Actions

Work Header

A l'épreuve des balles

Chapter Text

CHAPITRE I.

Monty rejoignit Clarke à un mile du camp, il portait un sac plein de vivres, il avait l'air triste et malheureux.

« Tu n'as pas à faire ça, Clarke, dit-il, faisant glisser le sac de son épaule et le lui tendant, nous pouvons t'aider, tu peux compter sur nous. »

Clarke souleva le sac, le mit sur son épaule puis elle attira Monty et l'embrassa affectueusement sur la joue.

« Essaie de te tenir un peu à l'écart des problèmes, lui dit-elle.

- Mon meilleur ami me déteste, répondit Monty en baissant les yeux, ce ne sera donc pas difficile.

- Jasper te pardonnera, le rassura-t-elle en retenant des larmes, on a fait ce qu'on avait à faire.

- Je sais, dit-il avant de l'étreindre à nouveau, prends soin de toi, Clarke.

- Toi aussi Monty. »

Elle lui tourna alors le dos et s'éloigna. 

--

Clarke n'avait pas de destination précise, hormis celle d'aller ailleurs, loin. Loin du Camp Jaha où les gens la cherchaient sans cesse pour lui demander des conseils. Loin de Ton-DC, où on la regardait avec méfiance. Loin de... Polis, où que ce soit. Elle se demanda brièvement ce qu'elle aurait pu trouver là-bas, ce que Lexa était si impatiente de lui montrer. Elle essayait d'accepter le fait qu'elle pourrait bien ne jamais savoir ce que Lexa avait sacrifié quand elle avait abandonné Clarke devant l'entrée de Mount Weather.

A quelques miles de l'endroit où Monty l'avait rejointe, il y avait une falaise. Elle s'y était construite un abri temporaire. Tous les jours, elle marchait jusqu'au bord de la falaise, s'asseyait et laissant pendre dangereusement ses jambes dans le vide, plongeait son regard dans l'abîme. Parfois elle pleurait. Il lui arrivait aussi d'apporter avec elle des crayons, des pastels, tout un nécessaire à dessin récupéré à Mount Weather, et elle dessinait, pendant des heures. Parfois elle ne faisait rien et passait toute la journée à combattre ses démons intérieurs.

Cependant, pour être très, très clair : Clarke Griffin n'avait aucune intention de se donner la mort.

Il lui restait quelques balles ; ce serait rapide. Mais elle avait assez côtoyé la mort pour savoir qu'elle n'apportait ni la paix, ni la beauté et qu'elle n'avait rien de poétique. Les corps n'acquéraient aucune grâce dans la mort. Ils saignaient, brûlaient, suppuraient. Elle ne voulait pas que qui que ce soit la trouve avec une blessure mortelle qu'elle se serait infligée elle-même et tire des conclusions hâtives sur la personne qu'elle avait été. Elle restait en vie parce qu'elle avait besoin que son peuple puisse placer tous ses espoirs en elle, et qu'elle puisse être assez forte pour en supporter le poids et la douleur. Elle devait trouver la force de retourner un jour au Camp Jaha, de regarder ses amis dans les yeux et de les convaincre qu'elle pouvait combattre leurs démons, sans jamais fléchir.

Elle était bien trop jeune pour se sentir si âgée, si fatiguée, mais elle ne mourrait pas ; pas de sa propre main.

Elle chassait pour trouver de la nourriture, et cuisait la viande sur des feux qu'elle allumait et entretenait elle-même. Elle se maintenait en forme et relativement propre, veillait à rester au sec quand il pleuvait et au chaud pendant la nuit. C'était une survivante et dans les moments les plus difficiles, c'est ce qui la faisait avancer.

Elle cherchait un peu de tranquillité au bord d'immenses falaises, sous des cascades mortelles, au fond de sombres grottes. Elle n'avait pas peur de la nature. Elle n'avait pas peur d'être écrasée par des rochers ou de mourir noyée dans un océan. Elle n'avait peur que de son esprit torturé par les choix qu'elle avait dû faire, par les personnes qu'elle avait décidé d'abandonner pour que d'autres puissent vivre.

Les semaines passèrent et se ressemblaient jusqu'à ce qu'un matin, elle se réveille et découvre que du givre s'était formé sur le sol au cours de la nuit. Son souffle était visible quand elle expirait, et ses doigts étaient engourdis par le froid sous les couvertures. Elle se frotta les mains pour les réchauffer et pensa qu'il faudrait qu'elle se trouve un meilleur abri.

Elle empaqueta ses affaires et mit son sac sur l'épaule. Au loin, elle distingua le bruit caractéristique d'un cheval au galop, mais n'y prêta pas attention jusqu'à ce que le bruit commence à s'approcher, de plus en plus audible. Elle se cacha derrière un rocher et dégaina son arme. Le cheval ralentit avant de s'arrêter à quelques pas derrière les arbres proches de son abris, mais restant hors de sa vue. Elle entendit un cavalier mettre pied-à-terre, attacher son cheval puis se diriger vers la clairière.

C'était Lexa.

Elle portait sa tenue de combat mais n'arborait aucune peinture de guerre.

Clarke sortit de derrière son rocher, l'arme pointée sur Lexa. Celle-ci s'arrêta. Elle défit les attaches du fourreau de son épée et le laissa tomber sur le sol. Elle fit de même avec son poignard fixé à la ceinture. Elle déboucla la garde qu'elle portait à l'épaule et la fit glisser à terre elle aussi. Elle leva ensuite les mains en l'air.

La première chose que Lexa lui dit, après tous ces mois, fut :

« Tu vas me fouiller ?

Clarke serra les mâchoires :

- Ne fais pas comme si tu n'étais pas capable de tuer quelqu'un à mains nues, répliqua-t-elle espérant que sa voix ne trembla pas trop, après des jours et des jours passés sans dire un mot, ne fais pas un pas de plus. »

Lexa acquiesça et laissa retomber ses bras le long du corps. Clarke fouillait les arbres du regard à la recherche de tireurs.

« Je suis venue seule, annonça Lexa pour la rassurer.
- Et on sait tous qu'on peut te croire sur parole, répondit Clarke sur la défensive. »

Lexa accepta la remarque sans broncher.

« Tu es une légende aux yeux de mon peuple, Clarke.
- Quoi ?!
- J'ai dit : tu es une légende aux yeux...
- Je t'ai entendue, coupa Clarke, de quoi est-ce que tu parles ?

- Tu as vaincu ceux de la Montagne, répondit simplement Lexa. »

Clarke secoua la tête.

« Je ne l'ai pas fait toute seule.

- Ce n'est pas ce que disent les rumeurs.

- J'ai eu de l'aide, répliqua Clarke sèchement. »

Elle commençait à s'énerver.

« Pas la tienne, vu que tu m'as trahie et que tu as abandonné mon peuple à une mort certaine, mais j'ai reçu de l'aide. »

Lexa ne dit rien. Les muscles de son cou étaient tendus comme si elle avait du mal à avaler sa salive. C'était le seul signe visible de la tension qu'elle pouvait ressentir.

« Que fais-tu ici ?, insista Clarke, qu'est-ce que tu veux, Lexa ?

- Ce que je veux ne n'est plus à ma portée, répondit doucement Lexa, puis redressant les épaules, l'hiver approche. Tu ne devrais pas rester dans les bois par ce froid. »

Clarke se raidit.

« Je fais ce que je veux.

- Nos hivers sont rudes, insista Lexa, Il te faut un abri adéquat pour y survivre.

- J'ai bien survécu à toi, dit lentement Clarke, Je peux survivre à n'importe quoi. »

Un éclair de surprise, mêlé de douleur, traversa les yeux de Lexa, mais immédiatement elle se ressaisit.

« Clarke, laisse-moi te mettre en sécurité.

- Je n'ai pas envie d'être en sécurité, répondit Clarke retenant ses larmes, réalisant qu'elle le pensait vraiment, elle se fichait de sa propre sécurité, son corps réagissait à la menace parce qu'il était fait pour, mais elle s'en fichait, j'ai envie d'être seule.

- Tu le seras, la rassura gentillement Lexa, je connais un endroit où personne ne viendra te chercher. Tu y seras au chaud. S'il te plaît, Clarke. Oublie ta colère contre moi et laisse-moi te donner un abri pour l'hiver. »

Le rire qui s'échappa de la gorge de Clarke était dur et plein d'amertume.

« Je ne suis pas en colère contre toi, Lexa ; je me méfie de toi. »

Elle resserra sa prise autour de son arme, la leva et la pointa sur le front de Lexa.

« Tu ne sais pas de quoi je suis capable.

- Maintenant si, dit Lexa sans expression. »

Si elle était effrayée, elle n'en montrait rien.

« Tu prends la situation à la légère, l'alerta Clarke, je pourrais te tuer.

- Je la prends au sérieux, la calma Lexa, c'est la raison pour laquelle je suis venue seule, bien que te sachant armée et hostile. Tu ne me tueras pas. Pour la même raison que tu ne t'es pas tuée, même si de sombres pensées n'ont pas cessé de te hanter ces derniers mois.

- Tu prends un grand risque, dit Clarke, si on se ressemble tant, alors tu dois savoir que je suis capable d'appuyer sur la gâchette.

- Je le sais, concéda Lexa impassible, toujours aussi peu effrayée.

Lexa lui laissait le choix, Clarke commençait lentement à le comprendre et ses doigts sur la crosse de son arme se détendirent un peu.  Dans un monde où les décisions s'imposaient et entachaient, choix après choix les mains de Clarke avec tant de sang que sa vie entière ne suffirait pas à l'effacer, en cet instant précis, Clarke devait de nouveau faire un choix. « Je te fais confiance, Clarke, lui avait dit Lexa entre chuchotements emplis d'espoir et sincère affection. »

Clarke prit conscience que Lexa ne remettrait jamais en cause cette confiance qu'elle lui avait accordée, qu'elle mettrait sa vie en péril pour lui prouver que, même si Clarke ne serait jamais capable d'éprouver envers elle une telle confiance, elle aurait toujours la sienne. C'était la chose la plus irresponsable et stupide que Lexa n'ait jamais faite, pensa Clarke en abaissant son arme et se préparant à attaquer sous un autre angle.

« Donne-moi la vraie raison de ta venue, lança Clarke, replaçant l'arme à sa ceinture, dis-le-moi et je viendrai avec toi. »

À ces mots, la posture de Lexa s'adoucit.

« Tu sais pourquoi.

- Dis-le.

- Clarke.

- Dis-le.

- Je ne m'attends pas..., commença Lexa avant de s'arrêter. »

Elle reprit son souffle, rassemblant son courage.

« Si je ne peux pas être la personne qui partage sa vie avec toi... »

Elle s'arrêta encore, serrant les dents, avant de reprendre à nouveau.

« Tu as besoin d'un endroit où tu pourras soigner ton esprit sans blesser ton corps et j'aimerais t'offrir cela. »

Clarke réajusta son sac sur l'épaule. Elle fit quelques pas et ramassa l'épée et le poignard de Lexa. Elle passa le poignard dans sa propre ceinture, mais tendit l'épée à Lexa. Ensuite Lexa récupéra la garde de son épaule et la remit en place avant de suivre Clarke à travers les bois jusqu'à son cheval.

« Je ne monte pas avec toi, lui dit Clarke. »

La simple idée d'être pressée contre le corps de Lexa lui était insupportable. Lexa acquiesça et détacha son cheval.

« Dans ce cas nous marcherons. À cheval, cela prendrait quelques heures, mais à pied, cela nous prendra toute la journée. Nous devrons se reposer avant que le soleil ne se couche.

- Où m'emmènes-tu ? demanda Clarke.

- Le Commandeur qui m'a précédée a fait construire un bunker pour pouvoir en temps de paix et pour quelques jours, échapper à ses obligations, expliqua Lexa, j'en ai hérité quand j'ai été choisie pour lui succéder. »

Elles marchèrent en silence. Lexa tenait les rênes de son cheval, Clarke suivait quelques pas en arrière. Elles s’arrêtèrent seulement brièvement pour boire. Alors que son cheval buvait, Lexa offrit à Clarke de suspendre son sac à la selle. Clarke refusa. Elles marchèrent jusqu'à ce que le soleil soit bas sur l'horizon. Lexa les guida jusqu'à une clairière afin qu'elles puissent bivouaquer pour la nuit.

Pendant que Lexa attachait son cheval et le dessellait, Clarke alluma un feu. Elle avait bien l'intention de rester aussi loin de Lexa que possible. Elle observa Lexa défaire la protection qu'elle portait à l'épaule et se rapprocher du feu pour se réchauffer.

« Tu n'as pas de couverture, commenta Clarke.

- Je ne pensais pas en avoir besoin, admit Lexa en s'asseyant, si nous étions montées à cheval, nous serions arrivées avant que la nuit ne tombe. J'aurais dû prévoir que tu ne voudrais pas monter avec moi. »

Clarke sortit une couverture de son sac et marcha jusqu'à Lexa. Elle s'assit à ses côtés, face au feu et étendit la couverture sur leurs jambes. Lexa la regarda avant de glisser ses mains sous la couverture.

« Tu devrais te reposer, lui dit Lexa tendue, je monterai la garde.

- Réveille-moi dans quelques heures pour que je prenne mon tour, bailla Clarke alors qu'elle se glissait sous la couverture, sentant la chaleur du corps de Lexa pressée contre son dos. »

--

Lexa la laissa dormir jusqu'à l'aube. Elle était en train de nourrir son cheval quand Clarke se réveilla à la lumière du jour. Pendant un moment, dans la brume du petit matin, Clarke se laissa aller, observant Lexa parler à voix basse au cheval alors qu'elle lui tendait une carotte à manger. Découvrir Lexa ainsi, avec douceur, fit vibrer quelque chose en Clarke.

Lexa se tourna et la surprit en train de la fixer.

« Bonjour, Clarke.

- Je t'avais dit de me réveiller, dit Clarke, se relevant sur ses coudes, tu avais besoin de dormir.
Ça ira. »

Lexa s'approcha et tendit un sac rempli de noix et de viande séchée à Clarke.

« Mange ! Une marche de sept heures nous attend. »

Clarke se leva et attrapa le sac. Elle prit une poignée de noix et deux tranches de viande avant de rendre le sac à Lexa. Celle-ci piétina le feu et s'éloigna pour seller son cheval pendant que Clarke mangeait.

« Il s'appelle Prairie, dit Lexa, laissant courir une main le long de son encolure. »

Clarke s'arrêta de mâcher.

« Tu lui as donné un nom ?

- Non, répliqua Lexa, on me l'a offerte quand j'étais enfant. Elle est vieille maintenant, j'aurai un nouveau cheval bientôt. »

Il y avait beaucoup de choses que Clarke voulait demander à Lexa, mais elle ne trouvait pas les bons mots pour formuler ses questions sans laisser transparaître les restes blessés de sa confiance trahie. Elle voulait être capable de l'interroger sur son passé, sans avoir l'air de saigner à chaque fois qu'elle apprenait quelque chose de nouveau, à propos de ce qui avait transformé Lexa en la personne qu'elle était ; le leader, la combattante, la conquérante, le traître.

Clarke finit son repas, récupéra sa couverture et la rangea dans son sac. Elles reprirent de nouveau la route. Aucune ne parlait, mais le silence n'était pas pesant. Trois heures plus tard, Clarke tendit la main pour attraper les rênes de Prairie et Lexa les lui donna sans prononcer un mot.

« Je me suis enfuie, lâcha Clarke un moment plus tard, je ne pouvais plus supporter les regarder. »

- Les peuples se tournent vers leur leader pour trouver des réponses en temps de crise, déclara Lexa calmement, mais nous ne les avons pas toujours. C'est le fardeau que nous devons porter. »

Clarke déglutit malgré la boule dans sa gorge.

« Je ne sais pas si je peux porter ce fardeau sans me perdre.

- La légende a déjà été écrite : Clarke kom skaikru est descendue du ciel et a guidé son peuple jusqu'à la Montagne, mettant fin à une guerre séculaire.

- Tu as mis fin à cette guerre contre l'avis de ton peuple en acceptant le marché de ceux de la montagne, répliqua Clarke, le poing serré autour des rênes, sentant la colère monter.

- Mais je n'ai pas vaincu la Montagne, rétorqua Lexa impassible, toi si. »

Clarke secoua la tête. Elle ne pouvait pas fermer les yeux sans voir des centaines de corps purulents.

« Mais à quel prix ? »

Lexa lui lança un regard.

« Je n'ai rien de plus à offrir que ma sympathie Clarke, dit-elle doucement, tu n'as pas à justifier tes choix devant moi, ou même à en parler. J'ai fait bien pire. »

C'était la chose la plus réconfortante et la plus tragique que Clarke ait entendu depuis des mois.

Le temps qu'elles atteignent leur destination, le soleil était déjà bas sur l'horizon. Lexa ralentit et s’arrêta à côté d'une formation rocheuse qui s'élevait sur plusieurs pieds de haut. Elle reprit les rênes de Prairie des mains de Clarke et l'attacha à un arbre voisin puis guida Clarke jusqu'à la paroi rocheuse.