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Rien qu'à moi

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Leurs lèvres se rencontrèrent maladroitement, presque brutalement comme avides de baiser. Ces derniers avaient un goût d'alcool et de tabac. C'était agréable, un peu comme ces doigts qui cherchaient fébrilement le bord de leurs vêtements. Ils y étaient d'ailleurs à l'étroit, un peu comme dans ce petit local d'entretien où ils avaient trouvé refuge. Ici, ils étaient à l'abri des regards indiscrets et le bruit à l'extérieur couvrait largement celui de leurs gémissements quand ils n'étaient pas étouffés par leurs baisers plus passionnés que langoureux.

À force de persévérance, ils finirent par se libérer de leurs vêtements qu'ils gardèrent par prudence n'ouvrant et ne défaisant que ce qu’il était nécessaire pour s'offrir un peu de plaisir et de réconfort. Leurs doigts frôlèrent timidement le membre de l'autre formant ainsi de douces et légères caresses, comme s'ils n'étaient pas encore certains de ce qu'ils allaient faire. Le plaisir, la chaleur et le temps commençaient à effacer les vapeurs d'ivresse qui les avaient conduits dans cette toute petite pièce où l'impensable était en train de se produire. Et pourtant, aucun d'eux ne changea d'avis. Pourquoi arrêter de se faire du bien en si bon chemin ? Et tant pis pour les conséquences ! De toute façon, ils ne faisaient de mal à personne bien au contraire. Le mariage de Sugizo était terminé depuis longtemps quant à Ryuichi, il n'avait officiellement personne. Alors où était le mal ? Surtout si demain la fin du monde arrivait avec la nouvelle année et le changement de siècle ou plutôt de millénaire.

Après quelques baisers, leurs caresses devinrent moins timides et plus franches. Sentir les doigts et les mains de l'autre avait quelque chose de divin mais peut-être était-ce le goût de l'interdit ?

- Pas de regret ? Demanda le chanteur entre deux baisers.

- Tu parles trop, souffla Sugizo en soudant ses lèvres aux siennes.

Le chanteur esquissa un petit sourire avant d'accélérer les mouvements de sa main sur le membre de son amant d'une nuit. Ce dernier poussa un gémissement plus bruyant que les précédents avant de se caler sur son rythme. Il n'y avait pas de raison que l'autre n'ait pas le droit à la même chose.

À bout de souffle, les deux hommes tentaient de se maitriser pour ne pas venir trop vite. Dehors le compte à rebord de la nouvelle année résonnait. Après un dernier baiser et un dernier sourire complice, ils comprirent que l'heure était bientôt arrivée et qu'ils ne pourraient plus tenir très longtemps.

Le timing fut parfait, comme s'ils l'avaient fait exprès, comme pour marquer leur entrée dans le nouveau millénaire. L'idée était amusante mais elle fut bien éphémère dans leurs esprits noyés par le plaisir d'un orgasme partagé. Ils restèrent longtemps l'un contre l'autre, appuyé contre l'une des cloisons du petit réduit où ils avaient trouvé refuge, tentant de reprendre leur souffle en respirant l'air expiré par l'autre. Le même sourire était dessiné sur leurs lèvres. Ces dernières se frôlèrent sans se toucher. La magie était en train de disparaitre alors qu'ils recouvraient peu à peu leurs esprits. Sugizo dos contre le mur, Ryuichi appuyé contre lui. Ils auraient pu rester ainsi des heures si une voix n'avait pas crié le nom du chanteur dans le couloir, suivi par celui du guitariste. On les cherchait.

- Non Ino..., soupira Ryuichi en appuyant son front contre l'épaule de Sugizo.

- Je l'étrangle ?

Le chanteur pouffa de rire tout en se détachant de son collègue pour se rhabiller en prenant garde à ne pas se salir avec sa main poisseuse.

- Je vais sortir le premier, déclara Ryuichi.

Sugizo qui était en train de refermer son pantalon, répondit à peine. Lorsque le guitariste releva la tête, le brun avait déjà entrouvert la porte pour se glisser dans le couloir. Quelques secondes plus tard, il l'entendit s'exclamer :

- Tu me cherchais ?

- On va couper le gâteau, expliqua Inoran. T'étais où ? Et il est où Sugi ?

- On fumait dehors. Il arrive. 

- Au faite, bonne année !

- Bonne année.

Dès que la voie fut libre, Sugizo se glissa hors du local d'entretien. Personne n'avait vraiment remarqué leur absence jusqu'à ce qu’Inoran propose qu'on découpe le gâteau du nouvel an. De toute façon d'autres personnes s'étaient également éclipsées, soit pour aller aux toilettes, soit pour passer un coup de fil. D'ailleurs personne ne lui fit la moindre remarque lorsqu'il rejoignit les autres. J lui tendit une coupe  de champagne tout en lui adressant ses vœux alors qu’Inoran commençait à distribuer les parts de gâteau aux nombreux invités. Malgré lui, Sugizo se mit à chercher Ryuichi dans la foule. Il l'aperçut un peu plus loin, discutant avec Shinya et sa fiancée, tout en buvant du champagne. L'espace d'un instant, leurs regards se croisèrent et Sugizo sentit son estomac se nouer de manière inexplicable. Ryuichi leva sa coupe à son attention tout en accompagnant son geste d'un mouvement de la tête et d'un léger sourire. Sugizo répondit à son sourire avant d'être interpelé par J. Il ne quitta son chanteur des yeux que quelques secondes mais ce fut suffisant pour qu'il disparaisse complètement dans la foule. Un peu plus tard, Inoran lui apprit que Ryuichi était rentré et malgré lui Sugizo ne put s'empêcher de ressentir une pointe de déception qu'il ne s'expliquait pas vraiment ou plutôt qu'il ne voulait pas s'expliquer.

 

*

 

C'était le premier verre qu'ils prenaient ensemble depuis le nouvel an. D’ailleurs, le monde ne s'était pas écroulé à l’aube de l'an 2000. Finalement, rien n'avait changé. Le ciel était toujours aussi bleu et la Terre tournait toujours autour du soleil et pourtant, Sugizo se sentait différent. Après un repos bien mérité, quelques chamailleries avec son ex-femme et de délicieux moments passés avec la prunelle de ses yeux, le guitariste se sentait d'attaque pour reprendre une année qui promettait d'être chargée et pourtant lorsqu'il poussa la porte du bar où ils avaient tous rendez-vous, il ne put s'empêcher d'avoir un mouvement de recul. Il y avait également ce poids qui lui pesait dans l'estomac. Bien qu'il ne veuille pas se l'avouer, Sugizo craignait un peu le moment où il se retrouverait devant Ryuichi. D'ailleurs, ils ne s'étaient ni revus, ni appelés depuis ce qu'il s'était passé le 31 au soir et Sugizo était malgré lui un peu inquiet.

 - Mais c'est ma petite caille ! S'exclama J en lui mettant la main aux fesses lorsqu'il s'arrêta devant leur table.

- T'es con, rétorqua le guitariste en retenant un petit rire.

- Dis donc le jeans moulant c'est pour moi ? Ajouta le bassiste en tirant sur sa poche arrière.

- Toi, faut vraiment que tu te trouves une copine, répliqua Sugizo en repoussant sa main pour pouvoir s'asseoir.

- Mais c'est déjà fait ! Et ça ne m'empêche pas d'avoir toujours une place pour toi dans mon cœur, répondit J en posa sa main sur sa poitrine tout en prenant une pose théâtrale.

- Voilà ce qu'il se passe quand on parle de cul avec J alors qu'il n'est même pas 20h, rétorqua Shinya avant de porter sa bière à ses lèvres.

- Et Ino ? Demanda Sugizo.

- Séquestré dans mon appartement, rétorqua le bassiste qui se prit une tape amicale de Sugizo sur la tête.

- Il arrivera plus tard, répondit Shinya. Il a eu un petit empêchement de dernière minute.

- C'est ce que je disais ! S'exclama J.

- Il a bu combien de verre lui ? Demanda Sugizo en désignant J d'un mouvement de la tête.

- Comme d'hab', rétorqua Shinya.

- Bon, reprit J en se raclant la gorge. De quoi parlions-nous déjà ?

- Des histoires de fesse entre collègues, répondit tranquillement Ryuichi.

Le sang de Sugizo se glaça alors que le chanteur relevait lentement les yeux de son verre pour les poser sur lui. Les deux musiciens se fixèrent quelques secondes qui parurent être une éternité pour Sugizo. Finalement, c'est Shinya qui brisa ce court instant en déclarant :

- C'est Aya qui me racontait les derniers potins de ses copines et la grande problématique du moment.

- Est-il vraiment déconseillé d'avoir une aventure avec un collègue, compléta J. Tu parles d'une question existentielle !

- Elle voulait des avis masculins, se défendit le batteur. J'ai promis de vous poser la question.

- Et je t'ai donné mon avis, rétorqua Ryuichi.

- Et c'était ? Demanda Sugizo d'une voix légèrement étranglée.

- Qu'il n'y a pas de mal à se faire du bien entre adultes consentants à partir du moment où ça ne porte pas préjudice au travail de chacun, rétorqua le chanteur tout en esquissant un énigmatique sourire.

Ryuichi porta sa bière à ses lèvres pour en boire une longue gorgée et Sugizo déglutit avec difficulté sans vraiment savoir pourquoi.

- Mais tout le monde sait que travail et sexe ne font pas bon ménage ! S'exclama J. Les nanas mélangent toujours tout, c'est infernal.

- Et tu en sais quelque chose, se moqua Shinya.

- Je ne suis pas d'accord, intervint Ryuichi. On peut coucher avec un collègue et savoir que ce n'est que du sexe, qu'une aventure d'un soir et continuer de vivre sa vie comme d'habitude. Tout n'est qu'une question de maturité. Tu en penses quoi Sugizo ?

Le guitariste ne répondit pas. Sa gorge était sèche et son estomac noué. Plus les secondes s'écoulaient, plus il sentait le regard des autres sur lui. Il devait répondre. Mais quoi ? Ryuichi était-il en train de faire subtilement allusion à ce qu'il s'était passé entre eux ? Était-ce un message qu'il lui envoyait ?

- Et bien...

Sugizo se tut. Son téléphone venait de sonner. Le guitariste le sortit nerveusement de la poche de son jeans et l'objet lui échappa des mains. C'est J qui le ramassa :

- Tsuba-chan, lut-il sur l'écran. C'est ta nouvelle petite amie ?

Sugizo lui reprit son portable des mains et décrocha sans lui répondre mais surtout sans oser regarder Ryuichi. 

- Oui ? Oh... mince alors. J'arrive tout de suite. Non ne bouge surtout pas.

Sugizo raccrocha et bondit de sa chaise en déclarant :

- Faut que j'y aille.

- Ok, on préviendra Ino, répondit Ryuichi en ancrant son regard dans le sien tout en lui adressant un léger sourire.

Sugizo eut l'impression qu'il allait défaillir. Il y avait quelque chose d'envoutant et d'étrange chez Ryuichi. Quelque chose qu'il n'avait jamais remarqué jusqu'à présent ou plutôt qu'il n'avait jamais voulu voir. C'est J qui le ramena à la réalité en lui donnant une petite tape sur les fesses.

- Allé file voir ta belle mais tu me raconteras tous les détails !

Sugizo ne prit pas la peine de répondre et salua rapidement ses camarades avant de quitter le bar, le cœur battant la chamade et l'estomac noué. Revoir Ryuichi après ce qu'il s'était passé entre eux s'était avéré bien plus difficile que prévu. D'ailleurs le guitariste craignait leur prochaine confrontation. Un soupir traversa ses lèvres alors qu'il se traitait de crétin. Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris de faire ça avec Ryuichi ? Et le fait d'avoir trop bu n'était en aucun cas une excuse car il avait été conscient de chacun de ses gestes et avait savouré chaque caresse de son chanteur. Sugizo se mordit la lèvre inférieure avant de prendre la direction de la station de métro la plus proche.

 

Inoran n'arriva qu'une dizaine de minutes plus tard. Un peu à bout de souffle, le guitariste prit la place que Sugizo avait occupée quelque instant plus tôt et s'excusa de son retard.

- Tu as raté Sugizo, déclara J.

- Il vient de partir pour retrouver une fille, précisa Shinya.

- Sa nouvelle copine ? Demanda le guitariste.

- Si c'est le cas, elle est vachement jeune ! S'exclama J en éclatant de rire. Si j'en juge à la photo qui s'est affichée sur l'écran de son téléphone...

- C’n’était pas sa sœur ? S’étonna Shinya.

- Non sa sœur n'est pas si jeune, répondit J. Et puis elle ne s’appelle pas Tsubaki.

- C'est peut-être la fille qui vit chez lui en ce moment, rétorqua Inoran en retirant son manteau.

Ryuichi releva les yeux vers lui et accorda enfin son attention à la conversation.

- Toi tu sais des choses ! S'exclama J en éclatant de rire. Vas-y, fais ta commère et raconte-nous tout.

- Hé ! Je ne colporte pas de ragot, se défendit le guitariste. Juste que la semaine dernière je suis passé rapporter un truc à Sugizo et il n'était pas là. C'est une fille qui m'a ouvert. Elle m'a dit qu'il était parti ramener sa fille à sa mère.

- C'était peut-être la nounou, rétorqua Shinya.

- Il était 8h du matin et elle avait l'air de sortir du lit, expliqua Inoran.

- Allé raconte-nous comment elle était habillée ! S'exclama J.

- Pas en nuisette si c'est-ce que tu veux savoir. Plutôt en pyjama de gamine de vingt ans. Elle avait l'air d'avoir vingt ans de toute façon, ajouta Inoran.

- Le pervers ! S'écria J. Et après c'est à moi qu'on dit de ne pas me faire choper pour détournement de mineur ?

- Ce n'est peut-être pas ce qu'on croit, rétorqua Shinya.

- Non, c'est juste sa cousine qu'il héberge, se moqua J. Voilà qui mérite qu'on pousse un peu plus loin l'enquête.

J et Inoran éclatèrent de rire alors que Shinya interpelait un serveur pour qu'il leur apporte de nouvelles bières. Ryuichi de son côté se contenta d'afficher un sourire imperturbable, ne laissant comme à son habitude pas transparaitre ses sentiments. Pourtant, sous la table et sans que les autres ne remarquent quoi que se soit, il était en train d'écrire un sms à l'attention de Sugizo.

 

À suivre...