère juste que Vanille a tort, répondit Fang.
- Pourquoi ?

Fang détourna la tête et un silence pesant entoura les trois jeunes femmes avant que Vanille ne le rompe.

- Mes souvenirs sont un peu flous après plusieurs jours. Mais il me semble que c’est à l’époque de mes treize ans. Une Cocoonienne arrive soudainement dans notre village et Ranulf la frappe à la tête avec son gourdin. Après ça, elle est emprisonnée dans une cage.

Serah hoqueta de surprise se redressant brusquement. Son corps était raide et des éclairs dansaient dans ses prunelles océan.

- Tu es en train de me dire qu’un malade a pris la tête de ma sœur pour une pastèque ! gronda-t-elle.
- On… On ne sait pas encore si nos souvenirs sont réels, contra Vanille.
- J’espère pour toi, s’exclama Fang. Parce que de mon côté, ça corrobore ta version et si tu as raison, mon moi de dix-sept ans vient d’aider Hagen à la remettre en état, et j’apprécie moyennement de voir la femme que j’aime dans un état pareil sans pouvoir rien faire pour empêcher ça.
- Oh, par Etro, souffla Serah.

La colère de Fang sembla grossir, gonflant sa poitrine.

- Parlons-en justement d’Etro ! cracha-t-elle.
- Fang, tu ne vas pas enco…
- Quoi ? Si elle est vraiment responsable…
- Mais pourquoi aurait-elle fait ça ? s’agaça Serah. Nous l’avons aidée ! C’est grâce à Light qu’elle est toujours vivante et déesse du Valhalla !
- Justement ! Je ne vois personne d’autre qui soit capable d’autant de pouvoir !
- Et Bhunivelze ? suggéra Vanille.

Fang secoua la tête.

- Non. On la mis en échec. Il n’est pas supposé pouvoir sortir de la prison dans laquelle nous l’avons enfermé. C’est forcément Etro !

Fang se releva prestement sur ses pieds, glissant sa lance dans l’attache derrière son dos. Elle essuya négligemment le sang qui maculait sa main légèrement blessée. Puis, d’un air décidé, elle se mit en route vers la sortie du village.

- Mais où est-ce que tu vas ? interrogea la cadette des Farron d’un ton las.
- Là où j’aurais dû aller tout de suite ! pesta fortement Fang sans s’arrêter.

Serah et Vanille se précipitèrent à sa suite.

- Pour l’amour du ciel, Fang ! Tu ne vas pas aller provoquer la déesse de la mort !
- Si ! J’y vais et je ne vous demande pas de venir avec moi, grogna-t-elle en réponse.
- Si tu veux mon avis, c’est une grave erreur !

Elles grimpèrent les rochers qui permettaient à leur petit village d’être protégé comme à l’intérieur d’une cuve, rejoignant un sentier praticable. Ce dernier bifurquait sur la gauche, menant dans une forêt dans laquelle se trouvait un petit temple qu’ils avaient construit en faveur d’Etro.

- Et qu’est-ce que tu veux faire ? Attendre ? répondit Fang avec hargne. Si c’est vraiment ce que tu veux, alors fais, mais il est hors de question que je reste une minute de plus inactive, surtout si ce que nous voyons en rêve sont réellement des souvenirs.

Fang allongea le pas, voulant rapidement atteindre son objectif. Elle entendit à peine le soupir de défaite provenant de la cadette des Farron. Maintenant que Vanille lui avait mis en tête que ce qu’elle voyait était peut-être des souvenirs, elle n’avait plus une minute à perdre. Si c’était vrai, elle avait un but, elle savait dans quelle direction elle devait aller et elle comptait bien y foncer tête baissée s’il le fallait.

L’idée que Lightning ait fait un bond de six siècles dans le passé lui semblait toujours aussi surréaliste. Normalement, une fois qu’ils avaient réussi à sauver Etro sept ans auparavant, le cours du temps et de l’histoire avait retrouvé sa stabilité et sa linéarité. Tout était rentré dans l’ordre et la déesse devait faire en sorte que ça reste ainsi alors ça lui semblait improbable que ça soit vrai. Mais si c’était le cas, alors il lui était impossible de croire que toute cette situation soit le forfait de quelqu’un d’autre.

Et point encore plus important, si tout cela était réel et que son amante était prisonnière dans son passé, il fallait que Fang se dépêche et redouble d’effort. Lightning n’était certainement pas une faible femme, mais cette époque était très mauvaise pour elle et son statut d’habitante de Cocoon. Bon sang, avec son physique il était impossible qu’elle passe inaperçu et les personnes qui avaient été son peuple ne lui laisserait jamais la chance de s’expliquer.

De toute façon, qu’est-ce qu’elle pourrait leur dire ? Certainement pas la vérité, elle se ferait massacrer dans la minute qui suivrait. Bon sang, Sunshine, pensa Fang. Ne fais rien d’inconsidéré et surtout, ne les provoque pas.

Elle arriva au pied du temple d’Etro sans vraiment le réaliser. Elle cligna des yeux quand elle s’arrêta devant la double porte en bois sculptée, inspirant profondément. Vanille et Serah se placèrent chacune d’un côté. Fang pouvait presque les sentir trembler tellement leurs épaules étaient proches. Elles étaient hésitantes et absolument pas confiante quant à la suite des évènements, mais Fang était loin de vouloir reculer.

Au contraire, elle avança une main pour ouvrir la porte avant qu’une poigne fine et légère de l’arrête. Les petits doigts blancs de Serah entouraient son poignet et la brune tourna la tête vers elle.

- Ça va aller Serah, souffla Fang.
- Tu n’en sais rien.
- J’ai des questions et elle a certainement toutes les réponses.
- Et tu penses sérieusement que la déesse de la mort va te répondre.
- On a déjà eu cette conversation et cette fois, je ne reviendrais pas sur ma décision.
- Fang, soupira Serah.
- Je vais venir avec toi, déclara Vanille qui avait redressé le dos et serré les poings.
- Non, attendez-moi là.
- Alors là, ce n’est carrément pas une bonne idée, grommela la cadette des Farron.

Fang fit un pas en avant tandis que les doigts de jeune femme aux cheveux roses se retiraient de son poignet. La brune abaissa le loquet et entrouvrit la lourde porte en bois.

- Je vous assure que tout va bien se passer.
- Oh, vraiment, répondit ironiquement la rouquine.
- Bien sûr. Après tout… Etro adore Light, non ? Je suis certaine que cette déesse aimerait beaucoup avoir ma femme auprès d’elle pour l’éternité. Si jamais elle n’est pas responsable de tout ça, alors elle voudra certainement m’aider à sauver sa guerrière.

Serah et Vanille soupirèrent de concert alors qu’elle mettait un premier pied dans le temple.

- Tu sembles bien sûre de toi, maugréa Serah.
- Toujours.
- Fais attention.

Fang leur adressa un sourire confiant avant de refermer la porte derrière elle. Malgré toute la confiance et l’assurance qu’elle avait montré, elle sentit son estomac se retourner d’angoisse tandis qu’elle avançait lentement jusqu’au milieu de la salle.

Une pièce unique sans fenêtre, éclairée seulement par de longues torches murales. D’énormes piliers cylindriques soutenaient un toit haut dans lequel avait été retracée la bataille acharnée qu’ils avaient tous menées. Ses yeux se posèrent sur le trône d’Etro devant lequel ceux qui le voulaient pouvait prier. Fait en cristal, il semblait aussi froid que celle pour qui il avait été créé.

Elle ne savait pas vraiment ce qu’elle devait faire. La colère et la frustration la rendaient moins objective et la poussaient à la précipitation. Elle voulait provoquer la déesse, la forcer à sortir de son trou pour l’affronter alors qu’elle lui avait peut-être arraché ce à quoi elle tenait le plus au monde en dehors de Vanille.

Mais toute cette histoire lui fit se souvenir de ses parents. Quand elle était petite, ils lui avaient appris à prier les fal’cies pour qu’ils les protègent des soldats de Cocoon ou qu’ils les aident pour les récoltent ou la chasse. Prier le fal’cie Anima était certainement différent que de prier Etro, mais elle n’avait plus besoin de se montrer hypocritement reconnaissante.

Fang s’agenouilla lentement devant le siège d’Etro. Elle jeta un rapide coup d’œil au plafond, ses yeux survolant les combats hippiques. Au milieu de ceux-ci, elle distingua la silhouette de Lightning. La guerrière d’Etro, entourée de ses amis et protégée d’une aura sombre et puissante. La déesse de la mort n’avait jamais été très loin de son amante.

Fang reporta son regard devant elle, inspira un grand coup et ferma les yeux. Elle pria. Elle ne sut pas pendant combien de temps elle resta agenouillée sur ce carrelage froid à répéter continuellement les mêmes mots, mais au bout d’un certain temps elle sentit son corps s’alourdir et son esprit se brouiller. Pourtant, les phrases se succédaient toujours dans sa tête et elle n’eut pas conscience que l’air s’alourdissait autour d’elle. Finalement, tout se mit à tourner et le temps sembla s’arrêter.

oOo

Note : Ça va arriver régulièrement que vous fassiez des bonds dans le temps, ou autre. J’espère ne pas vous perdre dans la chronologie de l’histoire et si c’est le cas, dite le moi, je suis ouverte pour vous aider à y voir plus clair. J’espère que ça vous captive toujours et à samedi prochain.

Chapter Text

Chapitre 6

 

Avant même d’ouvrir les yeux, Fang sentit qu’il y avait quelque chose qui avait changé. Elle n’entendait plus aucun bruit, même les piaillements des oiseaux qui lui parvenait de l’extérieur il y a encore quelques minutes, s’étaient arrêtés.

La seconde qui suivit, elle ouvrit enfin les paupières et son cœur fit un bond alors qu’elle découvrait autour d’elle, des murs en ruines et écroulés. Des piliers qui ne soutenaient plus de plafond et un sol au carrelage en damier, éclaté et fissuré par endroit. Il faisait sombre et la pierre était noircie par le temps.

Elle se releva et tourna sur elle-même, inspirant fortement quand elle réalisa que cet étrange bâtiment détruit, était le temple d’Etro dans lequel elle priait il y a encore une minute de ça. Il flottait au milieu d’une mer de chaos. L’horizon avait disparu au profit d’une épaisse brume noire tirant sur un rouge écarlate, qui s’étendait à perte de vue

Le siège d’Etro se tenait au même endroit, fissuré et bancale. Fang fronça les sourcils. Qu’est-ce qui s’était passé ? Rêvait-elle encore ? Est-ce que c’était réel ? Elle voulut se déplacer, mais la pulsienne eut l’impression que le sol venait de se mettre dangereusement à trembler et elle se repositionna aussitôt à sa place initiale, le cœur battant férocement dans sa poitrine.

- Bonjour Pulsienne !

Fang sursauta brutalement, son cœur s’arrêtant un seconde avant de repartir. Elle se retourna vers la voix qui venait de l’interpeller. Elle la reconnaitrait entre toutes. Son souffle se coupa quand elle découvrit devant elle son amante, élégamment assise sur le trône d’Etro.

- Lightning ? souffla-t-elle.

La pulsienne voulut faire de nouveau un pas en avant, mais le sol tangua sous ses pieds et elle s’immobilisa une fois de plus pour se stabiliser. Cet endroit était instable.

- Reste où tu es, Pulsienne ! Mes pouvoirs sont restreints. Ma force n’est pas entièrement revenue et mon contrôle sur cet endroit est inconstant, malgré l’aide que Yeul ma gentiment prêtée.

Fang fronça les sourcils et se redressa lentement pour éviter d’agiter la plateforme sur laquelle elle se tenait. Le discourt de cette femme tourna en boucle dans son esprit.

- Tu n’es pas Lightning, souffla-t-elle douloureusement.

Bien sûr que ce n’était pas sa femme, ça aurait été trop facile. Maintenant qu’elle y prêtait plus attention, Fang se rendait compte que ce corps était peut-être celui de Lightning, mais toutes les réactions et tous les gestes étaient différents de ceux de sa compagne.

L’aînée des Farron avait effectivement un maintien un peu raide, mais celui de cette apparition était rigide, comme si ce n’était pas naturel. La peau était pâle, presque translucide et à la place des yeux d’un bleu saisissant qu’elle connaissait par cœur, Fang se sentait transpercée par un regard blanc. Des prunelles laiteuses qui voyaient tout. Passé, présent et avenir.

- Non, répondit la femme. Je ne suis pas elle.

Même cette voix, qu’elle avait cru reconnaître, se révéla légèrement différente. Plus profonde encore que la vraie.

- Mais je suis certaine que tu sais qui je suis, ajouta l’apparition. Après tout, tu m’as appelé à corps et à cri.

Fang déglutit, son cœur battant toujours férocement. Elle inspira profondément par la bouche.

- Etro, souffla-t-elle.
- Oui. Mon pouvoir était encore trop limité pour me permettre de garder mon apparence et répondre à ton appel. Ceci n’est qu’une projection.

La colère s’empara de Fang, faisant bouillir son ventre.

- C’est toi qui es derrière tout ça ! gronda-t-elle. Pourquoi ? Où est Lightning ?
- Calme-toi, Pulsienne ! Je ne ferais aucun mal à ma championne.
- A d’autre ! Tu es la seule qui a assez de pouvoir pour faire ça !
- Non ! répondit Etro d’une voix caverneuse. Le responsable, c’est Bhunivelze !
- Tu te moques de moi ! cracha Fang.

La déesse de la mort se redressa un peu sur son siège. On sentait que cette situation était inconfortable pour elle et le cœur de Fang se déchirait de voir si proche d’elle, le corps de son amante alors que son esprit était ailleurs.

- Veux-tu savoir la vérité ou préfères-tu continuer à m’accabler de reproches ? Nous perdons un temps précieux et la stabilité de cet endroit est précaire. Je ne vais pas pouvoir tenir encore très longtemps.

Fang fronça les sourcils. Etro avait raison, la brune sentait le sol tremblait sous ses pieds. Bientôt, cette plateforme s’effondrerait, avec elle dessus. Est-ce que c’était risqué pour elle ? Comment finirait-elle si elle tombait ?

- Ne t’inquiète pas, fit la déesse de la mort. Je n’ai emmené que ton esprit ici. Ton corps se trouve toujours à l’intérieur du temple, dans la réalité.
- Où sommes-nous ? demanda Fang.
- Entre ton monde et le mien. Un endroit à part que j’ai créé avec l’aide de Yeul. Je ne peux pas quitter le Valhalla pour le monde réel, et tu n’aurais pu me rejoindre dans mon royaume qu’a la seule condition d’être morte. Mais il fallait que je trouve un moyen de te parler et je savais que tu allais venir prier.
- C’est vrai que tu es omnisciente, grommela Fang.
- Passé, présent et avenir. Rien n’a de secret pour moi, agréa Etro.
- Alors tu sais où se trouve Lightning ?

Un court silence les enveloppa. Fang tourna la tête à droite et à gauche sentant le maintien de cet univers osciller dangereusement. Etro fatiguait.

- Je sais où elle se trouve, et tu le sais aussi.
- A Oerba, souffla Fang. Mais ce n’est pas possible ! Bhunivelze ne peut pas l’avoir envoyé là-bas ! Nous l’avons enfermé profondément dans le néant, et tu devais faire en sorte qu’il ne puisse jamais en ressortir !
- Oui, je sais.

La voix devenait de plus en plus grave et basse. Etro perdait de la puissance sur cet endroit où elle les avait emmenées.

- Alors quoi ? s’agaça Fang.
- Sache, pulsienne, que j’étais très faible quand j’ai repris le pouvoir et que je suis seule pour tout maintenir en ordre. L’énergie que je récupère ne compense pas celle que je dois dépenser.
- Mais ça fait sept ans !
- Ça semble peut-être long pour toi, mais pour moi… Ce n’est qu’une fraction dans le temps. Les minutes, les heures et même les jours n’ont aucune importance. Il peut s’être passé sept ans, comme cent, il n’y a aucune différence et c’est pareil pour Bhunivelze. J’ai sous-estimé sa puissance.
- Qu’est-ce qui s’est passé ?

Le sol trembla sous ses pieds et Fang manqua de perdre l’équilibre.

- Qu’est-ce qui s’est passé ? répéta-t-elle, alors qu’Etro restait silencieuse.

Un soupir d’outre-tombe lui parvint et Fang fronça les sourcils, espérant que la déesse de la mort et Yeul tiennent encore un peu.

- Bhunivelze a retrouvé une bonne partie de son énergie plus rapidement que je ne l’avais imaginé. Il a senti que mon maintien sur sa prison était instable et il en a profité.
- Il est sorti du néant ? s’écria la pulsienne.
- Non, pas encore, répondit Etro. Mais sa force augmente et il s’en rapproche. Avant de sortir, il veut anéantir ceux qui l’ont enfermé.
- Light, souffla Fang.
- Oui. Ainsi que Yeul, moi et par extension mon royaume. J’ai vu ce qu’il comptait faire à ma championne et j’ai seulement eu le pouvoir de dévier sa trajectoire.
- Six cent ans dans le passé, ce n’était franchement pas une bonne idée ! pesta Fang. L’envoyer dans un petit village de pulsien alors qu’elle est de Cocoon ! A cette époque, elle va se faire lyncher.
- Elle est forte ! contra Etro avec assurance.

Droite sur son siège malgré l’instabilité de son esprit, Fang ne pouvait qu’être témoin de la force et de la confiance qu’avait cette déesse en son amante. Mais Lightning n’était plus seulement une guerrière.

- Vous oubliez que c’est une humaine, qu’elle peut vraiment être imprévisible quand elle veut et surtout, qu’elle n’a plus aucun pouvoir. Elle est forte, mais contre tout un peuple…
- J’ai mis sur sa route un vieil ami qui veillera sur elle.

Fang voulut répondre, mais une violente secousse la propulsa au sol, à genou. Elle se rattrapa avec ses mains, tournant la tête sur le côté pour voir un des piliers s’écrouler dans le néant, emportant avec lui une partie de la plateforme.

Une fissure se créa tout le long du carrelage qui commença à pencher dangereusement à la verticale. Fang glissa se rattrapant de justesse un l’un des derniers piliers encore debout. Elle jeta un œil vers Etro. La déesse n’avait pas bougé d’un cil et se trouvait toujours assise sur son trône, aussi impassible qu’une statue de cristal.

- Nous devons nous quitter, pulsienne. Je dois aller régénérer mes forces, déclara la voix caverneuse d’Etro.
- Non ! Je dois retrouver Light ! Ramène-là ou envois-moi jusqu’à elle ! exigea Fang.
- Je ne peux pas. Pas encore !

La voix de la déesse était de plus en plus basse et loin. Cet espace était en train de sombrer. Etro allait retourner au Valhalla et elle, elle allait réintégrer son corps dans le temple, mais aucune solution pour retrouver son amante ne lui avait été donnée.

Le sol en damier ce scinda en deux. Une partie tomba dans le noir, engloutit dans les profondeurs de cet endroit tandis qu’elle se retenait désespérément au dernier pilier.

- Je reviendrais vers toi, pulsienne, déclara Etro.
- Quand ? cria Fang.
- Dès que j’aurais recouvrée assez de force.
- Non ! Non, on a pas assez de temps pour ça !
- Tu dois réintégrer ton corps maintenant.
- Non ! Etro…

Toutefois, même avec toute la volonté qu’elle avait à s’accrocher à ce pilier pour rester dans cet endroit, Fang fut tirée en arrière. Ses mains glissèrent, ses ongles raclant contre la pierre et elle se sentit chuter dans le néant sans pouvoir rien faire.

oOo

Quand elle reprit conscience, elle était allongée de tout son long sur le sol froid du temple d’Etro. Ses yeux fixèrent un instant le plafond haut, sa vision distinguant à peine la fresque des combats. Elle prit une inspiration et fronça les sourcils quand un fracas se fit entendre au niveau de la porte d’entrée.

Elle se redressa lentement en position assise à l’aide de ses bras, grogna et porta une main à sa tête qui tournait désagréablement. Des bruits secs et brutaux cognaient toujours contre la porte, la faisant maugréer entre ses dents. Finalement, celle-ci céda enfin, la faisant se retourner brutalement.

Fang plissa les traits de son visage, surprise en découvrant Snow et Gadot qui venaient d’emboutir la porte en bois. Vanille et Serah se tenaient debout derrière eux, semblant complètement angoissées.

- Mais ça ne va pas ! grogna Fang, se sentant étrangement lasse. Qu’est-ce qui vous prend !?
- Oh ! Fang ! s’écria Vanille, pénétrant le temple au pas de course, suivit par Serah.
- Toi, qu’est-ce qui te prend ?! répondis la cadette Farron. Ça fait deux jours que tu es enfermée là-dedans et on n’arrivait pas à ouvrir la porte !

Fang cligna des yeux, tournant la tête vers sa jeune belle-sœur.

- C’est une plaisanterie ? fit-elle.

Elle remarqua les airs inquiets qu’ils arboraient tous. Ce n’était pas possible. Sa conversation avec Etro n’avait pas pu durer deux jours. A peine une heure, tout au plus. Elle porta une main à sa tête avant de sentir son estomac se contracter douloureusement. Elle mourrait de faim, comme si effectivement, elle n’avait pas mangée depuis des jours.

- Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda Vanille.
- Tu as vu Etro ? ajouta Serah.

Fang soupira et frotta son visage avec ses mains.

- Ouais, souffla-t-elle. J’ai vu Etro.
- Sérieux ! s’écrièrent Vanille et Serah en même temps.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qu’elle t’a dit ? interrogea Snow en s’approchant.
- D’après elle, Bhunivelze est derrière tout ça et il aurait voulu se débarrasser de Light qui est responsable de son échec d’il y a sept ans. Etro aurait réussi à intervenir, malgré que ses forces ne soient toujours pas entièrement revenues et elle aurait eu de justesse la possibilité de changer sa trajectoire.
- Attends, attends ! s’exclama Snow. Bhunivelze ?
- Tu es sérieuse ? ajouta Gadot moqueusement.

Fang soupira de nouveau, grimaçant en se relevant lentement, Vanille et Serah l’aidant.

- C’est une longue histoire, souffla-t-elle.

Son estomac grogna douloureusement une fois de plus et elle afficha une mine contrite.

- J’ai vraiment besoin d’avaler quelque chose, autant solide que liquide. Je meurs de faim et de soif.
- Viens à la maison, fit Serah. J’ai de bons restes dans le frigo qui n’attendent que toi.

Fang esquissa un sourire et acquiesça. Depuis que Lightning avait été avalée par le portail dimensionnel, la cadette Farron avait décidé qu’elle resterait avec eux. Elle avait été jusqu’à lui aménager la chambre d’ami. Fang n’avait pas eu le cœur de refuser, ne désirant pas blessée un peu plus Serah et elle avouait aussi, que ça lui faisait du bien de rester entourée. La seule fois où elle avait été obligée de rentrer chez elle, Fang s’était brutalement retrouvée confrontée face à la réalité de la disparition de son amante.

Elle avait à peine mis un pied sur le pas de la porte d’entrée, qu’elle s’était senti mal. Sans Lightning, elle n’était pas à sa place ici. Fang avait posé ses yeux sur les murs, sur chaque meuble, les objets. Tout était à sa place, en ordre, comme si rien ne s’était passé, comme si tout son monde à l’intérieur d’elle ne venait pas de s’effondrait. Les affaires de Lightning reposaient toujours au même endroit, attendant presque tranquillement que la propriétaire des lieux vienne s’en servir. Le livre qu’elle lisait en ce moment, trainait encore sur la table basse du salon, marqué là où sa compagne s’était arrêté avant tout ce désastre. Son cœur s’était alors douloureusement serré quand elle avait réalisé qu’il manquait justement la tête rose de la femme qu’elle aimait pour rendre cette maison vivante.

Elles avaient construit cette demeure à deux. Elles s’étaient investies dedans, se chamaillant, se taquinant, se disputant aussi. Mais souvent, elles avaient ri, finissant régulièrement les pieds dans l’eau au lieu d’avancer le pilotis. Cette maison était pleine de souvenirs et y remettre les pieds en se sachant seule avait été trop pénible pour Fang. Alors elle avait pris volontiers la fuite, acceptant l’offre proposée par Serah.

oOo

Un peu plus tard dans la soirée, Serah était assise dans un coin du canapé, une tasse de thé entre les mains. Elle regardait le soleil entamer sa descente aux travers des larges fenêtres de son salon, plongée dans ses pensées.

Fang, qui se reposait maintenant dans sa chambre, leur avait raconté tout ce qu’elle s’était dit avec la déesse Etro et Serah ne pouvait pas s’empêcher d’être perplexe. Bhunivelze était vraiment derrière toute cette histoire ? Uniquement dans le seul but de vouloir se venger et obtenir toute puissance ? Est-ce qu’un dieu pouvait se montrer aussi égoïste et malveillant ? N’était-il pas normalement là pour leur apporter à tous une vie sereine et au contraire, soutenir et faire prospérer ce monde ?

Lightning et leur groupe l’avait mis en échec, l’enfermant dans le néant et ça n’avait servi à rien. Bhunivelze n’avait pas réfléchis aux conséquences de ses désirs et maintenant, il revenait plus mauvais et puissant. Que comptait-il faire ? Combien de temps leur restaient-ils ?

Il avait échoué une nouvelle fois et Etro avait réussi à sauver sa sœur, mais elle se trouvait six cent ans dans le passé, sans aucun pouvoir. C’était la seule qui avait eu assez de force et de possibilité pour atteindre Bhunivelze, et elle en payait le prix. Etait-elle seulement au courant de ce qui se passait ?

Arriverait-elle à survivre face au monde hostile de Gran Pulse d’il y a six siècles ? Elle est forte, c’est certain, mais d’après Fang et Vanille, Lightning était en mauvaise posture. Les habitants d’Oerba n’étaient pas très cordiaux avec ceux de Cocoon et inversement, alors Serah imaginait très bien la situation précaire dans laquelle devait se trouver sa sœur. Une cocoonienne tombée de nulle part sur les Terres de Gran Pulse tandis que les deux peuples sont en guerre. Si Lightning n’avait pas un peu de chance, elle allait certainement se faire exécuter.

Le cœur de Serah se contracta douloureusement et elle resserra sa poigne autour de sa tasse. Un corps chaud et massif vint s’installer contre elle, passant un bras réconfortant autour de ses épaules. Une large main retira sa tasse de thé froide de sa poigne, faisant doucement sourire la cadette Farron. Snow déposa un baiser sur sa tempe, la serrant tendrement contre lui, tandis que Serah posa affectueusement sa tête sur sa large épaule.

- A quoi tu penses ? demanda-t-il gentiment, son menton dans ses cheveux.
- Est-ce que tu crois vraiment que tout ça est possible ? Que Bhunivelze est derrière tout ça ?
- Je crois, Fang. Elle ne nous mentirait pas. Vanille et elle ont les mêmes souvenirs, ça ne peut pas être une coïncidence.

Serah soupira doucement, fermant les yeux de fatigue.

- Je crois aussi Fang, mais j’ai peur. Je croyais qu’on en avait fini avec tout ça et voilà que tout recommence.
- Ça va aller, déclara Snow, voulant être réconfortant.

Il glissa sa main dans les boucles roses, pressant la tête de sa fiancée contre lui.

- Comment on va retrouver Light ? Comment on va la ramener ? On ne peut pas se jeter de nouveau dans le cours du temps, ça serait trop dangereux. Alors comment on va la sortir de ce passé ?
- Etro a surement une idée. Elle prépare certainement quelque chose.
- Fang a dit qu’elle n’était pas encore entièrement remise, contra Serah. Qu’elle était encore faible. C’est pour ça que Bhunivelze a réussi à sortir de sa prison. Crois-tu vraiment qu’on peut compter sur elle ?
- C’est une déesse, répondit le grand blond.
- Une déesse qui a échouée, grommela Serah.
- Elle est seule à diriger un royaume aussi vaste que le Valhalla, tout en devant garder une emprise infaillible sur la prison de Bhunivelze, mais aussi sur le monde divin. Les fal’cies ne sont plus là pour l’aider. J’imagine que ça ne doit pas être de tout repos, dis Snow.

Serah releva légèrement la tête pour rencontrer les deux prunelles d’un bleu glaciale de son époux.

- C’est moi, ou tu sembles avoir beaucoup de respect pour cette déesse ?
- Elle nous a prouvée plusieurs fois qu’elle était différente de Bhunivelze. Elle a montrée qu’elle était douée de compassion quand elle nous a aidées. Quand elle nous a sauvées de notre stase de cristal. Elle fait des erreurs et elle essaie de les réparer. Pour Bhunivelze, elle est une erreur parce qu’elle se rapproche justement plus de nous, que de lui. Mais pour nous, je pense qu’elle est une chance.

Serah reposa sa tête contre l’épaule de Snow, esquissant une petite moue dubitative. Etro lui avait arraché son aînée et si elle n’avait pas eu les pouvoirs de Yeul à cette époque, elle ne se serait jamais souvenue de Lightning. De sa précieuse grande sœur qui avait sacrifié jusqu’à ses moindres désirs pour elle. Qui avait veillé sur elle et lui avait apporté une vie normale. Si Etro avait pu, elle l’aurait gardé avec elle, Serah en était certaine.

- Et puis, tu sais quoi ? reprit Snow.
- Hum ?
- Malgré son statut de déesse, s’il y a bien une humaine pour qui Etro serait capable de retourner le temps et les mondes, c’est bien pour Lightning.
- Tu crois que la déesse de la mort en pince pour ma sœur ? fit Serah avec un rire.

La poitrine de Snow trembla sous son amusement.

- Après toutes ces années, je crois que plus rien ne pourrais me surprendre.

Un agréable silence, durant lequel Serah en profita pour s’approprier toutes l’affection que Snow lui transmettait, se posa sur eux. Elle se pressa entre les bras du grand blond, appréciant sa chaleur et sa tendresse. En ce moment, elle avait plus que besoin de tout l’amour que son mari avait pour elle.

- Je ne veux pas la perdre, finit-elle par souffler. Je ne veux pas revivre ça.
- Je suis certain que ça va aller. Sis’ ne va pas se laisser abattre aussi facilement. Ce n’est pas quelques pulsiens associables qui vont avoir raison d’elle.
- On parle de tout un village, là ! D’un monde ou Gran Pulse est encore en guerre avec Cocoon. L’un d’eux a déjà apparemment explosé la tête de ma sœur avec un gourdin. Imagine l’état dans lequel elle doit se trouver…
- Eh, Serah, coupa Snow.

Il la redressa contre lui, enveloppant ses frêles épaules de ses larges mains.

- Trésor, arrête de t’imaginer le pire. Etro a dit à Fang qu’elle avait fait en sorte que quelqu’un veille sur Lightning si elle en a besoin. Et on va tout faire pour trouver une solution et la ramener chez nous.

Serah soupira et acquiesça lentement. Il l’embrassa tendrement sur le front et elle sourit.

- En attendant, ajouta-t-il un instant après. Il va falloir que ta sœur mette son impatience et son mauvais caractère de côté pour éviter de provoquer le sang chaud de ces pulsiens.

La cadette Farron fronça les sourcils et frappa doucement le bras de Snow.

- Tu es supposé me rassurer et me réconforter, et non pas me faire angoisser un peu plus, grogna-t-elle.

Snow émit un rire et l’embrassa une fois de plus avant de s’écarter.

- Tu devrais aller voir Fang, dit-il en se levant. Elle a besoin de passer un peu de temps avec toi.
- Je ne crois pas qu’elle ait envie de me voir en ce moment.
- Ça, c’est parce que vous n’avez pas le même caractère. Mais vous faites partie de la même famille maintenant, je suis certain que ça vous fera du bien à toutes les deux d’être un peu ensemble, sans vous disputer.

Il caressa gentiment l’une de ses joues puis la quitta pour rejoindre la cuisine. Serah pinça légèrement les lèvres, tournant la tête vers la baie vitrée. Les derniers rayons de soleil enflammaient le ciel de sa couleur orangé, laissant doucement la place au bleu sombre de la nuit.

Avec le temps, elle avait appris à connaître la pulsienne. Fang était la seule de leur groupe que Serah n’avait jamais rencontrée avant que toute cette histoire ne prenne fin, et elle en avait été frustrée. Cette grande brune l’avait tellement intrigué. Vanille parlait d’elle avec passion. Les yeux lagons de la rouquine brillant toujours d’affection quand elle racontait des anecdotes sur son aînée. Snow, Sazh et Hope lui avaient parlé de Fang comme d’une chasseuse accomplie, une guerrière valeureuse et loyale.

Toutefois, Fang n’avait jamais été plus belle et intrigante qu’à travers les mots de Lightning. Sa grande sœur s’était plusieurs fois confiée à elle et Serah l’avait toujours écoutée avec attention et attendrissement. Quand Lightning parlait de Fang, la cadette Farron découvrait une femme juste et attachante, avec des valeurs, des désirs et des sentiments. Une femme qui en avait vu et vécut plus qu’elle n’aurait dû.

Serah avait aimé la pulsienne au travers de Lightning. Elle avait adoré voir la transformation qui s’opérait chez sa sœur aînée grâce à la brune. Pour la première fois, la cadette Farron avait eu le sentiment que Lightning prenait enfin du plaisir à vivre et elle s’était sentie rassurée. Même si Light était indéniablement forte, fière et indépendante, Serah savait que Fang était là pour veiller sur elle. La plus jeune avait confiance en la pulsienne.

Aujourd’hui encore, malgré ce qui s’était passé, Serah n’avait aucun doute sur le fait que sa belle-sœur mettrait toute l’énergie qu’elle avait pour retrouver sa femme. Serah n’avait aucun reproche à lui faire, mais Fang pouvait se montrer parfois tellement orgueilleuse. Elle se blâmait elle-même pour tout ce qui était arrivée et préférer se murer la colère.

La pulsienne était une personne au sang chaud et en ce moment, elle était furieuse et triste. Elle avait besoin d’un bouc émissaire et d’agir pour ne pas sombrer. Serah la comprenait, mais elle ne voulait pas que la brune fasse quelque chose d’inconsidérée. Aller provoquer Etro avait été, de son avis, risqué et irresponsable. Qu’est-ce qui leur garantissait que la déesse n’allait pas lui faire payer cet affront ?

Malgré tout ce qu’ils avaient vécu, Serah restait craintive, elle l’avouait, mais elle n’avait eu aucune envie de perdre une autre personne qu’elle aimait en si peu de temps. Pourtant, au fond d’elle, la cadette Farron était d’accord avec Fang. Il fallait trouver une solution et elle ne voulait pas que la pulsienne pense qu’elle ne la soutenait pas. Serah voulait seulement que la brune fasse attention.

Dernièrement, elles passaient leur temps à être en désaccord et le cœur de Serah se contracta. Elle soupira doucement, décidant qu’une réelle conversation s’imposait. Snow avait raison, elles formaient une famille, unis dans la même douleur et il était hors de question qu’elles traversent ça chacune de leur côté. Elle hocha la tête, déterminée et se leva pour rejoindre le couloir ou se trouvait les chambres.

oOo

A samedi prochain…

Chapter Text

Chapitre 7

 

Lightning fronça les sourcils, se demandant où elle avait atterrie. Elle tourna sur elle-même, cherchant un quelconque point de repère, mais rien. Elle était pourtant persuadée de se trouver à Oerba, en très mauvaise posture d’ailleurs.

Ceux qui devaient représenter le conseil du village se tenaient devant elle alors qu’elle était fermement attachée à un anneau en fer, planté dans le sol. Elle les écoutait débattre sur son sort tandis que ses oreilles bourdonnaient et que le sang battait férocement entre ses tempes. Ensuite, plus rien. Le noir l’avait englouti sans qu’elle sache ce que ces gens lui reversaient comme surprise.

Lightning n’avait aucun souvenir depuis. C’était comme si elle était soudainement arrivée ici, un peu comme quand elle avait atterri sur le sol de Gran Pulse six siècles dans le passé. Vivre des aventures, elle voulait bien, mais il lui semblait en avoir bien assez fait depuis toutes ces années et franchement, qu’une tierce personne s’amuse à lui faire faire des bonds dans le temps sans qu’elle ne se rende compte de quoique ce soit, ça lui plaisait moyennement.

Elle porta une main à sa tête, s’apercevant qu’elle n’avait plus aucune blessure et que le sang qui la maculait avait entièrement disparu. Baissant les yeux sur elle, Lightning découvrit qu’elle portait toujours sa robe de cérémonie, mais que cette dernière était aussi propre éclatante qu’au premier jour. Elle froissa légèrement le tissu entre son pouce et son index pour constater de la véracité de cette réalité ou non.

Finalement, elle releva la tête autour d’elle. Son environnement n’était composé de rien d’autre hormis d’une immense étendue sableuse qui la fit désagréablement frissonnée. Pas un bruit ne lui parvenait et aucun indice ne lui indiquait un quelconque chemin qu’elle pourrait prendre. Lightning leva la tête vers le ciel et elle fronça de nouveau les sourcils. Bleu, limpide, pas un nuage à l’horizon ni même un oiseau et elle se demanda si tout ça était vraiment réel.

Puis brusquement, le décor changea. Si vite qu’elle en eut le tournis. Elle vacilla sur ses pieds et se stabilisa doucement avant d’écarquiller un peu les yeux de surprise. Une vague de froid lui fit baisser le regard vers ses pieds. Elle était dans l’eau. L’océan de Gran Pulse. Son souffle se bloqua dans sa gorge tandis qu’elle relevait la tête pour détailler ce qui l’entourait.

La vaste plage de Néo-Bodhum. L’océan s’étendait à perte de vue et un peu plus loin, elle repéra sa maison. Elle était chez elle. Son cœur fit une embardée dans sa poitrine et elle voulut entamer un premier pas, l’euphorie de retrouver sa demeure, sa famille, Fang, la saisissant au ventre. Mais elle resta sur place, les pieds semblant collés au sable.

Lightning ne pouvait pas bouger. Elle tomba à genou, la déception l’envahissant aussi vite que la joie. Elle n’aimait absolument pas les montagnes russes au niveau émotionnelle, ça avait toujours le don de la rendre irritable. Elle n’était pas chez elle, et le pire, c’est qu’elle n’avait donc aucune idée d’où elle se trouvait.

Est-ce que quelqu’un s’amusait avec elle ? Est-ce que c’était un nouveau jeu pour la tourmenter ? Comment était-elle supposée combattre, si elle ne savait pas ce qui l’attendait ? Avait-elle tout imaginé depuis le début ? Lightning s’assit dans le sable, levant les yeux vers les myriades d’étincelles qui brillaient sur la surface de l’océan.

- Sunshine ?

Son cœur s’arrêta une seconde avant de brutalement repartir. Lightning se retourna, certaine d’avoir imaginé la voix de Fang. Mais non, la pulsienne se tenait bien là, débout derrière elle. Elle était comme elle l’avait toujours connue. Aussi belle et charismatique. Une lueur brillait dans les prunelles émeraude que Lightning désespérait de revoir un jour.

Mais tout ça n’était pas réel, elle en était persuadée. La brune s’approcha lentement d’elle et cela confirma sa théorie. Après tout, elle-même ne pouvait pas bouger comme elle le voulait ici, mais Fang, oui. La pulsienne s’assit à ses côtés et leur regard se croisa de nouveau.

Un étau serra la poitrine de l’aînée des Farron. C’était tellement douloureux de savoir la femme qu’elle aimait à la fois à portée de main et si loin d’elle. Lightning leva une main et vint effleurer une joue bruni par le soleil. Glissant ses doigts dans les mèches noires, elle apprécia leur douceur, jouant un instant avec une petite tresse avant de venir appuyer son front contre celui de sa femme.

- Fang, souffla-t-elle.

Des bras passèrent autour de sa taille et Lightning fut attirée dans une profonde étreinte. Aussi farouche et aimante que si elle avait été réelle. Lightning connaissait parfaitement Fang. Son être entier n’avait pas de secret pour elle. Sa voix, ses gestes et ses habitudes. Son esprit avait tout mémorisé au point d’être capable de rejouer à la perfection chacun des souvenirs qu’elle avait de sa femme.

- Je suis là, Sunshine.

Lightning fourra son nez dans le cou de la brune. La force de son étreinte et même son odeur était présente, identique et elle sentit son ventre se contracter. Elle tourna la tête vers l’océan, les vagues venant lécher leurs pieds nus.

- Tout ça, ce n’est pas réel, exprima-t-elle doucement.
- Non. Nous sommes dans ta tête.

Lightning pinça les lèvres. A quoi tout ça rimait ? Il était hors de question qu’elle rentre dans ce jeu. Elle s’écarta de Fang. Un profond sentiment de frustration et de dégout la saisit. Lui donner ce qu’elle désirait le plus sans que cela soit réel, c’était sournois et elle n’était pas désespérée au point de se contenter des illusions que pouvait lui envoyer son esprit.

- Je ne jouerais pas à ça ! déclara-t-elle froidement.

Les mains de Fang voulurent l’attirer de nouveau dans son étreinte, mais Lightning se releva pour s’en éloigner un peu plus. La brune l’imita, se redressant sur ses pieds, les sourcils froncés.

- De quoi tu parles ? râla-t-elle. Nous n’avons pas beaucoup de temps !

Cette imitation ressemblait tellement à son amante. Cette irritation et cette impatience, c’était tellement caractéristique de la pulsienne, mais il fallait qu’elle garde à l’esprit que ce n’était pas Fang.

- Tu n’es pas réelle !
- Bien sûr que non ! Comment je pourrais l’être !

Lightning fronça les sourcils. Qu’est-ce que c’était que cette histoire encore ? Qu’est-ce qui se passait exactement ? Elle en avait vécu des choses étranges, mais là, elle tapait dans les records.

- Il faut que tu te réveilles, Sunshine ! reprit Fang, hâtivement. On ne peut pas rester ici !

L’ancienne guerrière observa Fang, dubitative. Qu’est-ce qu’elle voulait dire par là ? Pourquoi devait-elle se réveiller ? Si elles étaient dans sa tête, et que la brune n’était que le fruit de son imagination, elles pouvaient bien rester ici autant de temps qu’elles le voulaient, non ?

Après le coup de gourdin qu’elle avait reçu de cette brute et son état de santé qui en avait résulté, Lightning commençait doucement à se demander si elle n’avait pas perdu l’esprit. Etait-elle dans le coma ? Si c’était le cas, elle avouait volontiers que se trouver ici était plus agréable que de supporter l’animosité de ces pulsiens.

Des mains enserrèrent ses épaules et elle releva le nez vers Fang, ses yeux rencontrant ceux les prunelles vertes de son amante.

- Il ne faut pas que tu restes ici plus longtemps, tu m’entends ?! s’exclama cette dernière.
- Pourquoi pas ? râla Lightning. Nous sommes dans ma tête, je peux bien y rester autant de temps que je le désire !
- Tu as reçut un sérieux coup sur le crâne, Sunshine ! Tu ne dois pas rester inconsciente plus longtemps !

Lightning fronça les sourcils. Fang avait raison. Vu le coup qu’elle avait reçu, une commotion n’était pas à négliger. Toutefois, même si elle l’avait voulu, elle n’avait aucune emprise sur l’extérieur. Elle ne savait pas comment faire pour forcer son esprit à réagir. Lightning regarda fixement la brune, celle-ci semblant nerveuse, ce qu’elle anormal pour une illusion.

- Tu n’es pas réelle ? demanda Lightning.

Fang esquissa un sourire en coin, mélange de malice et de regret. Ses mains descendirent le long de ses bras et entoura tendrement ses poignets. Les doigts étaient ni chaud ni froid, la confortant dans l’irréalité de cette scène, pourtant, Lightning avait l’impression de pouvoir sentir leur douceur comme si tout cela était authentique. Elle fit glisser ses propres mains dans celles de Fang, serrant fermement les longs doigts fins et tannés.

- Qu’est-ce que tout cela veut dire ? Tu sors vraiment de mon imagination ?

Lightning releva le nez vers son amante, rencontrant de nouveau les deux prunelles d’un vert saisissant qui brillaient de façon étrange.

- Ça serait trop long à t’expliquer, et nous n’avons pas le temps.
- Pourquoi ?

Fang secoua la tête et relâcha ses mains. Lightning ressentit dans le creux de son ventre un horrible sentiment de perte. Elle hésita entre abaisser ses mains et les tendre pour retrouver le contact de son amante, mais cette dernière la stoppa dans son élan.

- Nous ne pouvons pas faire durer ce moment plus longtemps.
- Quoi…
- Il faut que tu te réveilles ! Maintenant !

Lightning voulu protester, s’insurger. Après tout, elles se trouvaient dans sa tête, personne n’avait le droit de décider pour elle de ce qu’il s’y passait. Mais son souffle se coupa et elle se sentit brutalement arrachée.

Qu’est-ce qu’il s’était passé ? Le lieu qu’elle venait de quitter avait-il entièrement disparu dans le néant ? Est-ce que son esprit l’avait détruit ? Où était Fang ? Le noir l’entoura soudainement et Lightning sentit l’angoisse venir sournoisement l’étreindre. Même si ce n’était qu’une illusion crée de toute pièce, tout son être voulait y retourner. Retrouver la sécurité de cet environnement qu’elle connaissait ainsi que les bras de Fang. Les bras de sa femme dont on l’avait privé beaucoup trop tôt alors qu’elles venaient seulement de se marier.

Lightning voulait rentrer chez elle. Elle ne voulait pas encore être au cœur d’une aventure tourmentée ni devoir endurer une fois de plus des pertes et des souffrances. Elle n’aspirait qu’a la paix et au bonheur qu’elle avait dûment mérité.

Aussi soudainement qu’elle avait ouvert les yeux la première fois sur ce désert de sable, l’inconscience revint la cueillir.

oOo

Hagen avait pris soin de la cocoonianne tout le restant de la journée et toute la nuit qui suivit. Elle n’avait pas eu la possibilité de quitter une seule fois le chevet de sa patiente, et elle avait à peine réussi à fermer l’œil pendant quelques minutes.

L’étrangère était restée désagréablement inerte. La fièvre n’avait pas voulue redescendre à un niveau plus tolérable alors Hagen s’était astreinte à rafraichir continuellement sa patiente tout en la faisant régulièrement boire. Cependant, cette dernière n’avait eu aucune réaction et la guérisseuse commençait à craindre que le coup porté à son crâne, n’ait causé plus de dégâts qu’elle ne l’avait imaginé.

A sa demande, Bernulf avait transporté l’étrangère jusque dans une chambre propre et spartiate. Depuis, elle naviguait dans la pièce entre le fauteuil qui se trouvait au côté du lit, et la petite salle de bain attenante pour remplir régulièrement la bassine d’eau.

Bernulf et Gervald, quand à eut, gardaient toujours l’extérieur au cas où que la cocoonianne déciderait de lui sauter à la gorge. Cette femme n’était même pas capable de reprendre conscience pour avaler une gorgée d’eau, alors l’étrangler… Hagen soupira doucement, trempant un linge propre dans le récipient d’eau avant d’éponger le visage rougis par la fièvre. Elle laissa la petite serviette sur le front et se rassit lentement dans son siège.

Soutenant sa tête d’un de ses poings, la guérisseuse observa cette étrangère d’un regard un peu flou mais plus posé. Hagen voulait rester objective. Il était hors de question pour elle de ressembler à une barbare. Les autres habitants pouvaient bien être des monstres pour la plupart, elle ne voulait pas leur donner la satisfaction d’être comme eux.

Hagen avait ses propres valeurs, et même si elle nourrissait des craintes et des aprioris sur le peuple d’en haut, tout chez cette femme semblaient différents. Sa façon d’être arrivée sur Gran Pulse était curieuse pour commencer. Il était catégoriquement impossible qu’elle soit tombée de Cocoon. Vu la hauteur à laquelle se trouvait la sphère de ce peuple, cette femme se serait écrasée sur le sol, le corps brisé en mille morceaux.

De plus, elle n’était pas habillée comme l’un de ces soldats. Elle donnait tout l’air d’être ordinaire, une simple civile, mais quelque chose retenait l’attention d’Hagen maintenant que Fang lui en avait parlé. La guérisseuse n’y avait pas vraiment prêté attention jusqu’à présent, parce qu’elle était restée focalisée sur l’importante blessure qu’avait reçu cette femme à la tête, mais la fille de Fergus lui avait faite réaliser l’anormalité de sa tenue.

Elle y avait jeté un rapide coup d’œil quand elle avait réussi à glaner une minute ou deux. Le style de la robe n’était pas tout à fait identique. Quelques modifications avaient été faite, rendant l’habit moins cérémonieux et plus sophistiqué, l’embellissant grâce à la présence légère de la dentelle. Mais le reste était typique des tenues de mariage de leur peuple. La souplesse et la simplicité du voile, jusqu’aux petites perles bleues qui venaient adoucir la sévérité de la robe.

C’était un magnifique ouvrage, authentique, Hagen en était certaine. C’était d’ailleurs vraiment dommage qu’il soit maintenant en si mauvais état. Ce vêtement avait été fait main, mais par qui ? Ce n’était certainement pas quelqu’un de Cocoon, qui avait leur monde en horreur, qui aurait fait ça. Alors dans ce cas, comment cette femme s’était retrouvée avec un tel ensemble sur le dos ?

Hagen se frotta rapidement le visage, reposant son bras sur le rebord du lit. Elle soupira et étira légèrement son dos autant qu’il lui était possible de le faire en étant assise depuis des heures sur son fauteuil inconfortable. Sans y faire attention, ses yeux se posèrent sur la main gauche de l’étrangère, qui se trouvait juste devant elle.

La guérisseuse fronça un peu les sourcils et se redressa. Elle effleura d’abord du bout de l’index l’annulaire de la cocoonianne avant de s’emparer de la main. Hagen jeta un coup d’œil suspicieux à la femme avant de revenir aussitôt à l’alliance, qui brillait au doigt de l’étrangère. Elle ne chercha pas à retirer la bague. Si les doutes qu’elle avait sur la présence de ce bijou étaient fondés, ça serait peine perdue de vouloir l’enlever.

A la place, elle tourna l’anneau autour du doigt, le détaillant minutieusement. Instinctivement, Hagen jeta un coup d’œil à sa propre alliance qui reposait toujours révérencieusement à son annulaire. Un jonc fait d’or jaune dans lequel s’emmêlait une fine lanière d’obsidienne. La couleur des yeux sombre du clan Lier auquel avait appartenu son défunt époux. Il était décédé il y a des années de ça, attaqué par une bête féroce alors qu’il était sorti du village cueillir d’importante plantes médicinales.

Pendant très longtemps Hagen en avait été profondément meurtrie. Peu importe d’y vivre depuis toujours et de savoir que la vie sur Gran Pulse est dangereuse, une fois qu’on y ait vraiment confronté, on en ressent quand même une profonde rancœur. Elle n’approuverait jamais les méthodes de Ranulf, mais elle comprenait la haine que nourrissait l’homme envers Cocoon.

Ces habitants vivaient dans l’opulence et la facilité. Ils ne craignaient pas continuellement pour leurs vies, protégé dans leur sphère alimentée par les fal’cies. S’il leur avait été possible à eux aussi de vivre sur Cocoon, son mari ne serait peut-être jamais mort. Mais il était impossible d’avancer avec des « si » et Hagen désirait rester plus objective que Ranulf. Tous les cocoonians ne pouvaient pas être pareil et cette femme en était le parfait exemple, elle en était maintenant sûre et certaine.

Ses yeux se reposèrent sur l’anneau d’or blanc auquel se mariait un lien azur. Aussi bleu que le collier qu’elle portait à son arrivée et qui n’aurait jamais dû se trouver à son cou. Un mouvement la tira de ses pensées et elle reporta son attention sur le visage de l’étrangère. Elle avait enfin une réaction et le poids qui pesait sur les épaules d’Hagen sembla s’alléger considérablement.

Le petit nez rond se plissa tandis que le visage de la femme se tordait sous une grimace de douleur. Elle tourna légèrement la tête et Hagen retira le linge pour le remettre dans la bassine d’eau. Elle s’empara d’une fiole marron qu’elle ouvrit, avant de la présenter aux lèvres de la cocoonianne. Le goût et l’odeur était infâme, mais cela soulagerait ses souffrances. Une fois qu’elle eut reposé le flacon, Hagen présenta cette fois un verre d’eau alors que la femme cherchait à reprendre difficilement conscience.

Elle papillonna des yeux sans réussir à les ouvrir, poussant un léger gémissement. Hagen pinça les lèvres, portant une main douce sur le front de l’étrangère. Avec satisfaction, elle constata que la fièvre avait chuté et que les prochaines heures seraient plus clémentes. Elle s’empara de la petite serviette dans la bassine d’eau, l’essora et la déposa de nouveau sur le front encore un peu moite.

Un coup contre la porte d’entrée dans la pièce principale lui fit tourner la tête vers la sortie. Ça devait être Vanille. Hagen serra la main de l’étrangère dans la sienne, ses yeux fixant son visage.

- Ça va aller, petite. Tu vas t’en sortir maintenant, dit-elle doucement.

Un léger grognement lui répondit, la faisant esquisser un sourire en coin. Hagen se redressa et s’apprêtait à quitter la chambre pour aller ouvrir à l’arrivante, quand un son l’arrêta. Elle se retourna vers la cocoonianne et fronça les sourcils. Elle s’approcha et se pencha au niveau des lèvres de la femme et écarquilla les yeux de surprise quand elle comprit ce qu’elle répétait.

Ses doutes revinrent aux galops et Hagen se redressa. Un petit prénom murmuré encore et encore. La seule chose qui raccrochait cette femme à la réalité. Un prénom qu’elle-même connaissait bien. Mais qui était cette étrangère ? D’où venait-elle vraiment ? De Cocoon ? Ou d’ailleurs ? se demanda finalement Hagen. Est-ce que c’était seulement possible ?

Est-ce que ça pouvait être qu’une simple coïncidence ? Après tout, cette femme avait très bien pu entendre ce prénom à son arrivée et que cela soit la seule chose qu’elle avait réussi à retenir avant que Ranulf ne lui explose le crâne. Cependant, la façon qu’avait cette cocoonianne de prononcer ce prénom n’était pas anodine, elle en était sûre. Hagen le ressentait au plus profond d’elle comme si elle était intimement liée aux émotions de cette femme. Peut-être à cause du lien magique crée sous la bénédiction de l’Oracle d’Oerba ? Elle ne saurait le dire, mais elle était encore plus opposée à ce qu’on fasse du mal à cette étrangère.

- Je ne sais pas qui tu es, mais tu nous réverse certainement encore beaucoup de surprise, souffla-t-elle.
- Hagen ? Est-ce que ça va ?

La petite voix de Vanille la pris par surprise et elle se redressa avant de se tourner vers la petite rouquine. Cette dernière affichait un air penaud et rentra la tête dans les épaules.

- Désolée d’être rentrée sans t’avoir attendue, mais j’ai toqué plusieurs fois et ça ne répondait pas. Bernulf et Gervald étaient en train de s’inquiéter.
- Ça va, ce n’est rien. Tu as bien fait, Vanille.

La jeune adolescente se détendit et s’approcha enfin.

- Est-ce qu’elle va bien ? demanda-t-elle curieuse et concernée.
- Elle va mieux, répondit Hagen. La fièvre est tombée. Il suffit de surveiller qu’elle ne revienne pas et lui administrer le remède trois fois par jour. Elle devrait se réveiller, au plus tard, demain.
- Super ! s’exclama Vanille. Je suis rassurée. Fang sera contente de l’apprendre aussi.

Hagen haussa un sourcil et pencha la tête sur un côté en regardant Vanille.

- Est-ce que Fang ta dit quelque chose de spéciale ? demanda-t-elle simplement.
- Pas vraiment, fit Vanille en haussant les épaules. Seulement qu’elle espérait que l’étrangère s’en sorte indemne. Elle avait l’air de cacher quelque chose, mais elle n’a rien dit.

La guérisseuse pinça les lèvres, ignorant le sentiment de frustration qui tordait un peu ses entrailles. Fang ne cachait jamais rien à Vanille. Est-ce que c’était important ? Savait-elle quelque chose en rapport avec cette femme ? Ça lui semblait peu probable. Finalement elle soupira.

- Il faudrait préparer un nouvel onguent pour sa plaie, fit-elle à Vanille.
- Je m’en occupe, répondit la rouquine en quittant la chambre.

Hagen jeta un dernier coup d’œil à l’étrangère et la suivit, laissant la porte entrouverte.

- Est-ce que tu sais où se trouve Fang actuellement ?

La petite rouquine tourna la tête vers elle alors qu’elle triait les différents ingrédients dont elle avait besoin.

- Vue l’heure, soit elle est encore au fond de son lit, soit elle est déjà partie vadrouiller dans la forêt. Je ne l’ai pas vue ce matin. Elle évite un peu tout le monde depuis quelques jours.

Hagen retint un soupir dans le creux de sa gorge. Elle jeta un coup d’œil à l’unique pendule qu’elle possédait. Il n’était que huit heures et demie du matin et ça ne l’étonnerait pas que Fang soit encore sous ses couettes à cette heure-ci. Encore plus si l’entente entre le père et la fille était électrique.

- Et Fergus ? demanda Hagen à Vanille qui mettait, maintenant, les ingrédients un par un dans le petit bol en bois.

Vanille laissait doucement tomber dans le récipient les petits pétales d’une calendula, une fleur médicinale aux pétales orange, qui s’avérait être une merveille pour combattre les bactéries. En y rajoutant une feuille de chou pour favoriser la guérison, on obtenait un bon onguent pour les plaies ouvertes.

- Oncle Fergus a dit qu’il devait aller à la chasse du côté de la forêt ce matin, avec un groupe de chasseurs. Ils pensent qu’une meute de loups rôde près des frontières du village.
- Donc il ne sera pas là avant un bon moment, répliqua Hagen.

La jeune adolescente attrapa le pilon et commença à écraser lentement les plantes. Une odeur âcre s’éleva dans la pièce et Hagen vint la rejoindre. Il fallait aussi préparer de nouvelles décoctions à boire. Mécaniquement, avec des doigts qui avaient fait cela toute leur vie, la guérisseuse s’empara de mélisse pour éviter que la fièvre ne revienne, d’un peu de pavot pour la douleur et de quelques pétales de calendula qu’elle disposa par ordre sur le plan de travail en bois, à côté de la chaudière. Elle attrapa ensuite une casserole qu’elle remplit d’eau et qu’elle mit à bouillir à feu doux.

- Je crois qu’il a dit à tante Mirta qu’il essaierait d’être là pour le repas de midi, reprit Vanille de son côté.

Hagen se plongea dans ses pensées, réfléchissant à ce qu’elle devait faire, pendant que Vanille attrapait une compresse dans un des meubles pour terminer son cataplasme. L’eau commença à frémir dans la casserole et elle y incorpora délicatement les feuilles de mélisse puis touilla lentement l’infusion. Elle poursuivit son manège avec le reste des ingrédients, une douce vapeur commençant à envelopper la pièce.

Il fallait qu’elle parle à Fergus et si possible, en étant seule. Elle savait qu’il pouvait être objectif quand il le voulait, il suffisait d’avoir les bons arguments. Si elle se trompait, Hagen s’en voudrait pour le restant de ses jours, mais tous ses doutes et tous ses pressentiments n’étaient pas à ignorer. Dans tous les cas, c’était le chef du village qui tranchait et donnait la décision finale, peu importe que cela plaise ou non.

Généralement, Fergus faisait en sorte que le village soit d’accord ou que le choix qu’il faisait, soit justifié et Hagen savait que le peuple d’Oerba ne demanderait qu’une chose pour cette cocoonienne, la mort. Cependant, elle était certaine que ça ne servirait à rien. Si ses suppositions étaient fondées, Cocoon ne se préoccuperait pas de cette femme et dans le cas contraire, la tuer ne ferait que déclencher une réaction en chaîne qui les conduirait probablement à leur perte.

La force de frappe du peuple d’en haut était plus puissante que la leur, et ils avaient plus d’ouverture et de possibilité de les anéantir qu’eux.

- J’ai terminé, déclara Vanille. Je vais lui changer son pansement et m’occuper un peu d’elle. Tu devrais aller te reposer, tu as l’air épuisée.

Hagen tourna la tête vers la jeune fille. Elle lui adressa un tendre sourire et s’approcha tranquillement d’elle. Cette petite était la dernière enfant qu’il restait de son clan, et Hagen avait pour elle une affection maternelle qu’elle n’avait jamais pu donner, elle et son mari n’ayant pas réussi à concevoir une seule fois.

Avec les années, elle s’y était faite. Elle avait nourrit des regrets, des remords et de la colère avant que finalement, elle n’accepte que cette partie de la vie n’était pas pour elle. Et puis, un jour, il y avait eu Vanille. Là si charmante petite fille de sa meilleure amie. Hagen avait adoré cette gamine dès les premiers instants où elle avait posé les yeux sur elle. Elle avouait avoir reporté toute l’affection qu’elle avait à donner sur cette petite et son amie l’avait favorisé dans ce sens.

En grandissant, Vanille et elles passaient énormément de temps ensemble et la fillette développait un don pour les soins. Hagen l’avait prise sous son aile, lui inculquant tout son savoir avec la satisfaction que le jour où elle partirait, elle aurait eu la chance de pouvoir transmettre tout ce qu’elle savait à une personne qu’elle considérait comme sa fille.

Elle étreignit la jeune adolescente contre elle, qui accepta le câlin avec entrain. Leur clan avait subi une terrible tragédie, mais il y avait toujours Vanille avec elle. Elle l’avait laissé au bon soin de Fergus et Mirta uniquement parce que la rouquine et Fang s’entendaient à merveille malgré leurs quatre ans de différence d’âge, mais quoiqu’il arrive, Vanille passait toujours le plus clair de son temps ici, chez elle. Hagen avait encore auprès d’elle quelqu’un de vivant, qui lui était cher et pour qui elle remuerait ciel et terre.

Instinctivement, ses pensées revinrent vers l’étrangère. Elle devait aussi avoir une famille quelque part, des personnes qui tiennent à elle et qui s’inquiètent. Et si, au contraire, cette cocoonienne était comme elle et n’avait plus qu’une seule personne auprès d’elle. Elle était une femme mariée et il y avait quelqu’un, au loin, qui aimait cette femme et qui serait prêt à mettre le monde à feu et à sang pour la retrouver.

Hagen s’écarta de Vanille et l’embrassa tendrement sur le front. La plus jeune avait raison, il fallait qu’elle se repose un peu. Sa nuit blanche à veiller l’étrangère l’avait épuisée. La dernière fois qu’elle avait dû surveiller l’état d’un patient avec autant d’acharnement, remontait à l’année précédente quand l’épidémie avait touché Oerba.

- Tu as raison, dit-elle en lâchant Vanille et en s’éloignant d’un pas. Je vais finir la décoction et la mettre à reposer dans des flacons, prendre un bon bain et aller m’allonger un peu.

Vanille esquissa un large sourire et attrapa ses mains dans les siennes.

- Tu peux dormir sur tes deux oreilles ! Je vais bien m’occuper de cette cocoonienne ! s’exclama-t-elle, joyeuse et optimiste.
- Je te fais entièrement confiance. Allez, file !

L’adolescente acquiesça puis plaça le cataplasme sur un plateau avec un flacon de désinfectant et des cotons, avant de partir pour la chambre de la convalescente. Hagen retourna à la préparation de sa concoction qui brouillonnait depuis une vingtaine de minutes. Parfait. Elle remua une dernière fois, éteignit le feu puis s’empara de la casserole et versa la mixture dans plusieurs petits flacons prêts à l’emploi sur le plan de travail. Elle en avait préparé assez pour une dizaine, suffisant pour tenir au moins trois jours. Elle les bouchonna fermement avant de les entreposer à température ambiante dans le placard d’un des vaisseliers.

Elle étira son dos douloureux et s’essuya les mains avec un torchon, qu’elle jeta ensuite dans une panière en osier dans un coin de la pièce. Soupirant et rêvant d’un bain chaud et d’une paire de draps frais, Hagen traversa le couloir des chambres pour les patients et passa une porte au bout de ce dernier, pénétrant dans sa maison attenante.

Elle ne traîna pas avant de rejoindre sa salle de bain, grimpant rapidement les trois petites marches qui menait à un couloir étroit. Hagen referma la porte derrière elle et enclencha le robinet d’eau pour remplir sa baignoire en bois. L’eau s’écoula lentement et Hagen ouvrit la fenêtre qui donnait sur le verger. Elle était à l’abri des regards indiscrets de ce côté du village et le calme de ces dernières matinées d’été lui faisait du bien. Cette année, la chaleur estivale avait été étouffante. Sèche, lourde et désagréable. Même la légère brise qui pénétra la pièce pour venir s’engouffrer dans ses boucles rousse ne suffit pas à la rafraichir.

Elle coupa l’arrivée d’eau chaude pour actionner la froide et remplir le reste de la baignoire et se retourna ensuite vers le miroir au-dessus du lavabo. Elle porta ses mains à ses joues. Son teint avait pali à cause de sa nuit blanche et elle frotta vigoureusement son visage fatigué, avant de glisser ses doigts dans ses cheveux pour défaire sa longue tresse qu’elle avait entortillé dans un chignon.

Hagen se détourna du miroir, préférant ignorer les mèches grisonnantes qui commençaient à faire leur apparition. Après l’année précédente qui s’était écoulée et ce qu’elle avait vécu, ainsi que cette perpétuelle guerre entre Gran Pulse et Cocoon, à cinquante-cinq ans, elle se sentait déjà vieille de prêt de dix ou quinze ans de plus.

Elle se précipita pour couper le robinet de la baignoire, attrapa un flacon d’huile essentiel de lavande qu’elle versa dedans et se déshabilla. Elle se laissa glisser par la suite dans l’eau tiède avec délice, frissonnant un peu mais s’allongeant entièrement quand même, son corps semblant s’alléger dans l’eau. Hagen reposa l’arrière de sa tête sur le rebord en cuir, grimaçant sous le tiraillement de sa nuque. Elle était bien décidée à glaner quelques heures de sommeil puis elle irait discuter avec Fergus. La lavande apaisa son corps un peu douloureux ainsi que son esprit et sans même s’en rendre compte, elle se mit à somnoler.

oOo

Lightning reprit difficilement conscience. Son corps était raide, engourdi et un terrible mal de tête pulsait toujours entre ses oreilles. Elle grogna, essayant de bouger tandis qu’elle déployait toutes ses forces pour ouvrir les yeux.

Sa langue était désagréablement collée à son palet, comme si on avait versé du ciment dans sa bouche. Au prix d’un effort qui lui sembla surhumain, elle papillonna des paupières et réussi à tourner un peu la tête. Lightning entendit un bruit à ses côtés, mais ses oreilles bourdonnaient tellement que le son fut trop diffus pour qu’elle s’y attarde.

Fronçant les sourcils, elle lutta pour garder les yeux ouverts, se rendant compte que son environnement avait encore changé. Il était plus lumineux, trop même, car elle referma une fois de plus les paupières alors qu’une lumière vive agressait ses rétines. Une forte odeur de plante lui parvint et elle gigota doucement, autant pour tester les capacités de son corps que pour se faire une idée de sur quoi elle était allongée.

Elle essaya de nouveau d’ouvrir les yeux, les plissant fortement par prudence. Une chambre se découvrit à elle. Flou, basique mais plus chaleureuse que la cage dans laquelle elle s’était réveillée la première fois.

Une légère brise s’engouffra par la fenêtre ouverte, faisant voleter le voile blanc. Lightning tourna précautionneusement la tête de l’autre côté. Une spacieuse table de chevet en bois supportait une lourde vasque en porcelaine, accompagné de ses linges et de nombreux flacons sombre. Elle déglutit et soupira, portant lentement une main à sa tête. Un tissu entourait son crâne. Elle avait été soignée. Certainement remise en état pour mieux supporter les interrogatoires de ces pulsiens.

Cette fois-ci elle serait plus vigilante. Si ce fou furieux s’approchait de nouveau d’elle avec son gourdin, elle lui montrerait de quoi elle était capable. Elle grimaça. Ce n’était peut-être pas une bonne idée si elle voulait survivre ici, mais il était hors de question qu’elle se laisse malmener aussi facilement. Elle se releva difficilement à l’aide d’un bras, grognant sous la raideur de son corps et la vague de douleur qui transperça son crâne.

Lightning porta une main à sa tête, fermant les yeux pour essayer d’endiguer le mal qui la terrassait. Des bruits précipités lui parvinrent plus distinctement cette fois et elle sursauta quand des mains la recouchèrent doucement sur son lit.

- Je ne sais pas où tu comptes aller comme ça, ma jolie, mais je te garantis que tu n’aies pas en état pour tenter une évasion.

Lightning passa sa langue sur ses lèvres sèches et ouvrit prudemment les yeux en fronçant les sourcils. Sa vision fut floue pendant une seconde avant qu’elle ne se stabilise et qu’elle découvre la grande rousse qu’elle avait déjà vue par deux fois depuis qu’elle était arrivée dans ce monde.

Elle la détailla du regard et Lightning compris que la guérisseuse se laissait faire de bonne grâce. Un léger sourire en coin étirait ses lèvres, conférant à son visage marqué par les années un air avenant et confiant. Ses deux prunelles étaient du même lagon que celles de Vanille et pendant un instant, Lightning aurait pu la confondre avec sa jeune belle-sœur, avec quelques années en plus.

Sauf que Vanille était loin. Tout ce qu’elle avait vécu jusqu’à maintenant n’était pas un rêve, en dehors de ce moment qu’elle avait passé avec Fang. Une pointe vrilla son cœur et son ventre se tordit douloureusement.

- Comment va-t-elle, Hagen ? fit une voix douce et fluette.

Lightning tourna son regard vers l’arrivante. Et la réalité la frappa de nouveau. Elle était réellement sur Gran Pulse, six cent ans dans la passé. Garder un visage impassible ne fut pas difficile, elle avait l’habitude de ne pas exprimer ses différentes émotions, et de toute façon, elle avait bien trop mal à la tête pour qu’autre chose qu’une grimace de douleur ne transperce sur sa figure. Cependant, son cœur eu un léger accroc quand elle découvrit une toute jeune Vanille devant elle.

La petite rouquine ne devait pas avoir plus d’une dizaine d’années. Sa petite frimousse, pigmentée de tâches de rousseurs, avait encore les rondeurs de l’enfance. Ses deux orbes lagons la fixaient avec intérêt et curiosité et Lightning était partagée entre la joie et la déception.

Cette Vanille-là, n’était pas celle qu’elle avait appris à connaître. Ce n’était pas son amie, douce, joyeuse et optimiste qui avait vécu plein d’aventure avec elle. Ce n’était pas la jeune femme avec qui elle aimait passer du temps en l’accompagnant parfois récolté des herbes médicinales quand elle avait besoin de refaire son stock. Ce n’était pas la meilleure amie de Serah, avec qui elle l’entendait rire et parler encore et encore.

Ici, c’était une enfant. La petite sœur de Fang. Sa femme qui n’était qu’une adolescente. Des enfants qui vivaient perpétuellement dans la crainte et dans la guerre.

- Je crois, fit la guérisseuse, répondant enfin à Vanille. Qu’elle est en train de réaliser où elle se trouve.
- Oh, souffla Vanille.

Lightning s’enfonça dans son oreiller tandis qu’Hagen s’activait sur la table de chevet. Un poids se fit sentir de l’autre côté et l’ancienne guerrière rouvrit les yeux, découvrant la jeune fille qui venait de s’asseoir sur le rebord du lit.

- Ça va aller, déclara-t-elle chaleureusement. Gran Pulse, ce n’est pas si terrible, je t’assure !

Elle lui adressa un joli sourire qui l’aurait réconforté en d’autre circonstance. Vanille n’avait-elle donc pas peur d’elle ? Pour ce peuple, elle n’était qu’une cocoonienne, un monstre qui tuait les pulsiens. Bien sûr que cet endroit n’était pas si terrible, mais pour elle, et à cette époque, c’était carrément du suicide de se trouver là.

Pourquoi avait-elle atterri ici ? Question plus importante, pourquoi elle, encore une fois ? Etro était-elle derrière tout ça ? Bhunivelze ? Est-ce que ce dieu fallacieux et dictateur avait réussi à sortir de sa prison ? C’est deux-là étaient-ils de nouveau en guerre ? Lightning ne voyait vraiment pas d’autre explication. Mais dans tous les cas, elle n’avait rien à faire ici. Et si Etro avait de nouveau besoin d’aide, n’avait-elle donc pas un autre champion sous la main ?

Une forte odeur répugnante lui parvint au nez alors que le goulot d’un flacon était présenté devant elle. Grimaçant, elle recula la tête en pinçant fortement les lèvres. Il était hors de question qu’elle avale cette mixture. Vanille eut un petit rire enfantin.

- Allez, ma jolie ! Ne fait pas la difficile, ça calmera la douleur.

Le ton d’Hagen était tranquille, mais ferme. On notait facilement les années d’expériences et l’autorité médicale à contraindre pour le bien des patients récalcitrant. Lightning serra un peu les dents et abdiqua. Elle préférait coopérer plutôt que cette femme ne lui enfonce de force le goulot de ce flacon dans la gorge.

Une fois le liquide dans la bouche, l’ancienne guerrière pinça fortement les lèvres et avala difficilement. Le goût était pire que l’odeur. Un haut le cœur la saisit et un verre d’eau fut aussitôt présenté à ses lèvres. Elle en avala plusieurs gorgées avec joie avant qu’il ne lui soit retiré.

- C’est vrai que le goût est infâme, mais ça va vite faire effet, reprit Hagen.

Elle reposa le verre à côté de la vasque en porcelaine et se leva du rebord du lit.

- Aide-moi à la redresser, Vanille. Je vais désinfecter la plaie et changer le cataplasme. Tu veux bien aller m’en préparer un après ?

Vanille acquiesça. Hagen attrapa fermement son bras et Lightning l’aida en se redressant de l’autre pendant que la jeune fille plaçait plusieurs coussins volumineux dans son dos. Elle sortit ensuite de la chambre, laissant les deux femmes seules. Pendant quelques minutes, la guérisseuse ne s’occupa que de sa blessure. Elle ôta la bande, la compresse et désinfecta abondamment la plaie.

Un silence pesant les enveloppait et Lightning aurait voulu se trouver partout ailleurs. Même supporter l’agressivité du chef du village ou de ce Ranulf, lui semblait plus facile que le silence de cette femme. Mais que pouvait-elle faire ? Elle n’avait rien à dire à cette habitante de Gran Pulse qui conviendrait. Alors elle se laissa faire, aussi muette qu’une tombe.

- Comment t’appelles-tu, ma jolie ? finit par demander Hagen.

Lightning riva ses yeux dans ceux de la grande rousse. Elles se fixèrent un instant avant que l’aînée Farron ne détourne la tête. Elle n’était pas certaine que cela soit une bonne idée de commencer à parler.

- Rester silencieuse ne t’aidera pas, tu sais, reprit la rousse.

L’ancienne guerrière baissa le regard sur ses mains qui se trouvaient sur ses cuisses. Elle fit tourner plusieurs fois son alliance autour de son doigt. C’était la dernière chose qui la rattachait à son monde. A sa famille. A Fang et à sa maison. Fang et Serah lui manquaient cruellement et elle ne pouvait pas s’empêcher de s’inquiéter pour l’état de sa cadette. Sa petite sœur devait être malade d’inquiétude et de peine, mais au moins, cette fois elle était en sécurité et Lightning espérait qu’elle ne s’aventurerait pas dans cette histoire. Snow et Fang y veilleraient, elle en était certaine.

Fang. Elle donnerait tout ce qu’elle avait pour retrouver sa présence, ses bras et sa chaleur. Ce bref aperçu que lui avait envoyé sournoisement son esprit la peinait. Ça avait eu l’air tellement réel. Comment allait-elle faire pour se sortir de ce pétrin et retrouver sa femme ? Lightning ne voulait pas vivre dans le souvenir de la pulsienne. Elles avaient encore tellement de chose à partager et toute une vie pour profiter l’une de l’autre, et tout cela venait de leur être arraché.

Une main tiède se posa sur les siennes, la prenant par surprise. Instinctivement, elle releva le nez vers la guérisseuse qui l’observait.

- Tu as affirmée plusieurs fois ne pas être une menace pour nous, fit-elle doucement.

Lightning hocha lentement la tête.

- Je veux bien essayer de te croire, ajouta Hagen. Prouve-moi que je ne commets pas une erreur en te faisant confiance.

L’aînée Farron pinça légèrement les lèvres et déglutit. Elle-même pouvait-elle avoir confiance en ces gens ? Elle avait plus que confiance en Vanille et elle confierait sa vie à Fang. Elle l’avait épousé et elle aimait la pulsienne plus qu’elle n’avait aimé aucune autre de ses quelques et brèves conquêtes qu’elle avait eu.

- Il faut que ça soit donnant-donnant, ma jolie, énonça la guérisseuse. Je suis prête à t’écouter et à t’aider, si possible, mais pas si tu ne donnes rien en retour.

Cette femme était probablement la seule personne qui pouvait l’aider à survivre ici. Et Lightning avait appris à ne jamais négliger une aide potentiel en cas d’urgence. Elle fixa les yeux lagons de la grande rousse, cherchant une quelconque lueur de malice à laquelle elle devrait se méfier. Mais le regard d’Hagen était franc comme elle en avait rarement vu.

- Lightning, souffla-t-elle.

La guérisseuse réprima un sourire en coin qui ne lui échappa pas, tandis qu’elle enroulait d’une main experte la bande de soin.

- Très bien, Lightning. C’est ton vrai prénom ?

La rosée lui adressa un coup d’œil significatif et Hagen eut un rire léger.

- Je m’en contenterai, ma jolie ! déclara-t-elle, amusée. Pour l’instant.

Lightning détourna la tête vers la fenêtre et Vanille revint enfin avec le cataplasme. Une forte odeur lui fit froncer le nez, mais elle ne dit rien. Si cette chose pouvait la guérir, autant ne pas regimber inutilement.

La plus jeune donna l’onguent à son aînée et Hagen le lui appliqua doucement sur la plaie. Vanille lui passa ensuite le rouleau de bande qu’elle enroula lentement autour de son crâne. Lightning se rendit compte que la douleur s’était apaisée, toujours présente, certes, mais beaucoup plus supportable que précédemment.

Une fois qu’Hagen eut accroché la bande, elle incita Lightning à se rallonger pour se reposer. Vanille s’était rassise à ses côtés et la fixait de façon insistante. Tellement que l’ancienne guerrière commença à se sentir légèrement mal à l’aise. Elle avait toujours eu horreur de ça.

Hagen, elle, s’était tournée vers ses flacons, séparant les vides des pleins, préparant certainement la prochaine prise de médicaments sans se préoccuper de ce qui l’entourait. Lightning inspira profondément et ferma les yeux, décidant d’ignorer son environnement tant qu’elle le pouvait encore. Toutefois, Vanille avait d’autre projet.

- C’est comment chez toi ? Tu veux vraiment tous nous tuer ? Vous avez des monstres féroces aussi là-haut ? C’est comment de ne jamais vraiment voir le soleil ? La nourriture, est-ce qu’elle est bonne ? Les légumes ne doivent pas avoir de saveur !

La petite rouquine l’enseveli sous une avalanche de question qui lui fit un peu tourner la tête. Qu’est-ce qu’elle devait faire ? Y répondre ? Ou au contraire, persister dans son mutisme ? Lightning ne voulait pas paraître agressive ou inamicale, cela la conduirait certainement tout droit à son exécution. Quand à se montrer ouverte et coopérative… Est-ce que ça lui sauverait réellement la mise ?

Rien que le chef du village et ce Ranulf avaient déjà une idée toute tracée sur elle, et Lightning était certaine que c’était pareil pour la plupart des autres habitants. Vanille était différente. Du moins, celle qu’elle connaissait était toujours prompte à connaître avant de se faire un jugement et la jeune Vanille adolescente avait déjà ce trait de comportement qui lui était propre. Hagen était probablement l’exception du village. Mais les autres ? La jeune Fang ?

Quelles étaient les réactions de la Fang adolescente vis-à-vis d’elle à cette époque ? La détestait-elle ? Voulait-elle sa mort, elle aussi ? Lightning n’était pas sûre de vouloir savoir et en même temps, elle comprenait que cela soit difficile, autant pour le côté jeune de son amante que pour les villageois d’Oerba.

- Vanille, réprima soudainement Hagen.

La petite rouquine n’avait pas arrêté de parler, malgré que Lightning ait décroché depuis quelques minutes.

- Laisse-là se reposer d’accord, fit gentiment l’aînée. Peut-être que Lightning sera d’accord pour discuter un peu avec toi demain ? Une fois qu’elle aura dormis quelques heures plus reposantes que les précédentes.

Lightning releva les yeux vers ceux de la guérisseuse. Les lagons d’Hagen n’exprimaient pas de l’espoir. Ils étaient francs et éloquent. Pendant une seconde, la cocoonienne se sentie mal à l’aise. Elle avait passé l’âge d’être réprimandée comme une enfant, et pourtant, c’était le sentiment qu’elle ressentait.

Ici, Vanille n’était justement qu’une enfant. Ouverte, joyeuse et pleine de vie. Lightning lui jeta un coup d’œil et son cœur se serra un peu dans sa poitrine.

- Pardon ! s’exclama la jeune fille. C’est vrai que tu dois être encore fatiguée.
- Non, répondit doucement Lightning. Ça va. C’est moi qui suis désolée.
- Eh bien, par Etro ! Tu as bien une langue et tu sais t’en servir pour plus d’un mot ? ironisa Hagen.

Lightning réprima la pointe de sarcasme qu’elle avait sur le bout de la langue, se disant qu’elle était mal placée pour en faire usage pour l’instant. A la place elle se mordit un coin de la lèvre inférieure et posa ses yeux sur ses mains.

- Sache qu’il va falloir que tu en fasses bien plus usage que ça dans les prochains jours, pour ton propre bien, fit Hagen.
- C’est une menace ? grogna Lightning.
- Un conseil, répondit la guérisseuse.

Lightning soupira doucement pendant qu’Hagen alignait des petits rouleaux de bande les uns à côté des autres. Vanille s’agita un peu sur place, se tordant les doigts et la rosée l’observa faire. Elle esquissa un imperceptible sourire.

- Je veux bien discuter un peu avec toi, demain. Si tu es toujours d’accord, bien sûr, fit-elle doucement.

Vanille releva brutalement la tête vers elle, des étoiles brillants dans ses prunelles lagons. Un large sourire étira ses lèvres. Son doux visage n’était pas encore marqué par la terrible guerre qui allait les frapper et Lightning apprécia de découvrir cette frimousse qui, malgré tout, avait toujours réussi à garder son air enfantin.

- Super ! s’exclama Vanille. J’ai plein de questions. Fang sera super contente quand je lui raconterais tout ça.

Le sourire de Lightning se crispa avant de se faner. Sa poitrine se serra et elle déglutit. Elle ne répondit rien, ses pensées la conduisant de nouveau auprès de son amante. Toute cette situation était vraiment compliquée.

- Il commence à se faire tard, Vanille, intervint Hagen. Tu devrais rentrer, Mirta va t’attendre.
- Oh ! D’accord ! Tu n’as plus besoin de moi, tu es sûre ?
- Certaine ! Allez, file ! Rentre à la maison.

Vanille acquiesça, toute joyeuse. Elle sauta sur ses pieds, fit le tour du lit et embrassa rapidement Hagen sur la joue.

- A demain, alors ! s’exclama-t-elle en partant.

Un lourd silence les enveloppa ensuite et la guérisseuse finit par se lever. Lightning l’observa vaguement s’emparer de la vasque remplis d’eau qu’elle alla vider et rincer dans une petite pièce attenante. Certainement la salle de bain. Hagen revint sans et elle se dirigea vers la fenêtre ouverte. Elle décala le voile de l’encadrement, dévoilant un majestueux verger qui s’étendait dans une immense plaine sous un magnifique coucher de soleil.

La poitrine de Lightning se comprima un peu plus. Chez elle, Fang les avait tous tannés pour créer un verger comme celui-ci. Elle se rappelait maintenant que son amante lui avait révélé adorer l’ambiance qui se dégageait d’un tel endroit en plein été. A présent, Lightning savait pourquoi Fang avait tenu à ça. Une part d’Oerba remplissait encore le cœur de la brune, qui avait voulu retrouver une petite partie de son village de quand elle était plus jeune.

- Je vais discuter avec Fergus, le chef de notre village, mais il va vouloir t’interroger de nouveau dans les prochains jours, exprima Hagen.

Elle se tenait au coin de l’encadrement de la fenêtre et elle tourna lentement la tête vers elle. Le sérieux de la situation venait de retomber dans la pièce, et malgré toute l’assurance dont Lightning semblait avoir, elle ne put empêcher une sourde angoisse de venir lui tordre le ventre.

Elle retint un soupir dans sa gorge et détourna son regard de la grande rousse pour le reposer sur les pommiers à l’extérieur. Qu’elle histoire allait-elle bien pouvoir raconter ? Inventer ? Une lourde fatigue tomba sur ses épaules et elle s’affaissa un peu dans ses oreillers. Hagen revint s’asseoir sur le bord du lit à ses côtés, à la place que Vanille venait de quitter. Lightning ne put empêcher ses yeux d’être attirés par ceux de la guérisseuse.

- Je te soutiendrais auprès de Fergus, mais sache que le mieux, c’est encore que tu parles, déclara tranquillement Hagen.

Lightning soupira et ferma les yeux, détournant la tête de la rousse.

- Peu importe l’histoire, ajouta Hagen. Tant qu’elle est crédible, n’hésite pas à t’en servir.

L’ancienne guerrière fronça les sourcils et adressa un coup d’œil interrogateur à son opposante. Est-ce que cette femme lui conseillait vraiment de mentir ? N’étaient-elles pas supposées être ennemies, toutes les deux ?

- Pourquoi ? demanda lentement Lightning.
- Pourquoi quoi ?
- Vous me demandez de raconter n’importe quoi. De mentir peut-être, et vous voulez m’aider. Pourquoi ? N’êtes-vous pas supposée me détester ? Vouloir ma mort, comme les autres de votre peuple ?
- Je ne suis pas un vulgaire mouton qui suis son troupeau, ma jolie.
- Ce n’est pas ce que je voulais dire, soupira Lightning.

Elle fronça les sourcils. Et puis, pourquoi elle continuait de l’appeler « ma jolie » ? Lightning avait fait l’effort de lui donner son prénom, cette femme pourrait essayer de s’en servir quand même, pesta-t-elle intérieurement.

- Je sais ce que tu voulais dire, reprit Hagen.

Lightning haussa un sourcil circonspect, mais ne répondit pas. Hagen soupira, redressant légèrement son dos.

- Je suis la guérisseuse du village, mais je suis aussi considérée comme l’oracle d’Oerba, appris Hagen.

L’intérêt de l’ancienne guerrière fut piqué au vif. Elle se redressa lentement en position assise, fronçant les sourcils.

- Vous communiquez avec la déesse Etro ? demanda-t-elle, contrôlant difficilement l’espoir dans le ton de sa voix.

Si c’était possible, alors peut-être que cette femme pourrait plaider sa cause auprès de la déesse de la mort. Peut-être qu’elle pourrait en apprendre plus sur ce qui s’était passé et sur la raison de sa présence dans cette époque. Peut-être même qu’elle pourrait l’aider à trouver une solution pour rentrer chez elle.

Hagen pencha la tête sur un côté, l’observant d’un regard inquisiteur. Lightning pinça les lèvres, mais obtenir une réponse était d’une importance capitale pour elle. Il fallait qu’elle trouve un moyen rapidement, peu importe lequel. Hagen finit par secouer doucement la tête en soupirant une fois de plus.

- Non, répondit-elle. Ça ne se passe pas aussi facilement. Je ne communique pas vraiment avec la déesse, mais j’ai plus de facilité que les autres à entrer en symbiose avec elle. Parfois, je fais des rêves aussi et la plupart se sont tous réalisés.

Lightning passa outre la petite pointe de déception qui étreignit sa poitrine et se rallongea correctement sur ses oreillers.

- Avez-vous rêvée dernièrement ? demanda-t-elle nonchalamment.
- Ne serait-ce pas à moi de poser des questions, normalement ? répondit aussitôt Hagen avec un sourire en coin.

Lightning se renfrogna sans pouvoir s’en empêcher. La patience n’avait jamais été son fort, encore moins dans des situations aussi grave.

- Non, je n’ai pas rêvé dernièrement, s’exclama Hagen, la prenant un peu par surprise. Je n’ai reçu aucune suggestion de la part de la déesse. Mais je suis certaine d’une chose…

Hagen s’empara de sa main gauche et la rosée l’observa faire. Pendant une fraction de seconde, elle eut l’irrépressible envie de s’arracher de la poigne légère de cette grande rousse, mais elle se retint au dernier moment. Les doigts tièdes se refermèrent autour des siens et Lightning baissa rapidement ses yeux sur l’index qui frôlait son alliance.

Son cœur rata un battement et elle releva le nez vers Hagen qui ne l’avait pas lâché des yeux.

- Je suis certaine, reprit-t-elle lentement, que cette alliance ne vient pas de Cocoon. Ni même la robe que tu portais en arrivant ici. Certes, elle est différente, mais reste typique des tenues de cérémonie que créent les femmes du village à l’occasion des mariages.

Un lourd silence enveloppa la pièce avant qu’Hagen ne le brise de nouveau.

- Tu es la femme d’un pulsien… Ou d’une pulsienne ! affirma Hagen.

Le visage de Lightning garda un masque impénétrable malgré le tumulte qui régnait en elle. Son cœur venait de s’affoler dans sa poitrine et son esprit tournait à plein régime. Devait-elle dire la vérité à cette femme ? Le pouvait-elle ? Elle ne la connaissait pas assez et bien qu’elle l’ait soignée, Lightning n’avait pas encore confiance en cette rousse. Une pulsienne qui venait quand même de six cent ans dans le passé.

Ici, c’était elle l’étrangère. Elle qui devrait se montrer docile et coopérative, et Lightning n’était pas certaine que révéler la vérité la garde en vie. Et il était capital qu’elle survive pour retrouver Serah et Fang. Pour retrouver sa famille et sa maison. Un mouvement de la part d’Hagen attira son attention, qu’elle porta sur la guérisseuse.

Cette dernière venait de se relever et avait tourné son visage vers le verger. Le soleil avait pratiquement terminé sa descente et Lightning pris conscience de la lumière qui avait décliné. Combien de temps était-elle restée inconsciente ? Depuis combien de temps était-elle arrivée à cette époque ? Hagen soupira et croisa les bras sous sa poitrine. Elle la regarda et lui adressa un petit sourire qui, mine de rien, fit du bien à Lightning. Hagen restait la seule personne qui avait semblé amical envers elle dans la noirceur de cette époque.

- Tu es réservée et prudente, et c’est tout à ton honneur, fit-elle. Mais Fergus pourrait ne pas être aussi compréhensif que moi.

Elle contourna le lit et s’empara des flacons vident.

- Je vais déjà essayer de tout faire pour qu’il change d’avis, et éviter que tu te retrouves de nouveau enfermée dans cette cage.

Elles se fixèrent une fois de plus.

- Je suis aussi tenue de le mettre au courant de mes hypothèses, peu importe que tu es affirmée ou infirmée. A toi de voir pour le reste. Mais sache que Fergus est un homme intègre, malgré ses airs bourrus. A bien des égards, il ressemble beaucoup à Fang.

Lightning inspira et calma son rythme cardiaque. Pourquoi lui disait-elle ça ? Cependant, Lightning oublia très vite cette question au profit d’une autre. Cet homme ressemblait à Fang ? Ça lui paraissait improbable, mais si c’était le cas… Si cet homme était réellement capable d’autant d’écoute que sa fille, alors elle avait peut-être bien une chance.

Et honnêtement, Lightning n’arrivait pas à se convaincre que cet homme, qui avait contribué à l’éducation de son amante et à créer en partie la femme qu’elle aimait aujourd’hui, pouvait se montrer partial et barbare.

- Bien, soupira Hagen, la tirant de ses pensées. Je te laisse te reposer et réfléchir à tout ça. Je vais te préparer quelque chose à manger en attendant.

La guérisseuse fit mine de quitter la pièce et Lightning s’allongea complètement avant de se tourner sur le côté, vers la fenêtre ouverte.

- Merci, dit-elle doucement alors qu’Hagen passait le pas de la porte.

Elle ne reçut aucune réponse et n’en attendait pas de toute façon. Lightning préféra fermer les yeux et se reposer un peu, endiguant la légère douleur dans son crâne qui revenait un peu.

oOo

Chapter Text

Chapitre 8

 

Une journée entière venait de s’écouler depuis que sa patiente s’était réveillée après qu’elle l’ait soignée. Lightning récupérait vite. Bien plus vite que ne l’avait imaginée Hagen. Une telle rapidité de guérison était presque divine.

Une fois que la fièvre fut définitivement tombée, tout s’était accéléré et dans deux jours, Hagen pensait même qu’il serait possible de retirer les points de sa plaie. Cependant, maintenant la cocoonienne agissait presque comme un animal en cage. Elle avait l’interdiction formelle de mettre un pied dehors, Bernulf et Gervald y veillant, alors elle tournait en rond dans sa chambre. La guérisseuse voyait la patience de cette femme s’effriter d’heure en heure, et elle savait que cette situation n’allait être bénéfique pour personne.

Hagen avait demandé à Fergus de lui laisser une semaine complète pour qu’elle se rétablisse entièrement et qu’il puisse l’interroger sans risque, mais elle n’avait pas pensée que ça irait aussi vite. Elle n’avait pas osé parler déjà de ses soupçons au père de Fang, et Hagen n’avait pas cru devoir le faire si tôt.

Pour être honnête, la rousse aurait préféré que Lightning valide ses doutes dès le départ. De son avis, cela aurait été plus facile et surtout, plus favorable pour sa situation. Mais la cocoonienne avait persisté dans son mutisme et Hagen avait supposé qu’elle ne s’était toujours pas décidée sur ce qui était le mieux pour elle. La guérisseuse comprenait ses réserves. Cette femme devait avoir autant confiance en eux, que les pulsiens avaient confiance en elle, mais si elle n’y mettait pas de la bonne volonté, Hagen n’était pas certaine de réussir à plaider sa cause.

Et pourtant, elle en avait plus qu’envie. C’était d’ailleurs bien la première fois qu’elle désirait sauver un habitant d’en haut, malgré tout ce qu’ils faisaient endurer à son peuple. Mais Hagen était persuadée que Lightning était l’épouse d’un pulsien… Non, d’une pulsienne. Elle n’avait pas imaginé l’avoir entendu prononcer le prénom de Fang.

Au début, elle était restée perplexe, mais ça ne pouvait pas être un hasard, si ? Dans tous les cas, il y avait trop d’indices et de soupçons qui pesaient contre cette femme pour que ça soit le cas. Debout près de ses fourneaux, Hagen refaisait son stock de flacons médicinaux, attendant que Vanille la rejoigne.

La guérisseuse avait quitté Lightning une heure plus tôt, jugeant préférable de la laisser seule. De toute façon, en dehors des borborygmes inamicaux dont elle usait pour s’exprimer, elle n’avait pas ouvert la bouche pour engager une seule conversation. Cette femme était un peu sauvage et bornée. Hagen espérait que cela ne fasse pas trop de dégâts auprès de Fergus. Il savait apprécier une forte tête, mais pas quand c’était l’ennemie.

Hagen jeta un coup d’œil à sa pendule. Vanille avait quelques minutes de retard, elle ne devrait plus tarder maintenant. Elle lui avait laissé sa matinée pour profiter un peu des dernières chaleurs de l’été, n’oubliant pas qu’avant d’être son apprentie, la petite rouquine était encore une enfant qui avait besoin de s’amuser. Hagen était certaine qu’elle avait passé sa matinée avec Fang à courir dans les plaines.

Autant qu’elle en profite, pensa Hagen. Une fois qu’elle serait arrivée, la guérisseuse avait dans l’idée d’aller retrouver Fergus, bien décidé à avoir une importante conversation avec lui. Lightning serait certainement entièrement rétablie avant la fin de la semaine, et Fergus la remettrait d’office dans sa cage si cette dernière ne lui apportait pas les réponses qu’il désirait. Autant qu’elle expose alors en premier ses hypothèses.

Ensuite, elle comptait bien partir un peu en forêt. Une petite cueillette de plantes médicinales s’imposait. Peut-être que Fergus accepterait de laisser sortir un peu cette cocoonienne, qui allait bien finir par exploser entre les quatre murs de sa chambre. Hagen était même prête à ce que Bernulf et Gervald les suivent s’il le fallait vraiment. Mais, par Etro, que toute cette tension s’atténue, pensa-t-elle en éteignant le feu de sa chaudière, alors qu’un ouragan roux pénétrait subitement le sol de sa maison.

- Je suis en retard ! s’exclama Vanille en se précipitant vers elle, laissant la porte grande ouverte derrière elle.

Bernulf et Gervald, qui faisaient le pied de grue sur son perron, camouflèrent difficilement leurs rires. Hagen esquissa un sourire et secoua doucement la tête.

- Je dirais, pile à l’heure pour cette fois, répondit-t-elle gentiment en se tournant vers sa cadette.

Les lèvres d’Hagen restèrent figées dans un sourire, tandis qu’elle haussait un sourcil, découvrant la mine échevelée de la jeune adolescente. Ses longues tresses rousses étaient ébouriffées et sales.

- Qu’as-tu fais de ta matinée de libre ?
- Je suis allée en forêt chercher des mures avec Fang, répondit Vanille. Tante Mirta voulait faire une tarte.
- Tu t’es roulés dans la terre surtout ! s’esclaffa Hagen, qui essuya une trace pourpre sur la joue constellée de tâches de rousseurs et de poussières de Vanille. Tu l’est a toutes mangées, non ?

La jeune fille porta une main à sa pommette et haussa les épaules, amusée.

- Un peu, déclara-t-elle. Mais Fang a dû en manger encore plus que moi et tante Mirta à quand même de quoi faire sa tarte, alors ça va.
- Elle t’a pas forcée à aller prendre un bain avant de venir ? demanda l’aînée, amusée.
- Je lui ai dit que j’étais en retard, et je suis partie en courant. Je le prendrais ce soir en rentrant.

Hagen secoua la tête et se retourna vers ses flacons vides. Elle y versa précautionneusement ses différentes mixtures. Vanille s’approcha du plan de travail et s’occupa de celles qu’elle reconnaissait, rebouchant les fioles et les rangeant tranquillement dans le placard du vaisselier.

Dans trois autres bouteilles en verre, les plus grandes du lot, Hagen y rajouta deux cuillères à soupe de molène. Dans deux mois, l’automne allait commencer et l’hiver serait à leur porte plus vite qu’ils ne le pensaient. Hagen était toujours parée à toutes éventualités et préparait à chaque fois, quelques mois en avance, toute une cargaison de remède contre les états grippaux, la molène étant excellente pour les muqueuses.

- Ça a été ce matin ? demanda Vanille, qui attendait patiemment de devoir ranger la suite des remèdes.

Hagen referma les flacons terminés puis les poussa vers la jeune fille.

- Très bien ! Mais notre malade commence à perdre patience.

Vanille laissa échapper un rire, s’emparant des fioles qu’elle rangea sur l’étagère qui leur correspondait.

- Tu crois que tu pourrais lui tenir compagnie ? J’ai quelque chose à faire et je dois m’absenter, reprit Hagen qui terminait les derniers flacons.
- Oh, oui, bien sûr ! s’enjoua Vanille. Tu crois qu’elle voudra que je lui pose des questions ?

Hagen sourit et alla ranger les derniers flacons. Ceux-là devaient rester à une température spécifique pour que la vertu des plantes ne se perde pas. Elle pensa qu’il faudrait d’ailleurs qu’elle commence un nouveau chapitre dans l’apprentissage de Vanille.

La jeune adolescente connaissait les onguents et les remèdes les plus basiques. Ceux contre les bactéries, ceux qui combattaient les fièvres ainsi que ceux qui soignaient les plaies et ceux pour les petits états grippaux, comme les rhumes ou les bronchites. Hagen lui avait appris à remettre en place les os d’une fracture, si celle-ci était nette. Il était temps maintenant, de pousser l’éducation plus loin. Elle pensa sérieusement à s’atteler à cette tâche une fois qu’elle aurait réglée l’affaire de Lightning.

Hagen referma la porte du placard et se tourna vers Vanille. La fascination de sa cadette pour cette cocoonienne était à la fois surprenante et amusante. Vanille n’avait jamais vraiment été une enfant sauvage. Elle s’adaptait très vite à son environnement, ce qui était plutôt nécessaire sur Gran Pulse. Depuis toute petite, Fang, comme elle, avaient pourtant été élevées dans la crainte des habitants de Cocoon, mais cette étrangère semblait agir différemment sur leur comportement. En dehors de Ranulf, bien sûr, maugréa silencieusement la grande rousse.

- Tu peux essayer, acquiesça Hagen. Mais sache qu’elle n’a pas voulu ouvrir la bouche de toute la matinée.

Un petit air déçut peignit les traits enfantins de Vanille qui haussa malgré tous les épaules.

- Je verrais bien.
- Si elle ne veut pas te parler, n’insiste pas trop, d’accord, préconisa Hagen. Reste prudente, nous ne la connaissons pas et je ne sais pas comment elle pourrait réagir à force de se sentir ainsi prisonnière.

Hagen désirait aider cette femme, mais Lightning lui donnait l’impression d’agir comme un animal sauvage. Et un animal sauvage retenu en captivité finit toujours par se retourner, surtout s’il se sent menacé, et cela conduit inévitablement à un drame qu’ils auraient peut-être put éviter. La guérisseuse ne pensait pas que cette cocoonienne était dangereuse, mais elle ne savait pas non plus comment cette femme gérait la pression. Un accès subit de colère pouvait complètement retourner la situation, et elle préférait rester prévoyante.

- Ok ! répondit Vanille, la coupant dans ses pensées. De toute façon, Bernulf et Gervald seront toujours derrière la porte, alors je ne risque rien.

Hagen esquissa un sourire en coin et acquiesça doucement. Elle s’approcha de Vanille et l’embrassa tendrement sur le front avant de s’éloigner. Passant une main rapide dans les épaisses boucles rousses emmêlées, elle pinça les lèvres. C’était peine perdue de vouloir y mettre un peu d’ordre, s’amusa-t-elle intérieurement.

- Bien ! s’exclama finalement Hagen. J’y vais alors.
- Qu’est-ce que tu vas faire ? demanda Vanille, innocemment.
- Rien de bien important, ou qui te concerne, répondit Hagen.

Vanille fit la moue et Hagen pouffa doucement rire.

- A tout à l’heure, fit-elle en passant le pas de la porte, qu’elle referma derrière elle.

Sur le perron en bois, Hagen croisa Bernulf et Gervald, tous les deux assis sur les marches, bayant presque aux corneilles.

- Heureusement que nous ne sommes pas en grand danger, parce que je ne suis pas certaine de votre efficacité à tous les deux, ironisa la guérisseuse, les mains sur les hanches.

Les deux hommes balancèrent leurs têtes en arrière dans un mouvement synchro, pour tomber dans son regard faussement réprobateur. Aussi brun l’un que l’autre, ils arboraient les mêmes yeux émeraude des Yun. Mais là où Gervald était charmeur et fins malgré sa balafre au visage, Bernulf était dur, limite taillé dans la pierre. Pourtant, le large sourire qui étira leurs lèvres fut identique et Hagen fondit sur place.

Elle connaissait ces deux gaillard depuis qu’ils étaient tous petits et cela l’amusait toujours de voir les hommes fort qu’ils étaient devenus.

- Je vais voir Fergus, je dois m’entretenir avec lui, fit-elle plus sérieuse.
- Ce n’est pas trop risqué de laisser Vanille toute seule avec cette cocoonienne ? demanda Bernulf de sa voix grave.
- Elle s’appelle Lightning, et je suis certaine qu’elle ne lui fera rien, soupira Hagen.
- Justement, rebondis Bernulf. Lightning, ça veut dire « Eclair ». Si le prénom est représentatif de la personne, ce n’est peut-être pas judicieux de laisser notre petite Vanille toute seule avec cette étrangère.

Hagen et Gervald échangèrent un regard tout aussi amusé et lasse. L’homme camoufla un rire, tandis que la guérisseuse secouait la tête une fois de plus.

- Je suis sûre que Vanille ne craint rien, après tout, tu es là pour veiller, fit Hagen avec un sourire en coin.

Bernulf gonfla le torse de fierté et acquiesça. Gervald lui tapa la poitrine, le faisant dégonfler et râler.

- Tu veux que je t’accompagne ? demanda gentiment le plus grand des bruns.
- Ça va aller, Gervald, merci, répondit Hagen. Il se trouve dans la salle de réunion ?
- Hum… Non, il me semble qu’il devait voir quelque chose avec Fiona et Tipur pour le banquet, à l’occasion de la fête d’hiver. Hein, Bern, c’est ça ?
- Ouais, je l’ai entendu en parler ce matin quand je suis rentré au clan.

La particularité du village d’Oerba, c’est qu’il était découpé en six parties, dont chacune d’elle appartenait à un clan différent. Depuis que le sien était décimé, il ne restait plus que cinq secteurs, le peuple ayant décidé de ne pas en faire usage, par respect pour leurs amis mort. Peut-être que dans quelques années ils prendraient une autre décision, mais pour l’instant ce n’était pas d’actualité.

Elle, de par son statut de guérisseuse, habitait un peu à l’écart depuis des années et elle n’échangerait pour rien au monde sa belle maison en fasse de l’immense verger. Hagen soupira légèrement. Elle aurait apprécié que Fergus soit seul, mais elle comprenait qu’il ait aussi des obligations.

Ils étaient fin août et avait encore quelques mois avant l’hiver, mais la fête de Samain, qu’ils pratiquaient chaque année pour célébrer le passage de la saison claire à la saison sombre, demandait beaucoup de préparation. Elle-même devait célébrer la cérémonie du changement de saison de par son statut d’oracle d’Oerba.

Des jeux et un banquet étaient proposés à cette occasion, mais c’était aussi le moment ou chaque chasseur se devait de ramener le plus de butin et où toutes les récoltes étaient rassemblées sur la place. Lors de cette fête, tout était ensuite distribué en part égal aux clans. Habituellement, les hivers étaient rude et à ce moment de l’année, la chasse comme les récoltes étaient mises en pause au profit de la pêche.

- Je vais aller le rejoindre là-bas alors.

Bernulf et Gervald acquiescèrent.

- A tout à l’heure, fit le plus petit et trapu des deux.

Hagen sourit et descendit rapidement le perron pour s’engager sur le chemin qui menait au commerce de Fiona et Tipur. Faisant partit du clan Dun, c’était les plus compétentes personnes pour pratiquer les échanges entre les villages les plus proches. Tipur était un ancien et faisait partit du conseil, quant à Fiona, elle était l’une de ses meilleures amies. Toutefois, Hagen savait que ni l’un ni l’autre n’approuverait sa position vis-à-vis de la cocoonienne.

Elle arriva à l’angle de l’épicerie du couple Dun plus vite qu’elle ne l’avait pensé. Hagen retint un soupir, ajusta le corset de sa longue tunique en tissu fin pour supporter la chaleur de l’été, et carra les épaules. Elle pouvait déjà entendre la grosse voix de Fergus de là où elle se tenait, rire aux éclats avec le couple de commerçant.

Hagen s’en voulait presque de devoir gâcher un moment aussi convivial. Il fallait toujours en profiter un maximum à l’approche de l’hiver, car on ne savait jamais ce qui allait leur tomber sur le coin du nez. Les monstres les plus coriaces sortaient souvent à cette période et une attaque était si vite arrivée, que cela n’était pas à négliger.

Légèrement hésitante, Hagen fit un premier pas. Elle ne voulait pas se disputer une fois de plus avec le père de Fang, ni avec aucun autre habitant du village d’ailleurs. Ils faisaient tous partit de sa famille. Ici, tout le monde s’inquiétait les uns pour les autres. Elle passa devant l’étalage de fruits et légumes puis pénétra l’alcôve qui donnait sur l’intérieur de l’épicerie.

Une forte odeur d’ail et d’échalote lui monta au nez, provenant de toute une série de gousses suspendues aux poutres. Ses yeux parcoururent rapidement les rangées de bocaux de fruits aux sucres marinant dans leur jus, alors que venait s’ajouter à l’odeur des épices, les effluves de poissons conservées grâce à la glace sur l’étale.

D’ailleurs, en bonne professionnelle, Hagen vit Fiona se diriger vers l’arrière-boutique et revenir avec un sac en toile remplis de glaçon. Sans la remarquer, la commerçante le déversa sur les poissons, acquiesça d’un air satisfait qui fit sourire la guérisseuse, puis plia précautionneusement le sac.

Finalement, Fiona releva instinctivement la tête vers l’entrée et la découvrit enfin sur le pas de la porte. Un large sourire éclaira les traits marqués de la femme du couple Dun. Elle était petite, un peu rondelette, des cheveux frisés d’un châtain terne qui grisonnaient déjà sérieusement, et qu’elle relevait toujours sur le haut de sa tête pour plus de confort, disait-elle.

Elle avoisinait bientôt les cinquante ans à son tour et était toujours aussi rayonnante que depuis qu’elles étaient enfants. Elles avaient grandi ensemble toutes les deux. Adolescente, Hagen se rappelait qu’elles s’étaient même disputées un garçon, avant de prendre au bout du compte, des chemins diamétralement opposés. Tant de futilité l’amusée. C’était la belle époque si elle pouvait dire ça comme ça. Fiona avait finalement eut le garçon en question et Hagen avait craqué sur un autre. Et malgré son passé, elle n’avait aucun regret.

- Hagen ! s’exclama Fiona en s’approchant d’elle à grand pas.

Cela attira l’attention de Fergus et Tipur qui étaient toujours en grande discussion. Ils se tournèrent vers elles. Les deux hommes étaient content de la voir et ça lui fit chaud au cœur, toutefois, elle décela facilement une pointe de curiosité ou de suspicion dans le regard du chef du village.

- On ne te voit presque plus en ce moment, reprit Fiona, la tirant de ses pensées. Soit tu sors en vitesse, soit tu envoies Vanille, lui reprocha son amie.
- Désolé, répondit gentiment Hagen. J’étais très occupée dernièrement.
- Avec cette cocoonienne, grogna nonchalamment Tipur.
- Tu ne vas pas t’y mettre, toi aussi, soupira la guérisseuse.

Le mari de Fiona renifla dédaigneusement, tandis que Fergus levait les yeux au ciel.

- Ah oui, fit la commerçante. J’en ai entendue parler, et on en a discutée avec les femmes du village.

Hagen réprima un air blasé. Ça ne l’étonnait absolument pas. Oerba était un petit village ou tout se savait très vite. Personne ne pouvait garder un secret bien longtemps. Ça commençait par une petite rumeur qui s’enjolivait au fur et à mesuren et la plupart du temps, pour éviter que cela ne prenne des proportions astronomique, valait mieux tout de suite étouffer dans l’œuf les quelques mauvaises langues.

L’arrivée de Lightning, une monstrueuse habitante de Cocoon, dans les contrées reculées de Gran Pulse ne pouvait qu’attiser les commères, dont Fiona qui en faisait partie. Habituellement, Hagen se contentait de les écouter avec Mirta et Swann, les mères de Fang et Lynae, chacune peu désireuse de faire parties des commérages. Mais il était bon de se tenir au courant, et de toute façon, quoiqu’il arrive cela leur revenait toujours aux oreilles.

La guérisseuse soupira un peu et s’approcha du comptoir, où les deux hommes se tenaient debout et silencieux. Fiona la suivit et se plaça aux côtés de son mari.

- Alors ? questionna-t-elle.
- Quoi, alors ? répondit Hagen.
- Eh bien… Comment est-elle ? Est-ce qu’elle est comme on la décrit ? Monstrueusement laide et sauvage ? Va-t-elle tous nous tuer dès qu’elle en aura l’occasion ?
- Oh Fiona ! Tu crois vraiment à ces choses-là ? pesta doucement Hagen.
- C’est une cocoonienne ! s’exclama la commerçante, son visage rondelet prenant un air d’effrois.

Hagen soupira et échangea un coup d’œil avec Fergus. Malgré sa position sur la question de Lightning, la situation semblait l’amuser.

- Si tu veux mon avis, fit la guérisseuse. Cette femme est loin d’être monstrueuse ou laide, au contraire. Quant au fait d’être sauvage…

Hagen croisa les bras sous sa poitrine et s’appuya contre le comptoir, réfléchissant à ce qu’il convenait de dire.

- Disons qu’elle n’est pas très coopérative.

Tipur, qui arrangeait ses étagères derrière lui, émit un borborygme qui la fit doucement rire et secouer la tête. Il n’était pas méchant et certainement plus tolérant que beaucoup d’autre, mais il pouvait parfois être un infernal ronchon. Fiona semblait plongée dans ses pensées tandis que Fergus lui adressait un regard éloquent.

- Mais elle n’est pas hostile, reprit-elle. Ça fait deux jours qu’elle est enfermée dans sa chambre et ce matin, on aurait dit un gorgonopside en cage.
- Elle est déjà rétablie ? demanda Fiona. Je croyais que Ranulf lui avait mis un coup sur le crâne qui aurait achevé un gobelin.

Hagen pesta entre ses dents et Fergus eut la décence d’arborait un léger air contrit.

- Je pensais aussi que la plaie était sérieuse, mais finalement, elle n’avait aucune fracture. Et sa guérison est presque miraculeuse, explique-t-elle.
- Elle est donc assez remise pour supporter un nouvel interrogatoire et retourner dans sa prison ? suggéra Fergus d’une voix bourrue.

Hagen soupira, fatiguée et se tourna vers lui.

- J’aimerai te parler justement…
- Hagen, commença-t-il à réprimander.
- S’il te plaît, Fergus. C’est important.

Ils se fixèrent un instant avant que le père de Fang ne pince les lèvres et détourne la tête.

- Très bien ! abdiqua-t-il avec réticence. On a qu’à aller marcher un peu.

Hagen esquissa un sourire, le poids dans sa poitrine s’allégeant considérablement. Elle se tourna vers ses amis qui les observaient en silence.

- Est-ce que je pourrais avoir des tomates, des poivrons, des pommes de terre ainsi qu’une grosse pastèque avant de partir, s’il te plaît ?

Fiona lui adressa un large sourire, la lueur typique du commerçant brillant dans ses prunelles noires.

- Je vais te chercher ça tout de suite ! s’exclama-t-elle, partant déjà en courant vers l’étalage de fruits et légumes.
- Je t’attends dehors, fit Fergus. Tipur, on reparle du banquet plus tard, d’accord ?
- Pas de problème !

Le père de Fang sortit de l’épicerie et Hagen se tourna vers le mari de Fiona. Ce dernier l’observait sans rien dire, ses yeux n’exprimant rien. C’était presque dérangeant. La guérisseuse pinça les lèvres et détourna la tête sur les rangées d’étagères sur lesquelles s’alignaient divers produits.

Les sacs de farines et de grains s’entassaient sur le sol en bois, les villageois s’en servant beaucoup moins à cette période. Les épis de maïs récoltaient un franc succès, comme les tomates dont la récolte avait été excellente. Cette saison, les champs avaient été prolifiques, leur assurant un hiver paisible. Si la chasse s’avérait aussi bonne, aucun des clans n’aurait à subir la faim cette année.

- Pourquoi plaides-tu la cause de cette femme, Hagen ? finit par demander Tipur, tandis que Fiona traînait à revenir.

Les épaules de la rousse s’affaissèrent légèrement alors qu’elle portait de nouveau son attention sur son ami.

- Nous nous connaissons depuis longtemps toi et moi, reprit-il. Tout comme la plupart des anciens du village, tu as était témoins des horreurs que nous ont fait subir les cocooniens. Pourquoi défendre cette étrangère ? Elle ne le mérite certainement pas !
- Tipur, soupira Hagen.
- Je te soutiendrais, coupa gentiment le mari de Fiona en posant une main sur son épaule. Parce que je sais que tu n’es pas du genre à prendre des décisions à la légère, mais j’espère que cette fois, tu ne commets pas une erreur.

Hagen serra sa main de la sienne et lui adressa un petit sourire. Malgré la certitude de ses doutes, elle espérait aussi au fond d’elle ne pas se tromper. Fiona arriva à ce moment, les coupant dans leur échange silencieux. Tipur ôta sa main et se détourna du comptoir, tandis qu’Hagen baissait la tête comme prise en faute.

Fiona vint la rejoindre avec entrain, un large sourire toujours plaqué sur son visage. Elle transvasa les légumes dans un sac en toile, comptabilisant le nombre de tomates, de poivrons et de pommes de terre, terminant par la pastèque qu’elle ne plaça pas dans le sac pour éviter qu’elle n’écrase les autres ingrédients. Fiona finit par relever le nez vers elle.

- Est-ce que tu veux du maïs et des échalotes avec ça ? Il y a un rabais dessus, déclara la commerçante.

Hagen sourit et secoua la tête. Elle adorait le professionnalisme de son amie et son investissement. Elle avait cette petite façon de demander et de proposer, incitant à acheter sans que le client ne se sente forcé. Heureusement, dans le village, cela fonctionnait beaucoup à l’échange. Fiona et Tipur gardaient en stock le surplus qu’il y avait et se chargeaient de, soit le revendre, soit le redistribuer.

Les ventes au profit de l’argent se faisaient généralement avec les autres villages et les bénéfices qu’ils en récoltaient servaient à se réapprovisionner de choses qu’ils ne produisaient pas eux-mêmes. Ça faisait des années que le commerce tournait ainsi sur Oerba et ça fonctionnait plutôt bien.

- Non merci, répondit Hagen. Je ne veux rien de plus. J’ai déjà pas mal de chose en reste.
- Très bien. J’ai noté ce que tu avais pris. C’est rare que tu viennes chercher plusieurs fois du surplus.
- Je suis toute seule alors généralement, ce qui m’est distribué me suffit amplement. Mais là, j’ai une deuxième bouche à nourrir.
- Cette cocoonienne ne va poser que des désagréments, maugréa Fiona.

Hagen ne chercha pas à répondre. Elle n’avait aucune envie de s’engager sur une nouvelle conversation stérile et encore moins avec sa commère d’amie. Avant la fin de la journée, Fiona aurait déjà été tout racontée, et la soirée commencerait à peine que les premiers ragots lui reviendraient aux oreilles.

A la place, elle s’empara de son sac, l’entourant d’un de ses bras et attrapa sa pastèque de l’autre.

- Merci Fiona. A plus tard.
- Oui, à plus tard. Fait attention, d’accord !
- Mais oui, ne t’inquiète pas, répondit Hagen, masquant un soupir de lassitude.

La guérisseuse se détourna, se dépêchant de rejoindre l’extérieur. Il valait mieux éviter de donner l’occasion à Fiona de trouver un autre sujet de conversation, et Fergus l’attendait dehors depuis plusieurs minutes déjà. Elle connaissait son impatience et Hagen ne voulait pas le faire trop attendre.

Elle le retrouva en pleine discussion avec Ranulf. Bien évidemment, il fallait que ça soit lui.

- Tout pour plaire ! pesta-t-elle entre ses dents.

Elle ajusta son sac en toile remplis de légumes et soupira un bon coup. Ces deux-là étaient amis de longue date. Ils avaient à peine six ans de moins qu’elle, et Hagen se souvenait de ces deux gamins qui courraient partout, alors qu’elle-même apprenait déjà les rudiments de la médecine. A l’époque, rien ne laissait supposer que Fergus serait un chef de village si droit et investit, en oubliant presque son rôle de père, et que Ranulf deviendrait cet homme austère, bourru et un peu violent.

Elle s’approcha d’eux, espérant ne pas déclencher une nouvelle dispute. Ranulf afficha un air renfrogné et Hagen pinça les lèvres. Il était évident que sa discussion avec Fergus n’allait pas pouvoir rester discrète. Le forgeron allait forcément vouloir savoir de quoi elle voulait tant parler au chef du village, et vu qu’elle gardait enfermée une cocoonienne dans l’une de ses chambres, à la grande désapprobation de Ranulf, ce dernier allait se douter de quelque chose.

- Ça y est, tu as finit ? demanda nonchalamment Fergus.
- Oui. Désolé, Fiona a mis un peu de temps.
- Ce n’est pas important. Je n’avais rien d’urgent à faire dans l’immédiat.

Hagen acquiesça, évitant de croiser le regard inquisiteur de Ranulf.

- Allez, vient ! s’exclama Fergus. Laisse-moi t’aider à ramener tout ça chez toi, et nous discuterons en même temps.

Si elle avait pu, la guérisseuse se serait frappée le front du plat de la main. Rien de tel qu’une phrase pareille pour inciter la curiosité du forgeron.

- De quoi allez-vous parler ? demanda justement celui-ci.

Ses sourcils broussailleux étaient froncés et sa grosse barbe brune frissonnait tandis qu’il ruminait silencieusement. Les rouages de son esprit tournaient à plein régime, une lueur réprobatrice flambant dans ses yeux marron.

- De la fête de Samain, répondit Fergus d’un ton assuré.

Hagen en fut surprise pendant un quart de seconde, échangeant un coup d’œil rapide avec le père de Fang avant qu’elle ne porte son attention sur Ranulf.

- Oui. Comme chaque année, je dois m’entretenir avec lui sur le déroulement de la cérémonie que l’oracle doit accomplir, et comme cette tâche m’incombe encore…
- Tu t’y prends tôt cette année, fit Ranulf qui sembla rassuré sur la teneur de leur conversation.
- C’est que… Je suis un peu à court d’idée. J’aimerais faire quelques modifications et cela me bloque un peu finalement.
- Tu t’en sortiras très bien, déclara le forgeron. Comme à chaque fois !

Hagen sourit en remerciement. D’ordinaire, elle et Ranulf avait un bon relationnel. Ils se disputaient régulièrement, mais ce n’était jamais très important ou grave, et c’était peut-être la première fois qu’ils ne s’adressaient plus la parole pendant autant de temps.

- Bon, je vous laisse, reprit-il. J’ai quelques lames à retaper pour que tous les chasseurs soient opérationnels.

Il se détourna d’eux aussitôt et repartit vers sa forge sans leur laisser le temps de répondre. Il avait toujours été ainsi Ranulf, il ne s’incommodait pas de superflu et allait droit au but. Hagen et Fergus se regardèrent et s’engagèrent dans le sens opposé.

- Merci, fit la guérisseuse, ajustant une fois de plus son sac de provisions.

Fergus l’arrêta dans sa marche et s’en empara pour le porter à sa place. Hagen se retrouva avec seulement sa pastèque entre les mains, adressant un sourire reconnaissant au père de Fang.

- Ça ne me plaît pas vraiment de lui mentir, répondit-il en reprenant sa marche.
- Je sais, fit Hagen en le suivant lentement. Mais il ne veut rien entendre.
- Et je pense qu’il a raison !
- Tu n’es pas sérieux ! s’offusqua Hagen en allongeant le pas pour marcher à son rythme.
- Bien sûr que si ! Plus j’y pense, plus je me dis que nous aurions même dut la tuer sur le champ !

Hagen s’arrêta instantanément, resserrant ses bras autour de sa pastèque.

- Elle est mariée à une pulsienne ! cracha-t-elle sans réfléchir.

Fergus se stoppa puis se retourna vers elle, Hagen s’en voulant aussitôt. Elle remercia silencieusement Etro qu’il n’y ait aucunes oreilles indiscrètes autour d’eux et soupira. Normalement, elle avait dans l’idée d’y mettre les formes pour énoncer ses hypothèses. Bon sang, elle n’était même pas certaine de ce qu’elle avançait. Tout ce qu’elle avait, c’était une robe ainsi qu’une alliance étrangement similaire à ceux d’une union sur Oerba, et le fait que Lightning ait prononcée le prénom de Fang. Si Hagen annonçait ça à Fergus de cette façon, il allait certainement secouer cette cocoonienne de ses propres mains.

- Qu’est-ce que tu viens de dire ? demanda-t-il d’un ton trop bas pour paraître tranquille.

Hagen se mordit le bout de la langue.

- Allons chez moi ! dit-elle.

Elle reprit sa marche et Fergus la suivit sans plus rien dire. Son maintien était tendu et il se dégageait de lui un calme électrique. Hagen contourna le côté de la petite clinique, trouvant plus judicieux d’être chez elle si le ton devait monter. Même si Lightning était pratiquement remise, elle ne voulait pas la confronter tout de suite sans qu’elle n’ait mis ses idées aux claires avec Fergus. De plus, il était hors de question que Vanille soit témoin d’une telle scène.

Ils pénétrèrent la maison et Fergus alla aussitôt déposer le sac de provision sur l’îlot de la cuisine. Il croisa fermement les bras sur sa large poitrine et Hagen referma la porte d’entrée d’un coup de pied. Elle plaça ensuite sa pastèque à côté du sac et ils s’observèrent quelques secondes en chien de faïences.

- Tu veux boire quelque chose ? osa-t-elle finalement demander.
- Vue la conversation, tu aurais quelque chose de fort ?

Hagen haussa un sourcil. Elle jugea préférable de ne rien répliquer et se tourna vers les placards en hauteur de sa cuisine. Elle ouvrit l’un d’eux et regarda ce qu’elle avait en stock. Elle repoussa une bouteille pleine en verre sombre, se disant que ça, c’était peut-être un peu trop fort, au profit d’une autre au liquide clair. De la liqueur de pommes ferait parfaitement l’affaire.

Elle attrapa deux petits verres dans le second placard à côté et se retourna vers Fergus qui était partit s’asseoir à la table. Un coude appuyé sur la surface en bois, la paume de sa main soutenait son front. Hagen s’en voulait presque de rajouter un poids supplémentaire à sa charge déjà conséquente de dirigeant. Pour rien au monde elle n’aurait voulu être à sa place.

Elle s’avança jusqu’à lui et déposa son butin sur la table, attirant son attention. Hagen servit les deux verres avant de s’asseoir en face de lui. Pendant quelques minutes ils ne dirent rien, Fergus descendant deux verres à la suite pour se donner du courage. La guérisseuse le laissa faire, un brin amusée par le comportement de son ami.

Après un troisième cul sec, Fergus reposa son verre sur la table et soupira fortement.

- Bien ! s’exclama-t-il. Maintenant, tu vas m’expliquer plus clairement ce que tu m’as dit.

Hagen soupira. Elle croisa les émeraudes de Fergus et fit tourner son verre entre ses doigts.

- Je n’aurais pas dû te dire ça, comme ça, répondit-elle.
- Mais tu l’as fait. Alors maintenant, explique toi. Est-ce que tu as réussi à discuter avec cette cocoonienne ?

La rousse croisa ses bras sous sa poitrine, appuyant son dos sur le dossier de sa chaise en bois.

- Non. Elle n’a pas décrochée un seul mot à part quelques monosyllabes. J’ai seulement réussi à avoir son prénom. Mais j’ai eu le temps de la détailler depuis qu’elle est ici. Tu n’as certainement pas dû y prêter attention, mais elle portait une robe en arrivant.
- Oui, et alors ? Vanille et Fang m’ont déjà rabattu les oreilles avec ça… enfin, pour le peu que ma fille m’adresse la parole. Toi aussi, tu vas me dire que cette femme n’est pas une menace à cause d’un simple souci vestimentaire ?
- Bien sûr que non, Fergus ! s’agaça Hagen.

Elle évita de s’aventurer sur le sujet de sa relation avec Fang, jugeant que le moment n’était pas opportun pour mettre le doigt sur les problèmes qu’il avait avec sa fille.

- La robe qu’elle portait, était pratiquement similaire aux tenues de cérémonie pour les unions sur Oerba.
- Comme tu viens de le dire, soupira Fergus. C’est presque similaire…
- L’alliance qu’elle a au doigt, elle, est identique aux nôtres ! coupa Hagen.

Le père de Fang referma lentement la bouche, bloquant son regard surpris dans le sien.

- C’est une plaisanterie ? demanda-t-il calmement.
- Je t’assure que non. J’ai eu le temps de la détailler minutieusement quand elle était inconsciente. Son alliance et comme celles de nos unions magique, et je suis certaine que les cocooniens n’ont pas ce genre de pratique.

Un lourd silence s’étendit autour d’eux avant que Fergus ne cogne brutalement la table, faisant trembler les verres. Hagen sursauta alors qu’il bondissait sur ses pieds, arpentant de long en large le tapis qui traînait entre un vieux canapé en tissu et une cheminée éteinte. Hagen l’observa faire, sirotant lentement l’unique verre de liqueur de pommes qu’elle s’était servie.

Elle devança la demande et resservit un verre à Fergus, qu’il vint s’empresser d’avaler. Il le reposa sans douceur sur la table et Hagen eut limite peur qu’il se brise sous le choc. Fergus fit quelques allers-retours supplémentaires puis revint s’asseoir lourdement sur sa chaise.

- Comment c’est possible ?
- J’en ai pas la moindre idée, répondit honnêtement la rousse.
- Et si c’était une ruse ? supposa Fergus.
- Je ne pense pas. Ce genre d’union ne peut pas être feint, tu le sais aussi bien que moi. Tu as célébré ce genre de mariage avec Mirta.
- Nous sommes le seul village de Gran Pulse à utiliser ce genre d’union, et il faut obligatoirement un oracle ou une prêtresse pour les célébrer, contra le chef du village. Alors, à moins que tu m’aies caché avoir officié dernièrement, ça ne peut pas être possible ! trancha-t-il.

Hagen soupira, ne sachant pas quoi lui répondre. Bien sûr qu’elle n’avait unie personne ces derniers mois. Ça faisait même presque deux ans qu’ils n’avaient célébré aucun mariage. Seulement deux ou trois naissances. Avant que cette cocoonienne n’arrive, elle commençait à croire que la prochaine union qu’elle allait officialiser serait celle de Fang et Lynae, vue comment l’héritière du clan Yun était sous le charme de la petite Lier. Mais même ça, cette étrangère l’avait compromis.

Du coin de l’œil, Hagen vit Fergus tapoter le rebord de son verre et elle le resservit en roulant des yeux. A ce niveau, la guérisseuse le soupçonnait d’utiliser cette situation pour siffler les bouteilles de ses placards. Fergus avait toujours adoré les petites douceurs qu’elle gardait précieusement à l’abri, au cas où.

Il avala d’un trait sa liqueur et, cette fois, reposa plus doucement son verre. Sans dire un mot, il s’appuya contre le dossier de sa chaise, fronçant les sourcils. Finalement, il se tourna vers elle, toujours aussi alerte que s’il n’avait rien bu.

- J’y repense tout d’un coup, fit-il tranquillement. Tu as dit « elle est mariée à une pulsienne ! ». Comment tu peux savoir ça ?

Le cœur d’Hagen fit un bond dans sa poitrine. Elle avait naïvement pensée qu’elle pourrait passer au travers de cette question. Que Fergus aurait oublié, ou n’aurait pas prêté attention au sens de ses mots. Elle avait espéré ne pas avoir à lui parler de ses autres hypothèses. Si ça se trouvait, elles étaient complètement fausses et aussi farfelues qu’elles en avaient l’air.

- J’ai seulement dit ça, comme ça, sans réfléchir, éluda-t-elle en secouant une main dans les airs.

Fergus lui adressa un regard et un sourire sarcastique.

- Tu ne m’auras pas aussi facilement, Hagen. Tu n’as pas dit ça, sans réfléchir. Tu as quelque chose d’autre en tête.
- Bien sûr que non ! râla faussement la guérisseuse.
- Ecoute, maugréa Fergus, cette cocoonienne t’a complètement retournée la cervelle, à toi, mais aussi à Vanille et à ma fille. Alors si tu penses à quelque chose, dit le moi qu’on en finisse.

Hagen soupira et termina son verre de liqueur, se morigénant pour sa bêtise. Elle reposa son verre et se frotta doucement les lèvres avant de se lever. Pour se donner une contenance, elle croisa ses bras autour d’elle et afficha un air confiant et déterminé.

- Je pense… Je crois…

Elle referma la bouche et Fergus lui jeta un regard éloquent, voulant l’inciter à poursuivre. Hagen soupira fortement et se rassit, joignant ses mains sur la table.

- Et si cette femme, ne venait pas de notre Cocoon, supposa-t-elle lentement. Enfin… Du Cocoon de notre époque, mais… Du futur ?
- Pardon ! exprima bêtement Fergus, son visage prenant un air effaré.

Il jeta un coup d’œil soupçonneux à son verre vide et revint sur elle.

- Tu bois en cachette ? demanda-t-il sérieusement.
- Non… ! Espèce d’idiot ! s’indigna-t-elle, se penchant en avant pour le frapper durement sur le bras. Mon idée n’est pas si étrange que ça.

Fergus haussa hautement les sourcils. Il attrapa lui-même la bouteille de liqueur et s’en resservit un verre. Il la reposa et porta ensuite sa boisson à ses lèvres.

- Pendant qu’elle était inconsciente, elle a appelée Fang, déclara brutalement Hagen.

Fergus avala sa gorgée de travers et toussa fortement. Il repoussa son verre au loin, devenant écarlate. Hagen se leva précipitamment, allant tapoter son dos. Il se racla finalement la gorge et la rousse se rassit à sa place.

- Désolé, j’aurais dût le dire différemment.
- Coïncidence, répondit-il d’une voix enrouée.
- Oui, soupira Hagen, j’y ai pensé aussi, mais…
- Ne me dit pas que tu penses que cette… Cocoonienne, cracha-t-il, est la femme… Futur femme ? De ma fille !
- Je ne sais pas. Je ne suis sûre de rien. Elle n’a pas voulue me parler. Mais je suis certaine qu’elle ait liée à… Une pulsienne ou un pulsien, peu importe !

Un silence pesant les enveloppa. Fergus semblait profondément réfléchir à ce qu’elle venait de lui révéler et Hagen s’en sentie soulagée et rassurée.

- Comment ça serait possible ? demanda-t-il, concerné.
- Je n’en ai pas la moindre idée. Si seulement Etro pouvait me donner quelques indices, mais rien. Si j’ai raison, ça ne peut être que l’œuvre d’un fal’cie ou d’un dieu.
- Et si tu as tort, et que c’est vraiment une ruse ?
- Alors tu auras toute ma bénédiction pour la tuer ! répondit franchement Hagen.
- Ça parait surréaliste.
- La magie existe, alors pas tant que ça finalement.
- Fang et… Cette cocoonienne ? Tu penses sérieusement…
- C’est ta fille ! s’exclama Hagen un brin amusée. Elle en serait bien capable.

Fergus porta une main à son front, soutenant sa tête.

- Tu n’aurais pas quelque chose de beaucoup plus fort que ta piquette ? finit-il par demander.

Hagen roula des yeux et se leva, retournant à son placard. Elle l’ouvrit et s’empara de la bouteille pleine qu’elle avait préalablement repoussée.

- De l’eau de vie à base de jus de crapauds pipa ?

Elle se retourna vers Fergus dont les prunelles vertes brillaient presque de convoitise. C’était l’un des meilleurs alcools de tout Gran Pulse, et certainement l’un des plus forts aussi. Un vrai tort boyaux. Elle lui en servit un verre et se rassit. Cette fois, Fergus dégusta sa boisson. Après sa première gorgée, il reposa doucement son verre.

- Je te laisse le bénéfice du doute, mais je dois l’interroger.
- Je sais et elle le sait aussi.
- Vaut mieux qu’elle soit coopérative, grommela-t-il.
- Je vais faire tout mon possible pour que ça soit le cas.

Fergus hocha la tête et trempa une fois de plus ses lèvres dans son eau de vie.

- Est-ce que tu serais d’accord pour que je l’emmène avec moi en forêt. Je dois aller refaire le plein de plantes médicinales, et je pense que la sortir lui ferait du bien.
- Non, je ne crois pas que ça soit une bonne idée.

Hagen soupira. Elle s’y attendait.

- Laisse-moi l’interroger et me faire une réelle idée sur cette femme, après nous verrons. Pour l’instant, elle est toujours prisonnière. Bernulf et Gervald la surveillerons sans répits tant que je n’aurais pas décidé définitivement de son sort.
- Très bien, souffla Hagen. J’irais avec Vanille.
- Hum, fit Fergus alors qu’il finissait son verre. D’ailleurs, tu es vraiment obligée de laisser Vanille toute seule avec cette étrangère ?
- Ça lui fait plaisir, déclara la rousse en haussant les épaules. Et puis… Bernulf et Gervald veillent au grain, tu te rappelles.

Le père de Fang secoua la tête et s’étira. Finalement, il se leva.

- Je vais réfléchir à tout ça. Même si ton histoire me parait vraiment tirée par les cheveux. Je la laisse à tes bons soins et je viendrais l’interroger dès la semaine prochaine, comme c’était convenu.

Hagen acquiesça, ravit qu’il tienne compte de leur engagement. Normalement, Lightning aurait dû mettre plusieurs jours avant d’être entièrement remise sur pieds, et la guérisseuse avait demandé à Fergus que l’interrogatoire n’ait lieu que la semaine suivante. Lightning pourrait mettre ce temps à profit pour se montrer plus conciliante, pour son propre bien.

- Bien, j’y vais, alors. J’ai pas mal de choses à faire.

Il se dirigea vers la porte d’entrée. Quand il eut la main sur la poignée, il se tourna à demi vers elle.

- Je suis content que tu ais eut assez confiance en moi pour me parler de tes suppositions.
- J’ai un peu hésité, avoua-t-elle avec un sourire en coin. Mais ça n’aurait avantagé personne, et si cette femme est vraiment innocente, elle ne mérite pas de payer pour les vrais coupables.

Fergus acquiesça fermement et partit sans rien ajouter. Hagen posa ses yeux sur le verre vide que le chef du village avait laissé derrière lui, espérant au fond d’elle, qu’il prenne la bonne décision. Vis-à-vis de Fergus et de sa position, elle avait fait tout ce qu’il était humainement possible de faire, maintenant, elle avait plus qu’à dérider une cocoonienne récalcitrante.

oOo

Note : Et voilà. J’espère que ça continue à vous plaire. N’hésitez pas à me faire part de vos avis, c’est toujours agréable pour l’auteur. A samedi prochain pour la suite.

Chapter Text

Chapitre 9

 

Ça faisait des heures qu’elle tournait en rond dans cette chambre, ses pieds nus arpentant sans relâche l’épais tapis qui recouvrait le bois du sol. Lightning ruminait depuis deux jours ce qu’elle devait faire. Son esprit de soldat, de guerrière, qu’elle avait mis de côté depuis des années, était revenu au galop.

Droit, inflexible, elle était prête à se battre s’il le fallait, mais au fond d’elle, elle savait aussi que ce n’était pas la meilleure des stratégies. Ici, à cette époque, elle était en territoire ennemi et elle était désavantagée. Elle n’était plus une l’cie et si la magie était courante chez certaine personne, chez elle, cette dernière lui faisait cruellement défaut depuis qu’elle était redevenue une simple humaine. Lightning avait seulement gardé une légère aptitude pour la guérison, mais cela ne lui serait d’aucune utilité lors d’un combat.

Elle ne devait pas provoquer ces habitants ni se montrer agressive envers eux. Mais jusqu’à présent, elle avait répété qu’elle n’était pas une menace et elle avait quand même récolté qu’on lui fracasse le crâne en deux. Elle était enfermée dans cette pièce comme un animal en cage, et même si c’était plus confortable que sa prison insalubre, Lightning avait du mal à contenir son impatience.

En début de matinée, Hagen avait nettoyé sa blessure et refait son bandage. La guérisseuse lui avait tenu compagnie et avait essayé de faire la conversation, mais Lightning était restée hermétiquement fermée à toute approche. Alors la grande rousse l’avait laissé seule. Lightning savait que le chef du village, qui était aussi le père de Fang, allait vouloir l’interroger de nouveau maintenant qu’elle était remise, et elle ne savait toujours pas quoi lui dire. Son ventre se nouait d’une angoisse perpétuelle qui la prenait désagréablement à la gorge.

Elle n’avait eu qu’une brève discussion avec Hagen et depuis, Lightning n’avait rien apprit qui lui soit utile. Ça faisait un peu plus d’une semaine qu’elle était arrivée dans cette époque. Elle avait déjà passé la moitié inconsciente, à deux doigts de la mort et la suivante, prisonnière. Elle n’avait pas refait de rêve avec Fang et elle avouait que même si le réalisme de ses songes était cruel, ne pas voir du tout son amante était encore pire. Elle lui manquait.

Assise sur le rebord de sa fenêtre grande ouverte sur le verger verdoyant, Lightning s’appuya contre l’encadrement. De son pouce, elle faisait inlassablement tourner son alliance à son doigt, se demandant pour l’énième fois ce qu’il se passait chez elle depuis qu’elle avait disparu. Est-ce que Fang était sur sa trace ? Avait-elle des indices sur l’endroit où elle avait atterri ? Est-ce que Serah s’en sortait ? Snow prenait soin d’elle, Lightning en était certaine, mais son cœur se comprima dans sa poitrine à la pensée de sa petite sœur.

Du bruit lui parvint de façon diffus et elle tourna la tête vers la porte entrouverte de sa chambre. Ses yeux se posèrent vaguement sur le plateau repas que lui avait apporté Hagen presque une heure plus tôt. Elle n’y avait pas touché. Lightning ne craignait pas de se faire empoisonner, la guérisseuse ne l’avait pas retapé pour la tuer après, et puis, cette femme semblait trop professionnelle et intègre pour agir avec autant de bassesse.

Elle n’avait pas faim, tout simplement. L’idée même de mettre de la nourriture dans sa bouche suffisait à la révulser et faire tressauter son estomac. Toute cette tension et cette angoisse lui portait sur les nerfs et l’empêchait de se sentir assez détendue pour aborder cette situation avec calme.

Lightning inspira profondément, bloquant son soupir dans le creux de sa gorge. Elle reporta son regard sur le verger, sentant ses jambes fourmiller à l’envie irrépressible qu’elle avait d’aller vagabonder un peu partout. Mais ce n’était certainement pas demain la veille qu’elle aurait la possibilité de vadrouiller à son aise dans ce village. Et même si Lightning voulait que ces habitants arrêtent de la percevoir comme une ennemie, elle n’était pas pressée de se confronter à eux.

Elle entendit la porte de sa chambre grincer légèrement, attirant son attention. Du coin de l’œil, à l’extérieur, Lightning remarqua la présence des deux gardes qui lui collaient l’arrière train depuis qu’elle était arrivée ici. Bernulf et Gervald, si elle ne se trompait pas. Elle était pour l’instant incapable de dire lequel était lequel, mais elle était certaine que c’était les deux mêmes hommes. Ces gardes personnels, qui se devaient de ne pas la lâcher d’une semelle.

Il était évident que le chef du village n’allait pas la laisser seule auprès de deux habitantes de son peuple. Hagen devait représentait beaucoup pour le village et Vanille était une enfant qu’il fallait protéger de ces monstrueux cocooniens.

Comment réagirait la Vanille plus âgée, face aux réactions de son peuple vis-à-vis d’elle ? Comment réagirait Fang ? Lightning ne blâmait aucun habitant d’Oerba, mais elle ne pouvait s’empêcher de se sentir frustrée. Elle serra les dents et détourna la tête du coin de la maison. S’ils savaient, que si elle l’avait vraiment voulue, elle aurait pu s’enfuir depuis bien longtemps.

Elle découvrit Vanille dans l’encadrement de la porte, portant un petit plateau entre les mains. La jeune adolescente la fixait la bouche légèrement entrouverte et des étoiles dans les yeux, rendant Lightning mal à l’aise pendant un instant. Puis la petite rouquine sembla revenir à la réalité et elle secoua doucement la tête faisant valser ses longues tresses emmêlées.

Actuellement, elle ressemblait à un chaton sauvage et ça amusa l’ancienne guerrière qui esquissa un sourire imperceptible. Elle s’avança enfin dans la pièce, d’un pas assuré et énergique. La petite Vanille n’avait pas peur d’elle, Lightning pouvait aisément le voir dans sa façon d’agir envers elle. Comme avec Hagen, son regard lagon n’était pas fuyant ou craintif. Là où celui de l’aînée était concerné, celui de la cadette était juste curieux et émerveillé.

- Je t’ai apporté ton remède, déclara Vanille, posant son plateau sur la table à côté de son repas intouché. Tu n’as pas mangé, reprocha-t-elle en se retournant, les mains prise par un flacon sombre.

Lightning fronça légèrement le nez à l’idée de devoir avaler à nouveau cette mixture infâme, et secoua la tête en signe de négation pour répondre à la jeune fille. Vanille fit la moue et s’approcha en soupirant doucement. Elle lui tendit la fiole et Lightning la regarda fixement. Comme si elle allait volontairement boire cette chose. Elle se sentait beaucoup mieux. La fièvre était tombée et elle n’avait plus aucune douleur, alors elle pouvait parfaitement se passer de ce liquide répugnant.

La rosée détourna finalement la tête vers l’extérieur, ignorant la petite rouquine qui soupira une fois de plus. Elle l’entendit bouger et elle pensa que l’adolescente allait abandonner et faire demi-tour, mais la jeune Vanille devait être aussi obstinée que celle qu’elle connaissait.

- Tu sais, ce n’est pas pour être désagréable, exprima-t-elle doucement. Ça fait deux jours que tu n’as rien mangée et ce remède est important pour ta blessure.
- Je vais très bien, merci.
- Ce n’est pas comme ça que tu vas convaincre Oncle Fergus de ne pas te remettre dans ta cage, soupira Vanille.

Lightning fronça fermement les sourcils et tourna la tête vers la rouquine. Est-ce que tous ces gens pensaient qu’elle n’était qu’un animal sauvage qu’il fallait enfermer ? Elle avait compris qu’elle devait se montrer coopérative, mais ce n’était pas aussi facile que le laissait supposer cette gamine.

- Je n’ai pas faim, c’est tout ! pesta-t-elle. Et je me sens assez bien pour ne pas avoir à boire cette chose répugnante !
- Ce remède, c’est pour éviter que ta plaie s’infecte… Et manger te rendrait peut-être moins grognon.
- Je ne suis p…

L’ancienne guerrière s’arrêta et referma la bouche. Elle observa Vanille. Son visage de poupée exprimait de l’inquiétude et de la compassion. Cette situation l’embêtait vraiment et Lightning retint un soupir. Elle-même n’était plus une enfant depuis longtemps et elle trouvait ça ironique que ça soit une jeune adolescente qui lui fasse la morale. Et encore plus venant de Vanille. D’ordinaire, elle avait Serah ou Fang pour ça, voir Snow.

Ici, elle n’avait personne. Et même si elle savait se battre, elle serait incapable de faire face à tout un village de chasseur. Vanille et Hagen faisaient preuve de patience à son égard. Elles faisaient en sorte de revenir continuellement vers elle alors que rien ne l’y obligeaient, que cela devrait même être l’inverse. Lightning se rendit compte qu’en réalité, elle avait deux alliées auprès d’elle, dont l’une pouvait plaider sa cause auprès des personnes hautes placées du village.

Finalement, elle se leva et s’approcha de Vanille qui l’observait sans rien dire. Lightning s’empara de la fiole et bu d’un trait le remède, retenant difficilement une grimace de dégout. Elle alla ensuite déposer le flacon vide sur la table et s’assit, prenant sur elle pour avaler au moins l’assiette de tomates que l’aînée des guérisseuses lui avait gentiment préparée. Lightning avait parfaitement conscience que si elle s’était trouvée dans sa prison, elle aurait certainement eue droit qu’à un sceau d’eau croupis et un morceau de pain dur, probablement rancit depuis au moins six mois. Il fallait qu’elle s’estime heureuse de la chance qu’elle avait.

L’adolescente vint s’asseoir en face d’elle, un large sourire plaqué sur son visage rond. Au bout du compte, Lightning dévora tout le plateau repas qui se présentait devant elle, prenant conscience maintenant qu’elle avait commencé à manger qu’elle mourrait de faim. Vanille lui tendit un verre d’eau qu’elle accepta avec joie, après avoir avalé sa dernière bouchée.

- Je croyais que tu n’avais pas faim, s’amusa Vanille.

Lightning grommela entre ses dents et détourna la tête. La petite rouquine émit un rire clair et elle-même esquissa un léger sourire.

- Wouah ! Tu sais sourire ? s’exclama l’adolescente.
- Non !
- Si ! Je t’ai vu !
- Je te dis que non, râla Lightning.

Un silence agréable les entoura et l’aînée se laissa aller contre le dos de sa chaise. Mais ça n’allait pas durer, Lightning s’en doutait alors que Vanille s’agitait sur place.

- Dit-moi ?
- Hum…
- Tu veux bien me parler de Cocoon ?

La rosée haussa un sourcil et posa son regard sur la jeune fille en face d’elle. Elle lui avait effectivement promis de lui parler si elle le désirait toujours, mais Lightning n’était pas certaine d’en être capable. Le Cocoon de cette époque n’était pas le sien. Pouvait-elle vraiment parler de sa terre natal, alors qu’elle avait été l’une des principaux protagonistes à la détruire des siècles plus tard ?

- Qu’est-ce que tu veux savoir ? demanda-t-elle prudemment.

Des étoiles se mirent en briller dans les lagons de Vanille, et la plus jeune se redressa comme un ressort sur sa chaise.

- C’est comment là-haut ?

Lightning resta silencieuse quelque instant. Comment était Cocoon ? Pendant ses premières années, elle aurait dit que c’était parfait. Tout ce que qu’une personne normale pouvait désirer, avant que la réalité ne la rattrape. Elle repensa à ses années de vie sur son Cocoon, à ce qu’elle avait vécu par la suite. Elle avait une vision plus objective maintenant. Elle connaissait les secrets, l’horreur de la suprématie des fal’cies, des dieux, mais aussi de l’armée de Cocoon.

A l’époque, elle se souvenait en avoir discuté parfois avec Fang. Son amante lui avait révélé quelques souvenirs vagues de son enfance. La terreur qu’instauraient les soldats du monde-sphère. Les attaques sans relâche et sans raison, leur volant leurs biens et tuant sans scrupules leurs peuples. Ils avaient perpétués une guerre uniquement parce que c’était ce que les fal’cies leur demandaient. Que dirait-elle de Cocoon, aujourd’hui ? Et a une enfant qui plus est.

- Fade, finit-elle par déclarer.

La joie de Vanille sembla retomber brutalement, mais ce n’était pas plus mal. Il n’y avait aucune fierté à retirer de vivre sur Cocoon.

- Comment ça ? questionna la petite rouquine, esquissant une moue quelque peu déçut.

Lightning fit un léger sourire. Vanille, malgré sa maturité pour son âge, restait une enfant curieuse des choses qu’elle ne connaissait pas et ne comprenait pas vraiment. Et Lightning n’avait pas envie de mettre un coup dans l’innocence de cette petite.

- Eh bien… Les tomates, par exemple, dit-elle en désignant vaguement son assiette vide, n’ont aucun goût sur Cocoon. Par contre, celles-ci étaient vraiment excellentes.

La jeune fille afficha un air surpris avant d’éclater de rire.

- Tu te moques de moi !
- Non, je t’assure ! répondit doucement Lightning. Aucuns fruits ou légumes n’a de goût sur Cocoon. Tout est très fade.

Vanille haussa hautement les sourcils, un large sourire amusé étirant ses lèvres. Soudainement, il revint à l’esprit de l’ancienne guerrière quelque chose que lui avait dit Fang quand elles avaient été définitivement de retour sur Gran Pulse.

- L’océan n’a pas d’odeur, non plus, dévoila-t-elle sur un ton conspirateur.

Vanille écarquilla les yeux, son visage affichant un air stupéfait.

- Ce n’est pas possible ! s’exclama-t-elle.

Lightning acquiesça doucement plusieurs fois.

- Eh si ! Je peux sentir d’ici celui d’Oerba, mais sur Cocoon, rien. Il faut aller jusqu’à le gouter, pour savoir qu’il est salé.
- Non, souffla Vanille qui n’y croyait pas.

La rosée se leva et s’approcha de la fenêtre ouverte. Un coup d’œil à l’extérieur lui apprit que ces ses deux gardes s’étaient rapprochés. Assis au pied de la maison, ils semblaient veiller au grain et écouter leur conversation. Elle leva le nez vers le ciel. D’ici, entre les nuages hauts et blancs d’Oerba, Lightning ne voyait qu’un petit morceau de Cocoon. Quoiqu’il arrive, cette sphère était omniprésente pour les habitants de Gran Pulse.

- Et le reste, c’est comment ?
- Le reste ? fit l’ancienne guerrière en se retournant.
- Le soleil, la terre ? Les animaux ?
- Oh. Hum… Le soleil est factice. La température est constante. Il n’y a pas vraiment de saisons, tout étant contrôlé par le fal’cie. C’est comme de vivre dans une bulle. La terre n’a pas besoin d’être florissante puisque le fal’cie a pour tâche de donner toutes les ressources nécessaires.
- Il n’y a pas d’animaux sauvages, comme ici ?
- Non. Ou du moins, elles sont très différentes.

Un épais silence les enveloppa. Lightning observa discrètement Vanille tandis que celle-ci relevait finalement la tête vers elle, les sourcils froncés.

- Comment tu sais que le village s’appelle Oerba ? demanda-t-elle subitement, la prenant de court.

Le cœur de Lightning fit un bond dans sa poitrine et elle batailla durement pour garder un visage impassible. Avait-elle réellement commis cette bourde de débutante ?

- Je crois que tu l’as mentionnée la dernière fois, donna-t-elle comme explication.
- Non, je n’ai pas fait ça.
- Alors c’est surement Hagen.

C’était bancal et elle le savait. Du coin de l’œil, elle remarqua que ses deux gardes venaient de se relever, à l’affut. Pire que des chiens à qui on tend un os, pesta intérieurement Lightning. Vanille semblait réfléchir de son côté mais cette réponses sembla lui convenir car elle haussa les épaules.

La petite rouquine ouvrit la bouche pour relancer la conversation, avant d’être interrompue par le son de la porte de la chambre qui grinça sur ses gonds, attirant leurs attentions. Elles tombèrent sur Hagen, qui se tenait dans le chambranle. Lightning échangea un regard avec elle, comprenant tout de suite que cette dernière les avait écoutés.

- Ah ! Tu es rentrée ! s’exclama Vanille, absolument pas perturbée par la tension ambiante.
- Oui, répondit Hagen, tournant finalement ses yeux vers la jeune fille. A l’instant !

Vanille acquiesça et se releva, empilant les assiettes dans le plateau repas avant de s’en emparer.

- Elle a dévoré tout ce que tu lui avais préparé, et elle a aussi pris son remède, déclara-t-elle.
- Bien. C’est très bien, Vanille. Tu devrais aller nettoyer tout ça et préparer ce qu’il faut pour une cueillette.
- Oh ! Nous allons en forêt ?

Hagen acquiesça, esquissant un léger sourire en coin. Vanille, toute contente, sortie de la chambre tandis que la guérisseuse reportait son attention sur Lightning. La rosée déglutit doucement sans lâcher les lagons de la grande rousse. Il était hors de question qu’elle montre un seul signe de faiblesse.

Instinctivement, elle se redressa, son corps se tendant comme un arc, prête à riposter à la moindre menace. Cette femme pouvait sembler inoffensive, aucun pulsien ne l’était réellement. Ils savaient tous se défendre un minimum, c’était même ce qu’on leur apprenait dès leur plus jeune âge.

Mais finalement, Hagen pinça les lèvres et s’approcha nonchalamment du lit et s’assit sur le rebord. Lightning se détendit légèrement mais resta sur ses gardes.

- Je serais revenue en début de soirée. Tu peux faire tout ce que tu veux tant que tu ne sors pas de cette maison.

L’ancienne guerrière acquiesça, restant silencieuse.

- Tu étais plus causante il y a quelques minutes de ça, fit Hagen.
- Je croyais que vous veniez à peine de rentrer, maugréa Lightning en réponse.
- Exact.

La grande rousse lui adressa un sourire en coin et les épaules de Lightning se décontractèrent. Même si elle se doutait qu’une discussion allait s’imposer au retour de la guérisseuse, la menace était écartée. Si menace il y avait eu d’ailleurs.

- J’ai eu une importante conversation à ton sujet avec Fergus, reprit Hagen.

Lightning releva le nez, aux aguets. Ça, c’était très intéressant. Rester à savoir si cette conversation avait été bénéfique pour elle, ou non.

- Je suis prête ! s’exclama la voix fluette de Vanille qui venait de resurgir dans l’encadrement de la porte.

Un chapeau de paille vissé sur ses boucles rousses en désordre, elle arborait un large sourire, impatiente de partir.

- Nous en discuterons plus tard, si tu veux bien, répondit donc Hagen à Lightning.

La guérisseuse se releva et l’ancienne guerrière acquiesça. La grande rousse rejoignit sa cadette et avant de partir, Vanille s’exclama :

- Peut-être que la prochaine fois, tu pourras nous accompagner.
- Oui… Pourquoi pas, souffla Lightning.

Le sourire que lui rendit la jeune fille lui fit chaud au cœur avant que son estomac ne se torde désagréablement. Finalement, elle se retrouva de nouveau seule avec pour unique compagnie, ses interminables pensées, craintes qui lui donnaient presque la nausée, et ses deux gardes.

Dans un accès de frustration, Lightning fut tentée de leur faire faux bond. Histoire d’aller se dégourdir les jambes, mais cela aggraverait plus sa situation et elle n’avait pas besoin de ça. Combien de temps le chef de ce village allait-il la faire mijoter ?

Il fallait qu’elle puisse vagabonder à son aise pour pouvoir trouver une solution à son problème. Même si elle ne savait pas par où commencer, cette inaction commençait sérieusement à lui peser. Peut-être que si elle se recueillait auprès de la déesse Etro, elle recevrait quelques réponses ? Ça ne lui coûtait rien d’essayer, mais cela serait bien plus facile, si elle avait accès à un temple qui lui était dédié. Peut-être qu’elle pourrait même entrer en contact avec Fang ou Serah.

Quand elle était retenue au Valhalla à l’époque, elle avait réussi à entrer en contact avec Snow et un peu plus tard, avec sa sœur. Ça ne pouvait pas être bien différent, non ? Des rires provenant de sa fenêtre la sortit de ses pensées et elle se tourna vers les sons.

Les yeux plissés et les sourcils froncés, Lightning s’approcha de l’encadrement en bois. Avec une pointe d’agacement elle vit les deux hommes qui la gardaient, s’esclaffer comme des bossus. Elle porta ensuite son regard sur le verger, ne distinguant au premier abord qu’une tâche bleu et floue avant que cela ne devienne plus net.

C’était Fang. La jeune Fang. Elle était assise au pied d’un pommier et le cœur de Lightning rata un battement. Elle inspira profondément. Elle aurait adoré aller à sa rencontre, apprendre à connaitre la jeune adolescente que son amante avait été et dont elle lui parlait si peu. Cette situation était de plus en plus cruelle. Elle avait la femme qu’elle aimait à portée de main sans que ça ne soit vraiment elle.

- Eh Fang ! S’écria l’un de ses gardes. Si ta mère t’attrape en train de batifoler dans le verger, tu vas passer un sale quart d’heure !

L’adolescente brune se retourna vers eux et Lightning réalisa qu’elle était effectivement accompagnée d’une autre jeune fille. Une petite blonde, remarqua-t-elle seulement de là où elle se tenait. La jeune Fang fit un signe vers l’homme, mais elle ne se retourna pas tout de suite. Pendant une seconde, Lightning eu le sentiment que le regard de la jeune brune s’était fixé sur elle et Lightning se surprit à apprécier l’idée qu’elle puisse attirer l’attention de la jeune Fang, comme elle avait attiré l’attention de son amante.

Mais la petite blonde déposa un baiser sur la joue caramel et toute la situation présente lui sauta brutalement au visage. Cette jeune fille n’était pas sa femme. C’était une adolescente et elle avait une vie dont elle ne faisait pas partie. Pas encore. Et cela n’arriverait que dans six cent ans. Lightning trouva cela insupportable.

Dans un accès de fureur elle referma brutalement les vitres de la large fenêtre de sa chambre et tira les rideaux opaques sur le voile blanc. Elle alla rapidement fermer la porte avant de tirer les couvertures de son lit et de se coucher.

Elle en avait assez de réfléchir et de s’angoisser continuellement. Elle avait besoin de repos et au fond d’elle, Lightning espéra retrouver son amante dans un songe quelconque. Elle ferma les yeux, pensant de toutes ses forces à sa femme qui l’attendait quelque part dans le temps.

oOo

Quand Vanille se réveilla ce matin-là, elle sut tout de suite qu’un souvenir de son enfance avait encore changé. Il y avait quelque chose de différent, la présence d’une personne qui n’aurait jamais dû être là.

Elle tourna la tête vers les opaques rideaux orange de sa chambre, le soleil matinal de cet horrible fin aout, perçant déjà presque aux travers. Elle se mit sur le côté et un corps chaud vint se coller derrière elle, sans pour autant se réveiller. Vanille sentit Hope fourrer son nez dans sa nuque et elle soupira doucement. De bien être, mais aussi de tristesse.

La jeune guérisseuse s’en voulait un peu de son bonheur, alors qu’on avait privé son aînée du sien. Elle ferma les yeux, les images d’un passé lointain bien trop net dans son esprit, ressurgissant clairement derrière ses paupières closes. La conversation qu’avait eue la jeune Vanille avec Lightning lui revenait en tête.

Dans un sens, avoir ces souvenirs la rassurait. Sa belle-sœur était toujours en vie, et grâce aux bons soins d’Hagen, elle était de nouveau en excellente santé. Ça la surprenait d’ailleurs qu’elle ait récupérée aussi vite. D’accord, malgré qu’ils ne soient plus des l’cies, Lightning avait gardé certaines capacité pour la régénération, mais pas à ce point-là. Ranulf avait peut-être mesuré son coup. Pourtant, il ne l’avait pas raté, Vanille en était certaine, et elle se demander comment cela pouvait être possible que L’aînée des Farron n’ait rien eut de vraiment plus grave.

Hagen était effectivement très douée… Avait été très douée ? Enfin, dans tous les cas, pas douée au point de soigner aussi vite une blessure pareille. Vanille soupira une fois de plus et gigota un peu. Ça faisait des années que le souvenir de son aînée guérisseuse n’avait pas été aussi vivace. A cause de toute cette situation, la rouquine avait la désagréable impression que tout son passé redevenait plus vivant et réel. De revivre chaque moment et de partager de nouveau, ces instants si plaisant qu’elle affectionnait particulièrement en compagnie d’Hagen.

Vanille avait toute confiance maintenant. Si son aînée prenait Lightning sous son aile et faisait tout son possible pour la soutenir, il y avait une chance pour qu’il la retrouve en vie. Elle survivrait à Oerba grâce à Hagen. Et puis, sa jeune elle et la jeune Fang étaient étrangement attirées par la présence que dégageait l’ancienne guerrière. Vanille n’était pas certaine que Lightning doive révéler l’entière vérité sur sa situation, mais sa belle-sœur était intelligente et elle savait tirer profit de toutes les ressources dont elle disposait pour s’en sortir. Alors la rousse espérait qu’elle soit capable de mettre sa fierté dans ses chaussettes et qu’elle accepte l’aide proposée. Hagen n’aurait pas fait ça pour beaucoup de cocooniens. L’aînée des guérisseuses devait avoir des doutes.

Vanille ouvrit les yeux, parfaitement réveillée et jeta un coup d’œil à son vieux réveil. Sept heures trente. Elle pinça les lèvres et se redressa lentement sur un bras. Avec un sourire, elle avisa la tête argentée de Hope enfoncée dans son oreiller. Vanille glissa légèrement ses doigts dans les mèches douces et déposa un furtif baiser sur la tempe avant de se lever. Elle ne pourrait pas se rendormir et elle n’avait pas envie de déranger Hope. Celui-ci avait passé une semaine horrible, bataillant entre son travail et son angoisse face à la disparition de Lightning, avec laquelle il était très proche. En plus de ça, il s’était surmené, cherchant tout ce qu’il pouvait pour retrouver son amie. Sans succès, à sa plus grande déception.

Même Etro était restée muette depuis qu’elle avait retenu Fang pendant deux jours à l’intérieur de son temple. Vanille gagna la salle de bain dans laquelle elle fit une rapide toilette, avant d’enfiler un pantalon souple et un débardeur. Les températures étaient plus clémente et agréable de si bon matin. Elle écrivit une note, au cas où que Hope se réveille et qu’elle ne soit pas rentrée, puis elle quitta sa maison après avoir enfilé une paire de sandale. Une petite promenade sur la plage ne pourrait pas lui faire de mal.

Elle traversa lentement le village qui commençait doucement à s’éveiller et s’animer. Une bonne odeur de viennoiseries et de pain frais sortait de l’unique et petite boulangerie, tandis que la famille Geirson, qui tenait l’épicerie, installait déjà les produits sur les étals. Leur fille, Missy, qui s’activait à mettre en place les légumes, lui adressa un large sourire. Vanille y répondit gentiment et poursuivit sa route avant d’être interpelée.

- Mademoiselle Vanille, vous allez bien ?

La rouquine s’arrêta, surprise, et se tourna vers Missy. L’adolescente avait environs seize ans, et elle comptait parmi les rares jeune à avoir eu la chance de ne pas devenir orpheline suite à la chute de Cocoon. Grande, blonde, la peau et les yeux clairs, elle avait l’aspect typique de la plupart des cocooniens. Vanille avait découvert que tous n’avait pas cette apparence d’albinos. Lightning, Serah et Hope en faisait partit, mais Lebreau et Sazh étaient des exceptions, par exemple.

La jeune guérisseuse lui rendit son sourire et l’adolescente s’approcha timidement.

- Je vais très bien, Missy, merci.

La petite blonde pinça légèrement les lèvres et sembla réfléchir une seconde. Finalement, elle se décida.

- Vous êtes sur ? osa-t-elle demander.
- Oui, ne t’inquiète pas.

Missy se mordilla la lèvre inférieure pendant un instant avant d’esquisser un sourire en coin, compatissant.

- J’ai vu votre sœur passer il y a environ une heure, dévoila-t-elle gentiment.

Vanille se redressa et haussa les sourcils avec intérêt. Fang était d’une humeur insupportable en ce moment. Et la jeune guérisseuse s’inquiétait énormément pour son aînée.

- Elle ne semblait pas aller bien, ajouta Missy. Ce qui se comprend. La soudaine disparition de mademoiselle Farron… Enfin… ça a touché tout le monde. J’ai surpris mes parents qui en discutaient un peu entre eux.

Vanille soupira légèrement. Elle n’avait rien à répondre. Si cette disparition inquiétait même les habitants, alors il n’était pas difficile d’imaginer l’état dans lequel se trouvait Fang.

- Nous allons très vite la retrouver, affirma Vanille, malgré les doutes et les craintes qui lui tenaillaient le ventre.
- Je l’espère, répondit Missy. Ce n’est plus pareil sans mademo…
- Tu peux l’appeler Lightning, je suis certaine qu’elle ne t’en voudra pas, coupa vanille, amusée.
- Oh… Euh, d’accord. Eh bien, ce n’est plus pareil sans Lightning. On dirait que le village est en deuil et j’ai l’impression d’avoir fait un bon de sept ans en arrière, juste après la chute de Cocoon. Je n’aime pas ça.
- Moi non plus, avoua Vanille.

Un lourd silence les enveloppa pendant lequel elles repensèrent chacune de leur côté à cette époque d’après-guerre. Ça avait été très dur pour tout le monde. Beaucoup avait eu du mal à supporter la perte de leur proche. Vanille avait arrêté de faire le compte de ces familles endeuillées, ne sachant pas quoi faire pour leur venir en aide.

La jeune guérisseuse avait toujours était très réceptive à la douleur d’autrui. Depuis qu’elle était toute petite, elle ne supportait pas la violence gratuite ou voir quelqu’un souffrir. Vanille avait eu du mal à se remettre de cette deuxième guerre. Elle et Fang avaient dormi pendant six cent ans et malgré tous ces siècles, l’armée de Cocoon n’avait pas évoluée. Le Sanctum les avait recherchées dans l’espoir de les exécuter, comme si elles n’étaient que du bétail.

Aujourd’hui, tout ça était du passé et ils s’étaient tous reconstruit une vie sur des fondations solides. Vanille se remémora de vieilles paroles que lui avait dites Hagen. Celles qu’elle avait prononcées dans un de ses tous nouveaux souvenirs. « Je ne pense pas que tous les cocooniens soient des montres qui veulent nous tuer, Vanille. Certains, sont probablement comme toi et moi, des civiles, des innocents qui ne sont peut-être pas au courant de la moitié de ce qui passe réellement ici, sur Gran Pulse. »

Si Vanille avait vraiment eu cette conversation avec son aînée quand elle était jeune, ses paroles auraient été d’ors. Pour elle actuellement, tout ça n’apparaissait que comme des souvenirs, un peu trop net cependant pour qu’ils fassent partis de son passé authentique. Elle n’arrivait pas à évaluer le pourcentage de dégâts que la présence de Lightning pourrait causer sur la suite de l’histoire. Est-ce que cela aurait un impact sur leur vie ? Leur façon de penser ? Leur choix ?

A présent, Vanille pouvait constater de ses propres yeux que la plupart des habitants de Cocoon n’étaient pas des monstres. Même si au début leur cohabitation avait eu un peu de mal à se faire sans animosité, au fil des mois à vivre dans une situation plus que précaire, leurs avaient tous apprit à se faire mutuellement confiance.

- Missy ?

La voix de la commerçante de l’épicerie tira Vanille et la jeune adolescente de leurs pensées. Elles tournèrent la tête simultanément vers la mère de famille et Missy soupira doucement. Vanille posa ses yeux sur elle et elle esquissa un léger sourire. La jeune fille avait les épaules voutées. La guérisseuse posa une main réconfortante entre ses omoplates, attirant le regard de Missy sur elle.

- Ne t’inquiète pas inutilement, d’accord ? fit Vanille. Tout va très vite s’arranger et puis, Light est une battante. Peu importe où elle se trouve, elle ne se laissera pas faire aussi facilement. Elle doit revenir, pour Serah et Fang. Je t’assure que rien que pour ça, elle combattra comme une lionne s’il le faut.

La jeune blonde esquissa un sourire soulagé et c’est tout ce qu’il suffisait à Vanille pour qu’elle se sente un peu mieux.

- J’espère vraiment. Lightning venait souvent à l’épicerie. Elle discutait avec moi de temps en temps et ça me manque de ne plus la voir.

Vanille acquiesça et frotta chaleureusement le dos de l’adolescente.

- Tu saurais par où Fang est partie ?
- Je crois qu’elle se dirigeait vers le verger.

Finalement, la mère de Missy l’appela de nouveau, semblant s’impatienter.

- Je dois y aller.
- Oui. A plus tard, Missy.

La jeune fille sourit et se détourna pour se précipiter dans l’épicerie. Vanille soupira et resta un instant sur place avant de poursuivre sa route pour retrouver Fang.

oOo

Il fallut quelques minutes à Vanille pour rejoindre le verger qui se trouvait un peu plus dans le village, en hauteur sur une colline. Elle était essoufflée quand elle vit enfin les premiers pommiers. Le verger, c’était une idée de Fang à la base.

Il y en avait un sur Oerba quand elles étaient plus jeunes. Et Vanille se souvenait parfaitement que son aînée adorait s’y rendre. Certain étaient assez gros et solide pour qu’elle puisse grimper dedans, et quand Fang ne se cachait pas dans la prairie des chocobos, Vanille était toujours certaine de la trouver dans le verger. Finalement, cette idée avait plus au village. Ça permettait une production constante de fruit et les pommes se vendaient bien. Elles récoltaient plus de succès que ne l’avait surement imaginé Fang au départ.

Du coup, la plupart pensait déjà à étendre les productions et en essayer de nouvelles. Vanille avait émis l’idée de planter quelques orangers, abricotiers et cerisiers et elle était contente de constater que c’était en projet pour l’année prochaine. Elle étira son dos quand elle arriva à la hauteur des premiers arbres et examina son environnement à la recherche d’une épaisse chevelure brune et sauvage.

Vanille soupira quand elle ne trouva personne dans les alentours et décida d’avancer. Elle espérait que Fang ne l’aies pas prise de vitesse et qu’elle ne soit pas déjà repartit. Dernièrement, son aînée avait tendance à se renfermer un peu sur elle-même, ruminant la situation actuelle et Vanille savait parfaitement qu’à la longue, Fang allait perdre patience. Elle était déjà bien assez étonnée qu’elle n’ait pas cherchée à faire avancer les choses plus vite.

La guérisseuse navigua entre les pommiers verdoyant, leurs lourdes branches supportant encore de nombreuses pommes bien rouges. Le soleil montait doucement de plus en plus haut dans le ciel, mais il n’était pas encore chaud et étouffant, comme ça serait le cas d’ici quelques heures. Une légère brise passa entre les feuillages et cette accalmie était plaisante.

Les yeux levés vers les hauteurs, Vanille finit enfin par apercevoir Fang, assise sur une épaisse branche basse. Elle s’approcha lentement, ne cherchant pas vraiment à ne pas faire de bruit, mais elle se rendit rapidement compte que Fang était de toute façon plongée dans ses pensées, et ne prêtait absolument pas attention à ce qui l’entourait. Elle jouait négligemment avec une pomme et Vanille la détailla de là où elle se trouvait.

Les épaules voutées, le regard absent. Une fois de plus, son aînée n’avait pas dû fermer l’œil de la nuit. C’était comme ça depuis que Lightning avait disparu presque trois semaines auparavant. Fang en avait un peu parlé avec elle, lui révélant qu’elle dormait une heure ou deux avant de se réveiller en sueur, terrifiée par des images de cauchemar effroyable dans lesquels elle retrouvait sa femme brûlée vive, brisée en morceau ou pendue…

Aucune de ses visions d’horreur ne lui permettaient de trouver le repos et Fang finissait par passer ses nuits à tourner en rond dans son lit, somnolant à peine. Au bout du compte, elle se levait et tourner en rond dans la maison et ce n’était jamais très bon pour ses nerfs. Vanille soupira encore et fit un pas de plus, se mettant en évidence.

- Fang ?

La pulsienne plus âgée cligna des yeux et tourna la tête vers elle. Pendant une seconde, elle sembla ailleurs avant qu’elle n’esquisse un léger sourire en coin.

- Qu’est-ce que tu fais là, Van’ ?
- J’avais besoin de prendre un peu l’air ce matin, répondis la rouquine. Tu me fais une petite place sur ta branche ?

Fang haussa les épaules et reporta son attention sur l’horizon en face d’elle. Vanille pinça les lèvres et pris un peu d’élan pour grimper dans l’arbre. Depuis le temps, elle avait perdu de l’endurance et elle souffla lourdement quand elle réussit enfin à s’asseoir au côté de la brune.

- Tu ne fais pas assez d’exercice, marmonna Fang en faisant valser sa pomme d’une main à l’autre.

Vanille l’observa sans répondre. De profonds cernes noirs entouraient ses yeux. Son visage était marqué par la fatigue et la tristesse, bien qu’elle fasse tout son possible pour donner le change.

- Tu devrais te reposer un peu, Fang, fit doucement Vanille.

La brune émit un rire sec et secoua la tête.

- Tu as encore eut un cauchemar ? continua Vanille.
- Pas vraiment, soupira Fang.

Elle baissa les yeux sur la pomme qu’elle tenait entre ses doigts et la rouquine fronça les sourcils. Elle avait toujours eu horreur quand Fang agissait ainsi. Vanille préférait de loin voir son aînée hurler de rage et d’injustice, plutôt que de devoir affronter cette froide impassibilité qui ne lui ressemblait pas.

- Fang, tu sais que tu peux me parler si tu en as besoin, déclara gentiment Vanille.
- Ce n’est rien, ne t’inquiète pas.
- Bien sûr que si, je m’inquiète ! répondit fermement la plus jeune. Ça fait des jours que tu ne dors presque plus. Je sais que cette situation et difficile, encore plus pour toi, mais Serah et dans le même état. C’est normal que tu…
- Ça me rend dingue ! s’écria Fang, la coupant brutalement.

La brune serra la pomme dans sa main et inspira profondément pour se redonner une contenance.

- Nous savons où elle se trouve ! Etro… A réussi à me faire entrer en contact avec elle dans sa tête quand elle était inconsciente, mais je n’ai pas eu le temps de lui expliquer les choses…

Fang s’interrompit, serrant les dents sous le flux d’émotions. Vanille pinça les lèvres. Quelques jours plus tôt, la déesse de la mort avait repris contact avec Fang et avait réussi à la faire pénétrer l’esprit de Lightning pendant qu’elle était inconsciente et malade. Apparemment, un ami de confiance faisait tout pour l’aider, mais il ne fallait pas qu’elle s’enfonce trop dans le coma.

Cependant, Etro avait déjà trop puisé dans ses forces et elle n’avait pas pu maintenir très longtemps la connexion qui était déjà instable. Fang n’avait pas eu la possibilité de révéler à Lightning la vérité et l’ancienne guerrière pensait que tout ça n’était que le fruit de son imagination. Fang était revenu dans la réalité en colère et abattue. Etro lui avait promis de reprendre rapidement contact avec elle pour trouver une solution, mais depuis, la déesse de la mort n’avait laissé derrière elle qu’un lourd silence radio qui mettait tout le monde sur les nerfs.

La veille encore, Vanille avait retrouvé Serah en larme sur le pas de sa porte. Elle s’était disputée avec Snow qui d’après elle, ne comprenait pas ce qu’elle ressentait. Le grand blond n’arrêtait pas de lui répéter d’être forte et courageuse, de garder espoir, mais la cadette des Farron en avait juste assez. Elle était fatiguée et n’avait pour l’instant plus envie d’entendre de belles paroles, qui ne lui ramèneraient pas sa sœur. Elle avait d’abord voulu aller chercher du réconfort auprès de Fang, mais la brune avait une fois de plus déserté la maison, alors elle était sortie.

Un lourd soupir tira Vanille de ses pensées et elle tourna la tête vers son aînée.

- Toute cette situation me rend folle ! grogna Fang. Ça fait des jours que je n’ai pas de nouvelle d’Etro et plus nous attendons, plus Light passe du temps sur Oerba, à notre époque. Du temps qui pourrait lui être fatal.

Vanille se mordit la lèvre inférieure et gigota un peu sur place.

- Tu sais… Je pense qu’elle ne risque rien.
- Tu plaisantes ? s’étouffa à moitié Fang. Vanille…
- Hagen… Semble être de son côté, et faire tout son possible pour l’aider.
- Ne raconte pas n’importe quoi ! pesta la brune.
- Je suis sérieuse, je t’assure.
- Tu cherches de l’espoir là où il n’y en a pas !
- Est-ce que tous ces siècles t’ont fait oublier comment était Hagen ? s’insurgea Vanille.
- Je n’ai pas dit ça !
- Alors pourquoi tu ne peux pas croire qu’elle fasse tout ce qu’elle peut pour aider Light ?
- Sois réaliste, Vanille ! gronda Fang. Light est une cocoonienne ! Même si elle essaye de l’aider, auprès du village… ça ne fera aucune différence !

Fang avait tourné la tête vers elle et Vanille détailla son visage. Il était fermé, colérique et inquiet. Une lueur qu’elle n’appréciait pas brillait au fond des prunelles émeraude et la guérisseuse déglutit doucement. Une rage latente qui ne demandait qu’à exploser. Une aura électrique semblait entourer la brune. Elle ressemblait à un prédateur prêt à tout dévaster.

- Ton père écoutera Hagen, affirma Vanille, espérant adoucir la colère de son aînée.
- Tu parles ! pesta Fang en réponse. Il serait certainement plus prompt à suivre Ranulf.
- Tu es injuste. Il a toujours écouté les conseils d’Hagen et il a toujours était dans son sens.
- Tu me sembles bien sûr de toi.

Fang haussa les sourcils dans sa direction.

- Tu sais quelque chose ? Tu as eu… D’autres souvenirs ?

Vanille ouvrit la bouche mais la referma aussitôt.

- Non, finit-t-elle par souffler. Rien de vraiment concluant.
- Tu as vu Light ? demanda Fang.

Son ton venait de se radoucir et la guérisseuse y perçut une note d’espoir. Elle n’était pas certaine que ça soit une bonne idée de lui révéler les rêves qu’elle avait faits.

- Depuis la dernière fois ou la jeune moi s’est faufiler dans la clinique d’Hagen, je n’ai plus eu aucun nouveaux souvenirs. Je ne sais même pas comment elle va.
- La jeune Fang à reçut l’interdiction de s’approcher de Light.
- Je sais, grommela la brune.

Un silence pesant les entoura. Le soleil avait terminé sa première monté et malgré l’heure encore matinale, il commençait déjà à les frapper par les premiers rayons de sa chaleur.

- Elle va bien, finit par dévoiler Vanille.

Fang se tourna vers elle, les yeux écarquillés d’intérêt et d’attente.

- La jeune Vanille à put discuter un peu avec elle. Elle a l’air de l’apprécier. Lightning semble s’être renfermée sur elle-même.
- Ce n’est pas étonnant.
- Oui. Sauf que j’ai cru comprendre qu’elle allait de nouveau être questionné par ton père et Hagen aimerait qu’elle se montre plus conciliante.
- Je sais que Light fera tout ce qui lui est possible pour survivre.
- Tu ne crois pas qu’elle s’entêtera ? demanda doucement Vanille.
- Non. Si elle sent qu’elle a une chance, même minime de se donner du temps, elle la saisira.

Elles se turent pendant un instant avant que Fang ne reprenne.

- Mais je t’avoue que j’ai du mal à garder confiance. Et le temps se fait long.
- Je suis certaine qu’Etro va finir par se manifester, essaya de réconforter la rouquine.

Fang émit un borborygme sans pour autant se donner la peine de répondre. Elle finit par soupirer et leva la tête vers la cime des pommiers.

- Ça me rend folle de ne pas avoir de rêves d’elle. Dernièrement, j’ai eu quelques souvenirs de Lynae, et cette amourette d’adolescente me semble tellement fade à côté.
- Tu l’appréciais beaucoup.
- Oui. Et j’ai toujours de l’affection pour elle quelque part. Mais j’aimerai tellement que mes souvenirs se dirigent plus vers Light.
- La jeune Fang avait l’air très curieuse, je suis certaine qu’elle ne va pas rester sage très longtemps, répondit Vanille, espérant alléger l’atmosphère.

Mais Fang ne répondit pas et elles restèrent ainsi silencieuses pendant un long moment. Finalement, la guérisseuse dut rentrer chez elle. Malgré l’hésitation qu’elle avait à laisser son aînée, elle ne voulait pas la forcer à avoir de la compagnie alors qu’il était évident qu’elle n’y tenait pas. Vanille descendit aussi souplement qu’elle put de l’arbre et fit quelques pas pour quitter le verger. Elle lança un dernier coup d’œil en arrière, dans la direction de Fang, observant pendant un instant le corps raide et immobile de la brune.

Tandis qu’elle se détournait pour descendre la colline qui menait au village, Vanille lança une prière à Etro, la suppliant de se dépêcher à trouver une solution si ça lui était possible.

oOo

Chapter Text

Chapitre 10

 

Hagen soupira fortement, alors qu’une fois de plus en deux jours, elle se retrouvait confrontée à une porte close. Quand elle était rentrée de sa sortie en forêt avec Vanille, la guérisseuse avait trouvé la porte de la chambre de Lightning fermée, ainsi que la pièce plongée dans la pénombre.

Avec surprise, elle avait découvert la jeune cocoonienne enfoncée dans les draps de son lit, la tête plongée dans l’oreiller et profondément endormie. Sur l’instant, Hagen avait pensé de façon professionnelle. L’étrangère avait ressenti le besoin de se reposer après avoir tourné comme un loup en cage pendant les deux jours précédent. Cependant, elle commença à se poser des questions, quant à l’heure du dîner, elle se retrouva de nouveau face à la même situation.

Et ça faisait maintenant deux jours de plus, que Lightning s’était murée autant entre les murs de sa chambre, que dans un mutisme buté. Hagen savait parfaitement qu’elle était réveillée et qu’elle l’écoutait, mais aucun son n’avait franchi ses lèvres pour répondre à ses questions. Hagen ne voulait pas la forcer malgré les interrogations qu’elle avait, autant par rapport à l’état de sa patiente, que par rapport à la conversation qu’elle avait intercepté entre la jeune femme et Vanille.

Gentiment, la guérisseuse avait apporté chaque plateaux repas, les retrouvant tous intacts quand elle revenait. Hagen avait pris sur elle, essayant de comprendre le soudain changement de comportement qui semblait ne pas concordait avec le caractère survolté qu’elle avait eu à gérer cette dernière semaine.

Qu’est-ce qui s’était passé pendant son absence ? Elle ouvrit la porte et entra, la laissant ouverte derrière elle. Un fuseau de lumière pénétra la chambre et Hagen jeta un coup d’œil en direction du lit. Malgré la chaleur ambiante de cette fin d’été, la jeune femme avait remonté la couverture sur le dessus de sa tête.

La guérisseuse s’approcha de la table, pinçant les lèvres devant le plateau repas précédent qui était resté intouché, comme les autres. Elle pesta intérieurement et le remplaça par celui qu’elle tenait entre les mains. Ce midi, elle mangerait les restes, une fois de plus. Elle ne chercha pas à entamer une conversation, la grande rousse savait déjà que c’était perdu d’avance. Elle se contenta alors de quitter la chambre, jetant une œillade vers le lit avant de sortir et de refermer la porte.

Elle soupira de nouveau une fois à l’extérieur et traversa le couloir d’un pas raide et rapide, rejoignant la salle d’auscultation. Une agréable odeur de plante imprégna ses narines et Hagen se sentie tout de suite plus calme. Des rires bruyants fusèrent, provenant de son perron. Bernulf et Gervald faisaient, encore, le pied de grue sous le porche.

Elle leva les yeux au ciel et ferma les paupières, se demandant quand ils allaient se lasser de jouer à ce petit jeu. Si cette cocoonianne avait réellement voulue nuire au village, elle aurait eu la possibilité de le faire depuis plusieurs jours déjà. Mais non, Fergus continuait de leur donner l’ordre de faire le guet, et ces deux idiots, bêtes et disciplinés, exécutaient sans protester.

Ils passaient leurs journées autour de sa maison, sans rien faire d’autre que de dorer leur carcasse au soleil. Elle les avait même surpris en train de faire la sieste pas plus tard que hier. Et quand ils s’ennuyaient vraiment, ils combattaient amicalement à l’arrière de la maison. Hagen fronça les sourcils. Elle n’avait pas pensé à ce détail sur le coup, mais Bernulf et Gervald étaient toujours présent, quoiqu’il arrive.

Elle posa son plateau repas sur le plan de travail et suivit les rires des deux hommes. Elle ouvrit un peu brutalement la porte d’entrée, les surprenants dans leur pause déjeunée. Ils relevèrent la tête avec synchronisation, les traits de leur visage affichant un air interrogateur. Bernulf avala de travers et toussa tandis que Gervald avala ce qu’il avait dans la bouche avant de demander :

- Quelque chose ne va pas, Hagen ?

Bernulf s’empara de la gourde d’eau et en avala une longue rasade, pour faire passer sa bouchée de pain qui s’était coincée dans sa gorge. Hagen soupira et secoua la tête. Elle croisa ses bras sous sa poitrine et fronça les sourcils, affichant un air contrarié.

- Vous avez fait quelque chose à ma colocataire ? demanda-t-elle suspicieusement.

Bernulf se renfrogna, faisant rire légèrement Gervald.

- On n’a pas touché à ta cocoonienne frigide ! maugréa ce dernier.

Hagen plissa les yeux et raffermit la prise de ses mains autour de ses bras.

- Ça fait deux jours qu’elle reste enfermée dans sa chambre, dans le noir ! gronda-t-elle. Elle n’a pas décrochée un mot depuis que je les laissée avant d’aller en forêt, pour le peu qu’elle était déjà bavarde. Alors il a bien dû se passer quelque chose, et vous êtes les deux seules personnes à tourner autour de ma grande demeure, jour et nuit.
- Nous ne lui avons rien fait, répondit Gervald. Je te le jure, Hagen !
- On n’aurait peut-être dû, bougonna Bernulf.
- Bern ! rabroua le grand brun.

La guérisseuse fronça les sourcils, mécontente. Sans pouvoir s’en empêcher, comme un réflexe qu’elle ne pouvait plus retenir, elle flanqua une claque retentissante à l’arrière de la tête du plus petit des bruns.

Bernulf rentra la tête dans les épaules, écarquillant plus les yeux de surprise que de douleur. Il porta une main à son crâne et se tourna vers Hagen qui haussa un sourcil significatif. Valait mieux qu’il se taise s’il ne voulait pas en recevoir une seconde. Pour son propre bien, il pinça les lèvres et croisa fermement les bras, affichant un air buté d’enfant capricieux.

En d’autre circonstance, cela aurait pu la faire rire, mais maintenant, elle commençait à trouver toute cette situation lassante.

- Elle a peut-être des séquelles du coup qu’elle a reçu sur le crâne, suggéra Gervald après un instant de silence.
- Non, soupira Hagen. Elle n’a aucune séquelle, j’en suis certaine.
- Alors peut-être qu’elle ne supporte pas de se savoir sur Gran Pulse, proposa-t-il cette fois.

La rousse leva les yeux au ciel en soupirant.

- Non. Je ne pense pas que ça soit ça non plus. Vous êtes sûrs qu’il ne s’est rien passé ?
- Certain ! répondit catégoriquement Gervald. Quand tu es partie, nous nous sommes seulement déplacés de l’autre côté de la bâtisse pour être à proximité de la fenêtre. Bern et moi, nous avons vaguement écoutés leur conversation. Vanille lui posait plein de questions, et elle lui répondait.

Gervald s’arrêta un instant, semblant réfléchir.

- Quoi ? s’impatienta Hagen.

Le grand brun esquissa un léger sourire en coin, illuminant ses traits androgynes et ses prunelles émeraude.

- Ça m’a surpris, mais je les trouvé étonnamment gentille.
- Et en dehors de ça ?
- Rien. Une fois que tu es revenue et que Vanille nous semblait en sécurité, Bern et moi nous sommes désintéressés de ce qui se passait.
- Fang ! s’exclama justement Bernulf.

Il fit sursauter ses deux amis. Hagen et Gervald cherchèrent instinctivement des yeux la fille du chef, essayant de repérer la masse de cheveux noir et sauvage de l’adolescente. Mais Hagen fronça les sourcils, comprenant rapidement que Fang n’était pas dans les alentours.

- Quoi, Fang ?! demanda-t-elle.
- Mais oui ! fit soudainement Gervald. Tu as raison.
- Bon, quoi ? qu’est-ce qu’il y a avec Fang ?

Gervald tourna la tête vers elle.

- On s’est désintéressés de la cocoonienne parce que Fang se trouvait juste en face de nous, dans les premiers pommiers du verger… Avec la jolie petite Lynae, s’esclaffa le grand brun.
- Je ne vois pas le rapport, déclara Hagen.
- Oh… Hum… Je crois avoir aperçu l’étrangère fixer Fang et Lynae de la fenêtre de sa chambre avant de tout fermer.

Hagen fronça durement les sourcils, regardant Bernulf et Gervald à tour de rôle.

- Rien de plus ?
- Non, répondit La grand brun. On a charriés Fang, hein Bern ? fit Gervald en tapant dans la jambe de son ami. Elle s’est retournée vers nous pour nous faire un signe très malpoli… D’ailleurs, va falloir qu’on la remette dans le droit chemin cette petite, elle fils un mauvais coton à avoir la tête dans les nuages.
- Gervald ! réprimanda Hagen avec lassitude.
- Ah oui, pardon. Fang est restée bloquer dans notre direction pendant un moment avant que Lynae n’accapare de nouveau son attention, et plus rien. On les a laissés tranquille, mais elles sont parties chacune de leur côté peu de temps après.

La guérisseuse soupira fortement et frotta une de ses tempes du bout d’un index. Elle sentait un mal de tête poindre sournoisement et elle n’aimait pas ça. Elle les observa ranger les restes de leur repas et elle baissa son bras. Ils étaient prêts à se réinstaller pour une journée supplémentaire à couver les marches du perron de sa clinique.

- Vous pouvez partir et aller vaquer à vos occupations, soupira-t-elle.
- Fergus… Commença Bernulf.
- Je m’occuperais de Fergus personnellement, s’il le faut ! coupa Hagen. Mais je suis sérieuse, déguerpissaient de devant ma maison ! Vous serez plus utile ailleurs qu’ici.
- Mais…
- Tilda doit en avoir assez de se retrouver dans un lit vide et froid, non ? fit perfidement Hagen.

Gervald afficha une moue dépitée et soupira. Hagen esquissa un sourire qu’elle dissimula rapidement, reprenant un ton ferme et autoritaire.

- Reprenez le cours normal de vos vies tous les deux. Je vous assure que ce n’est pas nécessaire que vous restiez ici. Et puis, de toute façon, quand j’aurais réussi à sortir cette tête de mule de son lit, je compte l’emmener chez moi et lui donner la chambre d’ami. Il est donc hors de question que je vous vois roder autour de ma bâtisse personnelle !

Les deux hommes soupirèrent. Bernulf affichait un air sceptique et désapprobateur tandis que Gervald, malgré ses hésitations, semblait trembler d’impatience à l’idée de rentrer chez lui et de retrouver sa compagne. Finalement, l’idée de rejoindre Tilda prima sur ses hésitations à poursuivre cette mission ridicule et le grand brun sauta sur ses pieds d’un bond décidé.

- Qu’est-ce que tu fais ? grogna Bernulf.
- Je rentre ! déclara Gervald.

Le petit brun maugréa entre ses dents et finit par se relever à son tour. Hagen soupira intérieurement de soulagement et sourit à son tour.

- Bonne décision ! déclara-t-elle. Profite-en pour la demander en mariage ou me faire un petit, vous ne me donnait plus aucun travail en tant qu’Oracle depuis trop longtemps.

Malgré le teint mat de Gervald, Hagen vit ses joues rougirent légèrement et elle pouffa doucement. Bernulf pinça les lèvres pour cacher lui aussi un rire.

- Ça vous amuse ! pesta Gervald.

Bernulf secoua la tête, devenant presque rouge à force de se retenir de rire, tandis qu’Hagen haussait nonchalamment les épaules.

- Allez ! Partez ! J’ai des choses à faire, fit Hagen en faisant mine de rentrer chez elle. Profitez des dernières belles journées d’été. Je sens que l’hiver va arriver plus vite qu’on ne le pense.

Instinctivement, ils levèrent tous les trois le nez vers le ciel bleu et limpide.

- Tu crois que l’hiver sera rude cette année ? demanda tranquillement Bernulf.
- Je suis certaine de rien encore, répondit Hagen. Mais l’hiver dernier, nous sommes passés au travers. Cette année, je ne serais pas étonnée qu’on soit ensevelis sous la neige.

Gervald râla et Bernulf le frappa gentiment dans le bras. Le grand brun avait horreur de la neige depuis qu’a l’âge de dix ans, il avait glissé dans la poudreuse et s’était cassé la jambe. Maintenant, il trouvait ça joli, mais ça s’arrêtait là. A cette période, il se plaignait continuellement que c’était trop glissant, trop froid et mouillé et il donnait l’impression de marcher sur des œufs à chaque fois qu’il devait sortir dehors. Heureusement, quand les villageois commençaient à voir que la neige stagnée trop, ils déblayaient les chemins principaux pour les rendre plus praticable.

Finalement, les deux hommes la quittèrent et elle rentra dans sa clinique. Ses yeux se posèrent sur le plateau repas du petit déjeuné du matin même, qui reposait toujours sur le plan de travail. Elle soupira fortement et alla s’en emparer. Hagen sortie ensuite de la salle d’auscultation et traversa le long couloir des chambres, qui menait jusqu’à la porte de sa maison personnelle.

Elle rentra chez elle ou une agréable fraicheur se dégageait. Après la chaleur extérieure, qui s’avérait quand même un peu moins étouffante qu’au début de ce mois d’août, ça lui fit du bien. Elle vida le plateau, jetant ce qui ne pouvait pas être gardé et mit le reste au frais. Elle se prépara à son tour son propre repas et alors qu’elle tranchait tranquillement ses tomates en lamelles, Hagen décida de ne laisser à Lightning que cette après-midi avant de prendre les choses en mains.

oOo

Le soir même, quand la guérisseuse se présenta de nouveau à la porte de la chambre de sa patiente, elle n’avait aucun plateau entre les mains. Elle se doutait déjà que la situation n’aurait pas changée en à peine quelques heures. Cette femme était trop bornée et elle avait sérieusement besoin que quelqu’un lui mette un bon coup de pied au derrière. Et ça, c’était l’une des spécialités d’Hagen.

Elle ajusta le bustier à lacets de sa robe et carra les épaules pour se donner plus d’assurance. Il lui semblait avoir établi une sorte de lien avec cette étrangère et elle ne voulait pas qu’il soit déjà rompu. Même si Hagen avait été surprise lors de la conversation qu’elle avait entendue entre Vanille et la cocoonianne, elle avait pris le temps de réfléchir à ce qui s’était passé.

Elle avait aussi espéré que cela permettrait à Lightning, de penser à ce qu’elle voudrait faire par la suite. Hagen avait eu l’espoir que la femme aux cheveux roses s’ouvre un peu, autant pour éclaircir ses doutes que pour sa situation qui restait toujours très incertaine. Qu’elle le veuille ou non, l’habitante de Cocoon avait besoin d’elle. Ici, Hagen était probablement la personne en qui elle pouvait avoir le plus confiance pour l’instant.

Elle ouvrit la porte, bien décidée à secouer la fourmilière quitte à se faire piquer. Elle n’était certainement pas une faible femme et elle savait riposter s’il le fallait. Hagen pénétra dans la pénombre de la chambre. Une chaleur étouffante régnait. A travers le fuseau de lumière qui passait par la porte, elle décela une bosse sous la couverture du lit et une tête sur l’oreille, tournait vers la fenêtre.

Hagen hocha la tête et d’un pas ferme se dirigea jusqu’aux rideaux. Elle tira d’un coup les pans de chaque côté de la fenêtre et ouvrit largement cette dernière aussitôt après. Un grognement se fit entendre derrière elle et la guérisseuse se retourna vers Lightning. Celle-ci avait remonté la couette au-dessus de sa tête ne laissant apparaitre qu’une petite main aux doigts blancs.

Hagen serra les dents et ferma brièvement les yeux, s’astreignant à la patience. D’ordinaire, elle savait parfaitement garder son sang-froid, alors il était tant d’en donner la preuve. La grande rousse s’avança de quelques pas, atteignant rapidement le lit. D’une main ferme elle attrapa un bout de la couverture et tira sèchement dessus.

Lightning émit un grognement et pesta tandis qu’Hagen esquissait un sourire légèrement carnassier. Les poings sur les hanches, la grande rousse observa la cocoonienne se redresser à l’aide d’un bras, frottant les yeux de l’autre main. Une fois qu’elle se fut accoutumée à la lumière, Lightning lui adressa un regard foudroyant. Des éclairs dansaient dans ses prunelles océan et Hagen remarqua pour la première fois quelque chose de plus profond tapis à l’intérieur de l’étrangère. Toutefois, la guérisseuse resta impassible et se contenta seulement de hausser haut les sourcils.

- Est-ce que vous êtes folle ? tempêta Lightning.
- Ça alors, répondit ironiquement Hagen. Elle reste enfermée dans le noir et ne parle pas pendant deux jours et finalement, quand je la sors enfin de son trou, elle grogne et peste ! N’as-tu donc aucune considération ?

Lightning pinça les lèvres et se redressa mieux en position assise, détournant la tête d’Hagen. Elle se renferma dans un silence buté et la guérisseuse soupira fortement puis s’assit sur le rebord du lit. Est-ce que c’était réellement le fait d’avoir vu Fang avec Lynae qui avait radicalement changé le comportement de la cocoonienne ?

Hagen posa vaguement ses yeux sur ses mains. Elle grattait inconsciemment ses ongles, réfléchissant activement. Est-ce que cette réaction, ainsi que ce qu’elle avait entendu pendant la conversation entre elle et Vanille, pouvait confirmer les doutes qu’elle avait exprimés auprès de Fergus ? Elle jeta un coup d’œil vers Lightning. Cette dernière fixait ses doigts, faisant tourner son alliance autour de son annulaire.

La rousse avait déjà remarqué cette habitude. Qu’elle le fasse consciemment ou non, Hagen s’était rendue compte que Lightning avait besoin d’avoir toujours la main dessus, comme pour s’assurer de sa présence. Un voile de tristesse passa sur le visage de l’étrangère et même si Hagen avait tort avec toutes ses suppositions, elle comprenait quand même ce que pouvait ressentir cette femme.

Finalement, elle se releva, attirant l’attention de Lightning sur elle. Hagen resta aussi impassible qu’elle, affichant ni pitié ni égard, tout au plus, elle laissa transparaitre une légère note de compassion sur les traits de son visage.

- Je ne te forcerais pas à me parler, même si j’ai beaucoup de questions. Notamment en rapport avec le fais que tu saches, sans que Vanille ne l’ai mentionnée, que ce village porte le nom d’Oerba.

Hagen vit Lightning détourner de nouveau la tête et la baisser vers ses doigts. Ceux-ci s’activèrent lentement autour de l’anneau tandis que les lèvres de la femme aux cheveux rose restaient résolument closes.

- Mais sache que j’aimerais beaucoup pouvoir discuter avec toi, reprit Hagen. J’ai énormément de doute sur ta présence ici. J’en ai d’ailleurs exposés certain auprès de Fergus.

Instantanément, Lightning releva le nez vers elle. Hagen ne décela rien sur le visage angélique qui lui faisait face. Il était aussi impassible et froid que celui d’une statue de cristal. Pendant une seconde, la guérisseuse eut le sentiment de se retrouver devant le regard d’un guerrier, imperturbable et dénué d’émotion. Un soldat qui était prêt à tout pour sauver sa peau. Un frisson traversa son échine, mais Hagen passa outre.

- Il me semble te l’avoir déjà dit, et si ce n’est pas le cas, alors je te le dis maintenant. Je suis certainement la personne en qui tu peux avoir le plus confiance, ici. Tout ce que j’ai pu dire à Fergus, ne va que dans ton intérêt. A toi de me prouver que je n’ai pas eu tort de plaider ta cause.

Un silence lourd plana au-dessus d’elles. Lightning l’observa pendant un instant avant de détourner la tête.

- Je n’ai confiance en personne ! maugréa la cocoonienne.
- Vraiment ?

Lightning fronça les sourcils et la regarda. Hagen esquissa un léger sourire en coin.

- Je suis sûre qu’il y a quelqu’un, quelque part, en qui tu as toute confiance. A commencer par la personne qui a passé cette alliance autour de ton doigt.

Instinctivement, la jeune femme aux cheveux rose porta ses yeux à son anneau.

- Nous pouvons en discuter si tu veux, reprit Hagen. Je sais à quel point ça peut être difficile de perdre la personne qu’on aime. Je sais aussi, que peu importe cette personne, elle vient de Gran Pulse, et tu es assez intelligente pour savoir que rien que cette révélation, pourrait te sauver d’une exécution.

Hagen contourna finalement le lit et se dirigea vers la porte d’entrée de la chambre. Dans l’encadrement, elle se retourna une dernière fois vers Lightning qui n’avait pas bougé d’un millimètre.

- A toi de voir ce que tu veux faire maintenant, mais rester là à te morfondre ne fera pas avancer les choses et n’arrangera pas ta situation.

La guérisseuse se tut un instant, jaugeant l’étrangère avant de reprendre tranquillement.

- Je ne te servirais plus aucun repas à l’avenir. Tu es totalement guérit, il n’y a plus qu’à retirer ton bandage et laisser la plaie à l’air, ce que je suis tout à fait apte à faire si tu acceptes de me suivre. Je suis prête à t’offrir une chambre d’ami chez moi, ainsi qu’une oreille attentive, si tu es veux coopérer à ton tour. Tu as juste à traverser le couloir. La dernière porte au fond, te mènera chez moi.

Sur ses mots, Hagen tourna le dos à Lightning et partit d’un pas ferme. Elle espérait que ses paroles aient portées leurs fruits et que cette femme allait faire preuve de bon sens.

oOo

Hagen gagna sa maison et pendant une heure, elle s’obligea à ne penser à rien d’autre qu’à s’occuper de son environnement. Elle nettoya et rangea de façon méthodique et automatique. Chaque chose avait sa place et ses gestes étaient précis, en signe d’habitude.

L’heure qui suivit, elle prit une douche et s’attela à préparer son repas. Pendant une fraction de seconde, alors qu’elle sortait une deuxième assiette qu’elle déposa à côté de la sienne sur le plan de travail de sa cuisine, Hagen se dit qu’il était peut-être inutile d’espérer plus longtemps. Cependant, elle voulait encore donner du crédit à cette étrangère. Au fond d’elle, la guérisseuse était persuadée que Lightning méritait un peu d’insistance de sa part.

A l’aide d’une spatule en bois, Hagen remuait une salade d’haricot vert tandis qu’une bonne odeur grillée de steak de béhémoth embaumait la pièce. Elle en salivait presque d’avance. Quelques minutes plus tard, elle coupait l’énorme pavé de viande en deux et déposait un morceau dans chaque assiette quand une voix douce, profonde et légèrement rauque, se fit entendre derrière elle.

- Ma famille et moi, venons de Cocoon… Mais… Mais ma femme vient de Gran Pulse. C’est une grande chasseuse.

Hagen fronça légèrement les sourcils et se tourna vers Lightning. Ses yeux tombèrent sur la silhouette de la cocoonienne, toujours vêtue de la fine chemise en coton qu’elle lui avait passé après l’avoir soigné.

Ses longues jambes pâles étaient solidement plantées dans le bois du sol. Son corps était raide, adoptant une posture droite et ferme. Cependant, ses longues boucles roses dansant dans tous les sens, son bandage autour de son crâne et son visage cristallin défait par la fatigue, était en total contradiction avec l’assurance qu’elle voulait se donner.

Finalement, Hagen pencha la tête sur le côté, réfléchissant à ce que venait de lui révéler la cocoonienne.

- Viens-t-elle d’Oerba ?

Lightning pinça les lèvres. Pendant un instant, elle sembla peser le pour et le contre à poursuivre ses révélations avant de se décider.

- Non… Mais j’ai entendu parler de ce village. On dit qu’il est composé des meilleurs chasseurs de Gran Pulse, déclara doucement Lightning. Ma femme et sa famille n’en font que des éloges.

Hagen jaugea l’étrangère du regard avant d’aller s’emparer d’une nouvelle bouteille de liqueur de pommes. Elle attrapa deux verres qu’elle déposa entre elles, sur l’îlot de sa cuisine. La guérisseuse les remplis avant d’en pousser un vers Lightning. Cette dernière fronça les sourcils et jeta un coup d’œil vers elle.

- Qu’est-ce que c’est ?
- Goutte.

Lightning afficha une mine sceptique mais attrapa quand même le verre entre ses doigts. Elle le porta à hauteur de son nez et renifla avant d’y tremper doucement ses lèvres.

- Alors ? fit Hagen.
- C’est sucré, déclara Lightning. Et ça a le gout de pommes.
- Oui, sourit la guérisseuse. C’est un excellent remontant après une dure journée.

Elle but elle-même une gorgée avant de reposer son verre.

- Si tu viens de Cocoon, comment as-tu atterri sur Gran Pulse ? demanda Hagen, innocemment.

Lightning fit tourner son verre entre ses doigts puis ouvrit enfin la bouche.

- Je… Je ne voulais pas suivre à la lettre le règlement de Cocoon. J’ai été accusée d’hérésie et jetée sur Gran Pulse. J’ai erré pendant des jours, peut-être des semaines, je ne sais plus vraiment. Il fallait que je me cache des créatures sauvages et finalement, un groupe de chasseur m’a trouvé à moitié morte dans un ravin.
- Ils t’ont accepté et pris sous leurs ailes ?
- Hum… grommela la femme aux cheveux rose. Il a fallu du temps, précisa-t-elle quand même.

Hagen resta silencieuse un seconde, le temps de boire à son tour une gorgée de sa liqueur avant de demander :

- Ça fait combien de temps ?
- Sept ans, répondit aussitôt la cocoonianne.
- Dans quel village habites-tu ?
- C’est un petit village de chasseur très loin dans les terres. Il n’a pas de nom. Il est très indépendant et ne fait pas vraiment de commerce avec les autres.

Son histoire, bien que semblant tirer par les cheveux, tenait malgré tout la route. Probablement que cela était aussi dut à l’assurance que Lightning avait mis dans son ton. Sa voix n’avait pas changé d’intonation et elle était loin de paraitre nerveuse. Cette femme pourrait certainement faire avaler une couleuvre à n’importe qui.

- Comment s’appelle ta femme ? demanda subitement Hagen.

Lightning releva aussitôt la tête, ouvrant la bouche. Elle avait le prénom sur le bout de la langue et Hagen remarqua toute l’énergie qu’elle mit à se retenir de le prononcer.

- Sunny, finit par déclarer l’étrangère.

La grande rousse esquissa un sourire et porta une nouvelle fois son verre à ses lèvres. Elles restèrent silencieuses presque une minute entière. Lightning avait le nez dans son verre tandis qu’Hagen l’observait. A cet instant précis, la guérisseuse n’avait plus aucun doute.

- Très jolie histoire, se contenta-t-elle de dire. Tâche de garder la même version quand Fergus viendra te parler.

Elles se regardèrent et une ombre sembla passer dans le regard océan de la cocoonianne. Hagen se détourna pour s’emparer des deux assiettes qu’elle avait préparées et fit face à Lightning.

- Est-ce que tu veux partager mon repas ? demanda-t-elle gentiment. Après deux jours à n’avoir rien avalé, tu dois mourir de faim.

Un gargouillement lui répondit et les joues de sa nouvelle colocataire s’enflammèrent. Hagen pouffa doucement de rire et d’un geste du menton, incita Lightning à s’asseoir à la table tandis qu’elle allait y déposer les assiettes.

Hagen pris place, suivit par Lightning. La fatigue alourdissait son corps et la guérisseuse remarqua les paupières lourdes de sommeil. Bien qu’elle soit restée enfermée dans sa chambre pendant deux jours, elle n’avait pas dût fermer l’œil, accaparée par tous ses soucis. Hagen la comprenait beaucoup mieux maintenant. Certaines zones restaient obscures et elle se dit que l’étrangère les éclaircirait au fur et à mesure.

Après tout, Ne dit-on pas qu’il y a un temps pour ne rien dire, un temps pour parler, mais pas de temps pour tout dire ? Hagen avait confiance, Lightning finirait par se confier, elle avait seulement besoin de temps, justement.

Alors qu’elles commençaient à manger, la guérisseuse remarqua que Lightning tirait sur les pans de sa chemise en coton sur ses cuisses et elle sourit doucement.

- Nous faisons la même taille et à peu près la même corpulence, je pourrais te prêter quelques tenues pour te changer.
- Vous n’êtes pas obligée, répondit Lightning qui dévorait son assiette.

Hagen était enfin satisfaite qu’elle fasse honneur à sa nourriture.

- Je ne suis pas obligée, c’est vrai. Mais ça ne me dérange pas, et ça me ferait plaisir.

Lightning reposa sa fourchette sur le rebord de son assiette et posa ses yeux sur Hagen.

- Pourquoi vous faites tout ça pour moi ?
- Je te le dirais… Quand tu me raconteras ta véritable histoire.

La cocoonienne reporta son attention dans son assiette et repris sa fourchette en main pour finir son repas.

- Bien ! conclut Hagen. Maintenant que cette partie est réglée… Comment tu trouves mon steak de béhémoth ?

Avec plaisir, la rousse vit un sourire étirer les lèvres de la femme à ses côtés. Elle releva de nouveau le nez vers elle et Hagen fut soufflée pendant une seconde.

- Il est excellent. Merci, répondit-elle avant de retourner à la dégustation de son plat.

Franchise, douceur et chaleur. C’était une question banale qui conduisait à une réponse tout aussi banale, pourtant, le ton de la voix et son assurance transmettait quelque chose de bien plus profond que ça en avait l’air. Ce simple merci avait déjà signifiait tellement de chose la première fois qu’elle lui avait soufflé et encore maintenant, Hagen sentait toute la force de la reconnaissance de cette femme à son égard. Elle était différente de tous les autres habitants de Cocoon qu’Hagen avait pu rencontrer dans sa vie.

Appuyée contre le dossier de sa chaise, elle l’observait tranquillement finir son assiette. Elle n’avait pas contrarié Lightning pendant toute son histoire, et si tous ses doutes étaient fondés, Hagen compris alors pourquoi Fang aimait cette femme et avait unie sa vie et son âme à la sienne. Elle retourna ensuite à son assiette, le reste de la soirée passant silencieusement.

oOo

A la suite de sa petite conversation avec Hagen, Lightning passa une semaine relativement calme. Elle avait toujours l’interdiction formelle de sortit à l’extérieur, mais rien que le fait de ne plus être enfermée entre quatre murs avait suffi à lui remonter le moral.

Pendant deux heures elle avait hésité sur la marche à suivre. Elle n’était pas certaine de pouvoir faire réellement confiance à Hagen et elle avouait être encore tourmentée par le fait d’avoir vu la jeune Fang flirter avec une autre petite adolescente.

Lightning était rationnelle normalement et son esprit lui hurler qu’elle ne pouvait pas blâmer cette gamine, ni même sa femme, d’avoir eu des amourettes en étant plus jeune. A cette époque, elle-même n’était pas encore née et ça n’arriverait pas avant des siècles.

Elle savait parfaitement qu’elle s’était montrée irrationnelle, mais voir la jeune Fang ici, poursuivre sa vie sans qu’elle n’y ait de place avait écorché son cœur déjà malmené. Lightning avait profondément ressentit le manque de sa femme et la morsure cruelle de l’injustice lui tordre le ventre.

Elle avait secrètement espérée faire un nouveau rêve avec sa compagne. Toutefois, tout ce qu’elle avait récolté, c’était des cauchemars affreux dans lesquels elle voyait défiler le temps et l’histoire comme elle la connaissait, restant témoin des horreurs qu’allait subir Oerba dans quelques années. Dans ses cauchemars, l’ancienne guerrière restait prisonnière de cette époque.

Elle voyait Gran Pulse s’effondrer, Oerba devenir un cimetière de Cie’th et sa compagne, accompagnait de Vanille, se changer en l’cie pour finir par se transformer en cristal. Mais le temps n’arrêtait jamais sa progression et Lightning n’était pas épargnée. A cause de ce voyage dont elle était la victime, elle finissait par mourir six cent ans dans le passé sans aucun espoir de retrouver un jour la chaleur des bras de sa femme.

Au bout du compte, elle arrivait à dormir à peine quelques heures avant de se réveiller en sueurs et désorienté sans pouvoir se rendormir. Lightning s’était laissée dépasser par ses émotions. Ça lui arrivait rarement d’ordinaire, mais cette fois, tout était différent.

Avant qu’elle n’atterrisse dans cette époque, ça faisait sept ans qu’elle vivait enfin une vie tout ce qu’il y a de plus normale. Maintenant, elle avait l’impression d’avoir fait une chute de plusieurs mètres et de rencontrer durement le sol en revenant à la dure réalité des années d’horreur et de combats qu’elle avait vécu.

Inconsciemment, elle s’était murée dans un monde de noirceur et de désespoir sans savoir quoi faire pour en sortir. Après tout, que pouvait-elle vraiment faire dans ce monde ? Si Hagen n’était pas venue lui secouer les puces, certainement qu’elle se serait laissée mourir de faim au fond de son lit.

On ne pouvait pas dire que la guérisseuse lui avait vraiment laissé le choix, mais fond d’elle, Lightning savait que si elle n’avait pas voulu lui parler ce soir-là, Hagen ne l’aurait pas forcé. Elle lui avait assez répété pour l’assimiler et maintenant, l’aînée des Farron commençait à la connaître pour pouvoir lui faire confiance.

Assise dans le fauteuil du salon, le livre qu’elle avait emprunté à Hagen trainait sur ses genoux repliés, marqué par un doigt qu’elle avait glissé entre les pages. Elle avait ouvert en grand les fenêtres, profitant des premières fraicheurs d’une fin d’été accablante. Ses yeux étaient dans le vague, portés à l’extérieur vers l’immense verger qui bordait les falaises.

C’est la porte d’entrée qui la sortie de ses pensées en s’ouvrant, laissant apparaître Hagen et ses longues boucles rousse dont plusieurs mèches s’étaient échappées de sa tresse. Lightning esquissa un léger sourire en se levant, déposant son livre sur le guéridon à côté du fauteuil. Elle s’approcha, ouvrant la bouche pour demander à la guérisseuse ce qui la poussait à être aussi active, cependant Lightning perdit son sourire quand elle remarqua la large carrure de Fergus qui la suivait dans son sillage.

L’ancienne guerrière se stoppa sur place, ses pieds nus sur le large tapis du salon. Elle jeta un rapide coup d’œil vers Hagen qui s’activait dans la cuisine avant de reporter son attention sur le chef du village. Celui-ci s’arrêta au niveau de la table de la salle à manger, les deux mains sur le dossier d’une chaise, se contenant de la fixer de son regard émeraude si semblable à celui de sa fille.

Hagen les interrompit dans leur échange silencieux, les prenant par surprise.

- Tu ne t’ais rien préparé à manger ? demanda-t-elle en sortant du coin cuisine, les poings sur les hanches.

Lightning haussa les sourcils, affichant un air confus. Elle jeta un coup d’œil vers Fergus qui se contentait de rester là, sans bouger, à les regarder.

- Je… je n’ai pas osé toucher à quoique ce soit et puis… Je ne suis pas vraiment douée dans une cuisine, répondit doucement Lightning.

Elle se frotta la bouche, embarrassée à l’idée de se dévoiler, même pour des choses aussi anodine. Elle croisa finalement les bras sous sa poitrine ne sachant pas vraiment quel comportement adopter.

- Je vais nous préparer quelque chose de rapide alors, râla Hagen en se détournant pour retourner derrière sa cuisine. Fergus, tu grignoteras bien quelque chose avec nous, non ?

Fergus détacha enfin ses yeux de Lightning et celle-ci soupira silencieusement de soulagement.

- Volontiers Hagen, j’ai justement du temps devant moi, avant de devoir retourner secouer un peu les puces de mes chasseurs, répondit-il.

Hagen pouffa de rire tandis qu’elle s’affairait derrière ses fourneaux. Fergus reposa ses yeux sur l’ancienne guerrière et à cet instant, Lightning sentit que cette fin août, sonnait avec le retour brutal à la réalité après plus d’une semaine de repos. Fergus se redressa, plus déterminé et imposant que jamais et elle sut que le moment était venu pour elle de faire preuve de docilité et de coopération. Cependant, cette fois, elle serait seule avec Hagen face au du chef du village et elle se sentie plus confiante.

Elle était en pleine possession de ses moyens et elle n’avait pas à craindre de coups impromptus venant d’une main trop lourde qui tiendrait un gourdin bien trop dur pour son crâne. Lightning n’était pas certaine qu’elle aurait la chance d’avoir droit à une seconde guérison miraculeuse.

Fergus s’assit et elle le vit pousser du pied la chaise à ses côtés, l’incitant à l’imiter. Lightning se mordit l’intérieur d’une joue, hésitant une seconde avant de le rejoindre et de poser docilement ses fesses sur le coussin molletonné de la chaise. Elle était prête à endurer toutes les questions qu’il voudrait lui poser et à faire preuve d’obéissance.

Pendant plusieurs minutes qui parurent une éternité, le père de Fang se contenta de l’observer. Lightning resta inerte, les mains croisées sur ses cuisses, parfaitement stoïque malgré le malaise qui grandissait dans le creux de son ventre. Seul le bruit que faisait Hagen en avec ses ustensiles, résonnait dans la maison. Lightning se demanda pendant combien de temps allait durer cette comédie, quand Fergus se décida enfin.

- J’ai de nombreuses questions à te poser, étrangère, fit-il de sa voix grave.

Lightning acquiesça lentement, s’obligeant à garder ses yeux fixés sur la corbeille de fruit au milieu de la table en bois massif.

- Hagen m’a affirmée que tu avais une belle histoire à me raconter, alors j’aimerais l’entendre.

Lightning jeta un coup d’œil vers Fergus qui continuait de la regarder. Pendant une seconde, elle eut l’irrépressible l’envie de se tourner vers la guérisseuse, mais elle s’en empêcha. Sa nouvelle amie l’avait déjà prévenu qu’elle était tenue de rendre des comptes auprès du chef du village par rapport à sa situation et Lightning les comprenait parfaitement tous les deux.

Toutefois, pouvait-elle vraiment prendre le risque de raconter à Fergus, l’histoire qu’elle avait pratiquement inventée de toute pièce ? Hagen avait semblé la croire, et si ce n’était pas le cas, elle avait parfaitement donnée le change, cependant, Lightning pensait qu’il en serait tout autre avec ce chef de village.

Si Hagen n’avait pas insisté sur la partie qui concernait le petit village de chasseur, Fergus ne se montrerait probablement pas aussi magnanime avec elle, et exigerait certainement qu’elle lui donne une explication moins bancale. Lightning resta encore quelque seconde la bouche résolument fermée, réfléchissant par où commencer, quand le père de Fang s’exclama de nouveau.

- Je croyais que tu avais retrouvé l’usage de ta langue, dit-il d’un ton sarcastique.

Si elle l’avait connu autrement, peut-être qu’elle aurait trouvé la réplique amusante, mais tout dans le ton de cet homme semblait plus agressif qu’autre chose. Lightning se souvenait qu’Hagen lui avait dit qu’il ressemblait beaucoup à Fang, pourtant, pour la deuxième fois, elle ne trouva aucune ressemblance entre le père et la fille en dehors de ses deux brillantes émeraudes.

Lightning se mordit la langue. Il fallait qu’elle évite de se montrer provoquante et qu’elle réponde à l’agressivité qu’elle ressentait. Elle savait faire preuve de sang-froid, la seule chose à faire était de rester aussi naturelle que possible.

- Désolé. Je réfléchissais, dit-elle doucement.

Fergus haussa un sourcil significatif, s’adossant au dossier de sa chaise et croisant les bras sur son torse, attendant patiemment qu’elle se décide à commencer son récit.

- Je… Je ne sais pas comment j’ai atterrie dans votre village.
- Vraiment ?

Lightning leva le nez vers lui, observant son air sceptique. Dans son regard, Lightning voyait déjà son jugement. Elle était coupable et condamnée. Elle n’était pas certaine que raconter son histoire changerait quoique ce soit à sa situation et elle douta des paroles d’Hagen. La veille encore, la guérisseuse lui avait affirmé que cet homme pouvait sembler bourru, il n’en était pas pour autant dénué de cœur. Ça restait à prouver.

L’aînée Farron pris une grande inspiration et entama son récit comme elle l’avait exposé à Hagen. Elle essaya de rester aussi proche de la vérité que possible, tout en transformant les grandes lignes de l’histoire. Pendant qu’elle racontait, Hagen vint déposer trois verres sur la table, les remplissant de cette délicieuse liqueur de pommes qu’elle lui avait fait gouter. La préparation du repas ne devait plus nécessiter sa présence car elle s’assit avec eux, restant silencieuse.

Une fois qu’elle eut terminé son récit, Lightning but une gorgée de sa boisson, laissant à Fergus le temps de croire ou non son histoire.

- Où se trouve ton village ? demanda finalement le chef du village.

Lightning fut un peu prise par surprise, s’attendant déjà à une sentence mortelle.

- Hum… Loin dans les terres. Il est très indépendant et pas vraiment connu. Il ne fait pas de commerce avec les autres et je serais incapable de retrouver mon chemin.

Elle crispa ses doigts autour de son verre. Elle n’avait aucune chance à présent. Même si elle avait connu quelques noms de village, il lui était impossible d’en mentionner un. Qu’est-ce qu’elle dirait si Fergus décidait de la conduire dans ce village ? Ça l’accablerait définitivement et il était certain qu’elle ne s’en sortirait pas vivante.

- Tu serais incapable de retrouver le chemin de ton village ? demanda l’homme, dubitatif.

Lightning but une gorgée de sa liqueur pour se donner une contenance avant de passer sa langue sur ses lèvres.

- Quand ils m’ont ramené dans le village, j’étais inconsciente et depuis… Je ne suis jamais… Enfin, je n’ai jamais eu l’occasion d’en sortir.
- Tu étais retenue prisonnière ?
- Au début. Mais quand ils ont appris que j’avais été jetée de Cocoon, ils m’ont acceptée.
- Et tu as épousée l’une des leurs, énonça Fergus.

Lightning jeta un coup d’œil vers l’homme, faisant tourner son verre entre ses doigts. Elle se contenta d’acquiescer, détournant la tête.

- Et ta femme n’a jamais voulu te faire découvrir le monde de Gran pulse ?
- Hum…

L’ancienne guerrière referma la bouche et secoua la tête.

- T’es-tu enfuie de son joug ?
- Quoi ? Non ! pourquoi dites-vous ça ? s’agaça Lightning.
- Je cherche seulement à comprendre pourquoi tu aurais quitté ton village si merveilleux pour atterrir dans le mien.
- Je ne sais pas comment je suis arrivée ici, je vous les déjà dis !
- Tu peux le dire si c’est le contraire !
- Qu’est-ce que vous cherchez à me faire dire exactement ? s’écria Lightning. Qu’elle était horrible ? Qu’elle m’attachait jour et nuit et me donner à manger quand elle y pensait ?
- C’est ce qu’elle faisait ?
- Non !

Lightning claqua son verre contre le bois de la table et se redressa sur sa chaise. Même si personne n’était au courant, il lui était inconcevable de laisser planer une si mauvaise image au-dessus de la tête de Fang. Fergus en fit de même, s’imposant avec sa haute taille et sa carrure d’ours.

- Ma femme est quelqu’un de bien ! déclara Lightning. Elle est douce, malicieuse, pleine de vie et elle me manque atrocement. Je ne me suis pas enfuie !
- Très bien, répondit-il. Alors comment es-tu arrivé jusqu’à Oerba ?

La jeune femme aux cheveux rose soupira, portant deux doigts à l’une de ses tempes.

- Je ne sais pas ! répéta-t-elle. Je n’ai aucun souvenir de ce qui s’est passé.

Un silence pesant les enveloppa pendant lequel Lightning resta fixée sur son verre à moitié vide. Hagen choisi ce moment pour s’éclipser de nouveau dans sa cuisine tandis que Fergus semblait réfléchir activement à son cas. L’ancienne guerrière jugea opportun de ne pas se laisser devancer. Elle voulait clarifier les choses une bonne fois pour toute.

- Je vous assure, commença-t-elle, attirant l’attention du père de Fang. Que je ne suis pas une menace. Je ne veux aucun mal à votre village. Cela ne m’apporterait rien. Je n’ai aucune raison de vouloir détruire un village de Gran Pulse alors que ce monde m’a recueillie.

Elle referma la bouche, espérant avoir mis assez de force et de conviction dans ses paroles. Quand elle était plus jeune, Gran Pulse n’était pour elle qu’un vaste monde isolé et sans importance. Lightning ne s’était jamais vraiment préoccupée de ce pays et de toute façon à cette époque, elle le pensait sans vie. Quand elle était devenue soldat, les hautes sphères cachaient à la Garde Civile, le régiment auquel elle appartenait, les choses importantes qui concernaient Gran Pulse et son fal’cie.

Ce n’est qu’une fois qu’elle fut mise en face de la réalité, que Lightning pris réellement conscience de l’ampleur des horreurs qu’avaient fait subir Cocoon aux peuples de Gran Pulse. Puis elle avait rencontré Fang et Vanille. Deux jeunes femmes si différentes d’elle et qu’en temps ordinaire, rien n’aurait prédisposé à ce qu’elles se rencontrent. Le destin en avait décidé autrement et la brune était arrivée dans sa vie à la vitesse fulgurante d’une comète. Fang s’était accrochée à elle pour ne plus la lâcher et aujourd’hui, Lightning donnerait tout pour la retrouver.

Elle avait appris à connaître le monde de Gran Pulse à travers la pulsienne. Lightning avait longuement écouté son amante raconter des histoires palpitantes ou des anecdotes, apprenant à donner à ce pays tout le respect dont il méritait. Elle vivait sur Gran Pulse depuis la chute de Cocoon et dans son époque, elle aimait ce monde.

Elle avala en une gorgée le fond de son verre, jetant un rapide coup d’œil vers Fergus. Ils restèrent silencieux pendant un moment qui sembla trop long à Lightning. Même Hagen ne faisait plus aucun bruit dans sa cuisine et l’aînée Farron la soupçonnait d’écouter attentivement le verdict du chef de son village.

- Je t’accorde le bénéfice du doute, finit par déclarer Fergus.

Un poids immense se délogea de l’estomac de Lightning et elle pris une grande inspiration. Elle eut l’impression de pouvoir pleinement respirer pour la première fois depuis qu’elle était arrivée dans cette époque.

- Mais sache, ajouta Fergus, coupant momentanément sa joie. Que je garde ma décision finale sous réserve.

Lightning pinça les lèvres et déglutit, écoutant avec attention ce qu’il avait à dire.

- Je n’ai aucune possibilité de vérifier ton histoire, ce qui est très pratique pour toi. Les seuls crédits que tu aies, c’est que tu sois mariée à une pulsienne et qu’Hagen ne cesse de plaider ta cause.
- Je sais qu’elle fait beaucoup pour moi, répondit Lightning.
- Beaucoup ? cracha Fergus. Elle va jusqu’à se dresser contre son village, réclamant ta survit quand les autres demandent ton exécution ! Elle t’a soignée et t’offre maintenant une maison et de la nourriture pour l’hiver à venir alors que normalement, tu aurais dû retourner croupir dans ta cage ! Hagen fait plus que « beaucoup » pour toi, étrangère ! J’espère que tu en aies consciente.

L’ancienne guerrière tourna la tête vers Fergus. Elle ne lisait sur son visage qu’une profonde animosité.

- Ça suffit, Fergus ! Pesta justement la guérisseuse, qui était revenue, portant un saladier dans chaque main.

Le chef du village détourna son regard d’elle pour le poser sur Hagen. En une seconde, la lueur dans les prunelles vertes se transforma. Douceur, gentillesse, respect et chaleur. Pendant une fraction de seconde, Lightning eut l’impression de se retrouver face au regard de Fang quand il se posait sur elle.

Cet homme adorait Hagen, c’était évident. Ils devaient être de bons amis et Lightning compris que la tirade de Fergus servait plus de mise en garde qu’autre chose. Hagen allait à l’encontre des règles de son peuple. Elle prenait le risque de se mettre son village, sa famille à dos pour l’aider. Valait mieux qu’il ne lui prenne pas l’envie de la trahir, sinon Fergus s’occuperait personnellement de son cas, et cela ne se résumerait probablement pas à un coup de gourdin sur le crâne.

Hagen s’était de nouveau détournée pour aller chercher assiettes et couverts, les laissant plongés dans un silence lourd et désagréable. Lightning se mordit la lèvre inférieure avant de se décider.

- J’ai conscience de ce qu’elle fait pour moi et je lui en suis très reconnaissante. Hagen est quelqu’un de bien et je n’ai aucune envie de la trahir.

Fergus ne lui répondit pas. Il la fixa une seconde avant de porter son regard derrière elle. Lightning supposa qu’il échangeait une conversation silencieuse avec Hagen et elle s’empêcha de se retourner pour confirmer ses doutes. Elle se contenta de détourner la tête, jouant négligemment avec son verre.

Finalement la guérisseuse les rejoignit et ils s’installèrent correctement pour commencer leur repas. Ils mangèrent tranquillement avant qu’Hagen ne se décide à meubler le silence.

- Et sinon, est-elle toujours prisonnière ? Ou peut-elle sortir ?

Fergus soupira fortement, reposant sa fourchette pour attraper son verre de vin. Il en avala une rasade, échangeant un coup d’œil amusé avec la grande rousse qui grignotait un morceau de pain.

- Elle peut sortir dans l’enceinte du village. L’automne va passer très vite et avec l’approche de l’hiver, je ne préconise pas une virée dans les terres. Surtout si elle ne connait pas Gran pulse.
- Evidemment, répondit Hagen.

Lightning tiqua fortement, détestant ce sentiment qui la tenaillait alors que ces deux-là parlaient d’elle comme si elle n’était pas là. Mais elle fut coupée dans ses réflexions quand la guérisseuse s’adressa enfin à elle.

- Je compte aller récolter des champignons lunaires à la nuit tombée, ça t’intéresse de m’accompagner ?
- Oui, pourquoi pas, répondit Lightning.

Elle allait enfin pouvoir prendre l’air autrement que par le biais d’une fenêtre ouverte. Elle allait pouvoir se dégourdir les jambes ailleurs qu’à l’intérieur d’une maison. Elle sentait déjà l’irrésistible envie de courir lui saisir le ventre.

- A la nuit tombée, Hagen ? Sérieusement ? fit Fergus.
- Oui, à la nuit tombée ! Tu sais très bien quand on récolte les champignons lunaires quand même. Tu n’es pas si ignorant, réprimanda Hagen.

Fergus claque sèchement sa langue contre son palais et Lightning jugea préférable de s’enterrer dans son assiette. Après tout, ce poulet rôtis était excellent. Ou alors c’était du chocobos ? Ça se mangeait le chocobos ? Tu divagues sérieusement, se dit-elle. Arrête tout de suite la liqueur et le vin.

- Est-ce que tu pourras dire à Vanille de nous retrouver ici en début de soirée ? demanda Hagen à Fergus, tirant Lightning de ses stupides réflexions.
- Hum…
- Tu pourrais aussi laisser Fang nous accompagner, proposa Hagen.

Soudainement, l’intérêt de Lightning fut piqué à vif. Même si Fang n’était qu’une jeune adolescente ici, l’ancienne habitante de Cocoon avait très envie de la rencontrer. De connaître sa femme quand celle-ci était jeune et insouciante. Cependant, la réponse de Fergus souffla tous ses espoirs.

- Fang est toujours punie !
- C’est ridicule !
- Hagen, soupira Fergus.
- Pourquoi tu punies cette gamine, Fergus ? elle n’a rien fait !
- Vraiment ? grogna le chef du village. Rien que la semaine dernière, elle s’est encore fait la belle pour passer la journée avec Lynae. Elle n’écoute rien et ne prend rien au sérieux !

Lightning étouffa un léger rire dans son verre de vin. D’accord, là, l’alcool était sérieusement en train de lui monter à la tête et il était temps qu’elle arrête et entendre Fergus dire que Fang passait son temps avec la petite blonde de la dernière fois n’avait rien pour lui plaire. Mais de toute évidence, Fang restait Fang, peu importe les époques et le temps qui passait.

- Est-ce qu’il y a quelque chose de drôle ? demanda sèchement Fergus.
- Non… Désolé, répondit Lightning en se raclant la gorge. Je… Je pensais seulement… A ma femme.

Elle leva le nez de son assiette et jeta un coup d’œil à ses deux interlocuteurs qui la fixait.

- Votre fille et ma femme ont l’air d’avoir quelques points communs, éclaira Lightning.
- Et cette femme, a-t-elle un prénom ? demanda Fergus.

Lightning déglutit et avala le fond de son verre de vin avant de répondre.

- Sunny.

L’homme posa ses couverts dans son assiette vide avant d’attraper son verre pour boire une gorgée de sa boisson. Hagen et lui échangèrent un regard mais rien ne laissa supposer que Lightning avait dit une bêtise. Jusqu’à ce que Fergus n’ouvre enfin la bouche.

- Très joli, dit-il.

Lightning acquiesça mais jugea préférable de rester muette.

- Avec ma femme, c’est le prénom que nous avions choisis en premier pour Fang, déclara-t-il.

Lightning se figea une seconde avant de tourner d’abord la tête vers Hagen et ensuite vers Fergus. Venait-elle de commettre la bourde du siècle ?

- Je suppose… Que ça doit être un prénom répandu, dit-elle tranquillement.
- Probablement, répondit Fergus, tout aussi tranquillement.

Le reste du temps se passa dans le silence et Lightning se doutait que cela avait rajouté un doute dans l’esprit du chef du village. Cependant, elle fit tout son possible pour garder un visage impassible et donner tout le crédit qu’elle pouvait à la véracité de ses propos.

Si elle commençait à montrer qu’elle doutait elle-même de ses paroles, ça serait foutu et elle aurait fait tout ça pour rien. Mentir à Hagen la peinait énormément, mais elle n’avait pas le choix. Bientôt, une nouvelle saison allait débuter et il fallait qu’elle tienne le plus longtemps possible. Il fallait aussi qu’elle trouve à tout prix un moyen d’entrer en contact avec sa famille et maintenant qu’elle avait obtenu un début de liberté, Lightning pouvait essayer de trouver une solution à son problème.

oOo

Note : Eh bien, voilà, l’histoire avance. Lightning est sortie d’affaire pour l’instant. A samedi prochain.

Chapter Text

Chapitre 11

 

Pour Fang, fin août et mis septembre fut autant synonyme de frustration que de désespoir. Etro, qui avait promis de reprendre rapidement contact avec elle pour l’aider à retrouver Lightning, tardait à accomplir sa promesse et la pulsienne commençait à voir sa patience s’effriter.

Elle avait eu la possibilité de voir sa femme uniquement dans un songe et cela, seulement pour la sauver. Le temps que Fang avait pu avoir avec Lightning avait été bien trop court pour qu’elle en soit réellement satisfaite. Elle n’avait même pas pu lui révéler la raison qui l’avait conduite six cent ans dans le passé.

Qu’est-ce que devait penser Lightning ? Avait-elle déjà des suppositions ? Fang avait espéré la revoir dans un rêve. Elle avait naïvement espéré qu’Etro lui accorderait au moins cela, mais en dehors des quelques heures de sommeils qu’elle arrivait à peine à glaner, et les cauchemars, il n’y avait eu aucun signe réel de son amante dans un autre songe. Et le temps commençait à se faire douloureusement long.

Fang replaça sa lance dans son dos alors qu’elle pénétrait le village, revenant d’une après-midi de chasse. Elle avait sérieusement eut besoin d’aller se défouler, au risque de craquer dans l’enceinte de Neo-Bodhum, et tous les villageois n’avaient pas mérités de subir ses colères. Tandis qu’elle passait les falaises qui bordaient l’entrée principale, une voix fluette provenant de sa gauche, l’arrêta dans sa marche.

- La chasse a été bonne ? demanda Vanille, assise sur les bas rochers qui faisaient face à la plage.

Fang tourna la tête vers elle, un peu surprise de trouver sa cadette ici. La rouquine donnait l’impression de la suivre. Quoiqu’il arrive, Vanille n’était jamais très loin de son périmètre et si la brune avait le malheur de réussir à la semer, elle pouvait être certaine que cela ne durait pas plus d’une heure.

Fang finit par hausser les épaules. Elle n’avait pas chassé pour ramener du gibier et elle revenait les mains vident, ce qui n’était pas vraiment une bonne idée en sachant que l’automne venait de commencer. L’hiver serait à leur porte plus vite qu’ils ne l’imaginaient et avoir des provisions en réserves ne pouvait que leur être bénéfique.

- Pas vraiment fructueuse, se contenta-t-elle de répondre. Qu’est-ce que tu fais là ?

Vanille esquissa un petit sourire et sauta au sol, se retrouvant à la hauteur de son aînée. Fang l’observa réajuster ses vêtements, avant qu’elle ne se place à ses côtés et qu’elles reprennent leur marche ensemble.

- J’ai passé l’après-midi à te chercher. C’est les sentinelles de jour qui m’ont dit t’avoir vu te diriger vers l’extérieur, apparemment bien décidé à aller chasser.
- Et tu t’es dit que tu allais m’attendre ici ?
- Je voulais savoir comment tu allais, et je sais que si je n’avais pas pris cette initiative, tu m’aurais évité. Encore.
- Je vais bien, Vanille, soupira Fang.
- Tu n’es pas obligé de faire semblant avec moi, je sais que c’est faux !

Fang s’arrêta et soupira, puis tourna finalement la tête vers la rouquine. Elles s’observèrent pendant un instant, avant que la brune n’esquisse un léger sourire.

- Je ne sais plus vraiment quoi penser en ce moment… Avoua Fang.

Elle soupira une fois de plus et décida de s’asseoir sur l’un des rochers à proximité de la plage. Elle pouvait déjà entendre le ressac des vagues qui s’écrasaient contre les falaises, et le vent de cette fin d’après-midi siffler à ses oreilles. L’automne commençait à se faire sentir, rafraichissant considérablement les soirées après des journées plutôt clémentes.

Vanille s’assit à ses côtés et respecta son silence, attendant patiemment qu’elle se mette à parler.

- Ça va faire un mois, Vanille, souffla Fang. Et plus le temps passe et plus je me demande à quoi je dois m’attendre. Je n’ai pas eu de nouvelle d’Etro… Et si Lightning était définitivement perdu dans le temps ?
- Ne dis pas ça, contra doucement la rouquine.
- Pourquoi pas ? C’est peut-être vrai. Peut-être qu’Etro n’a aucune solution pour sauver Light. Elle n’a déjà pas eu assez d’énergie pour maintenir assez longtemps ma connexion avec elle, alors comment pourrait-elle en avoir assez pour carrément la faire revenir à notre époque ?
- Il ne faut pas que nous partions défaitiste, Fang.
- Je ne pars pas défaitiste ! J’essaie d’être rationnelle !

Un silence pesant les entoura et Fang se mura dans un mutisme buté. Quoiqu’en dise Vanille, elle savait qu’elle avait raison. La ligne du temps était quelque chose de fragile. Y faire traverser une personne, c’était déjà prendre le risque que celle-ci ne retrouve jamais son époque. Et sa femme avait fait un bond de six cent ans dans le passé, c’était énorme. Les chances de pouvoir la faire de nouveau traverser toutes ses époques jusqu’à la sienne, sans la perdre définitivement en route, étaient plus que mince.

Le cœur de Fang se serra douloureusement dans sa poitrine. Il y a un mois de ça, elle venait juste de prononcer ses vœux. Des vœux d’amour, de protection et de bonheur. Des vœux qu’elle chérissait et qu’elle attendait depuis longtemps de pouvoir exprimer. Fang baissa les yeux sur ses mains jointes sur ses cuisses, son regard se posant sur sa main gauche ou brillait son anneau de mariage. Les reflets du quartz, provenant de son lien d’union avec Lightning, étincelèrent dans les derniers rayons de soleil.

Elle fit tourner son alliance autour de son doigt. En acceptant de porter cette bague et de lier son âme à celle de Light, Fang avait fait des promesses. Bon sang, elle avait même promis à Serah de toujours veiller sur sa sœur. Elle se rappelait avec une horrible exactitude des moindres mots qu’elle avait échangé avec sa jeune belle-sœur, quelques instants à peine après la cérémonie.

Serah l’avait chaleureusement serré dans ses bras, lui demandant affectueusement dans le creux de l’oreille :

- Prend bien soin de ma sœur, d’accord ?
- Tu peux avoir confiance en moi.

C’est ce qu’elle avait répondu avec assurance. Sans hésitation, sans faille, Fang avait promis et Serah n’avait pas douté.

- J’ai confiance, avait déclaré la jeune Farron. Tu es la meilleure chose qui soit arrivée à ma sœur. Je sais que tu la soutiendras et la protégera quand elle en aura besoin, comme tu sauras lui donner la liberté qui lui sera nécessaire. Je sais aussi que tu n’hésiteras jamais à lui remettre les idées en place si elle se montre trop bornée.
- Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour le rendre heureuse, Serah.

La plus jeune l’avait seulement regardé et lui avait souri. A cet instant, Fang n’avait eu besoin de rien d’autre, que de savoir que l’unique famille qui restait à Lightning l’acceptait. Il n’y avait rien de plus sacré pour Fang que la famille. Elle s’était unie magiquement et ce rituel signifiait bien plus qu’une simple union. Elle aimait cette femme plus que tout au monde. La pulsienne serait prête à faire n’importe quoi pour elle.

- Fang ?

La voix de Vanille la tira de ses pensées et elle tourna la tête vers sa cadette. Le visage de la rouquine était tiré d’inquiétude et Fang inspira.

- Je ne veux pas la perdre maintenant, c’est trop tôt, souffla-t-elle douloureusement. Jamais. Je ne le supporterais pas, Vanille.

Fang déglutit, baissant légèrement la tête. Avant de le réaliser, deux bras fins et chaud l’entourèrent et son nez plongea dans le cou accueillant de la plus jeune. Une douce odeur fruitée imprégna ses narines, lui rappelant son enfance. Fang inspira profondément, rendant l’étreinte, y puisant toute l’énergie et toute la force dont elle avait besoin.

La tête sur l’épaule de Vanille, Fang apprécia les tendres caresses que les petites mains de sa cadette lui prodiguaient sur son cuir chevelu. Elles restèrent ainsi pendant un moment, se ressourçant dans le calme ambiant avant de devoir affronter de nouveau la dure réalité de leur vie actuelle.

Une soudaine bourrasque de vent se leva, plus violente que la légère brise qui passait sur elle quelques instant plus tôt. Les derniers rayons de soleil de cette fin de journée furent tout à coup cachés par de gros nuages gris. Le temps venait brusquement de changer et Fang fronça les sourcils en se reculant. Vanille et elle levèrent le nez vers le ciel et se regardèrent.

- Nous devrions rentrer, préconisa Vanille. J’ai l’impression qu’il va bientôt se mettre à pleuvoir.
- Tu ne trouves pas ça étrange ? demanda Fang.

La rouquine fronça les sourcils, relevant la tête vers les nuages. Elle sembla réfléchir un instant avant de regarder de nouveau la brune.

- C’est vrai que ça semble bien trop soudain.

Avant même que Vanille n’ait terminé sa phrase, un épais brouillard les enveloppa, masquant leur visibilité à quelques centimètre à peine. Fang et Vanille se levèrent instantanément sur leurs pieds et la plus âgée se plaça devant la plus jeune en signe de protection. Fang attrapa instinctivement un poignet dans l’une de ses mains et pendant une seconde, elle eut l’impression de revivre une vieille scène qui s’était déroulée six cent ans auparavant. Mais en définitive, elle avait toujours agis ainsi avec Vanille, alors cela ne lui semblait pas vraiment surréaliste.

- Reste prêt de moi, souffla Fang.

Vanille se contenta d’acquiescer et la brune se détourna d’elle pour sonder ce qui l’entourait, à la recherche d’une quelconque menace. Fang avait l’impression de revivre la même situation que le jour ou Lightning avait disparue au milieu de cette épaisse brume noire, au travers de ce portail temporel.

Qu’est-ce qui allait se passer maintenant ? Est-ce que ça allait recommencer ? Est-ce qu’Etro avait trouvé une solution et lui ramener enfin sa femme ? Est-ce que c’était seulement possible ? La déesse de la mort avait elle-même affirmée ne pas avoir assez d’énergie et de puissance pour maintenir une certaine stabilité dans ses invocations.

Plus d’une semaine auparavant, Etro lui avait permis d’entrée en contact avec Lightning, créant un lien entre leur deux esprits, un endroit où il leur était possible de se retrouver. Mais elle ne pouvait pas garder cette connexion ouverte trop longtemps. Fang s’était sentie frustrée et meurtrie d’avoir eu un temps aussi court en la compagnie de Light.

Un temps que sa compagne n’avait cru être qu’un rêve, et la brune n’avait pas eu la chance d’avoir l’opportunité de lui dire le contraire. Elle aurait préférée pouvoir lui révéler qui se cacher derrière toute cette histoire. Lui apprendre la vérité et pourquoi elle se retrouvait bloquée six cent ans dans le passé. Fang avait eu du mal à croire que Bhunivelze soit derrière tout ça, mais s’il y avait bien un dieu capable d’autant de fourberie, c’était bien lui. Il était un monstre cruel qui se fichait des vies humaines à défaut d’Etro, qui malgré sa puissance amoindris, se révélait être une déesse plus compatissante et concernée.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda soudainement Vanille alors qu’un épais brouillard ondulait autour d’elles. Tu vois quelque chose, Fang ?

La plus âgée des pulsiennes colla Vanille dans son dos, s’assurant de sa présence. Il était hors de question qu’elle l’a perde dans cette masse peu rassurante.

- Non, rien, répondit-elle doucement.
- Comment ça se fait ? Qu’est-ce qui se passe ? Tu crois que ça recommence ?

Le ton de Vanille était tendu et inquiet. Fang lui jeta un rapide coup d’œil avant que son attention ne soit interpellée par une soudaine apparition. Elle fronça les sourcils, détaillant difficilement une petite et frêle silhouette qui se distinguait au milieu de cette brume compacte.

Après un instant de réflexion, Fang réalisa que c’était une jeune fille à la peau tellement pâle qu’elle semblait translucide et aux long cheveux bleu corail, qui ondulaient dans son dos. La brune fit un pas dans sa direction tandis que l’adolescente, qui ne devait pas avoir plus de quatorze ans, semblait la fixer de ses grand yeux verts.

Fang la connaissait. Du moins, elle avait connu l’une d’elle à son époque. Paddra Nsu-Yeul. Yeul pour faire plus court. Ces pauvres jeunes filles. Des prophétesses qui portaient, génération après génération le même prénom et arborait le même physique, et à qui la déesse Etro octroyait le don de clairvoyance. Un pouvoir autant magiquement fascinant que destructeur puisque chaque vision que Yeul avait, la conduisait inévitablement droit à la mort. Celle qui avait réussi à survivre le plus longtemps n’avait pas dépassé les dix-sept ans.

Vanille se déplaça légèrement derrière elle, attirant son attention.

- Qui est-ce ? demanda-t-elle.
- Yeul.
- La prophétesse de Paddra ? s’exclama la rouquine. Mais elles sont toutes mortes depuis des siècles !

Le cœur de Fang rata un battement et elle inspira profondément.

- Alors peut-être que j’ai enfin le signe de la part Etro, que j’attendais tant, répondit Fang.

Elle se détacha de Vanille et s’avança d’un deuxième pas, avant d’être arrêtée par sa cadette.

- Attends ! Tu ne vas pas y aller, quand même ?
- Si tu as peur, tu peux m’attendre ici ! se contenta de répliquer Fang.

Elle retira son bras de la poigne légère de Vanille et repris son avancée jusqu’à Yeul. Fang entendit sa sœur adoptive la suivre aussitôt et elle esquissa un sourire en coin. Une fois qu’elle fut à la hauteur de la prophétesse, la pulsienne brune échangea un regard avec la descendante de Paddra.

Fang avait déjà entendu parler des jolis yeux verts des Yeul, mais ceux-ci étaient ternis par le néant. Ils étaient mornes et ternes et elle savait que cela n’était pas seulement dût à la mort. Aucune des Yeul n’avaient eu de vie. Elles avaient toutes étaient éduquées dans la crainte, dans la tristesse de savoir que jamais elle ne pourrait être libre tant qu’elles n’auraient pas rejoint Etro dans le Valhalla.

- Tu es une des Yeul de Paddra, fit Fang après un instant.
- Oui. La seule que la déesse Etro ait retrouvée, pour l’instant.

La voix était profonde, caverneuse. Une voix d’outre-tombe qui fit frissonner les pulsiennes. Fang sentie Vanille qui vint presque se coller contre elle, alors que ses yeux ne lâchaient pas Yeul.

- Tu fais partie du Valhalla maintenant, dit Fang. Que fais-tu ici ? Pourquoi ?
- J’ai uni le peu de force qu’il me restait à celle de la déesse. Suite à ça, elle a trouvé une solution pour aider sa championne.

Fang pinça les lèvres, se retenant de préciser qu’avant d’être la simple guerrière d’Etro, Lightning était sa femme. La respiration de Vanille eut un accroc, tandis que la sienne se coupait sous l’euphorie de la révélation.

- Laquelle ? demanda-t-elle, la gorge nouée.
- Etro voit tout ! fit la voix lourde de Yeul. Passé, présent et avenir.

Fang fronça les sourcils et échangea un rapide coup d’œil avec Vanille.

- Ça, je le sais déjà ! répondit-elle. Je ne vois pas le rapport avec ce que je viens de te demander.
- Elle a vu ce qu’il pourrait arriver si elle arrachait soudainement sa championne de sa nouvelle époque. Etro a jugé ça trop dangereux ! Elle n’a pas assez d’énergie pour pouvoir la faire rebondir de siècles en siècles sans risquer de la perdre dans le temps. Il suffirait d’un seul écart, pour qu’elle soit perdue dans un trou temporel. Etro ne veut rien tenter qui compromettrait la survie de sa championne.

Fang afficha un air confus. La joie qui l’avait momentanément envahit chuta brutalement au point zéro. Son ventre et sa poitrine se serrèrent et Vanille posa une main réconfortante sur son bras.

- Alors quoi ? souffla la brune. Qu’est-ce qu’on fait ? Je croyais que ta déesse avait une solution ! pesta-t-elle finalement.
- Elle en a une !
- Alors laquelle ? s’agaça Fang.

Cette tension commençait à lui peser autant que le calme impassible dont était dotée la jeune prophétesse. L’entité de Yeul n’avait pas bougé d’un cil depuis qu’elle était apparue. Ses longs cheveux ondulaient toujours dans son dos alors que le brouillard rendait l’air moite et étouffant. Les yeux de Yeul se braquèrent dans les siens, froid et impénétrable.

- Etro veut de nouveau faire de toi une l’cie, et te faire traverser à ton tour le temps jusqu’à revenir six cent ans dans le passé.

Fang fronça les sourcils et secoua la tête d’incompréhension.

- Quoi… ! souffla Vanille derrière elle.
- Je croyais que c’était trop risqué, coupa Fang. Qu’elle n’avait pas assez d’énergie pour pouvoir faire rebondir un corps de siècles en siècle sur la trame du temps.
- La déesse est prête à prendre ce risque, avec toi.

Fang eut un rire sec alors que le souffle de Vanille se coupait. Bien sûr, c’était tellement évident.

- Je suis bien moins importante pour Etro que Lightning, énonça-t-elle clairement. Et cette garce mise tout sur l’amour que j’ai pour ma femme. Si je l’aime tellement, alors je suis prête à risquer ma vie pour aller la chercher.

Yeul ne répondit pas. Elle n’affirma pas et n’infirma pas non plus les allégations de Fang, mais son regard resta fixé dans le sien et la brune savait parfaitement qu’elle avait raison. Après tout, Etro, qui était dotée de sentiments, avait beaucoup d’affection pour Lightning. Aux yeux de la déesse, elle-même n’était qu’une humaine insignifiante en comparaison.

- Fang ! protesta Vanille.
- Tais-toi ! interrompis cette dernière.

Un lourd silence les enveloppa, pendant lequel Fang affronta le regard provocateur de Yeul.

- Etro connais déjà ma réponse, exprima-t-elle finalement avec ardeur.
- Fang ! contesta Vanille.
- Vanille, ce n’est pas le moment ! grogna la brune.
- Tu ne peux pas accepter ça ! Tu ne peux pas risquer ta vie comme ça ! Lightning ne serait pas d’accord !
- Vanille, s’il te plaît ! tempêta Fang. Light n’est pas là justement, et je ferais tout ce qui m’est possible pour la récupérer.
- Mais…
- J’ai fait une promesse, Vanille. Tu es celle qui a béni notre union, tu devrais comprendre.

Vanille lâcha son bras et resta silencieuse. Fang sentait ses yeux sur celle et toute la désapprobation qu’elle avait par rapport à sa décision. Mais elle ne reviendrait pas dessus. C’était son choix. Elle faisait ça pour Lightning, pour retrouver sa femme, la sauver et peut-être leur permettre d’avoir enfin l’avenir qu’elles méritaient. Une fois que tout cela serait réglé, elle tuerait elle-même Bhunivelze s’il le fallait pour que cette ordure ne leur cause plus jamais aucun problème.

- Que ta déesse fasse bien ce qu’elle veut, si cela me permet de retrouver la femme que j’aime.
- Pour affronter cette époque et assurer ta survie, Etro est d’accord pour t’offrir des pouvoirs. Es-tu réellement prête à redevenir une l’cie ?
- Oui !
- Fang, c’est insensé ! protesta violement Vanille.

Yeul se focalisa sur son accord et le brouillard sembla s’épaissir autour d’elles. Des bourrasques de vent les frappèrent et Fang plissa les yeux. Les portes du temps étaient en train de s’ouvrir, créant une brèche dans l’environnement, juste derrière Yeul. Pendant une fraction de seconde, elle eut peur que cela échoue.

- Est-ce que j’ai une chance de survivre ? s’écria-t-elle à l’adresse de Yeul.
- As-tu peur Pulsienne ? répondit la voix caverneuse autour d’elle, alors que la fine silhouette de la prophétesse se dissipait. Tu ne serais pas humaine, si ce n’était pas le cas ! reprit-elle alors que Fang gardait le silence. Sache qu’Etro et moi avons mis tout en œuvre pour que ta traversée ce passe sans encombre.

Fang inspira et expira profondément, détaillant son environnement qui se mit à tourner autour d’elle. Le brouillard s’éclaircit, laissant apparaitre les contours flous de son village qu’elle allait bientôt quitter. La brèche s’ouvrit un peu plus, déchirant le paysage qu’elle avait en face d’elle et son souffle se coupa.

- Dis aux autres ce que je m’apprête à faire, Vanille ! s’exclama Fang, alors qu’elle se sentait être déjà aspirée dans la brèche.
- Ne compte pas partir sans moi ! s’écria sa cadette.

Fang n’eut pas la possibilité de protester. Deux bras entourèrent fermement sa taille tandis qu’elles plongeaient dans la trame du temps, tournoyant dans une spirale sans fin. Ses yeux se fermèrent et juste avant de perdre connaissance, Fang eut une pensée pour la famille qu’elle laissait derrière elle, sur Néo-Bodhum, avant qu’elle ne pense à Lightning. Elle allait revenir, avec sa femme. Peu importe le temps que cela prendrait et les risques qu’elle encourrait.

Fang était prête à revivre une guerre de Transgression s’il le fallait. Elle était prête à combattre de nouveau Cocoon et même son propre peuple, si elle y était obligée, pour avoir la chance de vivre cet avenir radieux qu’elle avait seulement eu le temps d’entrevoir avec Lightning. Elles seraient bientôt de nouveau réunies, et pour l’instant, ça lui suffisait pour supporter l’idée que son destin soit encore maudit.

oOo

- NON ! FANG !

Lightning se redressa brutalement en position assise, le corps raide et moite de sueur. La respiration haletante, elle posa des yeux hagards sur les murs de la chambre d’ami, que lui avait gracieusement offert Hagen.

Des murs en pierres, des meubles en bois massif, une chaise rustique sur laquelle reposait la robe traditionnelle d’été que lui avait prêté la guérisseuse. Elle lui en avait fourni une aussi pour les saisons froides, qui approchaient à grand pas, mais celle-ci était suspendue dans l’armoire. D’épais rideaux marron étaient à moitié fermés sur une large fenêtre, que Lightning avait laissée ouverte pour supporter les dernières chaleurs estivales.

Elle déglutit et inspira profondément, son regard se perdant vers le ciel étoilé qu’elle apercevait de son lit. Ça faisait plusieurs nuits qu’elle faisait le même cauchemar et Lightning avait perdu espoir de faire un nouveau songe aussi réaliste que celui dans lequel elle avait eu l’impression de réellement retrouver son amante.

A la place, son subconscient mettait en scène de nombreuses situations plus dramatique et terrifiante les unes que les autres. Le fait de ne pas savoir la raison de sa présence ici, et ce qui l’attendait sur le long terme, lui pesait aussi de plus en plus. Lightning était fatiguée, autant moralement que physiquement, mais elle savait qu’elle n’arriverait pas à se rendormir. Sa nuit était fichue, encore une fois. Si son esprit ne voulait pas lui donner Fang, il pourrait au moins faire un effort et lui offrir un peu de répit.

Elle poussa la fine couverture qui recouvrait ses jambes puis se leva et s’approcha du rebord de la fenêtre. Le ciel rosissait à peine à l’horizon, signe que la nuit touchait presque à sa fin. Lightning jeta un coup d’œil vers la porte de sa chambre, soulagée de constater qu’elle n’avait pas réveillé Hagen avec ses hurlements intempestifs.

Ce n’était pas la première fois que ça lui arrivait. Au début, Lightning avait été surprise que la guérisseuse n’accoure pas dans sa chambre pour savoir pourquoi elle criait de la sorte le prénom de la fille du chef. La femme dormait une porte après elle, et même si les murs semblaient épais, l’ancienne guerrière n’était pas certaine pour autant qu’ils couvrent si bien les bruits en plein milieu de la nuit.

Mais maintenant, deux semaines après qu’elle ait enfin discuté avec Fergus et obtenu une certaine liberté, Lightning était juste contente qu’Hagen respecte son intimité. L’aînée Farron avait surpris quelques regards posaient sur sa personne, mais pas une seule fois l’ancienne du clan Dia ne lui avait posé des questions.

Lightning croisa les bras sous sa poitrine, reportant son attention sur l’immense verger qui surplombait l’arrière de la maison. Elle frissonna. L’automne avait à peine débuté, mais on sentait déjà les premières fraicheurs et bientôt, elle allait devoir se résigner à refermer la fenêtre pour garder le plus de chaleur possible.

Elle regarda son lit, cependant, l’idée même de refermer l’œil la fit se détourner de nouveau. A la place, Lightning avisa se tenue. Elle portait une simple chemise en coton qui lui arrivait au-dessous des genoux et se dit qu’à cette heure-ci, elle ne risquait rien à aller faire une petite promenade. Elle ne croiserait personne dans le verger, et ça lui ferrait le plus grand bien de prendre l’air et de se dégourdir les jambes.

Se mordillant le coin de sa lèvre inférieure, Lightning n’hésita qu’une seconde. Elle ne voulait pas qu’Hagen ait des ennuis. Si elle avait l’autorisation pour vadrouiller un peu partout dans le village, elle n’avait pas vraiment celle de le faire seule. Habituellement, et pour le peu qu’elle sortait, n’étant pas encore totalement à l’aise dans cette époque, Lightning se contentait d’accompagner Hagen partout où elle allait.

Elle s’était rendue compte que c’était plus prudent. Le premier jour où elle mit enfin un pied dehors, l’ancienne guerrière avait bien remarqué les regards hostiles des villageois à son encontre. De loin, elle avait même aperçut Ranulf et pendant une fraction de seconde, Lightning avait frissonné à la pensée de son gourdin.

Sortir seule était risqué pour sa survie. Elle s’était même rendu compte que par moment, les deux hommes qui gardaient sa chambre quand elle était encore prisonnière, la suivait parfois de loin. Elle était perpétuellement surveillée et malgré qu’elle comprenne l’animosité de ses gens et leur prudence, Lightning ne pouvait pas s’empêcher de se sentir frustrée et captive.

Tout à coup, l’idée même de vagabonder entre les pommiers du verger sans avoir à se préoccuper des habitants, ou d’une quelconque attaque en douce, se fit plus séduisante. Elle se fichait bien de la fine chemise en coton qui lui servait de tenue et avant même d’y réfléchir plus sérieusement, Lightning enjamba le rebord de la fenêtre et se retrouva de l’autre côté.

Ses pieds nus rencontrèrent la fraicheur de l’herbe humide et elle jeta un coup d’œil à la porte de sa chambre, le cœur battant la chamade. Pendant un instant, elle eut l’impression d'être une adolescente qui faisait le mur, alors que ses parents dormaient dans la pièce à côté lui faisant confiance pour faire pareil. Sauf que tout cela n’était que théorique, parce que c’était bien une situation qu’elle n’avait jamais vécu étant plus jeune.

Aucun bruit ne lui parvint et avec un léger soupir, Lightning se détourna de l’encadrement de la fenêtre et se dirigea vers la colline du verger. Une fois qu’elle eut grimpée la bute, elle respira à plein poumon l’air ambiant.

Ça sentait la rosée du matin et la terre humide. Une brise passa sur ses jambes et Lightning sentie la chair de poule envahir sa chair. Septembre avait bien avancé mais il faisait encore bon, cependant, Hagen l’avait prévenue que les températures allaient considérablement chuter entre octobre et novembre. Et que cela n’était rien à côté des chutes de neige de l’hiver.

A son époque, le temps semblait plus clément. En sept ans, le village n’avait essuyé que deux ou trois hivers rudes, et cela n’avait rien eu d’insurmontable. Vanille et Fang avaient à chaque fois prévus, quelques mois en avance, l’arrivé d’une saison hivernale difficile. Grâce à ça, ils avaient pu faire le plein des stocks de nourritures et tout s’était relativement bien déroulé.

Ici, chaque saison semblait bien définie et la suivante ne mettait pas longtemps à rattraper la précédente. La veille, Hagen lui disait justement qu’elle ne serait pas étonnée de voir arriver les premières pluies d’ici quelques semaines.

Lightning leva le nez vers le ciel et croisa ses bras sous sa poitrine. Elle aimerait être de retour chez elle avant l’hiver et avoir la chance de célébrer les fêtes de Noël avec sa famille. Elle avait déjà manquait tellement de Noël avec Serah, étant toujours trop occupé à la Garde Civile pour ramener le plus d’argent possible, et assurer un avenir à sa cadette. Mais depuis qu’elle avait entamé une nouvelle vie il y a sept ans, Lightning avait mis un point d’honneur à être présente à tous les moments importants.

Noël était la fête préférée de Serah. La jeune Farron commençait dès le mois de novembre à la préparer et elle faisait en sorte que tout soit parfait. Elle répétait que ça ne servait à rien de faire trop grand, mais il fallait quand même que ça reste unique pour qu’ils puissent tous s’en rappeler, même des années plus tard.

Lightning se souvenait de chaque Noël qu’ils avaient tous célébrés ensemble. Elle se souvenait de son premier Noël alors qu’elle venait de se mettre en couple avec Fang. Elle se souvenait des premiers cadeaux qu’elles s’étaient offert alors qu’elles venaient d’officialiser leur relation. Et elle se souvenait de l’ambiance de leur maison, de l’amour, de la joie et du partage. Cette année, elle serait seule et une douleur lui vrilla la poitrine.

Lightning déglutit et inspira, décidant de repousser au plus loin les pensées négatives qui l’envahissaient. Elle détailla son environnement dans la pénombre ambiante. Si le jour commençait doucement à se lever, la lune dominait encore une bonne partie, éclairant les rangs de pommiers. L’ancienne guerrière s’engagea aussitôt dans celui qui se présentait devant elle.

Elle marcha sans se préoccuper de sa destination. Peu importe où elle atterrissait, elle avait besoin de ne penser à rien et pour ça, il fallait qu’elle mette son corps en action. Si cela lui était possible, elle donnerait même tout pour avoir droit à un combat amical. Mais valait mieux pour elle qu’elle ne montre pas à ce peuple qu’elle était une excellente combattante, sinon il y avait fort à parier que Fergus allait très vite réviser son jugement sur son compte. Et que ces habitants la vois comme une menace, était bien la dernière chose dont elle avait envie.

Lightning arpenta le verger pendant un moment. Le temps avait filé sans qu’elle y fasse attention et quand elle sortit de ses pensées, elle se rendit compte que cette fois, le jour avait entamé son ascension. Le ciel de la nuit avait laissé doucement sa place aux premiers rayons de soleil, illuminant seulement l’horizon, pour l’instant. Elle s’arrêta après quelques minutes de marche au bord d’un précipice qui plongeait vers une forêt dense.

Deux semaines auparavant, c’est dans cette même forêt qu’elle avait accompagné Hagen et Vanille à la recherche de champignons lunaires. Lightning s’était sentit revivre depuis des jours, alors qu’elle arpentait en silence la terre battue, écoutant attentivement les bruits qui faisaient vivre la forêt.

Hagen et Vanille furetaient entre les buissons et les crevassent des troncs d’arbres, discutant et rigolant tranquillement. Lightning les avait observé faire pendant un moment, restant subjuguées par leur capacité à vivre tout simplement, malgré la menace des soldats de Cocoon qui pesait sur leur tête. Vanille était une jeune adolescente douce et pleine de vie et dans un sens, Lightning retrouvait un peu de sa propre Vanille dans le caractère et le comportement de cette jeune fille.

Hagen, bien qu’elle fasse tout pour inculquer le plus de connaissances possible à sa cadette, laissait une certaine liberté à cette enfant. Lightning savait parfaitement pourquoi. Leur vie était précaire et parfois difficile, trop pour une gamine qui sort à peine de l’enfance et qui est encore loin d’être une femme. Vanille avait besoin de cette insouciance, d’autant plus que deux ans auparavant, elle avait essuyé la perte de tout son clan. C’était déjà beaucoup pour une adolescente d’à peine treize ans.

Lightning avait d’autant plus aimé cette soirée, qu’elle avait eu le sentiment d’être entièrement libre. Personne pour surveiller le moindre de ses faits et gestes, elle avait pu être elle-même sans craindre de quelconques représailles. Vanille vagabondait partout, lui parlant et s’amusant comme si elle la connaissait depuis toujours. Hagen était restée plus modérée, mais pour la première fois depuis qu’elle était arrivée dans cette époque, l’ancienne guerrière avait eu l’impression d’avoir une amie.

oOo

La nuit était à peine tombée et Lightning avait découvert ce qu’était des champignons lunaires. Elle avait souri en s’apercevant que ces petits végétaux, qui avaient la forme d’un cèpe, s’illuminaient comme des loupiottes bleues un peu partout dans la forêt une fois qu’il faisait sombre.

Elle faisait en sorte de ne pas s’écarter du chemin ni de s’éloigner de ses deux compagnes de promenade qui, elles, exploraient chaque recoin qui les entourait. Lightning observa Hagen qui avait déniché l’un de ces agarics et qui le déposait précautionneusement dans son panier en osier. La guérisseuse revint ensuite vers elle et la cocoonienne jeta un coup d’œil aux champignons qui tapissaient le fond.

Elle plissa les yeux sous la lumière d’un bleu électrique qu’ils dégageaient, avant de froncer le nez face à leur aspect.

- Ils sont vraiment comestibles ? ne put-elle s’empêcher de demander.

Hagen détourna son regard de Vanille et le posa sur elle, esquissant un sourire amusé.

- Ça t’intéresse vraiment ?

Lightning la fixa. Le ton était clair et concerné. Est-ce qu’elle semblait réellement si désintéressée de tout ?

- Oui, bien sûr, répondit-elle doucement. Je suis peut-être moins douée que vous, mais j’ai quelques capacités pour les soins.
- Tu es guérisseuse ? questionna Hagen, un peu surprise.
- Non. J’avais d’autres spécialités… Mais je m’en sortais bien pour soigner.

Lightning détourna la tête, focalisant son attention sur Vanille qui farfouillait dans d’épais buissons. Elle préférait rester évasive sur ses capacités, jugeant peu recommandable d’annoncer ainsi qu’avant de soigner, elle était un soldat, une guerrière qui tuait. Même si elle savait faire preuve de jugement lors d’un combat, il n’en restait pas moins qu’avant d’apprendre à soigner, sa main abattait son épée pour anéantir des vies.

Quand elle était devenue une l’cie, Lightning avait découvert par la suite qu’en plus d’avoir des prédispositions pour le combat et la magie de foudre, elle était capable de refermer des plaies ouvertes et guérir des infections. Elle avait même réussi à pousser l’exploit à faire revenir un mort à la vie. Cependant, depuis qu’elle avait perdu son statut de l’cie, Lightning n’avait plus aucun pouvoir.

Et elle avouait ne pas avoir essayé à les retrouver. Elle savait qu’elle avait gardé quelques restes de ses capacités de soins, sachant qu’elle était capable de guérir d’une plaie plus rapidement que la normale, mais en sept ans, Lightning n’avait pas poussé ses facultés à se développer. Elle était même la première à trouver sa dernière guérison miraculeuse malgré ses maigres compétences.

- Je pourrais t’apprendre quelques notions si tu veux, fit soudainement Hagen, la tirant de ses pensées. Après tout, ça t’occuperait. Tu vas finir par t’ennuyer à force de ne rien faire et l’hiver est long. Autant mettre ton temps à un but plus lucratif, non ?

Lightning la jaugea du regard pendant un instant avant de glisser une main dans ses mèches roses.

- Je ne sais pas, souffla-t-elle. J’aimerai plutôt trouver une solution pour rentrer chez moi.
- Je comprends. Mais tu n’as aucune piste par où commencer. Si seulement ton village avait un nom… ça serait plus facile.
- Désolé, grimaça Lightning en réponse.

Elle évita de poursuivre la conversation, préférant étouffer dans l’œuf ce sujet. Elle ne voulait pas mentir de nouveau à Hagen alors Lightning se contenta de rester silencieuse. La guérisseuse soupira légèrement tandis que Vanille poussait une exclamation de joie, dénichant enfin son premier champignon lunaire.

- J’en ai un, Hagen ! Ça y est ! s’écria-t-elle en revenant prêt d’elles sur le sentier.
- Super ! met-le dans le panier.

L’adolescente s’exécuta, le déposant délicatement dans le fond du panier avec ses congénères. Elle repartit aussitôt, laissant de nouveau les deux femmes seules. Un silence léger les enveloppa, avant qu’Hagen ne prenne la parole.

- Pour te répondre, ces champignons ne sont pas comestibles, non. J’extrais ce qui les compose et ça sert à faire un excellent onguent contre les infections magique. Ça me sert surtout quand certain chasseurs reviennent après avoir affronté des créatures vénéneuses.

Lightning acquiesça, fascinée par les connaissances de cette femme. Elle jeta un coup d’œil en coin à cette grande rousse. L’ancienne guerrière retrouvait certain traits de Vanille dans ceux d’Hagen, comme en y réfléchissant, elle était capable de voir une forte ressemblance entre Hagen et sa jeune belle-sœur. Peut-être que dans quelques années, Vanille serait le portait de son aînée.

Hagen était une femme qui méritait d’être écoutée. Elle était forte, indépendante, courageuse et talentueuse. Elle était l’Oracle d’Oerba, celle qui était en lien direct avec la déesse Etro, mais en dehors de ça, elle était quelqu’un qui avait vu et vécut beaucoup trop de chose en une seule vie et qui s’en était relevée.

- J’aimerai beaucoup que vous m’appreniez quelques notions de soin. Si je m’ennuie, je pourrais toujours vous aidez.

Hagen tourna la tête vers elle et lui adressa un sourire amical.

- Et moi, je serais ravie de pouvoir t’aider à rentrer chez toi.

Lightning lui offrit un regard reconnaissant, retenant un soupir dans le creux de sa gorge.

- Si seulement j’avais une idée par où commencer, souffla-t-elle.
- Tu n’as même pas un petit indice ? tu ne te souviens vraiment de rien.
- Non, rien ! Mais je me disais…
- Oui ? incita Hagen.

Lightning stoppa sa marche et se tourna vers la guérisseuse. Elle passa sa langue sur ses lèvres avant de demander :

- Est-ce qu’il y a un temple dédié à Etro dans les environs ?

Le visage d’Hagen affiche un air surpris, l’observant sans rien répondre pendant une seconde.

- Il y en a un de l’autre côté de la forêt, révéla-t-elle. Il est à environ une après-midi de marche.

Le cœur de Lightning fit un bond dans sa poitrine. C’était une chance inouïe. Peut-être aurait-elle la possibilité d’entrée en contact avec Etro pour en savoir plus. D’après elle, il n’y avait que la déesse de la mort qui pouvait se trouver derrière cette situation, et l’ancienne guerrière voulait une explication. Pourquoi lui faire ça après tout ce qu’elle avait sacrifié pour l’aider ?

Lightning avait combattu pour elle. Elle avait été sa championne, alors même qu’elle ne le voulait pas. Elle avait tout donné pour qu’Etro puisse rester en vie et garder son trône intact dans le Valhalla. Elle ne méritait pas aujourd’hui, de vivre une nouvelle épreuve. Etro lui avait promis de veiller à ce qu’elle soit heureuse et Lightning avait eu confiance en elle. S’était-elle montrée trop naïve ?

- Est-ce que vous pensez que je pourrais m’y rendre ? demanda Lightning.
- Il faudrait voir ça avec Fergus, et avant qu’il prenne une décision, l’hiver sera surement déjà aux portes du village. A cette saison, il est imprudent de s’éloigner d’Oerba, même pour traverser la forêt.
- Pourquoi pas tout de suite ? demanda Lightning.

Hagen secoua la tête, pinçant légèrement les lèvres.

- Nous sommes bientôt en automne et dans deux mois, il va y avoir la fête de Samain qui annonce l’hiver. Fergus sera bien trop occupé pendant ce laps de temps. Peut-être serait-il plus judicieux d’attendre les prochaines floraisons.
- Les prochaines floraisons ? souffla Lightning. Le printemps prochain, vous voulez dire ?

Hagen acquiesça, lui adressant un regard désolé. Lightning eut la désagréable impression qu’une pierre venait de tomber dans son estomac. Attendre le printemps prochain ? Ça faisait combien de temps ça ? Environs six mois, si elle ne se trompait pas.

C’était impensable. Elle ne pouvait pas se permettre de perdre six mois ici. Quand bien même la compagnie d’Hagen et de la jeune Vanille était agréable, il fallait qu’elle trouve un moyen de rentrer rapidement chez elle.

- Je ne peux pas attendre six mois, c’est impossible ! Je dois faire quelque chose rapidement !

Plus elle passait du temps ici, plus sa famille à son époque penserait qu’elle avait définitivement disparu. Peut-être même se disait-ils qu’elle était déjà morte. Lightning imaginait la tristesse et la douleur de Serah et de Fang. Celle de ses amis. Snow devait prendre soin de sa sœur, mais l’ancienne guerrière savait combien Serah pouvait être bornée quand elle le voulait. La première fois qu’elle avait disparu dans le Valhalla, la jeune Farron s’était renfermée sur elle-même et Snow avait décidé de partir pour retrouver Lightning et que Serah retrouve le sourire.

C’était inacceptable ! Lightning ne pouvait pas patienter sagement ici alors que les conséquences de sa disparition pouvaient être aussi importantes. Elle ne voulait pas que cela détruise sa famille. Fang avait Vanille, certes, mais la pulsienne était tellement entêtée qu’après un mois elle avait déjà dût commettre l’irréparable pour la retrouver, et Lightning savait que Fang n’écouterait pas Vanille dans ses circonstances.

- Je suis désolée, fit soudainement Hagen, la coupant dans ses pensées. Il n’y a pas d’autre solution.
- Je pourrais très bien y aller seule ! énonça Lightning avec vigueur.
- Non ! ça serait bien trop dangereux ! contra Hagen.
- Je sais me défendre !

Lightning fronça les sourcils et campa sur ses pieds, se tournant vers Hagen. Elle n’était pas une faible femme, loin de là. Elle était capable d’affronter les monstres de Gran Pulse et traverser cette forêt s’il le fallait pour atteindre ce maudit temple.

- Je n’en doute pas, répondit gentiment la guérisseuse.
- Bien ! Alors accordez-moi seulement d’avoir un guide et je m’en sortirais. Vous avez dit que ce n’était qu’a une après-midi de marche, en partant tôt le mat…
- Ce n’est pas aussi facile ! coupa Hagen.

L’ancienne guerrière referma la bouche et fixa la grande rousse. Bien sûr que si c’était facile. D’une facilité enfantine même. Hagen détourna la tête, tripotant nerveusement la hanse de son panier en osier. Lightning la détailla et fronça légèrement les sourcils.

Finalement, elle soupira et se laissa tomber sur la souche d’un tronc d’arbre. Elle était loin d’être stupide et elle venait de réaliser le fond du problème. Cela aurait dû lui sauter tout de suite au visage, mais elle s’était laissée emporter par l’espoir d’avoir enfin des réponses.

- Personne ne voudra m’aider, c’est ça ! déclara-t-elle. Et même si je me fiche que quelqu’un m’aide à traverser cette forêt pour trouver le temple d’Etro, Fergus n’acceptera pas de me laisser partir. Je suis toujours une menace pour lui. Une horrible cocoonienne qu’il vaut mieux éviter de laisser vadrouiller sans surveillance.

La rancœur qu’elle éprouvait dut s’entendre dans ses paroles car elle vit Hagen pinçait les lèvres, son visage gardant un air peiné. Lightning soupira de dépit et laissa son regard se perdre au loin à travers les immenses et robustes arbres de la forêt d’Oerba. Du coin de l’œil, elle apercevait Vanille qui avait laissé tomber la chasse aux champignons lunaires pour simplement fureter à travers les bois.

Hagen lui demanda de ne pas trop s’éloigner avant de venir s’asseoir à ses côtés sur la souche. La guérisseuse déposa son panier entre ses pieds et Lightning fut attirée par la lueur bleutée qu’il s’en dégageait. Elles restèrent plongées dans un silence reposant pendant un moment puis une main tiède se posa sur l’avant-bras de Lightning, la faisant légèrement sursauter.

- Je suis vraiment désolée, répéta Hagen, lui adressant un léger sourire.

Lightning secoua la tête. Elle retira doucement son bras de la prise légère des doigts de la guérisseuse.

- Vous n’y êtes pour rien, Hagen, souffla-t-elle gentiment.

L’ancienne guerrière tourna la tête vers elle et lui adressa un petit sourire, espérant la rassurer, puis elle leva le nez vers le ciel étoilé. Elle mentirait si elle disait qu’elle n’était pas déçue. Lightning avait espéré pouvoir jouir d’une certaine liberté de déplacement, maintenant que Fergus lui avait accordé le bénéfice du doute, mais cela se résumait aux frontières du village. Probablement que si elle enfreignait cette règle tacite, elle serait ramenée manu militari devant Fergus et que sa sentence serait révisée. Lightning ne serait pas étonnée de finir entre les barreaux de sa prison avec laquelle l’homme l’avait déjà menacé.

Les six prochains mois allaient être longs et éprouvant. La frustration qu’elle ressentait face à l’inactivité dont elle allait devoir faire preuve n’avait pas de limite.

- J’aimerais pouvoir faire pl…
- Non ! coupa Lightning. Vous faites déjà beaucoup trop pour moi.

Il était inconcevable que cette femme en fasse plus pour elle. Lightning comprenait parfaitement qu’elle devait respecter la place qui lui était dû dans cette époque. Certes, elle avait du mal à l’accepter, mais elle n’était qu’une étrangère. Pire que ça, elle était une habitante de Cocoon, un monstre aux yeux des pulsiens. Elle n’avait aucun droit de réclamer quoique ce soit d’eux et elle n’accepterait pas qu’Hagen l’aide de nouveau.

Lightning ne voulait pas prendre le risque que les villageois se retournent contre elle et qu’elle perde sa famille à cause d’elle. Hagen ne méritait pas ça. L’ancienne guerrière détourna la tête et observa les environs, appréciant le calme de la forêt. La tête rousse de Vanille dépassait d’un buisson à quelques pas. C’était paisible et reposant, tout ce dont elle avait besoin pour l’instant, il ne lui restait plus qu’a fait preuve de patience.

- Je passerais cet hiver et je supporterais l’attente de ces six prochains mois, déclara-t-elle. Je vous prouverez que vous pouvez avoir confiance en moi, que je ne suis pas comme les autres cocooniens que vous avez rencontrés. Et j’arriverais à rentrer chez moi.

Lightning eut une pensée pour Fang et elle lui demanda silencieusement de l’attendre, de ne rien faire d’inconsidéré. Quoiqu’il arrive, elles se retrouveraient. Elle pria pour que Snow et Lebreau arrivent à remonter le moral de sa tendre petite sœur et dans six mois, elle pourrait de nouveau la serrer dans ses bras. Ça allait vite passer, se dit Lightning.

Elle refréna ses sentiments, empêchant la peine et le manque de l’envahir. Elle devait rester maitresse d’elle-même, lucide et alerte pour supporter cette nouvelle épreuve, et comme pour toutes les autres, elle la surmonterait aussi.

- Ta femme et ta famille doivent te manquer atrocement, fit soudainement Hagen.

Lightning se redressa et tourna la tête vers la guérisseuse. Elle pinça les lèvres et déglutit, puis détourna le regard, préférant éviter d’affronter celui de la rousse.

- Je sais ce que ça fait de perdre la personne qu’on aime, poursuivit Hagen.
- Je sais, souffla Lightning. Vous me l’avez déjà dit.
- Oui, je sais. Alors tu sais aussi, que je peux comprendre ce que tu ressens.
- Elle n’est pas morte et je vais la retrouver.
- Je voulais seulement dire, que si tu veux en parler, je suis prête à t’écouter, répondit gentiment Hagen.

La rosée resta murée dans un silence buté. Que pouvait-elle dire de toute façon ? Il lui était impossible de parler de Fang. De révéler qu’elle venait de six cent ans dans le futur, que sa femme était la fille du chef d’Oerba, qui avait elle-même vécut six cent ans dans une stase de cristal avant d’être réveillée pour participer à une guerre dans laquelle elle avait été un pion. C’était surréaliste comme histoire et Hagen la prendrait certainement pour une folle si elle la lui racontait.

Même si c’était la vérité, Lightning avait une chance sur cent pour que ça passe. Depuis qu’elle avait mis les pieds ici, l’ancienne guerrière avait le sentiment que certaines choses étaient différentes. Il y avait bien la base de ses souvenirs. L’existence des dieux, notamment de la déesse Etro, mais aussi la présence des fal’cies, mais elle n’avait pas entendu parlait de l’cies ou de cristal et encore moins de cie’ths.

Pendant un instant, elle en était venue à se demander si elle était bien dans le passé, ou si elle avait atterrit dans une réalité alternative. Une autre vie, une autre histoire. Peut-être n’y avait-il pas de l’cie à qui on confiait des tâches. Peut-être que les fal’cies n’avaient qu’une importance moindre dans ce monde.

Peut-être que la guerre qui existait entre Gran Pulse et Cocoon dans cette époque, était différente de celle dont elle avait entendu parlait dans ses livres d’histoires. Et si c’était le cas, Lightning était plus désespérée que jamais. Si actuellement elle ne se trouvait pas sur la trame du temps mais sur celle d’une autre réalité, comment pourrait-elle rentrer un jour chez elle ?

Il était déjà très difficile de voyager sans risque dans le cours de l’histoire, et chaque bond dans le temps, pouvait tout ruiner d’une époque à l’autre. La plus banale des actions pouvaient avoir des répercutions inimaginable, si on n’y prenait pas garde. Comment ça se passait dans une autre réalité ?

Lightning resta silencieuse tout le restant de la soirée, plus perdue encore que quelques minutes auparavant, alors que plusieurs scénarios se jouaient dans sa tête. La boule au ventre, elle était démoralisée de constater que tous finissaient toujours d’une manière tragique.

oOo

Revenant au présent, Lightning poussa un léger soupir et s’assit sur le rebord de la falaise. Les pieds dans le vide, elle posa son regard sur l’immense forêt en contrebas. Le ciel commençait enfin doucement à s’éclaircir à l’horizon, tirant sur les nuances rosâtre de l’aube.

Une envolée d’oiseaux aux plumes noires la surprit, attirant son attention sur les volatiles qui s’en allaient à tire d’ailes de la cime des plus hauts arbres. Les créatures nocturnes allaient laisser leur place aux diurnes, jusqu’à ce que la nuit tombe et que le cycle ne se rejoue encore. Tout ce qui se passait ici était normal, naturel et Lightning inspira profondément, appréciant le calme qui la parcourait après la tension qui l’avait agité suite à son cauchemar.

Elle repensa à cette soirée-là en forêt avec Hagen. Sur l’instant, Lightning lui avait été reconnaissante qu’elle respecte son silence. Elle était confuse, déboussolée et ne savait plus vraiment ce qu’elle devait faire, ce qui l’attendait par la suite aussi. Elle avait ressenti le besoin d’être seule, cependant, maintenant elle doutait et l’absence de sa famille et de Fang se faisait douloureuse.

Lightning n’avait qu’une envie, allez vers Hagen, la seule amie qu’elle ait ici, et lui parler. Peut-être même qu’elle pourrait lui révéler toute la vérité et laisser la femme décider si elle était folle ou non, et sceller son sort par la même occasion. Plus d’une fois, l’ancienne guerrière avait eu envie de lui faire face, mais à chaque fois elle se demandait ce que cela lui apporterait. Au fond d’elle, Lightning ne voulait pas aggraver sa situation et il lui était impossible de changer sa version sans que cela soit le cas.

Pour les habitants du village, pour Fergus et ceux du conseil d’Oerba, ça voudrait dire qu’elle avait menti et rien ne leur assurerait qu’elle ne recommencerait pas. Ça voudrait dire qu’ils leur étaient impossible d’avoir confiance en elle et qu’il n’était pas improbable qu’elle soit une espionne envoyé dans leur village pour tous les anéantir.

Après tout ce qu’Hagen avait fait pour elle, la guérisseuse ne méritait pas de croire que Lightning s’était jouée d’elle. La dernière chose dont l’ancienne guerrière avait envie, c’était qu’on pense qu’elle avait trahis et abusé de la gentillesse d’Hagen. Alors elle préférait garder le silence et se persuader que tout s’arrangerait en temps et en heures.

Dans six mois elle pourrait se rendre au temple d’Etro, Lightning allait tout faire pour y arriver. Elle obtiendrait une explication de la part de la déesse et elle pourrait enfin rentrer chez elle. Avec un peu de chance, elle aurait peut-être même la possibilité de partir aussi vite qu’elle était arrivée. Sans que personne n’ait le temps de se rendre compte de quoique ce soit.

Lightning étira légèrement son dos, fermant les yeux, essayant de se détendre. Elle avait besoin de se persuader elle-même pour supporter son quotidien. Pour se donner de l’espoir et de la motivation pour continuer d’avancer dans cette époque qui n’était pas la sienne.

- Vous semblez bien soucieuse.

Surprise, le cœur de Lightning bondit violemment dans sa poitrine alors qu’elle reconnaissait presque aussitôt cette voix douce, chaude et velouté. Son estomac se contracta, autant de joie que de douleur tandis qu’elle tournait la tête vers la source d’où était provenu le son.

Se tenant là, debout devant elle, Lightning découvrit une belle jeune fille à la crinière d’ébène. Un sourire malicieux étirait ses lèvres, une lueur amusée brillait dans deux magnifiques prunelles émeraude et elle semblait pleine d’insouciance.

Elle ne portait pas le sari qu’elle lui avait connu, mais une longue robe bleu, simple et unie à fine bretelle, qui mettait sa haute taille et sa minceur en avant. Une fine ceinture en cuir entourait sa taille et ses épaisses boucles noires étaient négligemment relevées. Deux petites tresses pendaient sur sa clavicule, ce que Lightning avait toujours apprécié. Combien de fois elle avait eut l’irrésistible envie d’entortiller l’un de ses index autour ? Combien de fois l’avait-elle déjà fait celles de sa femme ?

Sauf que là, devant elle, leur corps seulement séparait par quelques centimètres, ne se trouvait pas son amante, mais bien la Fang de dix-sept ans. Lightning plongea ses yeux dans les billes émeraude qu’elle connaissait si bien et qui lui manquait cruellement, retenant son souffle dans le creux de sa gorge.

oOo

 

A samedi prochain pour la suite…

Chapter Text

Chapitre 12

 

Lightning était incapable de dire quoique ce soit. Sa bouche était désagréablement sèche et sa langue collait à son palais comme si elle n’avait pas bu depuis trois jours. Elle était confuse et désarçonnée, terriblement peinée aussi, par l’arrivée impromptue de la personne qu’elle redoutait le plus de rencontrer dans cette époque.

Elle était surprise, ne s’attendant absolument pas à tomber sur la jeune Fang si tôt le matin. Après tout, elle et son amante étaient la même personne, et Lightning savait combien Fang appréciait de se prélasser au lit. De plus, d’après Vanille et les petites anecdotes qu’elle lui racontait, la jeune adolescente n’arrêtant jamais de parler, la Fang de dix-sept ne mettait un pied hors de son lit que lorsqu’elle y était forcée. Et il était hors de question de voir le bout de son nez avant que l’aube ne se soit levée depuis au moins trois heures.

Alors, que faisait-elle ici tandis qu’il devait être à peine six heures du matin ? Lightning savait que Fergus avait formellement interdit à sa fille de l’approcher. Vanille, qui travaillait avec Hagen, était une exception à l’interdiction qu’avait reçu Fang de s’approcher d’elle.

L’ancienne guerrière pouvait voir briller la malice et l’impétuosité dans le regard ardent de l’adolescente. Son cœur battait la chamade et son ventre se tordait. Elle avait tellement l’impression de retrouver sa femme. Plus jeune, certes. La Fang de cette époque n’était pas encore marquée par la guerre de Transgression qui lui avait donné beaucoup trop tôt ce regard de femme adulte. Elle n’était pas encore cette guerrière farouche et terrifiante qu’elle allait devenir en combattant l’ennemi, ni cette femme intrépide et fougueuse dont Lightning était tombée amoureuse.

Mais il y avait dans cette jeune Fang quelque chose de captivant, d’attachant. Lightning voyait, dans ces prunelles vertes, l’innocence qu’avait perdu sa Fang. Quand elle avait rencontré la pulsienne, la rosée n’avait rien vu d’autre dans ses yeux que la lueur d’un chasseur. Il avait fallu des années à la Fang plus âgée pour retrouver la douceur et la joie qui luisait dans le regard de la plus jeune.

L’adolescente ne sembla pas s’offusquer de son silence, et décida de s’asseoir à ses côtés, sur le rebord de la falaise. Lightning la vit relever un peu les pans de sa robe pour éviter de se prendre les pieds dedans et elle avisa sa propre tenue. Instinctivement, elle tira sur les bords de sa chemise, se disant soudainement combien ça avait été stupide de sortir aussi peu vêtue.

Mais tout ça devint superflu quand une brise passa sur elles et emporta jusqu’à ses narines le parfum qui appartenait à la brune. Lightning inspira fortement, sentant cet agréable arôme d’amande qui lui noua la gorge. Cette jeune fille était Fang. Peu importe l’époque et l’âge, cette pulsienne allait devenir la femme qu’elle avait appris à connaître et aimer, et Lightning ressentit douloureusement la morsure du manque de sa femme.

Elles restèrent assises ainsi, plongées dans un profond silence, pendant un long moment. Le jour continua sa progression et quelques minutes plus tard, une nouvelle journée commençait. Septembre avançait lentement. Pour Lightning, son univers avait le rythme d’un escargot, pourtant, elle avait remarqué qu’une certaine effervescence naissait dans le village. Même Hagen et Vanille était tendues à l’approche de ce qui devait être une fête locale.

Certainement que Fang avait elle aussi un rôle à y jouer. Elle devrait probablement se trouver ailleurs qu’à ses côtés, en ce moment. Lightning jeta un coup d’œil vers l’adolescente. Cette dernière était calme. Les yeux rivés vers l’horizon, le corps détendu et les lèvres étirées dans un léger sourire paisible. Elle ne cherchait pas à entamer une quelconque conversation. Comme si profiter seulement de la présence de l’autre lui suffisait.

Lightning pinça doucement les lèvres. La Fang qu’elle connaissait ne serait pas restée silencieuse très longtemps, mais c’était certainement parce qu’elles se connaissaient, justement. Elle essaya de se souvenir de comment était la pulsienne, les premières fois qu’elle l’avait rencontrée et Lightning n’eut pas vraiment besoin de se forcer.

Fang adulte était presque similaire. La pulsienne l’avait suivie dans les rues de Palumpolum, mais elle n’avait forcé aucune conversation tant que Lightning n’avait pas fait le premier pas. Certes, elle avait été moqueuse, sarcastiques et un brin impudique avec elle, mais Fang avait respecté chacun de ses silences, attendant patiemment qu’elle décide elle-même de s’ouvrir. C’était l’un des traits de caractère qu’elle aimait le plus chez son amante. Cette capacité qu’avait Fang de toujours savoir quand ça n’allait pas, ce qu’il fallait qu’elle fasse, qu’elle dise ou ne dise pas, pour finalement la laisser venir à elle.

Quoiqu’il arrive, Lightning avait toujours été aimanté par Fang. Elle se sentait bien en sa compagnie, et la pulsienne était bien la première personne, après Serah, avec qui elle se sentait en confiance et normale. Dans une moindre mesure, Lightning avait l’impression de ressentir la même chose avec la jeune Fang, mais elle était incapable de dire si cela provenait seulement du fait que c’était la version plus jeune de la femme qu’elle aimait, ou vraiment de la personne que représentait cette adolescente, qui était différente de son double.

Lightning déglutit et détourna le regard du visage exotique et déjà si charmeur de Fang, pour contempler la forêt sous ses pieds nus.

- Tes parents vont certainement te chercher partout, dit-elle doucement, peu certaine que ça soit une bonne idée d’entamer une quelconque relation avec la réplique de sa femme. Tu es la fille du chef, non ?
- Oui, répondit Fang, un joli sourire étirant ses lèvres. Tu ne te rappelle pas de moi ?

Lightning haussa un sourcil avant d’esquisser un petit sourire en coin, comprenant où voulait en venir la jeune fille.

- Si, répliqua-t-elle. Quand je me suis réveillée ici, c’est toi que j’ai vu en premier.

Fang acquiesça d’un air satisfait.

- Je suis contente que tu ailles mieux, ajoute-t-elle. Ranulf est un vrai crétin par moment !
- Il a fait ce qu’il pensait bon pour son peuple. Je ne lui en veux pas vraiment, même si je resterai loin de lui et de son gourdin.
- Non ! Il a seulement fait ça parce qu’il déteste tous les habitants de Cocoon ! contra Fang. Normalement, je le comprends ! Pour la plupart, ce sont tous des ordures ! Surtout ceux en combinaisons ! Mais toi, tu étais carrément inoffensive.

Des cocoonians en combinaison ? Fang parlait-elle de la PSICOM ? Cette unité d’élite existait-elle déjà ? Des soldats en combinaisons et qui favorisaient la guerre. Lightning ne connaissait qu’eux pour être capable d’autant de barbarie. Déjà à son époque, quand elle les avait combattus avec son groupe, ils étaient à la solde du fal’cie Barthandelus et suivaient à la lettre les ordres de guérilla qu’il donnait.

Il voulait détruire la race humaine et il avait trouvé d’excellents pions pour ça. Est-ce que Barthandelus était déjà en train de fomenter son plan d’éradication ? Dans ses livres d’histoire, Lightning avait appris que la guerre entre Cocoon et Gran Pulse avait éclaté à cause des fal’cies Lindzei et Anima, mais est-ce que ce rapace de Barthandelus avait déjà une place dans les hautes sphères de Cocoon ?

Lightning savait ce qui allait arriver à Gran Pulse dans quelques années. Elle savait ce qu’ils allaient tous devoir endurer. Ce que le village d’Oerba allait subir à cause de Cocoon. Au fond d’elle, l’ancienne guerrière fut prise d’une violente bouffée d’horreur, de colère et de tristesse. Tous les habitants ou presque de Gran pulse avaient fait les frais de cette stupide guéguerre contre Cocoon.

Bon sang, râla-t-elle intérieurement. Ils étaient tous pareil ! Venant d’en haut ou d’en bas, ils étaient tous frères, ils se ressemblaient tous et ce conflit n’aurait pas dû avoir lieu. Mais elle n’y pouvait rien, c’était écrit dans l’histoire. Pourtant, l’idée même de voir la jeune Fang devant elle et de savoir que dans quatre ans, elle allait devenir une l’cie à la solde d’Anima pour détruire Cocoon lui retourna l’estomac.

- Chacun se défend comme il peut, finit-elle par s’exprimer, attirant l’attention de Fang.
- Ce n’est pas comme si tu l’avais menacé. Qu’il tue les soldats qui ont tués sa femme et sa fille, et qui nous menacent aujourd’hui, ça, je comprends. Mais quand il t’a mis ce coup de gourdin, tu étais sans défense.
- Personne n’est vraiment sans défense, répliqua Lightning.
- Comment ça ? demanda suspicieusement Fang.
- Rien.

Lightning secoua la tête, jugeant peu judicieux de révéler à Fang que si elle avait été moins désorienté et seule avec lui, elle aurait probablement été capable de désarçonner un homme de la trempe de Ranulf. Gourdin ou pas. Après tout, ils étaient tous les deux humains et elle avait été soldat.

- Peu importe, reprit Fang. Heureusement qu’Hagen est une excellente guérisseuse.
- Oui. Je leur dois beaucoup, à elle et Vanille.
- C’est vrai que Vanille est douée, alors qu’elle a seulement treize ans. Je ne sais pas comment elle fait pour supporter ça. La dernière fois, elle a remis en place une fracture ouverte… Erk !

L’ancienne guerrière pinça les lèvres, étouffant un léger rire. Soigner n’avait jamais été la spécialité de Fang. Elle frôlait même le zéro absolu dans cette capacité. Lightning se souvenait d’une fois où, lors d’un combat contre un groupe de Gorgonopside, elle s’était bêtement laissé distraire par la pulsienne. La rosée avait essuyé un violent coup de patte qui l’avait envoyée valser contre un rocher.

Lightning ne remercierait jamais assez ses pouvoirs de l’cie, qui lui avaient sauvé la vie à ce moment-là. Cependant, elle avait quand même fini avec une épaule démise et une fracture de la jambe. Elle était seule avec Fang ce jour-là, et Lightning se souviendrait toujours de l’état désemparé de son amante, quand elle s’était rendu compte des blessures. Malgré la douleur, elle avait été obligée de déployer toute sa patience et son énergie pour calmer Fang, pour que celle-ci puisse ensuite la soutenir et l’aider à se guérir.

Heureusement, Lightning avait d’excellentes capacités de soin, notamment grâce à Odin, qui ne permettait pas qu’elle soit grièvement blessée, et ça avait été vite réglé. Aujourd’hui, elle et Fang riaient de cette anecdote comme d’un bon souvenir, mais sur l’instant, Lightning avait réalisé l’ironie de la situation. Une chasseuse qui ne supportait pas les blessures plus graves qu’une simple coupure au doigt.

- Soigner n’a pas l’air d’être ta tasse de thé, fit moqueusement Lightning.
- Pas vraiment ! rit Fang. Je ne suis pas sensible au point de tourner de l’œil quand il y a trop de sang, c’est juste que ça me fait froid dans le dos de poser mes mains sur quelqu’un de blessé. Il a déjà bien assez mal sans que j’en rajoute une couche. Mes mains sont beaucoup plus douées pour manier ma lance et chasser.

Dans un coin de son esprit, Lightning se fit la réflexion que la Fang adulte avait des doigts de fées pour beaucoup plus de choses qu’uniquement la chasse. Elle se secoua néanmoins, préférant éviter de conduire ses pensées sur ce terrain-là.

- J’ai entendu dire que tu étais effectivement très douée pour ça. L’une des meilleures futures chasseuses d’Oerba, déclara Lightning.

Elle fut agréablement satisfaite de voir les pommettes de Fang se teinter légèrement. L’adolescente tourna la tête vers elle et Lightning vit les deux prunelles émeraude briller de plaisir à ce compliment. Ce n'était pas comme si elle avait à se forcer. Lightning connaissait tellement bien Fang et c’était ce qu’allait devenir son amante. Il n’y avait rien de mal à flatter l’égo d’une jeune fille pleine d’ambition pour son village.

- Que fais-tu ici d’ailleurs ? reprit Lightning. Ne devrais-tu pas être en train de courir dans les plaines ?

Fang s’esclaffa et secoua la tête, amusée.

- Je me suis fait la belle de chez moi avant que mes parents ne se réveillent. Il était hors de questions que je supporte une journée de plus les leçons soporifiques de ma mère, et celles moralisatrices de mon paternel.

Lightning jeta un coup d’œil en coin à l’adolescente, notant le changement d’intonation dans sa voix quand elle parlait de son père. Il était évident qu’il y avait de fortes tensions entre ces deux-là. Lightning pencha légèrement la tête sur le côté. Depuis qu’elle connaissait Fang, et du plus qu’elle se souvenait de tout ce dont elles avaient discuté ensembles, Lightning ne se rappelait pas d’avoir entendu une seule fois son amante parler de son père.

A part quelques vagues mentions, son amante avait toujours fait en sorte d’éviter la question. Par respect, Lightning n’avait jamais insisté. D’après elle, si Fang ressentait le besoin d’évoquer son père, elle savait que l’ancienne guerrière était là pour l’écouter. Elle préférait laisser le choix à Fang de s’ouvrir sur ce sujet sensible ou non, comme la pulsienne lui avait laissé le temps qui lui était nécessaire pour oser enfin parler de ses propres parents.

- J’allais partir chasser, reprit Fang après un silence pendant lequel elles réfléchirent toutes les deux. Mais je t’ai vue toi aussi te faire la belle par la fenêtre, et te diriger vers le verger. J’ai été curieuse et je t’ai suivie, révéla-t-elle.

Fang tourna la tête vers elle et leurs yeux se fixèrent. Une lueur amusée dansait dans les prunelles émeraude de la jeune pulsienne et Lightning esquissa un sourire en coin. Elle se sentait bien, détendue, et c’était probablement la première fois depuis qu’elle avait mis les pieds dans cette époque, qu’elle avait le sentiment de pouvoir baisser sa garde.

- Tu m’as suivie ? répéta Lightning, la voix vibrant d’amusement.
- Oui, répondit Fang en se mordant la lèvre inférieure. Je n’aurais pas dû, mais c’était trop tentant. Hagen n’est pas du genre à t’empêcher de sortir alors je me suis demandé pourquoi tu avais besoin de fuir.
- Je voulais seulement prendre un peu l’air… Sans avoir l’impression d’être surveillée.
- Hagen n’est pas comme ça, contra Fang.

Lightning secoua doucement la tête.

- Non, répliqua-t-elle. Je ne parlais pas d’Hagen. Elle est vraiment très gentille avec moi, au contraire.
- Oh ! Tu veux parler du village.

La rosée détourna la tête vers la cime des arbres en contrebas et haussa les épaules. Il n’y avait rien à dire et rien à faire, de toute façon, pour que cette situation s’arrange rapidement. Et elle n’avait pas envie de parler de ses cauchemars, ni avec Hagen et encore moins avec la jeune Fang.

- Avec le temps, fit Fang, ils s’habitueront à toi, tu verras. Je suis certaine qu’ils finiront même par t’apprécier.

Lightning lui adressa un sourire un peu forcé. Voulait-elle vraiment que les habitants du village se fassent à elle et l’apprécient ? S’ils découvraient qu’elle avait menti, qu’elle apportait peut-être le malheur sur le village, une nouvelle guerre ? Supporterait-elle de voir leur regard briller d’humiliation s’ils venaient à découvrir la vérité ? Ne serait-ce pas mieux qu’ils continuent à la détester ? Elle poussa un léger soupir, fatiguée de ces continuels questionnements qui tournaient dans sa tête. Elle voulait seulement arrêter de penser et voir comment allait se dérouler l’avenir. Elle était douée pour s’adapter rapidement, autant qu’elle en profite.

- Tu viendras à la fête de Samain ? demanda soudainement Fang, la tirant de ses rêveries.

L’ancienne guerrière posa ses yeux sur l’adolescente. Celle-ci étirait ses jambes dans le vide et profitait des derniers chauds rayons de soleil. Bientôt, la pluie, le vent et le froid allaient tous les prendre par surprise. Hagen avait même commencé à faire le plein de bois pour la cheminée, histoire d’être préparée à l’arrivée de l’automne.

La fête de Samain, pensa-t-elle. Maintenant que Fang en parlait, Lightning se souvenait que la guérisseuse et Vanille avaient mentionné l’arrivée prochaine de cette fameuse fête locale. En dehors de ça, elle ne savait pas grand-chose sur cet évènement.

- Elle a lieu quand ? questionna-t-elle.
- Le dernier jour d’octobre.

Le dernier jour d’octobre, se répéta Lightning. Soit le trente et un, ce qui signifiait à son époque sur Cocoon, la fête d’Halloween. Elle eut un soupir ironique quand elle constata une fois de plus l’hypocrisie flagrante du fal’cie Lindzei. Celui-ci avait incité des pulsiens à le suivre sur son monde paradisiaque qu’était Cocoon, confortant les habitants qui allèrent peupler le monde-sphère, que Gran Pulse était un enfer monstrueux. Il leur avait demandé d’abandonner leurs croyances et leurs coutumes, pour quoi ? Pour en adopter des nouvelles qui finalement, n’étaient que de pales répliques de celles qui faisaient vivre Gran Pulse.

- Enfin, reprit Fang. Elle se déroule toute la journée du trente et un et se poursuit toute la nuit.
- Que représente cette fête ? demanda Lightning, curieuse.
- Tu ne célèbres pas Samain sur Cocoon ?

Lightning observa longuement la brune. A part Hagen et Fergus, elle n’avait raconté son histoire à personne d’autre et le chef du village avait seulement dû rentrer dans les grandes lignes auprès du conseil d’Oerba. Cependant, il n’avait pas dû discuter de ça avec sa propre fille.

- Je ne vis plus sur Cocoon depuis plusieurs années maintenant. J’habite un petit village de Gran Pulse, très loin d’ici, décida-t-elle de révéler, malgré les doutes qu’elle avait d’impliquer l’adolescente dans cette histoire.
- Tu vis sur Gran Pulse ! s’exclama Fang, qui se tourna complètement vers elle. Cette nouvelle semblait la ravir, pour une obscure raison. Et tu ne connais pas la fête de Samain ?
- Oh… Hum… Nous ne célébrons pas beaucoup de fêtes au village, à part Noël.
- C’est étonnant, répliqua Fang. C’est pourtant l’une des fêtes les plus importantes.
- Vraiment ?
- Hum… La fête de Samain célèbre le passage de la saison chaude à la saison froide. C’est la transition entre l’été et l’hiver, ni plus ni moins. Mais nous célébrons aussi nos morts. A la nuit tombée, on fait un immense feu de joie au milieu de la place du village. Tout le monde se doit d’y jeter une buche. Il permet à nos proches décédés d’être de nouveau avec nous le temps d’une nuit.
- Comment peut-elle durer aussi longtemps ?

Fang rit et haussa les épaules.

- Ça, c’est parce que pendant la journée, le chef du village redistribue en parts égales aux différents clans les ressources des récoltes pour tenir tout l’hiver. En ce moment, les chasseurs se doivent de ramener le plus de gibier possible pour nourrir les familles. Ceux qui travaillent aux champs doivent s’assurer que les récoltes sont bonnes et conséquentes. Le surplus est ensuite donné à Tipur et Fiona à l’épicerie.
- Qu’est-ce qu’ils en font ?

Fang sourit. Elle semblait irradier de joie. Lightning, quant à elle, avait le sentiment de poser des questions stupides. C’était déroutant d’arriver dans un village et de devoir tout apprendre.

- Ils comptabilisent le surplus et le divisent de nouveau en parts égales. Si une famille vient à manquer de nourriture ou autre au milieu de l’hiver, il est redistribué à ceux qui en font la demande, pour assurer le passage de la saison. Le reste du temps, Tipur et Fiona font des échanges entre les villages.
- Et toute la journée consiste à distribuer les provisions ?
- Non. Il y a un grand banquet. Des combats aussi, révéla Fang.
- Des combats ? répondit Lightning, surprise.
- Oui. Certains chasseurs s’affrontent amicalement ensemble. C’est très différent des combats organisés lors de la fête de la Beltaine, cependant.
- Vous avez beaucoup de fêtes, constata Lightning.
- Non, pas tant que ça, rit Fang. Mais le peu qu’on a, mettent de la vie dans le village. Samain, le mois prochain, énuméra-t-elle, Noël en décembre, puis Beltaine.

Elles se fixèrent et Fang sourit largement. Elle était de toute évidence ravie de pouvoir apprendre les traditions de son village. La fierté qu’il était possible d’entendre dans le son de sa voix n’avait pas de limite. Le cœur de Lightning se serra à l’idée que cette adolescente allait perdre ce à quoi elle tenait le plus au monde.

Elle avait toujours ressentit une peine profonde pour toutes les pertes qu’avait dû endurer son amante, mais c’était encore plus dur d’en avoir conscience en se retrouvant face à la jeune Fang.

- Comme tu l’auras compris, reprit la brune. La Beltaine symbolise le passage de la saison froide à la saison chaude. C’est une fête très agréable, qu’on célèbre avec joie. On n’est jamais sûr de passer l’hiver, surtout quand il est rude, alors arriver enfin au printemps, c’est l’assurance d’avoir passé une année supplémentaire dans ce monde.

Lightning acquiesça et un agréable silence se posa entre elles. Elles restèrent ainsi un moment avant que Fang ne reprenne :

- Nous la célébrons la nuit du dernier jour d’avril. Tu seras peut-être encore là.

Une note d’espoir perçait dans le ton de Fang et Lightning tourna la tête vers elle. En d’autres circonstances, elle aurait énormément apprécié participer à cette fête. Elle aurait voulu vivre parmi eux et en découvrir beaucoup plus, mais dans sa situation actuelle, Lightning espérait de toutes ses forces qu’elle serait rentrée chez elle avant le mois de mai.

L’adolescente dut remarquer le changement dans son attitude, car son sourire s’effaça pour devenir contrit. Les traits de son joli visage, qui gardait encore quelques légères traces enfantines, s’affaissèrent et elle baissa les yeux avant de se détourner.

- C’est vrai que tu as certainement envie de rentrer au plus vite dans ton village, fit-elle doucement. Et au lieu de te laisser rentrer chez toi, mon père et ceux du conseil te gardent prisonnière ici. C’est stupide !
- Non, ils sont prudents, c’est tout.
- Mais tu vis sur Gran Pulse ! protesta Fang. Tu es comme nous !
- Je suis avant tout une cocoonienne, contra Lightning.
- Non !

Le ton fut ferme et coupant, et Lightning redressa la tête vers la jeune fille. Pendant une seconde, elle avait eu l’impression de se retrouver face de la fermeté et de l’intransigeance de sa femme. Pendant une seconde, Lightning avait eu le sentiment de voir la Fang adulte devant elle, et non plus l’adolescente de dix-sept ans. Au fond de cette gamine dormait l’âme de son amante. L’âme de la femme forte et indépendante qu’elle allait devenir.

Lightning haussa un sourcil, et Fang reprit.

- Tu es l’épouse d’un pulsien, fit-elle durement en pointant du menton l’alliance qui brillait à son annulaire.

L’ancienne guerrière posa ses yeux dessus et fit doucement tourner l’anneau autour de son doigt, ses pensées se dirigeant vers Fang et le jour où elles s’étaient unies.

- Tu as lié ton âme à un pulsien, ça fait de toi une pulsienne ! Tu as peut-être les origines de Cocoon, mais tu as l’âme de Gran Pulse en toi maintenant, grâce à ton époux et ta famille.

Une bouffée d’affection envahit Lightning. Elle la sentit grossir dans le creux de son ventre et remonter jusque dans sa poitrine. Elle aimait déjà Fang de tout son être, et elle ne savait pas encore qu’il lui était capable de l’aimer encore plus. De retomber amoureuse d’elle.

Elle n’était pas désespérée au point de reporter ses sentiments sur la jeune Fang, non. C’était seulement qu’au plus profond d’elle, Lightning savait que ces paroles auraient pu être celles de son amante. Qu’elles étaient celles de sa femme. Quand elles s’étaient enfin unies, l’aînée Farron était entrée dans la famille de Fang. Du fait qu’elles se soient liées sous l’oracle d’Oerba, qu’elles aient utilisé la tradition de son clan et non le banal mariage traditionnel, signifiait qu’elle faisait maintenant partie du clan Yun.

Elle portait le nom du clan et grâce à cela, grâce à l’amour qu’elle avait pour Fang, une partie d’elle était effectivement pulsienne. Lightning leva les yeux vers la jeune Fang et comme elle avait tant l’habitude de la faire avec son amante, elle se laissa aller et lui offrit un large sourire heureux et soulagé. Puis sans réfléchit, elle déclara :

- Une pulsienne. C’est une pulsienne… Ma femme.
- Oh…

Les sourcils de Fang se haussèrent hautement sur son front, partant presque se cacher sous sa fine frange. Une seconde après, ses lèvres s’étiraient dans un sourire amusé, tandis que ses yeux se mettaient à briller de malice. Lightning ne savait pas ce qui l’avait poussée à lui révéler une telle chose, mais elle avait besoin que la jeune Fang le sache.

Parce qu’elle respectait sa femme, parce qu’elle l’aimait et qu’il lui était inconcevable que quiconque pense qu’elle était mariée à une autre personne.

- Comment s’appelle-t-elle ? demanda curieusement Fang.

Lightning ouvrit la bouche, et sans pouvoir s’en empêcher, étouffa un rire derrière l’une de ses mains. Cette situation était à la fois surréaliste et cocasse. L’ancienne guerrière fixa ses yeux dans les billes vertes et finit par secouer la tête, amusée.

- Quoi ? fit la plus jeune. Qu’est-ce qu’il y a de drôle ?
- Rien, répondit Lightning.

Elle se racla doucement la gorge et passa sa langue sur les lèvres.

- Elle s’appelle Sunny, confia-t-elle finalement.

La surprise peignit les traits de Fang qui se tourna vers elle, surprise.

- Sunny ? répéta-t-elle.
- Hum… Oui.
- C’est marrant, répliqua Fang. C’est le prénom que mes parents avaient choisi en premier pour moi.

Décidemment, se dit silencieusement Lightning. Ça faisait trois fois qu’elle utilisait ce prénom et à chaque fois, il faisait mouche. Combien y avait-il de chances pour que chaque personne sache d’où il provenait ? D’accord, elle n’avait pas fait preuve de beaucoup d’imagination, mais elle avait été prise de court par la question d’Hagen et elle s’était souvenue d’un jour ou Fang lui avait dévoilé cette anecdote.

Elle qui ne parlait que rarement de sa famille, s’était vaguement ouverte un soir alors qu’elles profitaient d’un coucher de soleil, allongées tout en haut d’une falaise. Lightning avait posé sa tête sur le ventre de Fang et cette dernière s’amusait à glisser ses doigts entre ses mèches roses.

- C’est ironique quand on y pense, avait-elle dit.
- Hum… De quoi ?
- Tu es mon rayon de soleil, Sunshine et ça m’amuse de me dire que mes parents voulaient m’appeler Sunny avant de choisir Fang, avait-elle confessé avec dérision.

Revenant à la réalité, Lightning esquissa un sourire et haussa les épaules. Elle avait choisi le premier prénom qui lui était venu à l’esprit et qui lui rappelait Fang. Elle n’avait pas réfléchit au fait que quelqu’un aurait pu faire le lien, mais en même temps, comment cela pourrait-il être possible ? Qui irait se douter qu’elle avait fait un bond de six cent ans dans le passé, et que sa femme était réellement Fang ?

- Ça doit être très commun comme prénom, dit-elle utilisant le même prétexte dont elle s’était servie auprès de Fergus.
- Autant que Lightning, rit Fang.

L’ancienne guerrière eut un rire jaune et son cœur fit un bond.

- Je plaisante, ajouta Fang.

Lightning inspira profondément, détestant les chutes émotionnelles dont elle était sujette. Peu importe l’âge de Fang ou l’époque, celle-ci était toujours aussi farceuse.

- Sunny n’est pas vraiment courant, mais je suis certaine qu’il doit y en avoir dans d’autres villages. En revanche, je suis certaine que « Lightning », ça ne doit pas courir les rues.
- Peut-être que si, sur Cocoon, répliqua la plus âgée des deux avec un sourire en coin.

Avec amusement, elle vit le visage de Fang se plisser de contrariété.

- Tu as un autre prénom ? finit par demander la brune.

Lightning haussa les épaules et lui offrit un regard conspirateur. Ça n’avait aucune importance, ici, qu’elle s’appelle Lightning ou Claire. Et elle préférait garder une certaine distance entre l’adolescente et elle-même. La Fang adulte connaissait son vrai prénom, mais pour elle, Lightning était avant tout Sunshine, ici, révéler à la jeune Fang une part d’elle que l’ancienne guerrière gardait d’ordinaire secrète, ne ferait que l’enfoncer un peu plus dans la tristesse de sa situation.

Elle devait garder en tête que cette jeune fille n’était pas son amante. L’idée même de s’éloigner de l’adolescente lui frôla l’esprit. Ça serait peut-être préférable pour toutes les deux, mais Lightning jeta un coup d’œil vers la brune et quelque chose dans sa poitrine se serra douloureusement. Elle n’avait personne ici qui lui rappelait réellement la vie qu’elle venait de perdre.

Hagen était gentille et c’était une amie agréable, mais c’était avant tout une nouvelle connaissance. Quant à Vanille, ici, elle n’était qu’une enfant de treize ans. Certes, elle ressemblait beaucoup à la jeune femme que Lightning connaissait maintenant, mais ce n’était pas encore elle. Par contre, en à peine quelques heures, elle découvrait une Fang presque identique à la sienne. Plus jeune, mais toujours aussi malicieuse, fougueuse et intrépide. Lightning avait le sentiment de retrouver un peu de son monde en étant à ses côtés.

- Je finirai par le découvrir, s’exclama de nouveau Fang, la coupant dans ses pensées.
- Peut-être, fit Lightning.

Fang secoua la tête, sans se départir de son sourire.

- Je ne sais pas quelle heure il est, mais tu devrais rentrer, ajouta ensuite l’adolescente. Hagen va s’inquiéter, si elle découvre que tu n’es plus là.

Lightning eut soudainement conscience que ça faisait effectivement un long moment qu’elle était partie maintenant. La guérisseuse devait être réveillée, et ne la voyant pas se présenter au petit déjeuner, elle devait se demander ce qui lui arrivait. L’ancienne guerrière était du genre lève-tôt, surtout ici, et Hagen risquait fort de venir la déloger de son lit si elle pensait qu’elle déprimait de nouveau.

- Tu as raison, répondit-elle en se relevant.

Fang l’imita, époussetant grossièrement les plis de sa robe.

- On fait le bout de chemin ensemble ? demanda-t-elle avec une note d’espoir.

Lightning la fixa longuement avant d’acquiescer enfin. Oui, ce n’était peut-être pas une bonne idée d’établir une certaine relation entre elle, cela la ferait probablement souffrir et personne n’approuverait que Fang passe du temps avec elle, mais Lightning s’en fichait pour l’instant. Elle voulait profiter du bien être qu’arrivait à lui faire ressentir la version plus jeune de son amante et, elle l’avouait, jouir aussi de sa présence.

oOo

Très tôt ce matin-là, alors qu’il faisait encore nuit noire, elle fut réveillée par un hurlement qui lui glaça le sang. Ça arrivait de plus en plus souvent et si Hagen avait encore des doutes quelques jours auparavant, ce n’était maintenant absolument plus le cas.

Deux semaines de suite qu’elle était brutalement tirée de son sommeil par les cris effroyable de Lightning, qui dormait dans la chambre jouxtant la sienne. La première fois, la guérisseuse n’y avait pas vraiment prêté attention.

Un cauchemar, ça peut arriver à tout le monde. Le subconscient est tellement complexe qu’ils peuvent être de toutes sortes sans qu’on comprenne réellement d’où ils proviennent et pourquoi. De plus, entre la phase de sommeil et celle de réveil, on ne contrôle pas vraiment les réflexes, et encore moins ceux de la parole. Hagen avait donc mis ça sur le coup du hasard sans vraiment se rendre compte de qui Lightning appelait dans ses rêves.

Mais les nuits s’étaient succédées et toutes s’étaient déroulées de la même façon. Après trois jours, elle avait prêté plus d’attention à sa nouvelle colocataire et elle avait fini par comprendre. Allongée dans son lit, Hagen avait de nouveau été témoin des tourments cauchemardesque de l’étrangère et elle ne savait pas quoi faire pour l’aider.

Par respect, elle avait décidé de ne pas s’immiscer dans l’intimité de la jeune femme. Elle ne voulait pas que Lightning se sente forcée de lui parler, ni qu’elle ait le sentiment d’être mise au pied du mur, alors Hagen avait fait comme si elle n’entendait rien.

Comme chaque nuit, les cris s’étaient arrêtés aussi vite qu’ils s’étaient fait entendre et le silence était revenu rapidement dans la maison. La fenêtre de sa chambre était ouverte pour profiter des dernières nuits aux températures clémentes que leur accordait ce mois de septembre. Une brise légère s’engouffra par l’encadrement et Hagen porta son regard vers l’extérieur.

La nuit était encore noire, mais elle voyait au loin à l’horizon les tous premiers éclaircissements, signe que l’aube approchait. Hagen soupira et sans vraiment sans rendre compte, elle se rendormit. Quand elle ouvrit de nouveau les yeux, le jour était levé, et une certaine fraicheur la fit frissonner. La nuit suivante, il allait falloir oublier de laisser la fenêtre ouverte.

L’automne avançait à grand pas et Hagen grommela en se tournant dans son lit pour se mettre sur le dos. Elle remonta sa couverture pour couvrir ses bras nus et se motiva silencieusement à sortir du lit. Il devait être sept heures, peut-être huit maintenant, et sa colocataire n’allait surement pas tarder à se lever aussi.

Une longue journée l’attendait, comme toutes dernièrement, à l’approche de la fête de Samain. Hagen devait préparer sa cérémonie, mettre la touche finale à son vêtement, qu’elle avait voulu un peu transformer. Poursuivre les leçons de Vanille, et faire en sorte que Lightning s’intègre au village. Ça, c’était une tâche bien plus ardue.

La jeune femme ne sortait pratiquement pas, et quand elle le faisait, c’était uniquement pour l’accompagner, et il fallait qu’Hagen l’y pousse. La guérisseuse pouvait comprendre Lightning. Il n’était jamais facile d’arriver dans un nouveau village et de devoir se familiariser avec les coutumes et les habitants, surtout quand ceux-ci se montrent hostiles.

Cependant, Hagen était certaine que ses doutes, comme ses hypothèses, étaient fondées, alors ce qu’elle ne comprenait pas, c’était que cette femme semblait ne pas les connaitre. Si comme elle le pensait, la femme de Lightning était bien Fang, comment cela était-il possible ?

Comment Lightning ne pourrait-elle pas tous les connaitre ? Autre question hautement plus importante et qui la turlupinait depuis quelques jours : si cette femme avait réellement fait un bond dans le temps et venait normalement de leur futur, comment cela était-il arrivé ? Et pourquoi ?

Depuis que ses soupçons lui semblaient véridiques, à défaut d’être confirmés par la concernée, Hagen ressentait de plus en plus l’envie de lui poser des questions. D’après elle, ce n’était pas sain pour Lightning de continuer à s’enfermer dans le mutisme et la solitude. Si elle faisait réellement partie de leur famille, elle aurait dû se sentir chez elle ici. Mais c’était loin d’être le cas, au contraire, et Lightning ne faisait pas mine de vouloir se confier.

Hagen se demandait elle-même ce qu’elle devait faire. Elle ne voulait pas prendre l’initiative de discuter de ça avec la jeune femme. Et elle ne voulait pas non plus révéler cette partie de l’intimité de Lightning à Fergus. Comment le père de Fang réagirait en apprenant que ces hypothèses étaient peut-être réellement fondées ? Certainement mal. Il ne prévoyait pas pour son unique fille qu’elle épouse une cocoonienne, peu importe que celle-ci ait été rejetée de Cocoon.

Hagen décida de se lever enfin. Les pieds nus sur le parquet de sa chambre, elle frissonna violement. Elle attrapa une grosse veste en laine qui trainait au bout de son lit et l’enfila rapidement. Pinçant les lèvres, elle se dirigea vers la fenêtre de sa chambre. L’été était définitivement fini, et ça la peina.

Qu’elles épreuves allaient-ils tous endurer pendant cet hiver ? Celui-ci présageait d’être rude et d’après elle, ils avaient tous assez supporté de souffrance. L’année précédente, Hagen avait dû enterrer tout son clan à cause d’une épidémie, elle ne voulait pas voir succomber de nouvelles personnes de sa famille.

Ses yeux tombèrent sur la colline du verger. Elle distingua au loin deux silhouettes qui revenaient tranquillement vers sa demeure. Hagen fronça les sourcils, avant de reconnaitre Lightning, vêtue de sa chemise de nuit, en compagnie de Fang. La guérisseuse ferma ses fenêtres et se détourna avant qu’elles ne la remarquent et traversa son couloir. Elle descendit les trois petites marches qui conduisaient au salon mais le quitta rapidement pour rejoindre la cuisine.

Hagen attrapa un bol dans l’un de ses placards en hauteur, ainsi que la théière, puis mis de l’eau à bouillir sur la chaudière. Elle rêvait déjà d’un bon thé bien chaud à la menthe. De l’autre côté, sur le plan de travail, elle attrapa un pot en ferraille dans lequel elle gardait du café moulu. Hagen l’ouvrit de façon mécanique puis tira à elle sa cafetière rustique.

Elle fourra trois à quatre cuillères à café dans le compartiment pour le café avant de la placer au-dessus du récipient. Elle n’aurait plus qu’à verser l’eau et refermer le tout. La guérisseuse se frotta les mains l’une contre l’autre, attendant patiemment que son eau bout. Une hanche appuyée contre le rebord du plan de travail, elle perdit son regard au travers de la fenêtre de sa cuisine.

Le village était encore calme, mais dans une heure, ça ne serait plus le cas. L’effervescence pour la fête de Samain allait reprendre, chacun retournant à son activité. Les chasseurs allaient repartir dans les plaines en quête de toujours plus de gibier, tandis que ceux des champs allaient récolter assidument ce qu’ils avaient semé.

Du bruit la tira de ses rêveries, lui indiquant que Lightning venait certainement de rentrer. Hagen ne put s’empêcher de pousser de nouveau ses pensées vers la cocoonianne. Dans un coin de son esprit, elle se demanda si cette rencontre avec la jeune Fang était une bonne idée. Depuis que Lightning vivait avec elle et qu’elles passaient tout leur temps ensemble, la guérisseuse avait remarqué à de nombreuses reprises l’attention toute particulière qu’avait la jeune femme aux cheveux roses pour la pulsienne.

Depuis que Lightning était arrivé à Oerba, Fergus avait fait en sorte que Fang reste loin de l’étrangère. Encore plus après qu’Hagen lui ait révélé ses doutes. Pourtant, il aurait dû être le premier à savoir qu’il était très difficile de contenir la fougue de Fang. Quand cette jeune fille voulait quelque chose, elle faisait toujours en sorte de l’obtenir, et Hagen savait combien la fille de Fergus était intriguée par cette nouvelle arrivante.

Malgré tout, Hagen se demandait si c’était une bonne idée que la cocoonienne et Fang se rapprochent. Lightning n’était pas dans son époque ici, et cela pourrait certainement être vu d’un mauvais œil. Une habitante de Cocoon qui arrive sans prévenir et sans aucune explication dans un petit village de Gran Pulse, qui obtient un sursis de la part du chef du village et qui, en plus, va jusqu’à oser se lier d’amitié avec la fille de ce dernier…

- Bonjour.

Hagen se tourna, surprise. Elle n’avait pas entendu Lightning arriver et en dehors de ça, c’était bien la première fois qu’elle entendait dans la voix de cette femme des notes détendues et joyeuses. C’était presque imperceptible, Hagen avait remarqué combien Lightning mettait un point d’honneur à contrôler chacune de ses émotions.

Elle ne laissait jamais rien filtrer, et il fallait s’attarder sur son comportement pour réussir à décrypter ses pensées. La plupart du temps, Hagen devait vraiment s’arrêter et l’analyser aussi discrètement que possible, mais là, ça semblait naturel. La guérisseuse l’observa préparer la table pour le petit déjeuner, faisant plusieurs aller-retour entre la cuisine et le coin salle à manger, déposant pain, beurre, couverts et jus de fruit, comme tous les matins depuis presque trois semaines.

C’était très facile de vivre avec Lightning. Elle n’était pas le genre de personne qui gênait ou qui empiétait sur la vie des autres. En temps ordinaire, Hagen ne l’entendait même pas. Elle était calme et posée, et c’était même plutôt agréable d’être en sa compagnie. Elles avaient passé du temps à discuter ensemble et la guérisseuse avait découvert une femme douce, intelligente, intéressante aussi, et surtout entière, et Hagen l’appréciait de plus en plus. Elle était certaine qu’à l’époque de Lightning, elle était heureuse de la compter parmi les siens.

- Hagen ?

La guérisseuse revint à la réalité et porta un regard interrogateur sur la cocoonienne, qui n’avait pas pris le temps de se changer et était toujours vêtue de sa chemise en coton. Celle-ci fronça légèrement les sourcils, avant de dire :

- L’eau bout.
- Oh ! s’exclama la rousse en se tournant vers la chaudière pour l’éteindre et ôter la casserole.

Elle versa l’eau chaude dans la cafetière et la théière, avant de reposer le récipient d’eau. Avec un torchon dans chaque main, Hagen s’empara des hanses des deux contenants à boisson et se tourna vers Lightning pour la rejoindre. Elle fit fi des regards fixes que la jeune femme aux cheveux roses posait sur elle, et s’assit sur sa chaise une fois qu’elle eut débarrassé ses deux mains prises.

Lightning l’imita calmement, et un silence se posa entre elles, pendant lequel elles profitèrent tranquillement de leur petit déjeuner.

- Est-ce que vous allez bien ? demanda finalement la rosée.

Hagen releva le nez de son bol de thé pour regarder sa nouvelle amie. Elle réprima un soupir. Elle devait faire grise mine pour que Lightning s’inquiète. La rousse continuait de se poser des questions de toutes sortes, ayant l’irrépressible envie de les exprimer à voix haute. Mais en même temps, elle ne pouvait pas s’empêcher de se dire que si Lightning gardait le silence, c’était certainement pour une bonne raison. Mais laquelle ?

Hagen adressa un sourire rassurant à la rosée.

- Bien sûr ! répondit-elle d’une voix enjouée.
- Vous êtes sûre ?
- Combien de fois je t’ai dit de me tutoyer ? éluda Hagen.
- Désolé, grommela Lightning, avant de plonger son nez dans son bol de café.

La guérisseuse laissa échapper un rire léger et secoua la tête, avant de mordre dans une tartine de pain beurrée. Au moins, cela avait eu le mérite de couper court la discussion.

- J’ai fait réserver du tissu auprès de Fiona pour mon habit de cérémonie, pour la fête de Samain, tu crois que tu pourrais aller me le récupérer ?
- Nous pourrions y aller ensemble, répliqua Lightning.
- J’ai quelques consultations ce matin, qui vont me bloquer à la clinique.

Lightning tourna la tête vers elle. Hagen se retrouva face à un visage cristallin, lisse de toutes émotions. Les deux magnifiques prunelles océan ne dégageaient rien, pour ceux qui n’y prêtait pas attention, toutefois, la guérisseuse y décela une pointe d’incertitude et de méfiance.

- Ce n’est peut-être pas une bonne idée que je me promène toute seule dans le village, argua-t-elle calmement.
- Est-ce que tu crains pour ta vie ?
- Pas vraiment, non. Je voudrais juste éviter de créer un esclandre.
- Tout se passera bien, j’en suis certaine ! La plupart des habitants savent maintenant que tu es l’épouse d’une pulsienne. Ils vont avoir un peu de mal au début, mais ils finiront par s’y faire. Et dans une moindre mesure, ils t’apprécieront même, d’ici la fête de Samain, peut-être.

Lightning esquissa un sourire et secoua la tête, son expression impassible se transformant en une note amusée.

- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Hagen, curieuse.
- Rien. J’ai l’impression d’entendre parler quelqu’un d’autre, révéla-t-elle énigmatique.
- Vraiment ? Qui ?

Lightning resta silencieuse un instant, puis haussa les épaules.

- Personne, répondit-elle. Ça n’a pas d’importance.

Elle porta son bol de café à ses lèvres et Hagen l’observa faire sans répliquer. Dans un sens, la guérisseuse était un peu dépitée que son amie ne veuille pas s’ouvrir un peu. Ça ne pouvait pas être si mal, et rien de ce qu’elle pourrait révéler ne la choquerait ou ne la dérangerait, elle en était certaine.

Elle ne comprenait déjà pas pourquoi Lightning ne voulait pas leur dire la vérité. Ce n’était pas comme si la magie n’existait pas. Certes, les voyages à travers le temps n’étaient pas communs. Jouer sur la trame de l’histoire était bien trop dangereux et aucun dieu ne prendrait un risque pareil sans raison. Mais ce n’était pas quelque chose d’impossible ou de surréaliste. Qu’est-ce qui pousserait cette femme à passer cela sous silence ?

- Cette fête de Samain, est-ce que vous… Est-ce que tu penses que je pourrais y aller ? demanda Lightning après un moment de silence.

Hagen esquissa un sourire, ravie que Lightning sorte un peu de son cocon pour s’intéresser à la vie dans le village. Après tout, si par malchance la jeune femme ne trouvait aucune solution pour rentrer chez elle et que sa situation devenait permanente, ce que la guérisseuse n’espérait pas, il valait mieux que Lightning se fasse à sa nouvelle vie.

- Bien sûr ! répondit Hagen d’un ton enthousiaste. Je pense même que c’est une excellente idée. Tu pourras te familiariser un peu plus avec le village et les habitants.

Lightning acquiesça, tout en restant silencieuse.

- Tu verras, nous passons un agréable moment tous ensembles. Samain est une fête agréable à célébrer. On discute, on mange, on boit aussi, beaucoup, rit Hagen.
- J’ai entendu dire que certains combattaient aussi, ajouta Lightning.

Hagen l’observa un sourire au coin des lèvres.

- Oui, fit Hagen, sans se départir de son ton amusé.

Elle ne chercha pas à savoir comment Lightning avait appris ça. Hagen se souvenait avoir vaguement mentionné, avec Vanille, l’approche de leur fête locale célébrée tous les ans à la même date. Mais la cocoonienne n’avait pas fait grand cas de cette révélation. Jusqu’à maintenant, ça n’avait même pas l’air de l’intéresser. Le terme de la fête de Samain ne l’avait même pas interpelée, comme si elle ne connaissait pas cette coutume, ce qui rajoutait quelques questions à celles qui peuplaient déjà son esprit.

Que cela soit la fête de Samain, Noël ou la fête de la Beltaine, chacune de ces célébrations était une tradition sur Oerba depuis l’existence du village. Et Hagen était persuadée que c’était une coutume qui se perpétuerait pendant encore des siècles. Pour elle, c’était le charme et la beauté de leur village, de leur monde. Vivre sur Gran Pulse, c’était vivre de la nature, profiter de ce que la terre offrait et endurer ce qu’elle reprenait. C’était survivre, mais être libre aussi. .

- Que veux-tu, reprit-elle. Les hommes, on ne les tiens plus dès que la liqueur commence à couler à flot. Et vu que Samain célèbre la fin de l’été, autant te dire que tout le monde en profite. Après ça, il va falloir supporter de longs mois d’hiver.
- Est-ce que je peux me rendre utile ? demanda Lightning.

D’un index elle jouait négligemment avec le bout du manche du couteau à beurre, tandis qu’elle se tournait vers elle. Hagen pencha légèrement la tête sur un côté.

- Comment ça, utile ?

Lightning haussa les épaules et finit par croiser ses bras sur le rebord de la table.

- Je me débrouille pour chasser et… Enfin je me disais que je pourrais peut-être me rendre… utile.

Un lourd silence investit la pièce pendant lequel elles réfléchirent, avant que Lightning n’ajoute :

- Mais ce n’était qu’une idée en l’air.

Hagen la fixa. Elle ne put s’empêcher de la détailler des yeux. D’un premier visuel, Lightning était une femme de taille moyenne voir normale. Fine et svelte, elle était tout en grâce. Sa peau aussi pâle que la neige, ses cheveux roses et ses grands yeux d’un bleu glacial lui donnaient plutôt l’apparence d’une statue de cristal. Fragile et intouchable.

Le fait qu’elle lui avoue être plutôt douée pour chasser déroutait un peu Hagen. Certes, la guérisseuse avait remarqué à plusieurs reprises ce même regard froid, déterminé et calculateur qu’elle avait de nombreuses fois vus dans les yeux des guerriers les plus aguerris. Mais Hagen avouait franchement ne pas avoir une seule seconde imaginé cette femme comme un chasseur redoutable.

Tout d’un coup, la guérisseuse eut une nouvelle vision de cette cocoonienne. Elle revit la posture droite, fière et solide. Prête à tout supporter et tout entreprendre. A cette image, elle superposa le regard glacial et impassible à celui intransigeant d’un soldat, et pendant une fraction de seconde, Hagen cru être capable de voir une véritable guerrière derrière le visage angélique que montrait Lightning.

- Tu sais combattre ? demanda nonchalamment Hagen.
- Je me débrouille, oui, répondit Lightning en haussant les épaules.

Hagen acquiesça puis termina son bol de thé, avant que celui-ci ne soit complètement froid.

- Tu as appris sur Cocoon ? Ou depuis que tu es sur Gran Pulse ?

Lightning tourna la tête vers Hagen et elles se fixèrent longuement. Finalement, la rosée détourna le regard et répondit.

- Sur Gran Pulse. Je n’étais qu’une civile sans défense sur Cocoon, c’est ma femme qui m’a appris quelques rudiments pour être capable de me défendre. Certainement au cas où une situation comme celle-ci se produise, vu que je suis de Cocoon.

La guérisseuse inspira profondément et retint un soupir dans le creux de sa gorge. Pour Hagen, cette révélation, bien que réfléchie, semblait bancale. Une autre coquille dans l’histoire parfaitement décrite par Lightning.

La cocoonienne leur avait dit avoir été jetée de Cocoon pour hérésie. Mais est-ce que le gouvernement de Cocoon irait réellement jeter du monde-sphère une simple civile sans défense ? Si la voix de cette dernière n’avait aucun poids pour le peuple de Cocoon, alors les hauts dirigeants n’auraient rien eut à craindre d’elle, normalement.

Si Hagen n’avait pas déjà des doutes sur le fait que Lightning avait plutôt fait un bond dans le temps à la place de sa petite histoire, elle aurait été en droit de se demander si la jeune femme n’avait pas plutôt une autre place au sein de Cocoon.

Il y avait des zones d’ombre dans ce récit. Des ombres qui pourraient la mettre dans une mauvaise situation si Fergus et les autres du conseil se mettaient à douter de la véracité de ses propos. Qu’est-ce qui pourrait les empêcher de croire qu’elle était réellement une soldate de Cocoon envoyée comme espion dans leur village pour mieux les détruire, s’ils apprenaient qu’elle était douée au combat ?

- Peut-être devrais-tu garder ça pour toi et éviter de trop montrer que tu te débrouilles au combat, finit par suggérer gentiment Hagen.

Lightning pinça les lèvres et se contenta d’acquiescer. Hagen ressentit un pincement au cœur. Elle se rendait parfaitement compte que ces paroles donnaient l’impression de freiner cette jeune femme. Peut-être avait-elle réellement d’excellentes capacités qui pourraient leur être utiles et bénéfiques, mais Hagen n’était pas certaine que ça soit une bonne idée de les utiliser maintenant.

Elle posa une main douce et réconfortante sur l’avant-bras de Lightning, attirant son attention sur elle. Les yeux bleus n’étaient pas froids ni distants. Ils n’étaient même pas durs ou colériques. Ils étaient seulement résignés.

- Je t’assure que tu m’es très utile, dit Hagen d’un ton rieur.

Lightning leva brièvement les yeux au ciel et esquissa un sourire en coin. Cela rassura Hagen. Elle vit la cocoonienne frissonner et la rousse se redressa sur sa chaise, ôtant sa main de son bras.

- Tu devrais aller prendre ta douche et enfiler une tenue plus chaude, fit Hagen. Tu vas finir par attraper la mort à te trimballer comme ça, et je crois que j’ai passé assez de temps à te remettre sur pied.

Lightning pouffa discrètement de rire et Hagen se sentie assez fière d’avoir réussi cet exploit.

- Tu as raison, lui répondit-elle. Il commence vraiment à ne pas faire chaud.
- C’est certain ! affirma la guérisseuse. Le mois prochain, oublie l’idée d’aller te trimballer à moitié nue dans les vergers si tu ne veux pas finir gelée sur place. Même si c’est pour aller rejoindre une jolie pulsienne brune aux yeux de chats. Beaucoup trop jeune pour toi, d’ailleurs, ajoute-t-elle, amusée.

Elle vit les pommettes de Lightning se colorer et Hagen se mordit la lèvre inférieure. Malheureusement, elle ne réussit pas à contenir son rire et elle porta sa main devant ses lèvres.

- Allez, file ! finit-elle par s’exclamer. Ça restera entre nous, personne n’en saura rien. Même pas ta femme, j’en suis sûre !

Lightning ne demanda pas son reste et fila à travers le salon, grimpa les trois marches qui menaient au couloir, avant qu’Hagen n’entende la porte de la salle de bain claquer. La guérisseuse rit une fois de plus de bon cœur puis se leva pour débarrasser la table. Elle devait, elle aussi, se préparer pour une nouvelle et longue journée.

oOo

A samedi prochain… Avec aucun retard cette fois, j’espère. Sinon ça sera dimanche.

Chapter Text

Chapitre 13

 

Fang se réveilla en sursaut, la respiration haletante, désorientée et hagarde. Elle se redressa brutalement en position assise, et pendant une seconde elle ne se rappela de rien d’autre que du noir profond qui l’avait engloutie. Puis, les premières images traversèrent son esprit.

Elles furent d’abord floues, avant de se préciser. La hauteur d’une falaise, la dense forêt d’Oerba en contrebas, sous ses pieds nus. Une aube magnifique qui teintait le ciel à l’horizon d’un rose saisissant qui lui rappelait les cheveux de Lightning. Mais pour la première fois depuis le souvenir qu’elle avait eu deux semaines après la disparition de son amante, elle en avait enfin un nouveau.

Et sa femme se tenait à ses côtés, ou plutôt aux côtés de la jeune Fang. Par Etro, Lightning ne portait qu’une simple chemise en coton qui frôlait à peine ses cuisses, dehors, à la vue de tous et surtout à la vue de la jeune adolescente qu’elle était dans cette époque. Mais tout ça ne passa qu’au second plan, au profit de la joie et de l’apaisement à l’idée de savoir que sa compagne allait réellement bien. Parce que c’était une chose de le savoir par Vanille qui avait plus de contact avec elle, que de le voir de ses propres yeux.

Alors que le souvenir s’installait doucement parmi ceux déjà existant, il devint plus net et la conversation que la jeune Fang avait eue avec Lightning se déroula dans son esprit. La colère que Fang avait ressentie envers Ranulf pour avoir fracassé le crâne de sa femme revint au galop et elle serra les poings sur ses cuisses. A une époque, elle aurait compris, elle aussi, la rage de cet homme envers les habitants de Cocoon. Mais aujourd’hui, elle avait évolué, elle avait changé aussi, beaucoup. Et aimant du plus profond de son cœur une cocoonianne, Fang était bien incapable d’être rationnelle et objective face à son geste.

Elle était d’autant plus heureuse de pouvoir constater enfin d’elle-même le rétablissement total de Lightning. Hagen faisait vraiment des merveilles et elle ne la remercierait probablement jamais assez. Quand elle y repensait, toute cette situation était complètement folle. Combien y avait-il de chance pour que son amante atterrisse pile sur Oerba, six cent ans dans le passé ? L’époque même où elle était adolescente et pensait vivre encore des années en harmonie avec les siens. Fang se rendait compte, à présent, qu’elle n’avait jamais vraiment parlé de cette vie-là avec Lightning. Certes, le fait de s’en souvenir lui serrait toujours un peu le cœur, mais au fond d’elle, Fang n’était plus vraiment triste.

Elle avait tiré un trait sur son passé. Ses parents, sa famille, son clan, elle avait parfois quelques regrets par rapport à ça, mais elle se savait en paix maintenant. Fang avait perdu six cent ans de sa vie en étant cristallisée par Etro, mais finalement elle avait combattu et son peuple pouvait reposer en paix lui aussi. Même si tout Cocoon n’était pas responsable des horreurs infligées à son monde, les hauts dirigeants, eux, avaient payé pour leurs forfaits, et chaque famille qui avait dû endurer leur barbarie avait été vengée.

Fang était satisfaite et ça lui suffisait. Elle était aussi fière de ce qu’elle était devenue. De ne pas avoir été aveuglée par la colère, et d’avoir été capable de savoir faire la différence entre les réels coupables et les innocents. Dans un sens, elle pouvait être contente des enseignements que lui avait inculqués son père.

Et dire que cela faisait des années qu’elle s’astreignait à ne pas penser à lui. La dernière fois qu’elle l’avait vu, ils s’étaient disputés et au fond d’elle, même si elle taisait les souvenirs qu’elle avait de lui, Fang regrettait profondément que leur relation en soit arrivée là. Mais elle savait aussi qu’il n’aurait pu en être autrement.

Elle avait particulièrement peur, actuellement, qu’il découvre qui était vraiment Lightning. Dans tous les sens du terme d’ailleurs. Sa femme avait légèrement fait comprendre à la jeune Fang, qu’elle n’était peut-être pas tellement sans défense que ça. Et Fang préférait éviter de penser au sort que lui réserverait son paternel s’il apprenait qu’en plus d’être sa future femme, elle était aussi un ancien soldat de Cocoon.

Même si Lightning faisait partie de la Garde Civile et n’avait rien à voir avec la PISCOM, qui eux, faisaient en sorte de faire prospérer la guerre entre Cocoon et Gran Pulse, pour son père elle ne resterait qu’un soldat. Un tueur de pulsiens qu’il fallait anéantir. Fang eut l’impression qu’une pierre venait de plomber son estomac, et sa poitrine se serra brutalement. Il fallait à tout prix que personne d’Oerba ne découvre le passé militaire de Lightning, sinon il était certain qu’elle allait devenir veuve avant même d’avoir pu profiter de quelques années de mariage avec la femme qu’elle aimait.

Un bruit attira son attention et la fit brutalement revenir à la réalité. Fang cligna des yeux et se rendit enfin compte de l’endroit où elle se trouvait. Une cabane en bois, typique des petits villages de chasseur dans les confins des Terres de Gran Pulse. Fang compris tout de suite que son voyage temporel avait fonctionné, mais elle n’était pas sur Oerba, ça, elle en était certaine.

Sa chambre était rustique. Juste ce qu’il fallait pour vivre correctement sans que cela ne soit non plus le grand confort. Ses yeux se posèrent sur la petite fenêtre à carreaux par laquelle elle constata le temps gris et maussade qu’il faisait à l’extérieur, avant qu’ils ne se posent sur les couvertures en peau de bêtes sur lesquelles elle était couchée. Un autre lit se trouvait en face du sien, vide, et Fang se rappela soudainement que Vanille avait sauté dans le passage et s’était accrochée à elle. Elle allait justement se demander où était passée sa cadette, commençant à s’inquiéter qu’elle se soit perdue dans la trame du temps, avant que la porte en bois massif de la chambre où elle reposait s’ouvre, dévoilant une tignasse rousse et emmêlée.

- Fang ! Tu es réveillée, enfin ! s’exclama Vanille, courant dans la seconde dans sa direction.

Vanille s’assit à ses côtés sur le rebord du lit et la prit dans ses bras.

- Je me suis fait un sang d’encre ! souffla la rouquine dans son oreille. Ça fait trois jours que tu es inconsciente.

Fang écarquilla les yeux et se dégagea de l’étreinte de Vanille.

- Comment ça ? fit-elle, surprise.

Un son de vêtement froissé attira son attention et Fang se rendit compte qu’une autre personne était entrée dans la chambre. Une femme grande, tout en jambes, métisse comme la plupart des peuples de chasseur de Gran Pulse. Brune et de grands yeux noirs expressifs. Son visage bruni par le soleil de l’été, qui venait probablement juste de finir, était plus éloquent que ceux des chasseurs dans son souvenir. Mais ce n’était pas comme si elle pouvait se fier à sa mémoire, qui avait été défaillante pendant longtemps, après son réveil de sa stase de cristal.

La femme lui adressa un sourire rassurant et s’approcha du lit à son tour.

- Bonjour, je m’appelle Lucia. Je suis très contente de vous savoir enfin réveillée.
- Un groupe de chasseur provenant de ce petit village, nous a trouvées inconscientes au bord du fleuve à quelques kilomètres d’ici, dévoila Vanille.
- Si mon frère et mon mari ne vous avez pas trouvées, vous auriez probablement été dévorées par le premier gobelin qui serait passé, ajouta la femme de chasseur. Si je peux me permettre, comment avez-vous atterri si près de notre campement ?

Fang ouvrit la bouche avant de la refermer et de porter son regard sur Vanille.

- Je me suis réveillée seulement ce matin, lui apprit la rouquine, répondant à sa question silencieuse.

Puis la situation lui sauta enfin au visage et Fang repoussa brutalement les couvertures de sur ses jambes, faisant sursauter Vanille qui se releva.

- Mais qu’est-ce qui te prend ? demanda-t-elle.
- Ça fait trois jours qu’on dort ! s’écria Fang en bondissant sur ses pieds.

Elle tangua un peu sur place, la tête lui tournant brièvement, avant qu’elle ne se stabilise.

- Il faut… Il faut qu’on reprenne notre route ! Et le plus rapidement possible !
- Vous êtes des voyageuses ? demanda Lucia, qui s’était décalée en retrait, les observant à tour de rôle.

Fang ne répondit pas et descendit plutôt son regard sur son corps, alors qu’elle frissonnait de froid pour constater qu’en dehors de ses sous-vêtements, elle ne portait rien. Elle scanna la chambre des yeux, trouvant avec soulagement le reste de ses vêtements au bout du lit. Elle s’empara de son short noir, qu’elle enfila avant de boutonner rapidement les trois boutons qui servaient de fermeture.

- J’ai rajouté des bas et un chandail en laine à votre tenue, intervint Lucia. Pour supporter l’arrivée de l’hiver.

Fang porta ses yeux dans ceux de la femme qui leur avait offert un abri à elle et Vanille. Puis elle porta de nouveau son attention sur ses vêtements, découvrant effectivement les accessoires supplémentaires. Elle attrapa le chandail qu’elle enfila par-dessus son débardeur noir avant de s’asseoir pour mettre les bas.

Elle les déroula calmement jusqu’à mi-cuisse, constatant qu’ils baillaient un peu et qu’ils ne venaient certainement pas d’être tricotés. Après un coup d’œil vers Vanille, Fang s’aperçut qu’elle aussi, elle avait eu droit à un prêt de vêtements chauds pour endurer la rude saison froide de Gran Pulse.

- Merci beaucoup, finit-elle par déclarer à l’attention de Lucia.
- De rien, répondit-elle. Je ne vous apprends pas que l’hiver est rude par ici. Vous vous êtes laissées surprendre par la saison ? demanda-t-elle.
- Oui, en quelque sorte, répliqua Fang. Nous devons reprendre la route tout de suite !
- Pour aller où ? questionna la grande brune.
- Au village d’Oerba.

Lucia pinça les lèvres, affichant un air désolé.

- Je ne suis pas certaine que ça soit une bonne idée, fit-elle d’une voix contrite.

Fang jeta un coup d’œil vers Vanille, qui secoua la tête en haussant les épaules.

- Pourquoi ça ? questionna-t-elle, alors qu’elle fermait la dernière sangle de ses bottes, qu’elle venait d’enfiler.

Elle n’appréciait pas vraiment que quelqu’un qu’elle ne connaissait même pas se permette de lui dire ce qu’elle devait faire alors qu’elle avait un but bien précis en tête.

- Nous sommes en plein automne, répondit Lucia. Dans quelques semaines, nous célèbrerons la fête de Samain et l’Hiver arrivera presque aussitôt. Prendre la route maintenant, toutes seules et sans protections, serait imprudent, pour ne pas dire stupide. Surtout pour entreprendre un voyage aussi long.

Fang tiqua et fronça les sourcils.

- Comment ça, aussi long ? interrogea Vanille en s’approchant.
- En plein été, le village d’Oerba est déjà à un mois de route et à dos de chocobos, révéla Lucia comme si c’était évident. Alors en plein hiver... Le temps est déjà en train de se dégrader. Dans une semaine, il pleuvra des cordes jour et nuit et ce n’est certainement pas l’idéal pour un voyage.
- Peu importe ! contra Fang en se plaçant aux côtés de Vanille. On est capables de s’en sortir !
- Je n’en doute pas, mais même le plus aguerris des chasseurs ne se risquerait pas à prendre la route en cette saison. C’est plus prudent d’attendre le printemps prochain.

Fang secoua violemment la tête et fit un pas vers Lucia. La grande brune inspira profondément et fixa Fang dans les yeux. De pulsienne à pulsienne. Il n’y avait pas de crainte dans le regard noir et à la place de la considération qu’elle avait vu un peu plus tôt, une lueur de méfiance brilla au fond des prunelles onyx.

Fang s’arrêta juste devant elle et se maitrisa pour éviter de paraitre menaçante. La dernière chose qu’elle voulait, c’était de se faire des ennemis inutiles. Encore moins des ennemis qui lui avaient rendu service en la sauvant.

- Je ne peux pas me permettre d’attendre, fit-elle, le plus gentiment possible.
- Je comprends que vous vouliez rentrer dans votre village, surtout pour l’hiver, mais…
- Ce n’est pas ça ! coupa brutalement Fang.

Lucia fronça les sourcils et redressa la tête. Fang soupira et se détourna d’elle pour se diriger vers la fenêtre.

- Ce qu’elle veut dire, reprit Vanille à sa place. C’est que ça fait très longtemps que nous sommes parties. Trop longtemps…
- Ma femme pense certainement que je suis morte maintenant, s’exclama Fang, le regard rivé par la fenêtre.

Elle soupira de nouveau. Lucia avait raison, elle en était consciente. A l’extérieur, le temps était déjà plus que mauvais. Des rafales de vent s’engouffraient dans les branches des arbres. Les nuages étaient chargés de pluie et d’orage. Ce n’était pas encore le froid mordant de l’hiver, certes, mais prendre la route avec la tempête qui les menaçait serait carrément suicidaire. Et Fang rongeait sa colère et sa frustration.

Cette maudite Etro lui avait affirmé l’envoyer auprès de Lightning. Mais si la déesse avait réussi à lui faire faire un bond temporel pour qu’elle arrive directement six cent ans dans le passé, au lieu de la faire rebondir de siècles en siècles, elle n’était cependant pas arrivé à l’endroit exacte qu’elle espérait. Non, Fang était à des centaines de kilomètre de son amante et d’Oerba.

Un mois de route en plein été et à dos de chocobos. Et encore, ça, c’était si le voyage se déroulait sans embûche, ce qui était très rare. Elle devait certainement se trouver très loin dans l’étendue centrale des Steppes, au vu du décor extérieur. Et un mois de voyage pour aller jusqu’à Oerba, c’était plutôt généreux. Pour pouvoir faire la route sans s’épuiser, Fang aurait presque rajoutée un mois de plus, parce qu’il était inévitable de devoir finir le voyage en marchant à pied. Si cela n’arrivait pas déjà à cause d’une créature qui les attaqueraient. Et puis, il fallait aussi prendre en compte les temps de repos, autant pour les voyageurs que pour leurs montures, et éviter de se fatiguer stupidement.

- Je suis vraiment désolée, fit Lucia, la tirant de ses pensées. Mais je suis certaine que votre femme préférerait que vous attendiez un temps plus clément pour la rejoindre, plutôt que de prendre le risque de vraiment vous perdre lors du trajet.

Un silence s’installa dans la chambre avant d’être rompu par Vanille.

- Elle a raison.

Fang soupira lourdement une fois de plus et croisa les bras sous sa poitrine.

- Je sais, fit-elle en se retournant.

Lucia lui adressa un sourire réconfortant et acquiesça.

- En attendant, mon humble demeure est aussi la vôtre pendant tout votre séjour parmi nous, si vous l’acceptez.

Fang et Vanille se regardèrent. La brune décela une lueur éclatante dans les lagons de sa cadette. Au fond d’elle, Fang savait que ce n’était pas une bonne idée que Vanille soit venue avec elle. Fang savait qu’elle pourrait gérer la situation. Elle ne serait pas à l’abri de la peine une fois qu’elle se retrouverait devant son peuple, mais elle saurait faire face parce qu’elle avait un seul et unique but. Retrouver Lightning, la ramener à la maison et faire en sorte de réaliser l’avenir qu’elles s’étaient promis d’avoir.

Vanille avait Hope, qu’elle aimait profondément. Elle avait aussi Serah, qui était devenue l’amie la plus fidèle qu’elle avait toujours rêvé d’avoir. Mais Vanille ne s’était jamais vraiment remise de l’horreur de la guerre qui lui avait pris tout ce à quoi elle tenait le plus au monde. Aujourd’hui, Fang était tout ce qu’il lui restait de sa vie et de ses souvenirs à Oerba.

Même si elles n’en parlaient presque jamais, Vanille savait qu’il y avait encore quelqu’un en dehors d’elle-même, pour se rappeler de la beauté de l’océan, peu importe la saison. De l’odeur de la forêt qui bordait le village ou celle des champs. Du goût de la nourriture ou des couleurs. Il y avait encore quelqu’un avec elle pour se souvenir de la beauté de leur monde à une époque révolue et détruite. Fang savait tout ça, alors elle ne pouvait s’empêcher de se demander comment Vanille arriverait à supporter de revoir Gran Pulse, de revoir Oerba aussi vivant que dans son enfance.

Au fond d’elle, Fang regrettait un peu de ne pas endurer cette nouvelle épreuve toute seule. Cela aurait été beaucoup plus simple. Mais d’un autre côté, Fang savait qu’elle se serait sentie probablement très seule et perdue sans sa cadette.

Depuis qu’elles étaient gamines, la rouquine était toujours dans son ombre, dès qu’elle en avait besoin. Elle avait fini par prendre ses distances quand Light était rentrée dans sa vie et qu’elle-même avait entrepris une relation avec Hope, mais Fang savait que quoiqu’il arrive, Vanille n’était pas très loin. La preuve en était, encore une fois, la rouquine avait été incapable de la laisser partir seule.

- Merci, Lucia, finit par répondre Fang. C’est avec plaisir qu’on accepte.

Autant profiter de ce qui leur était offert et prendre le temps de se reposer, parce que dès que le temps le permettrait, elle était bien décidée à prendre la route aussitôt. Fang vit le sourire et le soulagement de Vanille à ses côtés, ainsi que celui de leur hôte.

- Mais j’aimerais partir dès que le temps se montrera plus clément. Peu importe que l’hiver ou les pluies soient fini ou pas.

Lucia acquiesça. Son visage avait retrouvé un air plus jovial et elle lui adressa un sourire.

- Vous pourrez en parler avec mon frère et mon mari, je suis certaine qu’ils se feront un plaisir de vous aider.
- Vraiment ? demanda Vanille avec enthousiasme.

Lucia acquiesça de nouveau et leur montra la porte de la chambre.

- Mais si vous voulez, vous pouvez me suivre et me tenir compagnie pendant que je prépare le dîner. Nous pourrons continuer d’en discuter, qu’est-ce que vous en dites ?

Vanille se tourna vers elle, comme le regard de la grande brune. Fang aurait volontiers préféré rester seule à ruminer, mais elle n’eut pas le cœur de décevoir sa cadette et encore moins de se montrer impolie.

- On vous suit, répondit-elle, forçant un sourire.

Elles quittèrent rapidement la chambre pour traverser un couloir en bois, où une seule autre pièce était visible. Surement la chambre du couple à qui appartenait cette hutte. Elles passèrent chacune leur tour sous les pans d’une toile de jute qui séparait les chambres d’une spacieuse pièce à vivre où la cuisine, la salle à manger et le salon étaient réunis. Lucia se dirigea aussitôt vers la cheminée, qui flambait d’un feu doux et faisait chauffer une marmite en fonte. Elle attisa doucement le feu avant de soulever le couvercle de la marmite à l’aide d’un torchon. Vanille se précipita pour l’aider et Lucia la remercia d’un sourire avant d’attraper la louche suspendue à côté de sa tête. Elle remua sa mixture, qui embauma la pièce d’une agréable odeur qui donna terriblement faim à Fang.

Une fois qu’elle eut terminé, Lucia remis sa louche en place et referma le couvercle de la marmite, avant de se tourner vers elle. Fang avait la désagréable impression de ne pas être à sa place et ça faisait des années qu’elle n’avait pas eu ce sentiment. La grande brune leur montra le coin salon et les fauteuils, leur faisant comprendre de la suivre. Vanille ne chercha pas à tergiverser, tandis que Fang était encore légèrement hésitante.

Cependant, elle imita Lucia et Vanille et s’assit à son tour dans l’un des fauteuils, ses yeux remarquant vaguement que le soir commençait à tomber à l’extérieur, malgré la grisaille des nuages et des pluies.

- Je ne suis pas mécontente d’avoir un peu de compagnie par ce temps, s’exclama Lucia d’un ton joyeux. Le village est calme, dernièrement. Nous sommes presque en octobre, les pluies de saisons on commencées et quand tout le monde ne reste pas au chaud, ils se préparent tous pour la fête de Samain.
- J’ai toujours adoré cette fête, répondit Vanille. Sur Oerba, on fait brûler un immense feu de joie dans lequel chacun se doit de lancer sa propre buche. Vous faites pareil ?

Fang préféra rester silencieuse, écoutant tranquillement les deux femmes discuter de cette fête locale dans tous les villages de Gran Pulse. Elle se rendit compte que bien qu’ils vivent tous de nouveau dans ce monde qu’était le leur, Fang et Vanille n’avait pas parlé de leurs anciennes coutumes. Pas une seule fois elles n’avaient mentionné la fête de Samain et celle de la Beltaine, se contentant du banal Halloween, dont Serah et Lebreau leur avait expliqué la tradition.

Probablement aurait-elle pu se donner la peine de reprendre l’héritage de leur peuple, mais ça ne lui avait jamais traversé l’esprit jusqu’à présent. Quant à Vanille, elle était restée bien silencieuse sur la question, certainement pour éviter d’ennuyer les autres, ou simplement par souci d’intégration.

Après la chute de Cocoon et une fois qu’ils furent installés sur ce magnifique petit bout de terre côtier qu’ils avaient dénichés, tout le monde s’était mis à la lourde tâche de construire à la force de leur bras un nouveau village. Par la suite, leur groupe, qui se devait d’explorer les environs pour sécuriser leur habitat, avait découvert qu’une certaine civilisation devait encore vivre sur ces Terres Sauvages, peu de temps auparavant. Des habitations rustiques étaient en bon état et entretenues, signent qu’elles étaient habitées, mais ils n’avaient pas trouvé âme qui vive. Alors Fang et Vanille restaient les seules vraies pulsiennes qui étaient encore de ce monde et étant entouré uniquement de cocooniens, Vanille et elle n’avait pas voulu se sentir rejetée en désirant reproduire les traditions de leur enfance.

Peut-être que c’était dommage, finalement. Fang était dubitative. Certes, étant gamine, elle aussi elle adorait ses fêtes qui faisaient rêver son âme d’enfant. Ces fêtes qui, bien que simplistes, étaient avant tout synonyme d’espoir. Maintenant qu’elle était adulte et qu’elle avait un regard plus arrêté, elle comprenait la pensée profonde que son peuple voulait faire perdurer et inculquer à leurs enfants.

La fête de Samain, c’était avant tout du partage, de l’écoute, de l’attention et de l’affection. On ne jetait pas une buche dans les flammes du feu de joie uniquement pour montrer qu’on pense encore aux proches disparus. Non, on jetait une buche dans les flammes pour montrer qu’on les aime toujours et que même si les années passent, ils sont toujours là, à nos côtés et qu’un jour prochain, on les retrouvera, peu importe l’endroit où ils se trouvent. C’était de belles traditions, qui avaient une histoire et une raison d’exister.

- Vous venez d’Oerba ? De quel clans faites-vous partie ?

La question la tira brutalement de ses rêveries et Fang tourna la tête vers Lucia. Celle-ci l’observait attentivement et, pendant une seconde, Fang se demanda ce qu’il fallait qu’elle réponde. Elle jeta un rapide coup d’œil vers Vanille, ne voulant pas paraître trop suspecte. Puis quelque chose lui revint soudainement à l’esprit.

- Oui, répondit-elle. Désolée, nous ne nous sommes pas présentées tout à l’heure.

Fang désigna Vanille du menton et déclara ensuite :

- Elle, c’est Oerba Yun Vanille, ma sœur cadette. Ma famille l’a adoptée à sa naissance alors que sa mère décédait en couche.
- Oui, fit Vanille, jouant le jeu, au plus grand soulagement de Fang malgré les gros yeux qu’elle lui avait fait. Je n’ai jamais connu mon père. On m’a raconté plus tard qu’il était mort lors d’un accident de chasse, cru-t-elle bon de rajouter de façon tragique.

Fang se retint de se cacher derrière l’une de ses mains et elle espéra que cette comédie ne semblait pas trop suspecte. Vanille haussa les épaules dans sa direction, arborant un air fataliste qui, à la plus grande surprise de Fang, lui allait plutôt bien. Elle s’empêcha de rire et secoua la tête en pinçant les lèvres.

- Oui, c’était tragique, fit Fang. On a que quatre ans de différence et je ne m’en rappelle pas vraiment, mais mes parents étant amis avec les siens, ça leur a paru normal.

Lucia acquiesça, adressant à Vanille un sourire et un regard ou se mélangeait la peine et la compassion. C’était monnaie courant dans leur monde et à leur époque. Il y avait plus de morts à la chasse et en couches que de morts naturelles. Mais à cet instant, Fang remarqua les regrets dans les lagons de sa cadette. La rouquine venait de prendre conscience qu’elle mentait ouvertement à une sœur de Gran Pulse. Une sœur qui les avait sauvées et aidées.

Fang inspira profondément et voulu étouffer dans l’œuf ses remords, de peur qu’elle ruine la confiance qu’avait déjà Lucia en elles. Elle fut cependant devancée par cette dernière, qui voulait déjà en savoir plus.

- Vous êtes aussi du clan Yun, n’est-ce pas ? demanda-t-elle avec assurance.

Fang haussa les sourcils de surprise. Lucia esquissa un sourire en coin, une lueur brillant au fond de ses prunelles noires. Une lueur qui mettait Fang en garde. Elle n’était pas dupe et stupide. Même si elle vivait dans un tout petit village reculé, elle connaissait les clans de Gran Pulse.

- Notre village est petit, révéla-t-elle tranquillement, mais nous avons établi un commerce entre lui et Oerba depuis quelques années déjà. Nous leur fournissons ce qui provient des Terres sauvages et, en échange, nous avons des fruits et des légumes en nombre pour tenir l’hiver et palier au fait que nos champs ne sont pas cultivables.

Lucia soupira doucement, étirant son dos, avant de s’installer un peu mieux dans son fauteuil.

- Le peu que nous ayons, reprit-elle, finit inévitablement inondé et gelé. Ils redeviennent praticables à peine un mois avant que la saison froide ne revienne, et c’est loin d’être suffisant pour que nous puissions faire pousser quoique ce soit. Mon mari et mon frère ont alors eu la bonne idée d’établir un échange de bon procédé entre nos deux villages, et ils ont eu plusieurs fois affaire au clan Yun. Ils me les ont décrits physiquement comme des personnes exotiques, au teint halé, aux cheveux noirs et sauvages et aux yeux d’un vert saisissant. Alors quand vous m’avez dit vouloir aller à Oerba…

Fang acquiesça. La voilà bien, se dit-elle. Certes, cela lui avait au moins permis de ne pas commettre d’imprudence. Elle n’était pas stupide au point d’avoir oublié combien les clans d’Oerba était connus et réputés. Après tout, son ancien village était le plus prospère de Gran Pulse, alors ne parlons pas de son chef, Oerba Yun Fergus et de sa famille.

Valait mieux pour elle qu’elle se fasse passer pour une parente du clan Yun, plutôt que pour la personne qu’elle était vraiment. Oerba Yun Fang, qui ici, n’était qu’une gamine de dix-sept ans. Une adolescente qui semblait déjà faire du charme à sa femme.

- Je suis bien une Yun, déclara-t-elle le plus naturellement possible. Oerba Yun Sunny.

Du coin de l’œil, Fang vit Vanille se figer et écarquiller les yeux d’incrédulité. Elle ignora sa cadette, focalisant toute son attention sur Lucia. Fang se souvenait de la fois où elle avait révélé à son amante que ses parents avaient hésité à l’appeler ainsi. Lightning avait elle-même choisi d’utiliser ce prénom pour la désigner, certainement prise au dépourvu par quelqu’un qui lui avait demandé comment s’appelait son épouse et de quel village elle venait.

Mais si cela était un pari risqué sur Oerba, ce n’était certainement pas le cas dans ce petit village perdu au milieu de l’étendue centrale des Steppes d’Archylte. Lucia disait connaître l’apparence physique du clan, mais les Yun étaient nombreux et il était impossible qu’elle connaisse le nom de chacun.

- Sunny ? fit Lucia. C’est très joli. Tes parents devaient être heureux de ta venue.

Fang haussa les sourcils, détournant la tête. Elle se contenta de pincer les lèvres et de vaguement acquiescer, préférant éviter, pour l’instant, de partir sur le sujet de ses parents. Dans un coin de son esprit, elle pensa que, oui, ses parents devaient être heureux le jour de sa naissance, mais l’avis de son père avait dû beaucoup changer, après dix-sept ans.

La porte d’entrée de la maison s’ouvrit brutalement, tirant Fang de ses pensées et faisant pénétrer un courant d’air froid à l’intérieur. Fang frissonna. Elle était tout de suite beaucoup plus reconnaissante envers Lucia de lui avoir prêté bas et chandail en laine pour lui tenir chaud.

Deux grands hommes, d’une carrure étroite et massive, passèrent chacun leur tour par l’encadrement, avant de refermer le battant derrière eux. Lucia se leva aussitôt et se dirigea vers eux d’un pas rapide.

- Brrr… fit l’un d’eux. Il fait de plus en plus froid et les pluies sont glaçantes !
- Ouais ! Bientôt nous aurons totalement les pieds dans l’eau, râla l’autre.

Fang et Vanille se concertèrent du regard avant de se lever à leur tour pour se montrer. Les deux hommes se tournèrent vers elles et se figèrent une seconde en les découvrant.

- Nos invitées se sont enfin réveillées, mentionna inutilement Lucia.

Les visages burinés des hommes prirent un air accueillant et jovial, faisant soupirer intérieurement Fang de soulagement. L’un était aussi brun que Lucia, arborant le même teint chocolat et les mêmes prunelles noires. Fang en déduisit tout de suite que cela devait être le frère de la femme, tandis que l’autre à la peau légèrement plus claire, aux cheveux roux et aux yeux couleurs de boue, devait être le mari.

- Elles viennent d’Oerba, ajouta Lucia. Sunny et Vanille du clan Yun, les présenta-t-elle chacune leur tour.

Fang et Vanille esquissèrent un rapide salut de la tête alors que les deux hommes survolaient des yeux Fang avant de s’arrêter plus longuement sur sa cadette. Ils la fixaient de façon sceptique, et Fang crut bon de préciser :

- Mes parents l’ont adoptée à sa naissance et lui ont donné le nom du clan.

Un éclair de compréhension passa sur leur visage et ils acquiescèrent.

- Et voilà mon frère aîné et mon mari, Briac et Gildas, reprit Lucia, leur présentant maintenant sa famille.

Le frère aîné en question s’approcha d’elles, un grand sourire éclairant son visage aux traits marqués et épais. Il avait tout du lourd chasseur aguerrit. Gildas, lui, alla embrasser tendrement sa femme après une longue journée d’absence, ce qui donnait un étrange contraste avec sa carrure d’ours.

- Nous sommes rassurés de vous savoir en pleine forme, fit Briac d’une voix de baryton qui ne surprit pas vraiment Fang. Comment avez-vous atterri au bord de ce fleuve ?
- Vous auriez pu vous faire dévorer par la première créature qui serait passée si on ne vous avait pas trouvées à temps, ajouta Gildas.

Celui-ci avait une voix moins rauque. Plus douce et chaude, sans pour autant perdre de sa masculinité. Briac les fixait gentiment, semblant ravi d’avoir de la compagnie en dehors de sa sœur et de son beau-frère.

Malgré le sentiment de malaise qu’elle ressentait, Fang pouvait le comprendre. Dans un si petit village, les familles vivaient généralement toutes ensembles pour se préserver, et cela pouvait parfois être lourd comme situation. A Oerba, chaque famille avait sa maison, permettant une plus grande intimité, et même si les clans étaient regroupés par secteur, cela restait beaucoup plus agréable.

Pour Fang et Vanille qui avaient toujours eu l’habitude d’être indépendantes, vivre ainsi deviendrait probablement très vite contraignant. Pourtant, elles venaient de Gran Pulse. Alors Fang préférait ne pas imaginer Lightning dans ces circonstances.

Si son amante accepterait sans regimber de vivre sous le même toit que Serah, et peut-être Vanille dans une moindre mesure, elle finirait en revanche par tuer Snow. Même si elle appréciait maintenant ce grand idiot peroxydé, quoiqu’elle puisse en dire, Lightning ne supporterait jamais de vivre continuellement avec lui.

Et puis, Fang avouait quand même aimer leur petit confort personnel. Elle aussi, elle aurait dû mal à gérer que quelqu’un d’autre vienne s’immiscer dans leur cocon. Elle avait toujours applaudi et respecter la capacité des chasseurs des Terres Sauvages à vivre ainsi. Elle adressa un léger sourire en coin à Briac, répondant :

- Ça fait des mois que nous sommes sur les routes, ma sœur et moi. Et… Nous nous sommes bêtement laissées surprendre par l’arrivée soudaine du mauvais temps.
- Oui, renchérit Vanille. On était tellement pressées de rentrer chez nous, qu’on a pas fait attention.
- C’était vraiment stupide, ajouta Fang pour enfoncer définitivement le clou de leur histoire.
- Ça aurait pu arriver au meilleur d’entre nous, rassura gentiment Gildas.

Fang acquiesça, affichant un air qu’elle espérait peiné, alors que Vanille attrapait sa main dans la sienne.

- Si nous passions à table ! s’exclama Lucia, quittant les bras de son mari pour se diriger vers la cheminée ou reposait la marmité sur un feu ronronnant. Le dîner est prêt et n’attend plus que nous.
- C’est une excellente idée ! s’enthousiasma Briac. On meurt de faim ! N’est-ce pas Gildas ?
- Pour sûr, mon frère !

Le frère se dirigea justement vers l’immense et unique placard de la pièce à vivre et en sortit assiettes, couverts et gobelets d’eau. Gildas, quant à lui, s’occupa d’attraper le pain, le fromage ainsi que le pichet d’eau et celui de vin.

Fang et Vanille restèrent en retrait, observant cette petite famille fourmiller tranquillement dans les rouages de la routine. C’était harmonieux, chacun ayant une place et un rôle spécifique, qu’ils s’attelaient tous à respecter pour le bon fonctionnement de la maison.

- Venez vous mettre à table, encouragea Lucia en les voyant prostrées au milieu du salon.

Elle pointa du menton les deux chaises vides, ajoutant :

- Vous devez mourir de faim vous aussi. Vous n’aviez rien sur vous quand ils vous ont trouvés, même pas un petit sac de vivres.
- Le peu qui leur restait a dû être perdu ou dévoré par les petites créatures qui sont trop peureuses pour s’attaquer à une proie plus grosse qu’elles, tant qu’elles ne sont pas certaines qu’elle soit vraiment morte, expliqua Gildas.
- Oui, approuva Fang. De vrais charognards. Vraiment… Merci beaucoup de nous avoir sauvées.

Elle s’assit sur la chaise en face de l’homme, imitée par Vanille à ses côtés.

- De rien, répondit Briac, prenant place en face d’elles. Nous sommes toujours prêts à aider les nôtres.
- Vous auriez été de Cocoon, nous vous aurions simplement égorgées pendant que vous étiez inconscientes, rit Gildas en s’asseyant à son tour en bout de table.

Fang échangea un coup d’œil avec Vanille avant d’esquisser un sourire qu’elle espérait convainquant.

- Quelle chance avons-nous alors d’être de vraies pulsiennes ! Les cocooniens n’ont qu’a bien se tenir !

Les deux hommes rirent de bon cœur, tandis que le chef de famille les servait en vin. Fang s’empara de son verre et porta un rapide toast avec Gildas et Briac, avant d’avaler une bonne gorgée de sa boisson.

Vanille préférait rester silencieuse. Quant à Fang, malgré tous les reproches qu’elle lui avait fait, elle ne pouvait que remercier Etro de toutes ses forces que cette dernière ait mis toute l’énergie qu’elle possédait pour envoyer Lightning à Oerba plutôt que dans n’importe quel autre petit village de Gran Pulse.

Là-bas, bien que sa situation soit précaire, elle était en sécurité, sous la protection d’Hagen. Ici, elle aurait été tuée sans états d’âme. Fang aurait perdu son amante et Bhunivelze aurait eu ce qu’il voulait.

Quand elle alla se coucher un peu plus tard ce soir-là, alors que Vanille ronflait déjà dans son lit, Fang, elle, se demanda une dernière fois dans quel pétrin elles venaient de fourrer. Lightning s’était carrément mise un dieu à dos au point que celui-ci veuille se venger d’elle. Une guerre se préparait justement entre ce dieu et la déesse de la mort et elles étaient toutes les trois perdues sur la trame de l’histoire, bloquées dans un passé de six cent ans, et la fin de cette histoire lui semblait vraiment incertaine.

Cette fois, Fang n’était pas optimiste face à son destin. Elle doutait sérieusement d’avoir de nouveau la chance de s’en sortir vivante, mais alors qu’elle se tournait sur le côté et que les premières pluies d’automnes tombaient drues sur le toit au-dessus de leur tête, elle se dit qu’elle n’en avait rien à faire. Son unique but était de réussir à sauver Light et la ramener à la maison. Ensuite, elle pourrait bien rejoindre Etro au Valhalla s’il le fallait, cela lui était égal. C’est sur cette dernière pensée que Fang s’endormit, espérant revoir son amante dans un rêve ou un souvenir.

oOo

Près de deux semaines après sa conversation avec Hagen, Lightning se retrouvait toute seule pour la première fois à arpenter le sol d’Oerba depuis qu’elle avait atterri dans cette époque. Elle se souvenait du jour où elle avait mis les pieds dans ce village, six cent ans plus tard.

C’était alors une terre désolée. Des bâtiments abandonnés depuis des siècles, en ruine. La nature avait repris ses droits, les racines des arbres s’étendant jusqu’aux fondations des maisons, poussant à l’intérieur. Une ville fantôme, recouverte de poussières de cristal, imprégnée encore des hurlements des villageois alors qu’ils étaient terrassés par la guerre.

Alors qu’elle marchait tranquillement sur le sol meuble des chemins, Lightning avait l’impression que le village d’Oerba qu’elle avait vu il y a sept ans de ça, à son époque, se superposait à l’image vivante dont elle faisait partie aujourd’hui. Ça avait quelque chose de déroutant et en même temps d’extraordinaire de voir le village natal de son amante plein de vie et d’harmonie, comme le lui avait décrit Vanille.

Hagen lui avait gentiment demandé si elle voulait bien aller à l’épicerie lui chercher quelques courses, notamment du nécessaire à soin. Lightning n’avait pas eu le cœur de refuser et avait accepté. Elle était alors sortie de la maison la tête haute, arborant autant de dignité qu’elle pouvait.

Elle ne voulait pas que les villageois pensent qu’elle se cachait dans les jupes d’Hagen comme une horrible coupable. Et elle voulait encore moins qu’ils pensent qu’elle avait peur ou qu’elle avait quelque chose à se reprocher. Un vent froid s’engouffra dans les pans de ses vêtements, et Lightning frissonna malgré le fait qu’elle ait troqué la robe d’été que lui avait prêtée Hagen, par celle d’hiver.

D’épais bas en laine montaient jusqu’à ses cuisses pour lui tenir chaud, en plus du jupon en dessous de la longue robe en coton à manches longues qu’elle portait. Le laçage de son corsage croisait devant, mettait en valeur son buste étroit et sa poitrine. Lightning n’aurait jamais pensé devoir un jour porter un tel accoutrement, mais elle était arrivée ici dans sa robe de mariée, qu’il lui était impossible de remettre. D’une part, parce que ce n’était absolument pas une tenue adaptée pour l’environnement et la saison, et d’une autre, parce qu’en plus de ça, elle était complètement fichue.

Quand Hagen était venue lui apporter les deux robes qu’elle lui prêtait, elle lui avait aussi tendu les restes de sa tenue de cérémonie, sale et entièrement déchirée. Lightning en avait été terriblement triste et déçue. Une fois qu’elle s’en fut délicatement emparée, elle avait mis un temps considérable à réaliser que le seul souvenir tangible qu’elle pouvait garder de son mariage avec Fang était détruit.

Elle leva une main et effleura la base de son cou. Fang lui avait offert son collier juste après leur cérémonie. Elle lui avait fait assez confiance pour lui confier, et Lightning ne l’avait porté que quelques heures. Pourtant, elle ressentait le manque du poids du cordon sur sa peau, ainsi que la fraicheur du prisme dans le creux de sa gorge.

Ça faisait des jours maintenant qu’elle désirait le récupérer, mais elle ne savait pas si c’était une bonne idée d’en faire la demande auprès de Fergus. Lightning ne voulait pas se montrer malveillante et l’idée d’aller le voler ne ferait qu’empirer les choses. Le père de Fang s’en rendrait obligatoirement compte, elle en était persuadée, et cela la placerait une fois de plus dans une mauvaise situation, autant elle qu’Hagen d’ailleurs.

Elle soupira et laissa retomber son bras, arrivant finalement devant la devanture de l’épicerie des amis d’Hagen. Un groupe de femmes parlaient entre elles devant les étals qui présentaient maintenant les fruits et légumes d’automne. Lightning les vit l’observer longuement, se chuchotant à l’oreille des messes basses qui la firent frémir de colère.

Lightning avait toujours eu horreur des langues de vipère qui ne savaient que débiner dans le dos des gens sans rien savoir. En primaire, elle avait eu quelques copines, comme tous les enfants, et de son avis, elle avait vraiment essayé de s’intégrer, mais plus elle grandissait, plus elle se rendait compte qu’elle ne rentrait pas le moule.

Lightning n’était pas malléable. Au lycée, elle était le genre d’adolescente renfermée et renfrognée qu’on évitait d’approcher et finalement, ça lui convenait. Elle était tout l’inverse de sa jeune sœur, qui appréciait tout le monde et savait se faire aimer, peu importe la personne. Avant que sa mère ne décède, Lightning pensait entrer dans une faculté banale et poursuivre un cursus tout aussi banal, mais à quinze ans il avait fallu qu’elle trouve rapidement de l’argent et elle s’était alors engagée dans la Garde Civile de Cocoon.

Au bout du compte, rien n’avait changé, au contraire. Son degré de sociabilité avait considérablement chuté. Elle n’avait aucun ami, uniquement des collègues de travail ou des subalternes. Elle ne parlait que pour donner des ordres ou échanger des avis de missions. Elle s’était coupée de tout et de tout le monde, même de sa sœur. Et il avait fallu qu’un drame se produise pour qu’elle réalise son erreur.

Elle n’avait pas besoin d’être joviale et agréable avec tout le monde, mais seulement avec sa famille. Lightning avait fini par réussir à se faire des amis, et plus que ça même. Mais ils étaient tous des personnes qui n’aimaient pas être façonnés pour montrer une image fausse et parfaite. Ils étaient tous pareil et ils avaient combattu ensemble pour abattre les tabous et reconstruire un monde qui leur ressemblait.

Elle raffermit sa prise sur ses bras, grimpant lentement les quelques marches du long porche sur lequel s’alignait les étals de fruits et légumes. Elle ignora le groupe de femme en détournant la tête. Certes, elle pouvait comprendre leur désapprobation face à sa présence dans leur village. Elle pouvait aussi comprendre l’horreur et la crainte qu’elle leur inspirait. Mais cela n’empêchait pas de la mettre mal à l’aise et en colère. Ne pouvaient-elles donc pas essayer d’en apprendre plus sur elle ; au lieu de la juger uniquement pour son appartenance à Cocoon ?

Lightning passa aussitôt l’alcôve en bois qui menait vers l’intérieur du bâtiment. Son cœur tambourinait dans sa poitrine et un nœud noua soudainement son estomac. Elle réalisa que pour la première fois, elle allait devoir s’adresser à un autre pulsien d’Oerba en dehors d’Hagen et de Vanille, qu’elle côtoyait tous les jours.

Elle allait devoir faire preuve de patience et d’indulgence, acceptant l’hostilité et le dégoût qu’avaient ces gens à son encontre. Elle fut brutalement incapable de savoir ce qu’elle devait faire, restant bêtement figée devant une haute étagère pleine à craquer de bocaux en verre.

- Bonjour ! Est-ce que je peux vous aider ?

Une voix haute perchée et guillerette la sortit de sa transe et elle se tourna vers la personne qui venait de la surprendre. Lightning découvrit une femme qui devait avoisiner l’âge d’Hagen. Petite, rondelette, des yeux noirs et une tignasse de cheveux châtain et frisés, difficilement disciplinés sur le dessus de sa tête.

Lightning ouvrit la bouche et la referma, alors qu’elle voyait l’air jovial et chaleureux de la commerçante disparaitre. Son visage rond pâlit et elle recula d’au moins deux pas, gardant les yeux fixés sur elle. En fin de compte, ce n’était peut-être pas une si bonne idée d’avoir accepté d’aider Hagen.

Comment pouvait-elle rester naturelle ? Comment pouvait-elle simplement demander à cette femme les provisions dont elle avait besoin, comme si c’était normal ? Cette femme qui avait déjà peur d’elle alors qu’elle n’avait toujours pas bougé d’un millimètre. Lightning n’avait pas l’impression de renvoyer une image hostile, et elle aurait tellement aimé que tout se passe bien. Hagen avait confiance en elle et ce n’était pas si compliqué.

Elle ouvrit de nouveau la bouche et la commerçante fit un pas supplémentaire en arrière, la stoppant dans son élan. Lightning referma alors une nouvelle fois la bouche, se demandant si finalement, ce n’était pas préférable qu’elle rentre et laisse Hagen se débrouiller toute seule.

- Eh bien alors, Fiona ! Tu ne t’occupes pas de ta cliente ?

La voix survint de derrière elle et le cœur de Lightning bondit aussitôt dans sa poitrine. Elle se retourna pour tomber dans le regard malicieux de la jeune Fang, qui se tenait nonchalamment dans l’encadrement de l’alcôve du porche.

Elle aussi avait troqué sa tenue estivale dans laquelle Lightning l’avait vue, pour une robe plus chaude et épaisse, similaire à la sienne, à la différence que les laçages de son corset se faisaient sur les flancs et qu’une ceinture soulignait sa taille. Une lance était accrochée dans son dos et Lightning supposa que l’adolescente s’apprêtait à partir à la chasse.

Fang pénétra l’épicerie et Lightning se décala pour avoir l’adolescente et la dénommée Fiona dans son champ de vision. Le groupe des langues de vipères se trouvait toujours au même endroit et avait même arrêté leurs médisances, pour ne pas perdre une miette de la scène. Bon sang, elle avait horreur de faire partie du spectacle ! Lightning n’avait qu’une envie, rentrer chez Hagen et ne plus en sortir, même sous la force.

- Tu désires quelque chose Fang ? demanda Fiona en se tournant complètement vers la jeune fille, évinçant totalement Lightning.

L’ancienne soldate ne s’en sentit pas vraiment offensée, au contraire, elle pensait justement en profiter pour s’enfuir, peu importe qu’on la raille. Cependant, Fang la coupa dans ses projets.

- La dame était là avant moi, répliqua-t-elle, désappointant visiblement Fiona.
- Ce n’est pas important, essaya Lightning. Je dirais à Hag…
- Tu venais chercher quelque chose de spécial ? Des provisions pour Hagen, non ? coupa Fang.

Lightning referma la bouche et secoua la tête, sortant un petit morceau en papier plié en quatre de l’intérieur d’une poche dissimulée entre les plis de sa jupe. Fang tandis la main et s’en empara doucement. Elle le lut rapidement avant d’acquiescer et de la tendre à Fiona.

- Je veux tout ce qu’il y a sur cette liste ainsi que quelques carcasses de petits rongeurs, fit-elle.
- Mais Fang… protesta la commerçante.
- Si cela te dérange, dis-toi que c’est pour Hagen.

Du bruit se fit entendre, provenant de l’arrière-boutique, et un homme grand, sec, aux cheveux gris et aux yeux noirs et perçants apparu au comptoir. Il regarda fixement Lightning pendant un instant, avant de s’attarder sur Fang et Fiona.

- Quelque chose ne va pas ? demanda-t-il d’une voix basse et distante.
- Non, rien Tipur, merci, répondit calmement Fang. Je demandais seulement à Fiona si je pouvais avoir toutes les provisions demandées par Hagen.

L’homme observa sa femme, qui tourna la tête dans sa direction. Un échange silencieux se déroula entre eux, avant que Fiona ne finisse par pincer les lèvres et attraper le petit morceau de papier. Elle le lut rapidement puis disparue entre les rayons pour s’emparer de tout ce qu’il y avait de noté.

Tout ça se passa dans un lourd silence, pendant lequel chacun se regardait un peu en chien de faïence. Tipur resta derrière le comptoir, les bras croisés, et une fois que Fiona eut terminé elle alla rejoindre son mari pour placer ensuite les provisions dans un sac en papier.

Fang arborait un regard et un sourire malicieux, comme si toute cette situation l’amusait. Ça ne serait pas étonnant, pensa Lightning. Elle aussi trouvait néanmoins la situation cocasse. Elle se faisait sauver par une jeune adolescente de dix-sept ans, alors que cela devrait être l’inverse.

- N’oublie pas mes petites carcasses, Fiona, s’il te plaît, s’exclama Fang en s’approchant du comptoir.
- Ne t’inquiète pas, elles sont déjà dans le sac, répondit la commerçante.
- C’est étonnant, fit Tipur. D’habitude, elle envoie Vanille si elle est trop occupée.

Fang se tourna vers Lightning qui jeta un coup d’œil aux trois personnes devant elle. L’hostilité des deux pulsiens adultes était flagrante, et elle eut subitement envie de leur dire qu’ils pouvaient dormir sur leur deux oreilles, elle n’avait pas encore égorgée leur précieuse guérisseuse.

- Hagen était très occupée et elle a demandé à Vanille de la seconder alors… Je me suis proposée pour l’aider, déclara-t-elle à la place.

Un silence s’éternisa dans l’épicerie, pendant lequel Lightning se demanda si elle n’aurait pas mieux fait de se taire.

- Je retourne dans l’arrière-boutique, j’ai encore pas mal de chose à faire pour Fergus, finit toutefois par s’exclamer Tipur en les laissant seules.
- Tu pars à la chasse ? demanda Fiona à l’attention de Fang en lui tendant le paquet de provisions.
- Oui, répondit-elle. J’avais besoin de me rendre utile autrement qu’en restant enfermée dans le village.
- Tes parents savent où tu vas cette fois ? questionna suspicieusement Fiona.
- Tu leur diras, si jamais ma mère passe dans le village pour demander, répliqua-t-elle malicieusement.
- Tu es incorrigible, Fang ! rit Fiona. Allez, file !

La jeune pulsienne pouffa de rire et attrapa le paquet sur le comptoir avant de se tourner vers Lightning. Elle s’empara du sac que lui tendit Fang, alors que cette dernière lui faisait signe de la suivre à l’extérieur.

Elles croisèrent le groupe de femmes qui les regarda passer, leur visage affichant des airs choqués et dégoutés. Lightning resserra sa prise autour du sac de provisions et descendit les quelques marches du porche sans se préoccuper d’elles.

- Ne t’occupe pas d’elles, fit soudainement Fang alors qu’elles venaient de s’engager sur le chemin pour rejoindre la maison d’Hagen. Elles font parties du clan Lier et Farnir. Les Lier aiment beaucoup commérer et les Farnir… C’est le clan de Ranulf, j’ai donc pas besoin de préciser plus de choses…

Lightning lui jeta un coup d’œil puis détourna la tête. Elle ne connaissait pas les clans ni leur façon de penser. En dehors de Fang et de Fergus, elle ne savait pas comment était le reste du clan Yun. Bernulf et Gervald, les deux hommes qui l’avaient surveillée pendant plusieurs semaines, n’avaient fait que roder autour de la maison et de sa fenêtre au cas où elle commettrait un crime horrible. Quant à Vanille et Hagen, elles étaient les dernières vivantes du clan Dia. Dans un sens, c’était dommage, Lightning était persuadée que ce clan l’aurait accueillie aussi chaleureusement et respectueusement qu’Hagen l’avait fait. Et elle savait que la guérisseuse n’était pas naïve au point d’agir ainsi avec tous les cocooniens.

- Je m’en accommoderai, ne t’en fait pas, finit-elle par répondre. Tu n’étais pas obligée de me secourir, je m’en serais sortie seule, ajouta Lightning.
- Hum… Je crois que tu étais plutôt prête à prendre la fuite, rit Fang.

L’ancienne soldate secoua la tête. L’adolescente n’avait pas tort, mais ce qu’elle ne savait pas, c’est que cela aurait été plus comme une stratégie de repli pour mieux revenir plus tard. Elle n’était pas sensible au point de se laisser démoraliser par des messes basses et quelques regards hostiles. Elle avait supporté bien pire, et Lightning pouvait affirmer que la méchanceté de ses collègues militaires à l’époque l’avait préparée à être capable de tout endurer. Un homme n’aimait pas qu’une femme soit meilleure que lui, et Lightning avait certainement été la soldate la plus douée de sa promotion.

En quelques années, elle avait grimpé les échelons jusqu’au grade de sergent alors que ses camarades n’étaient restés pour la plupart que des sous-officiers. Et elle savait qu’il ne lui aurait pas fallu longtemps avant d’atteindre celui d’adjudant ou de major. Mais elle ne regrettait pas sa vie présente. Si les épreuves avaient étés difficiles et qu’elle avait dû sacrifier quelques années de son existence, elle était heureuse de ce qu’elle était devenue et d’avoir ouvert les yeux.

- Dis-moi, s’exclama Fang attirant son attention. Ça t’intéresserais de venir avec moi ?
- A la chasse ? demanda Lightning, une légère pointe d’incrédulité dans la voix.
- Pourquoi pas ? On n’est pas obligées d’aller chasser, on peut seulement aller flâner dans les plaines.
- Je… J’aimerais beaucoup, mais je n’ai toujours pas le droit de quitter le village. Et je préférerais éviter un nouveau coup de gourdin.

Pourtant, l’envie faisait frétiller son ventre comme ce n’était pas arrivé depuis des semaines. Quand elle avait émis l’idée à Hagen d’être plus utile à la chasse, la guérisseuse l’avait désapprouvé et Lightning comprenait parfaitement pourquoi. Ce n’était certainement pas une bonne idée pour elle, que les villageois découvrent qu’elle était capable de se battre. Et qu’elle était même une excellente combattante.

Lightning savait qu’une fois prise dans l’adrénaline du combat, elle serait incapable de se contrôler. Son esprit passerait aussitôt en automatique, analysant les stratégies et les faiblesses de son adversaire pour l’éliminer. Ses capacités de soldat ne passeraient pas inaperçu et elle était certaine qu’Hagen avait suspecté la même chose en quelque sorte.

Pourtant, maintenant, elle n’arrivait plus à ce sortir cette idée de la tête. Elle avait besoin de bouger, de se sentir utile autrement qu’en se contentant de nettoyer et rouler des bandages à longueur de journée. Elle appréciait pouvoir aider Hagen, mais ce n’était pas vraiment dans son tempérament de se contenter de ça. Et alors que Fang lui proposait de la faire sortir et de l’emmener se dégourdir les jambes, l’idée se faisait soudainement de plus en plus attrayante.

- … Lors, tu en dis quoi ?
- Pardon ? fit Lightning revenant à la réalité, alors que Fang avait continué de parler.

L’adolescente fronça les sourcils et lui lança un regard amusé.

- Je disais, que je pouvais nous faire sortir en douce du village. Personne ne s’en rendra compte. Tu en dis quoi ?
- Je dois déposer les affaires pour Hagen, dit-elle pour toute réponse.

La proposition était bien trop tentante pour être refusée. Elles n’étaient même pas obligées d’aller chasser, seulement sortir dans les plaines était suffisant.

- Ok ! Je te suis !

Lightning esquissa un léger sourire en coin et pressa le pas. La grande maison d’Hagen fut rapidement en vue et elle sentit la boule de l’euphorie lui chauffer le ventre, pressée de pouvoir enfin se sentir libre.

oOo

Chapter Text

 Chapitre 14

 

Hagen finissait de se préparer devant le miroir de sa chambre, satisfaite de sa nouvelle robe de cérémonie. Elle laçait les cordons de son corset noir, appréciant les nuances de verts de sa tenue. Elle avait brodé des torsades de fils d’or sur le bord de la jupe et des manches, et avait tressé ses longues boucles rousses en une volumineuse tresse qui retombait sur son épaule.

Elle acquiesça d’un air satisfait, attrapant le ruban de soie émeraude qu’il ne lui restait plus qu’à enrouler dedans. Hagen s’apprêta à quitter sa chambre, bien décidée à aller demanda un peu d’aide à Lightning pour la dernière mise au point de sa tenue.

Elle s’arrêta cependant devant sa porte. Un mois de plus venait de s’écouler, et celui-ci c’était passé de façon plus tendue et froide que les deux précédents. Hagen soupira, sachant parfaitement que la situation de la jeune femme et elle-même y étaient pour beaucoup, bien que pour sa part, la guérisseuse avait réagi ainsi plus par peur que par souci de trahison.

Hagen s’était prise d’affection pour Lightning, elle l’avouait. Et Fergus, ou n’importe qui du village, pourraient dire ce qu’ils voulaient, elle n’y pouvait rien. La guérisseuse était persuadée que cette femme ne voulait aucun mal à Oerba. Qu’elle était différente de ces soldats de Cocoon qui criaient à l’enfer par rapport à leur monde, mais qui tuaient les leurs et pillaient sans vergogne leurs ressources. Hagen savait que Lightning faisait partie de leur peuple. Autant grâce au fait qu’elle était mariée à une pulsienne - A Fang ? - Ou grâce à ses propres valeurs.

Mais Hagen avait eu peur il y a un mois auparavant. Elle était très occupée avec Vanille pour ses consultations, et elle avait parfaitement ressenti la gêne et l’hostilité de ses patients, face à la présence de Lightning à ses côtés dans la petite clinique. La cocoonienne était restée impassible. Elle avait nettoyé et plié les différents nécessaires à soin, les rangeant ensuite de façon méthodique de sorte que cela soit facile d’accès pour la guérisseuse.

Cependant, une fois qu’elle avait eu finit, il avait été difficile pour elle de faire abstraction des regards noirs et des chuchotements que les patients adressaient à Hagen. Elle avait vu plusieurs fois Lightning se tendre, son visage arborant subrepticement des éclairs de malaise, et Hagen avait décidé de la faire sortir.

Après deux mois, et plusieurs jours à vadrouiller ensemble dans le village, Hagen avait pensé qu’elle pouvait essayer de la faire flâner seule dans les rues d’Oerba. Elle lui avait donné une liste pour l’épicerie, l’endroit, d’après elle, le moins propice à ce que cela dégénère. Normalement, la course n’aurait pas dû prendre plus d’une heure, et encore, elle était généreuse et c’était plus dans l’hypothèse que Lightning veuille prendre son temps et se promener.

Elle-même avait été prise dans la ribambelle de patients, qui avaient décidé de tous venir le même jour pour les premiers symptômes d’un rhume. Hagen n’avait pas vu le temps passer, alors, quand elle eut un moment de calme et qu’elle constata que presque trois heures venaient de défiler, elle avait froncé les sourcils, commençant doucement à s’inquiéter.

De nouveaux patients avaient afflué, et Hagen n’avait pu se permettre de quitter la clinique. Elle avait alors discrètement demandé à Vanille d’aller à l’épicerie, chez elle, et de faire ensuite le tour du village pour savoir où était Lightning. La jeune adolescente n’avait pas contesté, trop contente de pouvoir aller se dégourdir les jambes dehors et quitter la chaleur étouffante de la salle d’auscultation pour la fraicheur du mois de septembre.

Mais Hagen ne s’attendait pas à ce que Vanille revienne bredouille, lui relatant seulement qu’un sac de provisions avait été déposé sur l’ilot de sa cuisine. En dehors de ça, elle n’avait trouvé nulle part l’étrangère et pourtant, l’adolescente affirmait avoir été partout, notamment dans le verger que Lightning affectionnait particulièrement.

- Et Fang ne peut même pas m’aider, lui avait dit Vanille. D’après Fiona, elle est partie chasser.

Hagen ne s’était pas attardée sur l’air bougon de sa pupille. A cette révélation, son sang n’avait fait qu’un tour. Lightning était introuvable et Fang était partie à la chasse. La guérisseuse se souvenait parfaitement de la demande de la cocoonienne à se rendre plus utile. Hagen avait secrètement espéré que leur conversation suffirait à dissuader la jeune femme de commettre une telle folie, mais de toute évidence, la tentation avait été trop attrayante.

Et cette petite peste de Fang avait été l’instigatrice de ce plan, sans réfléchir aux conséquences. Hagen s’était faite un sang d’encre pendant des heures, avant qu’elle ne voit Lightning revenir tard dans la soirée.

oOo

Quelques jours auparavant, le temps était encore assez clément, mais fin septembre sonnait l’arrivée des premières pluies. L’air était chargé d’humidité et la nuit promettait des averses.

La fin de journée d’Hagen avait viré au désastre et elle se rongeait les ongles d’angoisse. Une fois que ses consultations furent terminées, elle avait arpenté elle-même le village dans l’espoir d’apercevoir la tignasse rose de Lightning ou celle, sauvage, de Fang. Fallait le dire, que cela soit l’une ou l’autre, aucune ne passait inaperçu.

Elle avait bataillé pour garder un air impassible et détendu, comme si elle flâner naturellement dans le village, comme elle ne l’avait pas fait depuis plusieurs semaines. Mais elle avait fait chou blanc. Frustrée, elle avait fini par renvoyer Vanille chez elle, lui faisant promettre de garder le silence sur cette escapade. La seule chose qu’elle lui avait autorisé à dire, si Fergus et Mirta le demandaient, c’était que Fang était partie chasser, mais seule. Après tout, il n’y avait rien qui prouvait que Lightning était avec elle.

Et cela était d’autant plus inquiétant et risqué pour elle. Le fait qu’elle soit introuvable pouvait très bien mettre sa situation en péril. Hagen avait réussi à la sauver une fois, mais elle ne pourrait pas indéfiniment plaider sa cause, surtout avec de tels agissements inconsidérés. Si Fergus ou même Ranulf, tiens, se rendaient compte qu’elle avait quitté Oerba, ils seraient tout à fait prompts à croire qu’elle avait voulu s’enfuir.

Et dans ce cas-là, pour qu’elle raison ? Pour retourner dans son village ? Avec la meilleure des volontés, ni Fergus ni personne du conseil ne la croirait, cette fois. Elle affirmait vivre sur Gran Pulse depuis sept ans, ce qui était largement suffisant pour savoir qu’on ne s’aventurait pas dans un voyage en pleine nuit, sans aucune préparation, et surtout à l’approche de l’hiver. Il n’y aurait alors qu’une seule raison pour eux. Elle était réellement une espionne, qui allait rejoindre son unité militaire de Cocoon.

Hagen avait tourné en rond, arpentant sans relâche le sol de sa maison. A plusieurs reprises, elle avait jeté des coups d’œil par la fenêtre du salon, espérant voir la jeune femme ou l’adolescente passer furtivement dans les rues d’Oerba. Ce n’est que tard dans la soirée qu’elle entendit toquer à sa porte et que son cœur manqua de lâcher quand elle alla ouvrir.

- Fergus ? Qu’est-ce que tu fais ici ?

L’homme semblait inquiet, mais son autorité de chef surpassait la lueur d’anxiété qui brillait dans ses yeux.

- Est-ce que tu aurais vu Fang, depuis cette après-midi ?

Hagen déglutit et passa sa langue sur ses lèvres.

- Fang ? Non. Pourquoi ?
- Tu ne la caches pas ici avec ta cocoonienne ? cracha-t-il.
- Quoi ? Bien sûr que non ! Enfin Fergus, qu’est-ce qu’il se passe ?
- Elle a encore disparu ! Mirta la cherche depuis cette après-midi. Elle a vu Fiona, qui lui a dit que Fang partait à la chasse et elle avait l’air de très bien s’entendre avec ton animal de compagnie !
- Fergus ! Ce n’est pas un animal ! C’est une femme, un être humain, comme toi et moi ! Respecte-la un peu plus !
- Peu importe, Hagen ! Fang est obsédé par cette cocoonienne depuis son arrivée ! Et ma fille a disparu ! Elle n’est pas du genre à être aussi inconsciente ! Si elle est av…
- Lightning est dans sa chambre ! déclara Hagen sans réfléchir. Elle est allée dormir. Et elle est seule !

Une boule plomba l’estomac d’Hagen. Elle venait ouvertement de mentir au chef de son village, à son ami. Qu’est-ce qu’elle dirait s’il se rendait compte de son mensonge ? Lightning serait bonne pour une exécution et elle-même devrait payer le prix de son crime.

Du bruit la fit sursauter et attira son attention dans les pièces derrière elle, dans le couloir, tandis que Vanille courait vers eux.

- Elle est rentrée, mon oncle ! s’exclama la jeune fille, essoufflée. Tante Mirta m’a tout de suite envoyée ! Ça ne sert à rien de faire une battue pour aller la chercher ! Fang est rentrée !

Vanille se courba en deux, les mains appuyées sur les genoux pour reprendre sa respiration. Fergus fronça les sourcils et tourna ensuite son regard vers Hagen. La guérisseuse garda un visage aussi impassible qu’il lui était possible, croisant les bras sous sa poitrine. Elle jeta un coup d’œil vers Vanille, qui détourna la tête. Hagen n’était pas sortie d’affaire, avec l’adolescente qui était incapable de mentir.

- Si j’apprends que tu m’as menti, Hagen…
- Je ne t’ai pas menti.

Fergus arborait un air menaçant, qui ne lui faisait pas vraiment peur, malgré ses remords d’avoir effectivement menti. Le chef du village acquiesça sèchement et se détourna rapidement, emportant Vanille dans son sillage. Hagen referma la porte derrière eux et soupira, jetant un coup d’œil vers le petit escalier qui menait au couloir des chambres.

Lightning apparut presque aussitôt et Hagen fronça fermement les sourcils, sentant la colère prendre le dessus sur la peur. Elle n’attendit pas que la jeune femme descende l’escalier pour s’exclamer :

- Mais qu’est-ce qu’il t’a pris !?
- Je…
- Es-tu complètement inconsciente ?
- J’aurais dû prêter attention au temps, je suis…
- Prêter attention au temps ? s’écria Hagen. Je ne parle pas que de ça ! Tu es partie sans prévenir ! Si quelqu’un s’en était rendu compte, ça t’aurais coûté ta tête! Et comme si ça ne suffisait pas, il a fallu que tu entreprennes cette escapade avec Fang ! La fille du chef !

Un lourd silence les enveloppa, pendant lequel elles se fixèrent. Lightning restait silencieuse, les lèvres pincées et Hagen ne savait pas ce qui la mettait le plus en colère. Quelle accepte les reproches ou qu’elle se comporte avec autant de calme.

- Tu me donnais l’impression d’être quelqu’un avec la tête sur les épaules !
- Je n’ai pas réfléchis, répliqua calmement Lightning.
- C’est bien ça le problème ! Comment as-tu pu être aussi stupide !?

Hagen vit enfin un éclair de fureur passer sur le visage de son opposée. Elle savait que la cocoonienne était une femme de caractère, mais jusqu’à présent, elle ne lui avait montré qu’une image impassible et maitrisée. Pour la première fois depuis qu’elle côtoyait Lightning, Hagen vit toute la rage qui pouvait faire vibrer la jeune femme.

- Je ne te permets pas ! répondit-elle, la voix chargée de colère. Je n’ai pas été stupide !
- Ah non ? Alors comment tu expliques cet acte inconsidéré ?
- J’ai seulement voulu…
- Quoi ? coupa Hagen. Te rendre utile ? Bien sûr que non, nous le savons toutes les deux !

Les mots d’Hagen avaient dépassé sa pensée et elle le savait. Lightning était loin d’être stupide et jusque-là, elle ne lui avait jamais donné l’impression d’agir inconsciemment.

- Tu es une femme adulte, reprit quand même Hagen. Responsable ! Fang n’a que dix-sept ans ! C’est encore une enfant et en ce moment, elle ferait tout pour rendre ses parents fous de rage !
- Je n’ai rien fait de mal ! contra Lightning. Nous n’avons même pas chassée ! On ne s’est pas éloignées du village et je n’avais pas d’arme sur moi ! Je ne lui aurais fait aucun mal !
- Ce n’est pas ce que je voulais dire, riposta Hagen.
- Alors quoi ? fit Lightning en descendant enfin les quelques marches.

Elle campa sur ses deux pieds en face d’Hagen, les bras croisés sur sa poitrine et le visage fermé.

- Fang n’a que dix-sept ans, ça, je le sais parfaitement, reprit Lightning la voix tremblante. Mais elle m’a gentiment proposé de prendre l’air. De voir un peu du pays au lieu de ces continuels regards hostiles. Et j’ai voulu en profiter, ni plus, ni moins !
- Avec la fille du chef ! tempêta Hagen. Et par-dessus le marché, vous faites en sorte de vous faire remarquer ! J’ai dû mentir à Fergus parce qu’il était à deux doigts de retourner Oerba et les alentours pour retrouver Fang !
- Je ne t’ai pas demandé de mentir pour moi ! répondit agressivement Lightning.
- Et qu’est-ce qu’il se serait passé, triple pomme, si je ne l’avais pas fait ?! Si Fergus s’était rendu compte que tu avais quitté le village, avec sa fille… Lui et Ranulf se serait fait un plaisir de t’exécuter sur le champ !

Lightning pinça fermement les lèvres. Hagen pouvait voir son corps tendu comme un ressort. La jeune femme avait du mal à accepter les remontrances, mais ici, elle ne pouvait pas se permettre d’agir aussi inconsidérément.

- Qu’est-ce qui les aurait empêchés de penser que tu es réellement une espionne, et que tu avais saisi l’opportunité de quitter le village pour retrouver ton escouade militaire, emportant avec toi un otage pour mieux atteindre le village ?

Des éclairs dansaient dans les prunelles océan de Lightning et elle secoua la tête. Hagen pouvait voir les rouages de son esprit tourner à plein régime.

- Ne me fais pas regretter de t’avoir sauvé la mise ! dit Hagen pour enfoncer le clou.

Lightning se contracta et tourna la tête vers elle. Elle esquissa un sourire en coin sarcastique, puis finalement acquiesça et déclara :

- Bien ! Désolée d’avoir voulu arrêter de ressembler à un animal en cage pendant une journée !

Hagen inspira profondément alors que Lightning se détournait pour remonter les marches et rejoindre sa chambre. La guérisseuse soupira de défaite et passa une main lasse dans ses boucles rousses. Quand elle entendit la porte se refermer, elle se dit que cette journée ne pouvait pas se terminer de façon plus catastrophique.

oOo

Hagen, toujours bloquée devant la porte de sa chambre, son ruban entre les mains, tourna la tête vers son miroir. Depuis cette dispute, la cohabitation entre Lightning et elle se faisait de façon froide, distante et impersonnelle.

Elles qui pourtant avaient appris à s’entendre et à discuter ensemble, se contentaient maintenant de se croiser et de partager silencieusement leur repas. Lightning n’était apparemment pas du genre à s’excuser ou à admettre ses torts, et il était hors de question qu’Hagen fasse le premier pas.

D’après elle, ses reproches et ses inquiétudes étaient légitimes, et la guérisseuse était persuadée au fond d’elle, que la cocoonienne le savait aussi. Cependant, il se dégageait tant de fierté et d’arrogance de cette femme que cela devait être dur de mettre tout ça dans ses souliers pour s’abaisser à faire le premier pas.

Après un mois, Hagen commençait à être lasse de cette situation. A quoi cela pouvait-il bien leur servir ? Hagen voulait seulement l’aider au mieux et lui éviter plus de problèmes. Quant à Lightning, elle avait certainement mieux à faire que de persévérer dans une dispute aussi stérile. La guérisseuse ne demandait même pas de réelles excuses, seulement qu’elles enterrent la hache de guerre. Si Lightning voulait pouvoir rentrer chez elle un jour, si cela était possible, elle aurait besoin d’une personne présente et de confiance, ici, sur Oerba.

Hagen savait parfaitement ce qu’elle pouvait ressentir à l’idée de passer du temps avec la jeune Fang. Outre la différence d’âge qu’il y avait entre ces deux-là, il y avait avant tout une différence d’époque, si elle ne se trompait pas. En pensant à cela, et en supposant que ses hypothèses soient bonne, Hagen se demandait déjà comment à l’époque de Lightning, ces deux-là avaient pu se rencontrer et s’aimer.

Fang était une jeune fille ouverte, chaleureuse et aimante, à n’en pas douter. Mais elle savait aussi l’horreur que les soldats de Cocoon faisaient vivre à son peuple. Comment était la Lightning de cette époque, sur Cocoon ? Etait-elle élevée dans la vision que les peuples de Gran Pulse n’étaient que des abominations, seulement bonnes à être exterminées ? Si c’était le cas, comment Fang et elle avaient-elles appris à se connaitre puis à s’aimer ?

Tant de questions restaient floues et sans réponses. Lightning appelait toujours aussi souvent Fang dans son sommeil et Hagen était sûre d’une chose, c’était que la fille de Fergus avait une grande place dans le cœur de cette cocoonienne. Il était impossible que ça soit une coïncidence. Pendant le mois qui s’était écoulé, Lightning s’était considérablement renfermée sur elle-même. En plus de ne plus lui parler, elle ne sortait même plus de la maison. Elle avait arrêté de lui tenir compagnie à la clinique, et la seule personne qui arrivait à lui faire décrocher plus de quelques borborygmes, était Vanille.

Hagen les avait surprises deux jours auparavant, alors qu’elle rentrait plus tôt chez elle.

oOo

La guérisseuse passa la porte d’entrée de sa maison, fourbue de fatigue. Elle avait passé la journée à remuer des mixtures et mettre en flacons des remèdes pour pallier à tous ceux qu’elle avait déjà utilisés suite aux premiers rhumes qu’elle avait dû traiter.

Elle referma la porte derrière elle, s’arrêtant un instant pour écouter si un bruit quelconque lui provenait. Elle ne perçut rien de spécial au début. Soupirant lourdement, elle se répéta pour l’énième fois que toute cette situation devenait ridicule. Peut-être qu’elle s’était effectivement montrée trop dure envers Lightning, mais elle pensait que c’était un moindre mal.

Elle fit quelques pas, s’avançant vers la cuisine, bien décidée à se servir un petit remontant. Mais Hagen se stoppa aussitôt alors qu’un courant d’air la faisait violemment frissonner. Octobre s’était installé et l’automne avec. Les premières pluies tombaient drues sur le village et la guérisseuse était contente, comme chaque année, de ne pas vivre dans une sorte de cuve, comme beaucoup d’autres villages. Cela permettait que l’eau s’écoule et que tous les villageois ne passent pas la moitié de l’hiver les pieds dans l’eau, ou les maisons inondées.

Les hautes tours de guets surveillaient régulièrement l’océan à cette période. Si une tempête éclatait, c’était suffisant pour qu’un raz de marée se produise. Par chance, ils avaient construit le village en hauteur, amoindrissant les dégâts si cela devait arriver. Mais heureusement, ils n’avaient pas essuyé ce genre d’intempéries depuis des années et à cette époque, Hagen n’était encore qu’une enfant.

Elle fronça les sourcils et se dirigea vers le coin salon, se dissimulant dans un petit renfoncement. La cheminée était éteinte et la baie-vitrée qui donnait sur le porche arrière de la maison était ouverte. Les rideaux ondulaient sous le vent qui s’engouffrait par l’encadrement. Le temps à l’extérieur était aussi maussade et déprimant que les autres jours depuis près de deux semaines. Il faisait tellement gris qu’il était difficile de dire à l’œil nu si le jour s’était vraiment levé. Les nuages étaient lourds et chargés de pluie, que le peu de soleil qu’il pouvait y avoir ne perçait pas aux travers.

Le bruit de personnes qui parlent l’interpella, et Hagen se dissimula de l’encadrement de la baie-vitrée. Elle jeta un coup d’œil discret, découvrant Lightning et Vanille, assises sur les marches du porche qui donnait sur le verger. Hagen avait attendu toute la journée que son élève se décide à venir, puis elle avait fini par se dire que Mirta n’avait pas voulu la laisser sortir et traverser le village par ce temps. Ou bien que Vanille avait tenu à rester à la maison pour tenir compagnie à Fang, qui avait reçu l’interdiction formelle de remettre un pied dehors. Fergus avait été jusqu’à lui assigner Bernulf et Gervald comme chaperons et Hagen était certaine qu’en écoutant bien, elle pouvait encore entendre, de sa propre maison, les hurlements d’indignations de l’adolescente.

En réalité, Vanille se trouvait chez elle, assise sur les marches de son porche, à la limite de là où la pluie s’arrêtait, emmitouflée dans un plaid, avec Lightning.

- Elle te manque ?

La voix de sa cadette la sortit de ses réflexions, et Hagen secoua doucement la tête.

- Ta femme, reprit la plus jeune. Elle te manque, pas vrai ?
- Oui, répondit Lightning, et Hagen dû tendre l’oreille pour entendre. Tous les jours.
- Comment ça se fait que le jour de ton mariage, tu aies atterri chez nous ?
- Je ne sais pas, soupira Lightning. Faut croire que j’ai manqué de chance.
- Elle doit être folle d’inquiétude, révéla Vanille avec tristesse.

Un léger rire étouffé parvint à Hagen, et elle haussa un sourcil en attendant plus.

- Oui, je suppose, répliqua la cocoonienne. Et folle de rage aussi. J’espère qu’elle ne va commettre aucun acte inconsidéré.
- Vous êtes faites pour vous entendre, rit Vanille.

Hagen esquissa un sourire en coin et secoua la tête. Vanille et son tact encore enfantin. Par elle ne savait quel miracle, la jeune adolescente avait réussi à garder secrète la présence de Lightning aux côtés de Fang. Hagen lui avait interdit d’en parler, et Vanille lui avait révélé que Fang l’avait menacé de lui coudre la langue si elle parlait.

Sa jeune cadette n’était pas naïve au point de croire sa sœur aînée, mais elle avait beaucoup d’affection et de respect pour Fang. Une relation fusionnelle s’était depuis longtemps établie entre elles, et s’il y avait bien une seule personne pour qui Vanille pouvait mentir, c’était bien pour la fille de Fergus.

- Oui, répondit Lightning, un rire perçant dans le ton calme de sa voix. C’est ce que ma sœur n’arrête pas de me répéter.
- Tu as une sœur ?

La surprise dans le ton de Vanille rejoignit celle que ressentit Hagen. Lightning ne parlait jamais d’elle. En dehors de l’histoire qu’elle avait racontée et que la guérisseuse trouvait très bien ficelée pour un mensonge, la cocoonienne ne parlait jamais de sa supposée femme, Sunny, de son village, ou de sa famille.

D’ailleurs, elle nommait jamais le village autrement que par des diminutifs impersonnels. Le reste du temps, elle faisait en sorte d’éluder les questions, surtout quand Hagen commençait à partir sur le sujet de Sunny. Même quand Lightning mentionnait le prénom de sa femme, Hagen sentait comme une pointe de fausse note, tout l’inverse de ce qu’elle avait perçu les rares fois où elle l’avait entendue parler de Fang. Et c’était à des années lumières de la douceur et de la chaleur qu’elle venait de percevoir face à cette révélation.

- Oui, reprit Lightning. Plus jeune que moi.
- Elle vit toujours sur Cocoon ? Ou elle a été exilée sur Gran Pulse, comme toi ?
- Sur Gran Pulse.
- Elle s’appelle comment ?

Un long silence s’éternisa avant que Lightning ne réponde :

- Serah.
- C’est joli !

Un éclair de compréhension se fit dans son esprit, et Hagen se redressa derrière les rideaux décidant de s’éloigner. Elle avait déjà entendue Lightning mentionner ce prénom, quand celle-ci était aux portes de l’inconscience, et pendant un long moment, elle s’était demandée qui était cette Serah, sans jamais oser en parler à la concernée. Aujourd’hui, Lightning avait décidé de se confier à Vanille, pas à elle. Et c’était lui manquer de respect que d’écouter ce qu’elle racontait sans son autorisation. Elle s’était promis de ne plus jamais refaire ça après qu’elle ait écouté, par accident, la conversation entre elle et Vanille quand Lightning était encore convalescente.

Hagen s’éloigna de la baie-vitrée et grimpa les marches qui menaient au couloir. Un bon bain lui ferait le plus grand bien et d’ici là, Vanille serait probablement rentrée chez elle.

oOo

Hagen soupira face à sa porte de chambre et acquiesça de façon déterminée. Peu importe que Lightning s’excuse ou non. Peu importe qu’elle accepte d’enterrer la hache de guerre ou non. Aujourd’hui était un jour de fête. Tout le village célébrait Samain. Tout le village s’apprêtait à devoir passer l’hiver et y survivre.

C’était une période de l’année ou chacun devait se serrer les coudes et s’entraider. Pour l’instant, et même si elle n’était encore qu’une étrangère pour les autres habitants d’Oerba, Lightning faisait partie de leur peuple. Et il fallait qu’elle s’intègre parmi eux.

Hagen ne savait pas si elle allait venir pour la célébration. Il y a un mois de ça, l’idée lui plaisait et en avait elle-même émit l’idée. Maintenant, la guérisseuse avait peur que la jeune femme ne préfère se terrer dans sa chambre, plutôt que de venir leur montrer qu’elle était prête à participer à leur coutume, comme la pulsienne qu’elle affirmait être devenue en en ayant épousée une.

La veille, pendant que Lightning était dans la salle de bain, Hagen avait déposé une tenue pour l’occasion dans sa chambre. Elle n’avait pas voulu la confronter et par ce geste, la rousse lui laissait la possibilité de choisir. Peut-être que si elle se présentait maintenant à sa porte, Lightning prendrait ça comme de l’incitation. Et si cela n’était pas dans les intentions d’Hagen, elle avouait quand même, qu’elle apprécierait beaucoup que la cocoonienne mette ses griefs contre elle de côté.

Hagen resserra sa prise autour de son ruban et ouvrit la porte de sa chambre. Elle rejoignit tranquillement celle qui la jouxtait et frappa doucement contre le battant. Un silence lui répondit, pendant lequel la guérisseuse se dit qu’elle ferait mieux de faire demi-tour. Si ça continuait ainsi, elle allait finir par être en retard pour le partage des récoltes et les résultats des chasseurs, bien qu’elle n’ait aucun doute sur le fait que le clan Yun ait encore battu des records.

Elle soupira et s’apprêtait à tourner les talons quand le loquet de la porte émit un déclic et s’ouvrit lentement. Lightning apparu dans l’encadrement, débraillée, les cheveux en bataille et le visage renfrogné. Hagen se racla la gorge, évitant de rire. Les manches et les jupons de la robe étaient disproportionnés d’un côté à l’autre. Les lacets du corset emmêlés et noués tant bien que mal, ce qui donnait un effet cocasse et pittoresque.

Au moins, Hagen était rassurée sur un point : Lightning avait décidé de l’accompagner à la fête de Samain. Peut-être ne resterait-elle pas toute la journée, mais une présence de quelques heures serait certainement suffisante.

- Est-ce que tu veux un coup de main ? demanda gentiment Hagen.

Pendant une seconde, la guérisseuse eut peur de se faire refouler, mais Lightning pinça les lèvres avant de finalement acquiescer avec mauvaise grâce. Elle se décala pour la laisser entrer et Hagen pénétra tranquillement dans la chambre, ou régnait un étrange fouillis qui ne ressemblait pas à la jeune femme.

Cette dernière retourna devant son miroir sur pied et soupira fortement.

- Est-ce que c’était vraiment nécessaire de me donner une autre tenue ? questionna-t-elle d’une voix blanche.

Hagen esquissa un sourire en coin et déposa son ruban sur le coin de la table, où reposaient une cruche d’eau et son bassin.

- Disons que c’est d’occasion, répondit-elle ensuite.
- Hum… Et n’y en avait-il pas une qui soit… plus facile à enfiler ? J’ai l’air d’une bombonne mal dégrossie !
- Mais non ! rit Hagen. Je t’ai donnée la plus facile en plus.
- Vraiment ? ironisa Lightning.

Leur regard se croisèrent à travers le miroir et Hagen décela une lueur amusée et narquoise dans les yeux océan. Elle n’avait jamais vu des yeux d’un bleu aussi profond et limpide. Ce n’était pas courant sur Gran Pulse. La couleur la plus claire et la plus pure qu’ils aient sur leur monde étaient les émeraudes du clan Yun. Même la prophétesse de Paddra, Yeul du clan Nsu, avait des prunelles d’un vert saisissant. On racontait qu’ils rappelaient « l’œil d’Etro qui voit tout. »

Elle-même et Vanille, qui faisaient partie du clan Dia et dont une femme par génération était désignée pour devenir l’Oracle d’Oerba, arboraient des yeux couleur forêt, bien que légèrement plus clairs. Le bleu était souvent synonyme de suspicion, rappelant trop la clarté de l’apparence physique des habitants de Cocoon. Mais aussi surprenant que cela pouvait sembler, quand Hagen plongeait son regard dans celui de Lightning, la guérisseuse avait l’impression de faire face à l’océan d’Oerba pendant un hiver rude. Dégageant un calme trompeur à la surface alors qu’une tempête faisait rage en profondeur.

Hagen lui adressa un franc sourire, décelant au fond de ses prunelles qu’un traité de paix venait d’être momentanément signé.

- Allez ! s’exclama la guérisseuse en attrapant un bras de Lightning pour la tourner vers elle. Laisse-moi t’aider.

Lightning grimaça et observa sa tenue d’un air suspicieux, comme si rien de plus ne pouvait être fait. Mais Hagen avait elle-même enfilé cette robe plusieurs fois, et elle n’allait pas se laisser abattre par de simples morceaux de tissus.

- Il va falloir tout enlever, maugréa-t-elle. Tu as réussi interverti tous les jupons. Ton corset doit passer sur la chemise. Tu l’ajuste ainsi avant de passer la dernière partie de la robe.

La jeune femme soupira fortement et leva les yeux au ciel. Elle s’attela à délacer les nœuds de son corset sans pouvoir s’empêcher de râler.

- Quelle idée de porter des tenues aussi compliquées à mettre !

Hagen l’observa se dépêtrer quelques instants avant de secouer la tête de façon amusée.

- Viens là ! finit-elle par dire en s’approchant.

D’une tape légère elle se débarrassa des mains de Lightning qui s’agaçaient sur les cordons du corset, et s’occupa elle-même de défaire tout ce fouillis. La manœuvre pris plusieurs minutes, avant qu’elle ne vienne à bout du corset qu’elle réussit à desserrer et ôter. Les joues rosies, Lightning finit en chemise devant la guérisseuse qui, pourtant, arborait un air purement professionnel.

- Voilà ! Ta chemise, c’est ton premier jupon ! déclara Hagen. Ensuite, nous passons le bleu, qui est relié au corset.

Faisant suite à l’énumération, Hagen aida Lightning à remettre correctement la deuxième partie de sa robe. La guérisseuse ajusta le jupon pour qu’il soit aligné au premier avant de venir s’occuper du corset. Maintenant qu’il était bien mis, celui-ci soulignait juste la poitrine de la jeune femme, mettant en valeur la rondeur de ses seins, cachés sous la chemise en coton. Hagen serra d’une main experte les lacets qui se trouvaient de chaque côté des flancs et termina en passant la longue robe en velours noir et bleu qui finissait la tenue, appréciant la texture du tissu ainsi que les jolies broderies. Elle arrangea ensuite les laçages du devant, avant d’épousseter inutilement les plis.

Avec satisfaction Hagen observa son œuvre et se redressa. Les manches longues et le col carré mettaient en valeur la fine carrure et les clavicules, alors que les couleurs noires et bleues faisaient presque ressortir la pâleur de la peau. Dans un coin de son esprit, la guérisseuse se fit la réflexion qu’il manquait juste son collier à prisme pour parfaire le tout.

- Tu veux que je m’occupe de ta tignasse ? demanda-t-elle ensuite.

Lightning se tourna vers le miroir, passant une main dans ses cheveux.

- Allez, assied-toi, soupira Hagen.

Alors que la cocoonienne posait ses fesses sur la chaise de la coiffeuse, Hagen se dit que cette fois, c’était sûr, elles étaient en retard. Elle attrapa quand même la brosse et passa avec douceur ses doigts dans les mèches claires de Lightning. Presque blanches, aux nuances uniques de quartz. Elle se contenta de les tresser avant de reposer doucement la natte sur l’épaule.

A quelques détails près, c’était presque la même coiffure qu’elle arborait quand elle avait atterri sur Gran Pulse. Lightning frôla du bout des doigts ses cheveux, remettant doucement les mèches de sa frange en place, esquissant un léger sourire en coin dans sa direction.

- Ça te dérange de m’aider à enfiler mon ruban ? demanda ensuite Hagen, espérant la faire penser à autre chose qu’au malheur de sa situation. Après, nous allons devoir y aller, parce que nous sommes déjà probablement très en retard.

Lightning acquiesça et se leva, lui cédant gentiment sa place, tout en s’emparant du ruban de soie verte.

- Peut-être que je devrais rester ici, finit par dire Lightning, tout en enroulant le ruban autour de sa tresse.
- Pourquoi dis-tu ça ? questionna Hagen, observant la cocoonienne à travers le miroir. Vanille sera très contente que tu sois là et puis…
- Et puis ?
- J’ai entendu dire que Fergus avait levé sa punition. Il y aura Fang.
- Je croyais que je devais rester loin de la fille du chef ? s’exclama perfidement Lightning.

Elle s’éloigna de deux pas une fois qu’elle eut terminé de nouer le ruban et Hagen se releva avant de se tourner vers elle.

- Que tu sois amie avec Fang n’est pas une mauvaise chose, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire la dernière fois, contra gentiment la guérisseuse.
- Je sais parfaitement ce que tu as voulu dire, répondit doucement Lightning. Et… Je sais aussi que tu avais raison.

Hagen passa sa langue sur ses lèvres et déglutit, tandis que la jeune femme détournait les yeux. Elle était peinée d’avoir blessé Lightning. Ce n’était pas dans ses intentions, mais la peur et la colère qu’elle avait ressenties l’avaient poussée à se montrer plus dure et intransigeante qu’elle ne l’était d’ordinaire.

Hagen comprenait, maintenant, que ce qui avait tant mis Lightning en colère, n’étaient pas vraiment ses reproches, mais plutôt ce qu’elle avait elle-même réalisé. Une chose à laquelle elle avait dû penser, mais qu’elle avait occulté, trop prise par ses sentiments. Une chose qu’Hagen avait compris elle aussi, et qu’elle avait espéré freiner, si ses suppositions était réelles. La Fang d’ici n’était qu’une gamine de dix-sept ans, aussi mature qu’elle pouvait sembler. Elle n’était pas sa femme, et Lightning ne pouvait pas se permettre d’agir aussi librement et naturellement avec elle.

Elle ouvrit la bouche, s’apprêtant à dire quelque chose pour la réconforter, mais la cocoonienne la devança, s’emmurant de nouveau dans sa fierté.

- Ne devions-nous pas y aller, au risque d’être en retard ?

Hagen pinça finalement les lèvres et se contenta donc d’acquiescer. Elle se détourna vers la porte et l’ouvrit, attendant que Lightning la suive. Quand elle entendit les pas derrière elle, Hagen traversa la maison, rassurée, emportant dans son sillage la cocoonienne, et espérant secrètement que cette fête de Samain change un peu la situation actuelle au village.

oOo

La chance, avec les petits villages, c’est qu’il n’y a pas des kilomètres à faire pour atteindre la place principale. En moins de quelques minutes, Lightning et Hagen avaient rejoint l’attroupement qui s’était formé dans les hauteurs d’Oerba.

La matinée avait bien commencé et elles étaient probablement les dernières à se présenter au rassemblement. Lightning pinça les lèvres et croisa les bras autour d’elle. Un vent froid passa sur elle et elle fut ravie d’avoir pris l’initiative de mettre sa longue cape par-dessus sa robe.

L’endroit était ouvert et spacieux. Les falaises s’étendaient loin et hautes dans le ciel, tandis qu’en bas se perdait à perte de vue l’océan. La brume ne s’était pas encore totalement dissipée et l’air était encore moite. Lightning jeta un coup d’œil aux groupes de personnes. La plupart discutaient et riaient ensemble. Certain lui rendirent ses œillades et Lightning nota de la curiosité et de la surprise, en plus de ceux encore hostiles.

- Eh bien alors, Hagen ! s’exclama un grand barbu que Lightning n’avait encore jamais vu. Tu as fait la grasse matinée le jour de Samain ?

Il riait grassement et l’ancienne militaire resta en retrait, tandis qu’il s’approchait de la guérisseuse.

- Elle a du faire des folies toute la nuit ! ajouta l’homme qui accompagnait le premier.
- Vous n’êtes que deux idiots ! rit Hagen.

La guérisseuse chercha ensuite Lightning des yeux et passa l’un de ses bras sous le sien, l’incitant implicitement à marcher à ses côtés. Les deux hommes lui jetèrent un coup d’œil mais reportèrent rapidement leur attention sur Hagen, voulant visiblement ignorer sa présence. Pourtant, la rousse ne s’en préoccupa absolument pas.

- Je te présente Glen et Farell, désigna-t-elle avec un sourire. Ils appartiennent au clan Dès Kill, et leur domaine d’activité est la pêche.

Lightning se contenta de leur adresser un vague sourire forcé dont ils n’eurent rien à faire. C’était la première fois qu’elle avait affaire à un autre clan du village. En dehors des Yun et des Dia, elle n’avait eu qu’un aperçu des Dun, auquel appartenait la commerçante Fiona, et elle avait intimement fait connaissance avec le gourdin d’un Farnir. D’après Hagen, il ne restait plus que les Dès Kill et les Lier, qu’elle n’avait jamais rencontrés.

Elle avait en revanche entendu parler de ces derniers. C’était en grande partie les cultivateurs d’Oerba et Lightning avait cru comprendre, par la bouche de Vanille, que la petite blonde qu’elle avait surpris une fois en train de fricoter avec la jeune Fang appartenait à ce clan. Une boule vint nouer sa gorge et elle déglutit, préférant penser à autre chose qu’a sa femme qui vivait dans une autre époque, ainsi qu’à son jeune double qui vivait ici, mais dont elle devait rester le plus éloignée possible.

Une légère pression sur son bras la tira de ses pensées et Lightning porta son attention sur Hagen, qui faisait comme si de rien était.

- Est-ce que vous avez vu Fergus ? demanda-t-elle simplement.
- Il est à la table d’honneur. Il attendait que tu arrives pour commencer les préparatifs.
- Oh ! Alors je vais vite aller le rejoindre.

Glen et Farell, deux grand gaillards qui arborait une épaisse barbe aussi châtain et frisés que leurs cheveux, acquiescèrent simultanément et sourirent une dernière fois à Hagen avant de retourner vers leur groupe.

- Je devrais peut-être me mettre dans un coin et…
- Ne dis pas des âneries pareilles ! gronda doucement Hagen. Tu vas m’accompagner, et je suis certaine que cette journée se déroulera à merveille.
- Si tu le dis, soupira Lightning.
- Je l’affirme ! Et je t’interdis de retourner à la maison avant que je n’ai célébré la fête de Samain en qualité d’Oracle ! Compris ?
- Ce n’est pas supposé se passer une fois la nuit tombée ?
- Si ! Tu as bien appris ta leçon.

Lightning poussa un lourd soupir et suivit docilement Hagen à travers l’agglutinement des personnes. Elle commençait déjà à se sentir oppressé et l’idée de retrouver le calme de sa chambre devenait de plus en plus attrayante.

- La journée va être longue, soupira-t-elle.

Cependant, elle n’eut pas le loisir de continuer à se plaindre, car elles arrivaient déjà au niveau d’une immense table qui ployait presque sous les nombreux sacs en toile remplis de vivres. Le visage de Fergus s’éclaira à l’approche de la guérisseuse plus qu’à la sienne, et Hagen lui adressa un large sourire. Le chef du village se redressa, alors que du mouvement se faisait à ses côtés. Cependant, Lightning garda son attention focalisée sur eux, tandis que la guérisseuse s’exclamait :

- Je suis désolée pour le retard. C’est bien la première fois que ça m’arrive.
- Nous finissions par penser que quelque chose t’avais retenue, répondit Fergus d’un ton calme qui pourtant, ne laisser supposer aucun doute sur ses craintes.
- Rien de plus qu’un simple souci vestimentaire. J’ai dû apprendre à une grande fille comment mettre sa robe, se moqua gentiment Hagen.

Fergus éclata d’un rire grave tandis que les joues de Lightning se coloraient d’un rouge écarlate tellement elles chauffaient. Elle jeta un coup d’œil vers le père de Fang. Ce dernier ne lui faisait toujours pas confiance et d’ailleurs, le regard qu’il posait sur elle était plus narquois qu’accueillant. Apparemment, se moquer d’elle plaisait beaucoup à l’homme.

Si elle s’était sentie à l’aise, Lightning ne se serait pas retenue de pester contre Hagen, mais elle ne voulait pas que les habitants qui l’entouraient prennent ses reproches pour de l’agressivité. Alors elle se tut, rongeant silencieusement la morsure de l’humiliation.

Elle détourna la tête sur le côté, préférant poser ses yeux partout ailleurs que sur les deux idiots qui continuaient de rire d’elle. Puis son souffle se coupa brutalement. Son cœur fit un bond dans sa poitrine avant de se mettre à battre follement la chamade.

Ça dura peut-être seulement un quart de seconde ou une minute entière. Lightning ne le sut pas vraiment, avant que la femme qu’elle avait sous les yeux ne se tourne vers elle et que l’immense joie qu’elle avait ressenti, ne s’effondre et la broie de nouveau de l’intérieur. De profil, Lightning avait cru avoir sous les yeux, à quelques mètres d’elle à peine, sa femme. La Fang adulte dont on l’avait séparé de force. Tout était là, à l’identique ou presque maintenant qu’elle y prêtait plus attention.

La haute et svelte silhouette. La peau mate sans être burinée. Une crinière aussi noire et sauvage, mais dénuées des petites tresses que Lightning lui connaissait. La femme se tourna vers elle et s’approcha de Fergus et elle découvrit deux prunelles aussi vertes que celles de Fang, mais sans ce petit grain de beauté que son amante avait sous l’œil droit. Ce n’était pas sa femme. C’était Mirta, la mère de Fang.

Lightning avait eu l’occasion de la voir une ou deux fois quand elle accompagnait encore la guérisseuse dans les rues d’Oerba. Cependant, à s’entêter à rester enfermée dans la maison d’Hagen, elle avait presque oublié à quel point la mère et la fille se ressemblaient physiquement. Lightning avait entendu plusieurs fois dans le village, les habitants répétaient combien Fang était le portrait craché de Fergus quand ce dernier était adolescent.

Lightning, elle, avait toujours autant de mal à associer le père et la fille. Elle n’irait pas non plus jusqu’à dire qu’elle pouvait lier Mirta et Fang, après tout, sa propre femme n’avait jamais pris l’initiative de parler de ses parents, Lightning ne les connaissait donc pas. En revanche, jusqu’à présent, elle avait pu se faire un petit aperçu de la personnalité de Fergus, a défaut de celle de Mirta. Et elle désirait en savoir plus sur eux, maintenant.

Malgré ses réticences, Lightning voulait vraiment savoir quel genre de personne était les parents de son amante. Peut-être aussi que le silence de Fang avait poussé la curiosité de Lightning à s’exprimer. Les rares fois où elle avait eu la possibilité de discuter avec l’adolescente, elle avait elle-même affirmé n’avoir aucun lien avec Fergus ou Mirta et l’ancienne guerrière voulait se faire sa propre opinion sur ce sujet. Est-ce que les propos de Fang étaient fondés ? Ou bien, est-ce que c’était là la crise existentielle de n’importe quel adolescent ?

Une nouvelle pression sur son bras la ramena à la réalité et Lightning tourna la tête vers Hagen. La guérisseuse posait sur elle un regard doux et inquiet, auquel la rosée se contenta de répondre par un léger sourire.

- Hagen, fit Mirta. Nous commencions à nous inquiéter, déclara-t-elle ensuite, jetant un rapide coup d’œil vers Lightning.
- Un petit imprévu de dernière minute, répondit la guérisseuse en souriant.
- Les cocooniennes ne savent pas comment mettre une robe ! renchérit Fergus avec un rire grave. Elles ont besoin d’une nourrice !

Mirta retint un pouffement entre ses dents, et les joues de Lightning reprirent désagréablement feu.

- C’est ça, moquez-vous ! Mais je suis loin d’être une enfant ! grogna Lightning sans pouvoir s’en empêcher.

Les puissants rires de Fergus s’arrêtèrent aussitôt. Mirta jeta une œillade vers elle avant de regarder son mari. Ce dernier l’observait calmement, impassiblement et Lightning ne sembla déceler aucune hostilité ou un quelconque reproche dans ses yeux. Elle ne voyait rien. Le chef d’Oerba l’analysait ouvertement, mais il lui était impossible de savoir où cela le menait.

Elle se mordit l’intérieur de la bouche mais évita de montrer le moindre signe de remords. Lightning n’était pas du genre à mâcher ses mots. Elle disait ce qu’elle pensait, peu importe qu’elle le doive ou non et que cela plaise ou pas. Ça faisait déjà trois mois qu’elle faisait preuve de plus de patience qu’elle en avait en réserve et il était hors de question qu’elle se laisse marcher sur les pieds.

Avant d’être une cocoonienne, comme ils n’arrêtaient pas de le répéter, elle était une femme, un être humain, avec autant de verve que de caractère.

- Vraiment ? finit par répliquer Fergus. Tu n’es pas une petite fille qui se cache dans les jupes de ceux qui daignent la protéger ?
- Papa ! grogna Fang, qui venait d’arriver derrière lui en compagnie de Vanille.

Lightning porta son attention dans les prunelles émeraude de l’adolescente. Celle-ci lui adressa un sourire accueillant auquel elle répondit avec plus de réserve. Puis Lightning réalisa ce que Fergus venait de dire. L’incident qui avait eu lieu dans l’épicerie de Fiona avait dû lui être rapporté. Elle sentit de nouveau son ventre se nouer de colère et d’humiliation. Cette journée allait devenir insupportable, si ça continuait ainsi.

Ça avait dû tellement l’amuser de savoir qu’une adulte comme elle s’était fait défendre par une gamine de dix-sept ans. Elle-même avait honte. Lightning savait parfaitement être capable de s’en sortir seule, mais la crainte de faire un seul faux pas l’avait freinée jusqu’à présent dans la moindre de ses réactions. Peut-être qu’il avait raison et qu’elle avait agissait comme une enfant.

- Je remercie encore votre fille de m’avoir soutenue auprès de Fiona, mais je répète que je m’en serais très bien sortie seule.

Fergus esquissa un sourire narquois et redressa la tête.

- Eh bien, nous verrons bien ça au fils des mois, déclara-t-il. L’hiver est une saison rude, autant à cause du froid mordant, des périodes de neiges, que des créatures sauvages qui nous attaquent. Peut-être que tu auras l’occasion de nous prouver que tu n’es pas qu’une enfant précieuse de Cocoon.
- Peut-être que vous pourriez être surpris ! répliqua-t-elle tranquillement.
- Je n’attends que ça, dit-il moqueusement.

Un silence pesant les entoura, pendant lequel lui et Lightning s’affrontèrent du regard. Finalement Fergus détourna la tête vers Hagen qui était étrangement silencieuse.

- Nous allons commencer la répartition des récoltes, reprit-il. Tu restes avec moi ?
- Bien sûr ! répondit-elle aussitôt, détachant enfin son bras de celui de Lightning. Je te retrouve plus tard, fit-elle à son attention.

Lightning la regarda et acquiesça. Elle ne désirait plus qu’une chose, se trouver un coin isolé ou elle pourrait passer inaperçu. Malgré ce qu’elle venait d’affirmer auprès de Fergus, Lightning ne désirait pas attirer trop l’attention sur elle non plus.

- Est-ce que je dois rester, ou je peux m’éloigner de cette maudite table d’honneur ? maugréa Fang en s’adressant à ses parents.
- Ou est-ce que tu voudrais aller, de toute façon ? demanda sa mère. Tout le village se trouve ici et ta place aussi, Fang !
- Vous n’avez pas besoin de moi pour distribuer les récoltes, contra-t-elle.
- C’est ton rôle de savoir comment procéder !

Fang inspira profondément et pinça les lèvres.

- Tiens-toi tranquille, Fang ! pesta Fergus. Sois tu restes à nos côtés jusqu’à la fin de la distribution, sois je demande à Bernulf et Gervald de te ramener à la maison !

L’adolescente fusilla son père des yeux mais cela n’eut pas l’air de chagriner l’homme. Finalement, elle détourna la tête et ses yeux rencontrèrent ceux de Lightning. La rosée sentit une décharge électrique et une légère bouffée d’affection envahir son ventre. Elle inspira et s’arracha rapidement au regard émeraude pour se tourner vers Hagen.

- Je vais me trouver un coin tranquille dans le fond.

Hagen lui adressa un sourire réconfortant et acquiesça. Lightning ne perdit pas une seconde pour tourner les talons et traverser la foule, sans se préoccuper des regards qui se posaient sur elle.

oOo

Chapter Text

Chapitre 15

 

Presque un mois avait passé depuis qu’Etro l’avait enfin envoyée six cent ans dans son passé pour qu’elle puisse retrouver Lightning. En arrivant dans cette époque, Fang avait eu l’agréable surprise d’avoir un nouveau souvenir, mettant en scène son jeune double et sa femme.

De ce moment, elle avait ressenti autant de joie et d’amusement que de frustration et de colère. Lightning lui manquait tellement. Un peu plus de jour en jour. Et Fang avait été témoin de la complicité naissante entre son amante et la jeune adolescente qu’elle-même avait été.

Tout ça n’était plus qu’un passé qu’elle avait mis derrière elle depuis longtemps. Un passé rempli de bons mais aussi de mauvais souvenirs et surtout, remplis de colère. Un passé auquel Fang s’était promis de ne plus jamais penser. Elle s’était réveillée de six siècles de cristallisation, avait combattu son destin pour se créer un nouvel avenir et elle avait réussi.

Suite à cela, elle avait voulu oublier le drame et l’horreur de cette vie passée. Fang avait voulu oublier la jeune fille qu’elle avait été à cette époque. Ici, elle n’était qu’une gamine insouciante qui ne voulait qu’une chose, crier haut et fort son indépendance, sans savoir vraiment comment faire ça dans un monde pareil. L’adolescente de ce temps pensait que tout était facile, qu’il suffisait de le vouloir et de l’exprimer. Elle ne faisait attention à rien et ne se préoccupait de pas grand-chose, aucune conséquence ne lui importait, d’où le fait qu’elle ait proposé sans réfléchir à Lightning, si elle voulait l’accompagner à la chasse.

C’est ce comportement qui pousserait la jeune Fang à décider volontairement de devenir une l’cie dans quatre ans. Et Fang voulait que l’histoire se répète. Elle craignait déjà que leur présence ne change toute l’histoire. Il suffisait d’un rien. D’un tout petit évènement de rien du tout pour créer un effet boule de neige et renverser entièrement le cours de l’histoire. Et si cela arrivait, alors tout pourrait être différent. Qu’est-ce qui lui garantirait que Lightning existerait ? Ou qu’elle ne mourrait pas ? Que finalement, leur destin commun n’existerait plus ?

Tout son être se révoltait contre ça et Fang était en colère contre son amante pour avoir autant sympathisé avec Vanille, Hagen et surtout avec la jeune Fang. Elle avait aussi risqué avec une totale imprudence sa situation dans le village. Et ce n’était pas son genre. Fang savait parfaitement que Lightning n’était pas quelqu’un que l’on pouvait qualifier de naïf ou d’inconscient. Certes, elle pouvait parfois se montrer un peu trop téméraire, mais elle avait changé depuis leur combat contre Cocoon. Aujourd’hui elle avait une famille, Serah était en vie et elle l’avait, elle. Lightning ferait tout pour survivre.

Mais elle s’était laissé emporter par ses sentiments. Dans un sens Fang pouvait la comprendre. Après plusieurs mois à rester confinée dans Oerba comme un animal en cage, à être considérée comme un monstre sans personne autour d’elle qu’elle connaissait et aimait, se rapprocher de la jeune Fang avait dû lui paraitre réconfortant et apaisant. Lightning avait seulement dû vouloir ressentir à nouveau la paix, la confiance et l’amour qu’elle éprouvait en sa propre présence. Mais Fang ne pouvait accepter aussi facilement que son amante se laisse entraîner par l’adolescente qu’elle avait été. Lightning ne pouvait pas associer la jeune fille à la femme qu’elle était devenue. Peu importe où ses sentiments la menaient ainsi que le manque, la solitude ou la peine qu’elle ressentait, Fang n’accepterait pas qu’elle se tourne vers la pâle copie qu’était l’adolescente.

Elle soupira fortement, croisant les bras autour d’elle. Le froid s’était installé depuis plusieurs jours déjà et les semaines avaient défilé à vive allure. Avant que Fang ne le réalise, la fête de Samain avait déjà entamé son sabbat. Assise sur la rambarde d’une clôture en bois, elle se fit la réflexion que ce qui était pas mal dans un petit village, c’était que certaines célébrations se déroulaient plus rapidement qu’ailleurs.

Fang se rappelait que sur Oerba, la fête de Samain commençait dans la matinée et se finissait tard dans la nuit. Ici, dans ce petit camp de chasseur, ils avaient eu la possibilité de débuter la distribution des vivres en début d’après-midi et cela avait pris à peine quelques heures pour que chaque clan ait ce qu’il leur fallait pour passer l’hiver.

Pendant le mois qui s’était écoulé, Lucia, Briac et Gildas leur avait expliqué le mode de fonctionnement du village. Mais aussi les différents clans qui l’habitaient. De par sa petite taille, même s’ils étaient au nombre de quatre clans, les familles étaient moindres et peu nombreuses. Fang et Vanille avaient noté quelques vieillards qui allaient probablement avoir du mal à survivre à l’hiver rude des étendues centrales. Le peu de couple qu’il y avait n’avait qu’un enfant et Fang avait déjà remarqué le visage angoissé d’une jeune mère de famille, qui s’inquiétait pour son nourrisson.

Le bébé ne devait pas avoir plus de trois mois et la première maladie qu’il attraperait pourrait bien lui être fatale. Il y avait ensuite les orphelins qui prenaient soin des plus jeunes et les adultes qui prenaient soin de tout le monde. C’était une vie bien plus miséreuse que celle qu’elle et Vanille avaient connu sur Oerba, mais Fang avait aussi pu voir le plaisir et la joie de ses habitants. Ils savaient que les prochains mois allaient être difficiles, voire mortels pour certains, mais elle n’en avait entendu aucun se plaindre et chacun exerçait son rôle au sein du village pour la bonne marche du camp.

Ni elle ni Vanille n’avaient eu à voir le mode de vie de ces petits hameaux quand elles étaient encore de cette époque. Fang se rendait compte que sur Oerba, la vie y était presque oisive, à côté de la rudesse des terres sauvages. Cocoon y était certainement aussi pour beaucoup, mais là, il était surtout question de l’infertilité de ce sol. Les villageois se rendaient parfaitement compte que c’était en partie à cause de ça que leur vie était aussi précaire.

- Pourquoi ne pas tout simplement changer d’endroit pour une meilleure vie ? marmonna-t-elle entre ses dents.
- Parce que c’est chez nous depuis des générations, lui répondit une voix qui la fit brutalement sursauter.

Jusqu’à présent, Fang était vaguement concentré sur le feu de joie qui brûlait vivement au milieu du camp. Chacun y avait jeté sa buche et fait son vœu pour l’hiver à venir et l’ancienne habitante d’Oerba avait déconnecté pour penser à tous les problèmes qui l’accaparaient dernièrement. La nuit était tombée depuis un moment déjà et Fang s’était volontairement mise de côté, au contraire de Vanille, qui discutait et riait avec tout le monde.

Elle tourna la tête sur le côté, pour découvrir le visage souriant de Lucia. Fang ne l’avait pas entendue se rapprocher d’elle. Il y a encore quelques minutes, quand elle avait eu un rapide instant de lucidité, Fang avait vu la jeune femme en train de danser avec son mari au pied du feu. Assez loin d’elle donc et ne donnant absolument pas l’impression de se préoccuper de sa personne.

Ça convenait plutôt bien à Fang. Elle ne voulait pas se rapprocher de ces gens ni se lier d’amitié avec eux. Elle voulait garder une certaine distance et ne pas oublier le but de sa présence ici. Dans un coin de son esprit, elle ne cessait de se répéter que même si tout ceci était réel, en réalité tous ces gens étaient morts depuis des siècles et qu’elle ne faisait plus partie de cette époque.

Si ça ne tenait qu’à elle, Fang serait partie sur le champ pour Oerba. A bonne allure et à dos de chocobos, elle pouvait parfaitement réduire son voyage à un mois. Mais les pluies n’avaient pas cessé et quand elle avait remis le sujet sur le tapis quelques jours auparavant, Gildas et Briac avaient désapprouvé son idée. Il était hors de question qu’ils partent sur les routes par ce temps, laissant femmes, enfants et vieillards seuls au village et sans protection. De ce qu’elle avait compris, les deux hommes faisaient office de chefs pour leur peuple et Fang avait été obligée d’abdiquer. Elle avait bien essayé de leur dire qu’elle pouvait parfaitement partir seule, qu’elle et Vanille étaient capables de s’en sortir et qu’elles connaissaient bien les terres de Gran Pulse, le fait qu’ils les aient retrouvées gisant inconscientes dans un fossé les empêchaient apparemment de la croire. Pourtant, elle était certainement plus apte à affronter les créatures de Pulse que ce groupe de chasseurs, pas qu’elle mette en doute leurs capacités. Par chance, Briac et Gildas avaient retrouvé sa lance à quelques mètres de là où elle avait atterri et si elle le voulait, Fang pourrait leur montrer qu’elle était loin d’être une faible femme, comme ils avaient l’air de le penser secrètement.

Cependant, en dehors de ça, elle leur était toujours très reconnaissante de leur accueil. Grâce à eux, Vanille et elle avaient un abri pour l’hiver malgré l’impatience qui commençait sérieusement à la ronger.

- Je suis désolée, finit-elle par répondre à Lucia, qui avait tourné les yeux vers le feu de joie.

Une épaisse fumée noire montait dans le ciel, se mélangeant aux nuages chargés de pluie. Celle-ci les avait agréablement épargnés pour la journée, mais ils avaient tous déjà presque les pieds dans l’eau et Fang était ravie d’avoir en sa possession sa merveilleuse paire de bottes, plus étanche que les souliers des villageois.

Elle et Vanille avaient atterri ici avec tous leurs vêtements et étaient, par ce fait, épargnés de devoir porter la mode de l’époque. Lucia avait bien tiqué sur leur accoutrement, mais le simple fait que Vanille lui explique qu’elle adorait confectionner toutes sortes de tenues avait suffi à ce qu’elle n’en demande pas plus. Surtout, heureusement pour elles que sa cadette était effectivement une fée de l’aiguille et du fil à coudre, parce que Fang ne savait pas comment elle aurait pu expliquer son mensonge, si Lucia lui avait demandé de lui créer un vêtement.

Un groupe de saltimbanques jouait de leurs mandolines et de leurs luths, accordant une partition de musique qu’ils avaient certainement l’habitude de jouer chaque année. Les femmes et les enfants dansaient tous ensembles, tandis que les hommes profitaient des dernières gouttes de vin. Les vieillards restaient sagement assis et observaient, de leur regard triste qui a déjà beaucoup trop vécu, les jeunes s’amuser.

Lucia tourna la tête vers elle et haussa les sourcils.

- De quoi êtes-vous désolée ?
- Je ne voulais pas me montrer… impolie, répondit Fang, hésitante.
- Vous ne l’avez pas été, la rassura Lucia. Vous n’êtes pas la première à vous poser la question. Beaucoup d’autre nous en ont aussi fait la remarque.

Un court silence les enveloppa, pendant lequel les deux femmes gardèrent les yeux rivés sur les villageois qui dansaient et riaient au milieu du village.

- Mais comme Oerba et votre maison, ici, c’est chez nous. C’est peut-être naïf et stupide, reprit Lucia. Après tout, nous pourrions certainement avoir une vie meilleure en allant nous installer ailleurs. Mais nos arrières-grands parents ont construit ce village et nous nous sommes toujours efforcés de le maintenir.
- Sauf que cela risque de devenir de plus en plus difficile, fit Fang d’une voix calme. En dehors de votre sol infertile, l’armée de Cocoon vous prendra le peu que vous ayez.
- Nous nous battrons ! affirma Lucia.

Fang tourna la tête vers la grande brune qui l’avait recueillie. Elle l’observa longuement et elle savait que Lucia se laissait gracieusement faire. Il y avait de l’assurance dans le visage de cette femme, aucune peur, aucune colère. Juste quelqu’un qui voulait survivre et qui combattrait pour garder intact ce qu’elle chérissait le plus au monde. Finalement Lucia la regarda à son tour et lui adressa un large sourire.

- Vous aussi, vous allez vous battre, n’est-ce pas ? demanda-t-elle.
- Comment ça ? répondit Fang en fronçant les sourcils.
- Vous êtes une l’cie, dévoila Lucia. J’ai vu la marque quand j’ai pris soin de vous.

La pulsienne d’Oerba se retint de porter sa main à ses côtes, là où se situait sa nouvelle marque de l’cie. Etro avait fait en sorte de ne pas la placer sur son épaule, là où elle avait été marquée une première fois, et quand elle s’en était rendue compte, Fang en avait été soulagée. Si cela était possible, elle avait dans l’idée de le cacher à Lightning. Après tout, elle avait choisi en son âme et conscience de reprendre la marque, et elle n’était pas sous le joug d’un fal’cie, mais sous celui de la déesse de la mort.

Fang n’était pas forcément certaine que ça soit mieux. Etro lui avait bien fait comprendre qu’elle n’en avait rien à faire qu’elle périsse, tant qu’elle sauvait sa championne. Et elles étaient au moins toutes les deux d’accord sur ce point. Avec une pointe au cœur, Fang savait parfaitement ou ce choix allait la conduire, mais même si elle avait refusé de redevenir une l’cie, elle n’était pas sure qu’Etro en aurait tenu compte.

La déesse de la mort avait pris contact avec elle quelques jours après son arrivée. Fang était effectivement de nouveau une l’cie, mais certainement pas pour combattre une fois de plus Cocoon, son armée et ses fal’cies. Elle avait une autre mission. Celle d’empêcher que Bhunivelze ne parvienne à ses fins.

D’après Etro, le créateur de tout l’univers aurait retrouvé la plus grande majeure partie de ses forces.

- Je me suis trouvé des alliés dans la cité du Valhalla, lui avait-elle déclaré d’une voix d’outre-tombe. Et nous le maintenons difficilement derrière les portes de sa prison, mais cela ne va pas durer longtemps.

Bhunivelze avait apparemment réussi à absorber du pouvoir du chaos et il s’était créé à son tour ses propres champions. Des champions qu’il avait envoyés sur Gran Pulse et qui préparaient un coup d’éclat. Il était prêt à tout pour anéantir Lightning, et Etro était prête à tout pour récupérer sa propre championne. Tout ça pour une guerre entre deux dieux. Fang avait l’impression d’être face à deux chiens qui se battaient pour un même morceau de viande, et au milieu de ça, c’était sa femme qui avait le désagréable et peu valorisant rôle du morceau de viande.

- Votre voyage consistait à vous rendre jusqu’à la tour Taejin, là où réside les fal’cies de Gran Pulse, pour devenir une l’cie et prendre les armes contre Cocoon, n’est-ce pas ?

Fang ouvrit la bouche pour répondre, mais la referma aussitôt. Elle pinça les lèvres ne sachant pas que dire exactement. Elle avait affirmé être une native de Gran Pulse, d’Oerba. A cette époque, la seule chose qui faisait encore vivre les pulsiens était cette lutte acharnée contre Cocoon. Cette guerre qui déchirait les deux peuples et qui se finirait inévitablement par la victoire du monde-sphère.

- Une guerre se prépare, déclara ensuite Lucia. Je le sens. Tous les villages sont en effervescence. Tous les peuples sont en colère d’être ainsi traités par Cocoon, qui se croit supérieur.

Fang resta silencieuse et finit par lever le nez vers le ciel. Au milieu des épais nuages qui annonçaient prochainement de nouvelles fortes pluies, elle pouvait voir l’immense globe que représentait Cocoon. Imposant et menaçant, comme une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes à tous.

- Est-ce que vous pensez que ce soit vraiment une bonne idée ? demanda-t-elle finalement.
- Etes-vous contre ? interrogea Lucia.

La pulsienne d’Oerba redressa son dos et appuya ses mains sur la rambarde de la barrière en bois sur laquelle elle était toujours assise. Elle soupira lourdement et secoua la tête. Ses yeux fixaient les enfants qui courraient partout en riant. Elle comprenait ce que c’est gens désirait protéger.

- Non, pas vraiment, répondit-elle au bout de quelques instants.

Du moins, la Fang de cette époque n’y serait absolument pas contre dans quatre ans. Elle se jetterait même dans la gueule du loup à ce moment-là, sans réfléchir, comme ça lui faisait défaut à cet âge.

La première fois qu’elle avait rencontrée Light, Snow, Sazh et Hope, Fang avait éprouvé autant de dégoût, de rancœur que de suspicion à leur encontre. Elle avait mis du temps à les apprécier et encore plus à leur faire confiance. Elle avait été écœurée de voir dans quelle oisiveté et avec quelle facilité les gens de Cocoon vivaient. Ils leur avaient tout pris et les cocooniens prenaient encore la guerre de Transgression comme une victoire sur Gran Pulse, qu’ils pensaient toujours n’être qu’un enfer invivable. Fang avait été horrifiée de voir que pour beaucoup, les mentalités n’avaient pas changé en six siècles, mais elle avait été aussi agréablement surprise de découvrir qu’il y avait des personnes qui ne se laissaient pas dicter leur jugement.

Elle avait découvert qu’ils y avaient des cocooniens qui étaient assez téméraires et courageux pour affronter le système abusif des fal’cies. Fang avait combattu avec plaisir aux côtés de ses amis et, à sa plus grande surprise, elle était tombée profondément amoureuse de l’une d’elle. Et pas la plus facile, rit-elle intérieurement. Peut-être que c’était justement ça qui l’avait faite craquer. Lightning était sauvage, forte et charismatique. Elle était aussi juste et loyale et, au fond d’elle, Fang avait l’impression d’y voir briller l’âme d’une pulsienne. Un animal indomptable à qui on ne dicte pas sa conduite, mais avec qui on apprend soi-même à vivre.

- Je me demande seulement comment ça serait, si nous pouvions éviter cette guerre, avoua calmement Fang. Au fond, je sais que nous sommes tous pareils, mais probablement que c’est encore beaucoup trop tôt pour que les cocooniens et même les pulsiens, ne s’en rendent compte et l’acceptent.
- Peut-être qu’un jour, nos deux peuples arriveront enfin à s’entendre, répondit doucement Lucia.

Fang pouvait percevoir une note d’espoir dans le ton bas de la grande brune et elle sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Cocoon et Gran Pulse n’arriveraient jamais à s’entendre. Pour cause, le monde d’en bas serait laissé pour mort, désœuvré et anéanti par la force de frappe de Cocoon. Il périrait au fil des siècles, pour ne laisser derrière lui qu’un monde détruit et désertique, comme Vanille et elle l’avait découvert en remettant les pieds sur le sol de leur pays natal.

Les quelques pulsiens qui avaient survécu devaient être morts depuis longtemps et si ce n’était pas le cas, ils devaient être terrorisés par ce qui s’était passé sept ans auparavant. Malgré la chute de Cocoon et le fait que tout le monde vivait maintenant sur le même sol et arborait la même bannière, les vrais pulsiens devaient avoir du mal à le tolérer. Et en dehors de ça, avant d’en arriver à cette égalité entre leurs deux peuples, il faudrait attendre six cent ans. Fang ne voulait pas refaire partie de tout ça. Et elle ne voulait pas non plus le revivre, même en tant que spectatrice.

Au loin, elle voyait Vanille assise par terre. La plupart des enfants, tous âgés entre trois et neuf ans, l’entouraient et tournaient en rond autour d’elle. Sa cadette semblait se prendre au jeu et surtout, elle semblait beaucoup trop se prendre d’affection tout ce joli monde. Fang porta une main à son front et se frotta une tempe. Elle sentait un mal de tête poindre le bout de son nez et son esprit se rebeller contre de vagues souvenirs qui venaient parfois en flash.

Une vague de colère la saisit subitement, alors qu’elle pouvait se rappeler d’évènements provenant de la jeune Fang, qui avaient dû se dérouler dans la journée même. Peut-être même dans la soirée vu l’heure avancée qu’il était. Elle descendit de la rambarde et adressa un rapide coup d’œil à Lucia.

- Je suis désolée, mais je crois que je vais aller me coucher. Je suis épuisée, déclara-t-elle.
- Très bien. Bonne nuit, Sunny.

Fang réagit à peine à son supposé prénom. Elle posa ses yeux sur Vanille, se demandant si elle devait aller la chercher et l’éloigner de cette vie qu’elle avait l’air d’apprécier, mais qui n’était pas la sienne. Avait-elle seulement pensée à leur maison depuis le mois qui s’était écoulé ? Avait-elle pensé à leur situation ? A Hope qui devait se faire un sang d’encre ?

Finalement elle soupira et tourna les talons. Aujourd’hui était la fête de Samain et elle ne voulait pas la lui gâcher. Fang se dirigea alors vers la plus grande des maisons en bois du camp et y pénétra aussitôt une fois qu’elle eut atteint la porte. Elle traversa la demeure d’un pas assuré, rejoignant directement sa chambre. De la fenêtre, elle pouvait voir la pleine lune se tenir fièrement au côté de Cocoon, donnant l’impression pendant la nuit, d’avoir en face d’elle un ciel unique à deux lunes, mais dont l’une était un véritable poison pour leur monde.

Fang alla fermer les rideaux et assis sur le bord de son lit. Elle ôta ses bottes, qu’elle déposa aux pieds du lit et s’allongea enfin avec un profond soupir. Quand elle ferma les yeux, les souvenirs qu’elle avait de son jeune double se firent plus nets et elle déglutit en rouvrant les yeux sur son plafond.

Une brûlure acide envahit son ventre, tandis qu’une boule lui nouait la gorge. Elle était vraiment fatiguée, mais plus que ça, le manque de Lightning se faisait toujours plus douloureux. La plupart du temps, elle essayait de ne pas y penser, mais ce n’était pas aussi facile. A cela s’ajoutait toujours la peur d’échouer, d’arriver trop tard et de retrouver Lightning gisant dans son propre sang, tuée par les champions de Bhunivelze.

Fang ruminait encore ses sombres pensées quand la porte de la chambre s’ouvrit, un long moment plus tard. Elle ne se posa pas la question de savoir qui c’était, elle le savait déjà. Elle se tourna sur le côté et un instant après, le corps fin de Vanille vint se coller dans son dos.

- Tu dors ?

Fang eut envie de le lui faire croire, mais une note de tristesse dans la voix de sa cadette la fit soupirer.

- Non, répondit-elle sans pour autant se retourner.
- Pourquoi tu es partie ? Tu es en colère ? demanda doucement Vanille.
- Non ! Tu devrais dormir, il est tard.

La brune sentit la rouquine se redresser à ses côtés et elle ferma les yeux. Pourquoi fallait-il qu’elle vienne lui demander des comptes maintenant ? C’était probablement le moment le moins propice à ce qu’elle reste calme.

- Je sais que tu es en colère, Fang ! Ça fait trois jours que tu m’adresses à peine la parole.
- Vanille…
- Pourquoi tu réagis comme ça ?
- Et toi ?

Fang avait rouvert brutalement les yeux et avait tourné la tête vers la rousse. Celle-ci avait la bouche entrouverte et l’observait, l’air confus.

- De quoi, et moi ? demanda-t-elle enfin.
- Est-ce que tu te rappelles pourquoi on est là ? Tu te rappelles que ce n’est pas chez nous, ici ? Que ce peuple, ce monde, cette époque, n’est plus la nôtre ?! Est-ce que tu penses à Hope ?
- Pourquoi tu me dis ça ? Bien sûr que j’y pense ! Tous les jours, surtout à Hope !
- Vraiment ? ironisa Fang. Laisse-moi en douter. Tu as l’air de vraiment te plaire ici !
- J’essaie juste… De prendre le bon côté des choses ! Et ça me rappelle tellement… C’est difficile…
- C’est toi qui m’as suivie ! Tu t’es jetée dans la faille avec moi, alors que je t’avais demandé de rester sur New-Bodhum. Tu savais parfaitement où nous allions.
- Oui, je le savais ! s’énerva soudainement Vanille en se relevant du lit.

Fang s’assit de son côté et l’observa. Dans la pénombre, elle distinguait à peine ses yeux brillés, et la couleur de ses cheveux dans les rayons de lumière qui filtraient à travers les rideaux.

- Je le savais, répéta-t-elle plus doucement. Mais je ne pouvais pas te laisser partir seule, et je ne pensais pas que ça serait si difficile de faire face à la misère qu’était Gran Pulse à cette époque. J’avais presque… Oublié.

Une note de reproche et de regret se faisait entendre le ton de sa voix. Fang soupira.

- Allez, reviens t’allonger, fit-elle en se tendant pour attraper le bras de Vanille.

Elle la tira vers le lit sur lequel elle la força à s’étendre de nouveau. Vanille vint aussitôt se caller dans son giron et Fang la serra contre elle.

- Excuse-moi de m’être mise en colère.
- Non, c’est rien. Tu as raison, je le sais. Je sais que tous ces gens, sont des gens morts depuis longtemps pour nous. Que cette époque n’est plus la nôtre. Mais je ne pensais pas que ça serait aussi dur. Je sais que nous sommes là pour retrouver Light et la ramener à la maison, et je t’assure que je veux mener à bien cette mission. Mais je n’arrête pas de penser à nos familles sur Oerba. Je suis objective face à tout ça, Fang, mais je suis triste en même temps.

Un profond silence s’étira dans la chambre et, pendant une seconde, Fang crut que Vanille s’était endormie. Cependant, elle fut légèrement surprise en constatant que ce n’était pas le cas, quand la plus jeune reprit :

- Comment tu fais pour être aussi distante par rapport à tout ça ?
- Je crois, que j’ai dû bloquer mon esprit sur Light et sur rien d’autre, rit doucement Fang.
- Ce n’est pas nouveau, ça.

Elles pouffèrent de rires ensemble, complices comme elles l’avaient toujours été.

- Elle ne pouvait pas se mettre à dos quelqu’un de plus facile à combattre qu’un dieu ? demanda ironiquement Vanille.
- Si elle était là, je suis certaine qu’elle t’aurait répondu que ça aurait été moins amusant.

Un soupir amusé lui répondit et Fang sourit, les yeux fixés sans le voir sur le plafond.

- J’ai des souvenirs de la jeune Vanille… Avec Light, déclara-t-elle après un instant. Tu veux que je te les raconte ?

Fang y réfléchit pendant un moment avant de répondre.

- Non, je vais me contenter des miens.
- Bien ! Alors bonne nuit.
- Bonne nuit, Vanille.

La rouquine regagna son lit et Fang se retourna sur le côté. Elle passa une main sous son oreiller et ferma les yeux, s’endormant presque aussitôt.

oOo

Du côté d’Oerba, la fête de Samain battait son plein. C’était ainsi chaque année et Hagen profitait d’un moment de calme, pour observer de loin l’ambiance festive qui régnait. Un verre dans une main et un sourire aux lèvres, elle ne se préoccupait pas du vent froid de cette fin octobre, qui s’engouffrait dans les mailles de son châle en laine.

Les enfants couraient partout, la musique résonnait dans toute la place, tout comme les rires et les nombreuses discussions qui bourdonnaient à ses oreilles. La journée avait été longue mais Hagen l’avait trouvé plaisante et paisible. Elle avouait avoir craint que la présence de Lightning échauffe certains esprits à qui il ne fallait pas grand-chose. Mais à sa plus grande surprise, autant Ranulf que tout le clan Farnir étaient restés calmes et corrects.

Peut-être que c’était en partie dû aussi au fait que la cocoonienne s’était isolée dans un coin et ne s’était pas vraiment faite remarquer de toute la journée. La distribution des vivres pour l’hiver avait été longue et Hagen n’avait pas eu le loisir de s’occuper de son bien-être. Elle avait été obligée de s’en remettre à la bonne foi de Lightning à ne pas commettre d’impair. Fergus avait ensuite accaparé son attention et elle avait participé activement au partage des récoltes.

La soirée venait à peine de tomber et le jour déclinait déjà. Le soleil s’était caché toute la journée derrière de lourds nuages gris, annonçant certainement de fortes pluies pour la nuit à venir. Ils allaient bientôt pouvoir profiter du banquet et allumer l’immense feu de joie d’Oerba. Il serait prochainement l’heure qu’elle célèbre la transition entre la saison chaude et la saison froide et Hagen se rejouait régulièrement toute la cérémonie dans sa tête.

Elle porta son verre à ses lèvres, appréciant le goût sucré de sa liqueur tandis que du coin de l’œil, elle remarquait la présence de quelqu’un qui venait de se poster à ses côtés. Hagen se passa la langue sur les lèvres et jeta un coup d’œil dans sa direction, découvrant l’imposante carrure de Fergus.

- Je te manquais déjà ? fit-elle malicieusement.

Le chef d’Oerba émit un rire grave et secoua doucement la tête. Il tenait un verre de vin dans une main, qu’il porta lentement à sa bouche avant d’en boire une lente gorgée. Hagen le vit déguster le liquide, semblant plongé dans ses pensées.

- Quelque chose te tracasse, Fergus ? demanda-t-elle plus sérieusement.

Il haussa les sourcils et soupira lourdement, puis tourna enfin la tête vers elle.

- Je m’inquiète pour l’hiver à venir, révéla-t-il tranquillement.
- Comme nous tous, chaque année.

Il se détourna, portant son regard au loin. Il semblait traverser la foule pour se poser sur l’objet de ses inquiétudes et instinctivement, Hagen suivit son regard. Ses yeux tombèrent aussitôt sur Lightning, qui se tenait à l’autre bout de la place aux côtés de Fang et de ses chaperons.

La fille de Fergus semblait déchainée et la cocoonienne ne donnait pas l’impression de participer activement à l’ambiance festive. De là où elle était, Hagen pouvait voir Bernulf et Gervald taquiner l’héritière d’Oerba, alors que cette dernière voulait apparemment attirer l’attention de Lightning.

- J’ai un mauvais pressentiment cette année, déclara soudainement Fergus, la ramenant à la réalité.

Hagen fronça les sourcils et porta son regard sur l’homme à ses côtés. Il en fit de même et ils se fixèrent un instant en de soupirer de concert.

- Je ne pense pas… commença Hagen, avant de se faire couper par Fergus.
- Quelque chose se prépare, j’en suis certain ! L’arrivée de cette cocoonienne, mariée à une pulsienne ! L’armée de Cocoon qui est étrangement calme depuis plusieurs mois ! Aucune attaque venant des plaines à craindre depuis presque autant de temps… C’est beaucoup trop calme.

La guérisseuse soupira et termina son verre d’un trait avant de le poser sur le rebord en pierre de la place. Elle croisa ensuite les bras sous sa poitrine. Il avait raison sur ce point. D’habitude, ils essuyaient régulièrement des attaques provenant de Cocoon. Et si cela ne venait pas d’eux, alors ça venait des créatures qui vivaient dans les plaines et qui recherchaient, elles aussi, de la nourriture.

Cependant, tout le village avait passé un été paisible et si Hagen ne se trompait pas, ils n’avaient pas essuyé d’attaque depuis l’hiver dernier et ça n’avait rien eu de méchant, comparé à ce qu’ils avaient déjà connus.

- Et si on rajoute à ça le fait que tu m’aies menti il y a un mois ! reprit Fergus aigrement.
- Je ne t’ai pas ment…
- Arrête Hagen ! Je te connais bien ! Je sais que tu m’as menti et que cette…
- Fais attention à ce que tu vas dire, prévient-elle.
- Femme… Cette femme était avec ma fille ! cracha-t-il finalement.

Hagen pinça les lèvres et resta silencieuse. Elle préférait éviter de répondre, que ça soit pour lui donner raison ou démentir une fois de plus.

- Regarde-la ! maugréa-t-il. Fang a le cerveau à l’envers depuis que cette femme est arrivée ici !
- Maintenant, ça va être la faute de Lightning si ta fille est ingérable ?
- Je n’ai pas dit ça !

La guérisseuse lui adressa un regard suspicieux et renifla dédaigneusement. Hagen esquissa un sourire en coin et secoua doucement la tête. Fergus adorait sa fille et Hagen se rappellerait toujours du jour de la naissance de Fang. Elle était la seule et unique enfant que lui et Mirta avaient réussi à avoir, leur petit trésor, qui avait mis très longtemps à présenter le bout de son nez. Elle se souviendrait toujours de cette petite crevette un peu informe et qui arborait déjà une épaisse tignasse brune.

Fang était née le jour de la Beltaine. Quand la saison froide laisse enfin sa place à la saison chaude. Fergus et Mirta avait donc choisi de l’appeler Sunny. Cependant, le nourrisson s’était montré tellement vorace à téter le sein de sa mère, que Fergus en avait ri a en avoir les larmes aux yeux. Il avait ensuite regardé Mirta et lui avait dit que Fang lui irait comme un gant.

Jamais Hagen n’avait vu Fergus aussi heureux que le jour de la naissance de sa fille. Même encore, il était fier de son enfant, mais Fang avait grandi et il ne savait plus comment lui parler. Eux qui étaient si proches, avaient aujourd’hui mis une distance considérable entre eux. Il ne l’écoutait plus et Fang était une adolescente révoltée, pleine de fougue et de désirs d’indépendance. Elle adorait son pays natal, mais elle ne supportait pas l’injustice dans laquelle Cocoon les faisait vivre. En revanche, elle était indéniablement attirée par Lightning, au point d’en oublier la jolie Lynae, qui nourrissait pourtant une profonde affection pour elle.

- Fang à dix-sept ans, Fergus, fit soudainement Hagen, attirant l’attention de l’homme sur lui. Elle est jeune et fougueuse dans un monde ou Cocoon restreint nos vies, elle…
- Est-ce que tu es sûre des suppositions que tu as avancées la dernière fois ? demanda-t-il abruptement.
- Fergus, soupira Hagen.
- Je te pose seulement une question.
- Que tu m’as déjà posée plusieurs fois. Je vais te répondre la même chose. Je ne suis certaine de rien en dehors du fait que Fang et Lightning sont extrêmement liées, ce qui doit impliquer qu’elle ne vient pas… de notre époque.
- Je refuse que ma fille épouse une cocoonienne ! cracha-t-il. Si elle veut épouser une fille, la petite Lynae…
- Tu ne peux pas choisir à sa place, Fergus ! coupa durement Hagen. Tu ne sais pas ce que l’avenir nous réserve ! Notre Fang est peut-être jeune, mais ce n’est plus vraiment une petite fille ! Et j’ai confiance dans le jugement de la Fang adulte, même si je ne la connais pas.
- Tu racontes n’importe quoi ! grommela Fergus.
- Tu ne connais même plus ta propre fille, Fergus, soupira la guérisseuse. Si tu prenais le temps de t’attarder un peu sur elle autrement que pour la réprimander ou lui faire continuellement des reproches, toi aussi tu pourrais entrevoir la femme qu’elle va devenir.

Le visage de Fergus venait de se fermer, affichant un air dur. Ses paroles ne lui plaisaient pas, elle le savait, mais ça faisait longtemps qu’elle voulait lui ouvrir un peu les yeux sur sa relation avec Fang. Ils vivaient tous dans un monde instable ou la mort était omniprésente, lui le premier devrait le savoir. Ce n’est pas quand c’est trop tard qu’il faut avoir des regrets. Et ce n’était pas quand il sera trop tard, qu’il faudra qu’il se rende compte qu’il a raté des choses importantes avec Fang. Mais cet homme était tellement borné qu’Hagen n’était même pas certaine que ses paroles portent leurs fruits.

- Je n’ai pas affirmé être certaine que Fang soit la femme de Lightning, j’affirme seulement qu’elles se connaissent et sont proches, c’est indéniable. Et si elles sont vraiment mariées, alors je pense que la Fang adulte a fait le bon choix.
- Je crois que tu perds la tête avec l’âge ! pesta Fergus.
- Et moi, je pense que l’âge te rend aigri et stupide ! répliqua-t-elle. Maintenant, si tu permets, je vais me préparer pour la cérémonie.
- Hagen…
- Continuons de vivre au jour le jour, nous verrons bien par la suite. Je suis sûre que nous réussirons à nous en sortir, quand nous nous retrouverons devant les épreuves.

Hagen se détourna ensuite, ne laissant pas le temps à Fergus de répondre. C’était perdu d’avance de toute façon. Il s’était mis dans la tête que sa fille n’épouserait jamais une cocoonienne, sans se préoccuper des choix de Fang. Quoiqu’il arrive, personne ne savait ce qui allait se passer dans quelques années, mais si Fang avait laissé une chance à Lightning, c’était certainement parce que cette femme le méritait.

Cependant, il avait raison, tout ce calme était inquiétant et l’arrivée de Lightning ne pouvait être aussi anodine. Hagen porta son regard sur la jeune femme à l’autre bout de la place. Est-ce qu’elle savait quelque chose ? Etait-elle au courant de la raison pour laquelle elle avait atterri aussi soudainement sur Oerba ?

Hagen se souvenait que Lightning lui avait demandé s’il était possible qu’elle se rende au temple d’Etro. Est-ce que la déesse était derrière toute cette histoire ? Est-ce que les prochaines tragédies qui allaient survenir allaient être de la faute des dieux ? Et si c’était le cas, qu’est-ce que Lightning, une simple humaine, avait à faire là-dedans ?

- Allez Hagen ! Ça va bientôt être à toi ! s’écria Glen du clan Dès Kill.

Elle l’avait croisé le matin même et maintenant en fin de journée, lui et son grand ami Farell étaient imbibés par le vin. Hagen esquissa quand même un sourire et secoua la tête, amusée. Elle quitta rapidement des yeux les deux hommes ivres qui se tenaient bras dessus, bras dessous, pour le reporter sur Lightning. Hagen soupira et enferma pour un temps encore ses inquiétudes. Il fallait qu’elle ait les idées claires pour exercer à la perfection sa cérémonie. Une fois que ceci serait fait, elle aurait de longs mois d’hiver pour se poser de nouveau tout un tas de questions.

oOo

Il lui semblait que la soirée était tombée à une vitesse affolante. Un vent froid soufflait sur la place du village depuis quelques heures et Lightning n’était pas mécontente d’avoir enfilé une longue cape par-dessus sa robe.

Elle essayait de faire abstraction du bruit et de la foule autour d’elle. Avec de la chance, elle avait trouvé un coin tranquille qu’elle n’avait presque pas quitté de la journée. Elle avait supporté avec arrogance les nombreux coups d’œil des villageois, qu’ils soient discrets ou non. Vanille était venue lui tenir compagnie pendant un moment et Lightning avait été contente qu’elle reste quand même à ses côtés malgré l’hostilité de son peuple.

La jeune adolescente était comme une bouffée de fraicheur dans les jours un peu sombres qu’elle vivait actuellement. Avec Vanille, Lightning se sentait bien. Elle arrivait à avoir l’impression que tout était normal, qu’elle retrouvait un peu sa jeune belle-sœur mais aussi sa cadette. Vanille ne la jugeait pas. Elle ne la forçait pas non plus à se dévoiler. Elle passait seulement son temps à parler. Pleine de vie et curieuse, elle avait toujours ressemblé à Serah.

Dernièrement, elle s’était sentie bien seule. C’était en partie de sa faute, Lightning le savait. Elle n’aurait jamais dû accepter de se joindre à la jeune Fang pour une partie de chasse. Au final, elles s’étaient seulement promenées, mais ni elle ni Fang n’avaient vu l’heure passer et elles s’étaient laissées surprendre par la nuit. Quand Lightning était enfin arrivée à la maison d’Hagen, elle avait surpris Fergus sur le perron de la porte d’entrée et avait eu l’instinct de faire le tour.

La dispute qui avait suivi avec la guérisseuse l’avait profondément touchée. Plus qu’elle ne l’aurait imaginé. Lightning avait été en colère, autant envers Hagen et ses reproches, qu’envers elle-même. Elle savait déjà tout ce que lui avait dit la rousse et c’était certainement ce qui avait été le plus dur à accepter. Lightning était loin d’être stupide ou inconsciente, et elle avouait s’être laissé emporter.

L’idée de connaître cette jeune Fang ainsi que de sortir des frontières du village comme une personne normale avait été trop tentante. Ça l’écorchait de le penser, mais Hagen avait raison, elle n’avait pas réfléchi. Quelques instants auparavant, elle était en train d’encaisser l’hostilité de la commerçante d’Oerba et juste après, elle se retrouvait face à l’impétuosité de Fang.

Peut-être que sa réaction avait été insensée, mais devait-elle vraiment être blâmée pour avoir voulu retrouver celle qui lui manquait tant ? Hagen l’avait prise sur le fait, mais Lightning n’avait pas eu dans l’idée, au premier abord, de révéler qu’elle et la jeune Fang s’était liées d’amitié. Pas particulièrement parce que Fang était avant tout la fille du chef d’Oerba, comme l’avait explicitement fait remarquer la guérisseuse, mais plus parce que Lightning avait ressenti le besoin de garder sa nouvelle amitié secrète.

Elle avait réagi instinctivement, comme elle avait toujours eu l’habitude de le faire avant. Mais au fond d’elle, l’ancienne guerrière savait vouloir seulement profiter de la jeune fille en étant seule. Jusqu’à cette histoire, Lightning pensait connaitre parfaitement son amante. Toutefois, elle découvrait que toute cette partie de la vie de Fang était floue pour elle.

Alors, c’était probablement présomptueux de sa part, voire égoïste, mais Lightning avait désiré en savoir plus. Que ces infimes moments comblent le vide qu’elle ressentait dans le creux de son ventre. Sur l’instant, elle avait naïvement cru que cela fonctionnerait, puis elle s’était disputée avec Hagen et elle avait réalisé qu’aucune autre Fang ne pourrait remplacer la sienne. Ou le monde qu’on l’avait forcée à quitter.

Elle avait fait preuve d’immaturité, elle s’en rendait compte, en s’étant emmuré dans un mutisme buté pendant le mois qui venait de s’écouler. Mais cela lui avait aussi permis de réfléchir. Il fallait qu’elle continue à avancer, qu’elle garde en tête son but premier. Aller au temple d’Etro et avoir des réponses. Elle avait longuement hésité à venir à la fête de Samain.

En voyant la robe qu’Hagen avait discrètement déposée sur son lit, Lightning avait pensé que la chose la plus sensée à faire était de la lui ramener et de rester éloignée du peuple d’Oerba. Ce n’était pas sa place. La jeune Fang lui avait déjà demandé si elle viendrait, et si sur le moment Lightning n’avait pas répondu, trouvant quand même l’idée tentante, quelques semaines plus tard, son avis avait diamétralement changé.

Puis elle s’était souvenue d’une conversation qu’elle avait eue avec Vanille.

oOo

Il y avait eu une accalmie dans la journée. Les fortes pluies avaient cessé, permettant à Vanille d’aller récolter les plantes médicinales dont elle et Hagen avaient besoin, pour leurs remèdes. La jeune adolescente lui avait gentiment demandé si elle voulait l’accompagner en forêt. L’aînée des guérisseuses devait rester à la clinique et Lightning, qui passait son temps à éviter Hagen, n’avait pas eu le cœur de lui refuser cette requête.

Presque une heure plus tard, elles fourrageaient ensembles dans les buissons, les mains et les bras trempés par l’eau qui imprégnait les feuilles. Une bruine leur tombait sur la tête du haut des arbres et Lightning espérait silencieusement être rentrée avant qu’il ne se remette à pleuvoir des cordes.

- Ah ! J’en ai encore ! s’exclama brutalement Vanille à ses côtés, la faisant sursauter.

En dehors de la vie de la forêt, pas un bruit ne régnait autour d’elles depuis un long moment. La petite rouquine se redressa de son buisson, les mains pleines de petites fleurs blanches et de feuilles vertes. Lightning esquissa un léger sourire en coin et sortit la tête de son propre buisson, tenant elle aussi, dans ses mains, les mêmes petites plantes. Elles déposèrent leur butin dans le panier en osier que Vanille avait emmené, avec ce qui tapissait déjà le fond.

- Je pense qu’on en a assez, précisa-t-elle ensuite.
- Super ! répondit Lightning. Nous allons pouvoir rentrer avant qu’il ne se remette à pleuvoir.

Elle leva automatiquement le nez vers le ciel. Grâce à la saison automnale, celui-ci était en partit visible à travers les branches à moitié dénudé de leur feuilles. Tout n’avait pas encore entièrement jaunie, mais le sol était déjà presque recouvert. Cependant, la forêt n’avait pas perdu de sa prestance, malgré qu’elle soit dépourvue de son beau manteau verdoyant. D’ici quelque mois, elle revêtirait l’ambiance des longs mois d’hiver, froide et désolée. L’odeur du musc se faisait forte avec l’humidité et Lightning rentra la tête dans les épaules quand un vent glacial passa sur elle.

- Dis-moi, fit soudainement Vanille, la sortant de ses pensées.
- Hum… ?

L’adolescente avait ramassé son panier et avait passé la hanse sur son bras. Elle était hésitante, pinçant les lèvres, comme si elle ne savait pas par où commencer.

- Qu’est-ce qu’il y a, Citrouille ?

Vanille esquissa un sourire, visiblement plus détendue. Etrangement, elles avaient tissée un lien toutes les deux. La jeune fille était simple et naturelle, tout ce dont avait besoin Lightning pour se sentir bien, surtout en ce moment.

A son époque, Vanille et elle avaient déjà de bonnes relations. Lightning avait appris à connaitre la jeune femme et à l’apprécier, alors qu’au début, rien ne laissait envisager que ça soit le cas un jour. Pour l’ancienne guerrière, Vanille n’était qu’une gamine qui s’était trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, comme Hope. Actrice tragique d’un destin qu’elle n’avait pas demandé. Puis elle avait appris la vérité, mais Lightning avait reporté toutes les fautes sur Fang, et Vanille était presque devenue insignifiante à ses yeux. Jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’ils étaient tous dans le même pétrin et que la rouquine était plus intéressante qu’elle ne le laissait penser.

Lightning l’avait vue grandir, évoluer, gagner en force mais aussi en courage et surtout en confiance. Si Vanille avait par la suite développé plus d’attaches avec Serah, de par le lien qui les unissait par rapport à toute cette histoire de l’cie, le fait qu’elle et Lightning deviennent belles-sœurs avaient renforcé leur propre lien.

Avec la jeune Vanille, c’était différent. Ce n’était pas ce lien profond et familial qui l’unissait à la plus vieille, mais autre chose, qu’elle n’arrivait pas vraiment à définir. Il y avait cependant une chose dont Lightning était certaine, c’était qu’avec l’adolescente, elle ne ressentait pas ce sentiment de malaise dû au fait d’être différente.

Avec elle, Lightning ne se sentait pas jugée. Objectivement, elle se disait que c’était probablement parce que Vanille n’était pas encore une adulte. Même si elle était assez grande pour se faire une opinion sur le monde dans lequel elle vivait, elle avait encore au fond d’elle l’âme d’une enfant. En sa présence, Lightning pouvait se détendre et finalement, elle s’était rendue compte que la jeune fille finissait souvent dans son sillage.

- Ne m’appelle pas comme ça ! grommela justement l’adolescente en réponse.
- Je trouve que ça te va pourtant bien, sourit Lightning.

L’ancienne guerrière l’entendit pester et esquissa discrètement un sourire en coin, sans rien rajouter avant un instant.

- Qu’est-ce que tu voulais me demander ?

Vanille releva le nez vers elle et se mordilla rapidement la lèvre inférieure, puis se lança.

- Je sais… Que tu t’es disputée avec Hagen, commença-t-elle doucement. Alors, je me demandais si la semaine prochaine, tu voulais toujours venir à la fête de Samain.

Lightning haussa légèrement un sourcil, tournant la tête vers la jeune fille. Elle retint un soupir et alla finalement s’assoir sur un vieux tronc d’arbre coupé. Vanille la regarda faire avant de la suivre et de l’imiter, posant doucement ses fesses sur la branche cassée à ses côtés.

Avant que la cadette des guérisseuses ne lui en reparle, Lightning pensait justement s’épargner le fait de devoir se rendre à cette fête et de supporter l’hostilité de tout le village. Elle avait fini par se dire qu’il valait mieux qu’elle ne tisse aucun lien avec les habitants d’Oerba. Après tout, elle ne comptait pas rester ici indéfiniment.

Dans le coin stratégique et militaire de son esprit, Lightning avait déjà élaboré un plan de fuite. Elle n’était pas aussi ignorante du terrain que voulaient bien le croire Fergus et les autres. La première fois qu’elle était venue à Oerba, elle n’avait repéré aucun temple dédié à Etro dans les environs, mais six cent ans avaient passés et ça ne serait pas étonnant qu’il ait été détruit par le temps avant même leur arrivée.

Si elle ne savait effectivement pas où il se situait dans la forêt d’Oerba, elle savait en revanche dans le pire des cas, qu’il y en avait un à Paddra. La route était plus longue, mais elle y avait déjà été et elle avait un excellent sens de l’orientation, elle retrouverait parfaitement son chemin. Lightning se disait qu’avec Yeul, elle serait plus libre de ses mouvements.

Grâce à ses dons de Voyance, la prêtresse verrait bien qu’elle n’était pas une menace et que sa place n’était pas ici. Elle avait l’espoir que Yeul l’aide à rentrer chez elle, si elle en avait la possibilité. Et si vraiment elle n’arrivait à rien auprès de Yeul, Lightning était bien décidé à poursuivre son voyage jusqu’à la tour Taejin.

Quand elle et son groupe l’avaient explorée lorsqu’ils étaient l’cie, Fang lui avait expliqué qu’à son époque, cette tour servait d’avant-garde à l’armée de Pulse et que tout en haut habitait l’un des fal’cies du pays. Lightning n’avait pas peur d’aller chambouler leur petite existence, ou même secouer un peu leur plan pour qu’ils intercèdent en sa faveur. Elle ne craignait pas le courroux du fal’cie, elle avait vécu pire.

Cependant, avec tout ça, elle avait volontairement occulté de son esprit la fête de Samain. Hagen l’avait refroidie et elle-même commençait à douter sur les biens-faits de sa présence dans ce village. Elle ne pouvait pas avoir atterri ici sans raison, c’était impossible. Quelque chose se préparait, elle en était certaine, mais elle ne savait pas quoi et s’il y avait bien une chose de déplaisante et de désavantageant pour une combattante, c’était d’être dans le flou.

Lightning en avait donc oublié que pour les personnes comme Vanille, elle était normalement qu’une humaine. Une cocoonienne qui vivait sur Gran Pulse et qui avait même épousé une pulsienne. Pour eux, si elle suivait l’histoire qu’elle avait racontée, la fête de Samain devrait être aussi importante pour elle qu’elle l’était pour eux.

- Je ne sais pas, répondit-elle finalement.
- C’est important de participer à la fête de Samain, tu sais.

Lightning soupira.

- Vraiment ?
- Bien sûr ! Tu pourrais avoir la chance de voir ta femme.
- De quoi tu parles ? réagit aussitôt Lightning. Ma femme n’est pas morte…
- Oui, je sais ! Je sais aussi que Fang et Hagen t’ont un peu expliqué le sens de cette fête, mais elle ne fait pas seulement office de porte vers nos défunts.

Lightning l’écouta attentivement. Ni Fang ni Vanille ne lui avait parlé de cette fête à son époque et elle était complètement ignorante sur la tradition et le sens complet de ce qu’elle voulait dire.

- On raconte que la nuit de Samain sert aussi de portail, explique Vanille.
- De portail ? Comment ça ?
- Je ne sais pas trop, on apprend ça dès l’enfance, alors ça semble normal pour moi. Je crois qu’à cette période, la déesse Etro permet à certains vivants de communiquer avec leurs proches décédés.

Lightning pinça les lèvres. Elle fronça les sourcils, réfléchissant activement. Même si cette légende était vraie, elle ne s’appliquait certainement pas à elle. Fang n’était pas morte, elle était dans une autre époque et les seuls moments où elle pouvait la voir, c’était pendant qu’elle rêvait.

- Sunny n’est pas morte, reprit Vanille la faisant légèrement sursauter. Mais peut-être qu’Etro aura pitié de vous et vous accordera la chance de vous voir, ne serait-ce que dans un songe, avant que vous ne vous retrouviez en vrai.

Lightning fronça de nouveau les sourcils. Est-ce que c’était seulement possible ? Etro était une déesse et si on allait par-là, le temps et les époques ne l’atteignaient pas. Peu importe qu’elle soit six siècles avant ou après la chute de Cocoon, Etro était exactement la même. Elle secoua néanmoins la tête, refusant de se laisser dominer par ses émotions. Il était hors de question qu’elle croit ces contes pour enfant et qu’elle espère de nouveau, pour finir déçue une fois de plus.

- Allez viens, rentrons ! finit-elle par dire.
- Est-ce que tu viendras à la fête de Samain ? réitéra pourtant l’adolescente.
- Je ne sais pas, Vanille, répondit Lightning en soupirant et en se relevant.
- Ça me ferait plaisir que tu viennes, ça ferait plaisir aussi à Hagen… Et à Fang, finit-elle en marmonnant.
- Comment va-t-elle ? J’ai entendu dire que son père l’avait terriblement punie.

Vanille leva la tête vers elle et haussa les épaules.

- Oncle Fergus lui a mis une sacrée raclée, et il lui a interdit de sortir pendant un mois, dévoila-t-elle. Et si elle sort, Bernulf et Gervald doivent la suivre à la trace. Elle devient folle, mais elle m’a dit, la dernière fois, qu’elle espérait te voir à la fête.

Quelque chose se serra dans la poitrine de Lightning. Cette simple déclaration était une preuve supplémentaire qu’elle devait garder ses distances. Elle et la jeune Fang n’avaient eu que quelques échanges et pourtant, l’ancienne guerrière se rendait compte de l’attachement presque magnétique qu’avait la fille de Fergus à son égard. C’était certainement le comble des évènements temporels. Peu importe le temps et l’époque, Fang et elle était certainement destinées à s’aimer. Mais pas ici.

- Ecoute Vanille, je… Je verrai, d’accord ?

La jeune fille esquissa un sourire joyeux et acquiesça. Pour elle, ça devait être suffisant. Lightning lui répondit et, un bras autour des épaules de la plus petite, elles quittèrent la forêt, une pluie plus forte faisant accélérer leurs pas.

oOo

A samedi prochain...

Chapter Text

 

Chapitre 16

Lightning revint presque brutalement à la réalité quand la musique s’arrêta soudainement. Elle cligna les yeux et jeta un coup d’œil aux alentours, trouvant les personnes étrangement plus calmes. Même le groupe d’hommes ivres sur sa droite semblait redevenu plus lucide.

- Salut ! s’exclama une voix sur sa gauche, la prenant par surprise.

Lightning se retourna et tomba directement dans les deux prunelles émeraude de la jeune Fang. Elle inspira discrètement, se sentant presque mal à l’aise de se retrouver face à l’adolescente après le mois qui venait de passer. Elle savait que Fergus n’avait pas été tendre avec Fang, suite à leur escapade. Lightning esquissa un léger sourire, tandis que la jeune fille s’installait à ses côtés. Bernulf et Gervald, dont la mission était de chaperonner Fang jusqu’aux prochains ordres de Fergus, se mirent juste à côté, et Lightning les détailla vraiment du regard pour la première fois.

C’était à s’y méprendre, mais il était presque possible de se dire que ces deux hommes étaient frères. Pourtant, de ce qu’elle avait compris, ce n’était pas le cas. Cependant, pour Lightning, dès qu’il était question de clan, cela voulait dire que par-là, une partie de leur génétique était similaire. Bernulf et Gervald lui rendirent son regard. Impassible mais pas hostile. Lightning savait néanmoins qu’ils gardaient un œil sur Fang et sur le moindre de ses faits et gestes.

- Salut, répondit-elle enfin à Fang, en tournant la tête vers elle.
- Tu ne t’ennuies pas trop ? demanda l’adolescente.
- Non, ça va. Vanille est venue me tenir compagnie tout à l’heure.

En vérité, elle devrait plutôt dire que la jeune fille avait passé la journée avec elle. Lightning avait presque été surprise de la voir si heureuse qu’elle ait cédé et qu’elle soit venue à la fête de Samain.

Dans un recoin de son esprit, Lightning avait préféré taire le fait qu’une des seules raisons pour laquelle elle avait fini par accepter de venir était celle de peut-être revoir Fang. Autant la plus jeune que son amante. Si cette soirée lui permettait de voir sa femme, pourquoi ne pas tenter l’expérience ?

Elle s’était trouvée stupide et naïve. Lightning n’était pas une personne que l’on pouvait qualifier de girouette. Quand elle prenait une décision, elle faisait toujours en sorte de s’y tenir. Elle n’avait pas voulu croire une seule seconde au conte de Vanille, et elle n’arrêtait pas de se répéter de garder ses distances avec la jeune Fang, mais ça avait été plus fort qu’elle.

Il fallait cependant qu’elle arrête et qu’elle se fasse une raison. Car, même si l’idée que sa situation actuelle devienne permanente lui avait frôlé l’esprit, Lightning ne pourrait jamais retrouver son amante. Dans trois ans, elle fêterait ses trente ans et Fang ses vingt ans. L’adolescente serait une femme adulte et responsable, certes, mais dans quatre ans, la guerre toucherait Gran Pulse, et plus particulièrement Oerba. Fang deviendrait une l’cie, avec pour mission de se changer en Ragnarok pour détruire Cocoon. Suite à ça, elle se transformerait en cristal pendant six cent ans.

En dehors de la différence d’âge qui les séparait, si elle devait rester bloquée dans cette époque, Lightning mourrait avant même que Fang ne se réveille. Ça changerait radicalement le court de l’histoire ainsi que leur destin à tous et elle serait probablement à jamais prisonnière du temps. Il fallait que tout suive son court normalement, comme ça devrait être le cas sans qu’elle soit présente.

- Vanille t’adore ! déclara soudainement Fang, la tirant brutalement de ses pensées. A la maison, elle ne passe pas une soirée sans parler de toi. Je suis jalouse, rit-elle.

Lightning esquissa un sourire en coin, répondant plus discrètement au rire de Fang.

- Allons, fit-elle ensuite de façon taquine. Une grande fille comme toi ne peut pas être jalouse pour si peu.

Fang posa son beau regard vert sur elle et Lightning pinça doucement les lèvres tandis que la brune haussait les épaules.

- J’aurais bien voulu être à sa place, dévoila-t-elle sans pudeur. Mais j’étais séquestrée à la maison.

Le sourire de Lightning se fana face au ton un peu aigre. Un étau serra légèrement sa poitrine et elle baissa la tête en se détournant.

Quelques personnes s’étaient réunies au centre de la place, installant ce qui allait être l’immense feu de joie d’Oerba. Parmi elles, Lightning reconnut Fergus, Hagen mais aussi Ranulf et son éternel gourdin, qui pendait à sa taille.

Elle réalisa ensuite que c’était la première fois qu’elle voyait Fang depuis le jour de leur escapade dans les bois. Ce mois lui semblait soudainement avoir été excessivement long. Lightning eut subitement envie de s’excuser. Mais pour quoi ? Elle était effectivement responsable de la rouste qu’avait prise Fang. Peut-être que l’adolescente se serait montrée un peu moins aventureuse si elle avait été à la chasse, comme elle en avait eu l’idée au départ. Mais son esprit rationnel lui criait que la plus jeune était tout autant responsable.

- Ça a été, avec ton père ? demanda-t-elle finalement.

Fang maugréa entre ses dents et haussa une nouvelle fois les épaules.

- Comme d’habitude, éluda-t-elle.
- Peut-être… Que vous devriez discuter tous les deux, conseilla gentiment Lightning.

Fang tourna la tête vers elle. Du coin de l’œil, l’ancienne guerrière lui sembla remarquer l’attention que lui portaient les chaperons de l’adolescente.

- Pourquoi est-ce que je voudrais discuter avec lui ? pesta-t-elle.
- Peut-être qu’un jour, tu regretteras de ne pas l’avoir fait, suggéra Lightning.
- Encore faudrait-il qu’il ait assez de temps pour m’écouter !
- Un parent devrait toujours prendre le temps d’écouter son enfant.

Un rire sec lui répondit, et Lightning se retint de soupirer.

- Tu vas nous révéler maintenant que tu as aussi des enfants ?

Le ton était froid et distant, toute l’allure d’une adolescente révoltée qui n’accepte pas les conseils et qui pense que le monde lui en veut. Lightning n’avait jamais eu à gérer ce genre de comportement. Serah avait été une adolescente facile. Jamais de caprice et toujours compréhensive. Pendant sa quête, elle avait en revanche entraperçut la même façon d’agir chez Hope, mais le jeune garçon venait de voir mourir sa mère sous ses yeux, et était devenu un l’cie à peine quelques heures plus tard. Pour un adolescent de quatorze ans, ça avait fait beaucoup d’un seul coup.

- Non, Fang, je n’ai pas d’enfants, déclara-t-elle tranquillement.

Un silence pesant les enveloppa pendant lequel chacune observa le groupe autour de l’immense installation de bois. Lightning inspira doucement avant de reprendre.

- Mes parents sont décédés, et je me suis retrouvée à élever ma petite sœur, explique-t-elle, une pointe serrant sa poitrine. Quand on n’écoute pas les personnes auxquelles on tient le plus, on finit toujours par le regretter quand c’est trop tard.

Lightning tourna ensuite la tête vers Fang et lui adressa un discret sourire. La colère semblait avoir quitté la plus jeune et l’ancienne guerrière en était soulagée. Un peu plus loin, derrière la brune, Lightning cru remarquer la présence de la petite blonde qu’elle avait déjà aperçue aux côtés de l’adolescente.

Elle regardait vers elles et semblait à la fois hésitante et triste. Quelque chose se serra de nouveau dans la poitrine de Lightning. Un sentiment de malaise, de colère mais aussi de tristesse.

- Je suis désolée ! s’exclama Fang, qui n’avait absolument pas prêté attention à son environnement.

Lightning reporta son attention sur elle et secoua la tête.

- C’est rien, ne t’inquiète pas. Réfléchis-y, d’accord ?

Fang soupira ostensiblement et acquiesça, mais au fond, Lightning se doutait que ce n’était pas gagné. Elle ne pouvait pas faire mieux, et son rôle n’était pas de pousser Fang à renouer avec son père. Après tout, à son époque, son amante avait l’air d’avoir toujours une dent contre le souvenir de son paternel.

Du bruit s’éleva du côté de l’immense installation pour le feu de joie et Fang reprit :

- Ah ! Je crois que ça y est, c’est l’heure de la cérémonie d’Hagen.

Lightning tourna la tête à son tour vers le centre de la place. Les habitants s’étaient un peu éloignés tandis qu’Hagen se tenait debout devant eux, tenant dans une main une torche flambante. Le silence se fit tout autour d’elle et Lightning observa les alentours, surprise par autant d’attention et de respect. C’était la première fois qu’elle assistait à une telle cérémonie et elle était curieuse. C’était quelque chose qui caractérisait Gran Pulse, Oerba même, quelque chose de lié au monde de Fang et de Vanille.

Lightning croisa les bras sous sa poitrine et s’appuya contre la rambarde en pierre qui délimitait les hauteurs de la place, alors que la voix d’Hagen résonnait enfin autour d’eux. Elle semblait les traverser et Lightning sentit quelque chose vibrer dans le creux de son ventre. Comme une réponse qui la liait à Etro.

- Par ce feu, déesse Etro, je te sers une fois de plus.

Hagen se tourna et plongea les flammes de sa torche dans le bois inondé de combustible. Les premières buches s’enflammèrent aussitôt tandis, qu’une épaisse fumée noire montait vers le ciel et qu’Hagen reprenait son incantation, sous les yeux émerveillés de son auditoire.

- Oh déesse de la lune, déesse du soleil,
Déesse des cieux et des étoiles,
Déesse des eaux, de la terre,
Qui nous a destinés à vivre un hiver de plus,

Après chaque fin de phrase, Hagen avait tourné autour du feu de joie, plongeant sa torche dans la base avant de retrouver sa place initiale devant tout le monde. Les bras écartés, Lightning la trouvait majestueuse. De longues mèches rousses s’étaient échappées de sa natte, sa mariant à l’écarlate du feu qui prenait vie derrière elle. Avec un sourire, la guérisseuse reprit ses psaumes alors que le cœur de l’ancienne guerrière battait la chamade.

- Promet-nous encore un enfant, que l’ancêtre fera naître encore une fois.
Eloigne l’obscurité et les larmes.
Continue d’apporter ta bénédiction sur nos montagnes,
Nos plaines, ainsi que sur nos familles.

La musique reprit doucement, feutrée. Elle n’allait pas plus haut que la voix d’Hagen ou bien c’était l’inverse. La voix d’Hagen était plus forte et divine que les maigres notes que jouaient les luths. Hagen se détourna de son auditoire, tandis que chacun se prenait la main derrière elle. Chacun se souriait, s’embrassait, se soutenait. Avant qu’elle ne le réalise, Lightning sentit une main chaude s’emparer de la sienne alors qu’elle avait décroisé les bras, se décontractant.

Elle tourna la tête vers Fang, qui lui offrit un sourire radieux. Quelque chose se fissura en elle ce soir-là, mais elle n’eut pas le temps de s’en occuper, alors que la voix d’Hagen poursuivait sa bénédiction à Etro.

- Illumine nos terres, nos mers et nos rivières.
Dissipe nos chagrins et que la joie continue d’éclater
Toujours plus et mille fois encore, jusqu’à la prochaine floraison.
Oh déesse Etro, soit bénie !

Après que la voix d’Hagen se soit éteinte, la musique se fit plus forte, continuant avec les mêmes notes douces mais qui devinrent plus entraînantes. Puis, la guérisseuse esquissa les premiers pas de danse, tournoyant sur elle-même, avant que chaque habitant ne fasse pareil chacun leur tour.

Chaque couple ou amis s’attrapèrent et se mirent à tourner, les mains s’effleurant et les corps se frôlant. Ils dansaient ensemble, unis dans un même village et sous les mêmes étoiles pour célébrer Etro. Pour célébrer cette nuit, leurs défunts et l’espoir de passer un autre hiver.

Plus que jamais Lightning, sentit le manque de Fang et de sa famille brûler ses entrailles. Elle se sentit terriblement seule pendant ce moment où chacun devait, au contraire, se sentir soutenu. Une chevelure blonde attira son attention dans son champ de vision, avant qu’elle ne se sente tirée vers le centre de la place.

Surprise, Lightning écarquilla les yeux tandis que la jeune Fang l’entraînait à danser avec elle.

- Qu’est-ce que tu fais ? s’exclama-t-elle mal à l’aise.
- Danse avec moi ! répondit Fang, souriant comme jamais.

Elle irradiait de joie alors qu’elle attrapait sa taille pour la faire tourner avec elle. Pour son âge, Fang avait déjà presque sa taille adulte et Lightning plongea aussitôt ses yeux dans les émeraudes de l’adolescente.

Elle se laissa submerger par ce regard sauvage. Pendant une seconde, Lightning eu l’impression de retrouver celui de son amante. Ce regard malicieux, animal, mais aussi chaud et surtout amoureux.

Et tout d’un coup, elle réalisa une chose importante. Cette jeune Fang avait exactement le même regard à cet instant à son égard. Celui tendre et amoureux et c’était impossible. Lightning se détacha soudainement de la prise de l’adolescente, accusant sans vraiment le voir l’air déçu que la plus jeune afficha.

Son cœur battait la chamade, une boule venait de plomber son estomac tandis qu’une autre obstruait sa gorge. Du coin de l’œil, elle remarqua la même tête blonde qui les regardait de côté et Lightning recula d’un pas. Ce n’était pas sa place et il fallait qu’elle s’éloigne, tout de suite.

- Quelque chose ne va pas ? demanda gentiment Fang en faisant un pas vers elle.

Lightning se recula encore, désirant mettre autant de distance possible entre elle et l’adolescente.

- Je dois… Il faut que je rentre, répondit-elle finalement.
- Quoi ? Mais la fête commence à peine, tu ne peux pas rentrer maintenant ! s’exclama Fang.
- Si, je suis très fatiguée, il faut vraiment que je rentre. J’avais promis à Hagen de rester jusqu’à sa cérémonie.
- Mais…
- Je suis désolée, coupa Lightning, préférant éviter de trop prolonger cette situation désagréable.

Un étau enserra sa poitrine, tandis que le visage de Fang affichait un air presque triste. Bon sang ! C’était elle qui aurait dû avoir cette tête-là, pas cette adolescente qui ne la connaissait même pas.

- De toute façon, reprit Lightning, je crois qu’il y a quelqu’un qui aimerait danser avec toi ce soir.

Elle tourna la tête vers la petite blonde qui les regardait toujours du côté de la place, le corps tremblant d’espoir. Les autres autours dansaient toujours, malgré les quelques regards les plus proches que Lightning sentait peser sur elle.

- Je peux très bien faire la deuxième danse avec elle, suggéra Fang.
- Non, je t’assure ! Va l’inviter à danser, rétorqua gentiment Lightning.

Quelque chose se déchira en elle après avoir prononcé ces mots. Prise d’une impulsion qu’elle savait stupide, Lightning s’approcha et déposa un tendre baiser sur le front de la jeune Fang. Sans le vouloir elle respira profondément le parfum qui se dégageait des longues mèches noires et apprécia la peau sous ses lèvres. C’était chaste et tendre, tout ce qu’elle pouvait offrir à cette jeune fille. Lightning se recula presque aussitôt, renflouant la douleur qui enserrait sa poitrine.

- Amuse-toi bien, fit-elle avant de se détourner.

Elle traversa la place. Avant d’atteindre l’escalier qui descendait au premier niveau du village, elle rencontra les regards des chaperons de Fang. Lightning poursuivit son chemin sans s’attarder sur ce qu’elle pouvait voir dans leurs yeux. Alors qu’elle mettait un pied sur la première marche de l’escalier en pierre, une voix derrière elle l’arrêta dans sa lancée.

- Tu pars déjà ?

Lightning se retourna pour voir Hagen. Un châle serré autour de ses épaules, elle était légèrement essoufflée et avait les yeux brillants. Un petit sourire étirait ses lèvres, auquel l’ancienne guerrière répondit discrètement.

- Oui… Je… Je suis épuisée.

Hagen ne se départit pas de son sourire et tourna la tête vers la place, là où tout le monde s’était mis à danser, chanter et rire autour de l’immense feu de joie qui crépitait vivement au centre de la place. Certains s’octroyaient un moment de pause au buffet, reprenant de l’énergie pour mieux repartir s’amuser. Lightning suivit instinctivement le mouvement et posa son regard sur les habitants d’Oerba qui s’amusaient.

Elle avait voulu partir sans se retourner. Mettre le plus de distance possible entre elle, cette fête et surtout la jeune Fang. Ses yeux tombèrent involontairement, comme aimantés, sur l’adolescente en question. Son cœur se serra dans sa poitrine alors qu’elle remarquait que Fang avait suivi son conseil et était allée inviter la petite blonde à danser.

Lightning savait qu’elle n’avait pas à se sentir en colère ou jalouse. Cette petite faisait aujourd’hui partie de la vie de Fang, mais dans plusieurs siècles, c’est elle qui l’épouserait. Pourtant, elle ne pouvait pas ignorer le goût aigre qu’elle avait dans la bouche, et c’était elle qui avait poussé la jeune Fang à retourner vers son amie. Lightning les suivait du regard, sentant la nausée nouer sa gorge et retourner son estomac.

- Elle s’appelle Lynae, fit soudainement Hagen à ses côtés.

Lightning revint brutalement à la réalité et tourna aussitôt la tête vers elle, s’arrachant à la vision des deux adolescentes qui dansaient ensemble.

- De quoi ? demanda-t-elle
- La petite blonde avec Fang, elle s’appelle Lynae. C’est la fille de Swann. La femme qui fait partie du conseil d’Oerba.

Hagen lui montra du menton la grande blonde en question, un peu plus loin, qui était en pleine conversation avec un groupe de femmes.

- Elles font parties du clan Lier et elles travaillent aux champs.

Lightning pinça les lèvres, ayant l’irrépressible envie de lui dire qu’elle n’en avait rien à faire.

- Peut-être que je les marierais dans quelques années, sourit Hagen.

Leurs regards se rencontrèrent et Lightning perçut dans celui d’Hagen une lueur étrange sur laquelle elle ne sut pas vraiment mettre un nom. Puis sa poitrine se contracta, réalisant ce que venait de dire la guérisseuse. Avant que la guerre ne ravage Oerba, est-ce que Fang avait eu le temps d’épouser la femme qu’elle aimait à cette époque ? Avait-elle épousé cette Lynae ? Est-ce que ça avait réellement de l’importance ou pas ? En ce moment, pour Lightning, c’était même capitale.

- Lightning ? fit Hagen inquiète. Est-ce que ça va ?
- Oui, répondit-elle doucement, tournant vaguement la tête vers la rousse. Désolé, je suis vraiment fatiguée et j’étais partie dans mes pensées.

Hagen sourit et leva le nez vers ciel. Celui-ci était d’un noir profond. Une nuit couverte, où l’air était chargé d’humidité.

- Peut-être qu’Etro te permettra de voir ta femme cette nuit, fit Hagen de façon pensive. Chaque année, j’espère qu’elle me laissera voir mon Declan rien qu’une minute.

La guérisseuse baissa la tête vers elle et lui adressa un sourire gentil. La lueur précédente venait de laisser sa place à une autre, un peu plus triste, et Lightning esquissa un sourire en coin, qu’elle espérait réconfortant. Il y avait une différence notable entre elle et Hagen. Declan, son mari, était mort depuis des années. Fang, elle, était toujours bien vivante, peu importe l’époque, d’ailleurs.

- Va te reposer, Lightning, tu en as besoin, reprit Hagen.
- Ça ne pose aucun problème que je m’en aille ?
- Bien sûr que non. Chacun est libre de partir quand il le veut. Nous allons tous jeter notre bûche dans le feu et certains partirons à leur tour, pendant que d’autres continueront de s’amuser jusqu’au petit matin.

Lightning acquiesça et baissa un peu la tête, resserrant les pans de sa longue cape autour d’elle, alors qu’un vent froid s’engouffrait dans les plis de sa robe.

- Alors j’y vais. Merci Hagen.
- Merci à toi d’être venue. Vanille et Fang étaient ravies… Et je suis contente que tu sois restée jusqu’à la cérémonie.

L’ancienne guerrière déglutit, ayant la désagréable impression qu’Hagen enfonçait le clou, à parler de Fang à chaque fois. Elle lui adressa un dernier vague sourire, avant de se détourner et de partir sans se retourner. Lightning ne voulait pas engager une nouvelle conversation avec la guérisseuse et elle voulait encore moins poser de nouveau ses yeux sur la jeune Fang, qui la regardait trop tendrement pour elle, être si proche de cette Lynae.

Non, elle voulait voir sa femme. Sa Fang à elle, qui lui manquait cruellement à cet instant. Celle qui pouvait la regarder malicieusement et amoureusement sans que Lightning n’ai à culpabiliser. Celle qui savait la réconforter et l’encourager quand elle en avait le plus besoin. Elle serra sa cape autour d’elle, croisant les bras sous sa poitrine serrée par la tristesse, priant Etro de lui accorder la chance de voir Fang.

oOo

Un peu plus tard dans la soirée, ça allait être le moment de jeter chacun son tour sa buche dans le feu de joie d’Oerba. De part tous les villages dispersés dans le pays, on racontait que le leur était le plus majestueux de tout Gran Pulse.

Malgré leur vie incertaine et la colère qu’elle ressentait pour ce monde rétrograde envers leur peuple, Fang adorait son village. Elle était fière d’être une pulsienne et de vivre sur ces landes sauvages plutôt que dans cette sphère fermée, où l’armée exerçait un pouvoir dictateur.

Quelques mois auparavant à peine, pas une seule seconde l’adolescente n’aurait pensé ressentir de la compassion pour un cocoonien. Elle pensait sa petite vie rangée. Dans un petit coin de son esprit, elle pensait même réussir à conquérir la jolie Lynae et pourquoi pas, l’épouser dans quelques années. Puis Lightning était arrivée de nulle part et Fang se sentait inexplicablement liée à cette femme.

Elles avaient discuté ensemble, partageant des moments qui n’appartenaient qu’à elles. Fang avait voulu en apprendre plus sur cette étrangère, tout en se sentant attirée par elle. Elle voulait en savoir toujours plus, passer plus de moments avec elle et ce qu’elle avait avoué à Lightning n’était pas un mensonge. Pendant un instant, elle avait réellement été jalouse de Vanille, qui pouvait passer presque tout son temps avec elle.

Fang n’arrivait pas à comprendre tous ces sentiments qui se mélangeaient en elle. Ce soir-là encore, elle aurait préféré que Lightning reste à la fête de Samain et continue de danser avec elle. Au point qu’elle en avait complètement oublié Lynae à qui elle avait promis de consacrer toute sa soirée. Assise sur la rambarde en pierre de la place, les pieds se balançant dans le vide, Fang avait le nez levé vers Cocoon.

La fête battait toujours son plein derrière elle alors qu’il se faisait tard maintenant. Bernulf et Gervald avaient arrêté de la suivre au pas, lui laissant un peu d’intimité. Le premier s’avalait des litres de bière au buffet, tandis que le deuxième avait été retrouver sa compagne pour toute la fin de soirée.

Elle était enfin seule, Lynae l’ayant abandonnée quelques instants pour aller leur chercher des boissons, et sans se l’expliquer vraiment, Fang se sentait soulagée de cette petite solitude. Elle avait ainsi tout le loisir de pouvoir penser à Lightning, ce qu’elle avait régulièrement fait pendant ce long mois. Cette femme qui semblait aussi mystérieuse que triste. Il brillait dans ses magnifiques yeux bleus une lueur que Fang connaissait bien en dehors de la tristesse et la jeune pulsienne était certaine que Lightning cachait quelque chose. Mais au fond, Fang était certaine que malgré ça, la cocoonienne n’était pas une ennemie.

Du peu de temps qu’elles avaient passé ensemble, l’adolescente avait découvert une femme charismatique et droite, qui pouvait sembler un peu froide et distante, mais qui pourtant savait s’adoucir de temps en temps. C’était la première fois qu’elle rencontrait quelqu’un d’aussi nuancé, énigmatique, et Fang aimait ça. De plus, elle était presque sûre que cet étrange lien qui l’attirait vers Lightning était réciproque.

Lynae revint enfin et la prit par surprise en tendant un verre de cidre sous son nez. Fang se recula et tourna la tête vers la petite blonde, qui l’observait, la tête penchée sur un côté et un sourire étirant ses lèvres fines.

- Ça va, Fang ?
- Oui. Désolée, j’étais ailleurs, répondit-t-elle en prenant le verre dans une main.

Lynae pinça les lèvres et acquiesça lentement. Fang bascula de l’autre côté de la rambarde pour remettre ses pieds sur terre et but une gorge de sa boisson.

- Tu sembles souvent ailleurs ces temps-ci, fit Lynae. Quelque chose te tracasse ?

La petite blonde se rapprocha de Fang, un air concerné peint sur son visage angélique. Sans le vouloir, la brune se surprit à énumérer mentalement les différences entre Lynae et Lightning. Outre la première lettre de leur prénom qui était la même, les deux personnes étaient diamétralement opposées.

Là où Lightning était une femme forte, indépendante et fascinante, Lynae était encore une enfant, comme elle. Elles avaient seulement dix-sept ans, et même si Fang fêterait bientôt son prochain anniversaire, elle restait encore bien plus jeune que la cocoonienne. Jamais une gamine dans son genre ne pourrait intéresser quelqu’un comme cette femme. Et outre ce détail, Lightning était mariée.

Son ventre se retourna à cette pensée et Fang ne sut pas vraiment mettre un nom sur le sentiment qu’elle ressentait. Elle se demanda si, effectivement, quelque chose la tracassait tandis qu’elle se remémorait en boucle la journée qu’elle avait passé avec Lightning.

Allongée dans l’herbe encore bien verte de la plaine qui jouxtait la forêt d’Oerba, Fang était plongée dans ses pensées.

- Eclair ! s’était-elle exclamée sans s’en rendre compte.
- Quoi ?

La voix de Lightning qui lui répondit la prit un peu par surprise et Fang se redressa en position assise. Elle découvrit la cocoonienne, debout, pas loin d’elle. Ses yeux étaient posés sur elle et Fang l’avait observée pendant un instant avant de répondre.

- J’étais perdue dans mes pensées et je réfléchissais au vrai prénom que tu pouvais avoir. Lightning. Foudre, tonnerre, éclair. Ça pourrait être un synonyme.
- Tu es encore là-dessus, avait répondu Lightning.

Un petit sourire avait étiré ses lèvres et elle avait secoué doucement la tête.

- Ça m’intrigue et je veux savoir.
- Pourquoi ne pas tout simplement te contenter de savoir que je m’appelle Lightning ?
- Parce que je suis d’une nature curieuse.
- Oh ça… Je le sais, avait-elle marmonné.

Fang avait plissé les yeux, l’incitant à en dire plus, mais la cocoonienne était restée silencieuse. Elle avait souri puis s’était détournée. L’adolescente l’avait alors trouvée aussi intrigante que fascinante. Son cœur avait fait un bond dans sa poitrine, comme ça ne lui était pas arrivé depuis la première fois qu’elle avait posé les yeux sur Lynae.

- Fang ?

La brune cligna des yeux et revint soudainement à la réalité. Elle tourna la tête vers Lynae qui la regardait maintenant avec inquiétude.

- Désolée, maugréa-t-elle.
- Tu es vraiment sûre que ça va ? redemanda la petite blonde, les sourcils froncés.
- Mais oui, je t’assure !

Elle avala le reste de son cidre en une gorgée remarquant que l’animation avait changé autour du feu. Les danses avaient cessée, chacun se dispersant.

- C’est le moment de jeter notre buche dans le feu, annonça inutilement Lynae.

Ce n’est pas comme si Fang n’était pas déjà au courant. Elle resta cependant silencieuse et suivit le mouvement. Lynae lui emboita le pas jusqu’à l’endroit où étaient posés les rondins de bois. Elles firent la queue, attendant patiemment que ça soit leur tour. Fang s’empara ensuite de la sienne, mais avant de faire demi-tour, elle s’arrêta un instant.

Sans réfléchir plus longtemps elle s’empara d’un second rondin et se détourna pour se diriger vers le feu. L’air ambiant était froid, pourtant, il faisait une chaleur étouffante à côté des immenses flammes. Elle fit une vague prière à Etro avant de jeter sa propre buche puis elle soupesa la deuxième entre ses deux mains.

Fang ne prêta aucune attention à Lynae à ses côtés, ni aux regards curieux qui pouvaient se poser sur elle. Elle se mordit un coin de sa lèvre inférieure. Finalement elle adressa une seconde prière à Etro, pour Lightning, et jeta ensuite la buche dans les flammes. Elle crépita, se faisant avaler comme ses consœurs sous ses yeux. Une main se glissa dans la sienne, la surprenant, et Fang s’arracha à la vision des flammes pour tomber dans les prunelles noisette de Lynae.

- Pourquoi as-tu jeté deux buches ? demanda-t-elle doucement et d’un ton curieux.
- Pour rien, répondit Fang. Laisse tomber.

Lynae arracha sa main de la sienne. Une lueur de colère brillait dans ses yeux, et Fang fronça les sourcils, ne comprenant pas pourquoi elle recevait autant d’animosité tout d’un coup.

- C’est à cause d’elle, n’est-ce pas ? De cette cocoonienne ! C’était pour elle, cette buche !
- C’était seulement pour qu’Etro lui offre sa bénédiction pour cette nuit, se défendit Fang sans pour autant démentir.
- A d’autres ! pesta Lynae. Tu as la tête à l’envers depuis que cette cocoonienne est arrivée ici !
- Tu racontes n’importe quoi !

Fang referma la bouche et se détourna du feu. Elle fit deux pas, croisant le regard d’Hagen, qui se trouvait derrière elle, avant que la voix de Lynae ne la stoppe.

- Tu es amoureuse de cette femme ! cracha Lynae.
- Tu es folle ou quoi ?! répondit Fang sur le même ton en se retournant.

Elle s’éloigna du feu et de l’attroupement qu’il y avait autour. Fang n’avait aucune envie d’attirer l’attention sur elle et ce n’était déjà pas gagné avec les reproches de Lynae. L’adolescente avait déjà remarqué au moins une dizaine de regards se poser sur elle, en plus de celui d’Hagen.

- Tu as préférée danser avec elle ce soir plutôt qu’avec moi ! continua cependant la petite blonde en la poursuivant. Tu as toujours la tête ailleurs ! Tu ne penses qu’à elle ! Est-ce que tu réalises que tu n’es qu’une gamine pour elle ? Et qu’en dehors de ça, c’est une femme mariée ! Et surtout une cocoonienne !
- Ça suffit ! s’écria Fang en se retournant vers Lynae.

Maintenant à l’écart du monde qui grouillait sur la place centrale, Fang adressa un regard furibond à Lynae.

- Vous n’avez que ce mot là à la bouche ! Cocoonienne ! Si vous arrêtiez de ne voir que son apparence, vous remarqueriez qu’elle est avant tout une personne ! Je pensais seulement qu’elle méritait d’avoir quelques alliés dans le village.
- C’est plus que ça, Fang et tu ne t’en rends même pas compte, répondit Lynae d’un ton blessé.

Un lourd silence se posa entre elles, pendant lequel elles se regardèrent. Une lueur de tristesse faisait briller les noisettes de la blonde et Fang se sentit mal à l’aise.

- Je t’aime Fang, reprit Lynae. Et je croyais que c’était réciproque.
- Bien sûr que ça l’est, répondit-elle aussitôt.
- Vraiment ? Ton attirance pour… Lightning n’est pas normale et tu devrais te poser les bonnes questions.
- Mais…
- Je vais rentrer chez moi, je suis fatiguée, coupa Lynae. Tu peux prévenir ma mère pour moi ?

La petite blonde se détourna d’elle, et partit sans demander son reste.

- Lynae att…
- Laisse-la partir.

Une main se posa sur son épaule et Fang tourna la tête vers Hagen qui se trouvait derrière elle.

- Tu nous as écoutées ? demanda-t-elle.
- Vaguement, répondit l’aînée des guérisseuses.
- C’est marrant, mais je ne te crois pas.

Hagen lui offrit un doux sourire auquel Fang répondit à peine.

- Tu devrais aller te reposer aussi, Fang. Tu as l’air fatiguée.

L’adolescente leva le nez vers Hagen et soupira. Elle était effectivement fatiguée, mais elle se rendait compte que cela était plus moral que physique. Elle se posait trop de questions et les reproches de Lynae en rajoutaient une couche, dont elle se serait bien passée.

Bon sang, elle n’était pas amoureuse de Lightning. Fang était peut-être attirée par elle, mais cela n’était dû qu’à sa curiosité et à la fascination qu’exerçait la personne que représentait la cocoonienne, rien de plus.

Lynae et elle avait fait un pas considérable dans leur relation il y a quelques mois de ça. Jusqu’à présent, Fang pensait même qu’elles sortaient enfin ensemble et elle en était heureuse. Elle avouait cependant que dernièrement, elle avait un peu négligé la blonde au profit de la rosée. Mais pas une seule seconde, Fang n’avait pensé que ses sentiments pour Lightning étaient aussi forts et compliqués.

- Va dormir, Fang, répéta Hagen, la coupant dans ses pensées. Je me charge de prévenir vos parents.
- Merci Hagen.
- De rien ma chérie. Repose-toi bien.

Fang acquiesça et lui adressa un léger sourire avant d’emprunter le chemin de sa maison.

- Oh ! Hagen ! fit-elle au dernier moment en se retournant.
- Oui ?
- Très jolie cérémonie, au fait.

Hagen la remercia gentiment et lui dit de filer, ce que Fang fit aussitôt. Dormir lui porterait certainement conseil et, demain, elle irait s’excuser auprès de Lynae. Après tout, elle ne pouvait pas être amoureuse de Lightning, c’était impossible pour tout un tas de raisons.

oOo

Fang avait plongé dans un sommeil profond sans même s’en être rendu compte. Le noir l’avait enveloppée sans qu’aucun rêve ne vienne la perturber. Alors quand elle ouvrit les yeux, elle sut presque instinctivement que quelque chose n’était pas normal.

Elle était seule dans un endroit spacieux, bordé de bâtiments, de plateformes et de piliers en pierre. Tout était en ruine. Il faisait ni jour ni nuit et encore moins froid ou chaud. Ce lieu était à la fois impersonnel et pourtant empreint d’une histoire qui le rendait quasiment nostalgique.

Fang leva le nez vers un ciel gris, bas et nuageux, sans pour autant être orageux. L’air était lourd sans être étouffant. Elle n’avait jamais mis les pieds ici, mais elle avait entendu des légendes et pour plus de véracité, Lightning elle-même lui avait raconté l’ambiance qui régnait dans le Valhalla.

C’était normalement une immense ville en bord de mer au milieu de laquelle se dressait le majestueux temple d’Etro. Un monde terne ou pas une âme ne vit sans devoir combattre. Un monde de chaos et de mort. Il était impossible qu’elle ait atterri ici de son propre chef, seuls les morts y étaient emmenés, pour que leurs âmes attendent ensuite de renaitre.

Etro avait vraiment la salle manie de s’accaparer son esprit et de le transporter où elle le voulait. Cependant, Fang se rendait compte que l’endroit était plus stable et calme que les fois précédentes. La déesse de la mort avait retrouvé un peu de sa force pour retenir Bhunivelze et l’appeler. Quand elle avait pris contact avec elle peu de temps après son arrivée dans la passé, Etro lui avait avoué avoir trouvé une source d’énergie supplémentaire pour l’aider. La pulsienne était curieuse de savoir d’où elle provenait.

Fang soupira, tournant lentement sur elle-même. Que faisait-elle ici ? Elle pensait que sa tâche était déjà définie. Tuer les deux champions que Bhunivelze avait envoyés pour tuer Lightning. Trouver sa femme et la ramener saine et sauve à la maison. Une fois que cela avait été mis au clair, elle ne pensait pas avoir de nouveau affaire à Etro. Mais finalement, la déesse n’en avait pas fini avec elle.

Fang soupira fortement puis une voix profonde la fit sursauter et se retourner.

- Bonjour pulsienne.

Etro se tenait debout devant elle. Fang resta surprise pendant une seconde. La déesse arborait sa propre apparence. Elle était grande et majestueuse. Une aura divine l’enveloppait, faisant ondoyer ce qui se rapprochait le plus à de longs cheveux blancs. Tout son être était vaporeux, pourtant, il se dégageait d’elle un charisme bien présent. Malgré sa force amoindrie, on sentait sa puissance parcourir le sol du Valhalla.

Puis Fang réalisa la présence d’une jeune fille. Beaucoup plus petite et d’une apparence humaine. De longs cheveux raides d’un bleu corail et deux yeux verts presque semblable aux siens entouraient un visage fin de poupée. C’était la même gamine qui avait parlé au nom d’Etro pour l’envoyer six cents ans dans le passé. Yeul. Sauf que celle-ci avait quelque chose de différent. Si l’apparence était identique, il y avait dans le regard de cette Yeul quelque chose de plus froid et mature. Fang fronça les sourcils et reporta son attention sur Etro.

- Qu’est-ce que je fais ici ? Je suis bien au Valhalla ?
- Oui, répondit la déesse. Dans mon royaume. C’est moi qui t’ai fait venir ici.
- Pourquoi ?

Etro bougea, englobant son monde d’un vague geste du bras, montrant sa cité qui s’étendait derrière Yeul.

- J’ai parcouru le Valhalla et j’ai réussi à trouver de la force en la présence de mes Yeul. Elles sont très nombreuses. Il en naissait une par génération depuis le commencement de ce monde. Elles proviennent toutes de moi et j’ai pu en retrouver plusieurs ici.

Fang porta son regard sur l’une des Yeul qui se tenait en face d’elle. Cette âme était impassible, presque révérencieuse devant sa déesse. Elle reporta son attention sur Etro alors que celle-ci reprenait.

- Grâce à elles, j’ai retrouvé plus d’énergie que je ne l’aurais pensé. Elles me permettent de maintenir mon univers avec stabilité et de retenir pendant encore un temps Bhunivelze dans sa prison.
- Je ne vois pas le rapport avec ma présence ici, répliqua Fang. On a déjà établit ce qu’était ma mission.
- J’ai découvert qui étaient les champions qu’il a envoyés sur Gran Pulse. Je garde un œil sur eux.
- Qui sont-ils ? demanda Fang, tout d’un coup curieuse.
- Des morts !

La voix était basse et profonde, tranchante. Un frisson traversa l’échine de Fang et elle serra les poings.

- Des âmes errantes qui, de par leurs méfaits, étaient retenus dans les bas-fonds. Bhunivelze a fait d’eux des l’cie et ils mettent en place leur plan pour tuer ma championne.
- Je sais déjà tout ça ! Il faut que je les trouve et les tue avant…
- Ils viendront à toi sans que tu n’aies à les chercher, contra Etro. Ramène-moi seulement ma guerrière.

Fang pinça fermement les lèvres et déglutit. Il y avait quelque chose qui la dérangeait, mais elle ne savait pas quoi. Tout ce dont elle était sûre, c’était qu’elle n’aimait pas la désagréable impression que cela lui laissait.

- Mes-toi en route le plus rapidement possible.
- A la prochaine florai…
- Ça sera trop tard ! coupa brutalement Yeul, de sa voix douce mais autoritaire. Nous devons contrer Bhunivelze aussi vite que nous le pourrons !

Fang fronça les sourcils.

- Qu’avez-vous en tête ? demanda-t-elle froidement. Comment allez-vous contrer Bhunivelze ?
- Ne te préoccupe pas de ça ! répondit Etro. Ta tâche est de retrouver ma championne, puis de renvoyer ces âmes dans mon royaume.

La pulsienne sentit une sourde angoisse lui nouer l’estomac. Quelque chose à quoi elle ne s’attendait pas était en train de se préparer. Etro avait un plan bien précis pour empêcher Bhunivelze de sortir de sa prison de néant, et Fang n’avait pas la moindre idée de ce que cela pouvait bien être. Elle avait juste le sentiment que Lightning avait une place plus importante dans ce plan et que la déesse Etro se fichait bien de savoir si elle était disposée à coopérer ou non.

- En attendant, reprit Etro, dans le monde des humains, il me semble que vous célébrez, cette nuit, la fête de Samain. Une nuit pendant laquelle les passages entre les mondes et les esprits se fait plus facile.

Le cœur de Fang fit un bond dans sa poitrine. Elle avait peur de penser à ce que cela pouvait bien vouloir dire. Ses mains devinrent presque moites d’espoir et elle inspira profondément. Etro braqua ses yeux d’un blanc opaque dans les siens et Fang bloqua sa respiration.

- Mon pouvoir me permet de t’offrir un pont entre ton esprit et le sien. Profite de cette unique chance, pulsienne. Elle t’attend.

A cette annonce, Fang en eut presque la tête qui se mit à tourner. Cependant, elle ne savait pas si cette impression venait vraiment de sa tête ou du fait que tout se mit effectivement à tourner autour d’elle. Mais avant même qu’elle ne se pose vraiment la question, tout ce stabilisa et elle découvrit qu’elle était chez elle. Dans sa maison sur New-Bodhum. Son cœur se mit à battre la chamade. Etro lui offrait la chance d’être avec sa femme. Un endroit irréel, inventé de toutes pièces dans leurs esprits, mais qui pourtant était réel.

Fang leva la tête devant elle et son cœur sembla s’arrêter pendant un instant, alors que la silhouette de Lightning apparaissait face à elle. Jamais la pulsienne n’aurait pensée qu’Etro aurait été capable de lui accorder une telle chance. Après tout, la déesse de la mort se fichait complètement de son sort et il était plus que probable qu’elle ait uniquement fait cela pour Lightning.

Fang espérait avoir plus de temps que la première fois ou Etro l’avait envoyée dans l’esprit de sa compagne, quelques mois auparavant. Beaucoup plus de temps. Elle voulait pouvoir profiter au maximum et ce fut euphorique, le cœur tambourinant de joie ainsi que d’impatience, qu’elle s’avança enfin dans la chambre.

Elle eut l’impression que ses pieds nus frôlaient à peine le bois du sol. Le vent qui passait à travers la grande baie vitrés ouverte ne l’atteignait même pas et elle détailla à peine ce qui l’entourait. C’était chez elle, sa maison et la chambre qu’elle partageait avec Lightning. Fang savait que tout était presque à l’identique, de l’armoire en chêne au carillon en bois flotté que son amante avait tenu à suspendre dans l’encadrement de la baie vitrée. Et si ce n’était pas le cas, Fang n’en avait rien à faire. La seule chose qui avait de l’importance se trouvait à quelques pas d’elle, derrière les rideaux blancs qui voletaient doucement sous un vent léger qu’elle sentait à peine.

Elle décala doucement le voile d’une main quand elle arriva à lui et avec un sourire doux aux lèvres, Fang contempla pendant un instant son amante. Sa femme, qu’on lui avait injustement arrachée à cause d’une guerre qui les dépassait, et à laquelle on l’avait forcée à participer.

Fang observa la silhouette fine et longiligne, plus petite qu’elle. La peau opaline des jambes et des bras. La courbe de ses hanches et celle de ses reins. Ses longues boucles roses qui, sous la lune, brillaient presque d’un éclat lunaire et cristallin. Son cœur battait violemment dans poitrine et Fang réalisa à quel point Lightning lui avait manqué. Pendant tout ce temps, la pulsienne avait fait en sorte de se concentrer sur sa tache ou sur tout autre chose qui lui faisait oublier le manque qu’elle ressentait. Mais alors qu’elle avait son amante sous les yeux, Fang se rendait compte que cela n’avait en rien amoindri ce sentiment de perte et de vide.

Etro lui avait dit de profiter de cette chance et Fang comptait bien lui faire honneur, malgré la note étrange qu’elle avait décelé dans le ton de la déesse. Comme si cette dernière savait quelque chose qui lui échappait. La pulsienne réprima un frisson en sachant que c’était certainement le cas, de par son statut de déesse clairvoyante.

Fang déglutit alors que son ventre se nouait. Pour profiter, elle allait profiter. Elle était bien décidée à prendre tout ce qu’il y avait à prendre et donner tout autant. Glaner courage et espoir, puis quand elle se réveillerait, elle irait dire à Briac et Gildas qu’elle et Vanille prendraient la route pour Oerba le plus rapidement possible. Peu importe que l’hiver accable leur voyage, cela ne serait pas la première fois qu’elles devraient traverser les intempéries.

Fang craignait d’arriver trop tard et avait le désagréable sentiment qu’elle pouvait la perdre à tout instant. En attendant, elle mit tout cela de côté et passa le pas de la baie vitrée, s’avançant lentement sur la terrasse en bois. L’odeur de son amante embaumait agréablement l’air, et Fang esquissa un sourire se sentait tout de suite plus sereine. Comme Etro le lui avait dit, Lightning l’attendait et il était hors de question qu’elle perde plus de temps.

oOo

Chapter Text

Note : Vous l’attendiez tous ce moment, n’est-ce pas ? Je ne vous fais pas languir plus et vous laisse le déguster à sa juste valeur. Je précise seulement, que ce chapitre est la raison pour laquelle la fiction est dans la catégorie M. Donc, si une scène sexuelle entre deux femmes vous dérange, soit vous zapper ce chapitre, soit vous sauter les parties dérangeantes, soit… Vous le déguster tout autant ^^ ! Bonne lecture.

oOo

 

Chapitre 17

Quand Lightning ouvrit les yeux, elle resta immobile pendant un instant. Sur le moment, elle eut l’impression qu’aucun son ne lui parvenait, puis elle entendit celui du ressac. Cependant, elle ne sentait aucune odeur de sel, et il lui fallut une seconde pour réaliser où elle se trouvait.

C’était chez elle, à Neo-Bodhum. Du moins, c’était les murs et les meubles de sa chambre. Allongée sur son lit, Lightning remonta doucement sa main sur son ventre. Elle sentait la fraicheur des draps propres sur sa peau à moitié nue et son cœur fit un bond douloureux dans sa poitrine, tandis qu’elle se redressait lentement de son autre main.

La grande baie vitrée de sa chambre était largement ouverte, laissant passer un vent qui faisait voleter les fins rideaux blancs. Il ne faisait pour autant pas froid. En fait, Lightning ne sentait même pas la brise passer sur elle. La température était douce, ni froide ni chaude. Il faisait nuit et la pièce était plongée dans une semi pénombre. Pourtant, une légère lumière blanche filtrait aux travers des rideaux, nimbant la chambre d’une aura lunaire.

Elle tourna instinctivement la tête vers l’autre côté du matelas et elle eut un pincement au cœur. Elle était seule dans ce grand lit, et il n’y avait que le bruit des vagues se faisait entendre. Lightning effleura d’une main l’oreiller à côté d’elle, respirant profondément dans l’espoir d’endiguer la peine qui l’accablait.

Dans un état second, elle repoussa le drap qui la recouvrait et se leva. Sa tenue avait changé et la fine nuisette noire qui lui servait de vêtement vint cacher sa nudité en glissant jusqu’à la naissance de ses cuisses. Lightning fronça à peine les sourcils, et sans se préoccuper des légères incohérences, elle se dirigea vers la baie-vitrée. Elle écarta d’une main le rideau avant de poser un pied sur la terrasse en bois qui bordait la maison sur pilotis.

Lightning avait une vue imprenable sur les falaises au loin qui bordait la mer, que la lune faisait briller d’un éclat cristallin. Le bruit des vagues qui s’échouaient les unes après les autres sur les poutres soutenant la demeure, l’apaisa plus qu’elle ne l’aurait imaginé. Elle était chez elle.

C’était irréel, un produit inventé de toute pièce par son subconscient, elle l’avait parfaitement compris. Elle était seule dans ce monde et c’était bien trop silencieux. Dans la réalité, d’autre petites maisonnettes voisinaient la sienne, longeant les récifs de la mer qui bordait le nord de leur village, empêchant les montres de les attaquer par ce côté. Il n’y avait personne sur la plage et les enfants manquaient à l’appel. Qu’il vente ou fasse beau, ces derniers étaient les premiers à courir sur l’étendue sableuse et leur parent devaient régulièrement les rappeler à l’ordre. Autre fait notable, il n’y avait personne de sa famille. Et le plus important, Fang n’était pas là.

Lightning s’appuya contre la barrière, ses mains enserrant la rambarde en bois. Alors même qu’elle pensait cela, des bras chauds la prirent par surprise, entourant doucement sa taille. Un corps long, fin et ferme se pressa contre elle par derrière et son souffle se coupa. Une douce odeur de menthe qu’elle aurait reconnu n’importe où lui monta au nez et elle inspira profondément, reprenant une respiration difficile tandis qu’elle attrapait instinctivement de ses mains, les bras autour d’elle.

- Désolée pour le retard, Sunshine.

La voix était tendre, malicieuse et empreinte d’une chaleur qui lui était entièrement destinée. Une intonation légèrement rauque qui n’appartenait qu’à une seule personne et qui fit naître un effroyable frisson le long de son échine. Lightning appuya tout son poids contre le torse derrière elle et ferma brièvement les yeux avant de les rouvrir sur le ciel étoilé.

C’était comme il y a quelques mois de ça. Elle savait que c’était le fruit de son imagination, mais c’était tellement réel. Loin de l’impression nébuleuse que pouvait laisser de simples rêves. Si la première fois, elle s’était posé des questions, à présent cela n’avait plus aucune importance. Lightning se fichait complètement des tours que lui jouait son esprit. Elle était même, au contraire, prête à plonger tête la première dedans.

Si cette illusion lui permettait d’oublier pour un temps le sentiment de perte et de vide qu’elle ressentait à longueur de journée, elle était prête à tout. Elle oubliait sa vie sur Oerba et l’existence de la jeune Fang qui lui broyait le cœur et si elle avait le loisir de pouvoir en prime, profiter des bras de sa femme, elle n’allait pas s’en priver.

- Tu me manques tellement, Fang. Si tu savais, souffla-t-elle difficilement.

Lightning sentit Fang plonger son nez dans ses cheveux, inspirant profondément son odeur comme pour s’en imprégner, avant de répondre doucement.

- Toi aussi tu me manques. Plus que tout autre chose au monde.

Comment pouvait-elle manquer à une illusion ? pensa Lightning. Mais soit, elle n’avait besoin de rien d’autre. Probablement que la réponse à sa question résidait justement là. Cette Fang était une création de son esprit et elle répondait à ses moindres désirs. Elle était là pour ses besoins et même si, au fond d’elle, Lightning savait que ça ne serait jamais suffisant, il était tout de même hors de question qu’elle s’en sépare.

Elles restèrent ainsi un long moment. Le temps ne semblait pas passer de la même façon. La mer restait calme, le vent aussi doux et le bruit des vagues régulier. L’étreinte de Fang se resserra autour de sa taille, les mains se pressant sur son ventre. Lightning raffermit sa propre prise, balançant sa tête sur l’épaule derrière elle. Elle se sentait vraiment bien pour la première fois depuis des mois et à sa place comme elle ne le serait jamais sur Oerba. Peu importe la présence d’Hagen, de la jeune Vanille ou de la jeune Fang, aucune d’elles ne représentaient sa maison. Ses repères.

Depuis l’époque des fal’cies et celle où Lightning avait compris dans quel monde opulent elle avait grandi, et le jour où elle avait réalisé comment ces demi-dieux l’avait habitué à vivre comme un animal, elle s’était promis de ne plus jamais s’attacher à des biens trop matériels. Finalement, le confort sous toutes ses formes n’avait aucune importance, si on nous enlevait notre personnalité.

Aujourd’hui, ils avaient tous régressés à une vie plus archaïque, cultivant et récoltant les champs, chassant et pêchant pour leur survie. Le temps où les fal’cies leur apportaient tout ce dont ils avaient besoin sur un plateau d’argent était révolu et, étrangement, Lightning préférait cette vie à la précédente. Elle avait le sentiment d’avoir trouvé son identité propre. Tout lui semblait beaucoup plus facile et naturel, mais elle s’était astreint dès le départ à penser que tout ça, tout ce qu’ils avaient si durement construit de leurs mains, pouvait leur être arraché d’un instant à l’autre.

Elle s’était alors créé une maison, un toit et des fondations solides entre les bras de Fang. Parce qu’elle était certaine que c’était quelque chose qu’on ne pourrait jamais lui voler. Pas une seule seconde, Lightning n’avait pensé qu’elle pourrait être un jour séparée de Fang. Dès les premiers instants de leur rencontre, elles ne s’étaient plus quittées. Lightning avait appris à vivre en ayant son amante jamais très loin d’elle, peu importe les circonstances. Leur relation était devenue normale et intense et elle avait naïvement cru que les problèmes étaient loin derrière elles, et que rien ne pourrait leur nuire. Comme elle s’était trompée.

Son foyer lui avait été dérobé une nouvelle fois, sans qu’elle n’ait rien vu venir et sans qu’elle ne sache pourquoi. Lightning se sentait de nouveau désemparée, en colère et triste, mais si à l’époque elle avait su contre quoi retourner sa rage et combattre, aujourd’hui ce n’était pas le cas et elle était désagréablement perdue. Ce bref interlude que lui offrait donc son esprit était aussi reposant que salvateur.

- Je ne veux pas me réveiller, souffla-t-elle, les yeux dans le vague.

Elle leva les yeux vers la lune, pleine et bien ronde et Lightning déglutit. Elle s’enfonça plus profondément dans l’étreinte qui la serrait, n’attendant pas forcément une réponse quelconque provenant de Fang. Et s’il devait y en avoir une, Lightning se doutait déjà de ce qu’elle serait. Elle fut pourtant surprise face aux paroles de son amante, quand celle-ci s’exprima.

- Etro a retrouvé une bonne partie de ses forces. Cet endroit est beaucoup plus stable que celui dans lequel elle nous a envoyées la première fois. Nous avons aussi beaucoup plus de temps devant nous, du coup.

Lightning nota quelque chose d’étrange. Cette illusion tenait des propos cohérents, du moins, plus cohérents qu’elle ne le devrait… Comme si elle était… Réelle. Mais c’était impossible. Pourquoi lui parler d’Etro ? Quelle était cette histoire de stabilité par rapport à la première fois ? Pourquoi lui dire qu’elles avaient plus de temps ? Si elles se trouvaient dans son esprit, si cette Fang et cet endroit n’étaient que le fruit de son imagination, il était normal qu’elles aient du temps. Elles pouvaient même avoir tout le temps qu’elles voulaient.

L’ancienne championne fronça les sourcils, resserrant la prise de ses mains sur les avant-bras de Fang.

- Nous sommes dans ma tête, dit-elle doucement. Bien sûr que nous avons tout le temps que nous voulons. Même si je me réveille, demain, je retournerai dormir et nous nous retrouverons de nouveau ici. Au même endroit, exactement au même moment.

Le silence les enveloppa pendant un instant, avant qu’elle ne reprenne.

- Je dois être bien bas, pour que mon propre subconscient me joue des tours pareils.

Le nez de Fang plongea dans son cou tandis que Lightning raffermissait son appui contre l’épaule qui la soutenait. Elle ferma les yeux quand son amante déposa un tendre baiser à la base de son cou, faisant se retourner son estomac de joie et de peine. Même si cette vision était agréable, rien ne pourrait égaler la réalité.

L’illusion resta silencieuse et Lightning supposa qu’elle n’avait rien à répliquer. Après tout, qu’aurait son propre esprit à se répondre à lui-même ? Cette Fang se contenterait de lui dire ce qu’elle voulait entendre, puis l’étreinte se prolongerait jusqu’à ce que le réveil ne l’arrache de ses bras, la privant à nouveau de cet instant de paix et de bonheur.

Cependant, les bras de Fang se relâchèrent légèrement, faisant bondir son cœur dans sa poitrine. Est-ce que c’était déjà fini ? Combien de temps cela avait duré ? À peine une heure ? Mais le temps ne se déroulait pas de la même manière ici. Devait-elle déjà repartir dans la réalité ? Non, ça avait été trop court. C’était insuffisant et elle savait que ça serait malheureusement toujours le cas tant qu’elle n’aurait pas retrouvée la vraie Fang et son monde.

Mais contre toute attente, au lieu que tout se mette soudainement à tourner autour d’elle et qu’elle se retrouve plongée dans le noir avant de réintégrer son corps charnel dans son lit, Lightning sentit les bras de Fang la forcer à se retourner. Elle résista un bref instant. Il était hors de question qu’elle se retrouve confrontée à cette illusion. Elle ne voulait pas voir les prunelles émeraude de son amante briller d’une lueur vide et irréelle. Cela ne ferait que rendre ce mirage plus réaliste et Lightning n’était pas certaine de le supporter.

La force de Fang la pris toutefois par surprise et elle abandonna rapidement la lutte. Son cœur tambourinait désagréable dans sa cage thoracique, les battements se répercutant presque dans ses organes. Alors qu’elle gardait les yeux obstinément fixés sur la gorge en face d’elle, une paire de mains tièdes et un peu rêches, exactement comme dans son souvenir, encadra tendrement son visage. Lightning fut forcée de lever les yeux vers ceux de sa femme et elle retint son souffle dans le creux de sa gorge.

- Regarde-moi, Sunshine.

La voix était légèrement rauque et le ton doux et affectueux. L’exacte réplique de la façon dont Fang avait l’habitude de s’adresser à elle. Dans un coin de son esprit, Lightning nota que maintenant qu’elle connaissait l’adolescente qu’avait été son amante, elle était capable de repérer les légères intonations qui les différenciaient. Il y avait de petites inflexions qui ne pouvaient caractériser que sa femme.

Les mains sur ses joues se firent doucement plus fermes et Lightning leva instinctivement les yeux vers ceux de Fang. Cette dernière esquissa aussitôt un petit sourire malicieux et demanda de façon mutine :

- Est-ce que je ressemble vraiment à illusion ?

Le souffle de Lightning se coupa. Son cœur rata un battement et elle retint une grimace alors qu’il se mettait à cogner furieusement dans sa poitrine. Sa tête tourna légèrement et elle s’agrippa de toutes ses forces aux bras de son amante, qui ne l’avait pas lâchée. Cette Fang était plus qu’une illusion. Elle était parfaitement identique, jusqu’au moindre détail. Cela ne pouvait pas vraiment être étonnant, Lightning serait capable de reproduire les yeux fermés les traits de sa femme dans les moindres détails, s’il le fallait. Mais celle qu’elle avait devant elle, c’était autre chose.

La pulsienne dégageait une aura qui lui était propre, quelque chose que même son esprit n’aurait pas pu reproduire à l’identique. Lightning fit glisser ses mains jusqu’au visage de Fang. Elle lui effleura le cou avant de poser le bout de ses doigts sur les mâchoires, les joues et les tempes, redessinant ce visage fin et exotique qu’elle connaissait si bien.

D’un index, Lightning retraça le grain de beauté qui soulignait l’œil droit de Fang. Celle-ci ferma les yeux, mais l’ancienne guerrière avait pu remarquer ce regard de chat sauvage qu’elle avait déjà vu maintes fois briller d’une intensité à couper le souffle, d’un amour indéfectible et d’une chaleur passionnelle qui n’appartenait qu’à la brune. Un regard que son esprit n’aurait jamais pu contrefaire à l’identique bien qu’elle le connaisse parfaitement.

Elle glissa ses mains dans les mèches noires, faisant rouvrit aussitôt les yeux de Fang, et Lightning plongea immédiatement dans les émeraudes. Elle se rapprocha au point de coller son corps à celui de sa femme, leurs souffles se mélangeant.

- C’est toi, souffla Lightning. C’est vraiment toi !

Les mains de Fang se serrèrent compulsivement autour d’elle, comme si elle avait peur de la lâcher et qu’elle s’évapore une nouvelle fois.

- C’est moi, Sunshine, sourit Fang en réponse. C’est moi.

Lightning fit naviguer son regard sur le visage de la brune, voulant déceler un quelconque mensonge, défaut, qui lui prouverait que tout cela n’était qu’un tour de son imagination. Mais elle fut obligée de se rendre à l’évidence et elle en profita, se réappropriant chaque trait de son amante, plaquant entièrement son corps contre celui de Fang. Lightning était légèrement plus petite que la pulsienne et elle leva la tête pour frôler du bout de son nez celui de son opposé.

- Comment ? demanda-t-elle d’un ton confus.
- Grâce à Etro, répondit doucement Fang.
- Etro ? Mais que vient-elle faire dans cette histoire ?

Fang déposa un baiser sur sa tempe puis répliqua :

- Ça serait trop long de tout t’expliquer maintenant.

Lightning fronça les sourcils et se dégagea de son étreinte.

- Il faut que je sache, Fang ! s’exclama-t-elle fermement. J’ai atterri six cent ans dans le passé, dans ton passé ! A une époque ou Cocoon et Gran Pulse sont encore en guerre et je ne sais pas comment ni pourquoi ! Je croyais être dans un rêve et tu m’apprends que… Tu es réelle… Grâce à Etro. Je veux des réponses, j’en ai besoin !
- Bhunivelze, abdiqua Fang.
- Quoi ?
- Celui qui est derrière tout ça, c’est Bhunivelze !

La pulsienne soupira et s’écarta de Lightning de quelques pas. Elle se détourna et Lightning fronça les sourcils, restant les bras ballants, complètement interdite face à une telle révélation.

- Je ne comprends pas. C’est impossible ! finit-elle par rétorquer. Nous l’avons enfermé…

Fang soupira de nouveau et se retourna vers elle.

- Il a réussi à recouvrer ses forces. D’après Etro, il est même sur le point de s’extraire de sa prison et la première chose qu’il a voulu accomplir, c’est de se venger de toi.
- De… Quoi ? marmonna Lightning.

Elle secoua la tête, son corps s’agitant nerveusement.

- C’est insensé ! s’écria-t-elle.
- Son plan est de tout anéantir, ajouta Fang. Il veut tout détruire, Etro comprise, et créer un nouveau monde plus docile où il serait l’unique dieu omnipotent.
- Mais… Qu’est-ce que je viens faire dans cette histoire ? grogna Lightning.

Fang s’appuya contre la rambarde en bois, repliant une jambe et croisant les bras sous sa poitrine. Son visage était fermé, mais Lightning savait reconnaître le mécontentement dans ses yeux.

- Tu es celle qui l’a mis en échec, Sunshine. Tu es la championne d’Etro !
- Non, souffla Lightning en secouant la tête de déni. Tout ça, c’est terminé !

La brune ouvrit la bouche pour répliquer, mais la referma aussitôt. Lightning l’observa. Fang arborait un air étrange qui l’interpella.

- Tu sais autre chose ?
- Seulement ce que la déesse a bien voulu me révéler.
- Tu es entrée en contact avec Etro ? demanda Lightning d’un ton incrédule.

Fang se redressa sur ses deux pieds et lui fit face avec fermeté.

- Il fallait bien que je trouve un moyen de te retrouver… De te rejoindre ! Et Etro était la seule capable de me donner des réponses et de m’aider !

Lightning fronça les sourcils, tandis que son cerveau assimilait une seule et unique chose.

- Me rejoindre ? Alors… Il y a une façon pour me ramener ? Tu es là pour ça ?

Fang afficha un air à la fois peiné et contrarié avant de secouer la tête de dépit.

- Fang ?
- Je ne sais pas s’il y a une solution, révéla-t-elle finalement. Etro ne m’a rien dit à ce sujet.
- Mais…

La pulsienne combla subitement la distance qui les séparait et encadra de ses mains le visage de Lightning.

- Je ne veux pas perdre plus de temps, Sunshine ! Etro nous a créé ce pont pour que nous puissions être ensemble. Je veux en profiter autant que je peux. De chaque seconde qui passe ici.

Elle frôla du bout de son nez le sien. Leurs lèvres n’étaient qu’à quelques millimètres les unes des autres et leurs souffles se mélangeaient. Lightning s’arracha à la vision de cette bouche aux lèvres pleines et tentantes pour plonger son regard dans celui de Fang. Elle inspira et ne perdit pas de temps à tergiverser. Elle captura enfin la bouche tentatrice de sa femme, glissant ses mains dans les mèches noires pour raffermir sa prise.

Elles restèrent une seconde sans bouger, redécouvrant le gout de l’autre, la sensation que cela procurait dans leur corps. Puis leurs lèvres se mirent à danser langoureusement ensemble. Un baiser lent et profond, qui leur fit du bien après tous ces mois de séparation.

Lightning poussa un soupir de plaisir auquel Fang répondit par un léger gémissement, l’entourant de ses bras. Une main se glissa dans sa nuque, faisant agréablement frémir l’ancienne guerrière d’Etro. Elle avait l’impression qu’une nuée de papillons avait pris naissance dans le creux de son ventre, un frisson traversant son échine. La pulsienne rendit son baiser plus ferme et passionnel que jamais.

La rosée ne pouvait plus que suivre le mouvement, prenant tout ce qu’il y avait à prendre et essayant de donner tout autant. Il fallait que ce moment reste gravé dans leurs souvenirs pour qu’elles puissent avancer par la suite. Elle glissa une de ses mains dans le dos de la brune, raffermissant sa prise sur les omoplates à moitié découvertes par le fin débardeur noir que portait Fang. De l’autre, elle entortilla ses doigts dans les mèches sombres, tandis qu’une langue mutine venait enfin demander l’accès à sa bouche.

Tout son être s’en électrisa, ses reins s’enflammèrent alors qu’une chaleur insidieuse se fit sentir dans son bas-ventre. Lightning ouvrit la bouche, répondant à la demande et vint aussitôt à la rencontre de la langue jumelle. Elle n’avait certainement pas dit son dernier mot et elle obtiendrait bien plus de réponses que cela, mais Lightning voulait bien accorder ce premier round à son amante. Elle espéra seulement qu’Etro leur accorderait assez de temps pour cela.

Leurs langues dansèrent ensemble, leurs mains glissaient, s’échappaient et s’agrippaient, recherchant désespérément toujours plus de contact. Leurs corps s’emboîtaient l’un contre l’autre et Fang fit glisser ses doigts le long du cou de Lightning. Elle frôla les épaules, se dirigeant doucement vers la taille fine et étroite. Chaque touché envoyait des étincelles dans son ventre, faisant soupirer de bien-être l’aînée des Farron.

L’échange se poursuivait lentement, amoureusement. Leurs langues se caressaient comme si elles n’en avaient jamais assez, puis la pulsienne la pris par surprise en venant mordiller sa lèvre inférieure. Des ondes électriques explosèrent jusque dans son entre-cuisse et Lightning sentit ses genoux trembler. Les mains de Fang descendirent aussitôt jusqu’à ses fesses. Elle prit un instant pour les englober dans ses paumes, puis d’une pression, elle incita Lightning à entourer sa taille de ses jambes. Elle se laissa docilement manœuvrer et Fang la porta à bout de bras, passant l’encadrement la baie vitrée pour pénétrer l’intérieur de la chambre.

Les rideaux blancs se refermèrent derrière elles et la pulsienne tangua sur ses pieds, atteignant difficilement le rebord du lit sur lequel elle se laissa tomber en position assise. Lightning raffermit instinctivement la prise de ses jambes autour de la taille de Fang, tandis qu’elles rebondissaient doucement sur le matelas. La brune plongea aussitôt son nez dans son cou, y déposant une myriade de baisers qui fit soupirer Lightning.

Cette dernière balança sa tête en arrière pour laisser un libre accès à son amante tandis que les mains de celle-ci se glissaient subrepticement sous le court voile de sa nuisette. La peau légèrement rêche des mains de Fang rencontra la douceur de son fessier, envoyant un effroyable frisson le long de son échine.

- Tu ne portes rien là-dessous, Sunshine, murmura Fang d’une voix chargée de désir.
- Hum…

Les doigts de la pulsienne palpèrent tendrement la chair, pendant que ses dents mordillaient celle, plus fine, de son cou.

- A croire que tu m’attendais, souffla Fang dans le creux de son oreille.

Lightning poussa un gémissement qui ne lui faisait plus honte depuis des années maintenant, quand elle était dans les bras de son amante. Elle cambra son dos, répondant instinctivement au désir de son corps et celui de Fang. Sa poitrine, recouverte par le fin tissu de la nuisette, était sensible, la rendant encore plus réceptive au moindre toucher. Lightning avait envie de se coller contre Fang, de frôler ses seins des siens, que leur chair s’emboite pour ne faire plus qu’une.

Elle avait l’impression qu’elle n’en aurait jamais assez pour combler ce manque qui la déchirait de l’intérieur. Un autre frisson traversa violemment son corps, suivit par une onde de plaisir qui la fit se contracter. Un feu insidieux se logea dans son bas-ventre et l’envie se fit plus pressante, tandis que Fang venait à peine d’effleurer son sexe de la pulpe de son doigt.

En huit ans de relation, elle et Fang avait déjà fait l’amour un nombre incalculable de fois. Elle ne se souvenait pas de toutes, c’était impossible, mais elle savait en revanche qu’il y avait des moments où cela était plus intense que les autres. Mais jamais Lightning n’avait eu le sentiment d’était aussi réceptive et ouverte. Quémandeuse. Elle en voulait plus et elle savait que tout son corps l’exprimait.

Ça faisait des mois qu’elle avait été privée de son amante et outre le désir et le besoin sexuel qu’elle ressentait, cela allait bien plus loin que ça. C’était la présence de Fang, ses mains posées sur elle, qui parcouraient chaque centimètre de son corps. C’était la femme qu’elle aimait, qui la complétait, qu’elle avait entre ses cuisses. La femme à qui elle donnerait tout ce qu’elle possédait, jusqu’à sa propre âme. Lightning ouvrit les yeux qu’elle n’avait pas eu conscience de fermer et plongea aussitôt son regard dans les émeraudes incandescentes de Fang. Deux billes d’un vert saisissant qui brillaient d’un feu incendiaire. Mais il y avait tellement plus derrière ce désir écrasant.

Il y avait de l’amour, de la dévotion et de la tendresse. Elles se comblaient mutuellement dans la présence de l’autre et cela suffisait déjà à faire gronder la jouissance dans son ventre. Peu importe que cela ne soit pas vraiment réel et que son corps réclame sa pitance une fois qu’elle se réveillerait, c’était assez réaliste pour elle. C’était réellement sa femme qu’elle avait près d’elle, c’était ses doigts et sa bouche sur sa peau, c’était l’odeur entêtante de menthe provenant de son shampoing qui l’enveloppait. Lightning se redressa et enroula ses bras autour du cou de son amante. Elle n’avait pas besoin de plus pour l’instant.

Les mains de Fang l’arrachèrent à ses pensées, glissant sur ses hanches pour lui ôter son vêtement superflu. La bouche gourmande s’aventura sur ses clavicules, descendant lentement jusqu’à la naissance de sa poitrine. La pulsienne darda une langue mutine et vint redécouvrir le galbe rond et ferme d’un de ses seins, faisant soupirer Lightning et raffermir sa prise autour du cou de la brune. Elle lécha, titilla et mordilla, le téton qui se durcit, rendant le toucher plus sensible. Les mains qui malaxaient l’intérieur de ses cuisses se séparèrent.

L’une resta sagement au niveau de l’aine, caressant lentement cette peau fine, envoyant des décharges électrique traverser son intimité. L’autre s’aventura dans le creux de ses reins, poussant Lightning à se cambrer davantage contre elle. L’ancienne guerrière s’offrit entièrement à la langue et aux lèvres de Fang, qui prenaient leur temps pour parcourir sa poitrine, faisant enfler le désir dans son ventre. Lightning sentait tout son corps répondre aux attention et crier pour en recevoir plus.

Elle se crispait involontairement tandis que le plaisir lui faisait tourner la tête et elle n’eut pas vraiment conscience de ses hanches qui se mirent à se balancer doucement contre le bassin de Fang. Elle voulait plus de contact, un frottement quelconque qui apaiserait le feu, irradiant ses reins.

Lightning avait été obligé de se détacher de son amante, elle était privée de sa peau contre la sienne. Seules ses cuisses touchaient celle de Fang et la rosée en voulait beaucoup plus. Elle voulait que ce pouce, aux portes de son intimité, se fasse plus présent et envahissant. Un pincement sur le côté d’un de ses seins lui fit brutalement rouvrir les yeux, alors que son souffle se coupait et que son cœur ratait un battement.

La bouche sèche et le corps tremblant, elle balança ses hanches à la rencontre de ce doigt qui venait de frôler plus fermement le centre de son plaisir, faisant exploser un millier d’étincelles au plus profond de son être. Le souffle court, Lightning ne put s’empêcher d’attraper le poignet de Fang dans l’une de ses mains, voulant l’inciter à recommencer. Mais son amante lui résista et le doigt ne fit que la taquiner, l’effleurant pour mieux repartir. Caressant les contours avant de s’échapper plus bas, sans jamais lui donner ce qu’elle voulait.

Lightning sentait son intimité répondre aux attentions, son envie grandissant, et les lèvres de Fang s’étirèrent en un sourire malicieux.

- De toute évidence, tu m’attends avec impatience, Sunshine, ronronna-t-elle, récoltant une perle de plaisir du bout du doigt.

Fang leva ensuite sa main à hauteur de vue et approcha son doigt de sa bouche. Lightning sentit les battements de son cœur s’accélérer et son ventre se tordre, alors que la brune pointait une langue pour venir lécher l’humidité qui coulait le long de son index. Une onde de plaisir traversa la rosée tandis qu’elle regardait son amante sucer lentement son doigt. Elle voulut se redresser et venir se coller contre Fang, mais celle-ci l’en empêcha fermement. Lightning fit rouler son bassin contre celui de sa femme, recherchant ce contact qu’elle lui refusait.

- Hum… Fang… S’il te plait… j’ai besoin de toi.

Un nez frôla son nombril avant qu’une morsure la tiraille. Lightning poussa un gémissement à la fois de plaisir et de douleur. Si elles avaient été dans la réalité, cela lui aurait laissé une marque pendant plusieurs jours.

- Tu sais toujours trouver les mots qu’il faut, mon amour.

Lightning esquissa un sourire en coin. Elle espérait que cela soit gagné, cependant, au lieu de lui donner tout de suite ce qu’elle voulait, Fang la força à se cambrer davantage en arrière. Elle dut prendre appui sur les genoux de son amante pour éviter de chuter, tandis que ses cuisses s’ouvraient largement face au bassin de la brune.

Fang redessina aussitôt son corps de ses mains, caressant, massant, frôlant chaque centimètre de son épiderme. Lightning referma les yeux, la tension montant doucement sans jamais trouver son apogée. Il faisait chaud autour d’elle, très chaud. Lightning sentait son corps se faire mou entre les doigts de sa femme, et elle en vint presque à crier silencieusement pour en avoir plus.

Elle était tremblante, en sueur. C’était bon et douloureux à la fois et Lightning laissa échapper un grognement. Une main vint caresser la rondeur de ses seins, jouant un instant avec ses tétons, la faisant se tendre instinctivement vers le toucher. L’autre main se faufila entre ses cuisses et son souffle eut un accroc. Elle frissonna, son corps ayant un soubresaut incontrôlable tandis que son ventre se retournait de plaisir. Un gémissement s’échappa de ses lèvres entrouvertes et Lightning ouvrit les yeux sur le plafond blanc de sa chambre, tandis que Fang venait caresser tendrement son intimité.

Tout son corps s’enflamma, et l’ancienne guerrière voulut instinctivement se redresser contre la brune. Cependant, elle en fut de nouveau empêchée et elle fronça vaguement les sourcils.

- A quoi… Tu joues ? Hum… articula-t-elle difficilement.
- Chuuut… Je veux pouvoir te regarder, répondit Fang d’une voix profonde qui la fit frémir. Je veux pouvoir me rappeler de ce moment dans les moindres détails pendant que je serais en train d’arpenter les routes de Gran Pulse.

Lightning releva la tête, plongeant son regard dans celui de Fang. Elle voulut répliquer quelque chose, mais cela se termina en borborygme au milieu d’un gémissement de plaisir. Fang venait de glisser ses doigts en elle, comblant soudainement le manque qui brûlait ses entrailles.

Elle se cambra douloureusement, à la recherche d’encore plus de contact, balançant ses hanches à la rencontre de ces doigts qui la remplissaient. Elle dut raffermir sa prise glissante sur les genoux de sa femme alors qu’elle sentait le monde tourner autour d’elle. Les yeux de Fang étaient posés sur elle, ne la quittant pas une seule seconde du regard. Elle se délectait du spectacle et, pendant un instant, Lightning eut l’impression d’être tombée entre les griffes d’un animal sauvage.

Puis tout son corps trembla et elle ferma les yeux, se contractant sous les ondes de délice qui la traversaient. C’était bon et douloureux, tant ce qu’elle ressentait était fort. Lightning se laissa totalement aller, cambrée et tendue, la tête rejetée en arrière, entièrement offerte. Elle ne savait pas quelle image qu’elle donnait à Fang, mais ça n’avait aucune importance.

Elle était bien, en confiance, et la première vague de jouissance la prit presque par surprise. Elle se contracta autour des doigts qui la pénétraient lentement, poussant un gémissement, suivit d’un autre et encore d’un autre. Lightning avait l’impression que son corps était en feu, engourdit par le plaisir qui l’irradiait de la tête aux pieds.

- Fa… Ah ! Fang ! Hum…

Le doigté de son amante se fit plus lent et profond, faisant monter crescendo l’orgasme que Lightning sentait grossir dans le creux de son ventre. Tout son corps se contracta violement et son intimité se resserra autour des doigts enfoncés profondément en elle, tandis que des étincelles faisaient vibrer tout son être. La voix de Fang parvint difficilement à ses oreilles alors qu’une jouissance dévastatrice la traversait.

oOo

Elle ne sut pas exactement combien de temps passa, mais quand elle reprit conscience avec ce qui l’entourait, Lightning se sentait bien. Son environnement était identique à la première fois où elle avait ouvert les yeux et son regard tomba sur les rideaux blancs qui voletaient toujours sous une brise qu’elle ne se sentait pas.

C’était exactement comme la première fois et le sourire qui étirait doucement ses lèvres se fana aussitôt. Une sourde angoisse lui retourna l’estomac et elle se tourna brutalement vers l’autre côté. Une main tiède et chaude se posa sur son ventre, apaisant la crainte qui venait de faire naître une boule dans le creux de sa gorge.

- Je suis toujours là, Sunshine, fit Fang d’une voix douce et rassurante.

Lightning soupira et vint appuyer sa tête contre la poitrine de sa femme.

- Pendant une seconde j’ai cru…
- Je sais. Il va pourtant falloir qu’on se fasse une raison, c’est impossible que nous restions ici pour toujours.

L’ancienne guerrière ne lui répondit pas, venant plutôt plaquer son corps contre celui de Fang. Elle glissa l’une de ses jambes entre celles de son amante. Elles étaient nues toutes les deux, allongées sous un simple drap blanc et Lightning faufila l’une de ses mains vers le bas-ventre de Fang.

- Est-ce que j’ai dormi longtemps ? demanda-t-elle finalement.
- Non, répondit gentiment Fang.

Elle leva une main, glissant ses doigts dans les mèches roses. La brune s’amusa avec pendant une seconde puis ajouta :

- Mais je ne sais pas non plus comment passe le temps ici.

Lightning se tourna dans l’autre sens pour avoir Fang dans son champ de vision, reposant doucement sa tête sur le ventre sous elle.

- Tu es ici grâce à Etro, non ? C’est bien ce que tu as dit ?

Fang prit une seconde avant de répondre, l’observant longuement. L’ancienne guerrière la laissa faire, préférant qu’elle aille à son rythme, même si elle sentait un brin d’impatience lui tordre les entrailles.

- Oui, finit par répliquer la pulsienne, sans pour autant s’étendre en explication.

Lightning fronça les sourcils.

- Comment ? Et pourquoi Etro aurait fait ça ?

La brune soupira et la repoussa doucement pour se redresser en position assise sur le bord du lit.

- Light, s’il te plaît… maugréa-t-elle ensuite.
- J’ai besoin d’avoir des réponses, Fang ! protesta Lightning en se redressant à son tour sur ses genoux.
- Pourquoi devrions-nous perdre le peu de temps que nous ayons en palabres ? pesta Fang. Je vais arranger toute cette histoire, je le promets…
- Là n’est pas la question !

Lightning s’approcha d’elle et d’une main sur l’épaule, elle retourna la brune vers elle.

- J’ai atterri six cent ans dans le passé sans aucune explication. Ça fait presque trois mois que je suis ici sans savoir pourquoi. Je me disais qu’il ne pouvait y avoir qu’un dieu ou un fal’cie derrière tout ça, mais j’ai dû me contenter d’errer sans savoir quoi faire, sans savoir comment me battre pour rentrer à la maison ! J’ai besoin de savoir, de trouver le but de ma présence ici ! Je ne veux pas perdre définitivement espoir.

Un lourd silence accompagna la fin de sa tirade et elles se fixèrent un long moment. Le visage de Fang exprimait à la fois de la peine et de la colère. Un feu dévorant faisait briller ses yeux et Lightning ne savait pas entièrement pourquoi. La seule chose dont elle se doutait, c’était que toute cette histoire devait mettre sa femme à cran, ce qu’elle pouvait parfaitement comprendre.

Cependant, l’ancienne championne d’Etro ne pouvait pas s’empêcher de penser qu’il y avait quelque chose d’autre, et elle devait savoir. Elle avait besoin d’avoir aussi toutes les clés en mains pour pouvoir se faire une opinion sur l’avenir qui leur était réservé.

Fang soupira et passa ses bras autour de sa taille pour l’attirer contre elle. Lightning ne se fit pas prier et enfonça sa tête dans le cou de la brune, inspirant profondément son odeur apaisante.

- Je ne connais que les grandes lignes, celles qu’Etro a bien voulu me révéler.
- Raconte-moi tout, s’il te plaît, fit gentiment Lightning.

La pulsienne déposa un tendre baiser sur sa tempe avant de répondre.

- Bhunivelze est en train de s’échapper de sa prison. Il a attendu patiemment d’avoir récupéré assez de pouvoir pour mettre ses plans en action. Il veut vous anéantir toutes les deux pour l’avoir enfermé dans le néant il y a sept ans, mais d’après Etro, il veut aussi détruire le monde entier et en créer un nouveau, à son image.

Fang glissa ses mains dans les mèches roses tandis que Lightning écoutait religieusement ces révélations effrayantes. Les doigts malaxèrent doucement son cuir chevelu, mais même l’agréable sensation qui en découlait ne suffisait pas à alléger le poids de l’inquiétude qui venait de serrer sa poitrine.

- Il a commencé par toi, en t’éjectant de notre monde et du courant de l’histoire, poursuivit Fang. Traverser le temps est dangereux et peu de personnes s’y risquent. La probabilité de se perdre dans le cours de l’histoire est immense. Une fois sur dix, on est sûr de ne jamais retrouver son chemin et notre âme finit par errer sur la trame du temps pour l’éternité.
- Je suppose… Que c’est ce que Bhunivelze m’avait réservé, souffla Lightning.
- Oui… Mais Etro a jeté pratiquement toutes les forces qu’elle avait à ce moment-là pour te sauver. Elle a ouvert un portail et t’a propulsée dedans pour éviter que tu restes bloquée dans le temps. Ça l’a considérablement affaiblie et il lui a fallu un moment pour reprendre des forces, ce qui a permis à Bhunivelze d’en profiter un peu.
- Comment ça ?

Fang soupira et écarta doucement Lightning d’elle pour plonger ses yeux dans les siens.

- D’après Etro, il se serait créé de nouveaux champions.
- Des champions ? réagit aussitôt Lightning, son cœur faisant un bond.
- Des âmes errantes qu’il aurait dénichées dans les tréfonds du Valhalla. Il en aurait fait des combattants l’cies à sa solde.

Lightning pinça les lèvres et baissa la tête, réfléchissant activement.

- Il les a envoyés sur Gran Pulse pour me tuer, n’est-ce pas ?

Fang ne répondit pas, mais la lueur que l’ancienne guerrière vit briller dans ses yeux fut suffisante comme réponse.

- Ce n’est pas possible ! s’exclama-t-elle brutalement, serrant les poings de colère.

La pulsienne vint aussitôt la reprendre dans ses bras, la forçant à plonger sa tête dans son cou. Lightning s’agrippa à elle de toutes ses forces, recherchant entre ses bras le réconfort et le soutien dont elle avait besoin. Une boule venait de grossir dans le creux de son ventre et jamais Lightning n’avait pensé ressentir cela à nouveau. Elle croyait que les combats étaient terminés, que cela en été finit de cette vie, mais voilà qu’à cause de l’arrogance et la vanité d’un dieu, il fallait qu’elle se retrouve encore une fois plongée dans une histoire où elle allait devoir inévitablement reprendre les armes.

- Je vais tout faire pour te sortir de là, Sunshine, je te le promets, souffla Fang dans ses cheveux.
- Et comment ? Tu ne sais même pas s’il y a une solution pour que je traverse le temps sans risque. Et si Etro est toujours aussi affaiblie…
- Elle a trouvé un moyen pour recouvrir ses forces, coupa Fang.
- Lequel ?
- Tu connais la légende des Yeul de Paddra ? Tu te rappelles ? Je crois que Vanille et moi vous l’avions raconté, quand nous nous étions rendus sur les ruines.
- Oui. Chaque génération voyait naître une fille à qui Etro donnait le don de clairvoyance. Mais chaque vision conduisait inévitablement à la mort et aucune n’a dépassé l’âge de l’adolescence. Elles ont toutes finit par rejoindre Etro dans le Valhalla et ça fait très longtemps que plus aucune Yeul n’a vu le jour. Elles erraient dans le royaume de la mort et Etro a récupéré leurs âmes, c’est ça ? demanda Lightning qui semblait comprendre où voulait en venir Fang.
- Oui, du moins quelques-unes. Grâce aux Yeul, Etro a retrouvé une bonne partie de sa force et elle prépare une lutte acharnée contre Bhunivelze.

Lightning soupira et s’écarta des bras de sa femme pour la regarder. Instinctivement, elle finit par baisser les yeux vers la marque de l’cie qui tâchait la peau caramélisée. Juste là, s’étendant fièrement le long des côtes. Elle semblait récente. Elle était encore petite, le nombre des flèches et leur grosseur n’avait pas augmenté et l’œil écarlate en son centre n’était toujours pas entrouvert. Sans y penser, elle leva une main et vint l’effleurer du bout des doigts. Fang l’empêcha de continuer en les attrapant et Lightning leva son regard sur le visage de la brune.

Malgré que tout ne soit qu’une illusion ici, les traits de Fang étaient tirés et fermés, ce qui confortait Lightning à se dire que toute cette histoire n’était pas complète.

- C’est Etro qui a fait de nouveau de toi une l’cie ? demanda-t-elle doucement.
- Ne parlons pas de ça maintenant, Light. S’il te plaît.

La rosée ouvrit la bouche pour répondre, mais elle la referma aussitôt. Un peu plus tôt, quand elles avaient refait l’amour pour la deuxième fois, Lightning n’avait pas pu manquer la présence de la marque sur le corps de sa femme. Cette dernière en avait été surprise et frustrée. Fang n’avait pas imaginé une seule seconde que la projection de son esprit dans ce monde pouvait être reproduite aux détails prêts. Lightning en était restée choquée et sans voix, avant que la brune ne détourne habilement son attention.

Toutefois, elle pouvait maintenant prendre pleinement conscience du degré d’implication de Fang dans cette histoire. Arborer une marque de l’cie, ce n’était pas anodin et encore moins sans risque. De plus, avec une telle marque, il était impossible pour la brune de fuir les combats. Quoiqu’il arrive, elle devrait réaliser sa tâche ou finir en Cie’th. Et même si Fang arrivait au bout de la mission qui lui avait été confiée, elle se changerait en cristal. Pour Lightning, dans les deux cas elle perdrait sa femme pour toujours.

Une succession de questions se bousculait dans sa tête et elle aurait voulu en savoir plus. Que Fang lui explique la présence de ce sceau sur sa peau. Mais Lightning savait que si elles s’aventuraient maintenant sur ce sujet de conversation, il était plus que certain qu’elles finissent par se disputer et c’était loin d’être le moment pour ça. Elle ne savait pas combien de temps il leur restait. Combien de force avait encore Etro pour maintenir ce pont entre leurs deux esprit, alors chaque minute était précieuse.

Le sujet n’était néanmoins pas clos et quand Lightning aurait réellement Fang en face d’elle, il était certain qu’elles allaient devoir en parler. A la place, elle retint un soupir et se recolla contre le corps frais de la brune. Rien n’était plus ressourçant pour l’instant, que d’être entre les bras de sa femme.

- Tout à l’heure… J’ai vaguement cru comprendre, que tu voulais te souvenir de moi quand tu serais sur les routes de Gran Pulse… Qu’est-ce que tu entendais par-là ?

Elle sembla percevoir du soulagement provenir du corps de Fang, la tension qui l’habitait se relâchant lentement. La brune l’entraîna doucement dans son sillage alors qu’elle se rallongeait sur le lit. Lightning se glissa naturellement contre elle, s’installant et callant son bassin entre les jambes ouverte. Elle posa sa tête contre le ventre plat, appréciant la tendresse des doigts de Fang dans son dos.

- Etro ne… Elle ne pouvait pas te ramener, alors j’ai fait en sorte de trouver un moyen pour venir. J’ai réussi et Vanille m’a suivie. Elle et moi sommes ici, Light, à la même époque que toi. On a seulement atterri beaucoup trop loin d’Oerba.

Le cœur de Lightning rata un battement et elle se redressa légèrement pour se tourner vers la brune.

- Vous avez réussi à traverser le temps ?
- Oui, répondit Fang avec un sourire.
- Mais c’était terriblement dangereux… Comment…

Un index vint se poser sur ses lèvres, l’empêchant de poursuivre ses reproches.

- Ne t’inquiète pas pour ça. Vanille et moi allons très bien. On ne courait aucun risque.

Lightning la regarda, foncièrement sceptique.

- Depuis combien de temps êtes-vous arrivées ?
- Pas très longtemps. Ça doit faire à peine un mois.
- Avec la saison des pluies. Je suppose que vous n’avez pas pu prendre la route à cause du mauvais temps.
- Tu as bien appris ta leçon, Sunshine.
- J’ai eu de bons professeurs, je crois, sourit Lightning.

Fang pouffa doucement et partit pincer doucement les côtes à sa portée. Lightning grogna d’amusement puis elles se calmèrent.

- Un petit village de chasseurs dans les étendues centrales nous a offert l’hospitalité.
- C’est gentil de leur part.
- Oui. Ils font du commerce avec Oerba, ça nous arrange. Je vais voir à ce que nous prenions la route le plus vite possible, déclara Fang en reprenant ses légères caresses dans le dos de Lightning.
- Faite attention, répliqua celle-ci en fermant les yeux sous les douces attentions. J’ai cru comprendre qu’il était préférable de reprendre les voyages aux prochaines floraisons. Ne vous précipitez pas stupidement. Je suis capable de me défendre, tu te rappelles.
- Je sais. Mais je veux être à tes côtés le plus rapidement possible. Je n’aime pas l’idée que nous soyons séparées de la sorte alors que le danger nous guette.

Lightning ne répondit pas. Cette fois, elle ne pouvait que donner raison à Fang. Toute cette histoire était périlleuse et, bien qu’elles sachent toutes les deux se défendre chacune de leur côté, leur force résidait dans leur tandem. Elles étaient une équipe, peu importe les circonstances. Leur symbiose était inestimable et elles prenaient soin de l’autre, qu’elles soient dans leur vie de couple ou sur un champ de bataille.

En pensant à cela, Lightning se rendit compte à quel point tous ces petits moments qui pouvaient paraîtres insignifiants lui manquaient terriblement. Elle n’aspirait qu’à retrouver une vie normale.

- Mais tu sais, Sunshine… Je suis sûre que je n’ai pas vraiment à m’en faire, reprit Fang, la tirant de ses pensées.
- Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda Lightning curieuse.

Un rire s’échappa d’entre les lèvres de la brune, faisant rebondir la tête de la rosée qui se trouvait sur sa poitrine et qui fronçait les sourcils.

- Cette déesse t’adore, Light ! Je suis même certaine que si elle avait été humaine, j’aurais eu une sérieuse concurrence.
- Tu racontes n’importe quoi ! rétorqua Lightning, confuse et les joues légèrement rougies.
- Je ne crois pas, s’amusa Fang. Mais ce n’est pas grave, parce qu’elle n’est pas humaine et c’est moi que tu as épousée.
- C’est toi que j’aime, rectifia doucement Lightning, embrassant la rondeur d’un des seins de Fang qu’elle avait sous le nez.

Des doigts se glissèrent dans ses cheveux et elle inspira profondément l’odeur de Fang. Prise d’une pulsion, Lightning darda une langue taquine et parcourra doucement la chair tendre de la poitrine de son amante. La peau avait un gout salé qui l’enivra et elle s’aventura jusqu’au mamelon, traçant une ligne imaginaire autour avant de refermer ses lèvres dessus.

Elle fut récompensée par un soupir de Fang, qui vint raviver les braises de l’envie dans son bas-ventre. Lightning avait le sentiment qu’elle n’en aurait jamais assez. Quand elle pensait être enfin rassasiée, elle découvrait que son désir pour Fang ne faisait que s’accroitre encore plus. Les mains de la brune descendirent jusqu’à ses hanches, qu’elles palpèrent lentement, envoyant des long frissons traverser son échine. Les bassins roulaient l’un contre l’autre à la recherche d’une quelconque friction pour apaiser l’incendie qui faisait rage entre leurs cuisses.

- Sun…shine…

Lightning relâcha le téton, faisant glisser habilement son corps vers le haut. Elle captura les lèvres de Fang pour un baiser dévorant, rempli de passion et d’impatience. Les souffles étaient erratiques et il commença à faire chaud. Leurs bassins bougeaient à leur guise et la rosée ne s’encombra pas d’attente ou de préliminaire. Elles avaient déjà fait l’amour plusieurs fois et elles avaient déjà pris le temps de se redécouvrir. Là, il était juste question d’assouvir une dernière pulsion avant qu’elles ne soient de nouveau séparées de force. Fang dû suivre son raisonnement, car quand elle pénétra la brune de ses doigts, Lightning sentit son amante bouger légèrement pour se redresser sur un bras et plonger ses propres doigts en elle.

Prise par surprise, Lightning se détacha du baiser. Leurs souffles se mélangeaient et elles se fixèrent un instant avant que Fang n’amorce un premier va et vient, faisant glisser tendrement ses doigts à l’intérieur d’elle. La rosée l’imita et une boule de chaleur grossit dans son ventre lorsqu’elle vit Fang fermer les yeux et entrouvrir la bouche sur un souffle lourd et court alors qu’elle enfonçait lentement ses doigts au fond d’elle. Elles donnaient et prenaient en même temps et ça n’avait aucune importance que tout s’arrête maintenant. Elles finirent par se serrer l’une contre l’autre, profitant de cette étreinte charnelle qui pouvait peut-être se révéler être la dernière.

oOo

Quand Lightning ouvrit brutalement les yeux, elle était de retour dans sa chambre, chez Hagen et surtout, dans la réalité. Elle avait éjecté toutes ses couvertures pendant son sommeil. Sa chemise de nuit était remonté jusqu’à ses cuisses et elle lui collait à la peau. Son souffle était court, brûlant ses poumons, et elle avait l’horrible impression qu’une chaleur étouffante régnait dans la pièce, l’empêchant de respirer.

Puis, étendue de tout son long sur son lit, chaque image, chacun instant, son et odeur lui revint à l’esprit, écorchant son âme. Lightning avait le sentiment d’être à vif, dépossédée et anéantie. Elle était incapable de bouger, comme si son corps était fait de plomb. Mais plus que ça, c’était son moral qui était brisé. Dès l’instant où elle avait compris que l’endroit où elle se trouvait n’était pas réel, mais que la Fang qui l’y avait rejointe, l’était, Lightning avait su que le retour à la réalité serait dévastateur.

Alors, pour la première fois depuis qu’elle avait atterrit dans cette époque, elle se laissa aller. A l’abri des regards et la tête enfouie dans son oreiller, elle pleura pendant des heures, se lamentant sur son sort et sur son cruel destin. Le lendemain, elle se lèverait et elle reprendrait le contrôle d’elle-même mais aussi de la situation. Elle savait maintenant comment et pourquoi elle était à cette époque, elle savait contre quoi se battre et surtout, elle avait une raison d’espérer. Au milieu de ses sanglots et de la rage qui brûlait son être, dans un coin de son esprit, elle se fit la promesse d’anéantir Bhunivelze. Et cette fois définitivement.

oOo

Et voilà. J’espère que vous avez aimé tout autant que le reste. Et que vous en avez profité surtout. Elles ne vont pas se retrouver avant un moment ^^ ! A samedi prochain.

Chapter Text

oOo

Chapitre 18

Elle ne savait pas vraiment depuis combien de temps elle marchait. Après une matinée aussi longue que fatigante, Lightning avait eu besoin de sortir pour prendre l’air, peu importe le temps qu’il faisait.

Un mois s’était écoulé depuis la nuit de Samain. Un mois depuis le jour où Etro leur avait accordé à Fang et à elle la possibilité de se voir dans leur esprit. L’ancienne guerrière avait le sentiment que cela faisait une éternité. Elle se souvenait avec une cruelle exactitude de chaque instant qu’elle avait passé avec Fang. Alors qu’elle avait ouvert brutalement les yeux sur le plafond de sa chambre chez Hagen, Lightning avait encore l’impression de sentir les mains de sa femme parcourir son corps. Ses lèvres embrasser sa peau et sa chaleur parcourir ses membres.

Il lui avait été difficile de se relever. La douleur qui s’était mise à déchirer sa poitrine avait été difficile à supporter. Quand les larmes s’étaient taries et qu’elle avait réussi à reprendre le contrôle de son corps, dans un coin de son esprit, Lightning s’était demandé si le cadeau d’Etro n’était pas empoisonné. Puis elle avait secoué la tête pour y ôter cette idée absurde. Revoir Fang lui avait fait autant de mal que de bien.

Elle avait à présent l’explication de sa présence ici et bien qu’elle ne se soit jamais doutée que Bhunivelze aurait pu être derrière tout ça, Lightning savait maintenant contre qui se battre. Toute cette histoire était loin d’être réglée et elle avouait craindre pour l’avenir. Une flopée de questions embrouillait souvent sa cervelle, à tel point qu’elle ne savait plus quoi penser.

Lightning soupira et elle leva le nez vers le ciel alors qu’elle se stoppait dans sa marche. Bas, lourd et brumeux. Le froid glacial de l’hiver s’était installé depuis quelques semaines et les premières neiges commençaient à peine à tomber. Elle prit conscience de l’endroit où elle s’était arrêtée. Elle était dans les hauteurs du village. Le petit chemin en haut de l’escalier en pierre. L’océan s’étendait à perte de vue en face d’elle, brillant d’une lueur cristalline dans la blancheur de l’hiver. Un peu plus loin, la tour de guet d’Oerba s’élevait dans le ciel au côté de Cocoon. Une flamme de nostalgie vacilla dans la poitrine de Lightning et elle leva une main.

D’un point de vue extérieur, de là où elle se tenait, le monde-sphère pouvait sembler tenir dans le creux de sa paume. Et dire qu’à son époque Cocoon était mort, écrasé sur une vaste plaine de Gran Pulse au fond d’un cratère. Un vestige d’un passé que tout le monde souhaitait oublier. Lightning et son groupe s’était battus pour sauver Serah et abolir le joug des fal’cies. Elle baissa sa main, s’agrippant à la rambarde en pierre. Voir Cocoon aussi imposant de vie qu’autrefois lui donnait l’impression d’avoir échoué. Et si Bhunivelze arrivait à ses fins, cela deviendrait probablement le cas.

L’ancienne championne d’Etro avait peur de ne pas réussir, cette fois. Tout était contre elle, après tout. Outre le fait qu’elle soit dans une autre époque, elle n’était surtout qu’une humaine. Comment pourrait-elle combattre les champions de Bhunivelze qui, eux, étaient des l’cies ? Même en étant rompu aux combats comme elle l’était, Lightning n’aurait aucune chance.

Savoir ça l’inquiétait au plus haut point. Et il n’y avait pas que cela. Ces l’cies étaient sur Gran Pulse, à cette époque, pour la tuer. Où étaient-ils ? Pourquoi n’avaient-ils pas encore attaqué ? S’ils étaient les champions de Bhunivelze, alors ils devaient savoir où elle se trouvait. Cela ne pouvait vouloir dire qu’une chose : Ces ennemis préparaient une attaque. Comment pourrait-elle leur tenir tête ? Et autre point important, s’ils lançaient l’assaut sur le village, comment les villageois pourraient survivre contre des combattants l’cies ? Ce serait de sa faute s’il leur arrivait le moindre mal.

Depuis le début, Lightning leur affirmait ne pas être un danger pour eux, qu’elle n’était pas une menace. Finalement, c’est exactement ce qu’elle était. Peut-être devrait-elle en parler à quelqu’un. Pendant le mois qui s’était écoulé, elle avait plusieurs fois eut envie de se confier à Hagen. Mais dès qu’elle essayait, la vérité se bloquait dans le creux de sa gorge sans qu’elle ne puisse sortir aucun mot. Elle ne voulait pas leur créer de problèmes et, surtout, elle voulait éviter une émeute autour d’elle. Mais plus que tout, Lightning ne voulait pas décevoir Hagen. Cette femme l’avait aidé plus qu’elle ne l’aurait dû, si Lightning révélait la vérité maintenant, à coup sûr la guérisseuse devrait essuyer nombre de reproches provenant de ses amis.

Elle soupira de nouveau, se sentant plus abattue que jamais. Cependant, savoir que Fang n’était pas si loin lui donnait le courage d’avancer. La marque qui ornait ses côtes la terrifiait, mais Lightning avait décidé de ne pas y penser pour l’instant. Elle focalisait avant tout son esprit sur le fait que sa femme allait prendre la route dès que le temps le lui permettrait et que, bientôt, elles seraient côte à côte pour surmonter cette épreuve. Si c’était Etro qui avait fait de Fang une l’cie, alors peut-être qu’elle pourrait la délivrer de cet asservissement.

Un vent glacial s’immisça dans les mailles de ses vêtements et elle frissonna violemment. Un profond éternuement la prit par surprise, suivi de deux autres. Ça faisait quelques jours que sa gorge était irritée et leva un doigt, qu’elle passa sous son nez. Ce n’était vraiment pas le moment d’être malade. Elle resserra les pans de sa cape et observa longuement l’océan d’Oerba face à elle. Une autre série d’éternuement la saisit et Lightning maugréa entre ses dents. Une promenade dans le froid et la neige n’était peut-être pas une si bonne idée finalement. Elle s’apprêtait à faire demi-tour pour rentrer se mettre au chaud, quand deux carrures qui faisaient facilement deux fois la sienne l’encadrèrent soudainement.

Sur l’instant, Lightning se raidit. Depuis qu’elle était ici, et malgré l’hostilité flagrante des villageois, elle n’avait jamais essuyé d’attaque frontale. Mais elle n’était pas à l’abri pour autant. Elle se mit instinctivement sur la défensive et jeta un coup d’œil de chaque côté pour voir qui étaient les deux hommes venus à sa rencontre. Elle se détendit presque aussitôt quand elle se rendit compte que c’était Bernulf et Gervald. Que lui voulaient donc les deux meilleurs guerriers du clan Yun ?

Etrangement, ils affichaient tous les deux un air serein. Aucune agressivité n’habitait leurs yeux et Lightning leur adressa un regard curieux et interrogateur. Ils restèrent cependant silencieux, droit comme des I, leur attention rivée devant eux. La patience n’avait jamais été le fort de Lightning, encore moins quand elle se sentait cernée, et elle craqua.

- Qu’est-ce que vous me voulez ? Je ne fais rien de mal, je suis seulement en train de me promener.
- Du calme ma jolie, rétorqua le plus grand des deux, Gervald si elle ne se trompait pas. On n’est pas venus pour se battre.

Il esquissa un sourire narquois et tourna la tête vers elle. Pendant une fraction de seconde, Lightning eut l’impression de voir la même espièglerie qui traversait souvent le visage de Fang. Mais ce n’était probablement pas étonnant. De ce qu’elle avait cru remarquer, ces trois-là avaient l’air d’être très proche. Fang avait dû apprendre beaucoup d’eux, peut-être même avaient-ils étés ses professeurs de chasse. La jeune Fang ne lui en avait pas vraiment parlé.

- Tu as vu la carrure de crevette ? s’exclama de façon bourrue Bernulf, la ramenant à la réalité. Elle ne ferait même pas le poids contre l’un de nous deux.

Le plus petit des deux étaient le moins accueillant, pourtant, quelque chose semblait s’être adoucit chez lui quand il lui offrit un rire moqueur. La fierté de Lightning fut piquée à vif. Il ne fallait pas la prendre à la légère. Certes, elle était beaucoup plus petite qu’eux et arborait un physique svelte et élancé, mais elle avait toujours excellé dans le corps à corps.

- Je pourrais vous surprendre ! affirma-t-elle stupidement, dominée par son orgueil de combattante bafoué.

Cependant, son assurance fut ruinée quand elle fut saisit par une nouvelle succession d’éternuements, qui laissèrent sa gorge irritée. Elle émit un grognement d’agacement, reniflant piteusement sous les regards goguenards des deux hommes.

- Tu as entendu ça, Bern ? Elle pourrait nous surprendre ! rit Gervald.
- Certainement avec ses éternuements, renchérit le plus petit.

Deux rires bruyants éclatèrent à ses côtés et Lightning se renfrogna.

- Vous êtes seulement venus vous moquer de moi, en fait !

Elle fit mine se vouloir s’en aller mais Bernulf et Gervald l’en empêchèrent, passant chacun un bras sur ses épaules.

- Bien sûr que non, nous ne sommes pas venus que pour ça, contra le premier.
- On a appris que tu avais réussi à tenir tête à Ranulf ce matin, pour qu’il se laisse soigner, ajouta le deuxième. C’est presque héroïque, comme exploit !
- Faut pas exagérer non plus, répliqua Lightning qui affichait un air buté. C’est surtout Hagen qui a fait preuve d’autorité, je me suis simplement contentée de l’aider.
- Et en plus d’être jolie, elle est modeste, rit Gervald.
- Attention Gerv… C’est une femme mariée, pouffa Bernulf.
- Vous avez fini, oui ! s’exclama Lightning en leur assénant un coup de coude à chacun dans les côtes.

Ils étouffèrent un grognement de douleur, amplifiant le drame plus que nécessaire. Elle n’avait pas tapé si fort. Ils rirent et Lightning secoua la tête. De toute évidence, il n’y en avait pas un pour rattraper l’autre. Le silence revint rapidement et Bernulf se racla la gorge, avant de reprendre plus sérieusement.

- En fait, on a décidé de venir faire connaissance.

La surprise se peignit sur les traits de Lightning et elle les regarda alternativement.

- Faire connaissance ? Comme ça, soudainement ?

Les deux hommes haussèrent les épaules simultanément et Lightning fronça les sourcils. Pourquoi tout d’un coup, les meilleurs guerriers de Fergus auraient-ils voulu faire connaissance avec elle ? Est-ce que leur chef ne leur avait pas interdit de s’approcher d’elle ?

Maintenant qu’elle-même connaissait la vérité sur son sort, Lightning ne pouvait qu’être d’accord avec lui. Elle était après tout la terrible cocoonienne qui apportait la mort, il valait mieux garder ses distances. Leur subite envie de la connaître ne pouvait pas seulement provenir du fait qu’elle avait réussi à boucler l’énorme bec de ce gros bourrin de Ranulf.

- Pourquoi ? demanda-t-elle finalement.
- Pourquoi pas ? répliqua Bernulf.

Lightning lui adressa un coup d’œil réprobateur avant d’ajouter :

- Peut-être parce que je suis une terrifiante cocoonienne, et qu’il vaut mieux rester loin de moi.

Elle afficha par la suite un air de défi, espérant les pousser à garder leurs distances. Avec ce qu’il se préparait et son degré d’implication dans cette histoire, c’était beaucoup trop risqué de se lier d’amitié avec elle. Lightning s’était même demandé s’il n’était pas plus judicieux qu’elle parte d’Oerba le plus vite possible. Mais la topographie était différente de son époque et même si elle avait un excellent sens de l’orientation, elle n’était pas certaine que les grottes dont elle se souvenait se trouvent à la même place. De plus, de nombreux camps de chasseurs étaient disséminés un peu partout dans les plaines et si elle ne se faisait pas tuer par des créatures sanguinaires, elle le serait certainement par un peuple bien moins courtois que les villageois d’Oerba. Il n’y aurait pas une Hagen dans chaque village, qui viendrait lui porter secours.

Cependant, la voix de Gervald la coupa dans ses pensées, lui faisant réaliser que ces hommes étaient avant tout des pulsiens. Et pour avoir partagé huit ans de vie commune avec l’une des leurs, Lightning savait combien ils pouvaient se montrer bornés et persévérants quand ils le voulaient.

- On a eu des échos de ce qu’il s’est passé ce matin, avec Ranulf. D’après les rumeurs « la cocoonienne aurait fait preuve d’autant d’autorité qu’Hagen pour soigner son patient. »
- Quelqu’un qui est capable de mettre ses griefs de côtés pour soigner celui qui a failli le tuer, mérite qu’on s’attarde un peu sur sa personnalité, ajouta Bernulf. Je ne suis pas certain qu’une vraie cocoonienne aurait réagie de la même façon.

Etrangement, de telles paroles dans la bouche de ces deux hommes, villageois intègres d’Oerba et premiers défenseurs de leur peuple auprès des tyranniques cocooniens, l’émurent plus qu’elle ne l’aurait imaginé. Après tous ces mois passés à subir l’hostilité de ces gens, ça lui faisait du bien d’entendre enfin des mots gentils à son encontre.

- Je suis une vraie cocoonienne, rétorque-t-elle cependant.

Gervald s’accouda à la rambarde en pierre et désigna de l’index la main gauche de Lightning. Instinctivement, elle baissa les yeux sur son alliance. L’argent brillait malgré la faible luminosité du jour, et elle sentit son cœur se serrer tandis que les mots de Gervald perçaient son cerveau.

- Une cocoonienne à moitié pulsienne. Tout le monde sait que tu es l’épouse de l’une des nôtres.
- Ça a fait le tour du village ? demanda-t-elle doucement.
- Oerba est petit, se contenta-t-il de lui répondre.
- Plus sérieusement, intervint Bernulf. On a décidé de se faire notre propre opinion et de ne pas seulement s’arrêter au monde qui nous sépare.
- D’après une jeune adolescente un peu trop rebelle pour son propre bien, s’arrêter uniquement au fait que tu sois une cocoonienne est stupide et puéril, ajouta Gervald en se grattant négligemment une joue.

Une épaisse barbe noire datant d’au moins trois semaines recouvrait le bas de son visage, et Lightning le détailla. Son cœur venait de rater un battement. Cette jeune Fang était réellement quelqu’un d’adorable. En d’autres circonstances, Lightning aurait été amusée et flattée par autant d’attention, mais elle se rendait compte que sa présence avait pris une place considérable dans la vie de la jeune fille. Comme si leurs deux âmes étaient faites pour s’attirer et se réunir. C’était probablement le cas. Et après tout, dans six siècles, elles formeraient un couple unis et soudé. Mais actuellement, sa présence dans ce passé était en train de détraquer le cours normal de l’histoire.

Bien que l’idée que Fang ait pu avoir une relation avec la petite Lynae lui déchirait la poitrine et les entrailles de peine et de jalousie, Lightning était obligée de l’accepter. C’était quelque chose qui devait se produire et elle était obligée de n’être qu’une spectatrice extérieure. Elle s’astreignait à rester le plus loin possible de cette adolescente qui, sans vraiment s’en rendre compte, tombait doucement amoureuse d’elle, mais six cent ans trop tôt.

- Tu le crois ça, toi !? râla Bernulf. Se laisser faire la morale par une gamine de dix-sept ans !

Lightning esquissa un sourire, tandis que Gervald pouffait de rire. Au fond d’elle, l’ancienne guerrière était quand même ravie de s’apercevoir que peu importe l’époque, elle aurait toujours de l’importance pour Fang. Qu’en dehors de Vanille, elle serait toujours le centre de son monde.

- Fang est une jeune fille… Adorable, souffla gentiment Lightning, fixant ses yeux sur l’océan d’Oerba.
- Un peu trop remuante ! rit Gervald.
- C’est trop faible comme mot ! riposta Bernulf, riant à son tour.

Lightning leva le nez vers le ciel. La neige recommençait à tomber et un flocon se posa sur le bout de son nez, tandis que ses yeux se fixaient sur la sphère de Cocoon. Fang n’était pas seulement turbulente. Elle était avant tout pleine de colère. Lightning se souvenait de la femme qu’elle avait rencontrée pour la première fois. Nerveuse, déterminée, sauvage et impatiente. Fang s’était alliée à leur combat, criant comme eux à l’injustice. Mais son mal être s’avérait bien plus profond encore. Elle gardait les stigmates de sa vie sur Oerba. Les stigmates d’un peuple oppressé, à qui on enlevait même le droit de vivre. A l’instar de Vanille, Fang ne parlait jamais de son passé et elle savait que la colère qui la rongeait était toujours présente, tapie profondément en elle.

Un agréable silence venait de les entourer et Lightning croisa ses bras autour d’elle, resserrant les pans de sa cape.

- On a entendu par hasard la conversation que tu as eu avec elle, le soir de Samain, fit soudainement la voix chaude de Gervald.
- Par hasard ? répliqua Lightning d’un ton amusé.
- Tout le village sait que Fang est surtout une adolescente révoltée, en guerre contre ses parents, ajouta Bernulf. Et surtout envers son père.
- C’était… gentil de ta part, de lui conseiller de discuter avec lui.
- Je n’aurais pas dû m’en mêler, répliqua Lightning.
- Peut-être, mais elle a semblé t’écouter, ce qu’elle n’a jamais fait avec nous autres, fit Gervald.

Lightning soupira et frotta l’une de ses tempes avec deux de ses doigts, une nouvelle série d’éternuements la prenant par surprise. Lightning maugréa piteusement puis finit par déclarer.

- Je vais vous laisser, si ça ne vous fait rien.
- La petite cocoonienne est tellement sensible qu’aux premières neiges elle tombe déjà malade ? fit Bernulf un brin goguenard.
- Ce n’est pas comme ça que tu vas nous surprendre, renchérit Gervald.

Lightning grommela vaguement entre ses dents. Il était hors de question qu’elle leur accorde le moindre crédit. Elle se recula de quelques pas, quittant leurs deux fortes carrures, qui faisaient comme un mur autour d’elle.

- Tu devrais demander un remède à Hagen, fit le plus grand des deux. Ça serait dommage de tomber malade deux semaines avant Noël.

Un petit sourire étirait les lèvres de Gervald et Lightning fronça les sourcils.

- Je ne suis pas malade ! rétorqua-t-elle fermement. C’est seulement un léger coup de froid, demain ça sera déjà réglé.

Elle ne laissa ensuite à aucun d’eux l’opportunité de répondre, même si elle les entendit échanger quelques paroles entre eux. Lightning se détourna aussitôt et partit sans demander son reste. Elle quitta les hauteurs du village pour traverser le pont et rejoindre la petite zone commerciale et ses chemins escarpés.

La tête baissée vers le sol, l’ancienne guerrière se rendit compte qu’elle avait déjà pratiquement les pieds dans la neige. A son époque, leur village essuyait rarement des temps neigeux. L’hiver pouvait être glaciel et rude, il n’en restait pas moins sec. En sept ans, cela n’avait dû leur arriver qu’une seule fois.

Sur Cocoon, les saisons étaient contrôlées par le fal’cie. Printemps, été, automne et hiver n’étaient que des mots abstraits pour elle, à l’époque. Le fal’cie faisait toujours en sorte que le temps soit neutre et constant. Il faisait beau ou pleuvait selon son désir et Lightning n’avait jamais vu un seul flocon de neige avant d’arriver sur Gran Pulse. Les températures, quant à elles, restaient inchangées.

La première fois qu’elle avait dû faire face à un terrible orage, Lightning n’en avait pas fermé l’œil de la nuit. Roulée en boule dans le dos de Fang, elle était restée cachée au moindre regard indiscret qui aurait pu être témoin de sa faiblesse. Le lendemain, la pulsienne avait fait comme si de rien n’était et Lightning avait cru qu’elle ne s’était rendue compte de rien. Cependant, la nuit suivante, quand l’orage revint, encore plus fort que la fois précédente lui avait-il semblé, Lightning avait senti Fang bouger dans la pénombre et venir coller son dos au sien sans émettre le moindre son. Un point d’ancrage aussi réconfortant que chaleureux.

Quatre saisons pour une année de trois cent soixante-cinq jours, douze mois. Lightning trouvait cela énorme et déroutant, elle qui avait vécu dans une bulle. En sept ans, son corps de cocoonienne, habitué aux climats neutres, n’avait jamais vraiment eu le temps de s’acclimater tandis que les saisons se succédaient. L’ancienne guerrière se souvenait que la première année complète qu’elle avait passée sur Gran Pulse, ses anticorps avaient eu bien du mal à se faire. Elle et tous les anciens habitants de Cocoon d’ailleurs. Jamais ils ne remercieraient assez Vanille pour le travail de titan et l’attention constante qu’elle leur avait accordée.

Cela avait d’ailleurs beaucoup fait rire Fang, avant que la brune ne prenne vraiment la situation au sérieux. Depuis, chaque année, la pulsienne faisait en sorte d’avoir une cargaison de remèdes dans l’armoire à pharmacie, pour être certaine de passer l’hiver sans encombre. Lightning, elle, trouvait qu’elle avait une santé de fer à présent et elle était certaine d’être assez coriace pour supporter un simple rhume. Cependant, Fang, elle, était plus prévoyante que ça, et c’était finalement devenu un sujet de taquinerie entre elles.

Toutefois, à présent, Lightning était habituée aux temps changeants de Gran Pulse. Même si le froid et l’humidité de cette époque semblaient différents de la sienne, elle était certaine que cela ne changeait rien. Elle n’était certainement pas malade. Avec détermination, Lightning passa devant l’épicerie de Fiona et la forge de Ranulf.

Penser à sa femme venait de raviver la flamme de l’inquiétude et de la tristesse que Gervald et Bernulf avaient réussi à éloigner pendant un instant. Elle s’arrêta au milieu de la place commerciale et tourna la tête sur le côté. L’ambiance du village était différente, en cette période hivernale. La vie semblait se dérouler au ralenti, aussi paisible qu’un court d’eau, attendant patiemment le retour des prochains beaux jours.

Sans y prêter attention, ses yeux se posèrent sur la forge, éteinte et silencieuse en cette après-midi, signe que ce bourrin de Ranulf se trouvait toujours à la clinique. Hagen avait dû réussir à avoir gain de cause pour le garder en observation pour la nuit. Avec l’accident qu’il avait subi, c’était effectivement plus prudent.

Lightning se demanda d’ailleurs quelle heure il pouvait bien être. Avec ce temps gris et maussade du matin au soir, elle avait bien du mal à se repérer. Néanmoins, elle avait l’impression que la journée était plus longue que d’habitude et une lourde fatigue s’abattit soudainement sur ses épaules. Les mots de Gervald et Bernulf lui revint à l’esprit, ceux qui les avaient poussé à venir faire connaissance avec elle. Un exploit pour eux, un acte ordinaire pour elle, qui avait l’habitude de prendre soin d’autrui. Les évènements du matin-même se déroulèrent devant ses yeux comme si elle les vivait une deuxième fois.

oOo

Ce matin-là, Vanille était absente à la clinique. Et pour cause, la jeune adolescente avait attrapé un rhume carabiné ! Hagen comme Mirta préféraient qu’elle reste au chaud à la maison, c’est pourquoi Lightning se retrouvait seule à devoir aider la guérisseuse. Il lui était, de ce fait, impossible de rester dans son coin, Hagen ayant vraiment besoin d’une deuxième paire de mains pour soigner certains patients.

- C’est très bien Joia. Tu es une petite fille très courageuse, encouragea Hagen.

Lightning pinça légèrement les lèvres. C’était le cas de cette gamine de six ans à peine, qui avait fait une mauvaise chute. En tombant, elle s’était écorchée les mains ainsi que les coudes et s’était ouvert un genou. Sa mère, complètement paniquée, avait enroulé la plaie dans un torchon puis s’était précipitée jusqu’à la clinique, serrant son enfant contre elle.

L’ancienne guerrière essuyait depuis les coups d’œil suspicieux de la mère de famille alors que Joia reniflait piteusement, pendant qu’Hagen recousait attentivement la blessure. La guérisseuse lui avait administré préalablement un antidouleur et Lightning supervisait à ses côtés, lui donnant ce dont elle avait besoin quand elle le demandait.

- Voilà ! s’exclama Hagen après avoir fait le dernier point de suture. C’est fini.
- Je ne vais pas pouvoir faire l’arbre de Noël avec les autres, renifla Joia.
- Ne t’inquiète pas, rit Hagen. L’arbre ne sera décoré qu’une semaine avant Noël, d’ici là, je t’aurais déjà enlevé ces vilains points.
- Promis ?
- Promis, princesse !

Hagen adressa un sourire rassurant et chaleureux à la petite, et Lightning admira un peu plus cette femme charismatique. Elle redescendit sur terre quand la guérisseuse lui demanda de bander la plaie, alors qu’elle se détournait vers les armoires à remèdes. Elle fourrageât un instant dans les placards en hauteur, avant de revenir vers la mère, les mains chargées de petits flacons sombres.

- Tu n’as aucune inquiétude à avoir, Yüna, dit-elle.
- Je sais. J’ai paniqué quand j’ai vu tout ce sang, souffla –t-elle. Merci Hagen.

Du coin de l’œil, Lightning remarqua une lueur de reconnaissance briller dans les yeux noirs de la femme. Elle se reconcentra sur sa tâche, tandis que les deux femmes continuaient de parler de la guérison de l’enfant, attrapant un coton qu’elle déposa sur la plaie désinfectée puis une bande blanche. La petite Joia regardait attentivement chacun de ses gestes, et elle les prit toutes les trois par surprise en déclarant soudainement :

- Tu as les mains douces, pour une cocoonienne !

Lightning stoppa son geste pendant un quart de seconde, alors que la pièce était devenue silencieuse. Elle esquissa finalement un sourire et adressa un regard amusé à la petite.

- Joia ! réprimanda cependant sa mère.
- C’est pas grave, intervint Lightning.

Ce n’était pas comme si elle allait se vexer des paroles d’une enfant de six ans. Et puis, de son avis, c’était plutôt comme un compliment qu’elle devait prendre cette réplique.

- Tu es mariée ? demanda la petite, penchant la tête sur un côté.
- Joia !
- Oui, sourit Lightning. Je suis mariée.
- Et tu as des enfants ?
- Joia, enfin ! houspilla sa mère.

Lightning rit doucement, alors qu’elle accrochait le bandage de la petite.

- Laisse Yüna, fit Hagen. Je suis certaine que ça ne dérange pas Lightning de répondre à cette petite curieuse.
- Mais enfin, elle n’a pas à poser de telles questions !

Lightning secoua doucement la tête et se pencha un peu vers Joia.

- Non, répondit-elle. Je n’ai pas d’enfant. Pas encore. Mais… J’ai une petite sœur, et tu sais quoi ?
- Hum, hum… ? répondit Joia en secouant la tête, faisant onduler ses deux petites couettes châtaines.
- Quand elle avait ton âge, elle n’arrêtait pas de tomber et de se faire mal.
- Elle aussi, elle s’est ouvert le genou ? demanda Joia, complètement fascinée.
- Oh oui ! révéla Lightning sur le ton de la confidence. Elle a eu quatre méchants points, mais tu veux que je te dise… La semaine suivante, elle avait déjà tout oublié.

Joia eut un sourire éclatant et Lightning sentit son cœur se réchauffer. Le mois qui venait de s’écouler avait été difficile. Revoir Fang lui avait fait un bien fou, mais la séparation brutale qu’elle avait dû de nouveau essuyer l’avait dévasté. Quant à cette période de Noël, Lightning s’en sentait que plus triste et nostalgique. Serah lui manquait cruellement et elle était démoralisée à l’idée de manquer une nouvelle fête de famille.

- Alors, je pourrais faire l’arbre de Noël avec les autres à l’école ? interrogea Joia, la tirant de ses rêveries.
- Je suis même certaine que tu seras assez remise pour essayer d’apercevoir le Père Noël, répliqua gentiment Lightning.

Joia pouffa de rire, son chagrin déjà envolé. Lightning se détourna pour ranger les affaires de soins, tandis que Yüna s’approchait de sa fille.

- Allez ! Viens ma chérie, nous rentrons à la maison.

La mère de famille attrapa la petite, qu’elle cala difficilement sur l’une de ses hanches, mais avec l’adresse de l’habitude. Heureusement qu’à six ans, la gamine était encore portable.

- Merci encore, fit Yüna. A toutes les deux.

Lightning en resta surprise pendant une seconde, son ventre bondissant de fierté. Hagen lui adressa un sourire satisfait et l’ancienne guerrière hocha la tête modestement vers Yüna. Elle n’avait pas fait grand-chose après tout, mais cela lui faisait plaisir quand même. Puis, soudainement, une forte explosion les fit toutes sursauter.

Elles se regardèrent, surprises et inquiètes avant de se ruer à l’extérieur, se demandant ce qu’il venait de se passer. Dehors, une terrible agitation secouait le village. La plupart des habitants se dirigeaient vers le nord et les trois femmes portèrent automatiquement leur regard dans cette direction.

Une épaisse fumée noire s’élevait dans le ciel, faisant hausser les sourcils à Lightning. Hagen bougea presque aussitôt, ses instincts de guérisseuse prenant le pas sur tout le reste. Un homme s’approcha justement d’elle à grand pas et l’ancienne guerrière d’Etro reconnu tout de suite la carrure sèche et altière de Tipur, le gérant de l’épicerie.

- Hagen ! s’exclama-t-il. On a besoin de toi ! Vite !
- Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda-t-elle, inquiète.
- C’est la forge, elle a explosé ! Ranulf est blessé ! expliqua Tipur, rapidement.

Hagen étouffa une exclamation et emboîta presque aussitôt le pas de l’homme qui venait de faire demi-tour, maintenant qu’il avait prévenu la personne qu’il fallait.

- Light, vient m’aider ! Je vais certainement avoir besoin de toi ! s’écria-t-elle tout en continuant son chemin.

Lightning releva vivement la tête dans sa direction, passant le fait que c’était bien la première fois qu’Hagen la surnommait ainsi. Elle n’hésita qu’une seconde avant de la suivre à son tour. A l’approche de la forge, elle remarqua cependant l’attroupement qu’il y avait autour du blessé et elle ne put s’empêcher de se demander si sa présence était une bonne idée. Les visages, qui se tournèrent vers elle à leur arrivée, transformèrent leurs airs inquiets et horrifiés en surprise et suspicion quand ils la virent. Mais elle n’y pouvait rien. Vanille était malade et Hagen n’avait personne d’autre à disposition.

Du coin de l’œil, Lightning remarqua que la jeune Fang était aussi présente, accompagnée de ses chaperons, qui avaient certainement été alertés par l’explosion. Lightning détourna toutefois le regard en arrivant à la hauteur de Ranulf pour se rendre compte que Fergus était aussi présent. Elle tomba tout de suite dans le regard de l’homme qu’elle faisait habilement en sorte d’éviter depuis la fête de Samain. Elle n’eut cependant pas le temps de s’attarder sur lui qu’Hagen s’agenouillait déjà auprès du blessé.

Ranulf devait faire à peu près la même carrure que Fergus, massive et imposante. Il était pourtant allongé au sol, le visage contracté par la douleur, des gémissements s’échappant de ses lèvres. Sa respiration était laborieuse, signe qu’il souffrait terriblement, et Hagen palpa le plus doucement possible son corps pour l’ausculter, sous l’œil vigilant de Fergus.

- Ranulf, tu m’entends ? demanda-t-elle gentiment.

Un grognement lui répondit. D’un côté, c’était bon signe. Cela voulait dire que Ranulf était toujours conscient. D’un autre, cela voulait aussi dire que la souffrance était atroce au point de l’empêcher de parler.

- Il se trouvait à quelques pas de la forge quand elle a explosé, intervint doucement Fergus. J’étais présent, nous étions en train de discuter. Son bras a pris feu et j’ai juste eu le temps de le sortir pour éteindre les flammes qui le brûlaient.

Une horrible odeur de chair brûlée leur montait au nez et le visage d’Hagen se plissa un peu plus d’inquiétude, alors qu’elle portait son attention sur la blessure de Ranulf. Lightning avait déjà eu l’occasion de voir des corps aux membres calcinés et ce n’était jamais un très beau spectacle à regarder.

Elle se souvenait d’une fois, pendant leur quête, où Hope avait essuyé une terrible attaque de feu. Un moment d’inattention et le jeune homme s’était pris le sort de plein fouet dans la jambe. La même odeur répugnante avait agressé leurs narines, tandis que la peau avait fondu, mettant les tissus à vif, rougeâtres et sanguinolents. La douleur avait été tellement atroce que Vanille et Lightning avaient dû joindre leurs forces pour soigner Hope un minimum, ce dernier ayant trop mal pour pouvoir se guérir lui-même.

Mais même avec leurs pouvoirs de l’cie, ça avait pris du temps pour que le jeune homme retrouve l’usage de sa jambe, et si la guérison avait été aussi totale et parfaite, cela n’avait été dû qu’ à leurs capacités divines de régénérations.

Ranulf, qui souffrait actuellement le martyre devant elle, arborait exactement les mêmes blessures. Les chairs étaient à vif de l’épaule jusqu’aux bout des doigts, le tout ressemblant à un amas fondu et sanglant. Hagen pouvait bien être la meilleure guérisseuse d’Oerba et avoir tout un arsenal de remèdes à sa disposition, sans l’aide de sort de guérison, il y avait peu de chance pour que Ranulf retrouve un jour l’usage de son bras.

Ça aurait été tellement facile de le soigner si elle avait encore ses pouvoirs. Après Vanille, Lightning était certainement la plus douée en soin, Hope apprenant plus lentement. Il aurait seulement suffi d’atténuer la douleur avec un sort de soin de niveau deux, puis de pousser un sort de régénération et de guérison dans les tissus affectés. Vu le degré de la blessure, cela lui aurait certainement pris plusieurs jours, en prenant en compte sa propre énergie qui lui serait retirée pour être transmise au blessé, mais la guérison serait rapide et totale.

Sans vraiment y prêter attention, Lightning sentit le bout de ses doigts picoter, alors qu’une étrange sensation de chaleur se manifestait dans sa poitrine. Elle eut vaguement l’impression de pouvoir la voir. Une lueur éclatante qui semblait grandir à vue d’œil maintenant qu’elle en prenait conscience, répondant instinctivement à son appel.

- …ning ! Lightning !

Elle revint brutalement à la réalité et la sensation s’évapora instantanément, comme si elle n’avait jamais existé. Lightning tourna la tête vers Hagen, cette dernière affichant à présent un air inquiet et inquisiteur.

- Désolée ! fit Lightning en s’accroupissant aux côtés de la guérisseuse.

Les yeux noirs de Ranulf se posèrent aussitôt sur elle, hagard. Vu son état, l’ancienne guerrière ne craignait pas une quelconque attaque de sa part. Elle jeta un rapide coup d’œil à Fergus puis se concentra de nouveau entièrement sur la blessure.

- Il va falloir le transporter à la clinique, déclara Hagen. Tu es sûr que ça ira pour m’aider ?
- Oui, ça ira ! affirma Lightning. J’étais seulement… En train d’évaluer la blessure.

La guérisseuse fronça les sourcils et Lightning évita de rajouter quoique ce soit. C’était probablement déjà assez étrange de l’entendre dire une telle chose.

- Fergus, est-ce que tu peux nous aider ? demanda Hagen, posant son regard vert lagon sur le père de Fang.
- Bien sûr ! répondit-il aussitôt. Bernulf ! Gervald ! héla-t-il ensuite.

La foula bougea presque aussitôt pour s’écarter et laisser passer les deux hommes du clan Yun. Fang resta à l’arrière mais Lightning fit en sorte de ne pas porter son attention sur elle, gardant scrupuleusement toute son attention sur Ranulf.

- Vous allez m’aider ! déclara Fergus à l’approche de ses deux guerriers. Nous allons le transporter doucement jusqu’à la clinique. D’accord ?

Bernulf et Gervald acquiescèrent puis se placèrent chacun d’un côté.

- C’est quand vous voulez, chef !
- Nous vous devançons pour préparer la table ! fit Hagen. Viens Light, dépêchons-nous !

Elle se releva et se tourna vers la foule, dans la direction de sa spacieuse demeure.

- Et vous, dispersez-vous ! s’écria-t-elle à l’attention de tout le monde. Il n’y a plus rien à voir !

Les gens grommelèrent, mais à la surprise de Lightning, ils se détournèrent tous, repartant vaquer à leurs occupations précédentes. Elle suivit rapidement les grandes foulées de la guérisseuse, pressant le pas pour atteindre la clinique le plus vite possible avant les hommes.

Elles passèrent la porte qui était restée ouverte, chacune se précipitant pour préparer la pièce à l’arrivée de Ranulf. Sans attendre qu’Hagen lui dise quoi faire, Lightning prépara un plateau avec tout ce dont elles allaient avoir besoin. Dans un coin de son esprit, elle se rappela tout ce que Vanille et elle avaient dû appliquer sur la jambe de Hope pour favoriser la réussite de leurs sorts.

Lightning avait toujours eu un esprit pragmatique et, mettant toute l’expérience qu’elle avait à sa disposition, elle attrapa dans la foulée pommade, bande et compresse. Ce genre de brûlure devait être entièrement recouverte et gardée humide tout en réhydratant régulièrement la peau. Quant aux risques d’infections, ils étaient immenses, encore plus à cette époque.

Quand Vanille et elle avaient soigné Hope, Lightning se souvenait avoir passé des jours à enduire la jambe de crème, à surveiller la cicatrisation et à changer le plus souvent possible les bandages pour éviter que cela ne s’infecte. Elles étaient sur les terres sauvages de Gran Pulse à ce moment-là et elles ne pouvaient pas se permettre de gaspiller leur énergie. Il n’y avait que le soir, quand elles avaient la possibilité de récupérer d’une bonne nuit de sommeil, que Vanille et elle se relayaient pour activer la guérison et empêcher une quelconque septicémie. Ranulf, lui, n’aurait pas cette chance. Hagen et elle allaient devoir accroitre leur vigilance pour éviter tout risque de maladie du sang.

- Tu as déjà traité ce genre de blessures ? demanda soudainement Hagen.

Lightning fut tirée de ses pensées alors qu’elle rangeait méticuleusement les bandes et les compresses sur le plateau.

- Une fois, acquiesça Lightning.
- Qui es-tu vraiment, Lightning ? interrogea doucement la guérisseuse en secouant la tête, un brin amusée.

L’ancienne guerrière leva le nez vers la rousse. Un petit sourire étirait les lèvres d’Hagen et Lightning haussa les épaules, alors qu’un début de mal de tête se faisait sentir.

- Une femme ordinaire, se contenta-t-elle de répondre.
- Ça, j’en doute ! souffla la guérisseuse.

Lightning fut surprise par cette affirmation, mais l’arrivée des hommes la poussa à l’occulter. Aussitôt, elle concentra toute son attention sur Ranulf, qui fut déposé aussi doucement que possible sur la table d’auscultation, adoptant la même allure professionnelle qu’Hagen.

Quand une situation la mettait mal à l’aise, l’aînée des Farron avait toujours eut l’habitude de plonger à corps perdu dans le travail. Déjà quand elle était encore militaire, dès qu’elle sentait qu’elle perdait un peu le contrôle, elle redoublait d’efforts dans ses missions pour reprendre confiance.

La médecine n’avait jamais été un choix de vocation, mais c’était réconfortant, dans un sens, de pouvoir retomber dans ses travers. Et puis, d’un autre côté, c’était tout de même plus gratifiant de sauver des vies que d’en tuer.

Ranulf grogna de douleur en se tordant sur la table d’auscultation, ramenant tout de suite Lightning à ce qu’il se passait. Bernulf et Gervald étaient repartis aussitôt, mais Fergus se trouvait toujours dans la pièce, son visage d’ordinaire impassible et calculateur brisé par le masque de l’inquiétude. En dehors de son statut de chef d’Oerba et de l’attention toute particulière qu’il avait pour chaque habitant de son village, Ranulf devait certainement représenter quelque chose de plus important encore. Ces deux hommes devaient être des amis de longue date.

Lightning s’empara du plateau qu’elle avait préparé et s’approcha aussitôt de la table sur laquelle reposait Ranulf. L’homme était conscient et ses yeux rencontrèrent tout de suite les siens. Brillants de souffrance, mais alertes. Cet homme avait vraiment une résistance de fer, un vrai pulsien. Elle détourna le regard vers les brûlures. Il fallait tout de suite lui ôter sa chemise et éviter que la peau à vif ne rentre plus en contact avec des germes infectieux.

- Fergus, tu peux t’en aller ! s’exclama Hagen, qui de son côté, attrapait des flacons de remèdes.

Certainement des antidouleurs et des antibiotiques, ou du moins ce qui s’en rapprochait le plus à cette époque.

- Je peux peut-être vous aider, répliqua-t-il.
- Tu ferais que nous gêner !

Lightning se désintéressa de la conversation, voulant attraper les loques de la chemise pour la déchirer. Cependant, Ranulf s’empara douloureusement de son poignet à l’aide de sa main valide.

- Qu… Qu’est-ce que… Tu crois faire… Cocoonienne ! pesta-t-il.

Il serrait les dents, souffrant visiblement. Lightning fronça les sourcils. Est-ce que cette tête de bois ne pouvait pas se laisser soigner sans faire d’histoires ?

- Ranulf… intervint Hagen en revenant vers la table d’auscultation.
- Je veux seulement vous enlever votre chemise, coupa Lightning. Vous êtes terriblement brûlé et aucun germe ne doit entrer en contact avec la peau à vif.
- Tu…

Le blessé voulut se redresser mais la douleur l’arrêta et il poussa un gémissement en se rallongeant, le souffle court.

- Ranulf, il faut que tu nous laisses te soigner, fit Hagen.
- Ce… Cette… Cocoonienne… Ne posera pas ses mains… Sur moi, gémit Ranulf.
- Mon ami, s’exclama Fergus. Ecoute Hagen, s’il te plaît.
- Non…
- Ranulf ! tempêta la guérisseuse. J’ai besoin de Lightning. Je n’ai personne d’autre pour m’aider.
- Vanille…

Lightning fronça les sourcils. Que cet homme lui voue une farouche hostilité, passe encore, elle pouvait le comprendre au vu de son passé, mais il ne fallait pas exagérer non plus.

- Ça suffit maintenant ! s’exclama brutalement Lightning.

Tous les regards se tournèrent vers elle, mais elle ne s’en préoccupa pas. Elle dégagea son poignet de la prise devenue lâche de Ranulf.

- Vous êtes en train de mettre stupidement votre vie en danger, uniquement à cause de votre orgueil d’ours mal léché ! Hagen a besoin d’aide pour vous soigner et Vanille est malade ! Il est hors de question de faire sortir de son lit cette gamine de treize ans, juste pour vous satisfaire ! C’est compris, espèce de triple pomme ?

Un lourd silence accueillit sa tirade et Lightning se remit aussitôt à sa tache précédente : retirer les tissus brûlés et contaminés de la chemise.

- Une fois que vous serez sur pied, vous pourrez continuer à me haïr autant que vous le voulez, mais pour l’instant, vous n’êtes pas en position d’exiger quoique ce soit ! ajouta-t-elle.

Elle jeta à ses pieds les morceaux calcinés de la chemise et inspecta plus attentivement le bras brûlé. Hagen put administrer les remèdes à Ranulf, qui, choqué autant par la douleur que par sa soudaine autorité, les bus sans plus faire aucune histoire. Le blessé s’endormit aussitôt et Lightning compris qu’il devait y avoir aussi un puissant anesthésiant dans cette mixture.

- Tu peux y aller, Fergus, déclara Hagen. Ranulf est entre de bonnes mains.

Concentrée sur sa tâche, Lightning ne s’inquiéta pas de l’échange de regards qu’il pouvait y avoir entre le chef et la guérisseuse d’Oerba.

- Oui, entendit-elle dire Fergus. Je vois ça. Tiens moi au courant dès que vous aurez fini.

Hagen ne s’encombra pas de réponse, et les pas de Fergus résonnèrent un instant avant qu’il ne quitte la clinique à son tour, fermant la porte derrière lui.

- Bien ! fit Hagen en préparant des compresses. Il n’y a plus que toi et moi, maintenant. Tu es prête ? Ça risque d’être un peu long.
- Ça ira ! répondit Lightning en attrapant un premier coton que la guérisseuse lui tendait.

La rousse s’empara ensuite du pot de pommade et l’ouvrit.

- Qu’elle preuve d’autorité, dit-elle doucement en plongeant ses doigts dans la crème.

Lightning l’observa se pencher pour l’étaler en couches généreuses sur la peau noircie et à vif.

- Est-ce que j’en ai trop fait ? demanda-t-elle, inquiète.
- C’était parfait, au contraire, répliqua Hagen, levant brièvement son regard vers elle.

L’ancienne guerrière attrapa une bande, esquissant un léger sourire.

oOo

Un peu plus tard, quand Ranulf avait été transféré dans une des chambres de la clinique, Lightning s’était demandé si son coup d’éclat n’était pas risqué. Finalement, elle réalisait maintenant que ça lui avait fait un bien fou. Elle n’était pas le genre de personne qui reste très longtemps silencieuse et docile.

Depuis qu’elle était arrivée ici, elle avait fait en sorte de ne pas faire de zèle. Elle voulait plus que tout passer inaperçu pour pouvoir rentrer chez elle sans encombre, mais elle avait rencontré Hagen et la guérisseuse la poussait à se faire une place dans ce village. Si cette époque exigeait d’elle sa présence, elle ne pouvait pas rester inactive.

Lightning soupira lourdement. Elle était épuisée et courbaturée. Le mal de tête qui avait pointé le bout de son nez dans la matinée et qu’elle avait ignoré jusque-là revint à la charge et elle réalisa qu’elle était toujours debout, au milieu de la place commerciale. Elle tourna la tête à droite et à gauche, se rendant compte que certaines personnes la regardaient étrangement. Croisant les bras sous sa poitrine, elle reprit sa route vers la maison d’Hagen.

La douleur dans son crâne lui faisait tourner la tête et elle n’aspirait qu’à une chose, se reposer. Lightning avait comme la désagréable impression qu’on lui avait volé toute son énergie. La clinique se dessina rapidement dans son champ de vision et elle soupira de soulagement. Elle désespérait cependant déjà à l’idée de la nuit qu’Hagen et elle allaient devoir passer. Pour surveiller Ranulf, il allait falloir qu’elles se relayent. Mais malgré sa fatigue, et aussi froide et autoritaire qu’elle pouvait sembler être, Lightning n’en était pas pour autant dénuée de cœur.

Ce n’était pas son genre de jouer le rôle du juge et du bourreau en même temps, alors même qu’elle nourrissait certains griefs contre cet homme. Il avait ses propres raisons pour agir ainsi, Lightning pouvait le comprendre et plus que cela, elle respectait ses principes. Il la haïssait au point de lui fracasser le crâne ? Soit ! Elle, elle avait préféré se montrer plus intelligente et l’avait soigné sans que rien ne l’y oblige vraiment.

Tandis qu’elle grimpait les quelques marches du porche de la clinique, Une bourrasque de vent s’engouffra dans ses vêtements, la faisant violemment frissonner. Décembre et son glacial hiver avait l’air de s’être définitivement installé. A moitié frigorifiée sur place, Lightning se demanda quelle serait la réaction de Ranulf quand celui-ci se réveillerait. Il y avait fort à parier qu’il crierait au scandale, mais cela ne l’inquiétait pas vraiment.

Elle se dépêcha de rentrer enfin à l’intérieur de la clinique pour se mettre au chaud. Toutefois, la chaleur la pris par surprise, violent contraste avec l’extérieur. Elle referma la porte derrière elle, bien décidée à mettre une certaine distance entre elle et toute cette neige qui n’allait pas tarder à les ensevelir.

Hagen se trouvait toujours ici, assise sur l’un des tabourets du plan de travail, une tasse de thé fumante entre les mains. La rousse se tourna aussitôt dans sa direction, esquissant un sourire.

- Alors, cette promenade, elle s’est bien passée ? demanda-t-elle gentiment.

Lightning, qui était en train d’ôter sa cape, lui sourit et s’approcha d’elle.

- Oui. Bernulf et Gervald m’ont même rejoint à un certain moment, répondit-elle, énigmatique.
- Vraiment ?

Hagen s’apprêtait à boire une gorgée de son breuvage, mais abaissa les mains à la place et écarquilla les yeux, surprise.

- Hum… Ils ont apparemment décidés de venir faire connaissance avec moi.

Hagen ouvrit la bouche, son joli visage affichant un air étonné qui n’entachait en rien celui de poupée qu’elle arborait généralement, malgré ses cinquante ans bien tassés. Elle tapota ensuite le tabouret à ses côtés, déclarant :

- Prend-toi une tasse de thé et vient tout me raconter !

Lightning pouffa doucement, n’hésitant qu’une seconde avant d’abdiquer. Boire un thé, autant que de parler avec cette femme, ne pouvait lui faire que du bien. Elle acquiesça et la rejoignit sans plus attendre, l’heure suivante se déroulant tranquillement et naturellement.

Hagen avait cette capacité à apaiser autrui, que cela soit par ses paroles ou par sa simple présence. Pendant le mois éprouvant qui s’était écoulé, Lightning avouait en avoir honteusement profité. Après toutes ces révélations et face à l’avenir incertain qui la guettait, elle avait eu besoin de la force tranquille qu’était capable de transmettre la guérisseuse. Si elle arrivait à rentrer chez elle un jour, Lightning était certaine qu’Hagen lui manquerait beaucoup.

oOo

Chapter Text

Chapitre 19

La semaine qui s’écoula à la suite de cette fin d’après-midi qu’elle passa avec Hagen fut aussi longue et éreintante pour l’une comme pour l’autre. Lightning sentait ces jours peser lourdement sur sa carcasse, son corps et son esprit fourbus de fatigue. Mais ce n’était pas vraiment étonnant.

Hagen et elle avait déployé une quantité phénoménale d’énergie dernièrement, pour maintenir Ranulf en vie. Comme prévu, deux jours seulement après l’accident, une terrible fièvre s’était emparée de l’homme, malgré leur vigilance et les précautions qu’elles avaient prise. Leur attention avait dû doubler et elles quittaient rarement le chevet de Ranulf, nettoyant et changeant régulièrement les bandages qui protégeaient les brûlures. La prise des remèdes et l’application des pommades devaient être assidues et elles passaient leur temps à se relayer pour laisser à l’autre le temps de glaner quelques heures de sommeil.

Par chance, à son époque, Vanille avait donné de nombreux conseils à Lightning. Elle en avait même profitée pour lui apprendre les rudiments à la confection des remèdes, ou encore à reconnaitre certaines plantes pour le cas où un jour, l’ancienne guerrière se retrouverait seule à devoir gérer un patient. Lightning s’était souvent dit que cela risquait d’être peu probable, mais elle s’était avérée être tout de même une élève assidue et, aujourd’hui, elle ne regrettait pas d’avoir appris des enseignements de Vanille.

Hagen n’avait plus eut qu’à lui faire un rapide topo sur ce qu’elle devait faire, la méthode à utiliser pour les remèdes ou les plantes à récolter dont elle avait besoin, pour que Lightning soit totalement opérationnelle. Toutefois, quatre jours plus tard et malgré leurs efforts, l’état de Ranulf restait inchangé. Les brûlures guérissaient doucement, mais Hagen et Lightning ne pouvaient rien faire de plus que ce qu’elles faisaient déjà. Elles pouvaient seulement attendre, et c’était probablement ce qu’il y avait de pire dans ce genre de situation.

L’ancienne guerrière d’Etro était loin d’être optimiste. De plus, Hagen devait s’absenter pour quelques heures. L’état de Vanille s’était amélioré, mais avant de la replonger dans le travail, autant Mirta qu’Hagen désiraient s’assurer de son total rétablissement. Lightning allait donc se retrouver toute seule à surveiller Ranulf et elle sentait sérieusement son corps ployer presque sous l’épuisement.

- Tu es sûre que ça va aller ? demanda Hagen, la prenant par surprise.

Lightning sortit de ses pensées et leva le nez vers la guérisseuse, qui posait sur elle un regard concerné.

- Oui, certaine ! rétorqua-t-elle, forçant un léger sourire sur son visage aux traits tirés.

Hagen fronça les sourcils, tandis qu’elle attachait sa cape.

- Vraiment ? insista-t-elle. Tu ne sembles pas vraiment dans ton assiette… Enfin, ça a l’air encore pire que moi, je veux dire. Je peux demander à Mirta d’emmener Vanille plutôt, et rester avec toi pour veiller sur Ranulf.
- Mais non, répondit Lightning en secouant la tête. Ça va, je t’assure ! Nous avons passé la semaine à ne dormir que trois heures par nuit, c’est normal que nous ayons une sale tête. Après une bonne nuit de sommeil, ça ira mieux.
- Si tu le dis, soupira Hagen.
- Et puis, ajouta Lightning. Si Vanille est guérie, une troisième paire de mains ici, pendant la journée, ça nous dépannerait bien.
- D’accord, rit Hagen. J’ai compris, je file réquisitionner les troupes !

Lightning acquiesça, esquissant un sourire alors qu’Hagen la contournait pour rejoindre la porte d’entrée. Elle retint un soupir, attendant que la guérisseuse soit définitivement partie, mais à la place d’entendre la porte se refermer derrière elle, c’est la voix d’Hagen qui la prit une nouvelle par surprise.

- Light ?
- Hum… fit-elle en se retournant.
- Ranulf est aussi stable que possible pour l’instant. Nous lui avons déjà fait ses soins et il ne nous reste plus qu’à attendre. Profite-en pour te reposer un peu.
- Tu devrais suivre ton propre conseil, une fois que tu seras revenue de chez Vanille.

Hagen ouvrit la bouche pour répliquer, mais la referma aussitôt. Finalement, elle soupira et lui adressa un petit sourire, radieux malgré la fatigue qui marquait son visage. Il était hors de question pour Lightning d’abandonner maintenant son amie. Elles étaient toutes les deux dans le même bateau, après tout, et aussi alléchante que pouvait être la proposition de la guérisseuse, elle voulait être plus utile pour la femme qui l’avait sauvée.

La porte se referma enfin sur Hagen et Lightning poussa un profond soupir. Elle ferma les yeux et rejeta doucement la tête en arrière pour détendre les muscles de sa nuque. Bon sang, elle avait presque oublié le bien que ça faisait. Le noir, le silence, le corps qui se détend lentement, s’alourdit, juste un instant avant de plonger dans une reposante inconscience. Lightning tangua brutalement sur ses pieds et elle rouvrit aussitôt les yeux. Elle était tellement fatiguée qu’elle aurait été prête à s’endormir debout.

Elle ne pouvait pas se laisser aller, ça ne se serait pas très respectueux envers Hagen. Elle décida de retourner au chevet de Ranulf, déterminée à ne pas s’endormir. Elle se reposerait qu’une fois que la situation n’exigerait plus toute son attention.

oOo

 

- Qu’avez-vous en tête ? demanda-t-elle froidement. Comment allez-vous contrer Bhunivelze ?
- Ne te préoccupe pas de ça ! répondit Etro. Ta tâche est de retrouver ma championne, puis de renvoyer ces âmes dans mon royaume.

Debout devant la fenêtre du salon de Lucia, Fang ne pouvait s’empêcher de rejouer dans sa tête la brève discussion qu’elle avait eue avec Etro. Certes, elle ne pourrait jamais assez remercier la déesse de la mort de la chance qu’elle lui avait accordé de pouvoir voir Lightning. Chacune de leur côté, elles avaient eu besoin de cet interlude pour continuer à avancer.

Cependant, Fang sentait que quelque chose n’allait pas. Qu’Etro avait des plans bien plus précis que ceux qu’elle lui avait exposés. Elle savait que la déesse de la mort avait un profond attachement pour Lightning, mais est-ce que c’était seulement ça ? Est-ce que les désirs d’Etro se résumaient uniquement à vouloir sauver Lightning ? N’avait-elle pas quelque chose d’autre en tête ?

Elle avait fait de Fang une l’cie parce que d’après elle, il n’y avait pas d’autres solutions, et la pulsienne avait accepté sans réfléchir. Vanille le lui avait d’ailleurs beaucoup reproché, et elle avait été étonnée que Lightning ne cherche pas à en savoir plus. Fang savait cependant qu’elle était loin d’être sortie d’affaire avec sa femme. Mais en dehors de la colère de Lightning, Fang craignait surtout pour son avenir.

Elle avait beau afficher une mine confiante, elle n’était pas stupide et, pour l’avoir déjà vécu, elle savait parfaitement ce qui attendait tous l’cie à la fin du chemin. Elle gardait toutefois espoir que son sort soit différent cette fois. Après tout, c’était la déesse elle-même qui avait apposé cette marque sur son corps et non un fal’cie. Au fond d’elle, Fang sentait la différence.

Il s’écoulait de ce sceau une source inépuisable de force et de magie. Mais, alors que celui qu’elle avait reçu autrefois par Anima s’était avéré oppressant et parfois douloureux, celui d’Etro semblait presque doux. Par conséquent, Fang se disait qu’une fois qu’elle aurait accompli sa tâche, son destin ne serait pas de se rendormir pendant six autres siècles dans une stase cristalline.

Elle soupira profondément. Se tenant debout face à la seule baie vitrée du salon de Lucia, elle fixait les pluies torrentielles qui s’abattaient à l’extérieur. Les bras croisés sous sa poitrine, elle se demandait si cela allait s’arrêter un jour. Le mois de décembre était bien entamé et, dans deux semaines à peine, tous les villages de Gran Pulse fêteraient Noël.

Fang se souvenait qu’à cette période sur Oerba, les premières neiges commençaient à tomber. Elles se poursuivaient pendant de longs mois, et le froid glacial de l’hiver la faisait habituellement tenir jusqu’en mars. Mais dans les Terres Centrales, pas un seul flocon en vue, seulement des trombes d’eau à longueur de temps, qui avaient fini par saper un peu plus son moral. Fang soupira de nouveau. Elle ne demandait pas grand-chose, juste que toute cette pluie s’arrête pendant plus d’une heure.

- Tu n’as jamais trop aimé la pluie.

La voix fluette de Vanille la prit par surprise. Fang sursauta puis tourna la tête vers la rouquine. Cette dernière lui adressa un petit sourire, auquel la brune répondit légèrement. Elle était tellement plongée dans ses pensées qu’elle n’avait pas entendu sa cadette venir s’installer sur le fauteuil à sa droite, calé entre la cheminée qui dégageait une agréable chaleur et la fenêtre embuée.

Fang se détourna et refixa son attention sur les pluies diluviennes. Vanille avait raison. Du plus loin qu’elle se souvenait, elle n’avait jamais vraiment apprécié la pluie. Mais pendant les rares fois où elle s’autorisait à y penser, Fang savait que son aversion s’était accrue le jour où elle avait perdu sa mère. Elle fronça les sourcils et resserra la prise de ses mains autour de ses bras.

- Ça me donne toujours autant le bourdon ! se contenta-t-elle de maugréer entre ses dents.
- Oui, je sais, soupira Vanille. Light a de la chance ! Sur Oerba, ils doivent déjà avoir les pieds dans la neige. Même chez nous, on n’y a pas droit.

Fang jeta un coup d’œil vers Vanille. Sa cadette savait très bien dans quel état psychologique elle était quand elle repensait à cette période. Fang n’avait jamais voulu en reparler et Vanille avait été obligée de respecter son choix. Détourner son attention pour la porter sur Lightning était malin, et surtout gentil de sa part. La brune n’avait pas besoin de se forcer pour penser à sa femme et elle pouffa doucement de rire en l’imaginant les pieds dans la neige.

- Je peux presque l’entendre râler contre le froid, rit-elle.

Vanille rigola à son tour, remontant ses genoux contre elle.

- Ces cocooniens, ils sont beaucoup trop sensibles ! Hope est exactement pareil, il déteste l’hiver.

Fang perçut une note de tristesse dans le ton de sa cadette à la mention de son compagnon, et son cœur se serra un peu à l’idée que Vanille soit impliquée dans toute cette histoire. Le jeune homme devait lui manquer terriblement. Autant que Lightning lui manquait à elle.

Au début, le premier réflexe de Fang avait été de vouloir révéler à Vanille qu’Etro lui avait donné la chance de revoir Lightning pendant la nuit de Samain. Mais au dernier moment elle s’était rétractée. Même si cela ne partait pas d’une mauvaise intention, Fang s’était dit que ça serait déplacé. Elle avait donc fait comme si de rien n’était, préférant se concentrer sur les révélations de la déesse.

Le silence s’étira entre elles, seulement rompu par les fortes pluies qui frappaient le toit de la maison. Le village était plutôt silencieux dernièrement, et c’était quelque chose d’étrange pour elles. Six siècles auparavant, elles vivaient sur Oerba, un endroit chaleureux et vivant. Quand elles s’étaient réveillées de leur stase, elles avaient découvert Cocoon, un monde bruyant, toujours en pleine effervescence. La première impression des deux jeunes femmes ? Cocoon était une fourmilière. Puis maintenant, elles vivaient de nouveau sur Gran Pulse, dans une petite bourgade qu’elles avaient aidé à construire et qui, petit à petit, devenait aussi convivial que ce qu’elles avaient toujours connu.

- J’ai hâte de rentrer à la maison, fit soudainement Vanille, d’un ton lointain.

Fang tourna la tête vers elle, pour la découvrir le regard dans le vague, pensive.

- C’est bientôt Noël, ajoute-t-elle. Ça fait bizarre de se dire que nous ne serons pas tous ensemble cette année.
- Dis-toi que l’année prochaine, toute cette histoire sera réglée, lui répondit gentiment Fang.
- Tu es sûre ?

La brune avisa l’air inquiet qu’arborait Vanille. Elle semblait tout à coup plus jeune. Pendant une seconde, Fang eut l’impression d’avoir devant elle la petite fille qu’elle avait toujours protégée.

- Ce n’est pas n’importe qui que nous devons affronter, renchérit la rouquine. C’est Bhunivelze ! Le créateur de tout. Nous l’avons déjà vaincu, normalement, mais aujourd’hui…
- Vanille…
- Bhunivelze et Etro sont en guerre, continua-t-elle sans se préoccuper de Fang. Qu’est-ce que de simples humains comme nous pouvons faire ? Nous ne sommes plus assez forts !

Fang ouvrit la bouche pour répliquer, mais la referma aussitôt. Un silence pesant s’installa entre elles, et elle soupira légèrement. Elle avait conscience de tout ça et c’était bien pour cette raison qu’elle se posait autant de questions sur Etro. Mais Fang partait du principe qu’elle n’avait qu’une seule mission à réaliser. Elle ferait ce qu’elle voudrait, peu importe les désirs de la déesse.

Fang se passa une main dans les cheveux. Ses doigts accrochèrent quelques petites tresses et elle finit par se masser la nuque. Elle se détourna de la fenêtre et parcourut instinctivement des yeux la pièce qui l’entourait. Tout était toujours impeccable, même pour une cabane de chasseur. Elle avait très vite découvert que Lucia tenait sa maison d’une main de fer et qu’il valait mieux suivre à la lettre ses conseils.

Vanille et elle étaient seules aujourd’hui. Même si dans le village, il n’y avait pas vraiment de chef à proprement parler, Gildas, le mari de Lucia, était considéré comme le leader. De part ce statut, la gestion du camp lui incombait. Lui et Briac étaient donc en extérieur malgré le temps de chien qu’il faisait depuis des semaines et Lucia, de par sa condition de femme de leader, se devait d’assurer le maintien des villageois. Elle allait souvent rendre visite à ceux qui avait plus de risques de ne pas passer l’hiver, comme la jeune Maria et son nourrisson, ou encore Flora, qui devait accoucher dans quelques semaines. Il y avait toute une organisation bien ficelée, et chacun s’attelait à sa tâche.

- Fang ?

La voix de Vanille la tira de ses pensées et elle fixa son attention sur sa cadette.

- Hum… ?
- J’ai peur que nous échouions, cette fois.

Fang soupira de nouveau et baissa la tête. Un instant après, elle se tourna vers Vanille et vint s’assoir sur l’accoudoir à ses côtés.

- Ne sois pas aussi défaitiste, maugréa-t-elle. Bhunivelze n’est pas notre combat, c’est celui d’Etro.
- Sauf qu’elle n’a pas assez de pouvoir pour le combattre, contra Vanille. Elle n’en avait pas non plus assez la première fois…
- Elle a les Yeul, maintenant.
- Et tu penses que ça va suffire ? Pourquoi aurait-elle fait de toi une l’cie dans ce cas ?
- Van…
- Elle a affirmé que c’était nécessaire, poursuivit la rouquine. Mais je suis la preuve que non…
- Je suppose qu’il fallait une l’cie pour combattre d’autres l’cies, coupa Fang.
- Des l’cies de Bhunivelze ! Leurs pouvoirs dépasseront certainement ceux qu’Etro t’a donnés.
- Je préfère me dire que des l’cies restent des l’cies… peu importe qui leur donne leurs pouvoirs, nous venons du même moule.

Vanille pencha la tête sur le côté et fronça les sourcils.

- Comment peux-tu prendre tout ça à la légère ? Light avait des pouvoirs presque divins la fois où elle combattu Bhunivelze. Elle a reçu l’aide d’Etro et nous lui avons tous prêtés un peu de notre force. Pourtant, elle en a quand même bavé…
- Je m’en souviens, Vanille !

Fang soupira. Finalement, elle appuya son dos contre le rebord du dossier et ferma brièvement les yeux.

- Mais si je commence à devenir pessimiste, je suis certaine de ne pas y arriver, souffla Fang.

Au fond d’elle, Fang pouvait être aussi loin d’être optimiste et nonchalante, mais elle ne pouvait pas se permettre de le montrer. Toute sa vie, elle s’était battue pour avoir l’avenir qu’elle méritait. Elle n’avait pas le choix de recommencer. Elle ne renoncerait pas aussi facilement. Elle était toute seule dans le bateau cette fois, et surtout, elle avait fait des promesses qu’elle comptait bien tenir.

- Et puis, ajoute-t-elle. J’ai promis à Serah de lui ramener sa sœur, et à Light que j’arrangerais toute cette histoire. Je ne peux pas faillir.

A sa plus grande surprise, un éclat de rire résonna à la suite de sa tirade et Fang posa un regard curieux sur Vanille.

- Qu’est-ce que j’ai dit de si drôle ? demanda-t-elle.

Vanille secoua la tête et mis un instant avant de répondre.

- Peu importe la promesse que tu as faite à Light, quand elle apprendra tout ça, tu crois sincèrement qu’elle te laissera combattre toute seule ?

Fang détourna la tête, réalisant ce que venait de lui révéler sa cadette. Elle n’y avait bêtement pas pensé, mais avant d’être une simple humaine propulsée six siècles dans un passé qu’elle ne connaissait pas, Lightning était un ancien soldat. Une combattante hors pair, qui, même avant de devenir une l’cie, avait donné du fil à retordre à l’élite de la PSICOM. Après ça, elle était devenue une guerrière. Alors, même si ça faisait sept ans qu’elle ne touchait plus à sa Gunblade seulement pendant les rares occasions où elle allait à la chasse, elle restait quand même rompue au combat, et elle avait de forts principes. Le plus important, jamais elle ne laisserait un allié partir seul au combat, peu importe la situation.

Fang avait révélé à Lightning ce qui se passait. L’aînée des Farron était au courant que Bhunivelze avait envoyé des l’cies à cette époque et Lightning n’était pas le genre de femme à rester sans rien faire.

- Tu pensais vraiment que Light ne ferait pas tout ce qui lui est possible pour t’aider ? demanda Vanille, incrédule.
- Je…
- Fang ! Tu la connais mieux que personne ! Je suis déjà étonnée qu’elle n’ait rien tenté d’inconsidéré jusqu’à maintenant…
- C’est surement grâce à Hagen, suggéra Fang.
- Oui, je pense aussi. Mais une fois que nous l’aurons rejointe, elle ne restera pas les bras croisés, tu le sais très bien.
- Je trouverais bien un moyen de la raisonner.

Vanille haussa un sourcil sceptique à son attention, et Fang soupira. Elles étaient en train de parler de Lightning, après tout. Elle était loin d’être raisonnable quand elle avait une idée précise en tête, mais Fang lui avait demandé de l’attendre et de rien tenter de stupide tant qu’il n’y avait aucune raison. Jusqu’à présent, sa femme était restée gentiment dans le village, et en se basant sur les derniers souvenirs en date de son jeune double, Fang savait que Lightning était très occupée avec Hagen à sauver Ranulf.

Mais ces souvenirs étaient de plus en plus flous. De plus, elle avait le sentiment que Lightning faisait en sorte d’éviter la jeune Fang. La brune avait encore en tête des images de la fête de Samain. Cette façon qu’avait eue Lightning de danser avec l’adolescente, avant de brutalement s’arrêter, semblant comprendre quelque chose que Fang avait craint depuis le début. Que sa femme prenne ses distances avec son jeune double n’était pas plus mal. Ce n’était pas nécessaire de rajouter des problèmes inutiles, en plus de ceux qu’elles avaient déjà.

- Le seul moyen que tu auras de la raisonner, c’est de l’attacher au village, répondit finalement Vanille.

Fang revint à la réalité et soupira une énième fois.

- Elle est humaine à présent, elle n’a aucune chance contre des l’cies.
- Oui, mais je pense qu’elle s’en fiche. Si elle se retrouve confrontée à l’un d’eux, elle fera tout pour le combattre.

La brune leva une main et frotta l’une de ses tempes du bout des doigts. Vanille avait raison, elle le savait. Comme elle se doutait que ces l’cies n’allaient pas rester sans bouger pendant encore très longtemps. Que pouvaient-ils bien préparer ?

- Je pensais prendre la route prochainement, déclara Fang.
- Avec ces pluies ?

Fang jeta un coup d’œil à Vanille, qui affichait un air incertain, puis détourna son regard vers la baie-vitrée du salon.

- Avec la menace des l’cies qui plane sur nos têtes, tu ne penses pas qu’il soit préférable d’éviter de perdre trop de temps ?
- Je suis d’accord, Fang. Mais ce temps risque de nous ralentir, et surtout, d’amoindrir notre attention et nos reflexes.

La pulsienne plus âgée se leva, agacée.

- Etro nous a conseillée de partir le plus tôt possible ! s’exclama-t-elle.
- Et depuis quand tu suis au pied de la lettre ce qu’Etro te dis de faire ? Je sais que Light te manque ma…
- Ce n’est pas ça, d’accord ? coupa Fang, brutalement. J’ai un mauvais pressentiment ! Je sens que nous ne devons pas attendre trop longtemps.

Un lourd silence les enveloppa. Vanille était sceptique et un peu craintive aussi, cela se lisait sur son visage.

- Ecoute, nous pouvons attendre que Noël passe, si tu veux, proposa Fang, gentiment.

Elle porta son regard sur les pluies incessantes et reprit :

- Peut-être que d’ici là, le temps sera devenu un peu plus clément. Mais nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre jusqu’au printemps.

Vanille soupira et se redressa dans son fauteuil.

- Tu as raison, souffla-t-elle.

Fang lui adressa un sourire qu’elle espérait réconfortant. Elle ouvrit la bouche, s’apprêtant à rassurer sa cadette, mais la porte de la maison s’ouvrit brutalement sur Briac et Gildas. Les deux hommes étaient trempés jusqu’aux os, mais semblaient de bonne humeur. Vanille et Fang se regardèrent un instant. Leur conversation était terminée, mais elles étaient à présent d’accord.

- Ah ! Ce que ça fait du bien, d’être enfin à la maison ! s’exclama Briac.
- Je ne te le fais pas dire, Frangin ! répondit Gildas. On a bien mérité un petit remontant.
- Bien d’accord !

Fang et Vanille les observèrent évoluer dans la maison. Première règle à respecter scrupuleusement, ôter les capes trempées et les bottes pleines de boue, au risque de se faire tuer par Lucia. Les deux jeunes femmes les virent suivre à la lettre les conseils de la femme de maison, même si elle n’était pas là. Puis l’un alla chercher la bouteille de vin dans le placard de la cuisine, tandis que l’autre revenait à la grande table, les mains chargées de verres.

Finalement, ils avisèrent leur présence et ils leur adressèrent un sourire chaleureux. Fang ne put s’empêcher de se sentir mal à l’aise.

- Eh bien alors, c’est quoi ces grises mines ? fit Briac en s’installant sur une chaise.
- Venez donc boire un verre avec nous ! s’exclama Gildas.

Partager un moment conviviale avec c’est deux-là, tentait moyennement Fang, mais elle avouait qu’un verre lui ferait le plus grand bien. Comparée à Vanille, elle savait garder une certaine distance avec ses hôtes, malgré leur plaisante compagnie. Elle amorça un premier pas pour les rejoindre à la grande table, déclarant :

- C’est à cause de ce temps ! Ça nous plombe le moral !

La brune jeta un coup d’œil à Vanille, qui l’avait instinctivement suivie jusqu’à la table. Gildas remplissait déjà leurs verres, après s’être assis à son tour aux côtés de son beau-frère.

- C’est vrai que vous ne devez pas être habituées à autant de pluie d’un coup, répondit-il en reposant la bouteille.
- Nous en avons quand même, répliqua Vanille en posant ses fesses sur la première chaise devant elle. Mais seulement par période, et pas autant.
- Heureusement ! maugréa Fang en entourant son verre de ses mains.
- Désolé, sourit Vanille à l’attention des deux hommes. Elle n’aime vraiment pas la pluie. Ça la rend grognon.

Fang grommela entre ses dents, tandis que Gildas et Briac s’esclaffaient ouvertement. Ils finirent par avaler une première gorgée de leur boisson et elle put les imiter, bien décidée à ne pas se préoccuper de leurs petits airs moqueurs.

- Et puis, ajouta Vanille. A cette saison, nous avons plutôt les pieds dans la neige.
- Oui, c’est vrai ! s’exclama Briac comme s’il venait de se rappeler d’un fait important. J’ai entendu parler des magnifiques hivers blancs d’Oerba !

Fang but une gorgée de sa boisson, restant pour l’instant silencieuse. L’amertume du vin glissa sur sa langue et elle se lécha légèrement les lèvres pour en apprécier toute la saveur. Vanille continuait de s’extasier sur leur ancien village avec Gildas et Briac.

- C’est une superbe saison pour Oerba, approuva-t-elle. Les montagnes au loin semblent plus majestueuses que jamais, alors que l’océan ressemble à une vaste étendue de cristal. J’ai toujours trouvé que l’ambiance du village était presque magique à cette période.
- Ça donne envie de voir ça de ses propres yeux, fit le frère de Lucia.
- Oui, acquiesça Gildas. Habituellement, nous nous rendons à Oerba uniquement à la saison du printemps, pour nos échanges annuels. La neige a déjà fondu quand nous arrivons, et les premières fleurs sont déjà en train de bourgeonner.
- Alors que nous, nous gardons les pieds dans l’eau une bonne partie de l’année, rit Briac.
- C’est chez nous !

Les deux hommes rirent doucement ensemble. La conversation qu’elle avait eu avec Lucia, quelques semaines auparavant, lui revint en mémoire. Ces deux hommes étaient la preuve de ce que la jeune femme lui avait dit. Ici, c’était leur maison, peu importe que la vie y soit risquée. Fang avala une nouvelle gorgée de sa boisson et reposa son verre sur la table. Elle respectait ces gens, qui avaient la force et le courage de vivre ainsi, et cela lui mettait du baume au cœur de découvrir les peuples qui avaient, jadis, foulé le sol de sa patrie avec fierté. Dans d’autres circonstances, peut-être qu’elle se serait plus investie auprès d’eux, mais elle ne le saurait jamais.

- En parlant d’hiver à Oerba, déclara-t-elle nonchalamment. Vanille et moi avons décidé de partir plus tôt que prévu !

Du coin de l’œil, Fang remarqua que les deux hommes se concertaient du regard, confus, avant de reporter leur attention sur elles.

- Je pensais pourtant que vous étiez d’accord pour part… commença Gildas.
- Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre plus longtemps ! coupa Fang. Au plus tard, jusqu’à Noël.
- Mais… C’est dans seulement deux semaines ! s’exclama Briac.
- C’est largement suffisant pour préparer notre voyage ! déclara Fang.
- Nous partirons avec le strict nécessaire, ajouta Vanille, d’un ton doux.

Un lourd silence les enveloppa, pendant lequel chacun réfléchissait activement à la situation.

- Je ne vous apprends pas qu’entreprendre un voyage dans ces conditions, finit par s’exprimer Gildas en désignant du menton le temps impossible à l’extérieur, est plus que dangereux.
- Partir maintenant serait beaucoup trop risqué ! ajouta Briac. Les créatures qui rodent par un temps pareil sont probablement pires que les autres. Votre attention et vos reflexes…
- Nous n’avons pas le choix ! coupa brutalement Fang.

Briac referma la bouche et tourna la tête vers Gildas. Fang soupira légèrement. Elle n’était pas réputée pour sa diplomatie et il arrivait qu’elle parle un peu trop crument, mais elle avait pris sa décision et elle ne reviendrait pas dessus, peu importe ce que pouvait bien penser ces deux hommes. Elle leur était reconnaissante pour leur hospitalité et leur gentillesse, mais elle avait des choses importantes à régler et ça n’avait déjà que trop attendu.

- Au printemps, vous auriez pu voyager avec nous pendant le transport des marchandises, expliqua gentiment Gildas.
- Je sais, répondit Fang d’un ton plus conciliant. Mais je vous assure que nous saurons nous débrouiller !
- Ce n’est pas la première fois que nous voyagerons par un temps aussi épouvantable, approuva Vanille.
- Rien de ce que nous dirons vous fera changer d’avis, n’est-ce pas ? supposa Briac.

Fang pinça les lèvres et secoua la tête.

- Pourquoi aussi soudainement ? demanda Gildas.

La question la prit par surprise et elle braqua son regard dans celui de Vanille. Sa cadette afficha un air contrit, ne sachant pas quoi répondre. Ni elle, ni Fang n’avaient imaginé que ces hommes s’intéresseraient autant à leur activités.

- Lucia nous a révélé… Que tu es une l’cie, Sunny, ajouta-t-il. Est-ce que ça a un rapport avec ça ?

La pulsienne brune porta aussitôt son regard dans les yeux marron de Gildas. Ils étaient curieux et concernés. Effectivement, de par son statut de l’cie, sa précipitation à vouloir partir ne pouvait signifier qu’une chose pour eux : elle devait se dépêcher d’accomplir la tâche que le fal’cie lui avait imposé. Pour les gens de ce petit village, peut-être espéraient-ils une attaque de grande envergure contre Cocoon pour les délivrer de leurs oppresseurs.

C’était cependant loin d’être le cas et elle ne savait pas ce qu’elle pouvait répondre à une telle question. Dans un sens, elle devait bien partir pour sa tâche, mais pas celle qu’ils croyaient. Fang ne pouvait pas leur dire plus. Il ne fallait surtout pas que leurs deux époques se rejoignent. Le passé ne devait pas entrer plus en contact avec son présent et inversement. Si cette histoire trainait trop en longueur, il y avait fort à parier que le cours du temps allait finir par être dramatiquement chamboulé.

Elle ouvrit la bouche, son cerveau cherchant toujours activement une réponse cohérente à fournir, mais elle fut devancée par Vanille.

- La femme de Sunny a une santé très fragile et les hivers sont très rudes pour elle. Chaque année, ma sœur craint pour sa survie et, habituellement, elle fait toujours en sorte d’être présente avant les premières neiges.

Fang en resta sans voix, estomaquée. Elle posa un regard incrédule sur Vanille, avant de se reprendre rapidement. Mais qu’elle mouche l’avait piquée ? Est-ce qu’elle avait complètement perdu la tête ? Sa cadette lui offrit un sourire penaud et nerveux, tandis qu’une lueur désolée brillait au fond de ses yeux.

Fang fut obligée de s’incliner devant le réalisme du jeu de théâtre de Vanille. Les traits de son visage donnaient plus de profondeur à son mensonge, comme si elle était peinée d’avoir révélé un secret bien gardé. La brune retint un soupir et avala le fond de son verre de vin d’un trait avant de le reposer sur la table. Pardonne-moi, Light, pensa-t-elle silencieusement. Toi et tes nombreux rhumes vont m’ôter une bonne épine du pied, finalement.

- Je comprends que ça doit être frustrant et inquiétant, mais…
- Ce n’est pas seulement ça ! s’exclama Fang, coupant une fois de plus Gildas. C’est terriblement sérieux ! Je sais que le village veillera sur elle, mais je ne peux pas me permettre de perdre plus de temps. De toute façon, ma décision est prise, et je ne reviendrais pas dessus.

Autant Gildas que Briac poussèrent un soupir et Fang joua négligemment à faire tourner son verre entre ses mains. Elle pouvait être bornée quand elle le voulait. Le silence s’éternisa dans la maison, seulement brisé par les fortes pluies qui continuaient de frapper durement le toit de l’habitat.

- Bien, soupira Gildas. Briac et moi vous accompagnerons dans ce cas !

Fang fronça les sourcils et releva les yeux vers le mari de Lucia. Il fourrageait son épaisse tignasse rousse d’une main, affichant un air déterminé. La brune détourna le regard pour croiser celui de Vanille, qui haussa légèrement les épaules, avant de porter son attention sur Briac.

- Vous n’êtes pas obligé, finit-elle par déclarer.
- Bien sûr que si ! affirma Briac. Ça sera plus sûr !
- Mais le village a besoin de vous ! contra Vanille.
- Nous vous accompagnerons jusqu’au Steppes, répondit Gildas. On en aura pour trois semaines de route avec ce temps, mais d’ici là, les pluies se seront calmées.
- La route jusqu’à Oerba devrait se faire dans le calme, à partir de là.

La brune alterna ses coups d’œil entre les deux hommes. Ils arboraient tous les deux un air ferme et déterminé, et Fang comprenait mieux maintenant pourquoi autant Gildas que Briac, étaient considérés comme les leaders du village. Ils en avaient l’étoffe. Elle finit par soupirer et acquiesça doucement.

- Très bien, agréa-t-elle. Puisque vous le voulez vraiment.
- Merci pour votre aide, ajouta Vanille.

L’un comme l’autre rirent de bon cœur, avant que Gildas ne déclare :

- C’est normal ! Il faut se serrer les coudes entre pulsiens !

Briac approuva vivement puis s’empara de la bouteille de vin qui reposait sagement sur la table. Il resservit leurs verres avant d’en avaler la moitié en une gorgée. Vanille buvait plus modérément, mais ses pommettes commençaient à rougir. Elle parlait et riait avec les deux hommes, divaguant de nouveau sur les magnifiques saisons d’Oerba.

Fang, quant à elle, s’enfonça dans sa chaise, tenant son verre dans une main. Elle sentait une certaine euphorie grossir dans le creux de son ventre. Même si l’avenir qui se profilait devant elle était incertain et lui faisait peur, l’idée de prendre prochainement la route apaisait la frustration et l’impatience qui la rongeait jusqu’à présent. Elle allait enfin être utile à quelque chose et elle était bien décidée à mettre un bon coup de pied dans la fourmilière. Elle but une gorgée de vin, se sentant tout de suite plus soulagée et détendue. Fang accepta même que Briac lui remplisse une fois de plus son verre, profitant ce moment de calme.

oOo

C’est un tiraillement dans la nuque qui lui fit reprendre soudainement conscience. Groggy et le corps lourd, Lightning fronça les sourcils, tandis qu’elle papillonnait difficilement des yeux. Elle étouffa un grognement et réprima un bâillement, se redressant lentement sur la chaise inconfortable sur laquelle elle était assise.

Bon sang, son dos et ses fesses la faisaient souffrir et après un coup d’œil autour d’elle, Lightning se rappela aussitôt où elle se trouvait. Dans la chambre de Ranulf. Une fois qu’Hagen fut partie, elle avait décidé d’aller au chevet du blessé, favorisant même la chaise en bois plutôt que le vieux fauteuil pour éviter de s’endormir. Finalement, la fatigue avait été plus forte.

Elle pinça les lèvres, posant son regard sur Ranulf. L’homme était toujours endormi, le front moite de fièvre. Son état ne s’améliorait pas et Lightning culpabilisa aussitôt de ne pas avoir mieux résisté. Hagen n’était toujours pas rentrée ? Combien de temps avait-elle dormi ? Un coup d’œil aux travers de la fenêtre de la chambre ne lui fut d’aucune utilité.

Le temps était toujours aussi bas, gris et brumeux et Lightning soupira doucement. Elle étira son dos douloureux avant de se lever, grimaçant légèrement sous l’engourdissement de ses jambes. Après avoir contourné le lit du patient, elle posa une main sur le front brûlant de Ranulf. Plus les jours passaient, plus Hagen et Lightning étaient inquiètes par rapport à l’état du blessé. L’ancienne guerrière n’était même pas certaine que l’homme passe Noël, à ce train-là.

Elle s’empara de la vasque sur la table de chevet et alla la remplir d’eau fraîche, avant de revenir dans la chambre. Avec douceur, Lightning déposa un linge humide sur le front de Ranulf, mais elle n’avait pas espoir que cela fasse baisser la fièvre. Une infection avait dû s’emparer du corps de l’homme et malgré la bonne volonté des deux guérisseuses à le soigner, aucune d’elles n’avait réussi à trouver le bon remède.

Lightning se redressa, se demandant quelle heure il pouvait bien être. Il était impossible qu’elle ait dormi longtemps, Hagen l’aurait probablement réveillée avant. Par soucis de conscience, elle devait quand même s’en assurer et elle quitta la chambre. Son pas léger résonna presque dans le silence de la clinique et l’aînée Farron fronça un peu les sourcils. Cette bâtisse n’était que très rarement silencieuse.

Hagen avait toujours quelque chose à faire. Des élixirs, des remèdes, des pommades, et si elle n’avait aucune concoction à préparer, elle passait son temps le nez penché sur des feuilles et des feuilles qu’elle noircissait d’annotation assidues, La plupart étant destinées à Vanille, d’ailleurs. L’adolescente se devait ensuite de les étudier, et Hagen ne manquait pas de veiller au grain.

Lightning n’était plus étonnée que sa jeune belle-sœur soit une guérisseuse aussi douée et professionnelle à leur époque. Elle avait certainement eu le meilleur professeur de tout Gran Pulse. Les rares occasions où la clinique était tranquille, c’était uniquement quand le temps leur permettait de s’aventurer en forêt pour refaire le plein de certaines plantes médicinales. Mais dernièrement, c’était surtout Lightning qui était chargée de cette tâche.

Plongée dans ses pensées, elle passa le pas de la porte du couloir qui donnait sur la pièce principale de la clinique. Tout était en ordre, exactement comme elle l’avait laissé avant de rejoindre la chambre de Ranulf. Curieuse, Lightning compris très vite qu’Hagen n’était vraiment pas là et alors qu’elle s’avançait dans la pièce, refermant doucement la porte derrière elle, son regard s’attarda sur la vieille pendule en bois. Caché là, sur l’une des immenses armoires de la clinique, a moitié ensevelie sous les nombreuses plantes séchées qui s’entassaient sur les étagères. Si on n’y faisait pas attention, elle passait pratiquement inaperçu.

Lightning fronça les sourcils tandis qu’elle réalisait l’heure qu’il était. En plus d’être curieuse, elle fut surprise de constater que quatre heures avaient déjà passé. Quatre longues heures pendant lesquelles elle s’était assoupie, et pendant lesquelles Hagen était restée loin de son antre. Une pointe de culpabilité l’étreignit et elle jeta un coup d’œil vers la porte vitrée qui donnait sur un jardin extérieur. Hagen et Vanille l’avaient cultivé de leurs propres mains. A l’aide d’arceaux et de bâches plastifiées, elles s’étaient construit plusieurs serres, dans lesquelles les deux guérisseuses faisaient pousser certaines plantes médicinales dont l’acquisition était plus difficile. La plupart n’aimant que l’humidité des Terres Centrales et les autres les sècheresses du sud de Gran Pulse.

L’ancienne guerrière soupira. Elle avait soudainement besoin de prendre un grand bol d’air frais. Après toutes ces semaines à être restée enfermée dans la clinique, Lightning avait l’impression d’étouffer. Depuis l’accident de Ranulf, elle s’était aussi rendu compte de cette drôle de sensation qu’elle avait dans le creux de la poitrine. Au fils des semaines, elle n’avait fait que grossir, prenant doucement sa place, comme un oiseau qui fait son nid.

Lightning inspira profondément et amorça un premier pas vers la porte, bien décidée à s’octroyer cinq minutes rien que pour elle. Quand elle mit enfin le nez dehors, le froid glacial de ce mois de décembre la prit par surprise et elle réprima un violent frisson. Elle croisa les bras autour d’elle, observant le paysage qui se découpait devant elle.

Un tapis blanc recouvrait le sol. Des flocons de neige continuaient de tomber, et elle se demanda vaguement si cela n’allait jamais s’arrêter. Le décor était blanc et brumeux. Malgré qu’il laisse une impression maussade au fond d’elle, l’hiver possédait ce charme magique qui allumait une étincelle de nostalgie dans son cœur. C’était empreint d’une douceur qui lui fit du bien et Lightning s’avança lentement sur le petit porche en bois.

Ses yeux survolèrent un instant les serres de plantes médicinales. Hagen avait été jusqu’à utiliser certains de ces plantes sur Ranulf, dans l’espoir que l’une d’elle fasse effet, mais son état était seulement resté stationnaire, à leur plus grand regret.

Lightning resserra la prise de ses mains autour de ses bras. Si seulement elle avait encore un quelconque pouvoir en elle. A son époque, beaucoup d’habitants s’étaient découvert des capacités magiques, mais l’aînée Farron ne s’en était pas personnellement préoccupée. Jusqu’à maintenant. Elle n’avait jamais autant ressentit le besoin de retrouver ses anciens pouvoirs de l’cie. Si elle pouvait ne serait-ce qu’avoir ceux de guérison, elle s’en contenterait parfaitement.

Elle porta une main sa poitrine alors qu’une étrange boule de chaleur sembla grossir dans son thorax. Lightning fronça les sourcils. Ce n’était pas la première fois qu’elle ressentait cette sensation, mais elle n’eut pas le temps de s’attarder dessus qu’un couinement la sortie de ses pensées. Léger, étouffé, presque douloureux. Pendant une seconde, elle eut l’impression de l’avoir imaginé. Lightning fronça les sourcils et détourna le regard de l’endroit d’où elle avait cru entendre provenir le son, mais elle en entendit en second, plus plaintif que le précédent.

Plus attentive, elle sut cette fois que ce n’était pas son imagination et elle n’hésita qu’un instant avant de descendre les marches du perron. Une vague grimaçe étira les traits de son visage alors qu’elle posait le pied dans la neige, cette dernière crissant sous ses pas. Elle préféra ne pas penser à l’humidité qui s’infiltrait dans ses chaussures, bien contente de porter les bas en laines qu’Hagen lui avait prêté en plus de ses nombreux jupons. L’hiver de cette époque semblait encore plus glacial que celui de la sienne. Oerba était un village prolifique, la vie y était presque facile, mais des petits camps de chasseurs devaient avoir bien du mal à subsister jusqu’au printemps, avec de telles saisons.

Lightning marcha lentement, curieuse, jusqu’à à un creux dans la neige juste au pied de l’énorme chêne qui surplombait le toit de la clinique. Nu, recouvert de givre et de neige, il restait pourtant majestueux, transperçant presque le ciel brumeux de toute sa prestance. Elle jeta un rapide coup d’œil vers le chemin sur le côté de maison, qui rattrapait celui qui menait à la place commercial du village. Il n’y avait pas l’air d’avoir âme qui vive dans les alentours et son attention fut très vite accaparée de nouveau par un couinement.

L’ancienne guerrière fronça les sourcils, scannant le creux au pied du chêne. Elle ne distingua d’abord rien de précis et elle s’accroupit, se penchant un peu plus en avant. Finalement, elle haussa les sourcils en voyant une petite boule de poil toute noire, qui devait facilement tenir dans les paumes de ses deux mains réunies. Une petite tâche sombre et saisissante au milieu de la neige immaculée. C’était un chaton, qui ne devait pas avoir plus de deux mois et qui semblait peiner à respirer.

Sans réfléchir Lightning l’attrapa délicatement entre ses mains tandis que son cœur se serrait. L’animal poussa un nouveau couinement, sa petite tête ballottant dangereusement entre ses doigts. Elle rencontra deux petits yeux qui commençaient déjà à changer de couleur, tirant vers le jaune. Un regard fatigué qui restait difficilement ouvert. Son corps était froid, ses poils recouverts de neige. Ce chaton était certainement encore en âge de téter sa mère. Lightning observa les alentours, sans remarquer de mouvement. Il était seul dans ce creux et l’ancienne guerrière se demanda si la mère ne l’avait pas abandonné ici. Elle le manœuvra pour voir un peu mieux la bestiole mais un couinement douloureux l’arrêta aussitôt.

Lightning fronça les sourcils, passant aussi délicatement que possible une main sous le ventre du chaton. Elle détailla scrupuleusement l’animal des yeux, palpant doucement son petit corps froid et apathique. Il ne lui fallut qu’une minute pour se rendre compte que l’une de ses pattes avant était cassée. Il n’avait aucune chance de survivre s’il restait là et elle-même n’avait aucune compétence pour soigner correctement une telle blessure. Elle pinça les lèvres. Aussi soudainement qu’elle avait disparu, la sensation d’impuissance revint lui broyer les entrailles.

Bien que sur le degré d’importance, la vie de ce chaton était jugée moins primordiale que celle de Ranulf, l’idée même de ne pas pouvoir le sauver lui fit ressentir une bouffée de colère. Jusqu’à ces dernières semaines, Lightning ne s’était que très rarement retrouvée dans une situation où elle se sentait aussi inutile. Malgré tous les efforts qu’elle fournissait, elle n’arrivait à rien et tout ce qu’elle pouvait faire, c’était d’attendre que les choses se passent, peu importe le résultat. Tenir entre ses mains la vie de ce bébé chat, tout en sachant qu’il allait mourir si elle ne faisait rien, la fit se sentir pathétique.

Lightning, qui avait été capable de courir sur des champs de bataille tout en soignant et sauvant des vies, trouvait cela injuste qu’on lui ait arraché de telles capacités. Elle se rendait compte aujourd’hui d’à quel point ce pouvoir, qu’elle avait dénigré à une époque, était précieux. Si seulement Odin était encore à ses côtés. Depuis l’accident de Ranulf, elle s’était aperçue que la force de son eidolon lui manquait. Si elle avait encore sa force et ses capacités, il aurait été tellement facile de guérir le forgeron d’Oerba, ainsi que ce chaton. La respiration de l’animal se faisait lente et laborieuse et le cœur de Lightning fit un bond de panique. Bon sang !

Doucement elle frictionna le petit corps poilu, pinçant fermement les lèvres. Allez ! Elle ne demandait pas grand-chose, juste un peu de chance et d’espoir. La tête de la bestiole dodelina entre ses doigts tandis que Lightning malaxait doucement son dos. Elle avait uniquement besoin d’un coup de pouce, d’un peu d’aide…

Sans vraiment s’en rendre compte, elle entrouvrit la bouche, sa respiration s’accélérant. Le bout de ses doigts s’engourdit, son corps se faisant plus lourd. Elle tomba à genou dans la neige, se fichant bien de l’eau qui imbibait ses jupons. Lightning n’eut pas vraiment conscience de ce qu’il se passait autour d’elle, ne pensant qu’à une seule et unique chose : soigner cet animal. L’air se condensa autour d’elle, la gravité semblant remonter et stagner. Un vent léger se leva et elle écarquilla les yeux quand elle comprit enfin ce qu’il se passait.

Une lueur verte enveloppait ses mains, une douce chaleur s’en extrayant malgré le froid glacial qui la saisissait. Lightning expira, sentant son corps s’alourdir encore un peu plus dans la neige. Une fatigue incommensurable s’abattit sur ses épaules mais il était hors de question qu’elle s’arrête. Son cœur tambourinait dans sa poitrine, alors qu’une douce euphorie lui brûlait les entrailles. Ce n’est que lorsqu’elle remarqua la petite tête du chaton se redresser vers elle, le regard vif et aux aguets, que Lightning fit retomber la pression comme un soufflet autour d’elle.

Essoufflée, elle cligna plusieurs fois des yeux. Elle avait les fesses dans la neige, son corps pesant une tonne. Raide, elle ne sentait plus rien, comme si le froid l’avait gelée sur place. Un couinement qui, cette fois, ressemblait plus à un petit miaulement, attira son attention et Lightning posa aussitôt son regard sur l’animal. Il se redressa sur ses quatre pattes, celle blessé entièrement guérie. Il semblait aussi énergique que vivant, ne donnant absolument pas l’impression qu’il venait à peine de frôler la mort.

Ça avait marché. Lightning inspira et expira plusieurs fois. Elle était épuisée, dépourvue de la moindre parcelle d’énergie, comme si elle avait tout donné pour soigner ce chaton. Dans un état second, elle le reposa au sol, récoltant un miaulement plaintif et désapprobateur qui la fit légèrement sourire. Elle était surprise et presque euphorique. Puis Lightning eut conscience de cette douce chaleur qui refluait lentement dans le creux de sa poitrine, exactement à l’endroit où elle avait un jour arboré la marque de l’cie. Elle leva une main contre sa poitrine, ignorant le chaton qui essayait désespérément de grimper sur ses genoux.

Odin. Il n’y avait que son ancien eidolon, qui, logé à cet endroit, pouvait lui transmettre un tel sentiment de sécurité et de réconfort. Mais était-ce possible ? Avant même d’avoir le temps de s’attarder sur la question, un bruit sur le côté de la clinique la fit sursauter. Lightning tourna brutalement la tête dans la direction, s’attendant à tomber sur un villageois qui aurait été témoin de son exploit. C’était sûr, si les habitants découvraient qu’elle avait une quelconque capacité magique, elle signait son arrêt de mort, d’autant plus s’ils la prenaient pour une l’cie de Cocoon. Cependant, il n’y avait personne. L’endroit était aussi désert qu’au moment où elle était sortie prendre l’air.

Lightning fronça légèrement les sourcils, mais la fatigue était trop dense pour qu’elle puisse seulement aligner plus de deux pensées cohérentes. Elle mit cela sur le compte d’une hallucination auditive ou même d’un petit animal assez courageux pour s’aventurer dans la neige et inspira profondément. Elle était frigorifiée jusqu’à l’os et un violent frisson traversa son échine. Il fallait qu’elle rentre, autant pour se mettre au chaud et éviter une pneumonie que pour aller s’occuper de Ranulf.

Elle se redressa doucement sur ses pieds, tanguant légèrement, avant de se stabiliser. Le chaton slaloma entre ses jambes, désireux d’avoir un peu d’attention et Lightning posa son regard sur lui. L’ancienne guerrière avait vidé toute son énergie pour le sauver, ça serait idiot de le laisser tout seul dans ce froid. Elle se baissa pour l’attraper délicatement, le plaquant contre son sein. D’un index elle le caressa entre les deux oreilles, récoltant un puissant ronronnement qui la fit sourire. C’était un miracle, et alors qu’elle grimpait lentement les marches du porche pour rejoindre l’intérieur de la clinique, Lightning pensa à une chose essentielle. Elle avait de nouvelles capacités et si elles avaient fonctionné sur ce chaton, elles fonctionneraient forcément aussi sur Ranulf. Grâce à elle, cet homme avait probablement une chance de passer Noël.

oOo

Chapter Text

Chapitre 20

Quand elle se réveilla, pendant une fraction de seconde, Lightning se demanda quel jour et qu’elle heure il était. Elle papillonna des yeux puis tourna la tête sur le côté. La chambre était plongée dans la pénombre et elle n’avait aucun moyen de savoir s’il était tard ou pas. C’est la seule chose à laquelle Lightning pensa, avant qu’elle ne se rende compte des courbatures qui contractaient son corps. Elle grimaça en se redressant à l’aide d’un bras, un poids considérable pesant sur ses épaules. La nuit avait été riche en émotions. Peut-être avait-elle même fait un peu trop de zèle ?

Alors qu’elle avait réalisé qu’elle avait retrouvé ses anciens pouvoirs de guérisons, Lightning n’avait plus eu qu’une seule obsession : retenter l’expérience du chaton sur Ranulf. Toutefois, la fatigue qu’elle avait ressentie après avoir soigné l’animal et le retour inopiné d’Hagen avait repoussé ses projets.

Lightning avait cependant tourné toutes ses pensées vers ça le restant de journée, ne s’attardant même pas sur les quatre heures qu’Hagen avait passées loin de la clinique, ni sur le fait que la guérisseuse semblait bien silencieuse. Même le chaton, qui la suivait partout, n’avait pas suffi à éloigner ce désir envahissant de mettre à profit ses nouveaux dons.

Alors la nuit venue, Lightning en avait eu vite assez de se tourner et de se retourner dans son lit. Malgré la fatigue, le sommeil la fuyait, son esprit étant bien trop actif. Après plusieurs heures, elle avait fini par abdiquer. Repoussant brutalement ses couvertures, elle s’était levée, s’assurant qu’Hagen dormait bien de son côté, avant de se faufiler discrètement jusqu’à la chambre de Ranulf.

Ce qui était plutôt étrange, c’est que Lightning n’avait pas vraiment de souvenirs précis de ce qu’il s’était passé. Elle s’était approchée du corps endormi du patient, s’asseyant doucement à ses côtés. Ensuite, elle se rappelait uniquement de cette chaleur constante dans le creux de sa poitrine, vacillant de toutes ses forces pour lui transmettre toute sa puissance, avant qu’un froid glacial ne vienne la frigorifier sur place. Elle avait senti son énergie la quitter sans savoir pendant combien de temps ça avait duré et n’ayant plus aucune emprise sur les évènements ni aucun contrôle sur ses pouvoirs.

Ça avait été comme si cette chose au fond d’elle réagissait à ses désirs, mais sans avoir la possibilité d’interagir vraiment avec elle et d’en doser l’intensité. C’est seulement quand, au milieu de la débâcle qui rugissait dans son corps, Lightning croisa le regard de Ranulf, qu’elle réalisa réellement ce qu’elle faisait. La forte pression qui les enveloppait était retombée comme un soufflet alors qu’une lueur d’incompréhension, de curiosité et de peur teintait les prunelles de Ranulf. Les petits yeux noirs du forgeron l’avaient fixée pendant de longues secondes, Lightning craignant qu’il se mette à hurler au loup à tout instant. Mais à la place, l’homme avait finalement sombré dans un sommeil profond et réparateur.

Lightning en fut étonnée, avant qu’elle ne ressente brutalement le contre coup de sa folie. Sa tête s’était mise à tourner et elle s’était traînée jusqu’à sa chambre, s’enfonçant sans plus réfléchir dans son lit. Ça n’avait pas trainé pour qu’elle s’endorme, n’ayant même pas l’espoir de voir Fang dans un rêve. De toute façon, depuis le cadeau que leur avait accordé Etro, ce n’était plus arrivé et il ne fallait probablement pas s’attendre à en recevoir un nouveau.

Revenant à la réalité, Lightning soupira lourdement, basculant ses jambes hors du lit. Elle ressentait encore de lourdes séquelles de la veille, malgré qu’elle ait dormi et elle avait toute les peines du monde à se mettre debout. Son corps se rebellait contre l’effort qu’elle l’obligeait à fournir et, par chance, un coup contre le battant de sa porte l’arrêta dans son élan, lui octroyant un instant de répit. Elle n’eut pas le temps d’inviter la personne à entrer qu’Hagen investissait déjà les lieux.

La guérisseuse fit cependant un arrêt brutal sur le pas de la porte, son regard naviguant dans toute la pièce, avant de se poser sur elle.

- Eh bien ? C’est quoi cette affaire, toujours pas debout ? finit-elle par s’exclamer en pénétrant enfin dans la chambre.

D’un pas décidé, elle se dirigea jusqu’à la double fenêtre et tira d’un coup sec les rideaux. Le temps à l’extérieur était identique aux jours précédents et la grisaille nimba à peine la pièce de lumière. Lightning retint un soupir de lassitude, déjà fatiguée de cet hiver.

- Quelle heure est-il ? demanda-t-elle doucement.

Tournée vers Hagen, elle fronça légèrement les sourcils. Depuis la veille elle trouvait la guérisseuse étrange. Pas que la femme était d’une nature surexcité et expansive, mais son comportement était interpelant. Plus calme et réfléchi que ces dernières semaines. Lightning mettait ça sur le compte de l’état de Ranulf, mais elle ne pouvait s’empêcher de nourrir un brin de suspicion. Après tout, depuis maintenant plusieurs mois, Hagen était plus ouverte et naturelle avec elle. Le fait qu’elle reste de dos, silencieuse et toute son attention fixée sur l’extérieur suffisait à la faire douter.

- Très tard, finit cependant par répondre la guérisseuse en se tournant enfin vers elle. Pas loin de midi.

Lightning mis de côté sa méfiance et haussa les sourcils, surprise. Ça faisait des années qu’elle n’avait pas autant dormi. Même quand elle se prélassait au lit avec Fang, qui elle, était une grande dormeuse, jamais elle ne s’était réveillée aussi tard. Pourtant, son corps et son esprit semblaient toujours aussi épuisés, comme si elle n’avait pas fermé l’œil de la nuit.

- Il faut croire que j’avais vraiment besoin de dormir, souffla-t-elle en réponse.

Probablement qu’elle avait même encore besoin de beaucoup de sommeil pour récupérer entièrement toute son énergie. Elle éluda d’une main imaginaire la raison de cette violente fatigue, peu désireuse d’ébruiter les nouvelles capacités qu’elle s’était découvertes. D’autant plus que si Hagen ne lui en parlait pas, c’est que Ranulf avait tenu sa langue, aussi surprenant que cela pouvait être. Avec les soins dont elle lui avait fait profiter, et une bonne nuit de sommeil, l’homme devait être de nouveau pratiquement sur pied et ce dernier avait dû se réveiller le matin-même. Si c’était le cas, Soit il ne s’en souvenait pas, soit il pensait avoir halluciné à cause de la fièvre. Dans les deux cas, ça arrangeait Lightning.

Elle croisa le regard inquisiteur d’Hagen, qui continuait de l’observer silencieusement. Finalement elle s’avança enfin jusqu’à elle tout en répliquant :

- Oui, c’est aussi ce que je me suis dit. C’est pour ça que j’ai préféré attendre avant de te réveiller, pour t’annoncer la nouvelle.
- La nouvelle ? demanda Lightning en fronçant les sourcils. Quelle nouvelle ?

Les yeux d’Hagen se fixèrent dans les siens, semblant la transpercer sur place. Pendant une seconde, l’aînée Farron se sentit mal à l’aise et se retint de se tortiller. Elle pinça les lèvres, se demandant si en réalité, son escapade n’était pas passé inaperçue comme elle l’avait cru. C’était impossible. Lightning avait fait scrupuleusement attention, pour éviter le moindre doute.

- Ranulf s’est réveillé, finit par déclarer Hagen d’un ton posé. Ce matin.

Une note de soulagement perçait dans le ton de la guérisseuse et Lightning leva les yeux vers elle.

- C’est un véritable miracle ! ajouta la rousse.

Le cœur de Lightning fit un bond dans sa poitrine. Elle esquissa un léger sourire, donnant le change.

- Il est réveillé ? fit-elle. C’est inespéré.
- Oui, répondit Hagen. Je n’avais pourtant plus aucun espoir.

La guérisseuse alla s’asseoir doucement sur le fauteuil dans le coin de la chambre. Pour la première fois depuis l’accident de Ranulf, Lightning vit le visage d’Hagen s’éclairer. Bien que ces deux-là ne soient que rarement en accord, ils faisaient partis du même peuple. Hagen ne se serait jamais pardonné de ne pas avoir réussi à le sauver, et Lightning était contente d’avoir pu être utile.

- Comment va-t-il ? demanda-t-elle gentiment.
- Etonnamment bien. La fièvre à complètement disparu. Même les brûlures ont pratiquement toutes guéris. Je ne comprends pas comment ça a pu se produire.
- L’un des remèdes à peut-êt…
- Aucun remède ou pommade n’aurait pu réaliser un tel exploit ! affirma Hagen. A part encore un peu de fatigue, il est entièrement guérit.

Lightning resta silencieuse, préférant ne pas répondre, avant de finalement hausser les épaules d’incompréhension. Elle se détourna ensuite d’Hagen, tandis que cette dernière la fixait de façon étrange. Son comportement l’interpellait. Ses silences, ses longs regards, comme si elle cherchait des réponses dans ses yeux. Lightning sentit une boule venir plomber son estomac. Le mieux à faire était encore d’agir normalement, elle n’avait après tout rien à se reprocher.

Au fond d’elle, Lightning était même contente d’avoir pu être utile. Elle était soulagée de posséder cette capacité et confiante par rapport à la présence qu’elle sentait dans le creux de sa poitrine. Ça ne pouvait être qu’Odin et elle savait qu’elle n’avait rien à craindre de lui. L’ancienne guerrière se décida enfin à se lever, prompte à rattraper cette matinée à dormir.

Cependant, elle se stoppa aussitôt qu’elle fut sur ses pieds, sa vision se troublant. Elle tangua et réussit à garder l’équilibre uniquement grâce à la table de chevet à laquelle elle se rattrapa de justesse. Sa tête se mit à tourner alors qu’une paire de main venait la soutenir. Lightning se sentit rassise sur le bord du lit et elle se pencha en avant, espérant endiguer le trouble et la nausée qui l’assaillirent brutalement. Un verre d’eau se présenta sous son nez, lui faisant relever la tête et rencontrer le regard inquiet d’Hagen.

- Est-ce que ça va ? demanda-t-elle.

La guérisseuse posa une main fraiche sur son front et fronça les sourcils.

- Tu sembles avoir un peu de fièvre, ajoute-t-elle.

Lightning se dégagea doucement d’Hagen pour pas l’offenser, secouant lentement la tête.

- Non. Ça va, répondit-elle. Je suis juste…

Fatiguée. C’est ce qu’elle allait dire. Alors qu’elle venait de passer toute une matinée à dormir, elle était encore fatiguée. Non, pensa-t-elle, c’était plus que ça. Elle était complètement éreintée. Vidée. Le peu d’énergie qu’elle avait réussi à glaner lui permettait à peine de garder les yeux ouverts.

- Ça va, Hagen. Je t’assure.
- Vraiment ? Tu sembles plutôt mal en point. Je ne voudrais pas que tu nous couves un mauvais virus. A cette sais…
- J’ai seulement dû attraper un peu froid avec la fatigue, coupa Lightning. Dans quelques heures, ça ira mieux.

Pour donner du poids à ses paroles, Lightning s’appuya de toutes ses forces sur le rebord de la table de chevet et se redressa sur ses jambes. Elle croisa le regard d’Hagen, une lueur d’inquiétude brillant toujours dans les prunelles lagon.

- Je peux te donner un petit remontant, si tu veux. Pour plus de prudence.

Lightning secoua une fois de plus la tête et se redressa, accusant le poids de la fatigue sur ses épaules.

- Non, ça va aller.
- Bien, soupira Hagen. Si tu le dis, je n’insiste pas plus, alors.

L’ancienne guerrière esquissa un léger sourire, soulagée. Il ne fallait pas qu’Hagen s’en fasse trop pour elle. Et puis, Lightning n’était pas certaine qu’un quelconque remède serait utile. Le plus prudent, c’était qu’elle le garde plutôt en réserve pour un cas plus important que le sien.

Elle fit un premier pas hésitant, de peur que ses jambes ne flanchent de nouveau sous son poids, avant de prendre plus d’assurance. Lightning avait grand besoin de prendre une douche pour se remettre les idées aux claires. Elle s’empara alors rapidement de ses vêtements, posés sur le banc de lit en bois, puis se dirigea vers la salle de bain.

- Dis-moi ? fit cependant Hagen, la stoppant dans son élan.
- Hum… ? répondit Lightning en se retournant vers elle.
- Ranulf est encore faible et je pensais lui faire une bonne soupe.
- C’est vrai qu’il a besoin de reprendre des forces, acquiesça Lightning.
- Oui… Est-ce que tu te sens capable d’aller à l’épicerie dans l’après-midi, pour me chercher quelques provisions ?

Si elle devait être honnête, Lightning n’aspirait qu’à une chose, rester au lit tout le restant de la journée. Mais après tout ce qu’Hagen avait déjà fait pour elle, il était impossible qu’elle lui refuse un aussi petit service. Alors, même si l’idée de retourner à l’épicerie ne l’enchantait pas, elle esquissa un sourire pour donner le change.

- Bien sûr, approuva-t-elle. Ça ne me dérange pas.
- Tu n’es pas obligé. Si jam…
- Mais non, Hagen ! Je peux y aller. Je me sens déjà beaucoup mieux.

Lightning pinça légèrement les lèvres et afficha son air le plus innocent, face au regard suspicieux que lui lança la guérisseuse.

- Je suis guérisseuse depuis des années, je te rappelle. Je sais quand on me ment !

Lightning se contenta de soupirer, ses épaules s’affaissèrent.

- Ne t’inquiète pas inutilement ! déclara-t-elle fermement. J’irais !

Elle se détourna aussitôt, ne laissant aucune possibilité à Hagen de répliquer. S’enfermant dans la salle de bain, elle ne prit même pas le temps de souffler et se déshabilla, puis plongea presque sous le jet d’eau chaude qu’elle avait préalablement ouvert. Les dernières paroles d’Hagen revinrent la tarauder un instant avant qu’elle ne secoue la tête, préférant ne pas s’en préoccuper maintenant.

oOo

Cependant, un peu plus tard dans la journée, cela n’empêcha pas que ces mêmes paroles reviennent la hanter. Alors qu’elle pénétrait dans l’épicerie d’Oerba, Lightning s’était demandé s’il y avait eu un sens caché derrière ces mots. Hagen était intelligente et perspicace. Le soudain réveil de Ranulf avait certainement dû l’interpeller, mais Lightning ne savait pas vraiment s’il était possible qu’elle se doute de quelque chose.

Elle ne s’était plus posé de questions après avoir mis un pied dans l’épicerie. Et maintenant qu’elle était assise sur l’un des bancs de la place du village, Lightning soupira doucement, se disant qu’elle ne s’en était pas si mal sortie. Elle appuya son dos douloureux contre le mur en pierre derrière elle, jetant un vague coup d’œil sur le sac de provision qui trainait à ses côtés.

Après la surprise qui avait momentanément saisit Fiona alors qu’elle levait le nez de son énorme livre de compte, Lightning avait découvert que l’animosité qui habitait avant les yeux noirs de la villageoise s’était muée en quelque chose d’autre. Cette fois, la commerçante l’avait écoutée énoncer sa liste et l’avait servie, tout ça dans un silence pesant. Tipur, qui était au fond du magasin en train de ranger les sacs de farine, ne leur avait accordé qu’un bref intérêt avant de repartir à sa tâche. Tout le monde devait se poser des questions à son sujet et leurs regards à son intention avaient considérablement changés.

Finalement, Lightning était ressortie quelques minutes après, sereine et confiance pour la suite, bien qu’un peu inquiète à l’idée que les habitants découvrent ses secrets. Elle ferma les yeux et leva le nez vers le ciel, se sentant soudainement épuisée. Le peu d’efforts qu’elle avait fourni venait de dévorer les dernières gouttes d’énergie qu’elle avait difficilement récupérée. Elle frissonna sans vraiment y prêter attention, trouvant l’air étouffant autour d’elle.

- Salut ! s’exclama soudainement une voix devant elle.

Lightning sursauta et ouvrit les yeux, tombant aussitôt dans les deux émeraudes de la jeune Fang. Cela devait bien faire un mois qu’elle ne l’avait pas revue. Autant pour elle que pour l’adolescente, il valait mieux qu’elles restent loin l’une de l’autre. Lightning avait jugé cela préférable, dans l’espoir d’étouffer dans l’œuf les possibles sentiments que pourrait ressentir la jeune Fang à son encontre.

Avec l’accident de Ranulf, ça avait été chose aisée, finalement. L’aînée Farron avait eu une bonne raison pour rester cantonnée à la clinique. Mais à présent que le forgeron était tiré d’affaire, elle allait avoir du mal à garder ses distances.

Lightning se sentit momentanément incapable de faire quoique ce soit. Répondre ? Partir ? Fang avait peut-être seulement dix-sept ans ici, mais il ne fallait pas non plus qu’elle la prenne pour une idiote. Ça paraitrait tellement évident qu’elle la fuyait, que c’était elle qui serait ridicule. Elle était encore en train de réfléchir à ce qu’il convenait de faire quand elle remarqua un éclat orangé dans son champ de vision.

Vanille était de toute évidence rétablie. L’adolescente de treize ans se tenait derrière Fang et Lightning s’en trouva étrangement rassurée. L’idée d’être en tête à tête avec le jeune double de son épouse était bien trop perturbante pour elle.

- Qu’est-ce que tu fais assise ici, dans le froid ? questionna Fang, curieuse.

Le son de la voix de la brune la ramena à la réalité, et la question sembla résonner à ses oreilles. Dans le froid ? Maintenant qu’elle y pensait, Lightning réalisa que ça faisait un moment qu’elle était assise sur ce banc, dans le froid mordant de l’hiver, sans pour autant en ressentir vraiment ses effets. Au contraire, elle avait l’impression de bouillir.

Fronçant les sourcils, elle chercha à se redresser sur son banc, son corps se rebellant subitement sous l’effort. Ses muscles étaient douloureux, ses membres lourds et sa tête se mis à tourner. Lightning n’eut pas vraiment conscience de partir en avant, elle avait seulement l’impression qu’un poids considérable venait de lui tomber dessus. Une paire de mains, fines et fermes à la fois, se referma sur ses épaules, la stabilisant.

Lightning cligna des yeux, revenant un peu à elle. Le souffle soudainement court, elle rencontra les yeux inquiets de Fang et de Vanille.

- Ça va ? demanda cette dernière en s’approchant.

Dans un bref sursaut d’énergie, l’ancienne guerrière s’écarta de la prise de Fang et se redressa malgré les étoiles qu’elle voyait danser devant ses yeux.

- Oui… ça va, souffla-t-elle avant de déglutir. Désolé. C’est sûrement à cause du froid, je n’y ai pas prêté attention et j’étais un peu engourdie.
- Quelle idée de rester assise ici, aussi, maugréa Fang d’un ton un peu trop moralisateur.

Lightning esquissa un vague sourire en coin et attrapa son sac de provision. Elle ne chercha pas à relever. Une tempête faisait rage dans sa tête. Le sang battait à ses tempes, ses oreilles bourdonnaient et elle n’aspirait qu’a une chose : rentrer au plus vite pour pouvoir se mettre au lit. Quelque chose n’allait effectivement pas avec elle, mais ce n’était vraiment pas le moment de s’attarder dessus. Et puis, après un peu de sommeil, ça irait forcément mieux.

Elle se mit debout, tangua dangereusement sur ses pieds tandis que le monde autour d’elle semblait étrangement instable. Une main se referma autour de son coude, la tirant de ses pensées.

- Tu es sûr que ça va, Light ? redemanda Vanille.
- Mais oui, souffla-t-elle. Ne t’inquiète pas. Je vais vite rentrer me mettre au ch…

Lightning s’arrêta aussitôt. Son souffle se fit plus difficile tandis qu’elle ne sentait plus ses jambes. Son corps se faisait soudainement lourd et le monde autour d’elle se mit à tourner de plus en plus. Le sac de provision lui échappa, ses yeux regardant stupidement les citrouilles rouler au sol avant qu’elle ne se sente partir.

- Ah ! Light !

Le son inquiet des voix de Fang et Vanille l’interpella une seconde, tandis que son corps la lâchait d’épuisement. Il ploya sous son poids et Lightning eut à peine conscience de tomber au sol comme une poupée de chiffon, alors que les deux adolescentes s’affolaient à ses côtés. Sa vision devint floue, le noir l’engloutissant rapidement, sans qu’elle ne se rende vraiment compte des deux bras qui l’avaient rattrapée de justesse.

oOo

- Comment vas-tu Ranulf ?

Hagen posa sur l’homme devant elle un regard inquiet et inquisiteur. Le rétablissement de son ami avait été tellement soudain qu’elle s’attendait à ce qu’il lui claque tout aussi rapidement entre les doigts. Pour se rassurer, elle auscultait une fois de plus tout le côté gauche de Ranulf, craignant de découvrir quelque chose d’anormal. Mais là où aurait dû se trouver encore la chair brûlée et cloquée, il n’y avait plus qu’une peau aux tâches rougeâtres, et surtout, saine.

- Je vais bien, Hagen ! finit-il par répliquer.

La guérisseuse soupira. Il avait raison, il allait parfaitement bien. Pour être honnête, Ranulf ne pouvait pas être en meilleur forme. La fièvre avait entièrement disparu et, d’ici noël, il aurait certainement récupéré la mobilité totale de son bras.

- Je me sens tellement bien que je pourrais retourner tout de suite à la forge ! ajouta-t-il d’un ton bourru.

Hagen reconnaissait bien là son ami. Après les premiers instants de réveil, Ranulf avait mis quelques minutes à réaliser où il se trouvait et ce qui lui était arrivé. Les souvenirs de l’accident étaient flous et ça faisait des jours qu’il n’était plus conscient. Puis, il avait très vite retrouvé ses airs grognons qui le caractérisaient et depuis, la guérisseuse avait un peu de mal à le faire garder le lit par précaution.

- N’y compte pas ! rétorqua fermement Hagen. Tes blessures sont peut-être guéries, mais tu es encore faible. Tu as besoin de repos.
- Sauf qu’a t’écouter, ça fait déjà un moment que je me repose, grommela-t-il.
- Ranulf, tu ne sortiras pas de cette clinique tant que je ne l’aura