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Une magnifique tempête.

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"but I can see us lost in a memory,

august slipped away into a moment in time"

 

 

Le vendredi était le jour favori d'Elizabeth.

Il avait un goût de liberté, de possibilités infinies, comme une bulle suspendue au dessus du temps.

L'été venait de s'achever, le mois de Septembre entamait sa descente et les températures suivaient le rythme. Le climat d'automne ne dérangeait pas Liz : elle avait appris à apprécier toutes les saisons. Même la pluie était devenue son amie.

Elle arriva, joviale, dans la petite cuisine de la modeste maison qu'elle partageait avec sa grand-mère Ida. Cette dernière était déjà affairée à préparer le petit déjeuner, emmitouflée dans son gros pull en laine. Liz l'avait toujours connue avec ce vêtement difforme et ample, mais si réconfortant.

« Le café est prêt, annonça Ida en posant la cafetière abîmée sur la petite table carrée.
- Merci Mhamo, répondit Liz avant de s'assoir en face de sa grand-mère. »

La famille de Liz était originaire de l'Irlande. Mhamo était le surnom traditionnel que la jeune rousse donnait affectueusement à sa grand-mère maternelle. C'est elle qui l'avait élevée, choyée, nourrie, aimée. Qui avait coiffé ses longs cheveux flamboyants jusqu'à l'adolescence, qui lui avait appris à coudre et à se défendre toute seule. Sa propre mère n'en avait jamais été capable ; Ida avait rapidement pris le relais et avait décidé, presque 10 ans plus tôt, de déménager dans la petite bourgade de Forks.

A l'époque, l'endroit était attractif grâce à ses prix. Ida était déjà retraitée et n'avait pas les moyens de s'offrir un logement à Seattle, là où sa petite fille était née. Au fil des années, Forks n'était plus seulement une petite ville loin de tout ; Liz et Ida en avaient fait leur foyer, leur maison.

« Liz, tu vas finir par tomber malade si tu continues de porter des robes avec ce temps là, gronda Ida à sa petite fille.
- Je l'ai terminée hier soir, elle te plait ? Demanda la jeune rousse en évitant soigneusement de répondre à la remarque de sa grand-mère.
- Evidemment, répliqua Ida, un sourire en coin ».

C'était une robe aux manches longues, tombant juste au dessus des genoux de Liz. Elle était fleurie et évasée, convenant davantage à une saison printanière.

La famille May n'avait pas beaucoup d'argent. Abigail, la mère de Liz, lui envoyait une pension tous les mois. La somme couvrait seulement les frais d'entretien : pour le reste, l'adolescente devait se débrouiller seule. La quincaillerie du coin l'embauchait le week-end et les vacances scolaires ; l'argent qu'elle gagnait lui permettait d'acheter le matériel nécessaire à ses créations vestimentaires. Liz débordait d'imagination et essayait de la dépeindre à travers une multitude d'activités.

A vrai dire, l'adolescente ne supportait pas l'immobilité, le silence et l'ennui. Elle faisait en sorte de remplir son emploi du temps jusqu'à ce qu'il lui reste seulement assez de temps pour dormir. Cela lui évitait de trop réfléchir. Elle savait que la spirale de ses pensées pouvait l'engouffrer dans un endroit duquel elle ne pourrait jamais revenir.

« Dépêche toi de finir, pressa Ida, j'entends l'épave de Gabi arriver. »

Liz éclata de rires : la ville entière connaissait la fameuse voiture de Gabriela Acosta, sa plus chère amie. Son frère jumeau, Rafael, l'accompagnait toujours sur le siège passager, tel un fidèle acolyte. La famille Acosta était arrivée du Mexique quelques années plus tôt, lorsque Liz rentrait au collège. Les habitants de Forks n'avaient pas vraiment l'habitude d'accueillir des étrangers issus de l'immigration. Liz avait été charmée par l'accent des jumeaux et leur façon de s'exprimer avec leurs mains. Le trio s'était alors formé, inséparable depuis.

« A ce soir, Mhamo ! S'exclama Liz avant de claquer la porte d'entrée derrière elle. »

La fraicheur matinale la fit frissonner. Néanmoins, il ne faisait pas encore assez froid pour que Liz soit obligée de gâcher ses tenues avec de grands manteaux difformes : elle en profitait pour porter ses plus beaux pulls. Aujourd'hui, elle portait son préféré, fabriqué par sa Mhamo. Il était jaune, « aussi solaire que toi », avait précisé Ida en lui offrant. Il complimentait parfaitement sa nouvelle robe fleurie.

« Hola, rayo de sol, chantonna Gabriela lorsque son amie s'installa à l'arrière de sa vieille voiture.
- Hola, répéta joyeusement Liz avec un accent quasiment parfait.
- Nouvelle création ? questionna Rafael après un rapide coup d'oeil vers la banquette arrière.
- Confectionnée par la maison de couture May, surjoua Liz.
- Un jour, tu les vendras des centaines de dollars à la pièce, affirma Gabriela en essayant de couvrir le son de la musique avec sa voix.
- Et à nous la Californie ! Scanda Liz. »

Forks n'était pas la destination rêvée des américains, encore moins celle des adolescents. Liz avait réussi à apprécier sa ville, en dépit du manque d'animation et du temps maussade. Elle y avait grandi, trouvé sa tribu d'amis et surtout, c'était l'endroit qui représentait la stabilité après une enfance catastrophique auprès de sa mère.

Néanmoins, l'adolescente avait hâte de découvrir de nouveaux horizons. Elle rêvait de voyages, de road trips, de découvertes, de routes longues sans connaitre la destination. Elle souhaitait, plus que tout, briser ce plafond de verre qui l'enfermait dans un quotidien trop banal à son goût. Trop terne. Pas assez fleuri.

***

C'était un vendredi parmi tant d'autres.

La pluie s'abattait sur les vitres de la cafétéria, couvrant le bruit des discussions des jeunes adolescents de Forks. Liz, Gabriela et Rafael étaient installés à leur table habituelle, au fond de la grande salle. Cela leur permettait de rire et de parler à leur guise sans attirer les regards interloqués. Alors qu'ils attaquaient leurs repas tout en imaginant le déroulement de leur week-end, une fine silhouette apparue à quelques centimètres d'eux.

« Cullen ! Tu m'as foutue une de ces frousses, sursauta Liz en remarquant la présence de l'adolescente aux cheveux auburn.
- Désolée, s'excusa cette dernière avec son éternel sourire, à la fois timide et rayonnant.»

Renesmée Cullen était la seule personne qui pouvait rivaliser avec Elizabeth May sur un point : une certaine bizarrerie qui attisait la curiosité, tout en effrayant le commun des mortels. A vrai dire, Renesmée était plutôt solitaire. Agréable avec tout le monde, d'une gentillesse parfois suspicieuse pour certains, mais ayant un attrait pour le calme. La plupart du temps, elle était perdue dans ses pensées ou occupée à écouter de la musique dans les couloirs. Elle était particulièrement connue de réputation : sa famille avait fait sensation dans le lycée de Forks, quelques temps plus tôt.

D'après Liz, Renesmée était surtout évitée par ses camarades par jalousie. Elle était magnifique : de longs cheveux soigneusement bouclés, de grands yeux pétillants, une peau aussi lisse que les couvertures de magasine... Pour le trio d'amis, ce n'était pas le plus important. Ils trouvaient cette jeune fille amusante, intéressante et plus cultivée que n'importe quel professeur de ce lycée. Bien qu'elle était plutôt secrète sur sa vie personnelle, elle dégageait quelque chose d'à la fois chaleureux et fragile. Depuis l'année précédente, Renesmée venait souvent s'assoir avec cette joyeuse bande.

« J'aimerais vous convier à mon anniversaire ! S'exclama Renesmée en prenant place autour de la table.
- Une fête ? S'enquit Gabriela, prête à exploser de joie.
- Oui, en quelque sorte !
- C'est rare, dans les environs, ajouta Rafael, plutôt intéressé par l'idée.
- C'est aussi l'occasion de célébrer la rentrée et notre dernière année de lycée, enchaina Renesmée.
- Et le dress code ? Questionna Liz, déjà à la quête d'une tenue adaptée.
- Venez comme vous êtes ! Samedi prochain, 19h. Je vous enverrai l'adresse. »

Renesmée repartit en sautillant, les écouteurs vissés aux oreilles. Les trois amis étaient plutôt surpris par cette invitation : la famille Cullen était connue pour sa discrétion et une vie en autarcie. Les parents de cette grande famille adoptée, Carlisle et Esmée, avaient déménagé de Forks deux années plus tôt. Liz s'en rappelait très bien, la ville perdait son meilleur médecin et, il fallait le dire, un sujet de conversation toujours passionnant.

« Elle vient de citer le slogan de McDonalds, non ? Finit par demander Rafael au bout de quelques secondes.
- On vient de se faire inviter à une fête chez les Cullen, et c'est ça qui t'intéresse ? S'indigna Gabriela, ce qui provoqua les rires de Liz. »

Durant tout le reste du repas, le sujet de conversation était tourné vers cette fameuse fête, l'événement qui marquait la dernière année scolaire passée à Forks pour le trio.