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Signé Casanova

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Chapitre 1

 

« Pardonne-moi Toshiya… »

Un léger sourire se dessina sur les lèvres de Toshiya. Il était teinté de tristesse. Ses yeux lui piquaient mais il ne versa aucune larme. Tout en caressant du bout des doigts les derniers mots griffonnés par son ami, le grand brun murmura :

- Il n’y a rien à pardonner.

 

Six mois plus tôt :

Une forte odeur de putréfaction se dégageait de la pièce.  Toshiya eut un mouvement de recule avant de faire quelques pas en arrière tout en sortant un mouchoir de l’une des poches intérieure de sa veste. Il l’appliqua contre son nez et sa bouche dans l’espoir de survivre à ce cauchemar et il savait que ce qui l’attendait dans cette chambre était à l’image de l’odeur qui s’en dégageait.

Après avoir pris une profonde inspiration, le grand brun entra. Le spectacle qui s’offrait à lui était tout simplement effroyable au point qu’il faillit en lâcher son mouchoir. Toshiya n’avait jamais vu ça et n’était d’ailleurs pas vraiment certain de comprendre ce qu’il avait sous les yeux.

- Magnifique, n’est-ce pas ? Fit Kyo en se redressant.

- Je ne dirais pas ça, balbutia Toshiya encore sous le choc.

Un mince sourire se dessina sur les lèvres du petit blond qui reporta son attention sur le tableau qu’on leur avait offert et la scène était peu commune.  Au centre se trouvait un lit dans lequel était couché un jeune homme nu et déjà rongé par les vers. Ses paupières lui avaient été délicatement ôtées et son regard semblait tourné vers un miroir couvert de photo. Chaque photo le représentait de son vivant, heureux et plein de vie.  

Toshiya détourna les yeux du corps en putréfaction pour reporter son attention sur le seau à champagne qui était posé sur la table de nuit. Il y avait également une flute vide et propre. Elle n’avait visiblement pas servi. L’autre était posée sur le lit, près du corps couvert d’ecchymoses. Il y avait également un couteau posé au milieu des draps rouges de sang. C’était celui qui avait servi à lui trancher les veines. Ce n’était pas un suicide mais une mise en scène, un tableau selon Kyo. Toshiya le trouvait macabre, son collègue le trouvait magnifique. Deux points de vu. Deux flics complètement différents.

Kyo ne semblait pas incommodé par l’odeur. Il y était habitué. Il était sur les lieux depuis un petit moment déjà. De toute façon, la mort ne l’avait jamais vraiment dérangé. Toshiya l’observa avec une pointe d’admiration. Kyo était un excellent flic même s’il en effrayait plus d’un avec ses penchants morbides et pas seulement au niveau de leurs collègues. Kyo les effrayait tous ou presque. Même le commissaire le regardait parfois avec inquiétude, redoutant que son meilleur élément ne bascule un jour dans le côté obscur… Ce qui n’arriverait jamais car Toshiya veillait à garder son collègue et ami du bon côté de la barrière. Après tout, il lui devait bien ça.

Toshiya était arrivé à la brigade criminelle trois ans plus tôt. On l’avait immédiatement confié à Kyo qui n’avait à l’époque plus de partenaire. Le dernier n’ayant pas supporté les enquêtes qu’on leur confiait et qui étaient toutes plus sordides les unes que les autres. Et Kyo était un spécialiste du sale boulot. C’était à lui qu’on confiait les crimes les plus tordus et les plus sombres. Toshiya se souvenait parfaitement de leur première rencontre. Kyo lui avait fait l’effet d’un adolescent qui se donnait des allures féroces alors qu’il était en réalité doté d’une grande sensibilité. Et c’était sans doute cette qualité qui faisait de lui le meilleur expert en analyse comportementale du district et peut-être même de la ville. Il n’était d’ailleurs pas rare qu’un collègue d’un autre département vienne lui demander conseil. Kyo était aussi craint que respecté. Tous attendait simplement le jour où il déraperait car ils étaient tous persuadés que pour comprendre aussi bien les psychopathes, il fallait en être un. Toshiya n’était pas de cet avis. Pour lui, Kyo était un géni donc condamné à être incompris. Mais il était surtout bien plus que ça, il était son ami. Un ami à qui il devait la vie et qui l’avait sauvé plus d’une fois.

Kyo se pencha et ramassa un pétale de rose séché. Il y en avait dans toute la pièce, sur le lit, les meubles et même le cadavre. Il y avait également des bougies fondues ici et là. Kyo ferma les yeux et ses doigts tremblèrent légèrement. Toshiya demanda aux agents qui s’agitaient dans la pièce, de sortir. Tous obtempérèrent. Kyo avait besoin de concentration.

Un mince sourire se dessina sur les lèvres du policier aux cheveux décolorés. Toshiya fixa un instant ses racines noires. Personne n’avait jamais osé dire quoi que ce soit à Kyo sur sa tenue et son look. Même le commissaire se gardait bien de faire ce genre de remarque. D’ailleurs, Kyo ressemblait bien plus à un yakuza avec ses tatouages et sa coupe de cheveux qu’à un honnête flic. À l’anti-gang, il aurait sans doute fait fureur, mais le petit blond chassait de plus gros poisson, plus sombre et plus dangereux que les larbins de la mafia. Kyo était sans doute la meilleure arme qu’ils avaient à leur disposition pour traquer les prédateurs.

Toshiya ne se demandait plus depuis longtemps ce qu’il se passait dans la tête de son ami. Kyo était un mystère mais un jour il lui avait avoué avoir besoin de communier avec la scène de crime, comme si les esprits de chaque objet présent dans la pièce lui murmuraient les réponses à ses questions. Toshiya remarqua que Kyo avait gardé un pétale dans la main. Peut-être était-ce important ? Il ne le saurait probablement jamais.

Kyo ouvrit subitement les yeux et marmonna quelque chose que Toshiya entendit à peine. Il le vit ensuite marcher jusqu’à la table de nuit et ouvrir le tiroir pour en sortir une quantité de photo d’un autre genre que celles épinglées sur le miroir. Toshiya s’approcha prudemment de son collègue. Kyo avait crispé ses doigts gantés de latex sur les photos et il y avait quelque chose dans l’expression de son visage qui inquiéta son ami.

- Le salopard a finalement eu la fin qu’il méritait, murmura le blond.

Toshiya baissa les yeux sur les clichés et se figea de surprise. Il hésita puis les prit délicatement des mains de son collègue et ami. Kyo les lui donna de bonne grâce. Il n’avait pas envie de les regarder. Il savait déjà qu’elles étaient toutes du même ton que la première. Toshiya de son côté n’en croyait pas ses yeux. Il s’agissait de photo d’agression sexuelle… non de viol ! Toutes des gamines qui ne devaient même pas avoir 20 ans… et le coupable s’était même pris en photo avec elles ! Toshiya releva lentement les yeux vers le cadavre en décomposition. Il n’était pas évident de le reconnaitre mais les photos du parfait jeune homme épinglées sur le miroir ne laissait place à aucun doute.

- Mais c’est quoi ce bordel…, grommela Toshiya.

Kyo ne répondit pas. Il était occupé à fouiller le tiroir mais il n’y trouva rien de bien intéressant. Un parquet de cigarette, une boite de préservatif et une étrange carte de visite : Casanova. La carte était noire et les lettres tracées en blanc. Pas d’adresse, pas de numéro de téléphone. Juste un nom, comme une signature. Celle de leur victime ? Du tueur ? Ou bien d’un sinistre inconnu ? Kyo la rangea dans un petit sac en plastique pour un relevé d’emprunte même si quelque chose au fond de lui, lui disait qu’il n’y en avait pas d’autres que celles de leur violeur mort.

- Tu peux les faire revenir, déclara Kyo en prenant la direction de la porte.

- Kyo ?

- Il faut que je vérifie quelque chose. Je peux te laisser te charger du reste ?

Toshiya acquiesça. C’était la première fois qu’il voyait son ami se comporter de la sorte. Que lui arrivait-il ? Il était encore loin de se douter que ce n’était que le début et qu’une sorte de mécanisme infernale s’était mis en route.

 

*

 

Toshiya avait du mal à se concentrer sur ce que Shinya lui expliquait. Son regard glissait sans cesse vers Kyo qui se tenait en face de lui et qui fixait le cadavre d’un air sombre.

- Bon, si ce que je vous dis ne vous intéresse pas, dites-le tout de suite, déclara Shinya avec humeur.

- Mais non voyons, répondit Toshiya en lui adressant son plus beau sourire.

Le médecin légiste afficha une petite mou boudeuse avant de reporter son regard sur Kyo qui semblait si fasciné par le corps de ce violeur en série.

- Il est mort en se vidant de son sang, reprit Shinya en détournant son regard du petit blond pour le poser sur le grand brun. Les entailles aux poignets sont profondes mais avant de pousser son dernier soupir son meurtrier a eu le temps de s’amuser avec lui.

- C'est-à-dire ? Demanda Toshiya.

- Il a subit… comment dire plusieurs agressions sexuelles, répondit Shinya en se raclant la gorge. Vous avez le détail dans le dossier.

- Qu’est-ce qu’il lui a fait exactement ? Demanda Kyo qui continuait de fixer le cadavre.

- Tu trouveras les détails dans le dossier, soupira Shinya en lui tendant une copie de son rapport.

- Qu’est-ce qu’il lui a fait exactement ? Répéta froidement le policier blond.

Shinya se mordit douloureusement la lèvre inférieure avant de pousser un profond soupir. Alors qu’il s’apprêtait à répondre, Toshiya qui avait ouvert son exemplaire du rapport, déclara :

- Lésions interne constatées. Blablabla… introduction de corps étranger dans le rectum...

- Des sex-toy ? Coupa Kyo.

- Pas que, répondit le grand brun.

- Il l’a pénétré lui-même ? Demanda le blond.

- Non, soupira Shinya. Enfin apparemment pas.

- Alors il lui a fait ce que ce salopard faisait avec ses victimes, murmura Kyo. Il n’a pas voulu se salir, il lui a seulement donné une leçon.

Shinya adressa un regard inquiet à Kyo qui souriait légèrement. Il posa ensuite les yeux sur Toshiya et comprit que le grand brun partageait son inquiétude.

- Kentaro Fujiyama était peut-être un salopard, commença Toshiya. Mais il ne méritait pas ça.

- Tu crois ? Demanda Kyo en relevant les yeux vers son collègue.

- Nous ne sommes pas là pour juger les gens, ni les condamner. Notre job, c’est de les arrêter. N’est-ce pas toi qui me l’as appris quand j’ai intégré la brigade ?

- Peut-être, souffla Kyo en leur tournant le dos pour s’en aller.

Toshiya le regarda quitter la pièce sans bouger. Un mauvais pressentiment était en train de l’envahir. Kyo ne se comportait pas comme d’habitude sans qu’il ne puisse vraiment dire ce qui n’allait pas chez lui.

- Mais c’est quoi son problème ? Grommela Shinya.

- Rien, laisse tomber. C’est Kyo.

Le médecin légiste acquiesça d’un signe de la tête. Toshiya le remercia et partit avec les deux copies du dossier. Le grand brun pensait rattraper Kyo dans le couloir mais son ami et collègue s’était volatilisé. Il croisa par contre une vieille connaissance qu’il n’avait pas revue depuis longtemps.

Un large sourire fendit le visage de Die qui s’arrêta pour le saluer.

- Il faudra qu’on prenne un verre un de ces soirs, déclara le roux.

- Pour quoi faire ? Parler du bon vieux temps ?

Die retint un petit rire avant de poser une main amicale sur son épaule :

- J’ai croisé ton nouveau coéquipier.

- Je bosse avec Kyo depuis trois ans. Ce n’est plus vraiment nouveau, rétorqua Toshiya.

- Mais moi, je resterais toujours ton seul vrai coéquipier.

Toshiya réprima un sourire.

- C’est quand tu veux que tu reviens aux mœurs Totchi !

Die laissa glisser ses doigts sur le bras de son ancien compagnon d’arme et continua son chemin. Toshiya écouta ses pas résonner dans le couloir et s’éloigner avant de disparaitre complètement. Cela lui faisait drôle de croiser Die après tout ce temps. Ils avaient été tellement proches à une époque, aujourd’hui quand ils se retrouvaient face à face, Toshiya avait un peu l’impression qu’ils n’étaient plus que des étrangers. Le temps avait passé. Même s’ils étaient tout les deux flics, ils ne travaillaient plus du tout dans le même secteur et ne se fréquentaient plus du tout et puis… il y avait ce qui s’était passé il y a quatre ans. Toshiya chassa immédiatement ce douloureux souvenir et reprit sa route.

Les dernières paroles du roux l’accompagnèrent jusqu’à l’extérieur où le ciel chargé de nuage semblait aussi sombre que l’expression du visage de Kyo qui était appuyé contre leur voiture. Malgré lui, Toshiya retint un soupir de soulagement. Son ami ne s’était pas complètement volatilisé. Kyo était simplement sorti du bâtiment pour fumer. Mais alors pourquoi n’arrivait-il pas à se défaire cette étrange impression ? Comme si quelque chose de grave allait arriver. Toshiya repensa alors à Die et ses dernières paroles. Si seulement il avait pu retourner aux mœurs… Mais c’était impossible et quand bien même, on ne le laisserait plus jamais travailler avec Die. Pas après ce qui s’était passé lors de leur dernière collaboration…

Toshiya prit le volant. Kyo s’installa sur le siège passager sans rien dire. Il n’ouvrit même pas le rapport de Shinya, comme s’il n’avait aucune intention de résoudre ce meurtre. Voilà qui ne lui ressemblait pas. Toshiya tenta de rester concentrer sur la route. Kyo l’inquiétait de plus en plus et revoir Die avait fait naitre chez lui le désir de fuir la brigade criminelle avant qu’un drame n’arrive et pourtant, Toshiya se sentait incapable d’abandonner son ami.

 

*

 

Toshiya releva les yeux de l’écran de son ordinateur et les posa sur Kyo qui sortait du bureau du capitaine Niikura. Ils s’étaient encore disputés. De toute façon, tout le service avait pu en profiter. Les murs n’étaient pas très épais et les confrontations entre les deux hommes étaient spectaculaires. D’après ce que Toshiya avait pu comprendre, l’affaire Kentaro Fujiyama était venue sur le tapis. Kyo refusait d’enquêter, Kaoru ne lui laissait pas le choix. Le blond était sorti furieux. Son regard avait croisé celui de Toshiya et l’estomac du grand brun s’était noué douloureusement.

- Rattrape-le, ordonna Kaoru en posant un dossier sur son bureau.

Toshiya releva lentement les yeux vers son supérieur. Le visage de Kaoru était fermé. Il semblait fatigué mais surtout inquiet. Le grand brun acquiesça et se leva en emportant ses affaires. Lorsqu’il arriva sur le parking du commissariat, Kyo l’avait déjà traversé et était en train de monter dans une voiture. Les deux coéquipiers s’échangèrent un regard sans se sourire et Kyo disparut.

 

*

 

Il était 15h lorsque Toshiya quitta la salle d’audience. Le verdict dans l’affaire Kawasashi venait de tomber.  

- Encore un salaud qui s’en tire, murmura un homme.

Toshiya se figea quelques secondes avant de tourner la tête vers l’homme qui venait de murmurer ces quelques mots. Personne. Il avait disparu dans la foule. Ce n’était sans doute rien. Une simple phrase comme tant d’autres sont prononcées à voix haute dans un lieu aussi particulier que celui-ci et pourtant, le ton qu’avait employé cet homme était chargé de haine. Toshiya avait senti un frisson lui parcourir le corps mais ce n’était sans doute rien. Le grand brun s’apprêtait à s’en aller quand quelque chose attira son attention. Une petite carte noire sur le sol. Il se pencha pour la ramasser et sentit son estomac se nouer lorsqu’il y lut l’inscription blanche : Casanova. Le cœur battant la chamade, Toshiya scruta la foule. Il n’en avait pas la preuve mais il avait l’intime conviction que cette carte était celle de l’assassin de Kentaro Fujiyama.

- Encore un salaud qui s’en tire, murmura-t-on derrière lui.

Toshiya se crispa avant de se retourner lentement vers l’homme qui venait de s’adresser à lui. Kyo le fixait sans sourire. Toshiya pouvait sentir son cœur battre dans ses tempes. Ce n’était que Kyo, son ami. Pourquoi se mettait-il dans cet état ?

- L’avocat de Kawasashi donne une conférence de presse à l’extérieur, déclara Kyo.

- Il va falloir tout reprendre à zéro les garçons, déclara le procureur en leur tendant un épais dossier. Il est hors de question que ce salopard de Kawasashi s’en tire. Il a peut-être du fric mais nous allons lui apprendre que le crime de paie pas.

Un large sourire rempli de conviction se dessina sur les lèvres du procureur Deyama qui les salua avant de s’en aller. Toshiya le suivit du regard. Toshi était un homme droit qui s’était fait un devoir de nettoyer cette ville. C’était un homme compétant qui faisait bien son travail malheureusement, certains êtres sans scrupules parvenaient toujours à passer entre les mailles du filet de la justice. Le monde était ainsi fait.

- On l’aura en appel, déclara Toshiya.

Kyo ne répondit pas. Il se contenta de se glisser dans la foule pour gagner la sortie du palais de justice. Toshiya l’imita. Dehors, l’avocat de Kawasashi donnait une conférence de presse, vantant l’innocence reconnue de son client. Kyo esquissa un léger sourire que Toshiya ne sut interpréter.

 

*

 

- Bon sang ! Toshi ! Est-ce que ça va ? S’exclama Yoshiki en se précipitant vers son ami.

Le brun acquiesça tout en lui adressant un faible sourire. Le commissaire Hayashi jeta un coup d’œil dans la salle d’audience tout en se pinçant les lèvres. Il éloigna son ami de la scène de crime et adressa un regard insistant au capitaine Niikura. Kaoru acquiesça d’un signe de la tête et regarda le commissaire s’éloigner avec le procureur.

- Putain de journée de merde, grogna Kaoru en entrant dans la salle pour rejoindre Toshiya et Kyo.

Le petit blond semblait fasciné par le spectacle qui s’offrait à eux. Un large sourire indécent était d’ailleurs dessiné sur ses lèvres alors qu’il savourait du regard ce nouveau tableau qu’on semblait avoir peint pour lui. Kaoru et Toshiya s’échangèrent un regard rempli d’inquiétude. Kyo n’était pas comme d’habitude et de jour en jour son état semblait se détériorer.

- Putain de merde ! S’écria Yoshiki en entrant dans la salle d’audience.

Tous se retournèrent vers lui sauf Kyo.

- Quelqu’un peu m’expliquer qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Continua Yoshiki.

Le sourire de Kyo se fit plus large alors qu’il fermait lentement les yeux. Le commissaire fulminait de rage et Kaoru l’entraina un peu à l’écart pour lui faire part des premiers éléments mais aussi pour permettre à Kyo de se concentrer.

- Bon sang Kaoru, grogna Yoshiki. Sept victimes ? Mais qu’est-ce que c’est que ce massacre ?

Kaoru acquiesça et tourna son regard vers les sept corps agenouillés au milieu d’un amas de billet de banque ensanglanté. On leur avait arraché les yeux et la langue pour un faire un collier que le meurtrier avait placé autour du cou de Kawasashi. C’était lui qui se trouvait au centre de cette sinistre mascarade. Autour de lui se trouvaient les six jurés corrompus qui l’avaient acquitté et qu’on avait mis à mort au nom de la justice. Ce mot avait d’ailleurs été écrit avec leur sang sur les murs de la salle.

- Kawasashi méritait de mourir, déclara Kyo. C’était un homme corrompu et un assassin.

- Kyo, murmura Toshiya.

Son ami ne lui adressa pas un regard, il se contenta de marcher jusqu’à la table du juge. Toshiya l’imita. Une carte de visite noire y était posée en évidence.

- Casanova, grogna Toshiya.

- Quoi Casanova ? S’écria Yoshiki en se rapprochant de lui.

Toshiya lui désigna la carte de visite posée en évidence avant de se tourner vers Kyo qui était en train de quitter la salle comme si de rien n’était. Il ne comptait pas non plus enquêter sur ce meurtre. Pourtant, il était clairement lié à celui de Kentaro Fujiyama. Toshiya et Kaoru s’échangèrent un long regard. Finalement le capitaine lui fit signe de ne pas bouger et de rester avec leur commissaire. Kaoru partit sur les traces de Kyo mais ce dernier avait déjà quitté le palais de justice.

 

*

 

Yoshiki fulminait de rage et Toshiya savait parfaitement pourquoi. Il attendait simplement que l’orage passe, laissant le soin à Kaoru de désamorcer la bombe sur le point de leur exploser à la figure. Après tout, c’était à ça que servait un chef. Le grand brun eut une once de pitié pour son capitaine. Leur commissaire n’était pas un homme commode surtout lorsqu’un tueur en série s’amusait à jouer les justiciers et que leur meilleur élément était aux abonnés absents.

- Je veux qu’on me trouve Kyo, grogna Yoshiki.

Kaoru acquiesça. Lui aussi voulait qu’on retrouve Kyo. Depuis quelques temps, ce dernier n’était qu’un fantôme au commissariat, apparaissant et disparaissant comme une ombre. Aidant à l’arrestation de quelques criminels mais restant loin de l’affaire Casanova.

- Vous savez ce qu’on raconte ? Demanda sèchement Yoshiki en allumant une cigarette.

- Non, souffla Kaoru d’une voix étranglée.

- Que Kyo ne veut pas qu’on arrête Casanova. Certains vont même jusqu’à dire qu’il aurait pété un câble et qu’il serait Casanova. 

- Foutaise ! S’exclama Toshiya.

Le grand brun avait parlé sans réfléchir. Yoshiki posa un long regard sur lui, le détaillant très attentivement alors que Kaoru lui adressait un regard lourd de reproche. Toshiya n’était pas ici pour parler mais pour écouter mais surtout il n’avait pas à s’adresser de la sorte à leur supérieur.

- Toshiya, gronda Kaoru.

- Non, laisse-le parler, rétorqua Yoshiki. Il travaille avec Kyo depuis trois ans. Il le connait mieux que quiconque.

Kaoru se tut à contre-cœur et laissa Toshiya exprimer le fond de sa pensée.

- Kyo n’est pas Casanova. Kyo n’est pas un tueur en série ou un justicier. Avec Heath, nous avons établi le profil psychologique du tueur et il est bien loin de celui de Kyo. Kyo est un peu perturbé en ce moment. C’est la première fois qu’il traque ce genre de tueur et parfois il se demande…

- Si on a raison de le traquer ? Coupa Yoshiki. Et toi, qu’en penses-tu Toshiya ?

Toshiya baissa les yeux tout en se mordant la lèvre inférieure avant de lui répondre :

- Nous ne sommes pas là pour juger les gens, ni les condamner. Notre job, c’est de les arrêter. C’est ce que Kyo m’a dit lors de notre première affaire et je veux continuer à avoir foi en ces paroles.

Yoshiki acquiesça et leur fit signe de disposer. Kaoru et Toshiya se levèrent. Yoshiki ouvrit le dossier qui était posé sur son bureau. Alors que le grand brun refermait la porte derrière lui, le commissaire leva les yeux vers lui et lui dit :

- Toshiya, je compte sur vous pour le retrouver et l’aider. Nous avons besoin de Kyo.

Toshiya acquiesça et referma la porte derrière lui. Kaoru l’attendait un peu plus loin dans le couloir. Au regard que son supérieur lui lança, Toshiya sut qu’ils n’en avaient pas terminé tous les deux.

- Kyo n’est pas venu depuis plusieurs jours, déclara Kaoru. Je m’inquiète vraiment pour lui.

- Je vais passer chez lui. Tu veux venir ?

Kaoru hésita. Toshiya l’interrogea du regard et fut surpris lorsque son capitaine lui répondit que non, qu’il avait une tonne de paperasse à boucler et qu’il n’avait pas envie de finir une fois de plus dans le bureau de Yoshiki. Toshiya acquiesça. Quelque chose ne tournait pas rond avec Kaoru mais peut-être se faisait-il des idées ?

 

*

 

Toshiya connaissait l’adresse de Kyo par cœur et pas seulement parce qu’il y avait passé de nombreuse soirée à boire des bières avec lui mais plutôt parce qu’il y avait vécu quelques semaines. Alors qu’il s’y rendait en métro, le grand brun repensa aux circonstances qui l’avaient conduit à emménager chez son ami et collègue. C’était peu de temps après son entrée à la brigade criminelle. Toshiya avait connu un dégât des eaux chez lui et s’étant retrouvé sans domicile le temps des travaux, Kyo lui avait proposé de l’héberger. C’était sans doute à cause de cette courte période de cohabitation qu’ils étaient devenus si proches en si peu de temps. Et puis Kyo lui avait sauvé la vie plus d’une fois. Il était devenu en quelque sorte son meilleur ami et pourtant, Toshiya savait qu’ils n’avaient pas pour autant partagés leurs secrets les plus sombres. Il était bien placé pour le savoir puisqu’il ne s’était jamais lui-même complètement livré à son ami, quant à Kyo, Toshiya savait qu’il gardait au fond de lui de lourds et sombres secrets. Et pourtant, cela ne l’empêchait pas d’avoir une entière confiance en lui. Kyo n’était pas Casanova et n’était pas non plus impliqué dans ces meurtres. Il ne souhaitait tout simplement pas s’impliquer dans l’enquête pour une obscure raison que Toshiya finirait pas découvrir.

Lorsque Toshiya arriva devant l’appartement de son ami, un nœud se forma dans son estomac. Il avait comme un mauvais pressentiment et il avait soudain peur de ce qu’il allait trouver derrière cette porte. Il était encore temps de faire demi-tour. Il avait encore la possibilité de rentrer chez lui ou bien d’aller au commissariat et d’implorer Yoshiki de le muter aux mœurs, un service qu’il n’aurait jamais dû quitter. Il pouvait arguer avoir mûri et appris de ses fautes, que sa punition avait assez durée. Pourtant, Toshiya n’en fit rien. Au lieu de tourner les talons, il pressa la poignée et découvrit que la porte n’était pas verrouillée. Le grand brun avala difficilement sa salive et la poussa prudemment.

Il faisait sombre à l’intérieur. Les rideaux étaient tirés et Toshiya mit un certain temps avant de s’habituer à l’obscurité. Il y avait des pétales de fleur sur le sol et ça sentait l’encens. Les coussins du canapé étaient éparpillés, un verre s’était cassé et une lampe avait été renversée. Toshiya déglutit avec difficulté. Il s’était passé quelque chose ici et il commençait à craindre le pire. Kyo n’était nulle part et Toshiya ignorait si c’était bon signe ou pas mais une chose était sûre, quelqu’un s’était battu ici. Les pétales de rose… il n’y en avait pas seulement dans le salon. Il y en avait dans tout l’appartement, jusque dans la baignoire dans laquelle on avait fait couler un bain moussant à présent froid. Il y avait également des bougies partout et à la cuisine il y avait un diner aux chandelles froid dont la nourriture avait commencé à tourner. Sur l’une des assiettes propres et vides de nourriture, Toshiya remarqua une petite carte noire. Il l’attrapa avec une serviette de table afin de ne pas y laisser ses empruntes. C’était la carte de visite de Casanova mais à la différence des autres, il y avait un message au dos de la carte écrit à l’encre blanche :

« I love you so much »