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L'union des sorceleurs

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Le vent soufflait fort devant la fenêtre de sa minuscule cellule de Kaer Morhen, faisant danser les branches du lilas mauve qui avait poussé sur la muraille de la forteresse.

            Recroquevillé dans un coin de la pièce, le petit Geralt ne pouvait s’empêcher d’observer ce spectacle d’un air à la fois fasciné et terrifié. Sa mère lui avait toujours dit que l’orage était un signe de la destinée, et l’enfant se demandait bien ce que le destin essayait de lui dire en cet instant.

            Suivant une intuition, il se leva lentement, marcha d’un pas prudent jusqu’à la fenêtre et, après un bref instant d’hésitation, l’ouvrit d’un geste déterminé.

Debout sur la pointe des pieds, Geralt tendit le bras vers l’une des fleurs. Après un instant d’effort, il parvint à la détacher de sa branche et la contempla un moment dans le creux de sa main d’enfant.

 

***

 

            Ce fut le souffle chaud d’Ablette sur son visage qui réveilla Geralt. La jument à la robe alezane broutait les quelques brins d’herbe qui dépassaient encore du tapis de feuilles mortes et se tourna même brièvement vers lui pour le renifler.

-Ah, marmonna Geralt, c’est toi.

Il repoussa la tête de son destrier puis se redressa en position assise, l’esprit encore embrumé par son étrange rêve, lui qui n’en faisait pourtant presque jamais.

L’aube était grisonnante et Cirilla dormait toujours à poings fermés, enroulée dans sa couverture à quelques centimètres de lui, ses cheveux cendrés éparpillés autour de sa tête. Elle avait encore fait un cauchemar pendant la nuit mais il avait heureusement réussi à la calmer. Geralt regarda le ciel encombré de nuages ; il pouvait la laisser dormir encore une demi-heure mais ensuite, il leur faudrait partir.

Comme si elle avait pu entendre ses pensées, Ciri remua et cligna plusieurs fois des paupières, ses yeux d’un vert plus intense que des émeraudes et entourés de longs cils noirs se posant directement sur lui.

-Tu as bien dormi ? lui demanda-t-il par automatisme.

Non, elle ne pouvait pas avoir bien dormi. Cette enfant, le Lionceau de Cintra, devrait dormir dans un vrai lit avec un toit au-dessus de sa tête, et certainement pas à la belle étoile !

-Oui, répondit-elle néanmoins.

-Mangeons quelque chose avant de nous remettre en route, reprit Geralt de sa voix désagréable et pourtant rassurante. Ensuite, nous tâcherons de trouver un endroit décent où passer la nuit prochaine.

-D’accord, acquiesça la jeune fille.

            Cirilla était âgée de douze ans et quoi qu’en pense Geralt, elle était sa destinée. Il l’avait « gagnée » après avoir sauvé la vie de son père et, devinant que la princesse de Cintra était enceinte, avait invoqué son Droit de Surprise comme récompense. Il avait alors espéré que l’enfant serait un garçon qu’il pourrait à son tour former comme sorceleur, pour qu’il prenne un jour sa relève. Quelle n’avait pas été sa déception lorsqu’il avait appris que l’enfant promis était une fille ! Pendant plus d’une décennie, Geralt avait laissé Ciri auprès de sa grand-mère, la reine Calanthe de Cintra, mais son destin avait fini par le rattraper, par le plus grand des hasards, près d’un an après le massacre de Cintra par les forces de Nilfgaard et dont Ciri avait l’une des rares survivantes.

            Après un petit-déjeuner succinct, les deux voyageurs reprirent la route. Le Continent avait beau être divisé en royaumes qui se targuaient d’être civilisés, les zones inhabitées n’en étaient pas moins sauvages et dangereuses. Ce n’était pas sans raison que la race de sorceleurs – des mutants aux capacités surhumaines artificielles – avait été créée : à une époque, les humains avaient eu besoin de leur engeance pour se débarrasser des monstres qui les menaçaient. Geralt était l’un d’eux.

L’étrange duo s’arrêta en fin de matinée en bordure d’une forêt aux arbres dénudés par l’automne pour avaler un rapide repas et laisser à Ablette le temps de se reposer un peu. Le ciel était nuageux et l’air humide mais par chance, il ne pleuvait pas.

Malgré son jeune âge et ses origines, Ciri ne se plaignait jamais. Geralt avait compris qu’elle avait dû affronter la peur, la faim et de nombreuses autres situations difficiles avant qu’il ne la retrouve. Tout de même, le sorceleur ne pouvait nier que cette gamine l’impressionnait, et il la respectait pour ça.

La jeune fille avala les quelques biscuits qu’il avait pour elle puis commença à vider son sac sur le sol broussailleux.

-Qu’est-ce que tu cherches ? interrogea-t-il, irrité par son subite changement de comportement.

-Ma gourde, répondit Cirilla d’un ton coupable. Je crois que je l’ai perdue.

Geralt ouvrit la bouche mais avant qu’il n’ait eu le temps de répondre quoi que ce soit, un rire aigu et mesquin s’éleva des fourrées.

-C’est ça qu’tu cherches, ma jolie ? lança une voix au-dessus de leur tête.

Geralt leva aussitôt les yeux.

            Suspendu la tête en bas à une branche d’arbre, un drôle de nain bossu et au front orné de cornes, vêtu d’un costume de bouffon, agitait la gourde de Cirilla.

-Rend-la moi ! s’écria la jeune fille d’une voix perçante.

La créature ricana puis disparut. Elle réapparut un instant plus tard juste derrière Geralt et tenta de lui dérober son glaive en argent que le sorceleur n’avait pas encore tiré de son fourreau, ne sachant pas exactement à quoi il avait affaire. Pris sur le fait, le bonhomme disparut à nouveau. De toute évidence, il avait la faculté de se rendre invisible.

            Geralt et Ciri ne surent où donner de la tête pendant les minutes qui suivirent. Chaque fois qu’ils s’élançaient dans la direction de la créature, celle-ci disparaissait pour réapparaître un peu plus loin, un instant plus tard, tenant à la main un nouvel objet leur appartenant.

            Les gens disaient des sorceleurs qu’ils étaient incapables de ressentir les émotions humaines mais ce n’était pas complètement vrai. Il était en effet un sentiment que Geralt ne connaissait que trop bien : la frustration. Et le comportement de ce bouffon commençait à lui faire perdre le contrôle de ses nerfs.

            Le nain continuait de rire aux éclats, faisant fuir les oiseaux perchés dans la cime des arbres, visiblement ravi de faire tourner ainsi ses deux victimes en bourrique, lorsque soudain :

-Mourioche, Mourioche, le diab’ t’écorche ![1]

La créature s’immobilisa aussitôt, fixant l’endroit d’où s’était élevée la voix, et Geralt en profita pour se jeter sur lui, ses longs cheveux blancs s’échappant du bandeau de cuir qui les retenait. Mais bien sûr, avant qu’il n’ait pu l’attraper, la chose avait à nouveau disparu.

-Et merde ! éructa-t-il.

-Il ne reviendra pas, déclara la même personne qui avait prononcé l’incantation. Pas avant plusieurs jours, en tout cas.

Geralt se retourna vers elle tandis que Cirilla reculait lentement dans sa direction, visiblement apeurée par cette étrange apparition.

            Une silhouette encapuchonnée avançait vers eux d’un pas aérien. Elle semblait presque irréelle. Elle s’arrêta à quelques mètres d’eux et Geralt pu enfin voir son visage.

            Il s’agissait d’une femme à la peau diaphane, aux longs cheveux d’un blond presque roux tressés sur le sommet du crâne, et aux yeux sombres et déroutants – comme ceux de Geralt. La cape foncée accrochée autour de son cou parvenait à peine à masquer ses épaules musclées – trop musclées pour une femme de son gabarit –, et il ne faisait aucun doute que le serre taille en cuir qu’elle portait par-dessus sa chemise et son pantalon en daim remplissait plus la fonction d’armure que celle de corset.

-Isane ? bredouilla-t-il, légèrement confus.

L’expression de stupeur qu’afficha le visage de la femme prouva à Geralt que malgré l’invraisemblance de son hypothèse, il avait néanmoins deviné juste.

-Je te croyais morte depuis longtemps, ajouta-t-il dans un souffle. Comment… ?

Il venait de faire un pas vers elle et la dénommée Isane dégaina aussitôt le glaive qu’elle portait dans son dos.

-Qui es-tu ? questionna-t-elle, la pointe de sa lame tirée vers lui pour le dissuader d’approcher davantage.

-Tu ne me reconnais pas ? s’étonna-t-il, de plus en plus pris au dépourvu, les sourcils légèrement froncés. Nous étudions ensemble à Kaer Morhen. Je suis Geralt de Riv.

À ces mots, la mâchoire d’Isane sembla se décrocher. De toute évidence, cette rencontre inattendue lui faisait le même drôle d’effet qu’à lui.

-Geralt ? répéta-t-elle d’une voix à peine plus forte d’un murmure.

Son trouble ne dura cependant qu’un instant car elle rangea bientôt son épée puis prit une grande inspiration. Lorsqu’elle reprit la parole, son ton était sûr de lui.

-Vous avez l’air d’avoir fait un long voyage, dit-elle avec dignité, son regard passant de Geralt à Cirilla. Si vous le voulez, vous pouvez passer la nuit chez moi.

Et sans ajouter un mot, ni attendre de réponse, elle tourna les talons et s’éloigna en direction de la forêt.

Sans hésiter une seule seconde, Geralt empoigna les brides d’Ablette et poussa Ciri dans la direction qu’avait prise Isane. L’enfant ne semblait toujours pas rassurée, mais elle avait confiance en Geralt – et Geralt avait confiance en Isane.

 

***

 

            Ils la suivirent dans la forêt, en dehors du sentier jonché de feuilles mortes, jusqu’à une clairière où une cabane était construite dans un grand chêne et dont on pouvait atteindre la plateforme grâce à un grand escalier en colimaçon enroulé autour du tronc. Jamais encore Geralt n’avait vu une habitation pareille – celles des dryades de Brokilone s’en rapprochaient sans doute le plus, mais en restaient cependant fort éloignées.

La maison perchée semblait avoir deux niveaux. Au premier se trouvait une pièce de vie spartiate avec une cheminée en pierre, un buffet, une table et quatre chaises ainsi qu’un fauteuil. Une échelle conduisait jusqu’à une mezzanine, sur le côté de laquelle se trouvait une porte, sans doute celle de la chambre.

-Depuis quand vis-tu ici ? questionna Geralt en lançant un regard circulaire autour de lui.

Il avait tant de questions à lui poser qu’il ne savait par où commencer ; celle-ci avait franchi ses lèvres en premier, mais en vérité il y en avait d’autres plus urgentes – et plus graves aussi – à éclaircir.

-Longtemps, répondit simplement Isane en jetant sa cape sur le dossier d’une des chaises d’un geste négligent.

Elle se pencha ensuite vers la cheminée, dans laquelle pendait un chaudron d’étain.

-Je t’ai crue morte après l’attaque de Kaer Morhen, poursuivit Geralt en retirant l’armure en cuir qui lui serrait le torse pour ne garder que son pourpoint. Nous l’avons tous cru.

-Et c’est très bien comme ça, assura-t-elle en déposant trois pots de liquide fumant sur le plat de la table.

Il avait parlé sur un ton de reproches, mais Isane ne semblait pas s’en être aperçue.

Voyant que Ciri était restée plantée sur le pas de la porte, Isane lui adressa un sourire qui se voulait rassurant mais qui semblait un peu crispé.

-Tu n’as rien à craindre, dit-elle d’une voix apaisante. C’est du thé. Il te fera du bien, tu as l’air de mourir de froid.

La jeune fille échangea un regard incertain avec Geralt, mais le sorceleur hocha la tête en signe d’encouragement et Ciri finit par venir s’asseoir à la table, en face d’Isane.

-Tu préfères qu’on te croie morte ? reprit Geralt en s’asseyant à son tour, alors que Ciri humait le gobelet fumant avec délice.

-Crois-moi Geralt, me faire passer pour morte a de nombreux avantages, assura Isane avec sérieux. Personne ne vient essayer de me tuer, et ceux qui me croisent me prennent pour un fantôme. Ils ont assez peur pour garder leurs distances, je n’en demande pas plus.

Geralt opina du chef et but une longue gorgée.

-Alors que toi, poursuivit Isane dans un sourire en coin, ta réputation te précède, Loup Blanc.

Geralt lui lança un regard torve. Jaskier et ses foutues chansons !

-Ne me dis pas que tu ne te bats jamais, rétorqua-t-il. Tu n’as pas la carrure de quelqu’un qui ne manie jamais le glaive.

À ces mots, Isane étouffa un petit rire qui n’avait rien de joyeux.

-J’ai voulu tout oublier, admit-elle à mi-voix, mais j’ai fini par comprendre que toute la souffrance endurée à Kaer Morhen aurait été vaine si je ne continuais pas à m’entraîner. Il arrive parfois, de façon occasionnelle, que je ne me serve de mes pouvoirs, mais j’évite de le faire autant que possible.

-Et la créature de tout à l’heure ? interrogea encore Geralt.

-Mourioche ? C’est juste un esprit frappeur qui déteste tout le monde. On dit qu’il a été banni de la cour où il vivait à cause d’un amour interdit et que depuis, il n’existe que pour se venger. Il vit dans la forêt, mais il arrive qu’il s’aventure jusqu’ici l’hiver, lorsqu’il fait trop froid. Sois sans crainte, il ne reviendra pas dans les prochains jours, conclut-elle en haussant les épaules.

Il y eut un moment de silence pendant lequel ils se contentèrent de boire leur thé, puis Isane se tourna vers Cirilla.

-Est-ce que ça va mieux ? s’enquit-elle d’une voix douce.

-Oui, souffla la jeune fille en levant vers elle un regard timide. Merci.

Un sourire sincère apparut alors sur le visage de l’étrangère.

-Puisque Geralt manque à tous ses devoirs, je vais me présenter moi-même, dit-elle. Je m’appelle Isane de Brugge. Et toi, quel est ton nom ?

-Cirilla, répondit la jeune fille, après un instant d’hésitation.

Geralt savait que, lors de sa fuite de Cintra, elle avait dissimulé sa véritable identité sous son deuxième prénom – Fiona ; qu’elle décide de dévoiler son véritable nom à Isane était une preuve de confiance.

-Enchantée, Cirilla, salua Isane en opinant du chef. Sois la bienvenue dans mon humble demeure.

Elle se tut un instant puis jeta un regard de biais à Geralt. De toute évidence, elle mourait d’envie de lui poser de plus amples questions sur sa jeune invitée, mais elle jugea sans doute préférable de ne pas le faire devant elle.

-Vous êtes une sorceleuse ? questionna soudain Ciri.

Elle avait dû rassembler tout son courage pour oser exprimer sa pensée à voix haute.

-J’ai été formée comme telle, oui, admit Isane à contrecœur.

-Je ne savais pas qu’il y avait des filles sorceleurs, reprit Ciri d’un air franchement impressionné.

-Il n’y en a pas, intervint Geralt. Isane est la seule que Vesemir ait formée et…

-La seule qu’il n’a pas réussi à exécuter en la faisant soumettre à l’épreuve des Herbes, tu veux dire, coupa sèchement Isane.

-… il n’y en a pas eu d’autre après elle, acheva Geralt comme si rien ne l’avait interrompu. Pas que je sache, tout du moins.

-Alors… dit Ciri. Ça veut dire que vous avez reçu votre enseignement en même temps ?

-Oui, confirma Geralt. Nous avions le même âge lorsqu’on…

Il s’interrompit, hésitant.

-Lorsque nos parents respectifs ont décidé de nous vendre à Vesemir, conclut Isane d’une voix dure. C’est la pure vérité, autant l’accepter. Nier ne sert à rien.

Geralt se renfrogna. Isane avait raison ; pendant la plus grande partie de son existence, le sorceleur s’était dit que sa mère n’avait simplement pas eu d’autre choix que de le confier à Vesemir mais, après l’avoir brièvement rencontrée quelques semaines plus tôt, il avait quelque peu révisé son jugement.

-Comment Geralt était, enfant ? demanda encore Ciri, l’œil brillant de curiosité.

-Oh, souffla Isane en se laissant tomber contre le dossier de sa chaise, l’air soudain rêveur. Eh bien, il…

En lui jetant un regard de biais, elle s’aperçut que Geralt la défiait silencieusement, mais elle décida de l’ignorer.

-Il était le plus gentil garçon de la forteresse, expliqua-t-elle.

-Vous étiez amis ?

-Oui, affirma Isane. Geralt était mon seul ami, toujours prêt à courir le risque de se faire punir pour m’apporter du réconfort.

Isane souriait à présent d’un air nostalgique et Geralt repensa subitement au rêve qu’il avait eu la nuit précédente. L’orage, le lilas mauve…

C’était pour elle qu’il l’avait cueilli. Parce qu’Eskel s’était moqué d’elle, une fois de plus. Et pour le remercier, elle l’avait embrassé. Un baiser très chaste, sur la joue, mais Geralt se rappelait parfaitement l’avoir demandée en mariage, et elle avait dit « oui ». Le soir suivant, ils avaient organisé une cérémonie en cachette, et s’étaient « épousés ». Une simple promesse enfantine de toujours s’aimer et de s’entraider quoi qu’il arrive. Un jeu comme en ont sans doute tous les enfants, et qui les avait fait se sentir normaux et aimés, au moins pour quelques minutes. Un secret qu’ils avaient jalousement gardé pour eux, de peur de subir les brimades de Vesemir et les railleries de leurs camarades.

-Je devrais aller nous chercher de quoi dîner, dit Isane en se levant soudain. Je ne suis pas une grande cuisinière, mais je ne crois pas que vous soyez en position de faire les difficiles, vu l’état dans lequel vous êtes. D’ailleurs, à ce propos… Cirilla, si tu veux te laver, je peux te remplir une cruche d’eau chaude.

-Ce serait merveilleux ! s’exclama la jeune fille, les yeux brillant de gratitude.

En guise de réponse, Isane se contenta de sourire puis déversa une bonne partie du contenu du chaudron dans un grand pot en argile.

-Tu pourras dormir dans ma chambre, ce soir, ajouta-t-elle. C’est la porte, là-haut.

Elle désigna brièvement le panneau sur le côté de la mezzanine avant de poursuivre :

-Geralt, tu veux bien l’aider à monter l’eau jusque dans la chambre, s’il te plait ? Il y a du linge propre dans le coffre.

Le sorceleur acquiesça tandis qu’Isane jetait sa cape sur ses épaules musculeuses et saisissait une sarbacane posée contre le mur.

-À tout à l’heure, conclut-elle avant de sortir.

            Geralt saisit la cruche par l’anse et fit signe à Cirilla de grimper l’échelle la première. De toute évidence, la mezzanine était une sorte d’atelier car de nombreuses plantes et herbes pendaient du plafond, répandant des senteurs entêtantes. Geralt ouvrit la porte désignée par Isane et se perdit un instant dans la contemplation de la chambre.

            Tout comme la pièce de vie, celle-ci ne contenait que le strict minimum mais il s’en dégageait quelque chose d’à la fois mystique et reposant. Le lit était fait de troncs de bouleaux, et la tête d’un enchevêtrement de racines compliqué. Une étagère était fixée d’un côté du mur, celui le plus proche de la porte – sûrement celui qu’Isane préférait pour dormir –, et un coffre à vêtements était posé juste sous la fenêtre.

            Retrouvant ses esprits, Geralt traversa la pièce puis déposa la cruche dans les mains de Ciri avant d’ouvrir le coffre et d’en sortir un drap dont la jeune fille pourrait se servir pour se laver et se sécher.

-Tu n’as pas besoin de mon aide, n’est-ce pas ? demanda-t-il de façon rhétorique, et Ciri secoua la tête en signe de négation. Dans ce cas, reprit-il, je vais aller voir si je peux aider Isane à prendre du gibier. Tu ne sors pas de la maison, c’est compris ?

La jeune fille acquiesça aussitôt et Geralt sortit de la pièce avec la ferme intention d’obtenir quelques réponses de la part de sa vieille amie.