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AMOUR SOUS COUVERTURE

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Cassian Andor marcha d’un pas rapide jusqu’à la porte de la sortie du Palais de Justice de Montréal, fit un signe de tête à l’agent de sécurité, qui surveillait les allées et venues, et franchit le seuil. Le soleil de fin d’après-midi l’aveugla pendant quelques secondes et il eut immédiatement chaud avec sa chemise bleu foncé cintrée ainsi que son costard noir. Ce n’était que la fin mai, mais c’était l’une de ces journées qui semblaient annoncer le beau temps de l’été à venir.

Il eut une brève pensée pour la piscine creusée dans sa cour arrière et songea que, dans un autre contexte, ça aurait été la soirée parfaite pour une première baignade accompagnée d’une coupe de pinot – et, il fut momentanément distrait par l’image de Jyn en bikini. Presqu’au même moment, son Galaxy vibra dans sa poche et l’écran afficha une photo de sa femme, sourire radieux au visage, ainsi que le nom de contact « Mon amour ».

Le quadragénaire n’eut même pas le temps de prononcer un seul mot, quand il répondit : Jyn était, déjà, lancée dans un discours paniqué. Il n’en fallu pas plus pour le ramener à la réalité : la charge monumentale de travail qui pesait sur ses épaules, ses heures supplémentaires qui s’accumulaient aussi rapidement que ses cheveux gris et le climat anxiogène que lui et sa femme devaient supporter. C’était le plus gros dossier de sa carrière, il y avait un prix à payer.

- Bien sûr que non, mon amour, il n’y a pas de danger, l’interrompit Cassian, rassurant. Le système d’alarme est enclenché, tout va bien.

- Tu es certain que ce sera assez efficace? insista-t-elle, d’un ton qui laissait sous-entendre qu’elle ne croyait pas que cela suffirait à la protéger en cas de besoin.

- Oui, mon amour, c’est efficace. Il y a une souris qui traverse le terrain et l’alarme se déclenche.

- Oui, mais…

- Les policiers sont là?

Il y eut un moment de silence au bout du fil, suivit d’un ‘Frich, frich, frich’ et Cassian devina qu’elle devait marcher jusqu’à l’une des fenêtres qui donnaient sur la rue peu passante, de la ville de la Banlieue de Montréal, où ils habitaient. Le procureur venait d’atteindre les escaliers extérieurs du Palais de Justice et il commença à les descendre d’un pas lent et désinvolte.

- Une voiture blanche? demanda-t-il, enfin, après une trentaine de secondes.

- Il n’y a qu’une voiture noire garée de l’autre côté de la rue, l’informa Jyn.

- Oui, elle est peut-être noire. C’est possible.

Lorsque Cassian atteint le trottoir, sa femme avait reprit son discours paniqué. Il ressentit un élan de culpabilité de lui faire subir cette peur panique, mais il s’efforça tout de même de rester calme. Il devait impérativement garder la tête froide – sans cela, ils seraient deux à crouler sous la panique et ce dossier était beaucoup trop important.

- Je vais être là dans trente minutes, mon amour, il ne t’arrivera rien, je te le promets, la coupa-t-il, à nouveau.

Cependant, Jyn ne l’écoutait pas et sembla faire fi de sa tentative de la rassurer. Il poussa un soupir et tendit la main vers le portier, qu’il avait appelé de son bureau avant de le quitter et qui l’attendait sur le trottoir, afin de récupérer ses clés de voiture. Son automobile – un VUS Volvo XC60, modèle hybride, couleur noir intense – l’attendait dans l’un des rares stationnements face à l’immense bâtisse. Les bouchons de circulation de fin de journée commençaient et Cassian n’eut pas le cœur de dire à sa femme qu’il allait, sans doute, arriver plus tard que dans les trente minutes promises.

- On habite à Terrebonne, Jyn, la chose la plus dangereuse c’est un salon de bronzage! s’exclama brusquement Cassian, un peu fatigué, en faisant le tour de sa voiture pour atteindre la porte du côté conducteur.

- Tu es sûr? Mais, les menaces et…

- Il n’y a pas de danger, mon amour, lui dit-il, en entrant dans sa voiture. Palpatine est fou, mais pas au point de s’en prendre à la femme du procureur de la couronne. Ce serait suicidaire.

- Bon, d’accord, se résigna Jyn. Je t’attends.

- Je t’aime. À tantôt, prononça-t-il, en attachant sa ceinture de sécurité avant de raccrocher.

Ses clés sur le contact, il fit démarrer la voiture. La bombe installée sur le moteur du VUS explosa dans une vive détonation. Les automobiles autour tremblèrent sous le choc, quelques-unes prirent en feu, des systèmes d’alarmes se firent entendre, quelques piétons furent blessés et d’autres poussèrent des cris, effrayés. Plusieurs appelèrent, immédiatement, les services d’urgence afin de rapporter la scène.

Finalement, c’était une belle journée de mai pour mourir.

***

 

Glock 17 à la main, Ben Solo, agent de l’escouade anti-crime organisé du Service de police de la ville de Montréal, courrait à toute vitesse à travers le bouchon de circulation d’une rue à sens unique à proximité du Palais de Justice. Plusieurs voitures klaxonnaient devant cette attente interminable habituelle de la métropole – accrue dû aux débuts de travaux routiers afin de réparer certaines crevasses importantes de la voie asphaltée. À cela, s’ajoutait plusieurs sirènes de police, de pompier et d’ambulance.

Il poursuivait un homme tenant, lui aussi, une arme à feu, de grande taille, début quarantaine, cheveux blancs bouclés. Le fugitif portait un vieux chandail noir si usé qu’un large trou traversait le tissu dans son dos et un collier qui ressemblait à celui d’un chien. Plutôt difficile de le perdre de vue. Le jeune homme aux cheveux noirs accéléra la cadence, lorsque le suspect se retourna afin de vérifier s’il le suivait toujours.

- Ben, tu m’entends? lui parla Jessika Pava, l’une de ses collègues (et meilleure amie), dans son oreillette. Ren est peut-être un témoin important, essaie de ne pas trop le blesser, d’accord?

- Ne t’inquiète pas, je m’en occupe, lâcha Ben, entre deux respirations saccadées.

Ren fit mine de tourner à gauche lorsqu’ils croisèrent une intersection, mais ne fit que zigzaguer entre les automobiles afin de semer son poursuivant. Cependant, sa tactique ne fonctionna pas. La respiration du suspect devenait de plus en plus sifflante au vu de l’effort, mais il continua sa course – son corps rempli d’adrénaline l’aida dans sa tâche. Il bifurqua sur une rue bloquée par des travaux municipaux et espéra que cela retarde suffisamment le policier pour s’échapper.

Quelle idée de merde, aussi, d’avoir trainé si longtemps à proximité du stationnement sous-terrain. Celui-là même où était garée la voiture du procureur avant que Trudgen, déguisé en portier, vienne la chercher et actionne la bombe! Il aurait dû partir immédiatement!

L'inspecteur de police le suivait toujours. Il grogna une insulte.

Ren se retourna et tenta de tirer sur le jeune homme. Sa première balle vint frapper l’un des panneaux annonçant les travaux routiers et Ben évita la seconde, en se penchant. Des ouvriers, manœuvrant sur le chantier, se baissèrent et poussèrent des cris d’effroi. Il tira cinq autres balles, mais elles n’atteignirent pas sa cible. Il tremblait trop dû à son essoufflement et au stress de la situation. Son pistolet se retrouva rapidement sans munition et il le lança furieusement, faute de meilleures idées, sur le policier. L’arme atteignit son épaule, mais ne le blessa pas. Ben grimaça seulement et, instinctivement, frotta l’endroit de l’impact.

Voyant qu’il serait arrêté dans quelques secondes s’il ne faisait rien, Ren fit tomber un cône orange qui annonçait le début de la zone du chantier et le poussa sur le jeune homme. Surpris, Ben trébucha et cela donna un sursis au suspect qui prit aussitôt cette chance pour s’enfuir et contourner le grillage qui entourait les travaux. Il se retrouva rapidement dans un cul-de-sac et dû escalader, le plus rapidement possible, l’une des grilles. Ren retomba sur ses pieds, de l’autre côté, et fila à travers les grues du chantier. Ben, malgré le fait qu’il avait été momentanément retardé, le suivait, de nouveau, de très près. Trop près.

En évitant du matériel de construction, le jeune homme aux cheveux noirs trébucha encore une fois. Ren vit là sa porte de sortie : il grimpa sur la plateforme d’un 4x4 contenant plusieurs tonneaux bleus afin de sauter une autre grille. Ben, qui s’était relevé, tira sur l’une des chaînes, qui tenait les tonneaux ensemble, et la brisa. L’homme aux cheveux blancs glissa instantanément par terre. Bien qu’hébété, Ren se leva et reprit sa course. Par chance, il courait plus rapidement que le policier. Mais, ça n’allait pas suffire.

Il aperçut une voiture, une Toyota Corolla grise, stationnée plus loin. Voilà, son objectif. Il l’atteignit, ouvrit la portière du conducteur et empoigna férocement le col de l’homme derrière le volant pour l’éjecter. Installé, il fit démarrer le véhicule. Ben s’arrêta et pointa son arme à feu sur les pneus de l’automobile pour l’arrêter, mais fut interrompu.

Un tracteur fonça sur la voiture et sa pelle fit faire à la Toyota un 180°, se retrouvant sur le capot.

Un peu surpris par cette finalité, le glock 17 de Ben retomba lentement et il plissa des yeux pour distinguer le chauffeur à travers la vitre sale de la cabine du véhicule jaune. Une poignée de secondes plus tard, Han Solo, triomphant, sorti du tracteur et fit signe à son fils que tout allait bien en levant ses deux pouces.

Ben poussa un soupir excédé et roula des yeux.

Une trentaine de minutes plus tard, après avoir procédé à l’arrestation et délimiter la scène de l’accident, Jessika, accompagnée de Thanisson, arrivèrent sur les lieux. Son amie, qui avait reconnu le criminel notoire, Kyle Renfield, dit ‘Ren’, était restée à l’arrière et avait grimpé rapidement sur le toit de l’un des immeubles avoisinants pour avoir une meilleure vue sur la poursuite dans le cas où il aurait réussi à semer Ben. L’autre policier, quant à lui, avait participé à la poursuite du portier, mais ce dernier avait pris la poudre d’escampette et était resté introuvable.  

Jessika lui lança un regard interrogateur devant le spectacle de la Toyota accidentée et l’homme, le propriétaire de la voiture, qui criait sur Han Solo. Ben se contenta de désigner le commandant de l’escouade anti-crime organisé et de prendre un air bourru – qui n’était pas sans rappeler son père. La jeune femme se mordit la lèvre et poussa un petit soupir. Elle avait l’impression qu’un début de migraine semblait prendre racine en elle à la simple idée qu’elle allait assister à la prochaine discussion – dispute – entre le père et le fils.

Ces deux-là étaient comme chats et chiens.

- Merci, Han. Il y a notre seul suspect qui a failli mourir d’un accident de voiture, tu vois... Mais, sinon, wow. Bravo. Tu t’es surpassé. Belle arrestation de redneck, lui dit Ben, sarcastique, quelques minutes plus tard, lorsque les quatre policiers se réunirent pour faire le constat de ce qu’il s’était passé.

- Es-tu en train de dire que je mettrais volontairement la vie d’un suspect en danger? tiqua le sexagénaire.

- Attends, hum… Laisse-moi réfléchir… OUI, oui, je pense vraiment ça, déclara son fils, furieux. Tu n’as pas vu que j’avais la situation bien en main et que j’aurais pu l’arrêter tout seul? Mais non, il a fallu que tu fasses ton show-off et que tu montres, une fois de plus, à quel point le grand Han Solo est si fabuleux!

Les deux se faisaient face.

Ben, d’un côté. Cheveux noir corbeau encore plus en désordre qu’à l’habitude, à la suite de sa poursuite, yeux ambrés, nez imposant, traits asymétriques, bouche pulpeuse, oreilles décollées, plusieurs grains de beauté sur la peau, chandail noir froissé, jean noir plein de poussière, forte carrure, grande taille. D’une beauté assez inhabituelle.

Han, de l’autre. Cheveux gris et blancs en épis, nez imposant et tordu, yeux marrons, plusieurs rides décorant son visage, peau bronzée, tatouage en noir et blanc d’une espèce d’ancre à la pointée courbée, surmontée d’un losange avec des cassures, sur le biceps droit, chandail blanc, jean noir parsemé de poils de chien, carrure moyenne, grande taille. Jadis entrant dans les standards de beauté.

Le père et le fils se ressemblaient à quelques égards, mais à peine.

Et, pris entre les deux, Thanisson et Jessika les observaient en silence. Ils avaient assisté à leur querelle tellement de fois, qu’ils ne ressentaient plus aucun malaise face à elles. Simplement beaucoup de fatigue.

- Ah, c’est ça, le problème! rétorqua Han, avec un air suffisant. Tu voulais l’attraper toi-même!

- Est-ce que c’est la vieillesse? Ou la retraite qui approche? demanda Ben, qui ne décolorait pas. Est-ce que t’essaies de te préparer une banque d’anecdotes pour l’hospice? Le besoin de te sentir vivant? Si c’est ça, trouve-toi un hobby et va t’amuser à faire de l’aquaforme ou n’importe quoi d’autre!

- Relaxe, fiston. Prend ça chill, on l’a, le méchant.

Il pointa le suspect, derrière lui, assis sur la banquette arrière d’une voiture de police.

- Chill? répéta Ben, en sourcillant. Tu dis chill, maintenant?

- Je dis chill, si ça me tente. Je peux dire cool, si tu aimes mieux.

- T’essaie de te prendre pour qui? Un adolescent de quinze ans?

- Jessika, répliqua le commandant en se tournant vers la jeune femme. Est-ce que je dis chill?

La jeune femme cligna des yeux plusieurs fois, ennuyée, et regarda son collègue.

- Il dit chill, confirma-t-elle, d’une voix morne.

Cela ne freina pas leur dispute. Jessika, fatiguée, déclara qu’elle ramènerait le suspect au poste de police. Libre à eux, s’ils voulaient perdre leur temps dans leur argumentation inutile.

***

 

- Le présumé chef de la mafia montréalaise, Sheev Palpatine, a été remis en liberté ce matin, annonça Suralinda Javos, présentatrice du téléjournal à la chaîne de télévision République.

Des images de Palpatine, en costard sur-mesure, air confiant, sortant du Palais de Justice, accompagné de son avocat, un homme qui avait des airs de Robert De Niro, et d’une jeune femme, brune, d’une vingtaine d’années, vinrent illustrer son propos.

- Aucune preuve n’a pu le relier au meurtre de Cassian Andor, l’un des procureurs de la commission Holdo, sur le crime organisé, poursuivit-elle.

Des images de la carcasse de la voiture piégée apparurent et, en haut à gauche, une photo du défunt procureur de la couronne.

Quelques secondes plus tard, une femme d’une soixantaine d’années, soigneusement apprêtée, cheveux blonds coiffés en chignon impeccable, yeux saphir, des perles comme boucles d’oreilles, tailleur gris et comme unique fantaisie une chemise violet pâle, assaillie par plusieurs journalistes, apparut.

- Je ne céderai pas face à quelconque intimidation possible, garantit Amilyn Holdo, juge en chef. Cette commission est bien trop importante et j’ai l’intention de la mener jusqu’au bout.

***

 

- Tu vas t’arranger pour que Ren ferme sa grande gueule, ordonna Sheev Palpatine.

Son bureau, situé au trente-troisième étage d’un imposant gratte-ciel, avait de grandes fenêtres qui donnaient sur une vue exceptionnelle. La pièce avait une décoration minimaliste et les seuls meubles étaient son bureau ainsi qu’une table de travail sur laquelle se trouvait un plan de chantier.

Palpatine avait établi sa richesse en créant Exegol Construction. En magouillant, passant des pots-de-vin à qui de droit, il avait mis la main sur toutes les constructions les plus lucratives au pays. Et, bien que ses activités économiques se soient diversifiées avec le temps, il était toujours un entrepreneur en construction aux yeux de tous.

Assis derrière son bureau, il regarda avec mépris Armitage Hux faire les cent pas devant lui.

- Tuer un procureur, ça n’a aucun bon sens! s’écria, soudainement, le roux. On s’en va beaucoup trop loin! On est déjà sur la corde raide! On creuse notre tombe!

- Est-ce que tu sais ce qui serait trop loin? s’agaça Palpatine, d’une voix doucereuse. Moi en prison.

- Oui, mais…

- Tu peux te compter chanceux que mon trésor t’aime, Hux. Tes jambes ne survivront pas longtemps, si tu continues à mettre en doute mes décisions.

Le jeune homme se pinça les lèvres et croisa ses bras derrière son dos. Il n’osa pas rappeler à l’homme puissant que c’était bien la première fois qu’il s’insurgeait contre lui. Armitage avait toujours été un homme loyal. C’était, d’ailleurs, lui qui exécutait les personnes qui trahissaient Palpatine. Il n’avait aucune envie de se retrouver dans la position inverse.

- Tu t’occupes de Ren, trancha le chef de la mafia.

- Entendu.

Hux se tourna et marcha vers la porte du bureau.

- Au fait, Hux… Comment va ma petite-fille depuis qu’elle est… revenue?

Armitage s’arrêta, réfléchit et soupesa ses prochaines paroles.

- Elle va bien. En revanche, elle… n’apprécie pas beaucoup la nouvelle protection à laquelle, elle a droit.

Sheev éclata d’un rire grinçant. Sans joie.

- Dis-lui que je me suis fait un sang d’encre, durant les deux jours où elle a disparu.

- Bien sûr, souffla Hux avant de franchir le seuil de la porte et disparaître.

***

 

Assis dans une voiture anonyme, Thanisson et Ben regardaient, de loin, un couple se parler. Un roux et une brunette. Ils s’étaient arrêtés de marcher devant la devanture d’un salon de coiffure « Le Jakku ». Par précaution, si cela devait s’avérer nécessaire, Thanisson avait, à la main, une caméra vidéo et filmait la scène tandis que Ben avait un ordinateur portable sur ses genoux, appuyé contre le volant. Ils faisaient de la surveillance.  

Tous les deux savaient que l’homme – grande taille, élancé, roux, cheveux bien coiffés sur le côté, chemise noire, pantalon noir, chaussures noires – était, l’un des hommes de main de Palpatine. Ils l’avaient déjà vu, à plusieurs reprises, mais les policiers n’avaient jamais eu suffisamment de preuves afin de monter un dossier contre lui et de l’arrêter. Armitage Hux. C’était une anguille insaisissable.

Cependant, la jeune femme semblait, de prime abord, inconnue. Ben la regarda longuement, plissant des yeux. Il se rappelait avoir vu son visage quelque part. Où? Le policier n’en avait aucune idée. De son poste d’observation, il ne pouvait pas voir beaucoup de détails : ses cheveux bruns coupés au carré au niveau de ses épaules, sa silhouette mince et svelte, des vêtements un peu bohème qui contrastaient avec l’austérité des vêtements de son copain – une longue jupe noire avec des motifs de papillons bleus, un haut blanc à manches courtes, presque transparent, qui laissait transparaître le soutien-gorge bleu électrique, des bracelets à ses poignets et des sandales à semelles compensées. Elle était belle. Elle était un soleil dans cette journée plutôt nuageuse.

Le couple s’embrassa sur le trottoir.

Ben la fixa, réfléchissant. Où avait-il bien pu l’apercevoir? Ses doigts pianotèrent distraitement sur le clavier de son ordinateur et il eut soudainement un flash. Les images de Palpatine, sortant du Palais de Justice, qui avaient fait la une de tous les téléjournaux de la province de Québec, la veille. Les images avaient circulé si souvent, en boucle depuis hier, Ben les avait mémorisées, sans difficulté. Il s’arracha à sa contemplation, difficilement, baissa les yeux sur son écran et entreprit de retrouver ce court passage.

Ce fut un jeu d’enfant.

Le policier regarda le court extrait et appuya sur pause. Bingo! C’était bien elle.

- Regarde, montra-t-il, à Thanisson.

Il pointa du doigt la brunette qui accompagnait Palpatine à sa sortie du Palais de Justice. C’était l’inconnue qui était en train d’embrasser langoureusement le rouquin devant eux.

- Eh bien, eh bien, eh bien, fit son collègue, avec un petit sourire en coin. Quand j’ai vu ça, hier, j’ai pensé que Palpatine avait un faible pour les femmes plus jeunes que lui.

La simple idée d’imaginer la jeune femme avec le chef de la mafia donna envie de vomir à Ben.

- De toute évidence, non, puisqu’elle embrasse cette grande échalotte, grinça-t-il.

- Hm, dommage.

- Dommage? Je peux savoir ce qu’il y a de dommage là-dedans?

- Bah… Je sais pas. C’est plutôt drôle, imaginer la vie sexuelle des autres, non?

- Euh… Non. J’ai d’autres loisirs, merci bien.

- L’autre jour, j’ai eu un débat avec un ami, à propos de Kim Jung-Un. Je suis pratiquement certain qu’il est diabétique, continua Thanisson, léger.

Ben secoua la tête et préféra ne rien ajouter. Il voulait savoir qui elle était. Elle était forcément importante pour accompagner Palpatine au tribunal. Et, de toute évidence, elle fréquentait, également, l’un de ses lieutenants. Elle trempait dans la mafia.

Il continua d’observer la scène qui se jouait devant ses yeux. Après quelques secondes, l’inconnue recula de l’étreinte du roux, lui parla encore un peu et entra dans le salon de coiffure. Hux, quant à lui, inspecta la rue, entra dans sa voiture et démarra au quart de tour.

Le jeune homme donna un coup de coude dans le flanc de Thanisson, ce qui le fit taire (il était rendu à lui expliquer comment Bill Gates était un reptilien).

- Va dans ce salon de coiffure, lui dit-il, en pointant du doigt la devanture colorée.

Impossible que Ben y aille, lui-même. Avec sa carrure et sa taille, il était incapable de passer inaperçu. Thanisson râla un peu, éteignit la caméra, mais fini par abdiquer. Il sortit de la voiture, trottina jusqu’au Jakku, et y entra. Cinq minutes plus tard, il était déjà revenu.

- J’ai seulement le nom de sa coiffeuse. Elle s’appelle Shasa.

***

 

- Comme Ren refuse toujours de collaborer, il faut revoir notre plan de filature, expliqua Han Solo.

L’escouade anti-crime organisé était réunie dans l’une des salles de réunion du troisième étage du quartier général du SPVM, le Service de Police de la Ville de Montréal. Tous les membres étaient présents sauf Jessika, qui brillait par son absence.

Tous les regards convergeaient vers Han, debout devant un écran où l’on voyait apparaître toutes les pistes potentielles afin de coincer Palpatine. Il y avait plusieurs noms, mais très peu allaient mener à un réel résultat. C’était une toile d’araignée insoluble.

- On perd notre temps avec lui, lui, lui et lui, continua le commandant, en pointant le nom de chaque personne qu’il disait être inutile.

- Kaplan est son barbier, je crois qu’on peut le rayer, également, fit savoir Kaydel.

Au fur et à mesure qu’on éliminait des noms, Thanisson les effaçait du document. Une dizaine seulement restait à la fin de l’exercice.

Han se tourna vers son fils.

- Qu’est-ce que ça donne avec Hux?

- Rien du tout, grimaça Ben. Il est tranquille comme un agneau et on le voit pratiquement tout le temps avec une fille. Une brunette. On a décidé de la mettre sous surveillance, également.

Le sexagénaire acquiesça, ne passa aucun commentaire et interrogea un autre de ses collègues. La mâchoire de Ben se contracta et il prit un air renfrogné. Est-ce que ça tuerait son père de lui dire, au moins une fois dans sa vie, qu’il avait fait quelque chose de bien? Il n’avait pas besoin de félicitations en grandes pompes, juste un ‘bien pensé’ ferait amplement le travail. Ce serait du jamais vu. Il ne se rappelait pas, une seule fois, avoir entendu son père être satisfait de quelque chose qu’il avait bien pu faire. Il poussa un soupir, joua distraitement avec son stylo et imagina l’enfoncé dans l’ego de Han.

Apparemment, la visualisation était une bonne manière de gérer ses émotions.

Leia Organa – cheveux grisonnants, coiffure élaborée, les yeux couleur ambre, tailleur gris, fin cinquantaine – entra dans la salle de réunion sans prendre la peine de cogner. Elle ne cilla pas lorsque toutes les personnes présentes dans la pièce se tournèrent systématiquement. Cependant, un petit coin de sa bouche se releva quand son mari, à l’autre bout de la pièce, consentit enfin à poser ses yeux sur elle.

La police était une affaire de famille chez les Organa-Solo.

- Où en êtes-vous? questionna-t-elle, sans prendre la peine de saluer qui que ce soit. J’ai fait tout mon possible pour retarder le transfert de Ren en centre de détention pour vous donnez le temps de l’interroger ou trouver une piste… Mais c’est le dernier délai que je peux vous accorder. À 16h, on viendra le chercher.

- Il ne veut toujours pas parler, l’informa Ben, exaspéré.

Leia eut un sourire pour son fils – premier signe de gentillesse envers qui que ce soit depuis ce matin. Ses nerfs étaient à vif. Ça faisait deux jours, déjà, qu’elle faisait de l’insomnie. Elle était à cran. Stressée. L’enjeu était trop grand et la pression médiatique énorme.

- Trouvez quelque chose, insista la directrice du service des affaires criminelles, son air impassible, de retour. J’ai, déjà, refusé cinq appels du ministre de la Justice et il n’est même pas 13h.

Han roula des yeux.

- On s’en fout du ministre de la Justice, rétorqua-t-il, blasé, avec un petit rictus. La semaine prochaine, il aura sûrement changé de poste.

- En attendant, c’est lui, fit Leia, la voix dure, en haussant ses sourcils parfaitement épilés et bien courbés.

- Tu veux que je fasse quoi, au juste? Un miracle?

Se disputer et se donner en spectacle était, également, une affaire de famille.

Les agents regardaient, tour à tour, Han et Leia. Ben, quant à lui, était plutôt stoïque face à cette scène qu’il avait vue, vue et revue sous toutes les formes et variantes possibles depuis sa naissance. Il en connaissait presque le texte par cœur.  

- Je ne veux pas un miracle, je veux que tu fasses quelque chose, le contra-t-elle.

- Est-ce que tu crois qu’on se tourne les pouces?! s’insurgea-t-il, insulté.

- Non, mais…

- Merci de ton aide, lui dit-il, sarcastique. Et, si tu retournais à ton téléphone? Je crois l’entendre sonner. Ça doit être le ministre qui veut prendre le thé.

Si le regard de Leia avait été un Coonan .357 Magnum, il aurait fallu organiser des funérailles au sexagénaire sur le champ. Elle s’humecta les lèvres.

- Si tu penses que mon travail est de prendre le thé avec qui que ce soit…

- Tu vas faire quoi, exactement?

Les poings de la femme blanchirent tellement elle les serrait fort afin d’éviter de le frapper. Par chance, au plus profond d’elle, elle aimait cet homme.

- Je te donne carte blanche pour interroger Ren, déclara soudainement Leia. Je suis prête à couper les vidéos de surveillance de la salle d’interrogatoire. Tu pourrais faire ce que tu veux.

- Vraiment? sourcilla-t-il, peu convaincu.

- J’y assisterai, évidemment.

- Évidemment, répéta Han, ironique.

Sans ajouter quoi que ce soit, elle quitta la salle de réunion, en coup de vent.

***

 

Une heure plus tard, Han était assis calmement à la table de la salle immaculée d’interrogatoire. Kaydel, Leia et Ben étaient debout, derrière le miroir sans tain. Deux policiers firent entrer Ren dans la salle et le sexagénaire ne sembla voir aucune importance au fait de menotter le criminel après la table, fixée dans le sol. Le commandant le salua joyeusement – à la limite de l’impertinence.

Ren cracha par terre, provocateur.

- Je n’ai pas parlé jusqu’ici, je ne vois pas pourquoi je le ferais, cingla-t-il.

- C’est ce qu’on va voir, balaya Han, en faisant un geste de la main. Assieds-toi, je t’en prie.

Il désigna la chaise, fixée, elle aussi, dans le sol. Ren, par souci d’opposition, ne l’écouta pas et resta debout. Han sembla s’en amuser.

- Bon, Kyle Renfield, introduisit le policier, se mettant à lire le dossier devant lui. Vol de voiture, vol qualifié, extorsion, séquestration, enlèvement, gangstérisme… Sais-tu, c’est drôle, que tu ne l’avais pas, meurtre au premier degré?

Ren haussa des épaules et consentit, enfin, à s’asseoir. 

- Je l’ai déjà dit, j’étais dans le coin et je me suis sauvé à cause de l’explosion.

Le sexagénaire dodelina lentement de la tête, se leva, prit sa chaise (la seule qu’on pouvait bouger dans la salle d’interrogatoire) et contourna la table afin d’être du même côté du criminel. Il posa la chaise au sol et se rassit.

- Écoute, Ren, je vais faire un deal avec toi.

Han posa sa main sur l’épaule de Ren, comme s’il parlait avec un ami de longue date.

- Tu me donnes Palpatine et on va penser à enlever une ou deux charges contre toi. On est d’accord?

L’accusé se recula afin d’éviter son toucher.

- Je ne le connais pas, Palpatine, trancha-t-il.

- Ah… Tu le connais pas…

Brusquement, le policier frappa la table et empoigna le col de Ren pour l’amener vers lui.

- Me niaises-tu? cria-t-il, d’une voix menaçante. Tu as fait sauter un procureur!

Un peu affolé, Ren se recula afin d’échapper à la poigne de Han.

- Eh! Tu n’as pas le droit de me toucher!

- Mais oui, je sais…, lâcha le sexagénaire, beaucoup plus doucement.

Derrière la vitre, Ben roula des yeux. Les méthodes de son père, naviguant entre brutalité et douceur, pour extirper de l’information du suspect étaient… Il avait l’impression de voir un vieux film policier. Bon sang! Ce n’était pas pour rien que des cours de psychologie étaient enseignés!

- Han, c’est le seul qui est capable de faire le bon policier et le mauvais policier, en même temps, observa Kaydel, admirative.

Ben soupira, agacé, mais resta silencieux. Elle n’était pas la seule à être émerveillée devant tout ce que faisait Han Solo – ou à le voir comme une idole ou un mentor. Son père avait participé à plusieurs opérations policières, avait défait des gangs de rue comme Kessel et avait infiltré l’Aube Écarlate pendant deux ans avant de contribuer à défaire l’organisation.

Leia, qui se tenait debout entre les deux inspecteurs, posa une main rassurante et aimante dans le bas du dos de son fils. Elle connaissait l’amertume de celui-ci à l’égard de son père. La quinquagénaire aurait tellement aimé que les deux hommes de sa vie s’entendent bien. Ben se tourna vers sa mère et elle lui fit un petit sourire. 

Pendant ce temps, Han expliquait au criminel que s’il le frappait – même s’il n’en avait pas envie – ça laisserait des marques et que, dans un sens, Ren était censé sortir d’un accident de voiture. Là-dessus, sans aucune douceur, le policier posa sa main sur la tête de l’accusé et vint frapper la tête de ce dernier sur la table.

Leia grimaça légèrement devant ces méthodes. Elle détestait cela. Mais… À situations désespérées, solutions désespérées. On cogna timidement à la porte et la directrice des affaires criminelles demanda silencieusement à son fils d’aller répondre.

Il tomba nez à nez avec une Jessika à la chevelure… verdoyante. Ses longs cheveux noirs étaient, maintenant, vert radioactif. Et, c’était affreux. Le jeune homme cligna des yeux plusieurs fois afin d’enregistrer l’information qu’il avait sous les yeux, ouvrit la bouche plusieurs fois pour prononcer quelque chose, mais se ravisa constamment. Le policier fit mine de sortir de la pièce et referma la porte. Ils seraient plus à l’aise de parler dans le couloir et ils n’entendraient pas les cris de l’interrogatoire.

- Qu’est-ce que… Tu… Qu’est-ce qui est arrivé à…, bredouilla Ben. Tes cheveux?

- Eh bien, j’ai pris un rendez-vous avec Shasa, expliqua-t-elle. Comme tu me l’avais demandé.

- Oui, mais je ne t’ai jamais dit de te teindre les cheveux! Encore moins de cette couleur! s’exclama le jeune homme.

Jessika fit un sourire contrit.

- Je lui avais demandé de me couper les pointes, rafraîchir ma coupe de cheveux… Je croyais que ce serait suffisant pour rassembler un peu d’informations. Avoir un nom, au moins. J’étais vague, mais en même temps assez précise. Mais cette fille est une vraie calamité! Son cerveau doit être nourri que par deux neurones! Elle ne comprend absolument rien! Alors, j’ai paniqué. Je lui ai demandé une teinture, je lui ai dit la première couleur qui m’est venue en tête et BAM! Je ressemble à une laitue!

- Oh…, ne trouva rien d’autre à dire Ben.

- Un désastre capillaire, résuma Jess.

- Tu es tout de même très jolie, lui mentit le jeune homme, par souci de préserver un peu l’estime de son amie.

- C’est ça… grommela-t-elle, n’en croyant pas un mot. Au moins, j’ai finalement eu un nom. Je suis passée à deux doigts de demander une permanente. Elle s’appelle Rey Palpatine. C’est la petite-fille de Palpatine.

Intéressant. Ça se concrétisait. Ben se félicita d’avoir poursuivi dans cette lignée. La petite-fille du chef de la mafia ; ce n’était pas rien. Si elle l’avait accompagnée au Palais de Justice, cela voulait dire, également, qu’ils étaient proches. Et, c’était peut-être enfin la faiblesse de Palpatine qu’ils cherchaient tant!

Le jeune homme, ravi, remercia son amie, qui repartit afin d’enrayer son problème capillaire ou, tout du moins, d’amoindrir l’intensité de la couleur. Il imaginait déjà la tête de son père lorsqu’il lui apprendrait qu’il avait quelque chose contre Palpatine! Ben entra dans la pièce et ne jeta pas un œil à Han qui berçait ou essayait d’étrangler Ren – ce n’était pas très clair. Il s’approcha de sa mère, avec un grand sourire, tandis que de l’autre côté le sexagénaire venait de relâcher le suspect et s’apprêtait à quitter la pièce d’interrogatoire.

- J’ai quelque chose sur Palpatine, commença Ben.

Au même moment, Han ouvrit la porte.

- C’est Rey Palpatine, l’interrompit son père. C’est elle qu’on doit surveiller pour avoir Palpatine.

 

 

Chapter Text

Selon les aveux de Ren, Sheev Palpatine surprotégeait sa petite-fille, Rey. Il s’agissait de sa petite princesse. Mais le criminel déclarait qu’une telle protection cachait quelque chose. La jeune femme savait sûrement tout sur son grand-père et ses manigances, connaissant tous ses coups à l’avance, sans compter qu’elle était en couple avec le bras-droit de Palpatine, qui avait déjà plusieurs meurtres à son actif. Le chef de la mafia craignait que la police ne l’atteigne. Peut-être avait-il également peur que sous la pression des forces de l’ordre, elle accepte de témoigner contre lui et de fournir toutes les preuves.

- Je vous dis que je tiens cet abruti de Kyle Renfield par les couilles, répétait Han Solo. Il va accuser Rey de complicité dans les crimes de son grand-père, elle va paniquer et nous livrer Palpatine! Et hop! Affaire classée!

Un évènement imprévu alla cependant à l’encontre de l’affirmation du chef d’escouade. Trois policiers conduisirent Ren à un fourgon blanc qui devait le transférer en centre de détention. Puis, le véhicule partit. Mais alors que le trio rentrait dans le commissariat, un deuxième van blanc portant l’insigne du SVPM se gara devant eux. Confus, le chauffeur demanda où était le détenu. Les policiers poussèrent un juron. Ils s’étaient fait avoir.

Le faux fourgon, conduit par Kuruk, un des complices de Ren, mena le captif jusque sous un pont, à l’abri des regards. Puis, il le fit sortir et le délivra de ses menottes. L’opération d’évasion s’était déroulée sans encombre. Cela dit, Ren ne put s’en réjouir lorsqu’Armitage Hux, le bras-droit du chef de la mafia en personne, surgit devant lui en braquant un revolver sur sa tête.

- Toi! Gros con! grinça le rouquin en s’approchant de lui. Alors, on copine avec la police, maintenant?

Malgré l’arme qui le menaçait, Ren restait impassible. Il voyait bien la nervosité de Hux derrière ses airs de dur. Il savait qu’il s’était fermement opposé à l’idée de se débarrasser du procureur, malgré la volonté de son patron. Tout le monde pensait que son bras-droit était devenu trop sentimental. Sans doute à cause de son couple avec Rey Palpatine. Elle l’avait trop « adouci » et lui faisait perdre toute crédibilité.

- Je n’ai rien dit, déclara Ren.

Hux l’agrippa par le col et enfonça l’embout de son revolver dans sa joue.

- Ah ouais? Quoi, tu vas me dire que vous avez seulement pris un petit thé avec des petits gâteaux en discutant tranquillement de la météo? Hein? Tu veux vraiment me faire avaler ça?

- Je les ai conduits sur une fausse piste, je te signale, rétorqua Ren en crispant les mâchoires. Je ne suis pas aussi con que tu le crois.

- Ouais, c’est ça, marmonna le rouquin, incrédule, en levant les yeux au ciel. Moi, je pense que tu leur as raconté tout ce qu’ils voulaient savoir et que tu cherches à faire passer ça pour une fausse piste.

Faisant un peu moins le fier, Ren ravala sa salive. Mais son égo refusa cependant de le supplier de l’épargner, même si Hux le foudroyait du regard, son doigt titillant la détente.

- Bah, allez, tire. Montre-moi quel homme tu es, monsieur le lieutenant du vieux Palpatine. Tout ce sang sur tes mains, ça ne te dérange pas, pas vrai?

Le bras-droit du chef de la mafia serra les dents. L’espace d’un instant, il envisagea l’idée fort tentante de loger une balle dans la tête de cette balance. Mais sa main tremblait. Une sueur coula sur son front, trahissant son stress et ses doutes. Poussant un grognement de rage, Hux repoussa violemment Ren et lui ordonna de disparaître. Il n’aurait qu’à assurer à Palpatine qu’il n’y avait aucun danger. La police ne savait rien. Aucun souci à se faire. N’est-ce pas?

***

 

La perte du suspect Kyle Renfield augmentait la pression sur les épaules des forces policières. Malgré leurs recherches immédiates pour le retrouver, leurs efforts restaient vains. Le ministre de la Justice, Lando Calrissian, les traitait d’incompétents, tout comme les médias. Chaque chaîne de télévision semblait ne parler que de ça. Leia Organa déclara fermement à son équipe que cette affaire devenait leur priorité numéro un. Il fallait absolument remonter la pente à la suite de cet énième échec cuisant.

Ben était tout à fait d’accord. Mais pour lui, cet échec de son père était une occasion de prouver sa valeur. Il misait tout sur cette Rey Palpatine et avait pour mission de tout apprendre sur elle. Pas besoin de cet idiot de Ren pour l’atteindre. En jouant les bonnes cartes, il finirait bien par trouver un moyen de la faire parler. En attendant, Ben la prenait en filature et mémorisait la moindre information sur elle. Même les plus futiles. Et il répétait tout ce qu’il apprenait à qui voulait l’entendre.

Rey Palpatine était âgée de vingt-cinq ans et six mois, mesurait 1m70 et pesait 65 kilos. Elle pratiquait des sports comme le fitness, le kickboxing et le taekwondo pour se maintenir en forme. La jeune femme avait grandi en Ontario jusqu’à la mort de ses parents dans un accident de voiture alors qu’elle avait six ans. Depuis, elle avait été confiée à son grand-père, son seul parent restant.

Rey Palpatine sortait avec Armitage Hux depuis un an. Elle travaillait comme simple serveuse dans un bistro, le Niima du quartier Ahuntsic, sans doute pour éviter d’attirer l’attention sur elle. Ce qui devenait difficile avec les gardes du corps que son illustre grand-père lui imposait sans cesse. À moins que cela ne cache des activités plus illégales?

- Son parfum a des notes de jasmin, de marguerites et de groseilles, racontait Ben à ses collègues alors qu’il travaillait ses tractions à la barre fixe, dans leur salle de sport. Ça sent… l’été.

- Comment tu sais ce qu’elle sent? balbutia Jessika après avoir manqué de s’étrangler avec la gorgée d’eau qu’elle buvait. Ne me dis pas que tu es allé renifler son cou ou ses vêtements!

Son collègue lâcha la barre fixe, retomba sur ses pieds et essuya la sueur sur son front. Son visage était rouge, mais elle ne saurait dire si c’était à cause de l’effort ou parce qu’il était indigné par ses insinuations.

- Bien sûr que non! s’insurgea-t-il. J’ai juste trouvé le flacon de parfum dans ses poubelles.

- Parce que tu fouilles dans ses poubelles en plus?

- Juste un peu. Et alors? Il faut rester à l’affût du moindre détail.

Jessika leva les yeux au ciel et se frotta la tête. À la suite de son incident capillaire, elle s’était coupé les cheveux très courts sur les côtés du crâne à l’exception d’une belle mèche reteinte en bleu sur le sommet. Une petite coupe de pixie. Cela lui allait bien mieux. Un véritable miracle d’avoir pu rattraper la catastrophe.

Mais cela lui rappelait que son meilleur ami, après l’avoir complimentée sur sa nouvelle coiffure, avait aussitôt enchaîné par : « Rey Palpatine s’est seulement coupé les pointes pour rafraîchir son carré quand elle est allée au Jakku, elle. »

- Tu sais, ça fait des jours que tu la stalkes sans arrêt et je vais te le dire franchement : si tu n’étais pas un flic enquêtant sur une suspecte, ça commencerait à devenir vraiment creepy.

- Je fais juste mon travail, Jess, argua Ben, outré, avant de s’attaquer aux haltères. J’en sais déjà bien plus que mon père, je te signale!

Et cela ne s’arrêtait pas là. Il n’arrêtait pas d’énumérer chaque nouvelle trouvaille qu’il faisait sur la petite-fille du chef de la mafia. Durant la pause du midi, la pause-café, l’entraînement au tir… Plus aucune vraie conversation ne s’engageait entre Ben et ses collègues.

Les pauvres ne faisaient qu’acquiescer distraitement en apprenant que Rey Palpatine raffolait de la pizza aux peppéronis et fromage, allait toujours faire son jogging à 7h30 précise dans le parc près de chez elle et fabriquait sa propre mayonnaise bien qu’elle cuisine comme une tanche.

Rey, Rey, Rey, Rey, Rey. Ben n’avait plus que ce mot à la bouche.

***

 

Le vendredi, ce fut l’anniversaire de mariage du couple Solo-Organa. Pour fêter l’évènement, Han invita sa chère épouse dans un superbe restaurant quatre étoiles, le Coruscant. Une ambiance tamisée, une belle musique de piano dans les airs et un décor enchanteur, rouge passion.

Le vieux couple s’était mis sur son trente-et-un. Leia s’était fait une magnifique couronne de tresses, coiffure travaillée dont elle seule avait le secret. Et tous deux se délectaient d’un repas succulent en riant, submergés par la nostalgie de leur mariage. Combien même ils s’étaient toujours pris la tête, ils n’avaient jamais cessé de s’aimer.

- Je me souviens qu’à un moment, comme j’étais enceinte du petit, j’avais vraiment l’impression d’être une baleine dans ma robe blanche, soupira Leia.

- Oui, mais tu étais une très jolie baleine, la rassura son mari.

Elle sourit.

- Oh! Et tu te souviens de Lando qui s’était enfilé toute la tequila du buffet et qu’on a retrouvé en train de ronfler très fort, roulé en boule sous une des tables?

- Oh oui! gloussa Han. Pire témoin de mariage de tous les temps! Si j’avais su, j’aurais demandé à Beckett!

Leia éclata de rire.

- Tu parles, ton ancien patron abusait encore plus de la bouteille que Lando!

- Certes… En tout cas, ça nous fait des archives pour notre cher ministre de la Justice! On pourrait les ressortir s’il continue de nous harceler. Je crois même que j’ai gardé des photos.

- Hé, on ne parle pas de travail, ce soir, rappela la femme. Tu sais, cette sortie me fait vraiment du bien. Ça me permet de respirer un peu d’air frais, d’oublier ces histoires et de décompresser un minimum. Au travail, j’ai l’impression que ma tête va exploser…

Han acquiesça alors qu’il coupait son canard aux cinq parfums.

- Oh, je me souviens aussi d’Amilyn… Elle avait encore ses cheveux lilas à l’époque, rien à voir avec la juge aux allures strictes qu’on nous présente aujourd’hui aux médias. Deux minutes avant la cérémonie, elle m’avait dit qu’il était encore temps pour m’enfuir car il fallait se méfier des policiers séduisants aux grands yeux noirs qui jouent les vauriens.

- Bah quoi? Je suis un gentil vaurien, non?

Le sourire de la quinquagénaire s’élargit. Elle se pencha pour poser sa main sur celle de son mari. Ils se disputaient toujours au travail, mais cela lui faisait du bien de le retrouver. Elle avait l’impression qu’ils n’avaient pas été ensemble, vraiment ensemble, seulement tous les deux, depuis des lustres. Mais à son grand soulagement, même les horreurs de Palpatine n'étaient pas parvenues à les empêcher de fêter leur trente ans de mariage comme il se doit!

Puis, Leia dévia le sujet et commença à parler de ses souvenirs de leur lune de miel à Cap Cod. Selon elle, un nouveau voyage leur ferait du bien à la suite de ces trente ans de mariage. Elle parlait de différentes destinations de rêve. Les Caraïbes, la Nouvelle-Zélande, la France, l’Islande… Mais au fur et à mesure qu’elle évoquait ses idées, la femme réalisait que Han l’écoutait d’une oreille distraite, hochant mollement la tête et jetant plusieurs regards derrière elle. Il semblait absent.

- Han, tu as entendu ce que je viens de dire?

- Oui, oui…

- Ben n’est pas ton vrai fils parce que je t’ai trompé avec ton père et dernièrement, Amilyn et moi, on couche souvent ensemble durant des orgies thaïlandaises avec des licornes.

- Génial…

Le visage de Leia se figea. Après quelques minutes, Han, qui fixait toujours ce point derrière elle, la dévisagea enfin avec un air ahuri. Il ne comprenait pas le regard assassin de sa femme.

- Quoi? demanda-t-il, la bouche pleine.

N’y tenant plus, Leia leva les yeux au ciel et se tourna pour comprendre sur quoi son mari n’arrêtait pas de lorgner depuis un bon moment. Elle blêmit lorsqu’elle aperçut, quelques tables plus loin, Sheev Palpatine qui se sustentait d’un repas copieux avec son avocat, Christopher Dooku, à une des plus larges banquettes du restaurant. Puis, la femme fixa son mari, sidérée. Il avait l’air d’un jeune délinquant qui venait d’être pris en flagrant délit pour la première fois.

- Je vais essayer de garder mon calme… Tu peux me dire ce que le chef de la mafia fait dans mon dos? articula-t-elle, les dents serrées.

Han toussota et se râcla la gorge. Il marmonna, un peu honteux, que comme le bistro Alderaan était complet, il s’était souvenu du restaurant préféré de Palpatine et que, comme Leia lui reprochait de ne rien faire de concret pour l’enquête, il espérait entendre un morceau de conversation ou quelque chose. Tout pouvait devenir un indice, selon lui. Leia eut besoin de terminer son verre de vin d’une traite pour avaler la nouvelle. Mais malheureusement, même un tonneau entier ne suffirait pas.

- Je viens juste de te dire que j’avais besoin de décompresser et de me changer les idées. Et le soir de nos trente ans de mariage, tu décides d’espionner le chef de la mafia montréalaise en nous emmenant dans son restaurant favori? Déjà que Ben est devenu complètement obsédé par la petite-fille de Palpatine, tu ne vas pas t’y mettre aussi!

Elle chuchotait du mieux qu’elle pouvait pour ne pas attirer l’attention, mais elle bouillonnait de plus en plus de rage. Le sang battait contre ses tempes.

- Attends, Ben est obsédé par Rey Palpatine? s’étonna Han.

Bien sûr, c’était la seule partie qu’il retenait. Leia se fit violence pour ne pas l’étrangler.

- Oui, il n’arrête pas de l’espionner et de parler d’elle parce qu’il s’obstine à l’idée de te prouver sa valeur en trouvant une piste. Mais ça, évidemment, tu ne le vois pas.

- Hein? Comment ça, je ne le vois pas?

- Oui, Han! s’énerva la pauvre femme. Redescends sur Terre une seconde. Il y a plein de choses que tu ne vois pas! Tu es enfermé dans ton monde, complètement centré sur toi-même. Tu n’es jamais là!

Confus, l’homme fronça les sourcils.

- Bah, je suis là, en ce moment.

- Oui, c’est pour ça que tu es plus concentré sur ce bon vieux Sheev que sur nous. Même quand tu es là, tu n’es pas vraiment . Tu n’es pas là pour ton fils, tu n’es pas là pour ta femme, tu n’es là pour personne! Tu comprends, ça? Ce soir, je croyais qu’on se retrouverait enfin, mais non. Ce soir me confirme juste que ça va très mal dans notre couple.

- Ça va mal? Depuis quand? Enfin, on s’est toujours un peu cherchés, mais…

Pour toute réponse, Leia poussa un grognement de rage. Cet imbécile ne comprenait vraiment rien. Elle fit bruyamment tomber sa fourchette sur la table, se leva de sa chaise, récupéra son manteau et sortit sans demander son reste, laissant Han complètement perdu dans le restaurant. Quelques regards, dont celui de Palpatine et de son avocat, se tournèrent vers elle, tout aussi perplexes.

***

 

La demeure de la juge Amilyn Holdo fut bientôt la proie d’un incendie criminel. Par chance, outre la malheureuse maison, les flammes ne firent aucune victime. Avec ce nouvel attentat en pleine commission d’enquête sur le crime organisé, la tension atteignit un cran élevé. Or, dans les médias, la juge disait qu’elle ne se laisserait pas intimider. Selon elle, la commission Holdo se maintiendrait tel que prévu. Jamais elle ne tolérerait que la mafia influence l’appareil judiciaire.

Mais Lando Calrissian, ministre de la Justice, n’en était pas si persuadé. Tout le monde avait les nerfs à vif, Holdo la première comme sa vie était menacée, et le vieil homme n’en pouvait plus d’être vu comme un incapable. Il se querella un bon quart d’heure avec la directrice des affaires criminelles et le chef d’escouade anti-crime organisé au poste de police à ce sujet.

- Tu sais, Han, parfois je me dis que vous devriez prendre votre retraite, soupira Lando. Surtout toi. On dirait que la situation t’échappe complètement.

- Écoute, Calrissian, des ministres comme toi, j’en ai vu passer tout un paquet durant ma carrière, répondit Han. Que tu viennes en personne pour m’emmerder avec ça, ça passe encore. Mais laisse ma femme tranquille. Elle a suffisamment la tête sous l’eau comme ça. La prochaine fois, laisse un message sur sa boîte vocale et elle te rappellera, d’accord?

Leia toussota pour signaler sa présence. Les deux hommes se tournèrent vers elle, l’ayant un peu oubliée dans leur argumentation.

- Je te remercie, mais d’une, Han Solo, je ne suis pas ta propriété, de deux, je suis capable de me défendre et d’effectuer mon travail seule. Merci.

Son mari devint rouge. Il ouvrit la bouche, mais ne parvint pas à répondre. Bien sûr, lui et Leia avaient toujours eu l’habitude de se chercher, depuis leur jeunesse, mais désormais, cela semblait vraiment mal aller. Du moins, du point de vue de son épouse. Han ne comprenait toujours pas comment ils en étaient arrivés là. Il croyait la soutenir en faisant cette remarque. Pourquoi réagissait-elle de la sorte?

- Excusez-moi, les interrompit soudain Thanisson en frappant brièvement à la porte du bureau de la directrice. On a quelque chose.

Han le suivit dans l’open space. Dans son dos, il entendit Lando lui lancer qu’il leur restait quinze jours avant le prochain conseil ministériel, mais il fit la sourde oreille. Son vieil ami, qu’il connaissait depuis trop longtemps, ne serait sans doute plus ministre de la Justice dans deux semaines. Ils ne tenaient jamais.

De son côté, Ben alla trouver Jessika et Kaydel à la machine à café pour les avertir qu’il y avait enfin du nouveau.

- Les filles, faut que vous veniez voir ça! Thanisson a trouvé quelque chose sur…

- Laisse-moi deviner, soupira sa meilleure amie. Rey Palpatine? Quelle surprise!

- Quoi, Thani a découvert qu’elle préfère les chiens aux chats? demanda la blondinette, incrédule.

- Elle veut commencer le macramé?

- Elle pratique le yoga?

Confus par leurs questions, le jeune homme fronça les sourcils.

- Euh… Non, elle est plus méditation bouddhiste, pourquoi?

Jessika poussa un profond soupir de découragement et, s’avouant vaincue, tendit un billet de dix dollars à Kaydel.

- On va dire que ça compte.

La gagnante du pari empocha l’argent avec un petit sourire satisfait. Perplexe, Ben passa son regard d’une collègue à l’autre avant de secouer la tête pour se rappeler à l’ordre.

- Mais bref, ce n’est pas à propos de ça! Venez voir!

Enfin, les deux jeunes femmes le suivirent jusqu’à une petite salle de réunion. Elle s’installèrent à la table avec leur coéquipier et Han. Leia arriva à son tour, ayant fini de parler avec Lando. Elle demeura à l’arrière, les bras croisés. Thanisson leur présenta ensuite une vidéo sur un écran, fruit de sa filature de Rey Palpatine. Ce matin, il avait intercepté une discussion entre elle et son copain, Armitage Hux, au bord de la rivière des Prairies. Le couple semblait battre de l’aile.

- Tu ne m’aimes plus? s’inquiéta le rouquin sur la vidéo.

Rey releva ses lunettes de soleil sur le sommet de son crâne. Elle paraissait plutôt contrariée.

- Je ne sais pas. Armi, je ne sais même pas qui tu es vraiment. Tu ne me dis jamais rien! Tu n’es jamais honnête avec moi. Je te signale que si Tallie, la seule amie que j’ai dans ce bordel, ne m’avait pas dit pour les deux petites salopes que tu t’es tapées l’autre jour, je n’aurais jamais su que tu me trompais! C’était qui? Cette pute de Bazine, c’est ça? Et l’autre, hein? Tu ne t’es pas contenté d’une seule, il fallait qu’elles soient deux, en plus ?!

Comme il n’avait pas encore vu ce que son collègue avait filmé, Ben grimaça.

- Deux? Ce con s’est fait un plan à trois? Eh bah, il se fait pas chier, lui!

Franchement, qui oserait tromper une aussi jolie fille? Avec elle, ce crétin de roux devrait être comblé! Quel abruti… À l’écran, Hux s’approcha de sa copine, penaud, et tenta de la prendre dans ses bras, mais elle le repoussa furieusement en lui interdisant de la toucher. Il soupira, désemparé.

- Écoute, j’ai déconné, Rey. Mais c’était juste une erreur. Ça ne voulait rien dire du tout, je t’assure! Ce n’est pas ce que tu crois!

- Ah, le fameux « Ce n’est pas ce que tu crois », répéta Rey, sarcastique, en faisant des guillemets avec ses doigts. La phrase la plus cliché au monde. Wow. C’était juste une erreur. Ah pardon, mon cœur, je n’avais pas capté. Heureusement que tu me le dis!

Puis, rancunière, elle ajouta :

- Bon, bah, si ça ne veut rien dire, alors… Tu sais quoi? Pourquoi je n’aurais pas le droit à mon joker, moi aussi? Ne me demande surtout pas où je vais ce soir.

- Quoi? Pourquoi?

- Je vais faire un écart à mon tour en me tapant deux gars en même temps! Tu vas voir si ça ne veut rien dire!

À ces mots, Hux eut vraiment l’air de paniquer.

- Mais non, ne fais pas ça! Rey, je te jure que je m’en veux vraiment. Qu’est-ce que je peux faire pour que tu me pardonnes?

- Sois honnête avec moi! Arrête de vivre ta vie de ton côté et parle-moi! Arrête de toujours tout me cacher! Tu crois que ce n’est pas assez difficile pour moi avec mon grand-père? J’ai besoin de quelqu’un dans tout ce merdier et toi, tu es exactement comme lui!

- Hé! s’insurgea le rouquin en la menaçant de son index. Ne me compare pas à Palpatine!

Intéressant. Ben réfléchit. La petite-fille du chef de la mafia trouvait sa situation difficile. Si elle souffrait de la même pression à cause de ce qu’elle savait sur son grand-père et les derniers évènements, peut-être serait-elle sur le point de craquer.

L’inspecteur songea aussi à la mystérieuse « disparition » de deux jours de la jeune femme, avant l’assassinat de ce pauvre Cassian Andor. Il ne savait pas encore ce que cela cachait, mais comptait bien le découvrir.

Dans tous les cas, nul besoin de Ren pour l’accuser de complicité. Il suffisait de jouer cette carte-là et d’espérer qu’elle coopère. Sur la vidéo, la jeune femme renifla et se frotta le visage. Malgré la qualité de l’image, des larmes de colère et de tristesse semblaient lui piquer les yeux.

- Pourquoi tu es allé te farcir ces connes? C’est ma faute? Je ne te suffis pas?

- Non, je t’assure, ce n’est pas toi. Je ne sais même pas ce qui m’a pris! C’est juste que…

- Je fournis des efforts pour notre couple! Mais on dirait que je suis la seule à m’accrocher! Je donne, je donne et je ne reçois jamais rien! Si tu n’y mets pas un peu du tien, ça ne va jamais fonctionner!

Accablé, son copain fit un pas vers elle et lui prit les mains. Cette fois, elle le laissa faire.

- Je suis vraiment désolé. Je t’aime. Je t’en supplie, pardonne-moi!

- Moi aussi, je t’aime.

Après un moment de silence, ils s’embrassèrent. Cette fois, Ben plissa le nez avec dégoût et détourna le regard. Leurs baisers étaient vraiment affligeants.

- Pff… Pitié… Sérieux, qu’est-ce qu’elle lui trouve, à cet abruti de roux?

Jessika lui donna un coup de coude pour l’inciter à se taire. Se détachant de Hux, Rey déclara à l’écran :

- Bon, écoute. Je veux bien te donner une chance, mais à une condition.

À ces mots, le jeune inspecteur haussa les sourcils, éberlué.

- J’hallucine. Sérieux? Elle est vraiment prête à lui pardonner un truc comme ça? Bon sang, elle ne se respecte pas du tout, cette pauvre fille! Je la croyais plus intelligente que ça! À sa place, il m’aurait trompé avec deux filles en même temps, je l’aurais quitté sur le champ. Et pas avant de l’avoir tabassé à mort à coup de poêle à frire et castré avec un sécateur rouillé.

- Si tu pouvais arrêter de faire ton jaloux parce que ta chérie veut donner une chance à son connard de copain et te concentrer sur l’affaire…, le sermonna son père.

Ben leva aussitôt la tête vers Han.

- Attends, quoi? Jaloux? Tu délires! Cette fille n’est pas ma…

- Apparemment, tu es devenu tellement obsédé par Rey Palpatine qu’à un moment, on se demande! rétorqua le commandant Solo, l’œil réprobateur.

- QUOI ?! Obsédé? Moi, obsédé? Tu m’as bien regardé?

- Parfaitement!

Alors qu’ils haussaient le ton, comme d’habitude, le jeune homme chercha du soutien parmi ses collègues, mais tous hochèrent la tête avec découragement pour donner raison à Han et sa qualification « d’obsédé » concernant son fils.

- Mais ça n’a rien à voir! tenta-t-il de se justifier, les joues empourprées. Je faisais juste une constatation! On a encore le droit de constater ici, non?

- Oui, c’est bon, Ben, je crois qu’on a compris, soupira Leia. Thanisson, veux-tu bien remettre là où on en était avant d’être interrompus par… S’il te plaît.

En effet, la courte dispute entre le père et le fils les avaient tous empêchés d’entendre la suite de la vidéo. Thanisson revint donc en arrière au moment où Rey Palpatine disait à Armitage Hux qu’elle était prête à lui donner une chance à une condition.

- Tout ce que tu veux, mon lapin, répondit le rouquin.

- Alors, sur Internet, j’ai trouvé un site pour une thérapie de couple.

- Une thérapie de couple? Tu plaisantes, j’espère.

- Hé ho! s’écria la jeune femme, qui ne manquait pas de caractère. C’est ça ou je te quitte, Armitage! C’est clair?

Aussitôt, son copain leva les mains en l’air en signe de capitulation et acquiesça. Le cruel lieutenant du chef de la mafia devenait un bon petit chien obéissant et couard face à la petite-fille Palpatine. Ben se demandait s’il avait plus peur d’elle que de son grand-père.

À moins que sortir avec Rey lui attribuait des privilèges qu’il ne souhaitait en aucun cas perdre à cause d’une rupture? Quoi qu’il en soit, il aurait dû y penser à deux fois avant de la tromper, songeait l’inspecteur de police.

- Oui, ok, pardon, soupira Hux. C’est une thérapie genre… on discute tous les deux avec un psy?

Rey se radoucit et sourit.

- En fait, c’est mieux que ça. Ça s’appelle le camp Naboo. C’est dans la montagne, près d’un lac. À Val-David, je crois. On sera complètement dépaysés, en pleine nature, avec d’autres couples comme nous et on fera des activités tous ensemble, accompagnés par des psys, pour essayer de régler nos problèmes. Et surtout, on sera loin de la surveillance excessive de mon grand-père, juste en amoureux. Ça va nous faire du bien. D’accord?

À la suite du visionnage, l’escouade de policiers effectua quelques recherches sur ce fameux camp Naboo. La publicité, pourtant pleine d’espoir, donnait envie de vomir tant elle sonnait niaise. « Le camp Naboo, un paradis pour sauver votre couple et rallumer votre flamme. Le camp Naboo car votre couple en vaut le coup! »

La vidéo promotionnelle représentait des couples en train de faire de la randonnée, de camper en pleine nature, de danser dans un hôtel avec une vue imprenable sur la forêt, de se baigner dans un lac… Elle promettait de nombreuses activités pour permettre à ceux qui s’inscrivaient de travailler sur eux-mêmes avec leur partenaire et de se redécouvrir, se reconnecter. Une semaine de dépaysement et d’amour.

Tout ceci était encadré par deux psychologues, une femme et un homme. Ce dernier était présenté comme « le célèbre David Johnson dit DJ ». Ce « DJ » fut ainsi invité à se rendre au commissariat. Il s’agissait d’un quadragénaire mal rasé à la peau basanée, creusée de rides et de cernes, et aux cheveux hirsutes. Il portait un accoutrement de baroudeur ainsi que des lunettes pour le côté « psychologue », mais ferait sûrement « inadapté social » sans.

- Nous souhaitons infiltrer votre thérapie, conclut Leia après lui avoir expliqué la situation.

Mais DJ, qui était resté fermé tout au long de la présentation, répondit par la négative.

- Il n’est pas question que je vous aide. Je ne veux pas être mêlé à la mafia, enfin!

Han lui montra aussitôt une photo de Rey Palpatine.

- Trop tard. La petite-fille du chef de la mafia est dans ton groupe avec son copain, soit le bras-droit du chef de la mafia.

- Et alors? Ils viennent pour une thérapie de couple! Ils en ont bien le droit! Ça n’a rien à voir avec leurs occupations. Ça, ça ne me regarde pas. Écoutez, le camp Naboo a une réputation. Ceux qui s’y inscrivent sont au bord du gouffre, souffrent vraiment et placent leurs derniers espoirs en moi et la thérapie. Je refuse que vous gâchiez tout avec votre affaire de mafia!

La directrice des affaires criminelles poussa un profond soupir. Elle se pinça l’arête du nez et répliqua :

- Écoutez, nous avons de bonnes raisons de croire que Rey Palpatine est la clé pour atteindre son grand-père. Il se peut même qu’elle soit apte à collaborer et à nous livrer Sheev. Nous parlons d’un homme qui n’a aucun scrupule. Derrière Exegol Construction, il cache Dieu sait combien de cartels de drogue et de proxénétisme. Dernièrement, il s’est mis à incendier des maisons de juge et à faire exploser des procureurs dans leur voiture. La commission Holdo est menacée de se faire démanteler. Vous comprenez la gravité de la situation?

À son tour, DJ soupira profondément.

- Comme je l’ai dit, je ne veux pas être mêlé à ça. Vos affaires de police, ce n’est pas mon problème.

- Bon, très bien, répondit Han en haussant les épaules. Dans ce cas, je suppose que vous ne voyez pas d’inconvénient à ce qu’on vous montre une petite vidéo qui parviendra peut-être à vous faire comprendre en quoi c’est votre problème?

- Allez-y, marmonna le psychologue. Montrez-moi des maisons en feu, des voitures explosées, des enfants morts, des cadavres en décomposition, je n’en ai rien à…

Son visage se figea cependant lorsque le commandant lui présenta à l’écran d’un ordinateur la vidéo d’une caméra de surveillance. Celle d’un sexshop. Il se vit près d’une des étagères en train de regarder de tous les côtés avant de prendre une poupée gonflable, bien pliée dans son emballage, et de la dissimuler sous sa veste.

- Tiens, regardez-moi ça. Qu’est-ce que vous êtes en train de voler, là?

- Je… Je ne l’ai pas volée, se défendit DJ en ravalant sa salive.

- Non, vous l’avez essayée au fond du magasin avec tous les clients à côté, précisa Ben avec un ton de reproche. C’est mieux, peut-être?

Sur la vidéo, Han changea de caméra de surveillance pour montrer l’enregistrement de « l’essayage de la poupée gonflable », que DJ faisait contre le coin d’un mur, le pantalon descendu à mi-cuisses. Les yeux du psychologue faillirent sortir de leurs orbites. Il devint blanc comme un linge.

- Exhibitionnisme dans un lieu public, atteinte à la pudeur… Ça peut rapporter une amende salée et même de la prison, vous savez. Je ne sais pas si la réputation de votre camp Naboo apprécierait cette vidéo, conclut l’inspecteur.

- De même concernant l’Ordre des psychologues du Québec, renchérit Leia.

- En revanche, sur YouTube, vous serez bientôt une vedette, le railla Han, pince-sans-rire. Ça, ça va faire du clic. D’ailleurs…

- Parfait! s’écria DJ. Vous avez gagné!

Il ferma brusquement le clapet de l’ordinateur portable pour que cette vidéo humiliante, respirant la misère sexuelle, disparaisse de sa vue. Renfrogné, l’homme croisa les bras et poussa un juron. Il était coincé. Les parents et le fils s’échangèrent un regard victorieux, tout comme le reste de l’escouade derrière eux.

- Très bien. Je vous aiderai, abdiqua le psychologue. Mais à une seule condition. La thérapie doit se passer comme prévu! Je veux que mes couples, qui se sont inscrits dans l’urgence et la détresse, parviennent à régler leurs problèmes malgré votre infiltration. C’est très important pour eux et pour moi.

- Nous n’interviendrons pas dans la thérapie, lui assura Ben. Nous nous concentrerons uniquement sur Rey Palpatine.

- Surtout toi, toussota son père, assis à ses côtés.

Le fils se tourna vers Han, les sourcils froncés.

- Attends, répète ça?

- Mouais, réfléchit DJ en les observant. Je dois admettre que vous deux, vous passeriez parfaitement pour un couple gay.

À ces mots, le visage de Ben se décomposa.

- Hein? Attendez, non, on ne va pas faire un couple gay! Enfin, c’est dégueulasse!

- Je ne veux pas juger, monsieur l’inspecteur, mais ça sonne un peu homophobe, ce que vous venez de dire, fit remarquer DJ.

- Mais non! Ce n’est pas dégueulasse de jouer un couple gay! C’est dégueulasse de faire ça avec mon père! s’insurgea le jeune homme.

Le psychologue haussa les épaules. Han étouffa un rire face à la réaction de son fils. Leia soupira.

- Je suppose que nous n’avons qu’à prendre un vrai couple, suggéra alors Jessika, qui restait jusque-là en retrait. Leia, pourquoi ne pas y aller avec votre mari?

Les deux femmes s’échangèrent un regard rempli de sous-entendus, que ledit mari ne capta pas. La directrice acquiesça. Cela faisait déjà un bon moment que le terrain lui manquait. Rester au bureau la fatiguait au quotidien et elle rêvait de tout léguer à Ackbar, son adjoint, ne serait-ce que pour quelques jours. Cependant, ce n’était pas la seule raison de son envie d’aller au camp Naboo avec son époux.

- Bonne idée, approuva Han en désignant sa femme. Nous sommes déjà un couple. Ça devrait le faire. Nous infiltrerons votre thérapie tous les deux.

Pour sa part, Ben jeta un regard noir à ses parents. Il s’était plutôt imaginé se faire passer pour un couple avec Jessika, Kaydel ou même Thanisson. Il s’était plutôt imaginé accomplir cette mission, lui. C’était lui qui connaissait par cœur Rey Palpatine après de longues journées d’enquête et de filature! Il était le mieux qualifier pour cette infiltration! Et encore une fois, son père lui volait la vedette, ne lui laissant pas l’opportunité de montrer ce qu’il valait! Intérieurement, le jeune homme bouillonnait de rage.

- D’accord, accepta le psychologue. Mais je tiens à ce que vous fassiez sérieusement les exercices de la thérapie. Est-ce que vous avez… des problèmes dans votre couple ou…?

Avant qu’il puisse terminer sa phrase, Ben ainsi que tous les membres de l’escouade à l’arrière réprimèrent un petit rire nerveux. Leia restait silencieuse. Cette fois, Han se tourna vers les autres, outré.

- Si vous saviez, se désola le fils.

- Attendez, vous vous foutez de moi? s’indigna le mari. Donc, tout le monde sait que ça va mal sauf moi?

Les policiers se turent, n’osant pas dire tout haut ce que tous pensaient tout bas. Seul Ben poussa un profond soupir et se tourna vers son père.

- Eh oui, Han. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais maman subit énormément de pression en tant que directrice des affaires criminelles. Elle a aussi peur pour son amie Amilyn, dont la vie est menacée par le chef de la mafia.

Il jeta un bref regard vers sa mère et ajouta :

- Et je ne veux pas me mêler de vos affaires, mais je pense qu’elle aurait besoin d’un soutien émotif de la part de son mari. Mari qui pourrait, d’ailleurs, essayer de la comprendre au lieu de faire comme si il avait toute la situation sous contrôle alors que ce n’est pas le cas. Elle aurait besoin de toi et de se sentir importante à tes yeux, mais toi, tu n’es jamais là et tu la prends pour acquise.

Amer, Han leva la tête vers sa femme.

- Ok, donc, au lieu de venir me parler de ce qui n’allait pas, tu as préféré le crier sur tous les toits? En parler à Ben, encore, je peux comprendre, mais le reste du poste…

- Écoute, Han, l’interrompit fermement Leia. Je n’en ai parlé à personne. Même pas à Ben. Les autres n’ont eu besoin que de nous regarder nous crêper le chignon sans arrêt devant eux pour comprendre que quelque chose n’allait pas dans notre couple.

- Mais on faisait juste…

- Tout le monde comprend ça, sauf toi alors que tu es dans notre couple, et c’est ça qui me POSE PROBLÈME, MERDE! éructa-t-elle.

Puis, comme si de rien n’était, elle se tourna vers le psychologue, toussota et afficha l’air le plus professionnel possible. DJ se frotta le menton, observa un à un les deux membres du couple Solo-Organa et sourit.

- Vous serez parfaits.

***

 

Quelques jours plus tard, le bus du camp Naboo filait sur l’autoroute à travers les montagnes, en direction de Val-David, dans les Laurentides. Six couples s’y trouvaient installés, un peu préoccupés par la thérapie qui les attendait. De son côté, assise près de son mari qui regardait le paysage de forêt défiler, Leia observa les autres. Elle repéra facilement Rey Palpatine, leur cible, assise près d’un grand dadais à la chevelure flamboyante. La femme remarqua également qu’elle et Han étaient le couple le plus vieux.

Sinon, il y avait un couple d’hommes assis à l’avant. Un afro-canadien exténué qui dormait sur l’épaule de son conjoint, ce dernier possédant une peau bronzée, une barbe de trois jours et des cheveux noirs en vague. Ils étaient mignons. Leia aperçut également une grande blonde assez imposante à côté d’un homme à l’air plutôt chétif et craintif. Une lionne avec un petit lapin apeuré. Un couple assez atypique. Cela fit sourire la policière infiltrée.

Les deux dernières paires se constituaient d’une petite femme d’origine vietnamienne aux joues rebondies, plutôt silencieuse, et son conjoint aux airs de farfadet, qui gardait le regard rivé sur son téléphone, ainsi que de deux autres amoureux qui ne cessaient de s’embrasser. À se demander s’ils avaient réellement besoin de la thérapie.

Comme le bus arriverait bientôt à l’hôtel du camp Naboo, DJ donna un coup de sifflet pour attirer l’attention de son groupe. Il leur rappela que chaque couple serait forcé d’être réellement ensemble tout le long du séjour, mais assura que c’était l’unique moyen de recoller les morceaux d’un couple brisé.

- Ne vous en faites pas, nous serons là pour vous guider. Moi et mon assistant, qui est également notre chauffeur. Benjamin Skywalker.

- Appelez-moi Ben, les salua l’inspecteur infiltré en tournant la tête pour faire un rapide signe de main aux autres.

Au passage, il jeta un regard de défi à ses parents. Son père haussa les sourcils et sa mère lui sourit brièvement, un peu mal à l’aise que leur fils joue en partie le rôle de leur « psychologue » dans leur thérapie conjugale. Mais Ben avait longuement insisté pour faire partie de l’opération et était satisfait d’avoir su se battre pour sa place.

- Euh… Excusez-moi, fit soudain Rey en levant la main, confuse. Dans la vidéo promotionnelle, il me semble qu’il y avait aussi une femme. Une psychologue du nom de Maz Kanata, je crois. Où est-elle?

- Oh, euh… Maz a malheureusement eu un empêchement pour des raisons familiales, bredouilla DJ. Mais ne vous en faites pas; Ben est un excellent psychologue.

Bien qu’un peu surprise, la jeune femme toisa « l’excellent psychologue » d’un air intrigué et haussa finalement les épaules. Après quelques minutes, elle eut cependant l’impression qu’il n’arrêtait pas de la fixer dans son rétroviseur. Mais il détourna le regard avant qu’elle ne puisse s’en assurer.

Car en effet, Ben gardait les yeux rivés sur elle, sûr de son objectif. Cette semaine, ses parents feraient enfin la thérapie de couple dont ils avaient terriblement besoin tandis que lui parviendrait à atteindre la petite-fille du chef de la mafia.

 

 

Chapter Text

Quelques minutes après les paroles d’introduction du psychologue, l’autobus s’engagea sur un long chemin sinueux en terre battue qui traversait une forêt de conifères et de peupliers. La vue était enchanteresse : à travers les branches garnies des arbres, on pouvait apercevoir le flanc escarpé de la montagne à proximité du site de villégiature. Mais ce qui retenait l’attention était la surface du grand lac miroitant sous le soleil de fin d’après-midi. Le slogan figurant sur le panneau défraîchi de l’hôtel, mis aux abords de la route goudronnée qu’il venait de quitter, avait raison; c’était véritablement un paradis au cœur de la nature.

Le véhicule termina sa course devant un grand bâtiment en bois ronds et en briques grises. Bien que le paysage fût magnifique, la bâtisse avait l’air de sortir tout droit d’un film d’horreur. Certaines vitres étaient brisées, des mauvaises herbes poussaient sur la terrasse du deuxième étage et l’enseigne, annonçant l’entrée, menaçait de percuter le sol à tout moment. De toutes les évidences, l’hôtel Theed avait eu du charme à une certaine époque, mais il était maintenant mal entretenu et vieux.

Ben éteignit le moteur et fit ouvrir les portes de l’autobus.

- Terminus! claironna-t-il, d’une voix forte.

Il se tourna et son coude vint s’appuyer négligemment sur le dossier de son siège tandis qu’il regardait, en silence, les couples défiler devant lui. Naturellement, ses yeux se verrouillèrent sur Rey et la suivirent jusqu’à ce qu’elle soit descendue du véhicule. Il ne prêta aucune attention au rouquin qui le regardait de travers. Puis, à son tour, Ben sortit de l’autobus et s’étira, afin de se dégourdir les jambes, pendant que les couples s’affairaient à récupérer leurs valises dans la soute à bagage que DJ avait ouverte.

Les yeux du policier se cimentèrent sur Hux, qui s’éloigna du groupe, téléphone portable à l’oreille. Son père semblait avoir remarquer la même chose que lui : il imita le roux et fit mine de s’éloigner, en gardant une distance raisonnable avec le bras droit du chef de la mafia, mais suffisamment pour, peut-être, entendre ce qu’il disait.

Voyant que Han avait la situation en main, bien qu’il manque royalement de subtilité, il reporta son attention sur le groupe et marcha jusqu’aux coffres afin de récupérer sa propre valise, qui avait atterrie dans le fond de la soute. À côté de lui, Rey, lunettes de soleil en équilibre précaire sur le nez, chandail en tricot noir aux manches relevées et pantalons amples noirs et à fleurs blanches, semblait se battre avec la sienne.

- Besoin d’aide? proposa-t-il, gentiment.

- Non, ça va, merci, grommela la jeune femme, sans prendre la peine de tourner la tête dans sa direction.

- D’accord, fit le jeune homme, en haussant les épaules, désinvolte.

Il se pencha afin d’attraper sa valise et l’extirpa de la soute à bagages. Puis, il se recula pour laisser toute la place à la brunette.

Rey tira brutalement sur la poignée de son bagage et celle-ci, fabriquée dans un cuir visiblement fatigué, se rompit. L’élan la fit trébucher vers l’arrière et Ben posa rapidement sa main dans le milieu de son dos afin de la rattraper. Il étouffa difficilement un rire.

- Très féroce, commenta-t-il, un brin moqueur, en l’aidant à retrouver son équilibre.

Immédiatement, Armitage Hux, regard venimeux, se matérialisa à côté d’eux et agrippa possessivement la taille de la jeune femme pour l’attirer près de lui. Rey, les joues rouges d’embarras et de colère envers l’attitude enfantine de son petit-ami, se défit immédiatement de sa prise, mais ne s’en éloigna pas pour autant. Malgré cela, l’ombre d’un petit sourire voulut fleurir sur les lèvres de Ben.

- Merci, mais nous n’avons plus besoin de ton aide, indiqua Hux, d’une voix lente.

Amusé, le policier infiltré haussa simplement, encore une fois, les épaules comme seule et unique réponse.

- Merci, répéta Rey, plus chaleureuse que sa tendre moitié.

- Aucun problème, lui répondit Ben, sans faire de mouvement pour s’en aller, ce qui semblait jouer avec les nerfs du roux.

- Nous n’avons plus besoin de toi, lui rappela ce dernier, agacé. Tu peux partir.

- En fait, j’attends que vous preniez vos bagages pour fermer les coffres, l’informa l’inspecteur, d’un ton léger.

Armitage le toisa et empoigna d’un coup sec sa valise qu’il mit sur les roues. Il prit, ensuite, celle de sa petite-amie, qu’il traita avec plus de délicatesse vu son état. Sans un mot, il s’organisa afin de pouvoir amener les deux valises tandis que Ben fermait les portes de la soute à bagages. Puis, ils regagnèrent, en silence, le reste du groupe, abandonné par DJ, qui était parti à l’intérieur de l’hôtel afin de vérifier si tout était en place pour les recevoir. Le jeune homme fit de son mieux pour ignorer scrupuleusement le regard mi-exaspéré, mi-suspicieux de son père et proposa de marcher vers la bâtisse, tandis que presque tout le monde regardait l’hôtel avec désenchantement et un peu de dégoût. On était très loin des images de rêve présentes dans la vidéo promotionnelle de la thérapie.

DJ sortit de l’hôtel quand le groupe fut à, un peu moins, de deux mètres de la porte d’entrée avec un air affligé sur le visage. Il descendit les escaliers de la galerie, qui suivait la devanture de l’hôtel. Fidèle à son rôle, Ben vint le rejoindre afin de faire face aux couples, qui s’étaient tous arrêtés devant le psychologue. En les regardant, ainsi, on ne pouvait que constater à quel point le groupe était… hétérogène. Ses yeux passèrent de ses parents jusqu’à la grande blonde à la stature imposante et s’attardèrent sur leur cible. Les prochains jours promettaient d’être assez mouvementés.

- Comme vous pouvez le voir, cet hôtel est fermé, annonça DJ. Mais, on l’a fait rouvrir pour nous. Par contre, nous sommes vraiment désolés, il y a un dégât d’eau dans l’une des chambres… Vous êtes six couples et, malheureusement, il y a de la place seulement pour cinq couples. L’un des couples va, donc, devoir retourner chez lui. Mais, ne vous inquiétez pas, vous allez être rembourser.

Tous les participants – y compris Leia et Han – se regardèrent, étonnés par cette nouvelle. L’homme à côté de la jeune femme d’origine asiatique croisa les bras sur sa poitrine en prenant un air indigné et demanda à voix haute s’ils étaient en thérapie ou dans une télé-réalité.

- C’est hors de notre contrôle, grimaça DJ, en levant les bras dans les airs et prenant son air le plus innocent.

Armitage Hux roula ostensiblement des yeux et donna un petit coup de coude à la brunette, qui l’accompagnait.

- C’est bon, on va se sacrifier, leur dit le rouquin.

Il prit la main de la jeune femme afin de la tirer vers lui pour qu'ils puissent mettre le plus de distance possible entre ce taudis et eux.

- Profitez-en, bande de chanceux! ajouta-t-il, faussement enthousiaste.

- Toi! le héla, tout à coup, Han. Tu bouges pas d’ici!

Hux s’immobilisa, aussitôt, surpris – ainsi que tous les autres participants de la thérapie. Tous regardaient le sexagénaire, abasourdis par cette soudaine réaction. Leia, de son côté, tenta du mieux qu’elle le pouvait de ne pas se noyer la tête dans ses mains, découragée par l’attitude de son mari, ou de ne pas le frapper.

Ben, quant à lui, dévisagea son père, interloqué, en secouant la tête.

- Ce que Monsieur voulait probablement dire…, rattrapa l’inspecteur infiltré, en esquissant un sourire qui ressemblait davantage à une grimace. C’est, que tu fais un geste généreux en voulant quitter la thérapie, mais vous aussi, vous avez la chance de sauver votre couple…

- Non, c’est beau, le coupa Rey, de mauvaise humeur.

Elle se retourna vers son petit-ami, les mains sur les hanches. Alarmés, les trois policiers s’observèrent, en coin, voyant là leur beau plan se décomposer devant leurs yeux.

- Armitage, tu veux t’en aller? Parfait! On s’en va et on retourne à Montréal! s’exclama-t-elle, en regardant tour à tour chacun des participants. Mais toi et moi, c’est terminé!

Le roux fit basculer sa tête vers l’arrière, impatient. Mais il revint sur ses pas.

- Mais non, Rey, voyons…, minauda le roux.

- Tu me fais chier! s’écria la brunette, irritée.

Elle continua, en s’adressant au reste du groupe :

- Il m’a trompé. Avec deux filles. En même temps!

Presque tous les participants regardèrent avec curiosité le rouquin, d’autres toussotaient.

- Arrête, lui dit Armitage, mal à l’aise de cette soudaine attention. Je veux faire la thérapie.

- Pardon? Quoi? demanda la jeune femme, en posant une main derrière son oreille, comme si elle n’avait rien entendue.

- Je veux faire la thérapie, répéta-t-il.

- Tu veux faire la thérapie?

- Oui. 

- Tu vas faire les exercices?

- …Oui, grinça-t-il, un peu hésitant.

- Parfait! lâcha la brunette, avec un air de vainqueur. Nous, on reste. Arrangez-vous avec vos problèmes.

Un silence plana sur le groupe et Ben resta, un peu, en admiration devant la manière dont elle l’avait, de toute évidence, manipulé.

- Nous aussi, on veut faire la thérapie, réagit la grande blonde, de sa voix chantante.

L’un de ses pieds, chaussés d’une paire d’escarpins de presque sept centimètres – comme si elle n’était pas suffisamment grande comme ça – tapait le sol, impatiemment. Ses grands yeux bleus maquillés les regardaient avec un air de conquérante qu’elle maniait à la perfection. Elle imposait le respect comme une reine devant son peuple et semblait presque s’attendre à ce qu’ils s’agenouillent tous devant elle.

- Mitaka ne veut plus être mon soumis, les informa-t-elle, sans s’étendre davantage dans les détails.

- Dopheld, rectifia l’agneau qui se trouvait à ses côtés, timidement.

- Quoi?

- Je m’appelle Dopheld, lui dit-il, comme s’ils venaient de se rencontrer pour la première fois.

- Je sais ça, roula des yeux la femme, comme si elle le prenait un peu pour un idiot.

- On avait dit que hors de la chambre à coucher…, commença-t-il, presque tremblant.

Mais, il ne réussit pas à terminer sa phrase : la blonde l’avait empoigné par la peau fine du cou, à sa nuque, comme une chatte tenant ses chatons, sous les regards médusés de tous les participants. Pris au dépourvu par cette scène surréaliste, personne ne vint au secours du trentenaire aux cheveux noirs, qui échappa un petit gémissement de douleur. Sa conjointe poussa un petit soupir, dépitée devant sa réaction, et le relâcha.  

- Vous voyez, il est là, le problème, expliqua-t-elle, en pointant, sans gêne, le doigt vers l’entre-jambe de son compagnon. Habituellement, il aurait eu une érection. Habituellement, il aurait aimé ça. C’était pour le punir, car je ne l’avais pas autorisé à parler, mais… Rien. Niet.

- Mais j’aime ça, s’enhardit Mitaka, se trouvant des miettes de courage. C’est juste que… J’aimerais ça, disons, qu’on ait une vie de couple. Normale.

- Mais on a une vie de couple normale!

Mitaka se tourna vers les autres, cherchant un peu d’appui.

- Elle ne veut même pas qu’on dorme ensemble! Elle ne veut pas que je l’appelle autrement que maîtresse Phasma! déclara-t-il, plus à l’aise de parler au groupe qu’à la blonde. Je veux juste un peu d’amour!

- Si je ne t’aimais pas, je serais pas dans le fond du trou du cul du monde!

- Merci, les coupa DJ. Merci, Phasma et Dopheld pour ce… beau partage.

Le psychologue regarda les quatre autres couples, attendant que l’un d’entre eux parlent d’eux-mêmes. Tous restèrent en silence.

- Finn, Poe, interpella DJ. Pourquoi est-ce que c’est important pour vous de faire la thérapie?

L’afro-canadien et l’homme à la peau bronzée arboraient des cernes sous leurs yeux et un air épuisé. L’un s’appuyait sur sa valise comme si c’était uniquement cela qui le maintenait debout, tandis que l’autre buvait du jus dans un gobelet coloré pour bébé.

- On est les parents d’une petite fille d’un an, prononça Finn.

- Et, on a la garde partagée d’un garçon de quatre ans, une semaine sur deux, en plein fucking four, renchérit Poe.

Han le regarda, en arquant un sourcil devant ce dernier terme. Il aurait aussi bien pu parler mandarin que le sexagénaire n’aurait pas plus compris.

- C’est la crise des quatre ans, intervint Leia, pour répondre à l’interrogation de son mari. Les enfants se mettent à argumenter pour tout et n’importe quoi… Tu te rappelles? On avait eu droit à une crise monumentale parce que tu voulais absolument que le petit mange ses petits pois et il avait déclaré qu’il te détestait et te les avais lancés à la figure?

Les joues de Ben, plus loin, devinrent cramoisies. Par chance, personne ne regardait dans sa direction.

- Votre fils ou votre petit-fils? s’enquit Poe, gentiment.

- Si seulement, on avait des petits-enfants, s’exclama Leia, en soupirant.

- Tu les gâterais trop, rigola Han.

- Oh, arrête! Tu serais le premier à leur donner plein de friandises.

- Des friandises… chuchota Finn, soudainement inquiet, comme si ce simple mot avait suffi à le réanimer. Poe… Et, si…

- Déolie a un an, lui rappela son petit-ami, un peu excédé. Personne ne va penser que c’est une bonne idée de donner des sucettes à un bébé d’un an!

- Ton père a déjà dit qu’il avait trempé ta suce dans du gin, je te signale. Est-ce que tu penses que c’est mieux?

Poe ferma les yeux et se contentât de boire une autre gorgée de son jus de fruit dans le gobelet, qui selon toutes apparences, appartenait à sa fille. Finn, quant à lui, s’était emparé de son téléphone et écrivait frénétiquement sur son clavier afin de s’assurer que la personne qui gardait leur bébé ne lui donne pas de friandises ni d’alcool.

- Vous faites tellement la thérapie, décida Leia, devant ce spectacle qui lui rappelait les premières années de vie de son fils.

S’adressant à tous les autres participants, elle ajouta :

- Qui vote pour que les deux papas fassent la thérapie?

Sans hésitation, tout le groupe leva la main pour supporter cette décision – même Ben. L’afro-canadien chuchota un merci tandis que son compagnon se contenta de lever son gobelet dans les airs.

- Nous, on est ici, parce que Karé va me laisser, décréta un brun, à la stature ressemblant à celle d’un réfrigérateur et à la barbe fournie.

Ses bras entouraient une femme à la peau mat, qui paraissait plus jeune que lui, et aux cheveux couleur paille qu’elle avait tressée sur le dessus de sa tête. Ils étaient presque habillés pareil et semblaient incapable de se lâcher plus que trente secondes. Presque tous les autres couples plissèrent des yeux d’incompréhension devant eux. Ils avaient l’air de sortir tout droit d’une comédie romantique.

- Non, c’est toi, Snap, qui va me laisser, réfuta la jeune femme.

- Non, jamais je ne te laisserai, Karé.

- Tu vas trouver une femme bien mieux que moi. Plus belle. Plus intelligente.

- Je te désire tellement que ça me fait mal! Tu le vois bien que j’aime ta peau, tes seins, tes hanches, tes cuisses, tes fesses, énuméra Snap, tout en touchant chaque partie du corps de la jeune femme qu’il nommait, alors que tout le monde présent les regardait, un peu inconfortable.

Il se sépara d’elle pour uniquement montrer l’état de son entre-jambe, à travers son pantalon, aux autres. Ben tenta de rester de marbre et d’éviter de montrer son découragement. D’où provenait cette fixation sur les érections, d’ailleurs?

- Elle me fait de l’effet! Je peux pas faire semblant! soutint Snap.

- Oui, mais c’est pas ça, l’amour! Ce n’est pas parce qu’on baise dix fois par semaine qu’on s’aime ou que je devrais être rassurée!

Le brun retourna vers Karé et se mit à embrasser, presque transi, le cou de celle-ci. Elle commença à se frotter contre lui pour l’encourager.

- Vous… Vous n’êtes pas obligés de nous montrer la onzième fois de la semaine, leur précisa Ben, mal à l’aise.

C’était un état d’esprit visiblement partagé, car la petite vietnamienne, qui se tenait à côté d’eux, avait fait un pas pour s’écarter du couple et évitait de les regarder. Elle toussota afin d’attirer l’attention, espérant mettre fin à la prochaine scène d’un mauvais film pornographique.

- Beaumont et moi sommes ensemble depuis quatre ans…

- Mais non, Rose, on est ensemble depuis cinq ans, la coupa son compagnon, en prenant un ton infantilisant.

- Peut-être, d’accord, néanmoins…

- Ça fait cinq ans, réitéra-t-il, en l’interrompant à nouveau. J’ai raison.

- Le problème n’est pas là! s’écria-t-elle, agacée. Le problème, c’est que ça fait plusieurs années qu’on est ensemble et que notre couple va mal!

- C’est dans ta tête, ça…, soupira Beaumont.

- Dans ma tête ?! répéta la jeune femme, outrée. C'est aussi dans ma tête qu'on se soit séparé plusieurs fois depuis qu'on est ensemble? 

- Mais oui, ce sont des broutilles, ce que tu me reproches. De toute façon, tu vois des problèmes partout où il n’y en a pas!

- Je vois des problèmes…

- Et, on n’en serait pas là si tu acceptais de me faire une fellation de temps en temps, la coupa, encore, Beaumont. Tu es frigide et…

- Et, si tu la laissais parler au lieu de l’interrompre? réagit soudainement Hux, agressif.

Surpris et, un peu, choqués, tous les regards convergèrent vers lui – sauf, Rose, qui furieuse, fixait toujours son compagnon comme si elle s’apprêtait à lui dévisser la tête du reste de son corps. Rey plissa des yeux, mais resta toutefois silencieuse. Beaumont, quant à lui, ressemblait à un petit chihuahua sur le point d’attaquer le roux.

- De quoi je me mêle? le provoqua le farfadet. Commence par gérer ta relation avant de me dire quoi faire!

- Moi je n’ai pas besoin de crier sur quelqu’un pour prouver ma masculinité, lâcha Armitage avec arrogance, tout en retroussant les manches de sa chemise noire.

En réaction, Beaumont s’avança vers le roux afin de le frapper. Armitage éclata de rire et fit un geste pour être le premier à frapper. Simultanément, Han et Leia effectuèrent un mouvement afin de l’arrêter – ce crétin n’allait tout de même pas se battre contre le bras droit du chef de la mafia montréalaise! Cependant, ils n’eurent pas à intervenir : Rose s’était mise entre les deux hommes et regardait le roux avec un air farouche, comme si elle cherchait à protéger Beaumont. Hux se calma presque instantanément tandis que son compagnon la poussa et lui dit de se dégager de son chemin, mais les pieds de la vietnamienne restèrent fermement ancrés dans le sol.

- Tu vas te calmer, oui? explosa Rose, en s’adressant à Beaumont. On n’est pas ici pour se battre! On est ici pour travailler sur nous et se donner une dernière chance! 

Sans un mot, il lâcha prise et s’éloigna, toujours sur les nerfs. La jeune femme se pinça les lèvres et remercia silencieusement Hux avant de retourner vers son petit-ami. De mauvaise humeur, il croisa les bras tandis que Rose s’excusa à tout le monde pour cet interlude. Beaumont ne semblait pas le moindrement désolé, mais chacun des autres participants dodelina de la tête.

Finalement, les regards se tournèrent vers Han et Leia.

- C’est vous qui devriez partir, leur dit Snap. Vous avez l’air très heureux.

Aussitôt, le sexagénaire secoua la tête plusieurs fois de suite.

- Non, nous, ça va très mal dans notre couple. Ça va tellement mal que tout le monde au travail savait que ça allait mal avant que moi, je le sache.

- On est agents immobiliers, expliqua Leia. Mon mari ne veut rien savoir de la retraite et ne fait que parler du travail. Il parle de condominiums, de studios, de maisons, de bungalows… Du marché, des bulles immobilières… Même en vacances! Il est toujours en train de parler du travail!

- Oui et apparemment, même quand je suis là, je suis pas , fit Han, en ricanant, comme s’il tournait ce que sa femme lui avait déjà reproché, au ridicule. Ça, apparemment, c’est mon super-pouvoir. Je sais même pas comment je fais ça!

- On est allé dans le Maine, l’été des sept ans de notre fils… Et, j’ai découvert que ça n’avait été que pour me montrer un hôtel à vendre. Il n’a pas été capable de se débrancher cinq minutes pendant les deux semaines qu’on a été là! Cinq misérables minutes!

- C’était un hôtel très important! Tu as été ravie quand on l’a vendue!

Leia secoua la tête, en colère.

- Ce n’est pas la question! Dans tous les cas, ton attitude me donne envie d’aller planter ma pancarte « à vendre » sur un autre terrain!

- Ah oui? C’est nouveau, ça? tiqua Han.

- C’est, peut-être, pour ça que j’aime à ce point prendre le thé! déclara la quinquagénaire, avec un air de défi, en sous-entendant délibérément que son prochain prétendant pourrait être Lando Calrissian.

Et, la pique porta fruit, car le commandant de l’escouade anti-crime organisé sembla être sur le point de sortir véritablement de ses gonds. 

- Oui, d’accord, merci, Han et Leia, les interrompit leur fils avant que son père ne songe que ce serait une bonne idée d’appeler le ministre de la Justice pour l’engueuler.

Là-dessus, sa mère conclut que si les participants voulaient qu’ils repartent à Montréal, ils allaient devoir lui passer sur le corps. Après, ce fut la cohue. Chaque couple dénigrait les autres afin de prouver qu’ils avaient leur place. « Vous et vos petits problèmes de sexualité! » lança Rey à Snap et à Karé. « Vous prenez la place d’un couple qui s’aime! » souligna Dopheld à Rose et à Beaumont. Et, ainsi de suite. La tension était si forte, que certains se poussèrent, s’insultèrent et se crièrent après.

DJ ne fit aucun geste, tout de suite, pour les calmer. Lorsque les participants furent à deux doigts de s’engager dans une bataille générale, le psychologue donna plusieurs longs coups de sifflet afin d’attirer leur attention et de les inciter à se modérer – tel un arbitre. Les couples s’éloignèrent lentement et le calme revint, peu à peu.

- Bravo, vous venez de terminer le premier exercice du camps Naboo, leur apprit DJ, avec un grand sourire.

Plusieurs exclamèrent leur mécontentement et leur choc.

- Il s’agissait de la présentation, continua DJ, imperturbable. On a tous appris à se connaître. Je vois que vous voulez tous travailler sur votre couple. Il y a de la place pour tout le monde! Mon assistant, Ben, va vous indiquer votre chambre!

Il leur fit signe de s’avancer vers l’hôtel afin d’y entrer. Avant de franchir le seuil de la bâtisse, l’inspecteur infiltré remit à chacun des couples la clé de leur chambre sur laquelle était inscrite le numéro qui y correspondait.

Encore sous la tension, Hux fut sur le point d’exploser quand Ben prit plus de temps que nécessaire pour donner leur clé à Rey – et que, derrière le rouquin, Beaumont passa un commentaire comme quoi ça prenait du temps pour avancer. Personne ne sut vraiment si c’était Rose, à côté de son compagnon, ou Rey, qui empêcha le bras droit de Palpatine de coller son poing sur la figure de ce fichu farfadet.

- Beau groupe de fuckés, qu’on a là, grommela Han à son fils.

Tous les autres participants, même Leia, s’éloignèrent pour s’installer dans leur chambre. Il ne resta que les deux policiers dans le hall de l’hôtel.

- Je comprends pas pourquoi tu es là, Han, prononça Ben, en toute franchise.

- Je fais mon travail. Je suis ici pour faire parler Rey Palpatine.

- Ça, ça aurait pu être mon travail. Toi et maman, vous avez besoin de vous concentrer sur votre couple. Pourquoi est-ce que tu ne vas pas vous payer une vraie thérapie avant qu’elle demande le divorce? Il me semble que ça serait un peu plus productif!

- C’est ça, pour que je te laisse en tête à tête avec ta chérie?

- Pour la millionième fois, ce n’est pas ma chérie! réagit Ben, entre ses dents.

- Tantôt, à l’autobus, un peu plus et…

- Tu me prends pour qui? Je travaille. J’essaie de l’amadouer! Qu’est-ce que tu t’imagines?

- C’est ça…, se moqua Han.

- Quoi? Tu ne me fais pas confiance? Je suis capable de la faire parler, tout seul! Tu sais, Han, c’est pas la fin du monde de prendre sa retraite et de vouloir se concentrer sur ta relation amoureuse. C’est normal, même.

- Je suis capable de m’occuper de mon couple et de la faire parler!

- C’est ça…, rigola Ben, narquois. J’ai bien hâte de voir ça.

Avant que son père ait l’idée d’argumenter et qu’ils s’enfoncent dans une dispute sans fin, comme à leur habitude, l’inspecteur s’éloigna vers sa chambre.

 

***

 

L’intérieur de l’hôtel était aussi minable que le laissait présager l’extérieur. Par chance, Leia ne trouva aucune trace de moisissure dans leur chambre – ni de rats, de punaises de lits ou d’autres bestioles possibles. Elle en était à vérifier l’état des draps quand Han ouvrit la porte de la pièce et déposa, sans délicatesse, sa valise sur le sol. Elle ne lui adressa pas la parole, préférant se concentrer sur le coton blanc qui recouvrait le matelas. Au moins, c’était suffisamment propre pour qu’elle se sente à l’aise de s’y coucher. Cependant, on était loin des chambres d’hôtel à cinq étoiles : le décor ressemblait plutôt à un motel qu’on payait à l’heure afin d’y baiser une prostituée.

Le sexagénaire ouvrit la porte d’une armoire et y trouva des draps supplémentaires. Silencieusement, il s’installa un lit de fortune sur le sofa, à côté du lit.

- Qu’est-ce que tu fais? le questionna Leia, alors qu’elle ouvrait leurs valises pour s’installer.

- Ça va mal dans notre couple, alors je dors sur le divan, grogna Han. C’est ça que le monde fait, non? Je joue mon rôle.

- Un rôle? tiqua la directrice des affaires criminelles.

- Quand même, Leia! On n’est pas obligé d’exagérer nos problèmes pour avoir l’air crédible!

- Je n’exagérais pas pour ton information!

- Bon, c’est ça. Donc, tu voulais planter ta pancarte ailleurs. En attendant, moi, je la plante ici, lui rétorqua-t-il, en désignant le canapé.

Leia roula des yeux devant l’attitude de son mari, mais l’ignora. Si ça lui faisait plaisir de dormir sur un sofa dont le ressort devait sûrement être brisé… C’est lui qui allait avoir des problèmes de dos, pas elle!

Nostalgique, elle se rappela qu’à une certaine époque, c’était l’opiniâtreté de Han et sa manière de lui tenir toujours tête qui l’avaient, entre autres, séduite. Seulement, à ce moment de leur vie, Han était également attentionné à son égard et faisait tout son possible pour être là pour elle. Il avait même renoncé à commander le démantèlement d’un gros cartel de drogues pour être auprès d’elle, lorsque Leia avait accouché! Venant de Han Solo, ce n’était pas rien. C’était cet homme merveilleux qu’elle voulait retrouver.

Han fit mine de se coucher sur son lit d’infortune et tenta de dissimuler une grimace. Elle roula des yeux et regarda sa montre.

- Tu es vraiment dû pour la retraite, toi, ironisa Leia.

- Pourquoi?

- Il n’est même pas dix-neuf heures.

- …Ah, se contenta de répondre mollement Han.

- Tu viens? On a rendez-vous avez Ben pour faire le point.

Le sexagénaire pinça ses lèvres et se releva difficilement du sofa, vu son âge avancé. Leia s’approcha, mais il fit un geste pour la repousser. Il était de nature orgueilleuse : hors de question qu’il reçoive de l’aide de quiconque.

- Il est hors de question que tu passes la nuit là-dessus! Tu ne seras pas capable de marcher, demain!

Simplement pour lui prouver qu’elle avait tort, Han aurait été bien tenté de l’ignorer. Cependant, il décida d’écouter la voix de la raison et hocha lentement de la tête. Puis, il la regarda, gravement.

- Tu sais… Leia…, commença-t-il. Je t’aime. Tu le sais, ça, hein?

Oui, je le sais, articula-t-elle, avec un petit sourire. Mais ça fait du bien l’entendre.

 

***

 

Deux jours avant le début de la thérapie, les policiers avaient installés des caméras et des micros dans toutes les pièces de l’hôtel ainsi qu’à l’extérieur afin de s’assurer d’avoir, en main, toutes les preuves possibles s’il mettait Rey – ou Armitage Hux – en état d’arrestation. Ils avaient barricadé l’une des chambres du bâtiment afin d’en faire leur quartier général et d’observer tout ce qui s’y passait. Sur un grand bureau, on avait installé six écrans d’ordinateurs qui montraient, en temps réel, les caméras de surveillance. Aux grands maux, les grands remèdes, continuaient-ils de répéter. Ils n’avaient pas le choix d’outre-passer la vie privée des couples, s’ils voulaient enfin obtenir quelque chose pour coincer Palpatine.

Ben était déjà installé devant les écrans, assis derrière l’unique clavier, et composa une série de chiffres afin d’avoir seulement accès à la chambre des deux mafiosos. Son père et sa mère vinrent s’asseoir à côté de lui et firent un mouvement de tête à DJ, resté debout derrière eux, qui regardait les écrans avec une curiosité presque malsaine.

- Je veux bien faire la thérapie, Rey, mais j’y arriverai pas si tu es toujours en train de draguer le psy, dit Armitage à l’écran.

Le rouquin était assis sur leur lit, tandis que la jeune femme rangeait leurs vêtements dans la commode. Elle passa un doigt dans l’un des tiroirs pour enlever des vieilles miettes de pain et esquissa une grimace. Les trois policiers, de leur côté, se tournèrent vers DJ.

- De quoi tu parles?

- Tu n’as pas arrêté de lui faire les yeux doux, lui fit remarquer le roux.

Rey le regarda, consternée. Pendant ce temps, derrière les écrans, DJ leur expliqua qu’il pouvait être fréquent qu’un patient ressente de l’attirance pour son psychologue et que ça s’appelait un transfert. Il ajouta brièvement que c’était dû au fait que le patient se sentait écouté et compris – et qu’il associait cela à de l’amour.

- Il a l’air d’un itinérant! s’exclama Rey, qui semblait plus dégoûtée par l’idée d’être attirée par leur psychologue que par les miettes trouvées, trois secondes plus tôt.

Han et Ben étouffèrent un petit ricanement tandis que DJ poussa un soupir de dépit.

- Je ne te parle pas de lui! Je te parle de l’autre! Celui qui ressemble à une peinture de Picasso!

- Oh, fit Rey, en s’arrêtant momentanément.

- Oui, c’est ça, « oh », la parodia Hux. À côté de l’autobus, c’était quoi ça? Et, quand il t’a donné la clé de la chambre? Un peu plus et vous aviez l’air d’être à deux doigts de vous grimper dessus!

- Tu exagères! Il est beau, je te l’accorde. Même que…

- J’avais raison! s’écria le rouquin.

- Mais ça ne veut pas dire que je veux coucher avec lui! s’empressa d’ajouter Rey. C’est juste que c’est… Je sais pas… Disons que c’est un… SILF.

- …Un SILF?

- « Shrink I’d like to fuck.»

- Ha. Ha. Très drôle, bougonna Hux.

Ben gigota sur sa chaise, gêné, alors que ses joues se colorèrent de rouge. Il aurait bien aimé savoir ce qu’elle s’apprêtait à dire avant que son petit-ami l’interrompe. Simplement par curiosité.

Étonnamment, Leia afficha un air de ravissement devant le fait que quelqu’un trouve son fils attirant. Elle chuchota, même, à Han qu’elle aimait bien cette fille. Le sexagénaire, de son côté, tenta de la ramener sur Terre et lui rappela que c’était la petite-fille du chef de la mafia. DJ les interrompit en disant que c’était simplement une question de transfert, là aussi, et que ça ne voulait rien dire.

- De toute manière, tu es mal placé pour me reprocher quoi que ce soit! Tu m’as trompée, je te rappelle! Je pourrais très bien expérimenter toutes les positions du Kâmasûtra avec Ben, si ça me chante. Tu n’aurais pas ton mot à dire!

Le Ben en question eut une soudaine envie d’être englouti par le sol et de disparaître afin d’échapper aux regards de ses parents.

- Je pourrais te demander de filmer, tiens, continua Rey, en minaudant, innocemment, pour le provoquer. Est-ce que t’aimerais ça, mon lapin, me voir en train de me faire culbuter par un beau psychologue? Est-que ça t’exciterait?

Ben déglutit péniblement. Si on lui posait la question, il n’avait aucune envie que ce crétin de roux participe d’une quelconque manière à… Qu’est-ce qui lui prenait? Il n’allait pas se mettre à fantasmer sur leur cible, quand même!

- Est-ce que tu vas en revenir, un jour, du fait que je t’ai trompée avec deux filles? Je te l’ai dit que c’était un écart et que j’étais désolé!

- Il fallait y penser avant! Et, puis, c’était quoi, ce truc avec la petite asiatique?

- La petite asiatique…, répéta Armitage, en se grattant la nuque et tentant d’avoir l’air le plus désinvolte possible. Je ne vois pas de quoi tu parles.

- Tu avais l’air d’un rottweiler enragé! C’est quoi, elle te plait?

- Rey…, dit-il en s’approchant d’elle, pour l’embrasser dans le cou.

- Je t’ai jamais vu réagir comme ça! fit la jeune femme, en le repoussant. Son copain est horrible, on est d’accord! Il mériterait la lapidation ou la guillotine, mais tout de même!

- Oh, arrête…

- Est-ce que tu vas faire un trip à trois avec elle, aussi? se moqua Rey.

- Tu me parles de Rose uniquement pour éviter de parler de ce fichu Skywalker!

- Tu agis comme un enfant, Armitage! Ce n’est pas une thérapie de couple que j’ai besoin, apparemment! Je devrais simplement aller discuter avec les deux papas burn-out pour avoir leurs conseils, ça devrait suffire!

Leur dispute s’éternisa pendant, encore un petit moment, jusqu’à ce que Rey décrète qu’elle avait besoin de prendre l’air et sortit de la chambre en claquant brutalement la porte. Han et Leia conclurent qu’ils n’en sauraient pas plus, ce soir, et parlèrent de la journée de demain. Ben, lui, continuait de fixer la brunette à travers les écrans, sidéré.

Cela pouvait-il être possible que le transfert puisse être… Comment dire? Partagé?

Chapter Text

Au repas du soir, Rey brilla par son absence à la grande table de la salle à manger. Hux demanda aux autres de l’excuser et expliqua que sa copine ne se sentait pas très bien. Il précisa, avec des yeux accusateurs rivés sur Ben, qu’elle était un peu malade car leur « cher chauffeur » les avait trop secoués durant le trajet et que sa conduite laissait cruellement à désirer.

L’inspecteur infiltré se fit violence pour ne pas lui jeter un regard noir. Sa mère lui donna discrètement un coup de coude pour l’encourager. « Ce ne serait pas très psychologue de réagir ainsi », lui rappelèrent ses yeux. Le reste du repas se déroula… Se déroula. La salade californienne au poulet qu’ils dégustèrent regorgeait de mayonnaise. À croire qu’il s’agissait plus de mayonnaise à la salade de poulet qu’autre chose. Mais le pire demeurait les couples qui mangeaient.

À l’autre bout de la table, Poe tapait sur l’épaule de Finn à chaque fois que ce dernier regardait son téléphone. Ce qui arrivait très souvent. Passant plus de temps à vérifier ses textos d’un air anxieux qu’à finir son assiette, l’afro-canadien n’avait toujours pas avalé la moitié de sa salade quand les autres passèrent au dessert.

Il y avait aussi Rose et Beaumont qui se prenaient la tête pour tout et n’importe quoi. Principalement parce que l’homme n’arrêtait pas de reprocher à sa conjointe qu’elle mettait trop de sel, qu’elle ne devrait pas se resservir, que ce n’était pas surprenant qu’elle soit « si grosse » vu comment elle se goinfrait…

Cette fois, Rose s’emporta et DJ dut les sortir pour les aider à se calmer. Ben crut aussi voir que Hux se crispait autant que la petite Vietnamienne à chacune de ces remarques désobligeantes. Avant que le psychologue ne s’en occupe, le rouquin semblait être prêt à sauter à la gorge de Beaumont pour défendre la pauvre Rose. Étonnant de la part d’un mafieux… Peut-être que Rey avait raison et que cette fille lui plaisait. La thérapie du couple de criminels commençait bien…

Sinon, Mitaka sursautait à chaque fois que Phasma se penchait vers lui ou lui parlait de manière un peu trop ferme et Snap et Karé se touchaient, le plus discrètement possible, sous la table en essayant de retenir leurs gémissements et soupirs. Ben se frotta le visage pour cacher son expression découragée et dut donner raison à son père. Ils avaient affaire à une belle bande de tarés. La semaine serait longue.

Après le repas, DJ invita tout le monde à aller se coucher car ils se lèveraient très tôt le lendemain matin pour une randonnée dans la montagne, au sommet de laquelle se déroulerait le prochain exercice. Avant de se rendre à sa chambre, Ben passa par le petit quartier général que lui et ses parents s’étaient improvisé. Mais sur les caméras, il ne trouva Rey nulle part. Elle n’était pas pliée de douleur dans son lit avec un mal de ventre et une migraine comme Hux le prétendait.

Où était-elle? Aux toilettes, peut-être? À entendre son petit-ami exagérer son mal-être à cause de la mauvaise conduite de Ben, il pourrait être possible qu’elle y soit depuis des heures. Mais l’inspecteur ne croyait pas un mot des propos du rouquin. Non, cela cachait quelque chose. Est-ce Rey s’était éclipsée en douce en dehors du terrain de l’hôtel? Pour des affaires maffieuses?

Désireux de résoudre cela seul, Ben n’en parla pas à ses parents. Qu’ils s’occupent donc de leurs problèmes de couple et se reposent pour leur grosse journée de demain. Cependant, il eut beau faire le tour de l’hôtel pour vérifier dans les endroits les plus insolites, il ne trouva pas Rey. Et apparemment, Hux n’était pas inquiet de sa disparition.

Cela devait forcément avoir un lien avec la mafia. Mais la nuit tombait. Autrement dit, Ben ne pouvait pas simplement sortir de l’hôtel et fouiller les bois pour retrouver leur cible. Comme il commençait à être fatigué, l’inspecteur grogna et se résolut à retourner dans sa chambre.

Hors de question de quérir de l’aide auprès de ses parents. Il n’avait plus qu’à espérer que Rey soit bien coincée aux toilettes ou qu’il dénicherait des indices sur sa mystérieuse escapade lorsqu’elle réapparaitrait comme si de rien n’était le lendemain.

La chambre du « psychologue » possédait un lit simple, un peu triste, et une moquette qui s’usait. Ben poussa un profond soupir. Il tira sur le polo vert qui lui servait d’uniforme pour se déshabiller. DJ en possédait un semblable, avec le même symbole de cœur au-dessus d’un lac et d’une forêt avec l’inscription « Camp Naboo ». Un accoutrement assez ridicule qui lui démangeait la peau, qui plus est. Que ne fallait-il pas faire pour s’infiltrer?

Ben s’apprêtait à enlever son jogging noir quand il fut surpris par un bruit à l’extérieur de sa chambre. Il était bientôt vingt-deux heures. Qui s’amuserait à se promener dans les couloirs si tard, et ce, dans le noir complet? Pour preuve, le jeune homme ne voyait pas la moindre lumière sous le pas de sa porte. Il décida d’aller vérifier.

Récupérant silencieusement son Glock 17 sous le matelas de son lit, Ben ne prit pas le temps de réenfiler son uniforme désagréable à porter pour sortir de sa chambre à pas de loups. Ses yeux s’habituèrent peu à peu à la pénombre. Il avança prudemment dans le couloir, son arme dans son dos. S’il tombait par mégarde sur quelqu’un d’autre que les mafiosos, il n’aurait qu’à prétexter une envie de fumer sur la terrasse ou de se chercher un morceau de pain dans la cuisine.

Au bout de quelques instants, Ben tourna le coin du mur et sursauta en reconnaissant la silhouette de Rey. Elle étouffa un petit cri, tout aussi surprise que lui. Reprenant ses esprits, l’inspecteur cacha son Glock 17 dans son jogging, derrière son dos, et alluma l’interrupteur du couloir. Les yeux de Rey s’arrondirent et elle blêmit quand elle réalisa qu’il était torse nu.

- Oh! C’est toi, soupira-t-elle en baissant les yeux. Bonsoir… Hum… Tu m’as fait peur. Qu’est-ce que tu fais ici?

- Je… Je pourrais te retourner la question, articula Ben.

La jeune femme se massa la nuque, embarrassée. L’inspecteur infiltré s’empourpra aussi quand il se rappela qu’il ne portait plus son uniforme et se rendit compte que Rey avait du mal à ne pas regarder ses larges pectoraux. Il ressentit presque le besoin de se cacher la poitrine comme une fille pudique, mais n’en fit rien. De son côté, Rey finit par admettre à voix basse :

- Oui, c’est vrai. Désolée d’avoir manqué le repas. Mais Armitage me rend folle, parfois. Il fallait que je sorte prendre un peu l’air pour me calmer. Je voulais attendre qu’il soit endormi avant de retourner dans ma chambre. Sinon, je sentais qu’il allait encore m’énerver.

Elle expliqua également qu’elle avait vu le menu du soir inscrit à l’entrée de la salle à mange – une salade californienne au poulet avec de la mayonnaise – et qu’à tous les coups, son copain lui aurait fait un commentaire sur « sa cuisine désastreuse », pour le citer.

- Il m’aurait dit : « Tu vois, cet hôtel laisse à désirer, mais au moins, leur cuisine et leur mayonnaise ne sont pas aussi infectes que les tiennes. » Ce râleur me répète toujours que ce que je prépare immangeable, surtout ma mayonnaise… Parce que oui, tu savais que je fabrique ma propre mayonnaise? ajouta-t-elle ensuite avec un ton empli de fierté.

- Oui, bien sûr.

À ces mots, Rey fronça les sourcils, confuse. Ben se frappa intérieurement le front. Déstabilisé par la situation, il n’avait pas réfléchi. Quel idiot! Autant lui dire qu’il le savait car cela faisait déjà un bon moment qu’il l’espionnait au quotidien!

- Euh, je veux dire…, bafouilla-t-il en essayant de se rattraper. H… Armitage nous l’a raconté tout à l’heure.

Cette réponse convint à la jeune femme. Elle hocha la tête d’un air découragé.

- Je savais qu’il ferait une remarque du genre. Heureusement que je n’étais pas là. Je l’aurais étripé.

- Mais bref, je te comprends parfaitement, se ressaisit Ben, reprenant son rôle de psychologue responsable de chacune des personnes inscrites à la thérapie. En revanche, tu ne devrais pas sortir de l’hôtel comme ça, le soir. On est perdus au beau milieu de la forêt et… ça pourrait être dangereux de partir toute seule dans le noir. S’il t’arrivait quelque chose…

- Pourquoi? Il y a des ours, dans le coin? s’inquiéta la jeune femme.

Le policier sous couverture se pinça les lèvres. Il n’en avait pas la moindre idée et ne connaissait pas du tout le terrain.  En fait, Rey semblait sincère avec son excuse de balade à l’extérieur pour prendre l’air, irritée par son copain. Ben espérait qu’elle n’ait pas disparu pour rencontrer un des larbins de son grand-père dans la forêt pour une quelconque manigance entre mafiosos. Enfin, c’était tout de même mieux pour elle que de se trouver sans défense face à un ours en rogne.

- Euh… Je suppose, oui, marmonna-t-il. Comme il doit y avoir des orignaux et des castors et…

Rey acquiesça.

- Oh… Bon, oui, pardon, tu as raison. J’éviterai de disparaître comme ça la prochaine fois, alors.

- La prochaine fois, tu pourras venir me voir à la place, si tu as besoin de parler, renchérit l’inspecteur, content de trouver la parfaite excuse pour essayer de la cuisiner à l’avenir. Enfin, moi ou DJ, bien sûr. Je… Nous sommes là pour ça. Donc, nous pouvons aussi avoir une petite séance en privé, si ça peut t’aider à aller mieux.

- Une petite séance en privé…, répéta la petite-fille du chef de la mafia en l’observant longuement.

Se rappelant tout ce qu’elle avait dit à son sujet dans sa chambre plus tôt, Ben rougit soudain. Peut-être que Rey était en train de se faire des idées à cause de son « transfert »… Mais non, lui songeait bien à une séance dans le plus grand des professionnalismes. Que ce soit en tant que psychologue ou en tant que policier. Évidemment.

- Eh bien, merci. J’y penserai.

- Bon… Bonne nuit! s’empressa de dire Ben avant qu’elle ne remarque son malaise.

Il s’apprêtait à s’en aller, mais elle le retint.

- Oh, attends!

De toute façon, le policier sous couverture ne pouvait pas se retourner sans qu’elle n’aperçoive son revolver, toujours coincé dans son dos. Il ravala sa salive.

- Oui?

Un peu gênée, Rey se mordit la lèvre et replaça une de ses mèches brunes derrières son oreille.

- Désolée, mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir des yeux et… Je veux dire, c’est tellement massif que c’est difficile de louper ça et… Wow.

Comme elle désignait son torse d’un geste vague, le jeune homme sentit ses joues chauffer.

- Je… Je ne m’attendais pas à ce qu’un psy soit… taillé comme ça. On dirait du Photoshop! Tu fais beaucoup de muscu?

En effet, l’inspecteur infiltré était fort bien bâti et plutôt musclé. Mais pour lui, la question de Rey était ridicule tant la réponse était évidente. Il fallait bien qu’il passe de longues heures à la salle de sport du commissariat pour être capable de courser un criminel à travers tout Montréal en grimpant sur des grillages dans des chantiers de construction!

- Moi? Euh… Oui, évidemment. Profession oblige…

- Ta profession? demanda la brunette en arquant un sourcil. Eh bien, la vie de psychologue doit être remplie de dangers insoupçonnés, dans ce cas!

Réalisant son erreur, Ben voulut se cogner la tête contre le mur à plusieurs reprises. Il était supposé être un psychologue dans une thérapie de couple, pas un policier de l’escouade anti-crime organisé du SVPM! Bon sang, les missions d’infiltration n’avaient pourtant jamais été un problème pour lui, auparavant. Pourquoi perdrait-il maintenant tous ses moyens? Il toussota et essaya de se rattraper, encore une fois.

- Euh… Je veux dire… Oui? Il faut bien avoir de quoi se battre contre un ours quand une des participantes de la thérapie conjugale s’éloigne trop de l’hôtel la nuit, non?

Sa remarque fit rire la jeune femme. Et Ben se rendit compte, les joues rouges, qu’elle possédait le plus beau des sourires. Quel dommage qu’elle soit la petite-fille du chef de la mafia, trempant au grand complet dans les affaires macabres et criminelles de son grand-père…

- Mais oui, j’imagine, gloussa-t-elle. Allez. Bonne nuit, monsieur le psy.

Elle lui offrit un dernier sourire amusé et partit enfin en direction de sa chambre. Ben resta debout comme un imbécile au beau milieu du couloir, toujours cramoisi et à moitié nu. Au moins, il avait pu établir le début d’un lien avec leur cible. Mais pendant une fraction de seconde, il l’avait cru entendre dire : « Bonne nuit, monsieur le SILF ».

***

 

Tôt le lendemain matin, le groupe, habillé pour l’occasion, partit pour une randonnée dans la montagne, guidé par DJ. Suivant un sentier en terre battue, ils grimpèrent, enjambant les rochers et les racines des arbres qui sortaient de terre, sautant par-dessus les petits ruisseaux et admirant le paysage du Parc régional Val-David-Val-Morin. Au loin, le lac semblait briller sous les rayons du soleil levant. Le ciel prenait encore une légère teinte rosée et orangée.

L’ascension se déroula plutôt bien, dans l’ensemble. Certains se trouvèrent vite éreintés, cependant. À un cours d’eau, les deux berges semblaient un peu trop éloignées pour pouvoir sauter par-dessus, comme les autres, et les pierres qui émergeaient du courant avaient l’air glissantes. Ben étant le seul à porter des bottes étanches, il proposa de se placer au milieu du ruisseau, ne craignant pas de se mouiller les pieds, afin d’aider les autres à traverser.

Mais Hux, toujours aussi possessif, n’apprécia pas le moment où l’assistant du psychologue prit sa copine par la main pour lui faire franchir l’obstacle sans encombre. Les deux s’attardèrent un peu trop à son goût. Aussi, la jeune femme glissa soudain sur une des pierres et Ben la réceptionna de justesse en l’agrippant par les hanches.

Elle frémit et les deux se regardèrent un bref instant. C’était la seconde fois qu’il lui évitait une chute malencontreuse. Le petit sourire de gratitude que Rey fit à l’égard de son « sauveur » irrita le rouquin. Il lui sembla même que les yeux hébétés de Ben lorgnèrent une seconde sur le splendide fessier de sa petite-amie, comme elle finissait de traverser et s’éloignait pour rejoindre les autres. Renfrogné, il refusa l’aide du policier infiltré quand son tour vint et essaya de sauter le ruisseau par lui-même.

Cependant, il ne fit que perdre l’équilibre et tomber dans l’eau. Quelques rires s’étouffèrent. Rose demanda au rouquin s’il allait bien. Rey gloussa que de toute façon, il avait besoin d’un bain. Voyant que le bras-droit du chef de la mafia allait faire un ragoût irlandais avec les entrailles de son fils s’il n’intervenait pas, Han se précipita pour l’aider à se relever.

- C’est bon, papy, je n’ai pas besoin de votre aide! grommela Armitage.

Le sexagénaire fronça les sourcils. Papy? Avant qu’il ne s’énerve, sa femme le prit par le bras et l’incita à continuer la montée. Ce petit incident passé, le groupe atteignit enfin une plate-forme au sommet du mont. La vue était absolument magnifique. Il faisait doux pour le mois de mai, mais le soleil les réchauffait déjà.

DJ invita les participants de la thérapie à s’assoir sur des rondins de bois installés et leur présenta deux pancartes qu’il avait lui-même plantées. Sur l’une d’elles se trouvait une image de statue masculine, sur l’autre, celle d’une statue féminine. Le psychologue expliqua que le prochain exercice s’intitulait « Les sculptures vivantes ». Cela constituait à « sculpter » son partenaire en lui faisant prendre une position qui le ou la représentait.

- Imaginons que Ben est mon conjoint, poursuivit DJ en désignant son assistant. Par exemple, je trouve qu’il n’est jamais content alors je lui fais prendre devant vous une pose comme celle-là.

Suivant les directives du psychologue, l’inspecteur infiltré croisa les bras sur sa poitrine et afficha un air grincheux. Rey étouffa un rire désabusé et souffla discrètement à Rose que cela pouvait représenter leurs deux petits-amis. Sa voisine de rondin de bois esquissa un sourire pincé pour toute réponse.

L’exercice commença alors. Chaque couple eut d’abord quelques minutes pour réfléchir et se parler. Puis, tour à tour, les participants durent présenter leur « statue » devant les autres en expliquant pourquoi ils voyaient leur partenaire ainsi. Mitaka fut le premier à passer. À sa demande, Phasma croisa ses bras en forme de X devant son cœur.

- C’est parce qu’elle refuse de me témoigner de l’amour, raconta-t-il.

Puis, ce fut au tour de sa compagne, qui le fit se recroqueviller en petite boule, accroupi au sol. Pour elle, Mitaka se rétractait à chaque fois qu’elle s’approchait de lui, lui parlait ou essayait de le toucher. Comme s’il avait peur d’elle. Et cela la peinait grandement, car avant, il aimait qu’elle le domine et en redemandait.

Ensuite, le couple homosexuel se présenta à son tour devant les autres. Finn dut prendre un air stressé, le dos courbé et les yeux rivés sur son téléphone. Une position que le reste des participants reconnaissait déjà très bien. Poe expliqua que son partenaire était toujours anxieux pour leur fille, à la limite de la paranoïa, et que le soir de la Saint-Valentin – leur première soirée en amoureux depuis des lustres – il l’avait même abandonné au restaurant car il ne faisait pas confiance à leur baby-sitter.

Finn, quant à lui, demanda à son copain de poser avec les poings sur les hanches, la tête haute et le regard fier, comme un super-héros. Il présenta Poe comme le conjoint et le parent parfait. Tout le monde l’adorait et leur petite Déolie cessait toujours de pleurer dans ses bras. Après tout, il avait déjà eu un garçon, Bénédicte, avec son ex-femme, Zorii, et avait plus d’expérience que lui dans le domaine des enfants. Finn souffrait d’un sentiment d’infériorité à ses côtés.

- Wow… Ça fait du bien de l’exprimer comme ça, soupira le jeune homme.

- Tu ne m’en avais jamais parlé avant, balbutia enfin Poe. Enfin, Finn, c’est ton premier enfant! Et tu es le père le plus merveilleux du monde! Tu es bien plus présent pour Déolie que moi pour Bébé!

Il dit ces derniers mots avec une pointe de culpabilité. Finn le regarda avec des yeux de labrador.

- Tu penses?

- Oui! Tu es patient, attentionné et tu sais très bien gérer ses crises de pleurs! Elle t’adore et te sourit tout le temps! Je… Je suis vraiment désolé que tu te sentes comme ça, lui murmura Poe, les yeux embués. Je t’aime.

Ému, son conjoint ravala sa salive, se pinça les lèvres et lui souffla un « Moi aussi ». Leia sourit. Ils étaient mignons. Elle aussi était passée par la même chose qu’eux en tant que mère et les comprenait parfaitement. Difficile de s’occuper d’un enfant tout en gérant les affaires criminelles montréalaises alors que le père devenait de moins en moins présent à la maison.

Quand la quinquagénaire dut présenter la statue de son mari, elle désigna… le vide. Han se trouvait caché un peu plus bas, parmi les fleurs du plateau de la montagne.

- C’est comme ça que je le vois, expliqua Leia. Ou plutôt, non, justement, je ne le vois pas. En fait, c’est l’Homme Invisible, depuis un bon moment. Parce que même quand il…

- Parce que même quand je suis là, je ne suis pas là, s’exaspéra le sexagénaire en sortant de sa cachette. Oui, je pense qu’on a compris!

- Hé! Une statue ne parle pas, chéri!

- Je suis une sculpture vivante! Alors, je parle si je veux!

Ils recommencèrent à se prendre la tête et Ben dut intervenir pour les calmer et les inciter à continuer l’exercice dans la joie et la bonne humeur. Enfin… Autant que possible avec eux. De son côté, Han demanda à Leia de se tenir comme une impératrice, le regard hautain, et de poser ses mains sur sa tête comme s’il s’agissait d’une couronne.

- Je vous présente… la princesse Leia! déclara le sexagénaire. Parfaite et irréprochable. C’est simple, avec elle, on ne peut jamais rien dire et tout ce qu’on fait n’est jamais assez pour elle.

Agacée, sa femme leva les yeux au ciel et lui tendit son majeur. Devant son doigt d’honneur, Han s’insurgea :

- Hé! Une statue ne fait pas de fuck you, chérie!

- Oui, mais la sculpture vivante de la princesse Leia, elle t’emmerde, rétorqua-t-elle avec amertume. Bien profond.

Ben eut du mal à étouffer son rire.

- Moi, je ne vous montre pas comment je vois Beaumont, dit ensuite Rose, passant juste après le vieux couple. Mais comment j’aimerais le voir.

Son conjoint se plaquait simplement les mains sur la bouche avec un air grognon.

- Voilà. Monsieur ne ferme jamais sa grande gueule. « Bla, bla, je suis prof d’histoire, j’ai une immense culture, bla, bla, je sais tout mieux que tout le monde, bla, bla, tu ne devrais pas manger ça, chérie, bla, bla… », imita la jeune femme avec une voix niaise. Vous voyez, je crois que j’aurais un orgasme juste avec une seule minute de silence complet!

Quant à lui, Beaumont fit prendre à Rose une pose assez complexe. Elle devait tenir en équilibre sur une jambe, l’autre levée dans les airs en sorte d’arabesque, et agiter les mains comme si elle avait des ailes.

- Pour moi, Rose, c’est… ça.

- Intéressant, intéressant, l’encouragea DJ en se frottant le menton. Mais qu’est-ce ça représente?

- Aucune idée, ricana Beaumont. Elle est beaucoup trop difficile pour que je puisse la comprendre. En gros, elle se complique beaucoup trop la vie pour rien, fait des montagnes à partir de pas grand-chose et même si on veut croire qu’elle est équilibrée…

Il la poussa d’une main pour toute conclusion et Rose étouffa un cri en tombant dans l’herbe. Beaumont rit, sa copine lui donna un coup de pied dans le tibia pour se venger et Armitage se tendit. Rey le remarqua et cela lui donna une idée.

- Alors, pour moi, la statue d’Armitage, c’est l’image qui hante mes nuits et que je n’arrive pas à effacer de mon esprit, expliqua la brunette avec un sourire crispé lorsque son tour vint.

Près d’elle, Hux tenait sous ses bras Karé et Rose, malaxant un de leurs seins dans chaque main, et devait mimer une expression de jouissance. Ses joues s’empourpraient de honte et il fermait très fort les yeux pour ne pas voir les regards de reproche des autres participants, surtout Beaumont qui n’appréciait pas qu’il touche sa conjointe de la sorte.

De son côté, Rose rougissait tout autant, troublée, et espérait comme le rouquin que la présentation de la statue s’achèverait vite. En revanche, cela ne dérangeait pas du tout Karé. Cette dernière termina l’exercice avec Snap. À sa demande, son copain se pencha, ferma les yeux et porta ses mains devant lui, comme s’il tenait une femme nue contre lui et lui pétrissait la poitrine.

- Ce n’est pas comment je vois Snap… mais comment je le sens, avoua Karé.

Sur ces mots, elle se glissa dans ses bras, dos à lui. Il lui agrippa aussitôt les seins et lui dévora le cou alors qu’elle se frottait sur son entrejambe. Ils gémirent et les autres les regardèrent avec des yeux ronds, extrêmement mal à l’aise. À l’exception de Phasma qui trouvait cela tout de même divertissant tant ce début de copulation était ridicule. Elle souffla même un « Au moins, eux, ils n’ont pas peur de baiser » à son Dopheld. L’entendant, Snap leva la tête et demanda :

- Hum… Voulez-vous qu’on le fasse devant vous? Nous, ça ne nous dérange pas, hein. Ce ne serait pas la première fois…

Tous secouèrent la tête en grinçant des dents, sauf Phasma qui haussa les épaules. Le couple prit cela pour un oui.

- Non, non, non! s’alarma aussitôt DJ, qui avait mis un peu de temps à réagir, observant la scène avec… curiosité. C’est bon, ça suffit! On arrête tout!

Comme Karé avait déjà retiré son T-shirt et exhibait sa brassière de sport, qu’elle s’apprêtait également à enlever, le psychologue devint cramoisi et siffla promptement dans son sifflet pour arrêter le couple en chaleur.

 

Le second exercice de la journée débuta vers dix heures du matin sur le bord de la rivière du Nord. Quelques kayaks et canots passaient de temps à autres, ne manquant pas de saluer le groupe pour certains. L’eau était encore fraîche, mais quelques participants prirent du plaisir à y glisser leur main pour sentir le courant.

Les deux pancartes plantées sur la berge, placées par DJ, représentaient un homme et une femme des cavernes avec leurs massues. Le psychologue expliqua que pour cet exercice, chaque couple devrait se glisser dans la peau de leurs ancêtres préhistoriques.

Il appelait cela « la reconstitution du jeu de séduction des hommes de Cro-Magnon ». Chacun devait faire ressortir ses instincts primitifs, ne communiquant que par grognements et par gestes, et redécouvrir son partenaire de cette manière.

- Et je rappelle qu’il faut juste se séduire, pas s’accoupler, ajouta DJ à l’égard de Snap et Karé, qui ne comprenaient pas son ton de reproche.

Restant en retrait avec le psychologue, Ben rit dans sa barbe en regardant les autres se comporter comme des singes, se tapoter, se renifler, grogner, rugir, se lécher les joues… En tout cas, ses parents avaient l’air de bien s’amuser. Plus que certains.

Par exemple, Poe, exaspéré par le fait que Finn pianote encore sur son téléphone tout en jouant l’homme des cavernes, le lui prit des mains et le prévint qu’il pourrait le jeter à la rivière. Car les téléphones n’existaient pas durant la Préhistoire. De son côté, Phasma s’approcha de Mitaka en grognant et dès qu’elle le toucha, il gémit comme un petit chien battu et se recroquevilla par terre.

- Bah, voyons! soupira la grande blonde. Je ne vais pas te manger, enfin!

Aussi, lorsque Beaumont se mit à quatre pattes et essaya de renifler le derrière de Rose, elle prit la mouche et se mit à le frapper avec une branche. Son conjoint se tortilla de douleur sur le sol en la traitant de folle et en se plaignant d’être un homme battu. DJ, exaspéré par les deux, se précipita pour intervenir.

Comme Hux regardait Rose au loin, déconcentré, Rey lui attrapa le menton et le força à lui faire face. Puis, pour se venger de son manque d’attention, elle tourna la tête vers Ben, qui observait la scène près d’eux, et émit un « Grrrrrr… » séducteur en sa direction. L’inspecteur infiltré rougit violemment. Rey sourit, toute fière, mais son compagnon grogna de colère et se dirigea vers son « rival ».

Han et Leia surgirent alors pour empêcher le bras-droit du chef de la mafia d’égorger leur fils. Le sexagénaire se plaça devant le rouquin pour lui barrer la route. Leurs yeux se lancèrent des éclairs et les deux hommes commencèrent alors un concours de grognements sauvages et de rugissements bestiaux. Leia rit nerveusement et se tourna vers la brunette.

- Ce n’est pas une très grosse différence de langage par rapport à d’habitude, pas vrai? soupira-t-elle.

- Malheureusement, gloussa Rey avec un air tout aussi découragé. Pourtant, on dit qu’on a évolué depuis la Préhistoire…

Elles s’esclaffèrent ensemble dans leur solidarité féminine.

Amusé par le concept des hommes de Cro-Magnon, Ben demanda à DJ s’il pouvait présenter la seconde partie de l’exercice. D’un coup de sifflet, le psychologue rappela tout son groupe, qui se plaça devant eux, et lui laissa la parole. Ben leur expliqua qu’ils étaient tous des chasseurs-cueilleurs et qu’il leur fallait désormais trouver de quoi se nourrir, mais aussi savoir quoi faire en cas de danger.

- Imaginons qu’un ours des cavernes apparaît soudain, l’air menaçant. Il vous attaque! Qu’est-ce que vous faites pour protéger votre moitié? Mmh?

Alors qu’il imitait un petit grognement Cro-Magnon pour encourager les couples un peu désorientés, Ben aperçut une main levée. Il soupira.

- Oui, Beaumont?

- C’est impossible, ton truc, rétorqua l’homme en croisant les bras. À l’époque de la Préhistoire, il n’y avait pas d’ours des cavernes en Amérique du Nord. C’était une espèce exclusivement européenne.

Perplexe, Ben fronça les sourcils.

- Hein? Euh, mais ça, on s’en fout. C’est juste un détail pour la mise en situation. Et puis, y’a des ours au Canada, non?

- Oui, y’en a, maintenant, précisa Beaumont. Mais pas il y a environ un million d’années. Ce que tu nous proposes est anachronique. À la limite, si on était attaqués par un smilodon…

- Un quoi?

- Alors, le terme « tigre à dents de sabre » est plus connu, mais en fait…

L’historien se mit à démontrer l’étendue de son savoir en parlant d’animaux préhistoriques, de détroit de Béring, d’ère glaciaire… Bien vite, tout le monde comprit pourquoi Rose rêvait que ce véritable moulin à paroles moralisateur se taise ne serait-ce qu’une minute. Comme les autres, Ben l’écoutait d’une oreille distraite, commençant à perdre patience. Et soudain, ses yeux s’arrondirent comme des soucoupes.

- Y’a un ours.

- Non, non, arrête avec ton ours, s’exaspéra Beaumont. Je te dis que c’est un anachronisme!

- Mais ta gueule avec ça! s’écria Ben en pointant quelque chose dans leur dos. Y’a un vrai ours maintenant, là! Derrière vous!

Pensant qu’il essayait de leur faire peur, le conjoint de Rose leva les yeux au ciel.

- C’est ça…

- Je ne plaisante pas! Y’a… Y’a un… Y’a un fucking ours, merde!

Cette fois, les autres, confus, se tournèrent enfin et réalisèrent avec effroi que Ben ne mentait pas. Un gros ours noir sortait de l’orée de la forêt et s’approchait bel et bien d’eux. Quand il se leva sur ses pattes arrière en grognant, tous crièrent de stupeur.

Beaumont fut le premier à décamper et bouscula violemment DJ dans sa fuite. Bien vite, la moitié du groupe l’imita et il ne resta plus que les femmes, effrayées, face à la bête. Elles regardaient leurs hommes les abandonner avec lâcheté. Elles étaient restées car Rose leur répétait qu’il ne fallait jamais courir devant un ours au risque de l’énerver.

- Bon, écoutez, leur dit la petite Vietnamienne en inspirant profondément. Pour l’instant, il est calme. Quand il se met sur deux pattes, c’est impressionnant, mais pas du tout dangereux. Il prend seulement des informations visuelles et olfactives. On doit lui faire peur en se montrant plus gros et plus bruyant que lui. Faites comme moi!

Sur ces mots, elle leva les bras, les agita au-dessus de sa tête pour se faire plus grande et cria d’un air menaçant à l’égard de l’ours. Rey, Phasma, Karé et Leia firent de même. Elles rugirent, grognèrent, hurlèrent et agitèrent leurs mains comme si elles possédaient des griffes. L’animal recula puis repartit dans la forêt comme il était venu.

Les femmes poussèrent un cri de victoire et toutes applaudirent leur héroïne avant de la serrer dans leurs bras. Rose fut flattée par tant de reconnaissance. Puis, elles regardèrent leurs hommes revenir, la queue entre les jambes, avec un air taquin. Beaumont était peut-être un expert en ours des cavernes préhistoriques, mais Rose savait bien mieux que lui ce qu’il fallait faire face à un ours du présent.

Comme les unes félicitaient la jeune femme tout en se moquant des autres qui tentaient de se justifier, piqués à l’égo, personne ne se souciait vraiment de DJ. Le pauvre grimaçait de douleur et se frottait le bas des reins. Il avait fait une mauvaise chute à cause de Beaumont.

Ben se massa la nuque, embarrassé, et n’osa pas soutenir le regard triomphant de Rey. Hier soir, il avait peut-être un peu frimé avec ses muscles en bafouillant qu’il pouvait la protéger des ours. Mais finalement, il s’était stupidement enfui comme les autres et c’était Rose, du haut de ses 1m57, qui les avait tous sauvés.

- Tu es notre sauveuse, renchérit Finn, malgré sa honte, en la prenant dans ses bras. Bravo!

 

Et les éloges envers la petite asiatique ne se tarirent pas au repas du midi. Rey proposa un toast en l’honneur de Rose et tous trinquèrent à sa santé. Mitaka, soulagé que tout le monde s’en soit sorti indemne, fit soudain un câlin à Phasma et déclara que même s’il craignait un peu sa conjointe, elle était sa protectrice. Certains, comme la grande blonde, le trouvèrent mignon, d’autres haussèrent les sourcils.

- En tout cas, félicitations, messieurs! railla Leia en sirotant son verre. Dire qu’à une époque, on comptait sur nos hommes pour qu’ils nous protègent… Maintenant, on est mieux de se débrouiller toutes seules.

- Non, mais ça, c’est parce que vous avez détruit nos instincts primitifs, rétorqua Han en soupirant. Vous vouliez des hommes tendres, respectueux, sensibles et voilà le résultat…

Il disait ça sous le ton de la blague, mais cela ne fit pas rire sa femme, qui lui jeta un regard noir.

- C’est sûr qu’on s’y perd maintenant, marmonna Beaumont. C’est comme au lit, faut être à la fois sauvage et doux avec les filles, c’est n’importe quoi…

Puis, levant les yeux vers Finn et Poe, il se rappela qu’il n’y avait pas que des couples hétérosexuels à la table. Suivant son regard, Hux demanda par curiosité :

- En fait, vous, vous faites comment, les gars? Ça doit être plus simple, entre hommes, non?

- On fait comment…, répéta Finn en plissant le nez. Quoi, tu veux qu’on te montre?

- Pourquoi pas? sourirent Karé et Snap.

Le couple d’hommes leva les yeux au ciel.

- Bah, de toute façon, depuis qu’on a notre bébé, on ne baise plus, soupira Poe. C’était pareil avec mon ex-femme, remarque. Enfin, avec Zorii, c’était parce qu’on s’est rendu compte juste après qu’on était tous les deux gays, alors, forcément… Là, c’était compréhensible. Finn, je ne comprends toujours pas pourquoi il n’aime plus mon pénis…

À ces mots, son conjoint brunit. Un silence de malaise s’installa.

- Mais… Mais je l’aime, ton pénis, c’est juste que… Bah, je ne veux pas qu’on fasse ça alors que la petite dort à côté, ça va lui faire peur.

- Il n’y a pas que ça. J’ai l’impression que ta libido s’est complètement endormie, argua Poe. Mais ne t’en fais pas, mon amour. Mon pénis t’aime aussi et il est patient. Comme un moine tibétain. Il va attendre que ton désir pour lui se rallume.

- Ok, arrêtez de parler de pénis pendant qu’on mange, s’il vous plaît, grimaça Rey en reposant sa saucisse dans son assiette avec dégoût. De toute façon, ça fait longtemps que je ne peux plus prendre ce mot au sérieux. Je ne sais pas d’où vient cette obsession chez vous, messieurs, mais durant toute mon adolescence, des petits cons à l’école adoraient hurler « Pénis! » durant la classe pour amuser la galerie et maintenant, à chaque fois que j’entends ce mot, je pense à ça!

Certains parmi le groupe pouffèrent, d’autres toussotèrent. Pour Ben, ce fut un peu les deux, à la fois amusé et embarrassé. Hux, quant à lui, se frotta le visage.

- Moi non plus, je n’ai plus aucun désir pour Beaumont, avoua alors Rose avec lassitude. Je ne veux même plus le voir nu.

- Tu n’es pas obligée de le dire devant tout le monde, lui reprocha son conjoint en grinçant des dents.

- Et moi, Mitaka a peur que je le tue à chaque fois qu’on essaie de baiser, soupira Phasma. DJ… Tu aurais des conseils à nous donner pour stimuler sa libido?

Le psychologue, qui grimaçait encore à cause de sa mauvaise chute de ce matin, sursauta à cette question. Il s’empourpra. Les trois policiers infiltrés, connaissant sa misère sexuelle, comprenaient parfaitement sa réaction. D’autant plus que tous les regards se tournaient vers lui, désormais. De son côté, Ben espérait seulement que ses parents n’en rajoutent pas une couche sur le sujet. Il n’avait pas la moindre envie de penser à… ça.

- Alors, euh… En fait… C’est délicat, bafouilla DJ. Parce que… ce n’est pas pareil pour tout le monde.

- Mais non, c’est pareil! dit soudain Snap en s’adressant à tout le groupe. Sérieux, ce n’est pas si compliqué. Enfin, nous, avec Karé, on a le problème inverse, mais si vous avez du mal à baiser, sautez juste sur l’autre et forcez-le à essayer!

- Mais enfin, c’est du viol, ça! s’insurgea Rose.

Snap et Karé froncèrent les sourcils, surpris par le terme qu’elle employait.

- Euh… Bah non, ça ne peut pas être du viol si on est en couple, si?

- Si! Eh oh! Le viol conjugal, ça existe! Même si c’est tabou!

- Oui, approuva DJ. On pense qu’au sein d’un couple, le consentement est automatique et qu’on n’a plus besoin de s’en assurer. Mais en vérité, ce n’est pas toujours le cas et ça cause beaucoup de souffrance silencieuse parce que la plupart, victime comme agresseur, ne reconnait pas le problème.

À ces mots, Rose frappa sur la table et exclama en sa direction un grand « Merci! »

- Oui, c’est vrai, renchérit Rey. Je veux dire, c’est bon, on n’est plus au Moyen-Âge…

- Alors, là, je t’arrête tout de suite, déclara Beaumont en la pointant de son index. Il est vrai que le viol conjugal n’était pas du tout reconnu au Moyen-Âge…

- Et encore aujourd’hui pour certains, grommela sa conjointe.

- Oui, mais bref, ça ne veut pas dire pour autant que toutes les femmes se faisaient violer par les hommes à l’époque! En fait, ça vous surprendra peut-être, mais on a découvert au 14e siècle un manuscrit qui était une sorte de « manuel de l’amour ». Il expliquait aux hommes comment faire pour donner du plaisir à leur épouse au lit et les incitait même à les satisfaire au lieu de n’en tirer que pour leur profit en laissant leur femme frustrée. À l’époque, la médecine encourageait la jouissance féminine, croyant que c’était requis pour la procréation.

Il sourit, fier d’apprendre aux autres quelque chose que beaucoup ignoraient dans la culture populaire, bercés par des idées reçues manichéennes. Rose ne fit qu’arquer un sourcil, désabusée. 

- Wah, ça a l’air génial, ce manuel! Un jour, tu devrais peut-être penser à appliquer les conseils qu’il donne quand tu couches avec moi, non?

- Enfin, je veux dire, toussota l’historien. On a souvent cette image de gros bourrin de chevalier glorifié concernant le Moyen-Âge, mais en vérité, un homme viril était perçu comme étant un homme vertueux et noble capable de contrôler son corps. Un homme esclave de ses pulsions n’était qu’un barbare répugnant.

- Je n’aurais jamais cru vouloir retourner dans ce temps-là, tiens, maugréa sa compagne. On se demande comment ce concept a complètement dégénéré aujourd’hui. Parce qu’à t’entendre, Beaumont, tu es très loin d’être viril et le Moyen-Âge était plus progressif que toi pour tout ce qui est du comportement de l’homme, surtout envers la femme!

Cette fois, Beaumont s’énerva contre elle.

- Bon sang, mais c’est pas vrai, celle-là! Déjà, tu ne peux pas employer le mot « progressif » alors que le terme n’existait pas à l’époque! Ce que tu dis est anachronique!

- Mais va chier avec tes anachronismes! s’écria Rose.

- Ensuite, si ça a dégénéré, c’est votre faute, à vous, les filles! Vous êtes des folles qui ne savent pas ce que vous voulez! rétorqua l’homme avant de se tourner vers la tablée. Pas vrai, les gars? Au lit, elle te demande de la prendre brutalement par derrière en lui cassant trois côtes et juste après, il faut que tu la cajoles en lui récitant du Rimbaud avec les larmes aux yeux!

DJ tenta de se lever pour intervenir et les séparer, encore une fois, mais il gémit de douleur à cause de sa blessure et dut laisser tomber.

- Ah oui? ricana Rose. Faudrait déjà que tu saches réciter du Rimbaud. Aussi, faudrait que tu sois capable de faire une autre position que le missionnaire et que tu dures plus de trois minutes pour me casser trois côtes!

- Hé!

Observant la scène comme tous les autres, Armitage étouffa un rire face au caractère de la petite asiatique. Rey sourcilla et lui fit un regard de travers.

- Tu peux bien rire, toi, mais je te signale que tu n’es pas vraiment mieux, soupira-t-elle.

- Attends, quoi? s’indigna le rouquin. Et moi, je te signale que pourtant, je connais d’autres positions que le missionnaire et que je ne suis pas un éjaculateur précoce.

- Mais quand on baise, on dirait que tu n’en as rien à foutre, mon lapin. Tu sembles aussi intéressée par moi que par un plat que tu regardes tourner dans le micro-onde!

Entendant cela, Ben, qui mangeait silencieusement au bout de la table, roula des yeux. Qui oserait se foutre de la chance d’avoir une si belle femme dans son lit? Enfin… Bref. Hux était vraiment bizarre. Et Rey méritait bien mieux. Le jeune homme marmonna :

- Dans ce cas, pourquoi est-ce que tu lui donnes une chance après qu’il t’ait trompée? Non, mais franchement…

Il avala une bouchée et réalisa que le silence était brusquement revenu. Tous les regards étaient désormais tournés vers lui, ahuris par les propos réprobateurs du « psychologue ». Rey le fixait, bouche bée.

- Pardon?

Ben déglutit bruyamment et sentit le rouge lui monter aux joues. Du coin de l’œil, il vit son père secouer la tête et soupirer d’exaspération, l’air de dire : « Tu ne pouvais pas la fermer, crétin? »

- Euh… Je…

- Tu es en train de me juger, là? balbutia Rey avant de se tourner vers DJ. Il est en train de me juger, là? Vous faites ça, les psys, maintenant? Tu approuves ce genre de méthodes, toi?

- Oh, euh… Eh bien… Plus ou moins. C’est juste une autre école de pensée, bredouilla le psychologue en se massant la nuque avec embarras, dans la tentative de rattraper la bourde de Ben.

- Avant Freud, on va dire, baragouina Han. Et avant la Pensée.

Leia lui donna un coup de coude. Il ne les aidait pas.

- Oui, c’est une méthode qui s’appelle la… confrontation, bégaya leur fils, de plus en plus cramoisi. Enfin, c’est comme une provocation, mais… thérapeutique.

- C’est scandinave, inventa DJ pour le supporter.

À ces mots, Ben le désigna pour approuver ses dires.

- Oui, exactement! C’est scandinave!

- Là-bas, ils croient fermement que la provocation amène des bienfaits thérapeutiques, rajouta le psychologue, s’enfonçant dans le mensonge sans trop savoir où il allait. Il paraît que ça porte fruit. Surtout avec les criminels! D'ailleurs, ça peut venir rejoindre quelques techniques que l'on utilise ici, mais… Euh…

- Est-ce que j’ai l’air d’une criminelle? s’indigna Rey.

Les trois policiers frissonnèrent et se regardèrent furtivement. Une criminelle? Pas à première vue. Mais les Organa-Solo savaient qui elle était réellement. Et la maladresse du psychologue pourrait éveiller des soupçons chez elle.

- Non, non, pas du tout! contesta aussitôt le jeune homme en secouant la tête plusieurs fois, fusillant DJ du regard au passage. C’est ma faute, je suis désolé. Je… J’aurais juste dû me taire. Excuse-moi.

Rey regarda Ben comme s’il venait de lui parler extraterrestre et, peu convaincue, poussa un soupir exaspéré avant de changer de sujet. Le silence imprégné de malaise fut ainsi brisé et la discussion, toujours plus ou moins envenimée par les problèmes de chacun, se poursuivit. On parla des inégalités entre les hommes et les femmes et de rapports humains. De quoi engager tout un débat!

L’inspecteur infiltré préféra se concentrer sur son assiette, mortifié par son commentaire. Que ce soit en tant que psychologue ou policier, il aurait mieux fait de se taire. Voilà qu’il perdait des points concernant son rapprochement avec la petite-fille du chef de la mafia. Dans le cadre de la mission, bien sûr. Ses parents devaient lui en vouloir. Tout comme Rey. Elle devait se sentir insultée, maintenant. Bravo, champion!

***

 

Après le repas, DJ demanda à son groupe de l’excuser car il avait besoin de se reposer un peu à cause de sa blessure. Il les invita à faire un temps calme et retourna difficilement dans sa chambre. Ben, Han et Leia durent l’aider à marcher. Le psychologue était dans un piteux état. Son visage se déformait sous la douleur et même les glaçons que la femme lui apporta dans une serviette ne parvinrent pas à le soulager.

- Je ne sais pas si je me suis casser quelque chose, mais je ne suis plus capable de me lever, gémit DJ en se massant le bas des reins.

Il avala des anti-douleurs, les seuls médicaments à sa disposition, et conclut gravement :

- Je ne peux plus continuer comme ça. Il va falloir que j’arrête la thérapie.

La famille sous couverture s’échangea un regard désespéré. Tenter de raisonner le malheureux ne servait à rien. Il ne se trouvait ni dans l’état physique ou même psychologique de poursuivre la thérapie. Surtout avec le groupe qu’il avait. Impossible de gérer les crises de Rose et Beaumont, les hormones de Snap et Karé et la tension entre les deux mafiosos avec le dos en compote!

Ben se pinça les lèvres. Malgré lui, il ressentait une pointe de culpabilité. Bien sûr, ce n’était pas sa faute si Beaumont avait violemment poussé DJ en fuyant l’ours. Mais si lui n’avait pas paniqué en apercevant l’animal au premier abord… Le jeune homme soupira. Hors de question d’abandonner leur mission. Il ne s’avouerait pas vaincu. Une pareille occasion ne se présenterait pas deux fois. Alors, après une longue réflexion, il déclara :

- Ok. Je vais le remplacer.

 

Chapter Text

Un silence de quelques secondes régna dans la pièce après que l’inspecteur eut suggéré de prendre en main la thérapie.

- Ben, ça n’a pas de sens, réfuta finalement sa mère. On va trouver de la morphine, de la cortisone… Et, après une demi-journée de repos, DJ sera sur pied.

- Ta mère a raison, appuya Han.

Leur fils les observa, ironique. Évidemment, ses parents devaient être du même avis uniquement pour contester ce qu’il disait! 

- Un dos en vrac ne se guérit pas avec un peu de morphine! argumenta Ben.

- Je ne dirais pas non à du dilaudid, grimaça le psychologue, à voix basse.

Personne ne lui accorda de l’attention.

- Tu ne peux pas faire le psy…, soupira son père.

- Pourquoi pas?

- Parce que tu es un policier! Est-ce que tu es au courant que les psychologues doivent faire un doctorat? Ce n’est pas parce que tu as lu « Bouillon de poulet pour l’âme » que tu vas savoir comment gérer Phasma qui veut retrouver son soumis!

- Petit un, j’ai suivi des cours de psychologie durant ma formation de policier. Petit deux… Je suis désolé, mais DJ n’a pas vraiment l’air de quelqu’un qui a un doctorat et il semble se débrouiller à merveille!

Le jeune homme pointa le psychologue, qui était trop occupé à souffrir pour protester d’une quelconque manière, en arquant un sourcil. Les lèvres d’Han se courbèrent. Il ne pouvait pas être en désaccord avec son fils sur ce point. Plus il apprenait à connaître DJ plus il avait l’impression qu’il avait trouvé son diplôme de thérapeute à travers les déchets d’une poubelle. Même Leia sembla être du même avis que son fils.

- Petit trois, tu sais ce qu’est « Bouillon de poulet pour l’âme »? Toi? Han Solo? ricana Ben.

- Ta mère m’a obligé à en lire un, il y a quatre ans. Tant que je ne l’avais pas terminé, elle ne voulait plus que… Bien… Tu vois…, lui expliqua-t-il, en faisant un mouvement suggestif des sourcils.

- Inutile de te dire que ça n’a servi à rien, déplora Leia, en levant les yeux au ciel.

- Au moins, on a pu recommencer à faire l’amour! souligna son mari. Je te signale que tu es chanceuse, ma chérie. Je n’ai pas encore besoin de viagra pour avoir une érection! Ce n’est pas tous les hommes de soixante-trois ans qui peuvent s’en vanter!

Le jeune homme grimaça de dégoût et mima une envie de vomir. Il n’avait aucune envie de savoir que ses parents avaient encore une vie sexuelle.

- Tu sauras, mon poussin, que tu vas entendre bien pire que nos problèmes sexuels si tu prends en charge la thérapie! intervint Leia, en mettant ses deux mains sur ses hanches, avec un petit air sévère. Tu vas devoir gérer les disputes de Rose et de Beaumont! Ou la sexualité de Phasma et Dopheld!

- Dans tous les cas, moi, je ne risquerai pas de traiter Rey de criminelle devant tout le monde et mettre en péril la mission! argumenta l’inspecteur.

- Non… Toi, tu vas être trop occupé à reluquer son cul pour commettre une erreur comme ça, se moqua Han.

- …Quoi? réagit-il, ne sachant pas quoi répondre d’autre à ça, les joues rouges. Je n’ai jamais fait ça!

- C’est ça… On a tous vu comment tu appréciais la vue quand tu marchais derrière elle, tantôt.

Choqué, Ben avala de travers sa salive et toussa plusieurs fois.

- Han… Laisse le tranquille… Il a le droit de la trouver attirante et de faire son travail, en même temps, le défendit Leia, ce qui ne fit qu’aggraver le rougissement de son fils.

Il avait, effectivement, lorgné sur les fesses de la jeune femme, magnifiquement mises en valeur par le legging de sport qu’elle portait, durant l’ascension qu’ils avaient fait pour se rendre au premier exercice. D’ailleurs, s’il était honnête envers lui-même, ce n’était pas la première fois que ses yeux s’attardaient sur cette partie de l’anatomie de Rey. Ni, même, qu’il pensait au fait que son cul tiendrait parfaitement bien dans ses mains. En réalité, ce n’était pas la première fois, que ses yeux s’attardaient, la suivaient et la contemplaient dans un autre but que leur mission.

Avait-elle seulement conscience d’à quel point elle était ravissante? Il se concentrait pleinement sur cette mission d’infiltration, mais Ben avait encore des yeux pour voir, tout de même! Et, il n’était pas fait de pierre.

Ce petit nez mignon. Des seins qui ne demandaient qu’à être découverts. Des iris d’une couleur presque surnaturelle, oscillant entre le miel, la terre mouillée et la couleur de l’herbe fraîchement coupée. Et, sa bouche. Seigneur. S’il la fixait trop longtemps, il craignait d’avoir une érection – parce que depuis hier, le fantasme de voir ses lèvres lui faire une fellation obnubilait ses pensées.

En revanche, plutôt mourir que d’avouer que son père avait raison! Il était capable de faire la part des choses et mettre de côté sa libido qui semblait dangereusement grimper quand Rey Palpatine était dans son champ visuel. Aussi, il n’avait pas du tout envie d’entendre les cris de ravissement de sa mère, qui semblait, selon toute évidence, avoir désespérément envie qu’il rencontre quelqu’un! Ses parents étaient insupportables.

- De toute manière, on n’a pas le choix! prononça Ben, en choisissant d’ignorer la dernière remarque de Han. Soit je fais le psychologue, soit on revient bredouille et on n’a rien contre Palpatine!

Ses parents n’étaient guère convaincus. Cependant, l’inspecteur avait raison. Que pouvaient-ils faire d’autre? La mafia devait impérativement être démantelée et ses membres – particulièrement, leur chef – de toute urgence et aller moisir en pénitencier.

- Je vais le dire aux couples que vous êtes de la police! menaça DJ, entre deux élancements de douleur. Vous n’allez pas faire foirer ma thérapie!

Ben et Han s’échangèrent un regard. Sans un mot, le premier sortit son téléphone de la poche arrière de son pantalon, lança la vidéo du sexshop et montra l’écran à DJ.

- Un psy qui essaie des poupées gonflables en public… Ça serait dommage qu’on soit obligé de leur informer que leur cher psychologue est un déviant sexuel, fit remarquer le commandant de l’escouade, avec un grand sourire.

- Vous là…, il s’arrêta momentanément pour hurler de douleur. Je le savais que c’était pas une bonne idée d’accepter que vous infiltriez la thérapie!

Leia roula des yeux et les informa qu’elle allait appeler les secours. Quarante-cinq minutes plus tard, DJ quittait les lieux avec les paramédicaux, en direction de l’hôpital le plus près, devant les regards désarçonnés de tous les participants.

Devant leur confusion, Ben les rassura : la thérapie allait continuer et il allait assurer le rôle de psychologue, seul, jusqu’au retour de DJ. Certains ne semblèrent pas en accord avec ce revirement de situation, mais restèrent tout de même en silence. L’inspecteur infiltré leur accorda le reste de la journée afin qu’ils prennent du temps pour eux et leur suggéra quelques activités possibles sur les lieux.

Lui, pendant ce temps, irait fouiller dans les affaires de DJ pour trouver des possibles notes et la description des prochains exercices. Ben n’avait aucune envie de faire un fou de lui-même ou mettre en péril la thérapie!

***

Ben passa le reste de l’après-midi à éplucher les notes, en lien avec la thérapie, qu’il avait pu trouver dans la chambre de DJ. Il avait dû farfouiller dans les affaires personnelles du psychologue et il avait réussi à tout rassembler – bien qu’il ait été dégoûté par le constat de son hygiène de vie assez désastreuse. Il avait froncé le nez en découvrant des marques de substances collantes non-identifiées sur certains dossiers de participants. C’était répugnant. Et, peu importe d’où provenait ces taches, ça manquait de professionnalisme. La seule raison pour laquelle Ben les garda au lieu de les brûler était qu’il allait probablement en avoir besoin. Il songea qu’il allait devoir les ramener à leur quartier général improvisé.

Pendant ce temps, les couples avaient profité de la belle température pour se divertir et prendre du temps pour se reposer.

Finn et Poe avaient fait du kayak sur le lac. Bien que l’homme à la peau bronzée ait menacé, à plusieurs reprises, son conjoint de lancer son téléphone portable dans l’eau s’il ne le lâchait pas, les deux hommes avaient passé un beau moment ensemble. Beaumont s’était installé sur l’une des chaises Adirondack en bois, sur la petite plage près de l’eau, afin de lire un livre sur la période de la Rome antique.

Han avait mis la main sur un carton rempli de vieux jeux de société, sous le comptoir de l’accueil. Le reste du groupe avait vu là une belle manière de passer le reste de l’après-midi et ils s’étaient installés sur la terrasse extérieure, en sirotant une bière, pour jouer à des jeux. Rey, Snap, Phasma et Han s’étaient installés sur une table pour faire un poker. Les deux hommes se firent plumer. Rey avait, par exprès, jouer les premières parties si mal, que tout le monde ne s’en était plus méfier. Phasma, quant à elle, avait un air si impassible qu’il était impossible de déterminer quand elle bluffait. Chacune de leur côté, elles avaient accumulé les jetons sous les râlements de Snap et Han.  

À une autre table, Karé avait affronté Armitage aux échecs. Par miracle, elle gagna la partie. La chance du débutant, l’avait narguée Karé, fière d’elle. À la deuxième partie, le roux se rendit compte que Rose, assise à côté d’elle et jouant au Scrabble avec Leia et Mitaka, aidait subtilement son adversaire. Quelques minutes plus tard, avec réticence, la petite vietnamienne se retrouva à la place de Karé. Ce fut Hux qui gagna cette fois-ci.

Le couple de parents, l’historien et Ben les rejoignirent pour le repas du soir. L’atmosphère était agréable – l’après-midi avait fait du bien à tout le monde et les tensions qui s’étaient créés avaient commencé à retomber. Les sujets de conversation n’avaient pas de lien avec les problèmes des couples et cela faisait le plus grand bien.

À la fin du repas, alors que les assiettes furent terminées, Rey proposa de tirer au tarot les personnes qui le voulaient. La brunette expliqua qu’elle faisait cela depuis quelques années et qu’elle avait amené ses cartes dans ses bagages. Malgré lui, Ben fronça des sourcils. Pourquoi ne savait-il pas cela? Pourtant, avec ses nombreuses recherches sur elle, il aurait dû savoir que…

- Qu’est-ce qu’il y a? l’interrogea Rey, qui avait surpris l’expression à la fois choquée et étonnée du policier.

- Rien, rien, s’empressa d’éluder le jeune homme. Je viens de remarquer qu’il ne restait plus d’eau dans le pichet et j’allais me lever pour le remplir.

Quand il s’aperçut que le regard de Rey faisait la navette entre lui et le pichet sur la table… à moitié plein, ses joues rougirent furieusement. Aucun des deux ne relevèrent l’évident mensonge, mais l’air de la jeune femme prit des accents soupçonneux. Elle le toisa pendant plusieurs secondes, à la place, comme si elle essayait de l’interroger silencieusement.

Personne ne fit vraiment attention à cette petite incartade entre Ben et elle : tout le monde, sauf eux, avait les yeux rivés sur Beaumont, qui ridiculisait les croyances liées au tarot, et Hux, qui semblait se réjouir d’avoir un prétexte valable pour le remettre à sa place. Rey reporta son regard sur le reste de la salle et, comme elle se rendait compte de la dispute verbale entre le rouquin et l’historien, la jeune femme posa sa main sur l’avant-bras de son petit-ami pour le calmer.

Karé ramena l’atmosphère légère en signifiant son intérêt pour le tirage de tarot. Leia et Phasma se manifestèrent, également. Quand la jeune femme alla récupérer ses cartes dans sa chambre, Snap et Poe allèrent chercher des bouteilles de vin dans la cuisine. Ils revinrent avec quatre bouteilles de chardonnay et remplirent allègrement les coupes de tous les participants et du « psychologue ». Ils ressemblaient à une bande d’adolescents qui venait d’avoir la brillante idée d’essayer de jouer au Ouija. Se rappelant de son rôle, Ben les enjoignit à y aller doucement sur l’alcool : ils avaient une grosse journée devant eux, demain.

Rey revint dans la grande salle à manger avec ses cartes de tarot et une chandelle rouge, qu’elle alluma à l’aide du briquet que Phasma lui tendit. Elle expliqua brièvement comment cela allait se dérouler et invita les personnes qui voulaient se faire tirer au tarot à s’asseoir face à elle. Les participants de la thérapie se succédèrent. Certains étaient hilares et n’y croyaient pas du tout, d’autres prenaient cela très au sérieux. Ben les observa avec amusement. Enfin, au début.

Très rapidement, son attention fut entièrement captée par Rey et ses yeux se cadenassèrent sur elle. Le jeune homme s’en rendit à peine compte, trop perdu dans sa contemplation. Il n’avait jamais remarqué ce petit creux qui apparaissait au-dessus de son nez quand elle se concentrait. Ou, encore, ce tic nerveux qu’elle faisait, se mordiller la lèvre inférieure, quand elle s’apprêtait à dire quelque chose de sensible ou difficile - comme lorsqu’elle prédit à Snap des questionnements amoureux. Les pensées du jeune homme prirent le cap sur ce qui arriverait, s’il maltraitait lui-même cette lèvre.

- Ben, l’interpella, soudainement, la jeune femme.

Il sursauta et cligna des yeux plusieurs fois. Rey sembla s’en être rendue compte, car elle esquissa un petit sourire amusé. 

- Oui? demanda, enfin, le policier infiltré. 

- Tu veux que je te tire au tarot? 

- Oh… Euh… 

Karé, Mitaka et Finn se mirent à scander son nom pour l’encourager joyeusement. Combien de verres ces trois-là avaient bu? Ils avaient les yeux assez brillants et les joues rouges. Le groupe s’était de nouveau dispersé et ils ne restaient qu’eux, à la table principale. Quelques-uns avaient allumé un feu dans le foyer extérieur, sur la terrasse, d’autres s’apprêtaient à aller se coucher. 

Ben éclata de rire, se gratta la nuque et capitula sous les acclamations bruyantes des trois participants. Il ne croyait pas vraiment au tarot. En fait, il ne croyait pas que l’on puisse connaître l’avenir et, encore moins, avec des cartes, des étoiles ou une boule de cristal. Ben avait toujours été trop rationnel pour cela. Cependant, il pouvait bien se prêter au jeu. Surtout si cela pouvait le rapprocher de Rey. Il se leva et alla s’asseoir face à la jeune femme. Elle se mit à battre les cartes dans sa main. 

- Pense à une question. Si tu es à l’aise, tu peux la dire à voix haute, mais… Tu n’es pas obligé. Ça peut juste faciliter mon interprétation des cartes, expliqua-t-elle. 

Le jeune homme acquiesça, garda le silence et pensa à la mission policière. Rey cessa de brasser les cartes et lui tendit le paquet. À sa demande, il le coupa, en prenant soin de ne pas toucher à sa main. Puis, il lui remit le reste du paquet. Elle piocha les trois premières cartes sur le dessus et les révéla sur la table. 

Intrigué, Ben regarda les dessins sans vraiment les comprendre. 

- Donc, tu as la carte du fou inversée, lui dit la jeune femme en pointant la première carte. Habituellement, cela fait penser à l’inconscience et à des actes irréfléchis. Se comporter comme un gamin, par exemple. Ensuite, la deuxième, c’est le dix de coupe. 

La jeune femme releva la tête pour le fixer. 

- Cela prédit une stabilité émotionnelle, un bonheur familial et de l’amour. Puis, nous avons le bateleur inversé… Hum. Cette lame a souvent très mauvaise presse. 

- Pourquoi? questionna Ben, en arquant un sourcil. 

- Eh bien… Cela amène l’idée que la personne use de stratagèmes douteux, de mensonges, de tromperies, de ruses pour arriver à une fin. 

Ben tiqua et il observa la jeune femme, bouche bée. Sans pouvoir s’en empêcher, il pensa immédiatement à la mission qu’il menait avec ses parents. 

- Est-ce que ça va? s’enquit Rey, intriguée par sa réaction. 

Le jeune homme se redressa immédiatement et se ressaisit. Il n’allait tout de même pas se laisser désarçonner par ça, par de vulgaires cartes, franchement

- Oui, oui, ça va, lui assura-t-il. Je suis juste un peu fatigué.

***

Le lendemain matin vint vite. Ben se réveilla, déboussolé. Il fixa le plafond pendant plusieurs minutes, son état somnolent se dissipa, alors que des images de son étrange rêve lui revint en mémoire.

Rey Palpatine, pieds nus et son corps seulement couvert de lames de tarots, qui dansait devant lui et l’invitait à enlever une carte. Puis, une autre. Et, pourquoi n’essaierait-il pas d’en retirer une avec sa bouche? C’est ainsi qu’il s’était retrouvé, agenouillé devant elle, ses dents frôlant l’épiderme de son ventre. Elle avait continué, joueuse, à lui demander de la déshabiller. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Non loin d’eux, un ours au pelage orange vif – ou un gros renard, il n’aurait su dire – les observait, avec une caméra. Rose Tico était assis à côté de l’animal, caressait son pelage et ne cessait de répéter, d’un ton de voix presque musical, comment se comporter devant un ours. Rey donnait l’impression de danser sur la voix de la vietnamienne. Lorsque la dernière carte était tombée par terre, la brunette était devenue hors de portée. Elle s’était volatisée.

Il avait impérieusement besoin d’une douche froide pour se remettre les idées et son érection en place. Une grande tasse de café n’allait pas être de refus, non plus.

 

Au petit-déjeuner, Ben remarqua qu’il n’était pas le seul à avoir eu une nuit agitée. Snap et Karé étaient étrangement plus distants. Mitaka affichait des traits tirés et regardaient son bol comme s’il espérait que son yaourt renferme du poison, afin d’avoir une bonne raison d’aller se recoucher. Finn et Poe étaient, déjà, en pleine dispute – l’afro-canadien reprochait à son conjoint d’avoir caché son téléphone. Beaumont ne cessait de se plaindre d’avoir dormi sur le sofa. Et, Hux donnait l’impression qu’il avait l’intention de se noyer dans la caféine.

Le policier infiltré poussa un micro-soupir devant ce spectacle. À la fin du repas, il toussota afin d’obtenir l’attention de tous les participants et désigna les six tablettes électroniques qu’il avait déposé sur la table. Le jeune homme expliqua brièvement que la prochaine activité allait se dérouler sur le long terme : chaque couple allait devoir apprendre une chorégraphie de danse, s’exercer et la reproduire à la fin de la semaine.

- Chaque IPad contient une chorégraphie différente. 

Il distribua, au hasard, les tablettes.

- C’est un exercice qui va vous permettre de travailler plusieurs notions : la collaboration, la chimie, la synchronicité, l’écoute, la… sensualité et, finalement, la communication. 

Ben les invita, ensuite, à se rendre sur l’ancien terrain de tennis, situé à l’arrière de l’hôtel, pour commencer à s’exercer. Petit à petit, la salle à manger se vida. En marchant derrière eux, il put entendre des commentaires – surtout les hommes – se plaindre de l’exercice. Un numéro de danse… Et puis quoi, encore? Ils allaient devoir faire des roues latérales et des saltos tant qu’à faire?

Quand ils franchirent la grille du terrain, l’inspecteur pu nettement entendre Beaumont dire à Rose que si leur chorégraphie était du ballet, il fichait le camp de cette thérapie débile. Ben était certain qu’il n’était pas le seul à prier silencieusement pour que du Tchaïkovski, ou tout autre musique classique, sorte des enceintes de son de la tablette du couple. Malheureusement, leur chorégraphie était du foxtrot et ils devaient danser sur une version remastérisée de Can’t take my eyes of you de Frankie Malli. Ils étaient, déjà, en train de se disputer sur la manière dont ils devaient faire les premiers mouvements de danse et Beaumont ne cessait de dire que les reprises de chansons détruisaient les classiques. Au bout de quinze minutes, Rose avait déjà menacé deux fois de l’assommer avec leur IPad.

- Ben, l’interpella la petite asiatique, quand il passa près d’eux. Il y a des tensions entre nous.

- Je trouve que vous vous débrouillez très bien, commenta le jeune homme.

Il n’avait aucune envie d’être mêlé à l’une de leurs incessantes disputes.

- Continuez comme ça! les encouragea-t-il. La communication est la base de tout. Et, Rose… Essaie de ne pas briser la tablette, d’accord?

Le policier s’éloigna rapidement pour échapper aux protestations de Beaumont.

Poe et Finn héritèrent de la chorégraphie de ballet. Du ballet jazz, plus précisément. Les deux hommes regardèrent, stupéfaits, la chorégraphie qu’ils allaient devoir effectuer sur Back to black de Amy Winehouse. Est-ce qu’ils avaient rêvé un grand écart? Jamais ils ne réussiraient à reproduire ça. Mais avant même qu’ils puissent en parler avec leur « psychologue », celui-ci leur avait ordonné d’aller se recoucher. « Votre thérapie, actuellement, c’est d’aller dormir. » avait soutenu Ben. Les deux hommes l’écoutèrent, en rouspétant quelque peu, malgré tout.

La chorégraphie de Han et Leia était de la salsa. Les parents de Ben étaient ceux qui semblaient avoir le plus de plaisir dans tout le groupe. Le sexagénaire, en forme pour son âge, s’amusait à faire tourner sa femme sur elle-même et la réceptionna, certes, un peu maladroitement. Ben les observa, un peu attendri. Des souvenirs d’enfance lui revinrent en mémoire : les moments où, le samedi matin, Han mettait de la musique à plein volume dans leur maison et faisait des solos de guitare imaginaire avec son fils pendant que Leia les regardait faire, en riant alors qu’elle cuisinait des crêpes. Ça faisait longtemps qu’il n’avait pas entendu sa mère rire autant.

Phasma et Dopheld, quant à eux, devaient faire une valse. Ce simple fait s’avérait être un problème, car c’était l’homme qui devait guider les pas. Et, dans ce cas-ci, Mitaka ne voulait absolument pas guider qui que ce soit. D’ailleurs, il observait la chorégraphie comme s’il s’agissait d’une torture – et pour une fois, ce terme ne sembla pas vouloir l’émoustiller d’aucune manière. Ben décida de les éviter soigneusement.

Le jeune homme tomba nez-à-nez avec Snap et Karé. Ils n’avaient même pas, encore, ouvert leur IPad et ne faisaient que se serrer, en discutant à voix basse.

- Ben, ça va mal, s’exclama la jeune femme, d’un ton de voix dramatique.

- Oui, très mal, insista son conjoint. On pense qu’on fait du viol conjugal.

L’inspecteur fronça des sourcils, incertain d’avoir compris.

- Vous pensez que…, commença-t-il, sans parvenir à finir sa phrase.

- Viol conjugal, oui, acquiesça Karé.

- Rose en a parlé, hier midi, compléta Snap. Et, selon ce qu’elle a dit, on en est venu à la conclusion qu’on se viole mutuellement.

- Parfois, Snap a une érection pendant son sommeil et je commence à le branler pour qu’il me pénètre ensuite. Certaines fois, il ne se réveille même pas!

- Il y a quelques mois, j’ai pris de l’ecstasy, j’en ai mis dans le verre de Karé et je ne lui ai pas dit. C’était la baise la plus chaude qu’on a eue.

- Oh oui! s’écria Karé, enthousiaste. Il faudrait recommencer!

Ben n’arriva pas à contrôler son air consterné.

- Il faut que… Essayer de demander le consentement de l’autre, d’accord? leur suggéra-t-il. Par exemple, Karé, si tu veux avoir des relations sexuelles durant la nuit, commence par réveiller Snap pour le lui demander. Et… Si vous voulez prendre de l’ecstasy, prenez cette décision ensemble.

- Oh… réagit la jeune femme, qui semblait n’avoir jamais pensé à cette option. Tu penses que ça serait mieux?

Le policier acquiesça plusieurs fois. Il leur suggéra, également, de communiquer davantage. La communication était tout aussi importante que le sexe dans un couple. Et, Ben fut particulièrement satisfait de son intervention. Qui avait dit que c’était difficile de remplacer DJ? Si ça se trouvait, il allait parvenir à faire parler Rey et, en plus, régler des problèmes de couple.

D’ailleurs, ses pas le menèrent au couple de maffieux, qui était assis sur le sol, et semblait en proie à une dispute silencieuse.

- Bon! Comment ça se passe, ici? questionna Ben.

- On est censés faire du tango, mais Armitage veut pas danser, déclara la brunette, de mauvaise humeur. Et, comme j’en ai marre de m’obstiner, on ne dansera pas.

- Je n’ai pas dit que je voulais pas danser! contra son petit-ami, en roulant ostensiblement des yeux. C’est juste que je n’ai jamais fait ça!

- De toute évidence, tu t’en fous des exercices! Tu te fous de tout! Surtout de moi, hein!

- Rey, ne commence pas…, râla Hux.

- Honnêtement, je te comprends, Armitage, arbitra Ben, en les interrompant.

Les deux le regardèrent, à mi-chemin entre la surprise et le choc.

- Moi non plus, ça ne m’attire pas vraiment, la danse, poursuivit-il. Mais, ce matin, c’est par ça qu’on travaille. Il faut faire des compromis, de temps en temps.

Le « psychologue » proposa de leur faire une démonstration et tendit sa main à Rey, qu’elle attrapa, pour l’aider à se relever. Tâchant d’être le plus désinvolte possible, il se rapprocha d’elle et posa l’une de ses mains sur sa taille. La brunette redressa la tête et planta ses yeux dans les siens, une lueur presque prédatrice dans ses pupilles. Elle s’humecta les lèvres. Ben songea qu’il était en train de jouer avec le feu – mais, ne fit aucun mouvement de recul.

- En fait, notre chorégraphie ne commence pas comme ça, précisa Rey. Je commence derrière toi et, ensuite, je vais devant. Puis, je tourne deux fois et tu me rattrapes.

Afin d’illustrer ses propos, elle lui montra vaguement les gestes. Armitage, qui s’était lui aussi levé, les observait en arquant un sourcil, la défiant presque de danser réellement avec Ben. Mais, la jeune femme ne s’en préoccupa pas. À la place, elle se positionna derrière le policier et lentement, sensuellement, sa main traversa sa poitrine pour venir se poser sur son cœur. Comme le prévoyait la chorégraphie, il vint pour attraper sa main – mais celle de Rey s’enfuit vers ses épaules qu’elle toucha, alors qu’elle tournait sur elle-même avant de coller son dos à son torse.

D’accord, intéressant. Il ne jouait plus avec le feu. Il était dans le feu, maintenant. Complètement. Et, comme tout bon pyromane, Ben ne fit que l’alimenter : l’une de ses mains vint s’échouer langoureusement sur sa taille, tandis que l’autre commençait à cheminer vers ses côtes, puis atterrit sur son bras. Elle portait encore des satanés leggings, sur lesquels se trouvaient des dessins de soleil et de lune, et…

Ne pense surtout pas à ses fesses. Pense à… Je ne sais pas… Pense aux cheveux verts radioactif de Jess, pense aux changements climatiques…

Est-ce qu’elle faisait exprès de se frotter contre lui? Ses doigts se crispèrent sur son bras, alors qu’il devait la faire tourner, plus loin, et ensuite la rattraper. Que quelqu’un lui donne la force de ne juste pas…

- Est-ce que vous faites exprès? clama Armitage, colérique. Baisez donc devant moi, un coup parti!

Ben songea que ce n’était absolument pas l’envie qui lui manquait. Rey s’éloigna de lui et les dernières miettes de sang-froid qui lui restaient l’en remercièrent.

- Calme tes fucking nerfs! lui répondit, de but en blanc, la jeune femme. Tu n’avais qu’à vouloir danser!

- Et, lui, il a l’air de vouloir danser dans tes culottes, fulmina le rouquin.

Et, peut-être, Ben était réellement masochiste, car il prononça candidement :

- Bon, Armitage, Rey… Je crois qu’une petite séance de thérapie en privée, s’impose.

 

Le policier les avait conduits jusqu’à la vieille remise, située à quelques mètres du terrain de tennis.  Il leur avait proposé de monter au grenier afin d’avoir davantage d’intimité pour parler. De toute manière, ils seraient mieux installés : là, au moins, il y avait des chaises. Marcher, même cette courte distance, avait fait le plus grand bien à Ben et l’avait aidé à se replacer les idées. Il devait focusser sur le fait de réduire à néant Palpatine. Et, non… Eh bien, focusser sur elle. Il devait impérativement reprendre le contrôle.

Évidemment, le couple avait râlé et Ben ne pouvait pas réellement leur en vouloir. Qui faisait une séance de thérapie dans le grenier d’un endroit qui semblait être sur le point de s’effondrer d’un instant à l’autre?

- Voyez cette bâtisse comme votre amour, avait improvisé le « psychologue ». Il est fragile et a besoin qu’on prenne soin de lui pour pouvoir se développer. C’est ce que je vous offre, aujourd’hui.

Il devait les avoir convaincus, car ils le suivirent.

Ils s’installèrent en triangle : le couple face à face et le policier au milieu. Ils se toisèrent longuement, en silence. « Parlez lorsque vous serez prêts » leur avait indiqué Ben.

- Rey, céda Armitage. Je dois t’avouer quelque chose…

- Je t’écoute, mon lapin.

- C’est… Quand je t’ai trompée… bredouilla-t-il, l’air profondément mal à l’aise.

La brunette fut désappointée. Comme si elle s’attendait à un autre type de confession.

- Quoi? Qu’est-ce qu’il y a? sourcilla Rey.

- Eh bien… Je ne sais pas ce que Tallie t’a dit exactement

- Ne joue pas sur les mots, veux-tu. Appelons un chat, un chat.

- J’ai revue l’une des deux filles. Après. Quelques fois.

La jeune femme le regarda interloquée. Ben, quant à lui, nageait dans la plus totale des confusions. Même s’il voulait entièrement se concentrer sur sa mission d’infiltration, il était réellement incapable de comprendre le rouquin. Ça le dépassait. Juste… Comment ne pouvait-il pas embrasser le sol que sa petite-amie foulait? Comment ne pouvait-il pas se rendre compte de la chance qu’il avait d’avoir ce bijou de femme à ses côtés?

Pourtant, la brunette semblait très calme. Peut-être que l’aveu l’avait rendue stoïque? Le roux sembla vouloir en ajouter une couche :

- Je suis désolée, Rey… Ce n’est pas… J’ai merdé… Je t’aime! Ce n’est vraiment pas ça, le problème! Mais… J’ai peut-être des sentiments pour… Tu comprends?

La voix de son petit-ami mourra, tandis qu’elle le regardait avec… Il n’aurait su dire. Dans tous les cas, elle ne semblait pas comprendre son baragouinage.

- Rey, réagit Ben. Qu’est-ce que tu ressens face à ce que te dis Armitage?

- Je ne sais pas.

- C’est important de verbaliser les émotions que l’on vit, appuya-t-il.

- Je ne sais pas! se défendit la jeune femme, impatiente, plus en réaction face au policier qu’à ce que lui avait dit son petit-ami.

- Est-ce que tu te sens trahie? insista le policier.

- Je ne sais pas! Dans quelle langue va falloir que je te le dise ?! s’énerva-t-elle.

Ben plissa des yeux. Il y avait quelque chose chez ces deux-là qui clochaient. Cependant, il vit là une occasion en or à saisir pour la faire parler. Calmement, presque amusé devant le regard soupçonneux que lui lançait Rey, il demanda à la stupide échalotte qui lui servait de petit-ami de les laisser seuls.

- Rey a besoin d’une séance en privée, expliqua le « psychologue ». Ensuite, ce sera à ton tour, Armitage. Parfois, il faut régler des problèmes individuels avant de se concentrer sur notre couple.

Hux argumenta. Pas aussi férocement que ce à quoi Ben s’attendait, connaissant le caractère possessif du bras-droit du chef de la mafia. Afin de contrer ses arguments, le policier aborda que ses craintes que Rey le trompe avec quelqu’un – avec lui – étaient un mécanisme de défense qui s’appelait la projection. Ainsi, il lui attribuait ce qu’il avait lui-même fait afin d’essayer de se protéger. Inutile de préciser que le jeune homme fut très fier de s’être rappelé ce concept qu’il avait rapidement vu dans l’un de ses cours.

Le rouquin roula des yeux, poussa un soupir et quitta le grenier d’un pas lourd en faisant claquer brutalement la porte derrière lui. Celle-ci, rebondit sur le choc et resta entrouverte.

Ben changea de place et alla s’asseoir face à Rey.

Voilà. Il allait avoir ses aveux et cette fichue mascarade allait prendre fin. Et il allait, enfin, coucher avec elle. Non. Rester focus. Rester focus.

- Qu’est-ce que tu ressens? reprit le jeune homme, après plusieurs minutes.

- Je ne sais pas.

- De la colère? essaya-t-il.

- Je t’ai dit que je ne le savais pas! répéta-t-elle, un peu plus fort.

- Une envie de te venger? continua Ben, tenace.

- I don’t know. No lo sé. Tu comprends plus, maintenant?

- Je te sens agressive.

- Tu commences à me faire chier avec tes émotions!

- J’essaie simplement de comprendre.

La jeune femme eut un petit rire méprisant.

- Tu n’es pas dans ma tête, tu ne peux pas comprendre!

Il s’avança légèrement sur sa chaise.

- Et, est-ce que tu voudrais que je sois dans ta tête?

- Franchement! répondit Rey, à la place.

- Tu aimerais que je sois dans ta tête afin que je puisse deviner ce qui ne va pas, sans que tu n’aies à le dire.

Ce n’était même pas une question. L’air de la brunette se décomposa avant de se reprendre. Ça ne dura que deux secondes. Cependant, Ben l’aperçut. Il était en train de la coincer! Parfait!

- Qu’est-ce que tu ne veux pas dire? persévéra-t-il. Est-ce que tu as trahi, toi aussi, Armitage?

Son visage expressif lui dit tout. Il la tenait!

- C’est quoi? Un interrogatoire? C’est la méthode scandinave, ça aussi? se braqua-t-elle.

- Pour que tu avances, Rey, il faut que tu t’ouvres, continua le jeune homme, en ignorant délibérément ce qu’elle venait de dire.

Elle pencha la tête. Puis, ses lèvres se courbèrent pour former un sourire lumineux.

- Je m’ouvre, si tu t’ouvres, proposa-t-elle. Pourquoi est-ce que tu as réagi aussi intensément quand je t’ai parlé de la dernière carte, hier, quand je t’ai tiré au tarot?

Ben fronça des sourcils. Pourquoi partait-elle dans ce sens-là? Quel était le rapport? Il ne s’en méfia pas.

- J’ai été surpris, éluda-t-il, en haussant les épaules. On parle de toi, Rey. Qu’est-ce que tu caches à Armi–  

- Est-ce que tu caches quelque chose, toi aussi? le coupa-t-elle.

Il était, petit à petit, en train de perdre les rênes de l’interrogatoire – de la séance privée de thérapie.

- Non, lâcha-t-il, catégorique. De toute manière, on parle de toi…

- Je suis certaine du contraire, susurra la jeune femme, obstinée.

Tous les deux étaient, dorénavant, assis sur le bout de leurs chaises respectives. Leurs genoux se frôlaient.

- Mais… C’est bon… Je vais te confier quelque chose, soupira faussement Rey.

Il se serait probablement réjoui de cette capitulation, si elle n’avait pas commencé à tracer de petits cercles sur sa rotule. Le jeune homme était presque hypnotisé par le mouvement de son index et par son toucher. C’était… Il voulait plus. Il voulait plus que cette légère caresse. Chaque fois qu’ils se touchaient, il avait l’impression de s’intoxiquer un peu plus et de devenir dépendant.

Ben aurait dû se lever, prendre la porte, abandonner cette mission policière et disparaître dans un endroit où il n’aurait plus aucune chance de la voir de quelque manière que ce soit – ou d’en entendre parler. Dans tous les cas, c’était ce qu’un homme intelligent aurait fait. Mais, de toute évidence, il était faible, car il ne bougea pas d’un poil.

- Arrête ça, grommela-t-il.

- Arrêter quoi?

- Ce que tu es en train de faire.

Elle papillonna des cils plusieurs fois, en prenant un air innocent. Il déglutit.

C’est à ce moment-là qu’il comprit qu’il venait de perdre tout pouvoir dans cette pièce.

- Tu n’aimes pas ça? reprit la brunette.

- Ce n’est… Ce n’est pas professionnel, bredouilla le policier.

- Oui, mais ce que je vais te confier ne l’es pas vraiment…

Elle se mordilla la lèvre, alors que les cercles commençaient à monter sur ses cuisses. Le jeune homme tenta de se rappeler qu’elle devait probablement faire cela uniquement pour provoquer Hux. Rien d’autre. Ce n’était qu’un transfert. Elle était en réaction face à ce que son petit-ami venait de lui avouer. Elle essaie de rendre jaloux quelqu’un qui n’est pas là? Ben avait l’impression qu’un petit diable sur son épaule chuchotait à son oreille pour le convaincre que c’était une bonne idée de la toucher, de s’emparer de ses lèvres, de…

- J’ai fait un rêve érotique, cette nuit, confia-t-elle, d’une voix qui semblait s’adresser directement à sa queue – qui, d’ailleurs, semblait vouloir montrer de la vigueur.

Le jeune homme toussota.

- Ça… Ça peut arriver.

- Est-ce que tu penses que c’est de l’infidélité quand ce n’est pas… Dans mon rêve, ce n’était pas Armitage, tu comprends.

Pour le bien de sa santé mentale, qui s’effritait de secondes en secondes, il valait mieux pour lui qu’il ne sache pas qui était dans ce foutu rêve.

- Je ne crois pas. Non. Les rêves sont… Un produit du cerveau. De l’imaginaire.

Rey dodelina de la tête et se releva pour se pencher vers lui. Ben agrippa les accoudoirs de sa chaise pour éviter de mettre son plan à exécution – c’est-à-dire, la faire atterrir à califourchon sur ses cuisses. De la manière dont elle se trouvait maintenant positionnée, il pouvait voir que de ses magnifiques yeux noisette, il ne restait qu’un petit cercle visible : le reste était gobé par la pupille noire dilatée. Ben était incapable de savoir si le fait que Rey puisse être, elle aussi, excitée, le confortait ou non. À bien y penser, ça ne faisait qu’ajouter de l’huile sur le feu.

- J’aimerais bien voir la réalité, chuchota-t-elle, la respiration saccadée.

Sa bouche était à moins de dix centimètres de la sienne. C’était un véritable cauchemar. Une véritable torture. Et, s’il abdiquait? Cela serait-il si mal que ça s’il succombait et l’embrassait? Ça ne mettrait rien en péril, n’est-ce pas? Oui, peut-être que…

- Euh… Ben? Excuse-moi? intervint, soudainement, son père, qui venait de pousser la porte du grenier et les fixait, incrédule. J’ai un urgent besoin de te consulter. Ça ne va pas du tout avec Leia.

La brunette s’était déjà reculée et regardait Ben comme si elle voulait lui dire qu’il ne perdait rien pour attendre.

- C’est beau, dit-elle, guillerette. De toute manière, on avait terminé.

Sans demander son reste, elle quitta le grenier sous le regard des deux policiers infiltrés. Ben fit de son mieux pour ignorer l’expression de suffisance qui ornait les traits de Han. Il avait envie de se frapper la tête contre l’un des murs. Qu’est-ce qui lui avait pris, bon sang? La trouver belle, fantasmer… C’était une chose. Mais là, ça commençait à aller trop loin. À vrai dire, ça avait commencé à aller trop loin avec les quelques pas de tango. Là, il était sur le point de dépasser une grosse limite. Et, il doutait de sa capacité à reculer.

Il n’écouta que d’une oreille son père lui faire la morale. De toute manière, Ben n’en avait pas de besoin, il était capable de s’en charger lui-même. Il était dans la merde.

***

Au début de l’après-midi, Ben annonça au groupe qu’ils iraient faire de l’escalade. Ils devaient, pour se faire, se rendre à un endroit prévu à cet effet, une montagne dans le parc avoisinant de l’hôtel. Ils auraient besoin d’utiliser de l’équipement et chaque personne prit avec lui cordes et harnais. Voyant le ciel bleu commencer à s’assombrir, le policier suggéra aux participants d’amener des bottes en caoutchouc et des imperméables : l’activité aurait lieu même s’il pleuvait. 

Le seul problème résidait dans le fait de trouver la montagne d’escalade. Ce qui, de toute évidence, ne semblait pas être une chose aisée.

Tout d’abord, parce que Ben n’avait aucune idée d’où elle se trouvait. Ensuite, parce que peu importe le nombre de fois qu’il tournait la carte du site pour la comprendre, elle restait, à ses yeux, indéchiffrable. Et, surtout, parce qu’il était constamment déconcentré. Le jeune homme fournissait tous les efforts du monde pour ignorer Rey, mais échouait lamentablement. Ses yeux étaient aimantés par elle – comme si elle était le Nord de sa boussole interne, qui de toute évidence, devait être défectueuse. D’ailleurs, il constata que le couple semblait s’être réconcilié au vu de la manière dont ils se tenaient la main en marchant. Il ressentit une petite pointe de jalousie l’étouffer.

Après deux heures à errer dans la forêt, le groupe commençait à se plaindre : certains avaient mal aux jambes, d’autres avaient froid, la plupart était surtout fatigués de marcher sans but. 

- On est passé par ici, tantôt… ton tarot l’avait prédit! s’exclama Finn, à Rey. Tu m’avais dit que j’allais me perdre! 

- C’est vrai! acquiesça Karé. 

Elle se tourna vers son conjoint, affolée.

- Oh non!  pleurnicha-t-elle. Rey a aussi dit que tu allais avoir des doutes amoureux… On va se séparer!

- On n’est pas perdus, réfuta Ben, qui voyait la catastrophe se profiler à l’horizon. 

Pris d’une soudaine inspiration, il désigna un amoncellement de grosses pierres, plus loin. 

- En fait, on est arrivés! annonça-t-il, en tentant de prendre un air assuré. 

Sceptique, le groupe observa la « montagne d’escalade » et s’avança vers les pierres. Ben entreprit d’expliquer qu’il s’agissait d’un exercice de confiance et que chacun allait devoir assurer la montée de son conjoint. C’était ridicule. Ça faisait un peu plus que deux mètres de hauteur. D’ailleurs, Armitage lui fit remarquer qu’il pouvait toucher le dessus en se mettant sur la pointe des pieds. 

- Ça se peut, mais… 

- Voyons! C’est n’importe quoi! s’énerva Phasma. 

La grande blonde semblait penser que lui sauter à la gorge serait bénéfique pour calmer ses nerfs. Malgré lui, Ben eut une grimace. Il pouvait comprendre Dopheld et sa légère crainte à l’égard de sa conjointe. 

- Phasma… Je te sens fâchée…, verbalisa-t-il, en tentant de rester dans son rôle de psychologue. 

- Va te faire foutre, Ben! reçu-t-il comme unique réponse constructive à son intervention. 

Avec Rey, de préférence, pensa-t-il, immédiatement. Il eut, à nouveau, envie de se fracasser la tête contre quelque chose. Bon sang, qu’est-ce qui clochait chez lui ?! 

- Oui… bon…, dit-il, en toussotant. Je vous suggère la prochaine activité, alors… 

Là-dessus, ils marchèrent un peu moins de 500 mètres et atteignirent une petite clairière où des arbres étaient tombés. Ben invita les participants à s’asseoir dessus et expliqua ce qui allait suivre. C’était un exercice qui leur permettait de comprendre comment leur relation avec leurs parents influençait leur couple. Enfin quelque chose qui allait forcément les aider dans leur mission! Rey avait pratiquement été élevée par Palpatine… Elle en aurait, des choses à dire! Surtout en considérant son choix de petit-ami…

- C’est un safe space. Personne n’est ici pour se juger, ajouta-t-il. On est ici pour s’ouvrir et régler nos problèmes.

Le policier prit grand soin de ne pas regarder Rey, à qui il avait dit ces paroles avant… leur dérapage.

Poe commença. Il expliqua qu’il avait grandi, seul, avec son père et qu’ils n’avaient pas d’argent. Son père devait cumuler les emplois et cela faisait en sorte qu’il le voyait très rarement. Il avait appris à être responsable très vite et pour aider son père à joindre les deux bouts, il avait commencé à vendre du cannabis à onze ans. Finn, après, nomma que ses parents l’avaient abandonné et qu’il avait été transporté de famille d’accueil en famille d’accueil jusqu’à ses dix-huit ans.

- Je n’ai jamais connu ça, la stabilité. Et, je ne veux pas faire vivre ça à ma fille.

Phasma aborda, ensuite, la froideur de sa mère.

- C’était une femme froide et qui n’était pas affectueuse. Elle me faisait toujours me sentir laide. Je l’ai toujours perçue comme un modèle, argua-t-elle, avec fierté, qui fit arquer les sourcils de plusieurs.

Mitaka embraya en parlant du comportement violent de son père. Quand son père entrait dans la maison, son frère et lui allaient se réfugier dans leur chambre. Il expliqua que pour se libérer de cette crainte, il avait commencé à pratiquer des relations sexuelles BDSM et que ça l’avait aidé à trouver une paix intérieure.

Snap leur signifia qu’il avait une relation très fusionnelle avec sa mère et qu’elle l’avait allaité jusqu’à ses six ans. Eh bien… Ça pouvait expliquer plusieurs choses. Karé, quant à elle, avait vécu quelque chose de similaire à Phasma : cependant, elle avait ressenti la froideur de ses parents comme une véritable torture. En essuyant une petite larme, elle compara sa maison à Guantanamo.

- C’est pour ça que tu ne voulais pas aller à Cuba, l’année dernière? s’enquit Snap.

Ben eut du mal à ne pas rire.

Rose avait eu une enfance relativement heureuse, malgré le drame qui avait secoué sa famille. Elle avait vu sa sœur mourir, noyée, quand elle avait sept ans. La vietnamienne en faisait encore des cauchemars. Plusieurs participants furent touchés par son témoignage. Beaumont, lui, ne se contenta que de dire que c’était très freudien comme manière de mener une thérapie – personne ne fut touché par ce qu’il disait et tout le monde roula des yeux.

Han fut assez expéditif et se contenta de dire qu’il n’avait jamais connu ses parents.

- Mes parents étaient riches, expliqua Leia, à son tour. Ma mère était une couturière de mode très connue et mon père était dans l’armée. C’est ma nounou, Breha, qui nous a pratiquement élevée, mon frère et moi.

La quinquagénaire haussa des épaules. Elle avait fait la paix depuis longtemps avec l’absence de ses parents.

- Moi aussi, je n’ai pas vraiment connu mes parents, réagit Rey. Ils sont morts dans un accident de voiture quand j’avais six ans. Je suis allée vivre chez mon grand-père et… Je n’ai jamais eu une bonne relation avec lui.

Elle marqua une pause, cherchant à bien formuler sa pensée. Ben et ses parents se regardèrent, surpris de cette révélation. De ce qu’ils savaient, Palpatine était proche de sa petite-fille. Ils avaient assumé qu’ils devaient avoir une bonne relation.

- J’ai souvent pensé que je n’étais qu’un fardeau pour lui, résuma-t-elle. À l’adolescence, il m’a envoyée dans un pensionnat et ça s’est encore plus dégradé à partir de ce moment-là. C’est un vrai connard.

Comme s’ils avaient une discussion silencieuse et que le sujet n’était connu que d’eux seuls, Hux lui prit la main dans un élan protecteur. Ça ne rimait à rien, tout ça. Elle était censée être proche de son grand-père – et non, le détester. Et, pourquoi le bras-droit de Palpatine semblait en être parfaitement au courant et agissait comme s’il voulait la protéger du dernier membre de sa famille? Ça ne faisait aucun sens.

À travers tout cela, une partie de Ben eut la terrible envie de prendre la place de Hux : il voulait que ce soit sa main qu’elle serre, que ce soit lui qui la protège, que…

- Moi, c’est mon père qui était un vrai trou de cul, leur apprit Armitage. Pour lui, je n’étais qu’un objet. Il m’utilisait pour faire passer de la drogue, sans se faire prendre, ou pour faire de la… Enfin bref.

Hux releva la tête, soudainement, comme s’il cherchait l’appui de quelqu’un. Ses yeux passèrent de Rey à Rose.

- À cinq ans, il m’a offert un chat. Je l’avais appelée Millicent. Il m’a forcé à la tuer.

On pouvait entendre une mouche volée. Personne ne parlait. Tout le monde était stupéfait et choqué par les abominations que le rouquin avait dû subir. Sa petite-amie le prit dans ses bras afin de le réconforter.

- C’est beau, mon lapin. C’est important que t’en parles.

- Merci de votre partage, c’est vrai que c’est important d’en parler, soutint Ben. Si vous avez quelque chose à ajouter… Si vous avez besoin de dire quelque chose…

Le couple était mûr pour parler. Ça s’en venait. Il le sentait. Même ses parents semblaient être du même avis, car ils observaient la scène avec appréhension. Il fallait juste leur laisser quelques petites secondes et le tour était joué.

- Ben, on ferait peut-être mieux de rentrer? suggéra Poe, soudainement. La nuit va tomber.

Sa prise de parole fouetta tout le groupe, qui semblait reprendre conscience du temps et surtout de l’endroit où ils étaient. Déjà, quelques-uns se levaient. Non! Ça n’allait certainement pas être la nuit qui allait l’empêcher d’atteindre son but! Pas après cette journée où il n’avait fait que cafouiller!

- La prochaine activité est une surprise, improvisa Ben. Comment passer la nuit en forêt, en couple, sans équipement.

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À ces mots, tous les participants s’échangèrent un regard confus et ahuri. Des protestations fusèrent. Cette activité surprise n’était ni dans la brochure, ni sur le site Internet, ni même dans la vidéo promotionnelle!

- Exactement! argua Ben. C’est tout le principe d’une surprise.

Il haussa les épaules, l’air innocent. Certains marmonnèrent des insultes envers le camp Naboo. D’autres ne comprenaient toujours pas sans pour autant oser contre-argumenter. Quelques couples se levèrent et déclarèrent qu’il était hors de question de dormir dans les bois à la merci des ours.

- Allez, viens, Rose, on s’en va, maugréa Beaumont en tirant sa petite-amie par le bras. On n’a pas payé pour ces conneries.

Avant que Rose ne puisse se défaire de sa poigne, agacée par son côté trop contrôlant, Leia s’adressa au groupe :

- Non, non, on ne va pas commencer à se séparer. Ce ne serait pas prudent. Si Ben dit qu’on reste pour la nuit, on…

Personne ne l’écoutait. Les autres poursuivaient leurs messes basses, disant que leur psychologue exagérait, ou s’en allaient.

- HÉ! hurla la quinquagénaire. Tout le monde reste, j’ai dit!

Cette fois, tous se figèrent sur place, effrayés par son ton élevé. Même Han et Ben. Leia avait l’air d’une générale de l’armée donnant un ordre à ses troupes. Comme au commissariat, en fait. Grâce à son autorité, le groupe accepta de camper ici pour la nuit.

Ben poussa un profond soupir et remercia silencieusement sa mère d’un regard. Ils allaient pouvoir continuer à inciter Rey à parler thérapeutiquement de son grand-père mafieux. Aussi, bien qu’il ne l’avouerait jamais à voix haute, l’inspecteur infiltré ignorait le chemin qu’il fallait prendre pour redescendre de la montagne et regagner l’hôtel.

Les tâches furent vite réparties. Il fallait aller chercher du bois pour le feu et installer le campement avec les maigres affaires qu’ils avaient apportées. Les participants se divisèrent en sous-groupe. Poe, Finn, Karé et Snap s’occupaient d’allumer le feu.

L’Afro-canadien, adepte de plein air, expliquait le principe des amadous, comme du papier journal ou de la mousse de sèche-linge, qui s’enflammaient rapidement. Pratique pour commencer un feu. Il triait aussi le bois. Certaines branches étaient trop mouillées à cause de la récente pluie.

- Moi, j’ai jamais fait de camping, avoua Snap, qui buvait ses paroles à chaque fois qu’il faisait part de ses connaissances. Tu m’impressionnes, Finn. J’imagine que toi, tu t’y connais beaucoup mieux avec tes origines, hein? Ce sont tes ancêtres qui t’ont appris?

- Oui, exactement, ironisa Finn. J’ai grandi dans le cœur de l’Afrique. On vivait au beau milieu du désert dans une case, tu sais, comme dans Kirikou.

Snap fronça les sourcils.

- Kiri-quoi?

- C’est un truc français. J’ai de la famille en France, alors… Mais bref. Et moi, tous les soirs, je devais raviver le feu pendant que mes parents partaient chasser le lion. Et quand ils m’ont abandonné, j’ai dû me défendre tout seul contre les bêtes sauvages avec ma lance taillée dans un baobab. Je grimpais parfois sur le dos des girafes et des éléphants pour voyager et c’est comme ça que je suis arrivé au Canada.

Ébahi, le simplet acquiesça.

- Wah… Ta culture est tellement riche…

Cette fois, l’Afro-canadien jeta un regard découragé à son petit-ami, qui riait dans sa barbe devant cette scène absurde, et roula des yeux.

- Bon sang, Snap… Je suis né à Laval! Franchement…

- Ah bon? Je ne savais pas qu’il y’avait aussi un Laval chez vous, les Africains…

Finn le fixa avec consternation. Poe ne parvint plus à retenir son fou-rire. Il explosa dans son coin et dut s’agripper à un arbre pour ne pas se rouler par terre. Snap demanda ce qu’il y avait de drôle et le malheureux rit de plus belle. Il avait des crampes au ventre et au visage. Finn se leva et alla le rejoindre. Son petit-ami fut anéanti quand il lui souffla, à la fois exaspéré et amusé par sa réaction :

- Ce gars est tellement con qu’il ne trouverait même pas sa bite pour pisser…

- Karé doit l’aider pour ça! rigola Poe.

Du côté des autres, il y avait des hauts et des bas. Beaumont grommelait durant le ramassage de bois. Parce qu’il comptait porter plainte contre le camp Naboo pour cette activité surprise, parce qu’il y avait des moustiques, parce qu’il ne trouvait plus Rose… Et tout le monde autour de lui ne rêvait que d’une chose : qu’il serve d’amadou pour le feu!

Ben se baladait de sous-groupe en sous-groupe pour s’assurer que tout allait bien. Mitaka grelottait et se frottait les mains. Phasma disait qu’il était assez frileux et lui proposa même son pull, bien trop grand pour lui. Mais son petit-ami sourit face à cette attention et la remercia de bon cœur en l’embrassant sur la joue.

Le « psychologue » croisa également ses parents. Et il leur assura qu’il n’avait inventé cette activité de campement que pour la mission. Et non, il ne s’était pas perdu et puis, c’est tout! Puis, alors que Ben cherchait le reste du groupe, il surprit Rose et Hux en pleine conversation, à l’écart. Le rouquin semblait se confier à cœur ouvert à la petite Vietnamienne.

- En tout cas, dès qu’on retourne à l’hôtel, je m’en vais, soupira-t-il. Je n’en peux plus. Les émotions, tout ça… C’est trop pour moi.

- Pour retourner à l’hôtel, faudrait déjà que Ben assume qu’il n’a aucun sens de l’orientation et appelle les gardes-forestiers, ou quelque chose, gloussa Rose avant de reprendre son sérieux. Mais bref. Moi, je trouve que tu t’en sors plutôt bien, jusque-là.

Elle posa sa main sur le genou de Hux. Il frémit et leva la tête vers elle. Elle lui sourit.

- Regarde comme Rey était fière de toi, tout à l’heure. Quand tu as parlé de… ton père. Tu t’améliores, Armitage.

L’ombre d’un sourire passa à son tour sur le visage du mafieux. Il prit la main de Rose dans les siennes et souffla un merci. Ben fronça les sourcils, mais préféra s’éloigner. Hux défendait la jeune femme depuis leur arrivée, mais ils semblaient soudain très proches.

C’était curieux. Des hypothèses germèrent dans son esprit, mais il les chassa rapidement. Les histoires de Hux ne l’intéressaient pas. En retournant au camp, Ben sentit une forte odeur. Guidé par son nez, il découvrit sa source derrière un gros rocher. Rey s’aspergeait de l’anti-moustique à l’aide d’un spray.

- Ah, c’est toi. Je me demandais ce que…

Dès que les prunelles noisette de la jeune femme se posèrent sur lui, l’inspecteur déglutit. Il réalisa alors qu’il se trouvait à nouveau seul avec elle. Mais Rey se contenta de lui sourire. Un sourire franc qui le mit à l’aise, contrairement à ses minauderies de ce matin.

- Tu en veux? proposa-t-elle.

- Tu devrais surtout en donner à Beaumont. Il la fermerait peut-être à propos des moustiques.

Les deux étouffèrent un rire.

- Bon sang, où est-ce que tu as fait tes études de psycho, toi? pouffa Rey. Parler dans le dos des patients, c’est quoi? Scandinave, encore?

- Non, sourit Ben. Coréen.

Ils rirent de nouveau. La jeune femme lui passa son spray. Puis, elle afficha un air plus sérieux.

- Mais ouais. Ça serait super que Beaumont ferme enfin sa grande gueule, mais d’un autre côté, il mérite de se faire piquer. Alors, il peut toujours mettre mon spray où je pense. Pauvre Rose. Je n’imagine pas ce que ça doit être d’endurer un gars pareil au quotidien! Cette fille est un ange, elle mérite tellement mieux que ce con.

Ben se pinça les lèvres. Peut-être ferait-il mieux d’avertir Rey de ce qu’il venait de voir.

- Parlant de ça… Tu sais que Rose est en pleine discussion avec ton copain, en ce moment?

La brunette sourcilla, perplexe.

- Et alors?

- Ça… Ça ne te dérange pas? bredouilla-t-il.

- Pourquoi? fit Rey en haussant les épaules. Armi a bien le droit de parler à une autre fille. Je ne vais pas m’énerver pour ça. Je suis loin d’être aussi possessive que lui.

Étrange. Elle avait pourtant semblé soupçonner quelque chose le premier jour, quand elle parlait avec Hux dans la chambre. Elle lui avait demandé si Rose lui plaisait. Mais bon, si maintenant, ça ne la dérangeait pas… En vérité, Ben remarqua qu’en ce moment, Rey semblait plus intéressée par lui que par le fait de savoir son copain en train de parler avec une autre.

- Sinon, Rey… Pour ce que tu as confié durant l’exercice de tout à l’heure, je voulais te dire…

- Oui?

Il se massa la nuque et la regarda avec une sincère compassion.

- Je suis désolé pour ton grand-père. Pour ce que tu as vécu à cause de lui. Vraiment.

Le policier en lui se convainquait que ses paroles n’étaient qu’une ruse pour amener la petite-fille du chef de la mafia à se dévoiler. Mais pour être honnête, Ben éprouvait réellement de l’empathie envers elle, sachant à quel point Palpatine était un être abominable. Il voulait seulement lui faire savoir qu’il la soutenait et qu’il était là en cas de besoin, sans prétention. Et Rey lui en fut reconnaissante. Elle sourit faiblement et hocha la tête.

Puis, l’atmosphère se détendit. Ils échangèrent quelques plaisanteries sur la situation, l’activité surprise, leur dynamique de groupe, le sens de l’orientation déplorable du « psychologue »… Et Ben réalisa qu’il était très agréable de discuter avec Rey. Elle était vraiment adorable. Un vrai rayon de soleil.

Elle lui offrait un sourire si magnifique alors qu’il se protégeait des moustiques qu’il crut bien fondre sur place. Il s’humecta les lèvres et lorgna sur les siennes. Il avait déjà eu des béguins avant, bien sûr, mais jamais aucune fille ne lui avait fait autant d’effet. Ce qu’elle peut être jolie…

- Hum, toussota-t-il pour se rappeler à l’ordre. On ferait mieux de rejoindre les autres.

 

Quelques heures plus tard, tous se retrouvèrent autour du feu de camp. Ils écoutaient les flammes crépiter en grignotant les maigres encas qu’ils avaient apporté. Certains se passaient un joins, proposé par Karé.

Ils discutaient calmement, ignorant les complaintes de Beaumont, que les maringouins avaient principalement pris pour cible. Sûrement à cause du karma. Finn et Poe racontaient des anecdotes sur leur petite fille. Par exemple, une fois, Déolie avait décidé de faire ses besoins dans le bain alors que Poe était dedans avec elle. Ça l’avait traumatisé, mais sa fille était très fière de l’eau brunâtre et ne faisait qu’en rire. Cela parvint à amuser la galerie.

- J’aurais adoré voir ça, avoua Finn en pouffant.

- Oui, je n’ai plus jamais pris de bain depuis, avoua son copain. Mais je dois avouer qu’elle me manque, cette petite chipie…

Étonné, l’Afro-canadien se tourna vers lui.

- Elle te manque?

- Évidemment, sourit Poe. C’est aussi ma fille. Ce n’est pas parce que je voudrais qu’on se concentre sur notre couple que ça veut dire que Déolie n’est pas importante pour moi ou passe en deuxième.

Ému, Finn lui rendit son sourire et les deux se tinrent la main. Les autres couples poursuivirent sur le sujet des enfants. Phasma disait que pour en faire, il faudrait déjà que son Dopheld accepte de copuler. Karé et Snap ne se prononcèrent pas sur la question, l’air un peu ailleurs. Rose expliqua qu’elle adorerait avoir des enfants, mais que Beaumont ne voulait pas. Puis, son conjoint se plaignit qu’elle n’arrêtait pas de le diaboliser quand elle parlait de lui et ils se remirent à se crêper le chignon.

- Mais attendez, si vous vous détestez autant, pourquoi vous ne vous séparez pas? demanda alors Hux.

Le silence se fit. Un sentiment de malaise s’imposa sur tout le groupe. Rose rougit face au regard insistant que lui jetait le rouquin. Les autres la fixaient d’un air inquiet.

- Eh bien… Ça fait si longtemps qu’on est ensemble… Je n’arrête pas de penser que ça veut forcément dire quelque chose, non? répondit-elle d’une petite voix.

- Oui, c’est ce que je te répète tous les jours, conclut Beaumont. Et puis, après autant de temps avec quelqu’un, ça a l’air dur de trouver une autre personne.

Aucun n’osa en rajouter, bien que Hux fusille le copain de Rose du regard. Pour alléger la tension, Karé, qui gigotait sur les genoux de Snap, lança :

- Hé, Han et Leia! Vous aviez dit que… vous aviez… un fils, non? Le premier jour de la… thérapie?

Elle avait du mal à articuler clairement, et son petit-ami étouffait des grognements dans son dos. Mais Ben, assis un peu en retrait contre un arbre, ne le remarqua pas. Il crispa les mâchoires et regarda discrètement ses parents, qui semblaient tout aussi embarrassés que lui.

- Euh, oui, bredouilla Leia. Un beau, grand garçon de bientôt trente ans.

- Et il est comment? insista Karé, à bout de souffle.

- Bah, il est… bien? répondit Han, perplexe.

Ben leva les yeux au ciel. Qu’aurait-il espéré de plus de la part de son père? Leia enchaîna en inventant que leur fils était agent immobilier comme eux, voulant suivre les traces de ses parents, et qu’ils étaient très fiers de lui, mais son mari n’ajouta rien. Et cela agaça le jeune homme. Bien sûr que le grand Han Solo, égocentrique et obsédé par sa carrière, n’avait rien à ajouter. C’était trop lui demander.

- C’est mignon, commenta Rey avant de se tourner vers le « psychologue ». Et toi, Ben? Tu es marié? Tu as une copine? Un copain? Des enfants?

À ces mots, l’inspecteur prit une seconde pour comprendre qu’elle s’adressait à lui. Il s’empourpra et fronça les sourcils, ahuri. Elle le regardait avec un air innocent. Est-ce que ça l’intéressait de savoir s’il était célibataire ou non? Cette pensée le fit déglutir.

- Ouh là, non… Rien de tout ça… C’est quoi, ces questions? marmonna-t-il finalement.

Rey haussa les épaules.

- Bah, par curiosité.

- On dirait ma mère…

Il crut pourtant murmurer cette complainte, mais à son grand désarroi, elle parvint aux oreilles de Karé, qui gigotait toujours sur Snap.

- Oh oui! Et toi, Ben? Ils sont comment, tes parents?

- Mes… parents? balbutia-t-il.

- Oui, tu sais, comme l’exercice de tout à l’heure? renchérit Rey.

Lesdits parents devenaient blêmes. Ben prit soin de ne pas regarder en leur direction afin d’éviter tout soupçon. Il étouffa un rire nerveux.

- Oh, mais moi, je ne fais pas la thérapie avec vous…

- Ne t’inquiète pas, lui assura la brunette. Tu peux tout nous dire. Ce qui se passe au camp Naboo…

- …reste au camp Naboo! chantonnèrent les autres.

- Allez, raconte-nous!

Han toussota, mal à l’aise.

- Si Ben n’a pas envie de nous en parler, on ne va pas l’y forcer…

Mais déjà, presque tout le monde tapait des mains en scandant « Ben! Ben! Ben! » pour l’encourager à s’ouvrir. Face à la pression des pairs, le jeune homme sentait qu’il n’avait pas vraiment le choix.

- Ok, alors, euh…, abdiqua-t-il en s’éclaircissant la gorge. Mes parents… sont des très grands psychologues. Très respectés au Québec, avec de nombreux diplômes. Et moi, je les ai toujours admirés. Alors, j’ai…

- Oh! Tu as voulu suivre leurs traces comme le fils d’Han et Leia? comprit Finn.

- Hum… Oui. Oui, tiens, c’est vrai, sacrée coïncidence, ça…

Devenant de plus en plus nerveux, Ben prit une grande inspiration. Tout le monde l’écoutait attentivement.

- Enfin, bref. Le problème, c’est que souvent, la carrière de mes parents passait avant moi. Je restais souvent seul et je ne les voyais pas beaucoup. Enfin, ma mère, encore, ça allait. Mais mon père, c’est juste… Pff…

De son côté, Han se rembrunit et voulut faire un commentaire, mais sa femme lui donna un léger coup de coude pour qu’il laisse leur fils parler et accepte d’entendre ce qu’il ne voulait pas entendre, pour une fois.

- Je demandais toujours, « Maman, il est où, papa? », et elle répondait toujours, « Papa est au travail. Il est… avec ses patients ». Ses patients ont toujours été plus importants que moi. Et ce n’est pas facile, pour un fils, de chercher un modèle chez un père qui n’est jamais là pour lui. Une fois, durant mon match de hockey quand j’avais douze ans, j’avais compté mon premier but. Mon équipe avait perdu, mais j’étais quand même très fier. Ma mère était arrivée en retard, et elle était vraiment désolée, mais au moins, elle avait pu venir me voir. Et quand je lui ai demandé, « Maman, il est où, papa? », elle a encore répondu, « Au travail ». Elle essayait de me consoler en me disant qu’elle, au moins, elle avait pu voir mon premier but, et j’ai dit, « Oui, mais j’aurais aimé que papa le voit aussi ».

Ben soupira longuement et renifla. C’était une anecdote très lointaine, et stupide. Cependant, ça l’avait suffisamment marqué pour qu’il se rende compte que la situation n’avait toujours pas évolué. Il sentait des yeux attristés posés sur lui, mais il n’osa pas lever la tête. Aussi, il sortait complètement de son rôle de psychologue en s’ouvrant de la sorte, mais bon. Au point où il en était…

- Et ça continue. J’aime mon métier, mais quelque part, je me suis aussi dit que si je faisais ça, mon père s’intéresserait enfin à moi. En fait, c’est une des principales raisons pour lesquelles j’ai décidé de faire cette thérapie avec DJ, avoua-t-il. C’est sans doute ma plus grosse affaire et j’espère que mon père le réalisera. J’espère vraiment réussir à m’en sortir. Mais on dirait que quoi que je fasse, ce n’est jamais assez pour le satisfaire! Je pourrais tuer juste pour qu’il me dise un « Merci », ou « Bon travail, petit »! Sauf que, non! Il n’est jamais content!

- Ouah, c’est un vrai connard, ton père! s’insurgea Snap.

Il ne vit pas le regard noir que lui lança Han.

- Je sais, hein? approuva Ben.

- Tu sais… Tu n’as pas besoin de la validation de ton père pour tout ce que tu accomplis, lui dit Rey, pleine de compassion. S’il est incapable de se rendre compte que tu existes, ignore-le. Tu vaux mieux que ça.

Surpris, le jeune homme leva les yeux vers elle. Elle lui sourit et toute la frustration qui était soudainement revenue en lui cessa de le comprimer. Il était touché et reconnaissant que Rey le réconforte et joue, à son tour, un rôle de psychologue. D’autres, comme Rose ou Finn, le soutinrent également et lui assurèrent qu’il se débrouillait très bien malgré le départ précipité de DJ. De quoi rendre fier son paternel. Puis, après un moment, Han se râcla la gorge et leva la main.

- Oh, sinon! Je viens de me rappeler que j’aurais voulu dire quelque chose, concernant notre fils, euh… Chewie. Je viens tout juste d’y penser.

Leia le fixa, médusée, et grinça un « Chewie, c’est le nom du chien! » outré entre ses dents. Mais si bas que personne n’entendit. De toute façon, le sexagénaire n’y prêta pas attention. Ben le foudroya du regard. Quoi, maintenant, son père allait riposter et se plaindre de son fils, le qualifiant d’enfant pourri gâté, de fardeau sur ses épaules, d’imbécile qui ne savait rien faire de ses dix doigts en manque d’attention?

- Comme l’a dit Leia, j’ai déjà du mal à être un mari présent. Donc, c’est sûr que pour être un père présent, c’est assez difficile. Et je dois reconnaître qu’avec elle et Chewie, je fais souvent tout de travers. En général, quand je dis quelque chose, ça ne sort pas comme ce que je voulais et ça les frustre. C’est difficile. Mais malgré tout, quand je regarde mon fils, eh bien… je suis très fier. De nous et de lui.

Ben tourna la tête vers lui, sidéré.

- Parfois, on a dû mal. À communiquer, surtout. Mais aujourd’hui, c’est devenu une très belle personne. Bon, on s’entête tous les deux. Ça arrive. Cependant, s’il était devant moi, j’aimerais pouvoir lui dire que malgré tout, je suis sûr d’une chose. C’est que je l’aime. Je l’ai toujours aimé Et je l’aimerais toujours. Quoi qu’il arrive.

- J’aurais aimé avoir un père comme toi, Han, renifla Snap, les yeux humides.

Ceux de Ben l’étaient également. Il ravala sa salive et baissa la tête à la suite de cette confession. Leia observa son mari, un sourire au coin.

- Est-ce que tu viens vraiment de dire ce que tu viens de dire?

- Bah… Oui?

Elle gloussa et l’embrassa sur la joue. Puis, les deux parents jetèrent un œil furtif à leur fils. Malgré tout, Ben finit par croiser le regard de son père et hocha la tête, souriant faiblement. L’air de dire « Merci ». Ça n’arrangeait pas tout, mais c’était déjà un début. Un pas de Han vers lui. Et il se sentait soulagé.

Le moment d’émotion fut subitement interrompu par Karé et Snap. Ils gigotaient de plus en plus et ne parvenaient plus à étouffer leurs gémissements, accélérant leurs va-et-vient. Puis, une longue plainte s’échappèrent de leurs lèvres alors qu’ils se cramponnaient l’un à l’autre. Près d’eux, Poe grimaça.

- Karé et Snap, est-ce que vous êtes en train de…

Karé se leva légèrement et aida Snap à remettre ses attributs dans son pantalon, cachés par l’imperméable qu’elle avait posé sur ses genoux pour plus de discrétion.

- Non, c’est bon, c’est fini, là…

- Mais voyons! s’indigna Han. Vous êtes dégueulasses! Vous avez une forêt, des rochers, des arbres, de la mousse, toute une montagne! Pourquoi vous décidez de baiser ici?

Honteux, le couple s’échangea un regard penaud. Snap répondit :

- Bah, Leia a dit que ce ne serait pas prudent de se séparer, alors… On ne veut pas faire comme dans les films d’horreur. Partir du groupe pour baiser et ne plus jamais revenir parce qu’on se fait attaquer par un ours ou par un tueur en série avec un masque de hockey.

- Mais sinon, avant, on a bien discuté pour s’assurer qu’on était tous les deux consentants, assura Karé. C’est du progrès! Pas vrai, Ben?

Consterné, Ben se frotta la nuque.

- Euh…

- Oui, mais ça aurait été aussi bien de discuter avec nous pour nous demander si on était consentants aussi, non? rétorqua le sexagénaire.

- Bin, là. C’est quoi, le rapport? fit Karé. On n’a pas fait de gang bang tous ensemble…

Quelques-uns poussèrent des soupirs de découragement, tandis que Phasma haussa les épaules, l’air de dire « On pourrait, ça mettrait de l’ambiance… ». Puis, tous allèrent se coucher, plus ou moins prêts à dormir à la belle étoile.

***

 

Ben faisait un rêve merveilleux. Rey était lovée contre lui et il était heureux. Comment en étaient-ils arrivés là? Peut-être que cette fois, dans le grenier de la remise, son père n’était pas venu les interrompre avant le début des festivités. Et qu’il avait enfin répondu à sa pulsion en faisant asseoir Rey à califourchon sur ses cuisses.

Ou peut-être que dans la forêt, près du rocher, il avait décidé de l’embrasser à pleine bouche, même si elle avait un goût d’anti-moustique. À moins qu’ils n’aient danser un tango endiablé sur le vieux terrain de tennis, jusqu’à ce que la tension soit trop forte et qu’ils le fassent à même le sol.

Et maintenant, il n’avait pas le moindre regret. Il se disait qu’il avait bien fait de cédé à la tentation, finalement. « Le fou à l’envers ». La jeune femme n’arrêtait pas de prononcer ces mots alors qu’elle embrassait désormais le torse de Ben. « Le fou à l’envers ». Il frémissait de plaisir à chacun de ses baisers. La bouche de Rey descendit soudain sur ses abdominaux. Elle les embrassa l’un après l’autre en les comptant. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit. « Le fou à l’envers ».

Comme elle s’aventurait encore plus bas, Ben laissa échapper un gémissement. Seigneur, depuis le temps qu’il rêvait qu’elle… Soudain, un hurlement de douleur lui sortit. Avec effroi, il grimaça et baissa la tête vers Rey. Elle le regardait droit dans les yeux en ricanant, l’air mauvais. Ses iris étaient devenues jaunes, luisantes, et ses dents étaient désormais celles d’un grand requin blanc. Elle venait de le mordre au sang. Et Ben réalisa avec horreur… que ça lui plaisait.

« Le fou à l’envers ».

Le jeune homme se réveilla en sursaut. La lumière du soleil l’aveugla un instant. Il dût prendre un temps fou pour se rappeler où il était. Le chant matinal des oiseaux. La brise légère sur son visage. Les arbres. Le ciel. Les courbatures dans son dos. Le rocher contre lequel il s’était accoté. Il avait dormi dehors avec son groupe après s’être perdu en forêt.

Et soudain, Ben, repensant à son rêve, réalisa que… Rey était bel et bien lovée contre lui. Elle dormait juste à côté, en cuillère avec Hux, mais elle avait choisi les larges pectoraux du faux psychologue comme oreiller. Elle frotta d’ailleurs tendrement sa tête sur son torse et soupira d’aise. Ben se mordit les joues. Son sang bouillonnait dans ses veines et son pantalon était brusquement si étroit que ça lui faisait mal.

Serre les dents et n’y pense pas, serre les dents et n’y pense pas…

Bon sang, tenait-elle vraiment à le torturer depuis la scène d’hier? Si son copain se réveillait et les voyait…

N’y pense même pas!

Se faisant violence pour respirer calmement, l’inspecteur jeta un regard au reste de son groupe. Ses parents avaient l’air heureux. Sa mère dormait paisiblement sur la poitrine de son père. Phasma et Mitaka ronflaient en cuillère, la grande blonde étant la grande cuillère serrant son conjoint comme un ours en peluche. Finn et Poe ronronnaient dans les bras l’un de l’autre, épuisés. Rose et Beaumont avaient laissé une distance de sécurité entre eux, pour éviter de s’étriper. Et Snap et Karé, quant à eux, somnolaient… en position de 69.

Et soudain, alors qu’une partie de Ben essayait, malgré lui, de prendre le temps d’apprécier, le contact de Rey, quelque chose à sa gauche attira son attention. Les feuilles de buissons non loin d’eux bruissaient. Des pas se rapprochaient de plus en plus. Aussitôt, le jeune homme se rappela la mésaventure de la dernière fois. Les sens en alerte, il secoua Rey pour l’inciter à le lâcher et bondit sur ses pieds.

- Réveillez-vous! s’écria-t-il. Réveillez-vous! Y’a encore un ours! Allez! Dépêchez-vous!

Sur ces mots, Ben commença à faire de grands gestes et à grogner d’un air menaçant, comme Rose l’avait montré. Son groupe se réveilla peu à peu en sursaut, désorienté. Un à un, ils se levèrent et l’imitèrent pour chasser ce deuxième ours. Ils avaient l’air d’une bande de singes dans un zoo.

Quand Wedge Antilles, le garde-forestier, sortit des buissons avec son téléphone à la main, il éclata de rire. Les treize individus se turent, abasourdis. Ils réalisèrent que ce qui était en fait leur sauveur, qui avait commencé les recherches après n’avoir trouvé personne à l’hôtel, dans sa patrouille de routine, était en train de les filmer.

- Centrale, c’est bon, j’ai retrouvé le groupe en thérapie, pouffa Antilles dans son radio-émetteur. Oh non, pas de doute, c’est eux!

Ainsi, le groupe, guidé par les gardes-forestiers, purent redescendre la montagne. Ben entendaient certains pester dans son dos, car non seulement ils les avaient perdu dans le bois, mais en plus, il leur avait presque fait faire une crise cardiaque en les tirant brusquement de leur sommeil pour un ours… qui n’en était pas un.

Beaumont continuait de dire qu’il se plaindrait sur le site de la thérapie. Mais Rey, de son côté, avait l’air de trouver ça amusant. Et l’inspecteur lui jetait des regards, alors qu’elle riait de leurs mésaventures avec son petit-ami, lui tenant la main. Ben ressentait encore cette pointe de jalousie – qu’il ne devrait pas ressentir – et se demandait si Rey avait fait exprès de dormir sur lui ou non. À quoi jouait-elle?

Contre toute attente, le reste de la journée se déroula plutôt bien. Finalement, à part Beaumont, tout le monde se disait qu’il valait mieux rire du sens de l’orientation épouvantable de leur psychologue plus qu’autre chose. Ils effectuèrent chacun des exercices au programme, stimulant leur confiance en l’autre et leur écoute, sans rechigner.

Le repas du midi ne fut pas mouvementé et l’après-midi fut consacré à la pratique de la danse de couple, pour la fin du séjour. À la fin de leur chorégraphie, Poe et Finn se trouvèrent coller l’un contre l’autre et commencèrent à s’embrasser. Mais alors que l’un cherchait à approfondir le baiser, l’autre recula la tête et s’excusa, attristé. Puis, son téléphone vibra et il se détacha de son copain, qui soupira profondément.

Ben circulait, comme à son habitude. Avec l’effort et la pratique, les couples se débrouillaient de mieux en mieux. Et par miracle, le ton s’éleva à peine pour Rose et Beaumont. L’inspecteur se disait que cela prouvait qu’il faisait du bon travail et ce rôle de psychologue commençait même à lui plaire!

Cependant, Ben eut envie de se frapper à répétition quand ce sentiment de jalousie refit surface et lui comprima la poitrine lorsqu’il observa, de loin, Hux et Rey s’exercer sensuellement au tango. Ça devrait être lui.

Honnêtement, le rouquin dansait comme un pied! L’inspecteur lutta contre lui-même pour ne pas s’interposer, dans l’excuse de montrer au petit-ami comment faire. Comment prendre Rey par la taille et plaquer son bassin contre le sien. Comment agripper lascivement la cuisse de Rey lorsqu’elle la lèverait au niveau de ses hanches. Non. Très mauvaise idée.

- Tu sais, je me sens vraiment bien, tout à coup, souriait Hux alors qu’il dansait avec Rey. Tu avais raison, finalement, pour la thérapie! Maintenant, je me sens prêt à tout te raconter! Tu veux que je te parle des filles? De ton grand-père? De n’importe qui? Eh bien, dès qu’on sera tranquille, je te dirai ce que tu veux savoir!

- C’est vrai, mon lapin? se réjouit Rey.

Comme il hochait la tête, elle conclut la danse par un long baiser. Ben grimaça et eut envie de vomir, serrant les poings. Mais au moins, ce qu’il venait d’entendre était une bonne nouvelle pour la mission. Car c’était tout ce qui comptait. N’est-ce pas?

Ainsi, au soir, vers vingt heures, le policier infiltré se retrouva seul devant les écrans de vidéo surveillance, sirotant une bière. Il regardait, grâce à la caméra qui donnait sur la chambre des deux mafiosos, le couple discuter. Hux buvait également et répétait à Rey, encore et encore, qu’il se sentait enfin prêt à s’ouvrir et à lui confier ce qu’il lui cachait.

Bien sûr, Ben se doutait qu’il n’était principalement question que des infidélités du rouquin, du fait qu’il avait effectivement un œil sur Rose ou peut-être de son rapport au père qui l’empêchait de s’engager complètement dans la relation. Quelque chose du genre. Mais il espérait que l’un des deux se mette soudain à parler de la mafia, comme le rouquin avait aussi évoqué le grand-père de Rey.

- Ouh là, mon lapin, vas-y doucement avec l’alcool, s’inquiéta cette dernière alors que son copain s’ouvrait une deuxième cannette de bière. On avait dit une seule. Il faut qu’on se parle, là.

- Oui, oui, ne t’en fais pas. Juste une dernière et on parle. Promis!

Quelques temps plus tard, Hux ronflait sur le lit. Découragée, sa petite-amie le secoua pour le réveiller, en vain. Au lieu de tenir sa promesse, il s’était réfugié dans la boisson et semblait maintenant ivre mort. Rey alla même jusqu’à le frapper avec son oreiller, mais rien n’y fit. Il dormait comme une masse. La jeune femme poussa un soupir d’exaspération.

- Merde, merde, merde! Armi… Tu avais des choses à me dire…

Soupirant à son tour, le policier se résolut au fait que lui non plus n’en tirerait rien et partit se coucher. À vingt-trois heures, alors qu’il essayait de dormir, Ben sursauta soudain lorsqu’il entendit une voix éraillée par l’alcool hurler proche de sa fenêtre. Il se leva, se frotta les yeux et alla voir. Dehors, Armitage Hux, saoul comme un cochon, était en train de chanter à tue-tête, et très faux, une chanson du groupe Simple Plan, avec une bière à la main.

- Mais un… jour… Je te retrouverai ici, mon a…mour… Sous l’ombre des palmieeeeeeeeeeers!

Il vida sa vessie dans un massif de fleurs en entamant le refrain, battant la mesure de son pied. Puis, le rouquin prit une énième gorgée d’alcool en s’asseyant sur un banc, manqua de tomber, se rattrapa de justesse et poursuivit avec énergie :

- …Le soleil effleurait ta peau! On chantait la, la, ta, ta, taaaaaaa!

Devant l’absurdité de ce spectacle, Ben poussa un profond soupir. Eh bien, eh bien, eh bien… Le bras-droit du chef de la mafia avait l’air beau, comme ça… Et l’inspecteur infiltré n’allait jamais réussir à dormir avec ça. Sa consternation fut soudain troublée par un petit cognement à sa porte.

Ben fronça les sourcils. Ce devait être sa mère ou son père. Y avait-il du nouveau concernant leur cible? En tout cas, ils ne pouvaient pas attendre grand-chose de son ivrogne de copain, qui ronflait maintenant sur le banc…

Comme il ne portait que des boxers, le jeune homme revêtit négligemment un peignoir dans sa minuscule salle de bain, comme s’il s’agissait d’une robe de chambre, et alla ouvrir. Quelle ne fut pas sa surprise que de tomber nez-à-nez avec Rey. Échevelée, la lèvre tremblante, le chemisier froissé, les yeux embués, l’air exténué et complètement désespéré.

- Ben? fit-elle d’une petite voix.

- Euh… Oui? bredouilla-t-il, confus. Qu’est-ce que…

La jeune femme se frotta le visage.

- J’ai perdu Armitage. Ça doit faire une demi-heure que je le cherche partout. Il s’est torché la gueule et il s’est endormi, je suis sortie prendre un peu l’air pour me calmer les nerfs et quand je suis revenue, il n’était plus là et je n’arrive plus à le trouver. Tu sais où…?

- Oh, non, ne t’inquiète pas, répondit Ben en se tassant pour lui désigner sa fenêtre. Armitage est juste dehors, il… fait une sieste sur un banc.

Hochant la tête, elle renifla et s’essuya les yeux. Elle avait vraiment l’air en détresse. Inquiet, Ben demanda :

- Ça va?

- Je n’en peux plus…, soupira Rey. Je n’en peux vraiment plus…

Et, sans qu’il ne l’ait invitée, elle entra dans la chambre du « psychologue » en se massant les tempes. Le jeune homme ravala sa salive. Il ne se serait jamais attendu à ce genre de visite. Mais malgré lui, un des coins de sa bouche s’étira brièvement en faible sourire. Il était content qu’elle soit venue le voir. Rey alla vérifier l’état de son copain à la fenêtre. Puis, elle poussa un grognement mêlant la colère et l’agacement avant de se tourner vers Ben.

- Argh! Non, je ne vais pas bien… Je ne sais plus quoi faire avec lui! Je… J’ai besoin qu’il me parle! Il était à ça, à ça, d’enfin s’ouvrir à moi! Mais non, qu’est-ce qu’il a fait, à la place, ce con? Il s’est mis à boire et est parti ronfler sur un banc! Je ne vais pas pouvoir continuer longtemps comme ça, moi… Je suis au bord de la crise de nerfs!

En effet, elle hyperventilait et des larmes lui picotaient les yeux. Attristé pour elle, Ben la regardait avec impuissance, sans savoir quoi dire. Rey renifla et expira longuement pour essayer de se calmer.

- Désolée…

- Pour quoi?

- Désolée de me pointer comme ça à l’improviste, soupira-t-elle en se mordant la lèvre. Je ne voulais pas te déranger. Tu devais être en train de dormir…

- Non, non, tu ne me déranges pas, lui assura l’inspecteur alors qu’il faisait un pas vers elle. C’est Armitage qui m’a réveillé. Enfin, j’essayais plus de dormir qu’autre chose, de toute façon. Et puis… Je veux dire… Je suis psy, je comprends parfaitement ces choses-là. Tu veux… Tu veux un verre d’eau ou quelque chose?

Reconnaissante face à sa bienveillance, la brunette acquiesça. Il l’invita à s’asseoir sur son lit tandis qu’il lui servait de l’eau du robinet dans un gobelet. Rey le remercia et but le contenu d’une traite. Elle en avait besoin. Ben se tira une chaise et s’assit face à elle, comme s’ils étaient en consultation.

- Si tu veux parler… Je suis là.

Bien sûr, la détresse de la jeune femme serait une bonne occasion pour la faire craquer et tout sortir au sujet de son grand-père. Mais d’abord, le policier infiltré n’y pensa même pas. Il proposait sincèrement à Rey de se confier si elle en avait besoin. Juste pour l’aider. Il l’écouta attentivement lorsque la malheureuse se plaignit davantage de sa relation désastreuse.

- J’ai l’impression que j’accumule les échecs dans cette histoire… Je me sens sous pression et plus seule que jamais…

- Là, tu n’es pas seule, lui murmura Ben.

L’ombre d’un petit sourire triste fleurit sur les lèvres de Rey.

- Vraiment. Mais… C’est plus compliqué que ça, renifla-t-elle. Armitage… Pff, autant sortir avec un mur. Et encore, un mur est mille fois plus bavard que lui. Et aussi… Il y a des choses que je ne peux pas dire. C’est très difficile pour moi, si tu savais…

À ces mots, le policier en son confident d’infortune s’éveilla. Il approchait peut-être enfin du but. Il fallait qu’il la fasse continuer sur cette voie-là.

- Mmh, mmh. C’est très difficile pour toi, répéta-t-il en hochant la tête, bien ancré dans son rôle de psychologue. Tu es sous pression… à cause des choses que tu ne peux pas dire?

- Oui, avoua la jeune femme en baissant les yeux.

- Pourquoi ne peux-tu pas les dire? Est-ce que… ça pèse sur ta conscience? Peut-être que tu te sentirais libérée d’un poids si tu… arrêtais de les contenir en toi?

Malgré sa tentative, Rey se rétracta soudain. Elle secoua la tête et se leva pour poser son verre sur la table de chevet.

- Pff… Pardon pour tout ce bordel. Je ne sais même pas pourquoi je suis venue dans ta chambre…

- Non, non, ne pars pas, s’alarma Ben en levant la main pour toucher son poignet. Reste, s’il te plaît. On peut en parler. Je te jure que ça ne me dérange pas.

Il la sentit frissonner à son contact. Lui-même rougit légèrement face au regard qu’elle lui fit par la suite. Elle se rassit, le toisa et se pinça les lèvres.

- Parler… Tu sais, c’est drôle, parce qu’on se connaît à peine et pourtant, j’ai l’impression qu’on a plus parlé en quelques jours que moi avec Armitage en un an de relation. Toi, tu m’écoutes et tu fais attention à moi. Quand tu me regardes, je n’ai pas l’impression d’être juste… un plat qui tourne dans le micro-onde. Et ça me trouble, parce que je suis venue faire ta thérapie pour sauver mon couple, mais…

- Mais?

- Oh mon Dieu, je ne devrais pas dire ça, se désespéra la brunette.

- Dis toujours, l’encouragea Ben.

Le policier en lui espérait qu’elle crache enfin le morceau. Une autre partie de lui, enfouie au plus profond, appréhendait quelque chose d’autre. Quelque chose qui empirerait la situation. Rey se mordillait la lèvre, symbole qu’elle s’apprêtait à lui révéler une chose sensible. Et brusquement, elle s’éclaircit la gorge, le regarda droit dans les yeux et déclara :

- Ok, je me lance. Voilà, en fait… C’est fou ce que j’ai envie de te faire l’amour, là, tout de suite.

Aussitôt, le visage de Ben se décomposa. Son cœur manqua un battement et une vague de chaleur s’empara soudain de lui. Il blêmit, sous le choc. Ses paupières papillonnèrent.

- A… Attends, quoi? Tu peux répéter?

Sa patiente haussa les épaules, l’air de dire : « C’est plus fort que moi ». Son regard noisette lorgna soudain sur sa bouche charnue, puis sur la naissance de ses pectoraux, dévoilée par l’échancrure du peignoir. Elle s’humecta les lèvres, comme un enfant devant une vitrine garnie de friandises.

De son côté, Ben déglutit lorsque qu’il observa plus en détail son petit chemisier noir avec des fleurs jaunes. La courbe distincte de ses tétons lui indiquait qu’elle ne portait rien en-dessous. Ce qu’il essayait d’ignorer jusque-là et qui ne le laissait pas indifférent. À cette constatation, le jeune homme sentit ses joues cuire et ses boxers devenir plus serrés. Tentant de se rappeler à l’ordre, il toussota et dit :

- Hum… Oui, je… Je comprends. C’est normal, ce genre de chose.

- Tu crois?

- Oui, tu te sens comprise et écoutée, donc attirée. Ça s’appelle un… transfert. C’est assez fréquent. Et tu sais… Moi aussi, je…

Ben ravala sa salive, s’empourprant de plus en plus.

- Je te trouve très… très, très, très jolie. Pour être honnête, je crois que tu es la plus belle femme que j’ai jamais vue de toute ma vie.

- C’est vrai? demanda Rey avec un sourire ému, posant une main sur sa poitrine.

- En fait, j’ai pensé ça… dès que mes yeux se sont posés sur toi pour la première fois, réalisa-t-il à voix haute.

Bon sang, il ne contrôlait plus les mots qui sortaient de sa bouche… Les mots qu’il contenait et niait depuis un bon moment. Le sourire de la jeune femme s’élargissait à chacun de ses compliments et le déstabilisait de plus en plus. Il devait impérativement se ressaisir avant que les choses ne dégénèrent!

- Mais nous avons une relation patient-thérapeute, déclara-t-il enfin d’un ton ferme. Par conséquent, je vais devoir te demander de quitter ma chambre sur le champ.

- Tu as raison, répondit la jeune femme en s’approchant de lui avec un petit air de défi. D’ailleurs… C’est exactement ce que je vais faire. Même si je n’en ai pas envie.

Comme Ben se levait, dans l’idée de la raccompagner jusqu’à la porte, elle l’imita.

- Parfait, bredouilla-t-il en se rendant compte qu’elle se trouvait très proche de lui. Parfait, c’est très bien, c’est… ce qu’il faut faire…

À cette courte distance de seulement quelques centimètres, il pouvait sentir son parfum de jasmin, de marguerite et de groseille. Son doux parfum d’été qu’il huma longuement, envoûté. Il voulait s’en imprégner au grand complet. Rey semblait également attirée par son odeur, forte est musquée, car elle approcha légèrement son visage pour la respirer.

- Tout à fait, renchérit-elle, toute minaude, alors que ses doigts s’attardaient soudain sur la ceinture du peignoir de Ben et commençaient à la défaire. Il ne faudrait pas qu’on…

- Non, il ne faudrait pas qu’on…

Le policier entrait en conflit avec lui-même. Il fallait à tout prix résister à la tentation, même lorsqu’elle répondait au nom de Rey Palpatine. Et que la susnommée ne lui facilitait pas du tout la tâche. Bon sang, il n’arrivait même plus à réaliser qu’il s’agissait de son ennemie à la base! Ni à réfléchir correctement. Enfin, ils en avaient tous les deux envie, pourquoi cela serait-il mal de… Non, Ben! Ne fais pas ça!

Et soudain, après s’être échangé un long regard intense et langoureux, immobiles, n’entendant plus que leurs respirations, leurs bouches entrèrent brusquement en collision. Aucun ne put dire qui embrassa l’autre en premier. Mais bien vite, le peignoir de Ben tomba par terre et Rey s’accrocha à son cou alors qu’ils se dévoraient les lèvres avec passion et appétit. Emportés par leur frénésie, ils basculèrent alors sur le lit.

La jeune femme plaqua Ben sur le matelas. Ses mains palpèrent la fermeté de ses muscles. Et, sans cesser de l’embrasser, elle se mit aussitôt à onduler du bassin sur son début d’érection, que ses boxers déformés trahissaient. Chacun gémit bruyamment dans la bouche de l’autre alors que leurs baisers enfiévrés s’intensifiaient. Ben resserra son étreinte. C’était si dur de lâcher Rey. Maintenant qu’il l’avait dans ses bras, il ne voulait plus perdre son contact une seule seconde.

- Tu ne devais pas t’en aller? souffla-t-il quand même entre deux baisers.

À peine eut-il posé sa question qu’il empoigna les fesses de sa partenaire pour accompagner ses mouvements de bassin. Cela faisait un bon moment qu’il rêvait de faire ça, en fait. Et oh, seigneur, que c’était bon! Rey étouffa un cri et lui mordit la lèvre. Les siennes avaient un goût de cerise et de miel. Sucré. Aphrodisiaque. Divin. Difficile d’y résister.

- J’y vais, donne-moi juste deux secondes.

- Vas-y, je ne te retiens pas. Enfin, prends ton temps, hein… Rien ne presse…

Allez, encore juste un peu. Juste un peu avant de se quitter. Quand elle commença à déboutonner son chemisier d’une main, Ben crut devenir fou et, répondant à une pulsion, il la fit basculer sur le matelas. Comme il se retrouva au-dessus d’elle, elle s’agrippa à son cou et entoura sa taille de ses jambes. Leurs sexes se frottèrent à nouveau l’un contre l’autre. Ainsi stimulé, le jeune homme sentait qu’il ne tiendrait pas longtemps.

- Mais oui, tu dois partir, souffla-t-il en se délectant de sa gorge. Tu essaies de sauver ton couple, ce serait… une mauvaise idée… de tromper Armitage… On ne doit pas… Ce ne serait pas bien…

Rey se mordit la lèvre de plaisir et acquiesça. Ils haletaient, le cœur battant, et avaient du mal à parler. Encore plus lorsqu’ils se remirent à s’embrasser avec fougue.

- C’est ça, et toi… tu risques d’être radié… de l’Ordre des psychologues… si ça se sait, alors…

- Voilà, exactement. L’Ordre des psychologues… Si ça se sait… Tu as tout compris.

- Oh, c’est fou comme on se comprend! gémit-elle contre sa bouche.

Les choses commençaient à devenir sérieuses. Dans leur hâte, les deux déchirèrent presque le chemisier de la brunette en essayant de le déboutonner. Les yeux de Ben s’arrondirent, à la fois hébétés et béats, en découvrant les petits seins nus de Rey, comme si c’était la première fois qu’ils en voyaient. Le jeune homme ne tarda pas à vénérer sa poitrine de sa bouche et de sa langue. Elle se mit à glousser.

Les doigts de Ben se glissèrent soudain sous son legging de sport et il réalisa que sa culotte était déjà complètement trempée. Ce dernier élément le combla de joie. Sa Rey Palpatine, qui l’obsédait depuis si longtemps, avait envie de lui! Son cœur fit un bond dans sa poitrine et il la serra fort dans ses bras.

La brunette se cambra sous ses caresses, se redressa pour retirer son chemisier au complet et se pencha vers lui pour libérer son érection de ses boxers. Ses yeux devinrent noirs de désir lorsqu’elle aperçut la verge tendue.

À son toucher, Ben faillit jouir précocement. C’était une véritable torture de se contenir. Il n’avait jamais désiré une femme à ce point! Puis, il se figea. Il se rendait compte, dans une soudaine phase de lucidité… qu’il n’avait absolument rien pour la suite des évènements. N’ayant jamais envisagé une seule seconde que cela se produirait, Ben n’avait pas apporté de protections.

- Attends… On n’a pas de…

- Oh? Si, sourit Rey.

Face à son air confus, elle tira deux petites pochettes brillantes de la poche de son legging, avec lequel elle se débattait pour s’en débarrasser. Puis, la jeune femme jeta un regard taquin à son amant, son sourire illuminant davantage son visage.

- Tu veux le rouge ou le bleu?

Ben fronça les sourcils, perplexe.

- Tu… Tu avais prévu que…

- Non… Enfin… Juste au cas où? répondit-elle d’une petite voix avec des yeux de biche. Mais ce n’est pas moi, c’est mon transfert.

- Oui, tu as raison, soupira-t-il. C’est encore le transfert.

De nouveau, il l’embrassa à pleine bouche. Rey gémit et gloussa en même temps. Ben retira le dernier vêtement qu’il lui restait, sans détacher ses lèvres des siennes. Puis, la brunette l’aida à enfiler le condom et, comme ils ne pouvaient pas attendre plus longtemps, Ben plongea alors en elle.

Les deux retinrent leur souffle, perdus dans les yeux de l’autre. Puis, ils expirèrent longuement, transis. Le jeune homme commença un mouvement de balancier. Rey étouffa un cri et se cramponna à son cou, glissant ses doigts dans ses boucles noires. Ben recouvrit son visage de baisers en répétant :

- C’est le transfert, ça ne veut rien dire…

- Rien du tout…

C’était seulement le transfert. Et le tarot qui avait légitimement prédis un acte irréfléchi, commis dans l’inconscience la plus totale. La carte du fou à l’envers.

***

 

Le lendemain, Ben flottait sur un petit nuage. Dans la chambre qui leur servait de quartier général, il restait en retrait et n’accordait pas la moindre attention à ses parents qui parlaient avec Lando via webcam. Ses pensées ne tournaient qu’autour de la merveilleuse nuit qu’il venait de passer. Lui et Rey avaient parlé jusqu’aux aurores et fait l’amour deux fois d’affilée, comme elle n’avait apporté que deux condoms au cas où.

C’est la petite-fille du chef de la mafia.

Sexuellement, il n’avait vraiment pas à se plaindre. C’était absolument magique. Jamais il n’avait ressenti une telle connexion avec quelqu’un. C’était comme si leurs corps ne faisaient qu’un! Ils avaient passé la nuit dans les bras l’un de l’autre, à s’embrasser langoureusement, à se caresser, à se découvrir avec leurs mains, leurs bouches, leurs langues… Ben avait fait l’amour comme jamais et voulait recommencer. Rey était parfaite pour lui.

C’est la petite-fille du chef de la mafia.

Le départ de Rey, juste avant que les autres, incluant Hux sur le banc à côté, ne se réveillent, avait été très dur pour eux deux. S’arracher de leur étreinte mutuelle paraissait un véritable supplice. Elle revenait toujours vers lui pour un « dernier baiser ». Et lui refusait de lâcher sa main à chaque fois qu’elle s’éloignait de nouveau, arborant des yeux de petit chien battu.

C’est la petite-fille du chef de la mafia.

Ben fermait les paupières et repassait en boucle la nuit de rêve qu’il avait vécu. Il revoyait leurs ébats passionnés, leurs deux corps embrasés l’un contre l’autre, réentendait leurs soupirs et leurs gémissements, s’imaginait de nouveau Rey, nue, tremblante dans ses bras… Le goût de ses lèvres et de sa peau satinée, l’odeur de son parfum qui l’électrisait complètement, la douceur de ses seins, la lumière dans ses yeux noisette, la beauté de son sourire…

C’est la petite-fille du chef de la mafia! Ne tombe pas amoureux, crétin!

À côté de lui, le discours de Lando, depuis l’écran de l’ordinateur de son père, essayait de le ramener à la réalité. Le ministre de la Justice était à bout de nerfs.

- Il vient d’avoir trois meurtres à Montréal! Palpatine n’a plus peur de rien, il sait qu’on n’a rien contre lui! Alors, il se débarrasse un à un de ses ennemis! Holdo est toute seule car tous ses collègues se sont sauvés par peur de rejoindre Cassian Andor dans la tombe et si ça continue, elle va démissionner, à moins qu’il ne réussisse à la tuer à son tour! La commission est sur le point d’être démantelée! Notre seule chance, c’est si Rey Palpatine parle! Qu’est-ce que vous faites ?!

- On y travaille, Lando, on y travaille, lui assura Han.

- Bah, travaillez plus fort! Parce que pour l’instant, notre homme s’en sort pépère!

Poussant un profond soupir en pensant à son amie Amilyn, Leia se rattacha à leur dernier espoir. Tout n’était pas perdu!

- Sa petite-fille va parler. On a déjà réussi à lui faire exprimer sa souffrance par rapport à lui. Elle ne va pas tarder à…

- Il faut qu’elle parle et maintenant!

Ben écoutait d’une oreille distraite. Il n’avait tiqué qu’à la mention de Rey. Il leva les yeux vers les écrans qui diffusaient les vidéos de surveillance. La jeune femme se trouvait sur le plus grand avec son petit-ami. Elle et Hux étaient en train de parler sur une terrasse de l’hôtel, mais leur conversation n’était pas très intéressante pour le moment. Le rouquin avait encore la gueule de bois. Ben ne put s’empêcher de sourire béatement en la regardant. Elle était toujours aussi belle.

- On a la situation sous contrôle, répéta le chef d’escouade.

- Oui, Ben a remplacé le psy et finalement, il s’en sort plutôt bien. On va y arriver, on est sur le point de…

- Attendez, quoi? Ben a remplacé le psy? s’écria Lando d’une voix étranglée. Ben a remplacé le psy ?!

Enfin, Ben regarda sa montre, soupira et marcha jusqu’à l’ordinateur.

- Bon, on doit te laisser, on a du travail. Au revoir!

Sur ces mots, il mit fin à la conversation et rabattit le clapet de l’appareil. Ses parents le dévisagèrent, ahuris.

- Est-ce que tu viens juste de…

- Désolé, mais on a une grosse activité dans trente minutes, il faut qu’on se prépare, rétorqua le jeune homme en tapant des mains.

Il s’apprêtait à partir quand son père le retint.

- Ben? Allô? Ici la Terre! Tu me reçois? s’exclama Han. Tu as l’air complètement dans la lune en ce moment. Tu réalises que notre priorité, c’est de mettre fin aux horreurs de Palpatine? On s’en fout des activités de la thérapie!

- Oui, mais on y arrivera qu’en continuant à aider les autres à…

- Tu es policier, pas psychologue! Des gens se font tuer à Montréal, mais wow, Finn et Poe vont peut-être se remettre à baiser! C’est l’essentiel, non?

Face à l’agacement de son mari, Leia lui prit le bras et tenta de le raisonner.

- Han, s’il te plaît. On est tous sous pression et Ben fait de son mieux…

- De son mieux? s’indigna Han. Il drague notre cible, il manque de casser sa couverture en disant tout haut ce qu’il pense, il se perd dans la montagne… Sérieux, ça va être quoi, après?

À peine eut-il prononcer ces mots que Rey, sur l’écran de la caméra de surveillance, annonça à Hux :

- J’ai couché avec Ben.

 

 

Chapter Text

- J’ai couché avec Ben.

Les trois policiers, comme s’ils n’étaient qu’un seul homme, se tournèrent vers l’écran qui affichait le couple sur la terrasse de l’hôtel.

Ben était loin d’imaginer que Rey informerait son copain – du moins, si rapidement – de ce qui s’était passé entre eux, la nuit dernière. Il eut envie de disparaître à travers les lattes du plancher sous lui. Il ouvrit la bouche pour la refermer presque immédiatement. Il valait mieux qu’il se taise et, avant d’aggraver son cas aux yeux de ses parents, attendre de voir ce que la jeune femme révélerait. Peut-être réussirait-il à rattraper le coup? Il en doutait, mais l’espoir faisait vivre, après tout.

- Tu as fait quoi? tiqua Armitage, d’une voix lente.

Les sourcils du bras droit du chef de la mafia étaient si froncés que quelqu’un aurait pu y glisser une pièce de monnaie et elle aurait parfaitement tenue en équilibre. Ben n’eut pas besoin de se tourner vers son père pour savoir que son visage devait arborer un air similaire.

- Tu allais, enfin, t’ouvrir Armi! Sauf que, à la place, tu t’es saoulé et tu as disparu! Je t’ai cherché partout… J’ai paniqué! Je savais plus quoi faire… Je me suis dit que tu étais peut-être parti en pleine forêt et… J’étais vraiment anxieuse! Donc, je suis allée voir Ben… Et… Il a été super gentil et…

- Donc, tu as couché avec lui! réagit le rouquin, incrédule.

- J’étais censée faire quoi? questionna Rey, les mains sur les hanches. Aller dormir alors que je ne savais pas où tu étais? Je ne sais pas si tu t’en rappelles, mais tu m’as dit que tu avais envie de te baigner alors tu as amené un oreiller dans la douche pour boucher le drain et créer ta propre piscine!

- Tu exagères! J’étais pas si saoul…

- Ah oui? C’est probablement pour cette raison que cinq minutes plus tard, tu paniquais en disant qu’on allait mourir noyer! Tu m’as dit qu’on allait devoir partager une planche, comme dans « Titanic », ajouta-t-elle, en haussant la voix. Puis, tu m’as dit que c’est ce que tu allais faire même si ce n’est pas avec MOI que tu voulais la partager! Tu disais que je n’étais pas ta Rose ou je ne sais pas trop quoi… Je suis partie pour ne pas t’étriper et quand je suis revenue, tu avais disparu. Je me suis dit que si tu avais eu l’idée imbécile d’aller dans la forêt, et que, dans ton état, tu allais mourir au bout de trois minutes. 

- Donc, parce que tu étais affolée à mon sujet et que tu étais furieuse que je ne veuille pas partager avec toi une planche imaginaire dans un océan imaginaire, tu t’es dit, pourquoi ne pas aller coucher avec le psychologue de notre fucking thérapie ?!

Ben, mal à l’aise, se tourna lentement vers ses parents afin de jauger leur humeur.

Lorsque son regard croisa celui de son père, il repensa soudainement à ce moment où, à seize ans, il avait « emprunté » sa voiture de collection. En plus de la portière rayée, le moteur de l’automobile avait été engloutie dans la boue épaisse d’un champ, qui, avec le printemps, avait plus la consistance d’un marais que d’une surface plane. L’adolescent, fautif d’avoir fait le mur pour aller rejoindre un ami à un party, d’avoir pris la voiture de son père et de l’avoir brutalement mise hors d’état de fonctionner, avait eu l’impression qu’il était en train de vivre ses dernières minutes sur Terre quand il avait croisé le regard de Han Solo, cette nuit-là. « Est-ce que tu vas bien? » s’était enquit son père, après plusieurs minutes de silence. Puis, il avait posé la question à Tai, le meilleur ami de Ben, et les avait amenés à l’hôpital afin d’être certain qu’ils allaient bien.

Han n’en avait jamais reparler – de toute manière, Ben fut bien trop atterré par la réaction de son père – et l’adolescent dût travailler pour payer les réparer sur la voiture (ce qui équivalait à une petite fortune). À ce moment-même, Han semblait peser le pour et le contre entre l’engueuler ou s’inquiéter pour lui. Quant à Leia, elle affichait un air placide, quoi qu’abasourdie par la révélation qu’ils venaient d’entendre. Elle posa une main sur le bras de son mari.  

- Tu as couché avec Rey? se contenta de répéter son père.

- Elle essaie sûrement de provoquer Hux…, tenta de le défendre Leia.

- Oui, c’est ça, nia Ben, d’un air innocent – heureux de prendre la porte de sortie que lui offrait sa mère. Il ne s’est rien passé.

- Oui, on a baisé! le coupa la brunette, en s’exclamant. Tu es content?

Cette fois-ci, l’inspecteur, dont les joues étaient devenues cramoisies, grimaça franchement.

- Quoi? fulmina le rouquin.

- Tu as couché avec… la petite-fille… du chef de la mafia…, articula Han.

- On a seulement dormi ensemble…, essaya de minimiser Ben.

- Je voulais vérifier ta « théorie » que le sexe ne voulait rien dire…, commença Rey.

- Tu as couché avec la petite-fille du chef de la mafia, prononça son père, choqué.

- Est-ce que tu es sérieuse ?! éructa Hux.

- Tu as couché avec la petite-fille du chef de la mafia, tempêta, encore une fois, le sexagénaire.

De toute évidence, son père avait opté pour l’option de l’engueuler. À l’écran, le couple était en train de se disputer, mais personne dans le quartier général improvisé ne les écoutait.

- Oui, ok! confessa Ben. J’ai couché avec elle! On a compris! Est-ce que tu peux en revenir et arrêter de répéter que…

- Comment est-ce que tu veux que j’en revienne? le coupa son père, en colère. Tu as couché avec la petite-fille du chef de la mafia qui est, AUSSI, la copine du BRAS DROIT du chef de la mafia!

- J’avoue que ce n’était peut-être pas ma meilleure idée…

Han jeta un regard interloqué à sa femme. Cette dernière avait les lèvres pincées et se tenait la tête comme si un mal de tête venait subitement de l’assaillir.

- Pas la meilleure idée? Pas la MEILLEURE idée ?! Ça c’est… C’est… C’est… Il y a pas de mot qui existe pour dire à quel point ton choix de partenaire sexuel était mauvais, explosa son père. En fait, la simple idée de coucher avec qui que ce soit dans UNE THÉRAPIE DE COUPLE, parce que je tiens à te rappeler, Ben, si tu ne l’avais pas oublié, NOUS SOMMES DANS UNE THÉRAPIE DE COUPLE, est MAUVAISE! 

- C’était peut-être une mauvaise idée, acquiesça Ben, qui était maladivement incapable de ne pas répondre à son père. Mais, c’était génial.

Le sexagénaire écarquilla des yeux.

- Oh, il me partage ça! croassa-t-il, avec une teinte de dégoût. Eh bien, si monsieur a eu une bonne baise, tout va bien dans ce cas! Espèce d’abruti! Si tu veux finir comme du hachich pour la mafia, c’est bien joué! Est-ce que tu penses que Palpatine va être heureux de savoir que sa petite-fille a baisé avec l’un des policiers qui essaient de le mettre en prison ?!

Puis, Han poursuivit en le parodiant :

- Tu me prends pour qui, je travaille, blablabla, j’essaie de l’amadouer… UNE CHANCE que tu essaies seulement de l’amadouer et de lui tirer les vers du nez! J’ose à peine imaginer ce que ça donnerait si ton intention était de la séduire!

Pour une rare fois, son père venait de lui clouer le bec. Oui, d’accord, Ben avait royalement merdé. Oui, d’accord, il avait trouvé Rey tout à fait exquise dès qu’il avait posé ses yeux sur elle. Et, oui, d’accord, son obsession de tout savoir d’elle avait légèrement été teintée par les papillons qui peuplaient son ventre dès qu’il pensait à elle.

Oui, Rey Palpatine lui plaisait. Beaucoup. Trop. Ses iris l’électrisaient et liquéfiaient toutes ses pensées cohérentes. À chaque fois qu’elle souriait, son cœur faisait un salto. Il lui aurait promis mer, terre et monde si elle le lui demandait. Et, c’était encore pire depuis la nuit dernière. Elle s’insinuait sous sa peau, s’infiltrait dans chacune de ses pensées, se gravait dans chacun de ses neurotransmetteurs. Un vrai psychologue lui aurait sûrement dit qu’il était en train de tomber amoureux – si ce n’était pas déjà fait.

Donc, oui, Han avait raison. Sur toute la ligne. Cependant, il était hors de question que Ben le dise de vive voix. Il préféra garder le silence et éviter le regard de ses parents.

- Il est où, Ben, que j’aille l’étriper? ragea Hux, à l’écran.

- Tu vas te calmer les nerfs! vociféra Rey. De ce que je sache, je n’ai menacé de tuer personne quand j’ai appris que tu m’avais trompé avec deux filles en même temps! Tu vas prendre sur toi et si jamais tu le regardes de travers ou tu lui dis quoi que ce soit, toi et moi, c’est fini!

Le sexagénaire secoua la tête.

- Au moins, Rey semble avoir envie que tu survives, soupira-t-il, en roulant des yeux.

Puis, résigné devant la bêtise de son fils, il quitta la pièce sans dire un mot de plus. Han claqua la porte derrière lui, alors que la brunette continuait à prendre la défense de Ben, sur la terrasse, en insistant sur le fait que c’était « un bon gars » – ce que Hux tournait au ridicule.

- Maman…, prononça le jeune homme. Maman, je suis désolé… Je n’ai jamais eu l’intention de faire rater la mission, mais… J’ai eu comme un coup de foudre.

- Ben, n’essaie pas de me mettre de ton côté, argua Leia.

- Ça ne m’est jamais arrivé d’être avec quelqu’un et d’avoir des papillons dans le ventre comme ça, continua-t-il. On a parlé toute la nuit… J’ai l’impression d’avoir une connexion avec elle! Comme jamais auparavant! Je sais que c’est pas l’idéal, mais depuis le temps que tu veux que je rencontre quelqu’un… Toi, tu peux comprendre ça, non?

- Ben… Elle reste la petite-fille du chef de la mafia, soupira Leia.

- Oui, mais…

- Peu importe ce que tu ressens pour elle, elle reste affiliée à Palpatine et risque de terminer en prison.

- Oui, mais…

- Il n’y a pas de « mais », Ben, s’énerva la mère. Ton père a raison. Donc, tu vas l’oublier et tu vas contrôler tes ardeurs! Si notre mission échoue et que Palpatine ne va pas moisir en prison, parce que tu es incapable de ne pas gérer ta libido, ça va me faire plaisir de faire un nœud avec tes testicules.

La quinquagénaire mima une paire de ciseaux. Ben déglutit bruyamment sous la menace de sa mère.

- Tu es né avec un pénis, mais personne n’a dit que tu étais obligé de vivre avec! Est-ce que je me fais bien comprendre?

- Oui, madame, euh… Maman, bafouilla le jeune homme.

Elle lui jeta un regard sévère.

- Ça m’a juste confirmé que c’est toi que j’aime, minauda Rey, en se rapprochant de Hux pour passer ses bras autour de son torse.

Leia ouvrit la bouche afin de poursuivre ses remontrances, mais, piqué par ce qu’il venait d’entendre, Ben se détourna d’elle afin de fixer l’écran. Désenchanté, il avait l’impression qu’on lui vidait un seau d’eau glacée sur sa tête.

La nuit qu’il avait passé avec Rey était magique. C’était indubitable.

Non pas, parce que leurs corps se correspondaient merveilleusement, mais aussi parce qu’il avait l’impression que leurs esprits étaient parfaitement alignés. Avec Rey dans ses bras, Ben se sentait à sa place. C’était si juste. Comme une véritable harmonie. Comme deux pièces de puzzle qui s’emboîtaient.

Elle ne pouvait pas avoir envie de se ruer dans les bras de Hux, après avoir vécu ça! Elle ne pouvait pas dire que ça lui confirmait que c’était lui qu’elle aimait! C’était impossible. C’était impossible qu’elle n’ait pas ressenti cette connexion entre leurs corps, leurs pensées, leurs âmes. Ben ne l’avait pas imaginé, tout de même!

Il eut envie de quitter la pièce et de se précipiter sur la terrasse pour… Pour… Il ne savait pas ce qu’il ferait, exactement, mais pour rétablir la vérité.

Cependant, le jeune homme ne bougea pas. À la place, il regarda la brunette passer ses mains langoureusement sur les avant-bras du rouquin et il eut l’impression que ses entrailles se tordaient sous la jalousie et la douleur qui l’écrasait.

- Mon lapin, je te crois. C’est vrai que le sexe ça veut rien dire, continua-t-elle. Je ressens rien pour Ben. Rien. J’ai eu tort de vouloir te tromper, seulement pour me venger... En plus, ce n’était même pas une bonne baise… C’était interminable! Tout le long, c’était à toi que je pensais! Il y a juste toi, Armi. Est-ce qu’on peut faire la paix et oublier tous nos écarts?

Le jeune homme eut l’impression qu’à chaque mot qu’elle prononçait, une lame s’enfonçait dans son abdomen, toujours plus profondément, dans le but de l’achever. C’était impossible qu’elle dise cela – ou, du moins, qu’elle soit sincère! Il se sentait blessé. Déchiré. Détruit. Rey lui porta le coup de grâce en allant embrasser son petit-ami, qui, au bout de vingt secondes, la repoussa et lui mentionna qu’il avait besoin de réfléchir.

Avant qu’il quitte la terrasse, la jeune femme rappela à Hux qu’ils devaient assister à une activité de la thérapie dans quelques minutes. Le rouquin marmonna sèchement que si elle tenait à son psychologue, il allait faire l’école buissonnière, cette fois-ci.

- Je sais que c’est douloureux à entendre, mon chéri, mais c’est pour le mieux, lui assura Leia. Ils restent ensemble et notre mission se poursuit.

Ben ne lui accorda aucun regard.

- Si c’est trop difficile pour toi, contentes-toi de jouer les psychologues. On va s’occuper de récupérer ses aveux, ton père et moi. D’accord?

Le jeune homme ne répondit que par un reniflement. Il était hors de question qu’il reste derrière, alors qu’il avait déployé tous ces efforts! Et, surtout, surtout, il refusait de ne pas se battre. Ce qu’il avait ressenti, la nuit dernière, était beaucoup trop précieux pour qu’il abandonne si vite.

- C’est pour ton bien, mon chéri. Je ne veux pas que tu souffres et… Un autre inspecteur se serait fait congédier. Considère-toi chanceux que tout ça ne se termine pas par une plainte en déontologie quand on aura arrêté Rey. 

- Oui, oui, mentit le jeune homme.

- Et, j’espère que vous vous êtes protégés! marmonna Leia. Ce serait la cerise sur le gâteau qu’en plus de tout ce qui arrive, tu te retrouves avec une syphilis! Ou pire, un bébé Palpatine!

Ben roula des yeux. Coucher avec lui avait été si interminable, qu’ils l’avaient fait deux fois et, lorsqu’ils avaient été à court de condom, ils s’étaient contentés de faire des préliminaires. Cependant, il ne se rappelait pas un moment particulier où elle avait eu l’air de trouver l’expérience désagréable. Le souvenir de la vue du corps de Rey cambré, sa tête renversée vers l’arrière et sa bouche ouverte dans un cri silencieux alors que sa bouche se délectait du centre de son corps le fouetta brutalement. Non, elle n’avait pas paru trouver ses caresses interminables.

La jeune femme avait-elle joué la comédie tout ce temps? Après tout, elle était la petite-fille de Palpatine. Était-elle comme lui? Il en doutait. Cependant, plus les minutes s’écoulaient, plus qu’il se demandait s’il essayait de s’en persuader ou s’il le croyait fondamentalement. Il se força à adopter un ton joyeux et refouler son trouble :

- Il faudrait que tu commences à te brancher, maman. Tu veux des petits-enfants, oui ou non?

- Je veux des petits-enfants désirés, mon chéri. C’est ça, la nuance.

***

Hux quitta la terrasse, hors de lui. Sa mâchoire se contracta tandis que ses poings se serrèrent jusqu’à ce que sa peau devienne pratiquement translucide. Puis, il relâcha les muscles de ses mains et les agita fébrilement. Il avait une furieuse envie de mettre une balle dans la tête de quelqu’un.

Non. Il n’en avait pas envie. Armitage en avait besoin.

Il avait besoin de ressentir ce filet d’adrénaline qui coulait dans ses veines. Il avait besoin de sentir le creux de son arme à feu épouser parfaitement l’intérieur de sa paume – comme une prolongation de son corps. Il avait besoin de voir une paire d’yeux l’implorer de ne pas la couler dans la tombe. Bref, il avait besoin de passer ses nerfs. Et, comme il était hors de question de se perdre dans une bouteille de vodka (son mal de crâne qui le lançait depuis qu’il s’était réveillé ne le supporterait pas et il avait bien vu, hier, comment ça n’avait pas fonctionné) ou de baiser… Il ne lui restait qu’assassiner quelqu’un pour se calmer.

Le trentenaire s’immobilisa, se gratta le nez et poussa un long soupir. L’unique problème résidait dans le fait qu’il ne pouvait pas décemment tuer qui que ce soit dans cette foutue thérapie. En plus d’aller directement en prison et de se mettre à dos Rey, eh bien… Il ne voulait pas déplaire à Rose. Hux pourrait tout faire – littéralement, tout faire – pour qu’elle ne le regarde pas, encore une fois, avec cet éclat de déception dans le fond des yeux. Et, c’était, en réalité, précisément cette raison qui l’empêcha d’aller chercher son flingue, qu’il avait caché dans sa taie d’oreiller et de le coller sur la tête de ce crétin de psychologue. 

De toute manière, il s’en fichait comme d’une guigne que Ben et Rey aient couché ensemble. C’était agaçant, oui. Il se sentait trahi, aussi. Mais fondamentalement? Ça ne lui faisait ni chaud, ni froid. Il ne l’aimait même pas! Il s’était rapproché de Rey uniquement dans le but de grimper rapidement les échelons de l’organisation du vieux Palpatine. Elle avait été la clé de la réalisation de ses ambitions. Hux la respectait, l’appréciait et simuler être amoureux de Rey n’était, en soi, pas une corvée. Elle était ce qui se rapprochait le plus d’une meilleure amie. Dans un contexte où il ne couchait pas régulièrement avec elle, il aurait même pu voir en elle une petite sœur. Mais il n’en avait jamais été amoureux.

Certes, il détestait qu’on joue sur ses plates-bandes et il avait un comportement plutôt possessif avec elle, mais… Finalement, descendre Ben dans la tombe serait plus une sorte de défouloir pour lui qu’autre chose. Un meurtre par procuration, quoi.

D’autant plus que le rouquin savait très bien qu’il était en train de chuter dans l’estime de Palpatine et c’était dans son intérêt de rester auprès de Rey. En ce moment, il savait très bien que sans leur relation, le vieux chef de mafia l’aurait déjà jeté dans une fosse et aurait recouvert son corps de béton. Il jouait avec le feu à discuter les ordres de Palpatine, il en était conscient. Cependant, Hux était un homme loyal : seulement sa loyauté n’allait plus à Sheev Palpatine, mais plutôt à Rey. Et, s’il était encore dans les rangs de l’aïeul de sa petite-amie, c’était précisément pour la protéger. Elle n’en avait pas conscience, il ne lui avait jamais dit.

Armitage n’avait rien d’un héros et il ne cherchait pas la gloire – de toute manière, en se taisant, il garantissait sa sécurité. Cependant, il commençait à être temps de prendre une décision : la mettre au courant de tout et de ses plans ou la tenir dans l’ignorance. L’unique problème était que depuis deux mois, environ, à cette décision s’en ajoutait une autre. Rey ou Rose. S’il mettait Rey au courant, il mettait une croix définitive sur un avenir possible avec Rose. Et, s’il la tenait dans l’ignorance… Eh bien, il pouvait essayer de les faire co-exister dans sa vie. C’était ce qu’il avait fait jusqu’à présent. Sans succès.

Il avait cru, hier, avoir pris sa décision. Cependant, encore une fois, Rose venait tout compliquer. Pourquoi avait-il dû surprendre Beaumont parler d’une demande en mariage à ce simplet de Snap, aussi? Armitage n’avait pas pu s’empêcher d’imaginer Rose dire oui à cet âne et… La minute suivante, il buvait une longue gorgée de bière.

Il ferma les yeux et tenta de se calmer. N’y parvenant qu’à moitié, une idée fugace et entêtante lui vint à l’esprit. Il devait aller vérifier par lui-même ce qu’il en était.

Avant même d’essayer d’en peser le pour et le contre, le jeune homme se remit impulsivement en mouvement. Comme un automatisme, ses pieds traversèrent rapidement les couloirs du miteux hôtel et salua d’un mouvement de tête, sans les voir, les autres membres de la thérapie. Hux leur porta si peu d’attention qu’il n’aurait pu dire qui il avait croisé. Arrivé à destination (parce que, évidemment, il savait très bien quelle chambre elle occupait), le rouquin regarda de chaque côté du couloir afin de vérifier qu’il était seul et cogna à la porte.

Il entendit une cascade de bruits étouffés imprécis. Puis, après trente secondes de silence, la porte s’ouvrit lentement et Rose apparu dans son champ de vision. Ses lèvres pleines étaient pincées dans une mimique critique, mais ce furent surtout ses yeux gonflés, son nez qui renifla involontairement et les plaques rouges sur ses joues et son cou qui attirèrent son attention. Hux écarta d’emblée l’hypothèse qu’elle puisse avoir attrapé un rhume et il eut l’impression que sa colère devenait tellement violente qu’elle lui griffait l’estomac.

- Qu’est-ce qu’il a fait encore? grinça-t-il, entre ses dents.

- Armitage…, commença Rose, lentement, d’une voix enrouée par les larmes.

- Qu’est-ce que cet idiot t’a fait, cette fois-ci, hein?

Armitage se mordit l’intérieur de sa joue, à la fois irrité et exaspéré.

- Il n’a rien fait, décréta-t-elle, d’une voix égale.

Elle mentait. Il savait toujours quand elle mentait. Ses mains ramenaient toujours ses boucles noires sur son épaule, ses doigts trituraient ses mèches de cheveux et elle évitait obstinément le regard de son interlocuteur. Invariablement. Comme si tout l’être de Rose était incapable d’assumer le mensonge qu’elle proférait. Et, selon Hux, c’était sûrement l’une des nombreuses choses qui rendaient Rose si adorable.

Sa patience visiblement épuisée, il la poussa doucement vers l’intérieur de la chambre qu’elle occupait et referma la porte derrière lui. Ses yeux détaillèrent la pièce, plus par habitude que par souci réel de la présence de Beaumont – après tout, s’il avait été dans la pièce, fort à parier qu’il l’aurait entendu proférer ses âneries habituelles bien avant de passer le seuil de la porte. Et, bien que ce fût une très mauvaise idée de s’enfermer ou que ce soit avec Rose, il décida de verrouiller la porte.

- Qu’est-ce que tu fais? s’alarma la jeune femme.

- Je n’ai pas vraiment envie que le crétin qui te sert de petit-ami entre à l’improviste et saute à des conclusions hâtives, expliqua-t-il, en haussant des épaules.

Rose plissa des yeux et croisa les bras sur sa poitrine. Armitage pencha la tête et leva les mains dans les airs pour montrer son innocence.

- Je n’ai pas l’intention de te sauter dessus, si c’est ce qui te fait paniquer, lui promit-il en empruntant un air presque angélique.

- Je ne panique pas, le contra-t-elle, du bout des lèvres, tâchant de rester stoïque.

- Bien. 

- Bien, répéta Rose.

- Enfin… À moins que tu aies envie que je te saute dessus? lâcha-t-il, avec un sourire en coin, incapable de s’en empêcher.

- Armitage! s’écria-t-elle, en lui faisant de gros yeux, offusquée.

- C’était une blague!

Enfin… Ne disait-on pas que dans chaque blague, il y avait un fond de vérité? Dans tous les cas, aucun des deux ne rigola. Ils étaient bien trop tendus pour rire.

Comme à chaque fois qu’il était près d’elle, il eut l’impression qu’un courant électrique le traversa en entier. Il déglutit péniblement. Et, avant même d’en avoir pris conscience, il avait estimé qu’il lui faudrait trois enjambées pour la rejoindre, plonger ses doigts dans sa chevelure aussi noire que la nuit, poser sa main dans le creux de son dos et l’étendre sur le lit derrière elle. Armitage toussota et s’efforça de garder la tête froide.

- Qu’est-ce qu’il a fait? finit-il par répéter.

- On s’est disputés, capitula Rose. Puis, il m’a demandé en mariage… Enfin, il m’a lancé une bague à travers notre dispute.

- Oh, articula Hux, d’un ton guindé, ne trouvant rien d’autre à dire.

- Pour le romantisme, on repassera. Je ne sais plus exactement ce qu’il a dit, mais que, grosso modo, je devais inventer des problèmes puisqu’il voulait m’épouser.

- Je vois…

Elle renifla et le rouquin attrapa une boîte de mouchoirs posée sur la table basse, près du sofa, et la lui tendit. Rose le remercia silencieusement avant de se choir sur le matelas. Prudemment, et surtout incapable de garder une quelconque distance avec elle, Hux se rapprocha du lit. Du regard il lui demanda la permission de s’asseoir à côté d’elle, et ils devaient être deux idiots, car la Vietnamienne acquiesça.

N'y pouvant plus, il demanda, d’un ton qu’il essaya de garder léger (sans y parvenir) :

- Et, qu’est-ce que tu lui as répondu?

- Que j’avais besoin d’y réfléchir, soupira-t-elle. De toute manière, le connaissant, je suis sûre que ce n’est même pas sérieux et qu’il a fait ça uniquement pour me pourrir l’existence. Je ne sais même pas pourquoi il veut m’épouser… Il est toujours en train de me répéter constamment tous mes défauts et ce que je fais de travers.

Ils restèrent en silence, côte à côte, aucun ne sachant quoi ajouter. Chacun garda son regard rivé résolument devant lui – sauf à quelques reprises où leurs yeux dérivèrent pour observer, à la dérobée, l’autre. Rose joua nerveusement avec son papier mouchoir, au creux de sa paume. Après une poignée de secondes, lentement, comme si le rouquin évaluait chaque centimètre du mouvement de sa main, celle-ci alla trouver celle de la jeune femme. 

La jeune femme coupa ce mutisme, à un moment, pour mentionner qu’ils devraient peut-être y aller et rejoindre le groupe au vu de l’activité de la thérapie qui devait avoir lieu. Hux acquiesça mollement, surtout pour la forme. Car, aucun des deux ne bougea.

La Vietnamienne croisa ses doigts aux siens et son pouce commença à dessiner des ronds sur le dessus de sa paume.

- C’est un idiot, Rose. Tu es parfaite, chuchota-t-il, comme une prière.

Un petit sourire se forma sur les lèvres de la jeune femme et sa tête se tourna vers lui. Ses yeux trouvèrent trop facilement, comme d’habitude, ses iris azur.

- Qu’est-ce que tu fais ici? demanda-t-elle. Je ne pense pas que tu sois venu jusqu’ici pour m’écouter parler du manque de romantisme de Beaumont…

- Tu pourrais être surprise, ricana-t-il, sans rire.

- Armitage, sérieusement.

- Je voulais… J’avais besoin de te voir.

- Pourquoi?

Parce que… Parce que… Parce que, lorsqu’il fermait les yeux quand Rey l’embrassait, c’était elle qu’il imaginait. Parce qu’il rêvait d’elle. Parce qu’il trouvait cela profondément aberrant qu’ils se retrouvent dans cette même fichue thérapie de couple. Parce que la voir sans la toucher, sans lui parler, était une véritable forme de torture. Parce que mieux que quiconque, elle le calmait. Parce qu’elle le faisait le remettre en question et l’amenait à lutter contre ses instincts les plus profonds.

Parce que, égoïstement, il la voulait. Et, ça le rendait malade de la voir avec Beaumont.

- Rose, soupira-t-il, enfin. S’il te plaît… Ne lui dis pas oui. Ne l’épouse pas.

Elle accusa le choc silencieusement. Puis, rapidement, comme s’il l’avait piquée, elle s’écarta de lui brutalement. L’intermède était terminé et la réalité les rattrapait. La jeune femme dodelina de la tête plusieurs fois, tâchant d’assimiler ce qu’il lui disait.

- Ça ne te regarde pas, Armitage, décida-t-elle, après un moment.

- Non, mais…

- Tu n’as pas le droit de me dire ça! s’exclama Rose, agitée. Tu n’as pas le droit de me demander de ne pas l’épouser alors que… Alors que tu es là, avec Rey, et que…

- Rose…

- Je t’ai déjà dit que je ne voulais pas être ta maîtresse ou ta roue de secours, le coupa la jeune femme. Ça n’a pas changé. Rey est merveilleuse et je me sens terriblement honteuse que tu… Qu’on ait…

Rose s’interrompit, ne sachant pas quel terme utiliser pour décrire ce qu’ils avaient été en parallèle de sa relation avec la brunette.

- Elle mérite mieux que ça, conclu-t-elle.

- Oui, c’est vrai, lui accorda Hux. Mais toi aussi tu mérites mieux. Sérieusement, Rose? Beaumont ?! Parmi toutes les personnes possibles, tu as décidé de me quitter pour aller avec lui ?! Sérieusement ?! Tu veux l’épouser ?!

- Je t’ai quitté parce que j’ai appris que tu étais en couple! le corrigea-t-elle, froidement.

- Oui, ça, je l’avais compris. Mais rien ne t’empêchait de rester toute seule ou de te trouver quelqu’un d’autre que ce crétin! Il ne te respecte même pas, Rose! Et, toi, tu songes réellement à t’enchaîner avec lui ?!

- Tu peux bien parler, Armitage Hux! s’emporta, tout à coup, la Vietnamienne. Parce que tu penses que tu respectes Rey ?! Tu l’as respecté, peut-être, quand on a fait ce fichu trip à trois avec Bazine ?! Et, j’imagine que tu la respectais aussi quand tu as passé un mois complet à me baiser et me faire croire que tu voulais une relation avec moi! Si tu n’avais pas laissé traîner ton téléphone et si je n’y avais vu les messages de Rey, tu aurais joué à ce jeu pendant combien de temps, exactement?

- Ce n’est pas la même chose.

- Oui, c’est exactement pareil.

- Non, répéta-t-il, entre ses dents.

Il se rapprocha d’elle. Rose jugea bon de garder une distance entre eux.

- Oui, bon, tu as peut-être raison sur certains points, concéda-t-il, après réflexion, à voix basse. Mais, pas complètement.

Un petit air narquois apparu sur le visage de la jeune femme, le mettant au défi. Subitement, il se retrouva à lutter contre lui-même pour ne pas l’embrasser.

- Je n’aurais jamais agi comme ça, si je l’avais aimé.

-… Tu n’aimes pas Rey? prononça-t-elle, incrédule.

- C’est… C’est compliqué, mais non.

- Qu’est-ce qui est compliqué? Tu l’aimes oui ou non?

Le rouquin la contempla en silence.

La première fois qu’il avait aperçu Rose, c’était il y a un mois et demi, deux mois, peut-être, dans un club avec quelques membres de l’organisation de Palpatine. Il ne se rappelait plus exactement ce qu’il faisait là et pour quelle raison. Au milieu de la nuit, Bazine lui avait tendu un comprimé et il l’avait avalé sans même savoir ce que c’était.

Sous l’effet de la drogue, une heure plus tard, ses yeux s’étaient posés sur Rose et il avait eu l’impression d’être subjugué. Elle ressemblait à une petite fée. Elle semblait irréelle. Armitage avait passé le reste de la soirée à l’embrasser et, après avoir pratiquement fait des préliminaires en plein milieu de la piste de danse compacte, ils avaient décidé de quitter les lieux ensemble. Bazine s’en était mêlée et ce furent à trois qu’ils prirent leur taxi et qu’ils en descendirent. Mais, très franchement, Bazine ressemblait plus à la cinquième roue d’un carrosse qu’autre chose.

Tout était devenu plus compliqué à ce moment-là.

- De toute manière, ça m'importe peu que tu l'aimes ou pas! lâcha Rose, agacée. Si tu es venu ici pour essayer de me convaincre de quoi que ce soit, Armitage, tu te fourres le doigt dans l'œil! 

- Je n'essaie pas de te convaincre, j'essaie de t'expliquer! 

- M'expliquer quoi ?! 

- Non, je ne l’aime pas. Et, j’aurais très bien pu m’en contenter si tu n’avais pas rendu ça aussi compliqué.

- Et, en quoi est-ce que c’est ma faute?

Comment pouvait-elle encore en douter? Comment pouvait-elle ne pas avoir deviné? C’était un véritable mystère. Ça semblait évident. Comme le soleil se levant à l’est et se couchant à l’ouest.

- Parce que c’est toi que je veux, Rose, s’écria-t-il, à bout. C’est toi. Il n’y a que toi.

Choquée, les paupières de la Vietnamienne papillonnèrent plusieurs fois.

- Alors, s’il te plaît, ajouta-t-il, ne l’épouse pas.

Et, il sembla que cette déclaration était entièrement suffisante, car Rose tira sur son chandail froissé pour l’attirer vers elle et captura ses lèvres dans un baiser aussi brûlant qu’un jour de juillet en pleine canicule. Dès que ses lèvres touchèrent les siennes, Hux ressenti un incroyable soulagement ; comme celui qui nous traverse lorsque l’on rentre à la maison. Il avait fait son choix – une tout autre option que celles auxquelles il avait pensé, mais plus périlleuse. Être honnête avec Rose.

***

L’activité du matin, une course à obstacles à compléter en couple, fut particulièrement longue et pénible pour tout le monde.

Tout d’abord, de mauvaise humeur, Ben distribuait les commentaires déprimants, un peu odieux et très honnêtes à tous les participants.

« Tu sais la fameuse passion qui fait souffrir tant de monde? Eh bien, toi et Rose, vous ne vivrez plus jamais ça si vous restez ensemble. Tu m’énerves, mais je t’envie. » déclara-t-il à Beaumont, en marchant vers l’emplacement du parcours.

« Si tu as tant peur de Phasma, peut-être qu’il serait tant que tu la laisses et que tu passes à autre chose. » dit-il à Mitaka, face à la géante blonde, plus tard.

« Est-ce que ça t’arrive d’utiliser ton cerveau? » demanda-t-il à Snap.

« Si tu décollais ton nez de ton téléphone, trente secondes, peut-être que tu te rendrais compte que ta vie ne se résume pas à être papa. » lâcha-t-il, à Finn.

De plus, le « psychologue » sembla soudainement avoir oublié l’existence de ses parents, qui le fusillait du regard à chaque fois qu’il ouvrait la bouche.

Et, il ignora scrupuleusement Rey.

Ensuite, comme Armitage et Rose ne se présentèrent pas à l’activité, Rey et Beaumont durent se mettre en équipe.

Inutile de préciser qu’ils furent incapables de s’entendre et que leur travail d’équipe fut un désastre – autant pour eux que pour toute personne se situant à moins de 500 mètres d’eux. À bout de nerfs, à un moment, Rey essaya de le noyer dans la boue et elle passa proche de réussir puisque Phasma se proposa pour l’aider.

Comme Ben se faisait un devoir d’oublier l’existence de la petite-fille du chef de la mafia montréalaise, il n’intervint pour les calmer que lorsque Beaumont tenta d’assommer la brunette avec un bâton de l’une des épreuves. Malgré cela, même si ça le démangeait, il n’adressa pas la parole et n’accorda pas un regard à Rey.

Puis, finalement, irritée par les commentaires compétitifs de Snap, Karé éleva la voix contre lui avant de se mettre à pleurer à chaudes larmes, en plein milieu de l’une des épreuves. Leia quitta l’activité ainsi que son mari, énervée par ce dernier qui ne faisait que grommeler sur le comportement de leur fils et du fait qu’il avait coucher avec la petite-fille de Palpatine. Poe lança le téléphone cellulaire de Finn dans la rivière, à proximité de l’endroit où se déroulait l’activité.

Bref, l’activité complète fut une catastrophe.

***

Prudemment, quand l’activité fut terminée, Han cogna contre la porte de la chambre qu’ils occupaient, sa femme et lui, dans le miteux hôtel avant d’entrer. Lentement, comme un démineur, il se glissa dans la pièce et déposa le cabaret de nourriture, qu’il tenait dans ses mains, sur la table basse à côté du sofa.

Devant l’absence de réaction de Leia, qui était assise sur leur lit, le dos calé contre des oreillers, visiblement plongée dans un livre, le sexagénaire s’autorisa à toussoter. L’effet fut presque quasi-immédiat : elle poussa un long soupir agacé et leva la tête du bouquin pour le dévisager avec un air renfrogné.

- Quoi? questionna-t-elle, froidement.

- Eh bien… Puisque tu n’es pas venue manger, je t’ai apporté une assiette, expliqua-t-il, en faisant un geste de la main vers les sandwichs et la salade de brocoli.

Le regard sévère de Leia s’attarda sur le repas avant de revenir se braquer sur son mari, qui grimaça. Nerveux, il se tritura les mains. Il ressemblait à un gamin de cinq ans.

- C’est tout?

- Euh, non, balbutia-t-il. Je voulais aussi m’excuser.

- D’accord, siffla sa femme.

Visiblement, elle n’allait pas lui rendre la tâche facile. Han déplaça son poids d’un pied à l’autre, mal à l’aise et ne sachant pas par quel bout prendre la situation.

- Je sais que je devrais lâcher Ben et me concentrer sur la manière de faire parler Rey Palpatine, mais…

Leia eut un petit ricanement moqueur sans joie. De nature peu patiente, Han craqua :

- Quoi? Qu’est-ce qu’il y a?

- Est-ce que tu penses réellement que je suis furieuse à cause de la manière dont la mission se déroule ?! s’exclama Leia.

- Eh bien… Euh… Je croyais que tu étais stressée et que tu étais furieuse parce que ça n’avançait pas assez vite et que tu avais peur pour Amilyn avec ce que Lando nous a dit, ce matin.

Leia l’observa pendant plusieurs secondes sans ciller. Puis, elle se leva soudainement du lit et marcha pour aller chercher ses souliers afin de les remettre à ses pieds.

- Visiblement, je me suis trompé, marmonna Han. Qu’est-ce qui –

- Non, le coupa-t-elle, d’un ton distant. Non, tu as raison. Concentrons-nous sur la mission. C’est le plus important, n’est-ce pas?

- Leia, qu’est-ce qu’il y a?

- Rien, prononça la quinquagénaire. Tout va bien.

Ça sonnait terriblement faux. Han, connaissant suffisamment sa femme et sentant une urgence dans la situation, lui attrapa la main afin de la retenir.

- Qu’est-ce qu’il y a? répéta-t-il.

- J’en ai assez, Han.

- Mais… De quoi est-ce que tu en as assez?

Elle le regarda, esquissa un faible sourire et repoussa sa main autour de la sienne.

- Si tu ne vois pas ce qui se passe, peut-être qu’il n’y a rien à sauver entre toi et moi, diagnostiqua-t-elle.

Han fronça des sourcils, bouleversé.

- Leia… Leia, s’il te plaît… Mon amour…

Ça faisait tellement longtemps qu’ils avaient cessés de se donner des surnoms affectueux que la quinquagénaire, surprise, cligna plusieurs fois des yeux pour retenir les larmes qui menaçaient de tomber. C’était nouveau, ça. Han Solo n’était pas le genre à supplier. Non. Il était plutôt le genre à fuir dès que les choses commençaient à devenir compliquer.

Et, c’était précisément ce qu’il s’appliquait à faire avec leur fils. Avec elle. Depuis vingt-quatre ans. Depuis que la seconde grossesse de Leia s’était brutalement terminée, dans son deuxième trimestre, par une mort intra-utérine. Han avait fait son deuil en se réfugiant dans son travail. Leia l’avait fait en s’impliquant, plus que jamais, dans la vie de leur garçon de six ans – qui n’avait même pas eu conscience du drame familial. Rien n’avait plus été pareil. Puis, avec le temps, pour une multitude de raisons, la distance entre eux était devenue telle qu’ils semblaient ne plus habiter sur la même planète. Ils s’aimaient, mais… Il y avait toujours un « mais ».

- Reste, s’il te plaît. Ne t’en vas pas, la conjura Han. Je… Je vais changer et…

- J’ai seulement besoin de temps pour réfléchir. On a besoin de temps pour réfléchir, tous les deux. Ça ne peut plus continuer comme ça. 

Elle déposa un baiser sur la joue de son mari et quitta la pièce.

***

L’hôtel Theed étant spécialement ouvert pour la thérapie de couple, le seul membre du personnel mis à leur disposition était un cuisinier. Celui-ci était seulement présent une journée sur deux afin de préparer les repas pour la journée même et ceux pour la journée suivante. Quand le cuisinier était absent, c’était l’équipe de psychologue – en l’occurrence, dans la présente situation, Ben – qui s’occupait de réchauffer les repas préparés, de les servir et de mettre les couverts dans le géant lave-vaisselle industriel.

C’était une décision qu’avait prise le « Camp Naboo » afin de faire diminuer les coûts du séjour aux participants.

Ainsi, à la fin du repas du midi, Ben se retrouva à empiler la vaisselle. Le repas s’était déroulé… Eh bien, dans un silence presque absolu. Tous les participants – sauf Rose et Armitage, en réalité – étaient d’humeur maussade et devant l’absence de Leia, Han était parti, sans revenir. Par chance, l’après-midi consistait à du temps libre que les couples pouvaient utiliser pour travailler sur leur chorégraphie ou pour… Simplement parler de leurs problèmes. Et, au vu du parcours du matin, il était fort probable que peu de couples allaient s’entraîner à danser.

Ben semblait être en train de vouloir reproduire la Tour de Pise avec les verres, qui traînaient sur la table, quand les dernières personnes quittèrent la salle à manger.

- Est-ce que tu as besoin d’aide? demanda, soudainement, Rey en apparaissant à côté de lui.

De toute évidence, il était devenu tellement doué pour l’ignorer qu’il en était venu à oublier sa présence. Il tressaillit et la structure de verres perdit un étage ou deux. Ce fut un miracle qu’aucun verre ne se brisa.

Ben ouvrit la bouche pour refuser, mais elle lui coupa l’herbe sous les pieds ; elle s’empara des assiettes ainsi que des fourchettes et des couteaux. Le jeune homme poussa un petit soupir, résigné. En silence, ils nettoyèrent la table, marchèrent jusqu’aux cuisines et déposèrent leur attirail dans le lave-vaisselle. Quand ils terminèrent, sans lui demander son avis sur la question, Rey alla verrouiller la porte. Ben lui jeta un regard interrogateur. 

- Il faut qu’on parle, débuta la brunette.

- Je ne pense pas que verrouiller la porte soit indispensable pour qu’on parle.

- Je n’ai pas envie d’être dérangée, expliqua-t-elle, en haussant des épaules.

Il attrapa un linge et commença à frotter une tâche imaginaire sur l’un des comptoirs en aluminium. Il valait mieux qu’il ait les mains occupées. Et, qu’il se tienne loin d’elle.

- De quoi est-ce que tu voulais parler? grimaça le détective.

Comme si elle lisait dans ses pensées, Rey vint se poster à côté de lui. Elle s’adossa contre le comptoir, les mains appuyées sur le rebord, dans son dos. Avec grâce et légèreté, elle se hissa sur la surface pour s’y asseoir et balança ses jambes dans le vide. Et lui, ne put que se contenter d’observer, hypnotisé, ces longues jambes presque interminables.

Ben prit une grande respiration pour conserver son sang-froid. Mauvaise idée : il inspira une grande quantité d’oxygène et de son parfum floral. En plus, il pouvait très bien distinguer la pointe de ses seins sous le tissu de la robe trapèze qu’elle portait, désormais, s’étant changée avant le repas. Elle ne devait pas avoir mis de soutien-gorge.

Le jeune homme eut envie de lancer le linge qu’il avait toujours dans sa main droite, plus loin, et de faire la seule chose qu’il avait envie de faire depuis qu’il l’avait quittée, ce matin. L’embrasser. Être avec elle. Retrouver ce sentiment de plénitude qui l’avait envahi la nuit dernière, à son contact.

Ben repensa à sa conversation avec Leia. Il grimaça. Le policier devait garder la tête froide. Et, de toute manière, qu’est-ce qui était le plus efficace pour calmer une libido en feu que de penser à sa mère?

- Pourquoi est-ce que tu m’évites? demanda, finalement, Rey.

- Je ne t’évite pas.

- Ah oui? fit-elle, d’un ton insolent. Tu ne m’as pratiquement pas regardée depuis que je suis partie de ta chambre.

- J’étais occupé, expliqua-t-il, d’un ton expéditif.

- Tu étais occupé à insulter tout le monde, oui.

Le « psychologue » poussa un soupir impatient et se gratta nerveusement la nuque.

- C’étaient des confrontations théra–

- Ne perd pas ton temps à essayer de me faire croire que tu faisais une technique d’intervention qui provient de je ne sais pas quel pays, d’accord? le coupa-t-elle, brutalement. Toi et moi, on sait très bien que ce sont des âneries.

Ben roula des yeux et plongea son regard dans le sien. De son perchoir, ils étaient presque à la même hauteur : sa tête dépassait la sienne d’une poignée de centimètres. Ce serait si facile de… Le jeune homme secoua la tête. Rey Palpatine était son tourment personnel.

- D’accord. Parfait. Oui. J’ai été désagréable, lui accorda le détective. Contente?

- Pas tout à fait, rétorqua-t-elle, ironique.

Devant son silence, il fit un geste de la main pour l’enjoindre à poursuivre.

- Est-ce que tu m’évites parce que j’ai fait quelque chose de mal?

Difficile de lui avouer qu’il était horrible avec tout le monde et l’ignorait soigneusement parce qu’il ne savait pas comment gérer la conversation qu’elle avait eu avec son petit-ami et dans laquelle, elle l’avait blessée. Une conversation qui était vue, écoutée et enregistrée, à son insu.

- Non, Rey, ce n’est pas ça, mentit-il, sans aplomb.

- Alors, c’est quoi ?! Tu as eu ce que tu voulais, donc maintenant, tu m’ignores?

- J’ai eu ce que je voulais…, répéta le jeune homme, perdu. Hein?

- Toi et moi. Cette nuit, précisa Rey.

Il eut envie d’éclater de rire. Cette femme était incroyable. Est-ce qu’il avait vraiment l’air de ce genre de type?

- Tu peux me le dire que, maintenant qu’on a couché ensemble, tu t’en fous de moi!

Ben ne savait pas vraiment en quoi la colère de la brunette sonna comme une invitation à ses oreilles, mais une seconde plus tard, il tenait son visage entre ses mains et avait collé sa bouche contre la sienne avec urgence.

Au diable le fait de se tenir éloigné d’elle.

Les jambes de Rey s’enroulèrent autour de sa taille afin de le rapprocher d’elle. Le baiser redoubla en intensité – si cela était moindrement possible.

- Est-ce que j’ai l’air d’un gars qui se fout de toi? gronda-t-il, contre sa bouche.

- Je ne sais pas, chuchota-t-elle, il faudrait que j’aie une meilleure vue d’ensemble.

Il répondit par un simple grognement avant de s’appliquer à l’embrasser de nouveau. Leurs langues se retrouvèrent rapidement et se mouvèrent dans une danse connue et instinctive.

D’une main, Ben empoigna la cuisse de la jeune femme tandis que l’autre se faufila jusqu’à ses fesses et la tira afin de la rapprocher le plus possible de lui. Ainsi placés, malgré la barrière de leurs vêtements, son début d’érection vint directement – et parfaitement – s’appuyer contre le centre du corps de Rey. Sans quitter ses lèvres, la jeune femme commença à bouger ses hanches. Et, ce simple mouvement de frottement était divin, car les deux gémirent de concert.

Son cœur se débattait dans sa cage thoracique, lorsqu’il vint embrasser et mordiller son cou. Et, avant même de songer à se tempérer, il suçota son épiderme et laissa des marques de son passage sur elle. Rey ne protesta pas. Au contraire, elle l’encouragea en cambrant davantage son corps contre le sien. Cette odeur, cette bouche, ces doigts, ce corps…

- Tu vas me rendre fou, chuchota-t-il, alors que ses dents caressaient son lobe d’oreille, déclenchant un long frisson à la jeune femme.

- Ah oui? minauda-t-elle, en papillonnant des paupières et en prenant un air innocent.

Provocatrice, la jeune femme retroussa le bas de sa robe et, le regard planté dans celui de Ben, elle attrapa l’une de ses mains et la fit glisser sous le vêtement. Le policier pensa défaillir quand il sentit son string déjà humide. Lentement, son pouce amorça des cercles sur le tissu satiné du sous-vêtement. Trop lent. Trop loin de son clitoris.

Rey posa ses mains sur les larges épaules de Ben pour écarter sa robe de sous ses fesses et fit un autre mouvement afin de pouvoir enlever sa culotte. Le contact froid du comptoir la fit frissonner et créa une petite onde de choc à travers son intimité.

Le détective termina d’enlever la robe qu’il jeta, sans égard, derrière lui. Il fut ravi de constater qu’il ne s’était pas trompé et qu’elle ne portait pas de soutien-gorge. Il tira son corps à quelques centimètres du rebord du comptoir et, encore une fois, le froid de la surface la chatouilla. Rey se pencha vers l’arrière et ses coudes vinrent s’appuyer sur la surface en aluminium. Puis, Ben s’agenouilla entre ses cuisses, posa ses jambes sur ses épaules et sa langue vint remplacer ses doigts.

Contrairement à son toucher, il la goûta franchement.

Ce n’était pas le temps à la torture ou à l’exploration, comme la veille. Ils n’avaient pas toute la nuit pour construire lentement leur plaisir. Mais ça ne l’empêchait de la vouloir, de vouloir son plaisir et de vouloir assister à ce spectacle divin où il lui donnerait un orgasme. Et, s’il pouvait lui faire regretter tous les mots qu’elle avait dit à Hux, ce matin-même, tant mieux.

Sa langue passa entre ses plis, en explora chaque recoin et s’attarda davantage sur cette petite bille gonflée. Tantôt, dans un rythme doux. Tantôt, plus agressif. Les doigts de Rey vinrent imprimer des marques en demi-lune sur sa nuque alors que ses gémissements sonnaient comme la plus belle mélodie aux oreilles du jeune homme. Il introduit son index dans son intimité et, à sa demande, il ajouta le majeur et les courba afin de venir percuter cette paroi vaginale si sensible.

Soudainement, basculant dans un orgasme, elle lui tira violemment les cheveux, son corps s’arc-bouta et ses cuisses se refermèrent autour de sa tête. Il poursuivit ses caresses jusqu’à ce qu’elle le repousse.

- Tu es magnifique, déclara-t-il, avec dévotion, en essuyant ses lèvres luisantes de cyprine.

Elle se releva pour descendre de son perchoir, l’embrassa et se goûta sur lui. Ses mains s’acharnèrent fébrilement à défaire le pantalon, déformé par l’érection massive qu’il contenait, de Ben.

- Tu as un condom? demanda-t-elle, avec empressement.

Et, de toute évidence, il ne devait plus avoir beaucoup de sang dans son cerveau, car il ne pu s’empêcher de lui demander, un peu moqueusement :

- Donc ce n’est pas si interminable que ça coucher avec moi?

Il sut qu’il venait réellement de merder au moment même où Rey fronça des sourcils.

- …C’est ce que j’ai dit à Armi, ce matin.

- Ah? C’est… Drôle de coïncidence, bafouilla-t-il.

Elle l’observa comme s’il était subitement devenu un sujet d’étude. Puis, son esprit encore un peu embrumé par l’orgasme sembla faire 1+1.

- Comment est-ce que tu sais ça?

Ben réfléchit à toute vitesse à une manière de se sortir de cette impasse. Les meilleurs mensonges étaient toujours ceux qui se rapprochaient le plus de la vérité. Bien.

- J’ai entendu votre conversation, l’informa-t-il, d’une voix détachée.

- Tu m’espionnes?

- Disons, que Hux et toi, vous n’avez pas été très subtiles!

Elle plissa des yeux et traversa les cuisines pour aller cueillir son string et sa robe.

- Armi n’a pas été subtil, c’est vrai. Mais moi en revanche…

- De toute évidence, tu ne l’es pas autant que tu le crois. Et, pourquoi je t’espionnerais? Tu n’es pas un peu parano? Aux dernières nouvelles, tu n’as rien à cacher.

- Je suis pas parano! s’exclama-t-elle, piquée. C’est juste que tu es bizarre! Tu n’as pas l’air de connaître quoi que ce soit à la psychologie, tu me juges, tu nous insultes… Excuse-moi de supposer qu’en plus de tout ça, tu espionnes les gens qui font cette fichue thérapie!

Soit, elle était vraiment brillante. Soit, il était vraiment nul pour conserver sa couverture de psychologue. Il essaya de ricaner.

- N’importe quoi, rétorqua Ben, qui essaya de paraître offusqué.

Rey eut un rictus de dégoût.

- Tu es comme Armitage.

- Ne me compare pas à lui! s’énerva-t-il.

- Eh bien, si tu ne veux pas que je te compare à lui, arrête de me mentir!

- Combien de fois va-t-il falloir te dire que je ne te mens pas ?!

- Essaie d’être crédible, peut-être que je vais commencer à songer à te croire!

- Parce que toi, d’abord, tu es l’innocence même!

- Qu’est-ce que tu essaies de me dire?

- Tu es une Palpatine, non? Mentir, c’est dans vos veines!

Il s’enfonçait, Ben en avait bien conscience. Mais, autant déraper… Autant bien le faire. Peut-être que la clé, avec elle, c’était de la piquer sans aucune subtilité afin de recueillir ses aveux. Enfin… Si aveux, il y avait.

- Qu’est-ce que ma famille vient faire là-dedans ?!

- Ça a tout à voir!

Ils se confrontèrent du regard. Rey poussa un soupir, fatiguée.

- Est-ce que tu es l’un des hommes de mon grand-père?

Ben parut tellement insulté par cette supposition, qu’il sembla évident pour la brunette qu’elle ne pouvait que se tromper.

- Tu penses vraiment que je suis comme toi et que je suis capable de m’affilier à quelqu’un qui a aussi peu de moral ?! s’exclama le détective, choqué.

- Retire ça tout de suite! maugréa la jeune femme, entre ses dents, offensée.

- Tu n’as qu’à me prouver que tu n’es pas comme lui dans ce cas!

- Pourquoi je perdrais mon temps à te prouver quoi que ce soit? lâcha-t-elle, d’un air condescendant.

Avant même de peser le pour et le contre, Ben croassa :

- Parce que je suis une police!

Rey le regarda, stupéfaite, sans ciller. Il attendait qu’elle l’invectivât, mais à la place… Elle se jeta sur lui pour l’embrasser passionnément. Le détective fut trop étonné pour réagir.

- Je travaille pour la police! révéla-t-elle, contre ses lèvres.

Il la repoussa et la contempla, bouche bée. Elle travaillait pour la police… Elle n’avait rien à voir avec son grand-père… Elle… Elle…

- Tu…, s'étrangla-t-il, sans terminer sa phrase.

Rey dodelina sa tête.

Il n’eut visiblement pas besoin d’une autre explication, du moins, pour le moment, car sa bouche retrouva la sienne. Il s’employa à arracher les vêtements qu’elle venait de remettre et Rey, bien décidée à ce qu’il ne reste pas habillé, cette fois-ci, se donnait à cœur joie de lui retirer ses pantalons et son affreux polo vert forêt qui lui servait d’uniforme.

Fiévreusement, Ben attrapa le sachet en aluminium qu’il avait glissé dans sa poche arrière et couvrit sa queue avant de prendre, une Rey plus que consentante, en levrette contre le comptoir.