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Le Véritable Amour

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Quand Damian était arrivé dans la vie de son père, il avait été orgueilleux, absolument certain que sa place légitime lui serait bientôt offerte. Pourquoi n’aurait-ce pas été le cas ? Il devait simplement prouver sa valeur – bien réelle, il n’y avait aucun doute quant au fait qu’il en soit digne. N’était-il pas de son sang ? N’était-il pas le meilleur combattant de la Ligue, exception faite de sa mère et de son grand-père ? Bon, et peut-être quelques autres, mais tout de même largement au-dessus du niveau de n’importe qui d’autre du même âge.

La réalisation que ce qui avait été enseigné à Damian comme preuve de valeur différent de la définition qu’en avait son père avait fait mal. Cependant, les conseils de Grayson et Todd n’avaient pas semblé difficile à suivre et, après tout, Damian était parfait. Bien sûr qu’il parviendrait à s’adapter, même si cela signifiait suivre un système de règle stupide.

À présent, néanmoins…

« Je te dis que je vais bien », argumentait Grayson.

Batman ne leva même pas les yeux de son écran.

« Tu ne patrouilleras pas tant que ton épaule n’est pas guérie.

— Elle l’est !

— Alfred ?

— Je crains que vous ne tiriez bénéfice de quelques jours supplémentaires de repos, Maître Richard. »

Grayson fusilla le majordome du regard, soit à cause du manque de soutien ou de l’utilisation de son nom complet, Damian ignorait lequel. Peu importait. Il fit un pas en avant.

« Cesse de te comporter comme un enfant. Il n’y a pas de honte à se reposer, ajouta-t-il, dans un effort pour adoucir son intervention.

— Personne n’a d’ordres à me donner ! » râla Grayson.

Cette fois, Batman leva effectivement les yeux, sourcils froncés. Il ne dit pas un mot mais son regard lourd de sous-entendus était suffisant pour que Grayson cille.

« Je ne disais pas dans ce sens. Je connais les limites de mes capacités, Bruce, je n’ai pas besoin que tu me maternes.

— Tous les membres de cette famille sont connus pour ne jamais se surmener. »

Le sens de l’humour caustique de Batman ne fit rire personne. Même Damian ne considérait pas avoir le droit de sourire : c’était de sa faute si Grayson avait été blessé. Ils avaient eu de la chance que la balle ait touché son épaule, pas son cœur.

« Ça fait un mois, Bruce, on ne peut pas se permettre que tu sois seul en patrouille…

— Robin m’accompagne.

— Et si tu le trouves ?

— Nous appellerons Batgirl et je rentrerai à la Cave de moi-même, intervint à nouveau Damian, gardant son ton hautain comme s’il était agacé. Je t’assure que je connais le chemin par cœur. »

Ils le regardèrent, Batman comme pour l’évaluer, Grayson abasourdi. Puis ils froncèrent tous deux les sourcils et reprirent leur conversation, l’ignorant. Damian évita ostensiblement de serrer les dents à cela : il s’était bien comporté depuis Halloween et comptait bien poursuivre sur cette voie.

« On pourrait demander à Jason, commença Grayson.

— Jason se porte bien à Metropolis. Je ne le traînerai pas de nouveau dans cette vie. »

Grayson regarda Batman. Qui l’ignora. Malheureusement, il prit cela comme une invitation à élaborer ses inquiétudes.

« Tu as confiance en Luthor, maintenant ?

— Jason le gère bien. Et Luthor semble vouloir le protéger de tous les autres. Il est efficace.

— Tu as confiance en Luthor.

— Pour se montrer efficace ? Oui. »

La frustration de Grayson commençait à se faire visible – pas qu’il ait jamais été doué pour cacher ses émotions. Damian décida qu’il en avait assez et pose une main sur son bras. Le contact était suffisamment exceptionnel pour qu’il reçoive toute son attention, cette fois.

« Tu ne sortiras pas tant que tu n’es pas guéri, déclara Damian. Nous n’avons pas besoin de traîner un boulet derrière nous », ajouta-t-il pour faire bonne mesure.

Grayson battit des cils, puis sourit.

« Tu t’inquiètes pour moi. »

Damian fit un bruit désapprobateur.

« Absolument pas. Je suis simplement soucieux de ton manque de performances qui nous mettrait tous en danger si tu nous accompagnais.

— Parce que tu devrais me couvrir. »

Damian lui lança un regard agacé.

« Visiblement. »

Puis il dut reculer parce que Grayson essayait de le serrer contre son torse.

« Nous avons besoin que quelqu’un travaille sur l’enquête, à vrai dire, dit Batman en retirant son masque pour les regarder directement. La situation actuelle est… inquiétante. »

Damian pencha la tête de côté. Bien qu’il y ait eu quelques attaques portant la signature du Joker, il n’y avait plus eu d’évènement majeur depuis Halloween. À vrai dire, les cibles avaient principalement été des membres de la mafia, pas même des civils. Donc de quoi parlait-il ?

« Tu as raison, soupira Grayson, et pourquoi tout le monde savait-il que quelque chose se tramait sauf Damian ? Je suppose que je vais passer mon tour ce soir. Encore une fois.

— Dis plutôt toute la semaine. Il prépare quelque chose. »

Damian se mordit la lèvre. Il n’allait pas demander ; demander des explications était indigne de lui. mais ils devraient les donner tout de même !

« Je pourrais demander l’aide de Jason pour ceci. Il n’aurait pas à quitter Metropolis et il a toujours su faire preuve de créativité.

— Si c’est nécessaire. »

Damian se détendit. Il pourrait écouter leur conversation puisqu’il avait mis la Cave sous écoute avec ses propres instruments. Son père l’avait surpris – et hoché la tête pour marquer son approbation. Apparemment, être paranoïaque était l’une de ces choses que Batman et la Ligue approuvaient.

Batman remit son masque.

« N’hésitez pas à appeler si vous avez besoin d’aide, insista Grayson.

— Nous n’en aurons pas besoin. Robin ? »

Damian se redressa.

« Allons-y. »

***

Les mains de Lex agrippaient ses hanches avec assez de force pour que Jason soit certain qu’il aurait dix parfaits petits bleus le lendemain matin, et ses dents étaient refermées sur son épaule, vicieusement. Son sexe, cependant. Ne. Bougeait. Pas.

« Lex, pour l’amour de… nhhh.

— Oui ? demanda le businessman sur le ton de la conversation.

— Cesse de jouer. »

Le rire bas de Lex caressa son oreille.

« Tu aimes quand je joue. »

Jason essaya de bouger, poussa ses coudes contre le bureau sur lequel il était plaque, mais parvient à peine à s’arquer – et Lex le mordit à la gorge, cette fois. Jason réprima un gémissement.

« Alors ?

— Tu es un vieux pervers, tu sais ça ?

— Ce n’est pas moi qui supplie pour plus.

— Je ne suis pas en train de supp… Bordel ! gémit Jason alors que Lex donnait un coup de reins, un seul. Ok, ok, je supplie, maintenant, s’il te plaît… »

Puis l’écran de l’ordinateur qui se trouvait juste devant le nez de Jason s’alluma. Dick était un homme superbe mais son visage n’était pas exactement quelque chose que Jason voulait voir dans un moment pareil.

« Bon dieu de… Désolé, désolé, tu peux me rappeler plus tard ?

Raccroche tout de suite Grayson !

— Ou du moins, n’ait pas l’air si choqué, commenta Lex, et Jason pouvait le voir hausser un sourcil. Je suis certain que tu t’es déjà retrouvé toi-même dans une situation similaire. »

Dick rougit de toutes les réactions possibles, et là, Lex était sûrement en train de sourire d’un air supérieur.

« Si Bruce n’est pas à la hauteur, n’hésite pas à nous rejoindre… »

Jason plissa les yeux et poussa sur ses coudes pour faire entrer Lex plus profond, lui tirant un bruit de gorge étranglé.

« Si, hésite à faire cela, conclut Jason. Nous nous trouvons très bien tous seuls, n’est-ce pas, Lex ?

— Oook, à plus tard », bafouilla Dick, éteignant enfin la fichue com.

Lex lécha les traces de morsure sur son épaule.

« Eh bien, tu te sens possessif, aujourd’hui ?

— Je suis toujours possessif, connard. Maintenant baise-moi que je puisse rappeler mon superbe frère – qui est hors limites.

— Dommage. »

Jason expulsa Lex dans le fauteuil et s’assit sur lui, le chevauchant assez fort pour faire valoir son point de vue. Lex fut rapidement incapable de faire des commentaires sur son attitude et agrippa juste ses hanches pour le faire aller plus vite. Du coup, bien sûr, Jason ralentit.

« Tu disais ? »

Il adorait la façon dont Lex pouvait avoir l’air si dangereux, ses yeux plissés, exsudant de l’autorité par tous les pores.

« Chevauche-moi. »

Cela sonnait plus comme un ordre qu’une supplique, mais bon. Jason se remit à bouger, lentement, roulant des hanches au rythme précis que Lex aimait, ses muscles délicieusement tendus sous l’effort. Il ne fallut pas longtemps pour que le criminel jouisse avec un grognement, son sperme se répandant en Jason. Il n’attendit pas pour saisir le sexe de Jason pour l’aider à finir.

Jason soupira de satisfaction.

« Je dois me doucher avant de pouvoir le rappeler.

— Je t’en prie. J’attendrai ici. »

Jason se leva, reniflant.

« Déjà fatigué ? C’est ce qui arrive quand un vieil homme prend un jeune amant.

— Est-ce que tu veux passer le reste de la semaine à supplier après un orgasme ?

— Des mots, tant de mots… »

Jason ferma la porte de la salle de bains derrière lui avant que Lex ne devienne créative. Mieux valait ne pas le tenter.

Avoir une douche à côté de son bureau était une merveilleuse idée. Jason ignorait la cadence à laquelle Lex l’avait utilisée avant mais elle avait certainement démontré ses avantages depuis son arrivée. Il se lava rapidement et passa une autre chemise et un pantalon de costume – ils avaient aussi toujours des vêtements propres à portée de main – avant de retourner dans le bureau.

Lex le regarda comme s’il voulait recommencer. Il n’avait pas bougé, juste reboutonné son pantalon ; comme souvent lorsqu’ils couchaient ensemble au bureau, il n’avait enlevé aucun vêtements sauf sa cravate. Jason n’avait rien contre cela. Il n’avait rien non plus contre Lex lui arrachant ses propres vêtements – voir Jason en costume semblait toujours lui donner envie.

Eh bien, Dick pouvait attendre quelques minutes de plus, considérant la manière impolie dont il les avait interrompus. Jason sourit – et se mit à genoux.

Dix minutes plus tard, il rallumait la com alors que Lex se douchait.

« Alors, quel est le problème ? demanda Jason.

— Je suis vraiment désolé pour ça…

— N’en parle juste plus jamais et sois heureux que le sale gosse n’était pas avec toi. »

Dick grimaça à l’idée. Bien.

« Alors ?

— Je voulais juste ton avis sur quelque chose. Le Joker se comporte bizarrement. »

Jason eut un regard mauvais.

« Tu réalises qu’il est vingt-trois heures, l’heure d’aller dormir pour les gens normaux qui se lèvent le matin pour aller au travail ? »

Dick prit l’air dubitatif.

« Bon, ok, parle.

— Il a pris la mafia pour cible. Deux entrepôts, pour obtenir des armes pour autant qu’on sache, mais aussi plusieurs endroits où ils stockaient juste de la drogue ou de l’argent. Il les détruit, prend parfois l’argent. Il ne revend jamais la marchandise. »

Jason fronça les sourcils.

« Il a aussi abattu quelques-uns des lieutenants, continua Dick. C’étaient les seules cibles spécifiques ; je veux dire, il y a eu des dégâts collatéraux, mais…

— Mais il a spécifiquement tué des mafieux de haut rang, termina Jason.

— Oui. »

Jason pianota des doigts sur le bureau laqué.

« Ça n’a aucun sens. Le Joker est bien plus organisé qu’il le prétend, mais ça, ça sonne comme s’il prévoyait une prise de pouvoir. »

Et pourquoi diable ferait-il ça ? Gotham était sa pleine de jeux, pas un endroit pour faire des affaires. Le Joker ne faisait pas d’affaires, ça ne l’intéressait pas.

« Donc toi aussi, tu vois ça comme ça, soupira Dick.

— C’est impossible, et aussi trop évident, fit remarquer Jason. Je veux dire, si le Joker voulait prendre le contrôle du versant illégal de Gotham, il ne l’afficherait pas ainsi…

— Qui essayes-tu de tromper ? » demanda Lex de derrière lui.

Jason se tourna. Lex sortait tout juste de la salle de bains, son costume parfaitement ordonné comme toujours. Il fronçait les sourcils.

« Nous parlons du Joker. S’il voulait prendre le contrôle de Gotham, il le peindrait sur les toits. »

Jason se tendit ; à l’écran, Dick s’assombrit.

Parce que malheureusement, Lex avait raison.

***

Le Joker boudait. Il était très doué à cela, sa bouche parfaite pour faire la moue. Il tapait aussi du sol comme un enfant gâté.

« Pourquoi devrais-je encore attaquer Falcone ? demanda-t-il. Il est ennuyeux.

— C’est une distraction », expliqua Tim, songeant que l’argent qu’ils en tireraient serait bien utile étant donné la vitesse à laquelle le Joker le dépensait.

Le criminel lui donna une tape sur la joue.

« Ce n’est pas ce que tu penses.

— Eh bien, avoir de l’argent est utile, admit Tim. Ça permet d’acheter plus de jouets.

— On pourrait juste cambrioler une banque ! » protesta le Joker.

Tim sourit largement.

« Oui, mais les mafieux servent aussi de distraction. Par ailleurs, les cambriolages font tellement déjà vu. »

La moue se transforma petit à petit en rictus.

« Petit démon. Viens ici. »

Tim quitta le bureau et ses nombreux plans écrits aux crayons de couleur pour aller s’installer sur les genoux du Joker. Il respira son odeur, se détendant lorsque ses mains se posèrent au bas de son dos.

Ils avaient été occupés dernièrement, Tim imaginant de grands plans et le Joker ravi de détruire ce qu’il pouvait. Jouer au chat et à la souris avec Batman était aussi amusant, considérant que Batman continuait d’agir comme s’ils allaient partir en vrille.

À raison, bien sûr. Bientôt, les Bats seraient suffisamment distraits pour que le Joker s’en prenne à sa véritable cible et s’amuse un peu.

Une main effleura le ventre de Tim, le faisant glousser.

« On devrait se doucher d’abord, dit-il. Je me sens tout suant après cette journée.

— Tu es trop maniaque », se plaignit le Joker, le suivant néanmoins à la salle de bains.

Tim ronronna sous l’eau chaude, alors que le maquillage du Joker se dissolvait. Vert et rouge, mélangés à l’eau. Hah…

(Ça faisait du bien d’être propre.)

« Je devrais t’appeler Jack, dit Tim en se laissant tomber sur le lit. Quand tu es ainsi. Tu ressembles tout à fait à quelqu’un d’autre, tout en restant toi.

— Comme porter un masque… une identité secrète ! » ricana le Joker.

Tim sourit.

« Exactement. »

***

La respiration de Bruce était visible dans l’air froid ; l’hiver s’approchait. Il ne neigeait pas encore mais les deux nuits précédentes avaient été glaciales. Bientôt, ils allaient devoir se montrer plus prudents encore, avec l’eau gelée sur les toits et tout ce blanc rendant plus difficile le fait de se cacher.

« Qu’attendons-nous ? » demanda Robin à ses côtés.

Il s’était bien comporté depuis Halloween, ce qui était un soulagement. De plus, ne pas être toujours accompagné par Nightwing les avait forcés à travailler ensemble, à résoudre leurs problèmes. Bruce se demandait encore parfois comment gérer l’enfant, mais ils se rapprochaient chaque nuit davantage d’un véritable partenariat.

« Jim Gordon m’a dit qu’il me donnerait une copie du rapport balistique du meurtre de James Manhill, expliqua Bruce. Il devait être terminé aujourd’hui. »

Robin acquiesça. La véritable raison qui poussait Bruce à venir plus souvent au GCPD était qu’il espérait avoir des nouvelles au sujet du meurtre d’Harley Quinn. La balistique avait révélé que le revolver utilisé avait été le même qu’un de ceux d’Halloween – comme si le Joker avait tiré lui-même.

C’était, cependant, de pures suppositions. Peut-être quelqu’un avait attrapé le revolver, ou s’étaient-ils battus – mais alors, pourquoi se débarrasser du corps dans la rivière ? Pourquoi nu ? Le revolver n’était apparu dans aucun autre meurtre depuis, avait-il lui aussi échoué dans l’eau ?

Et il n’y avait eu aucune punition. Rien, juste cet étrange changement de MO. C’était toujours le Joker, cependant. Il n’avait pas participé à tous les raids mais Batman était intervenu la plupart du temps et, quelques fois, il l’avait aperçu et poursuivi – il avait dû le poursuivre, parce que le Joker ne restait jamais pour jouer. Malheureusement, même ses fuites semblaient planifiées avec soin. Les traqueurs GPS avaient été écrasés trop rapidement pour qu’il puisse suivre.

Pas une fois le Joker ne l’avait appelé par un surnom. Pas de Basty, pas de chéri.

Quelque chose était arrivé et cela avait commencé avec la mort d’Harley Quinn – ou peu avant, à Halloween, où elle n’avait pas participé alors qu’elle ne se trouvait pas à Arkham. Ils devaient résoudre cette affaire, Bruce était certain qu’elle était la clef à davantage d’informations.

« Je ne le vois pas dans le bâtiment », déclara soudain Robin.

Bruce fronça les sourcils. L’enfant regardait le GCPD avec des jumelles infrarouges. Celles-ci ne pouvaient pas être assez précises pour qu’il distingue Jim d’un autre policier.

« Je veux dire, son bureau est vide. Je regarde la fenêtre depuis que nous sommes arrivés, il y a une heure, et je ne l’ai pas vu en sortir, donc il doit être parti avant ça. C’est long pour une pause ou pour qu’il soit juste en train de parler à quelqu’un. Ils ne sont pas en état d’alerte pour l’instant, n’est-ce pas ? »

Bruce secoua la tête, sourcils froncés. Le meilleur moyen de vérifier était de s’approcher. Il se laissa tomber puis lança un grappin pour s’approcher du bâtiment en silence. Il avait visé la bordure du toit et s’était assuré d’atterrir juste à côté d’une fenêtre. Elle était fermée mais avait été brisée quelques mois auparavant lors d’un raid terrible organisé par le Pingouin, et il était facile d’écouter les conversations à l’intérieur.

Il fallut quelques minutes avant que quelqu’un ne mentionne Jim.

« Il n’est pas encore revenu ? demanda la voix rauque de Bullock. Il avait dit devoir passer chez lui, il avait oublié son portefeuille, mais il devrait déjà être de retour.

— Il s’est peut-être arrêté quelque part, supposa quelqu’un, peut-être Alvarez ; la voix était trop lointaine pour que Bruce en soit certain. Il aime se promener en ville de temps en temps.

— Ouais, peut-être. »

Bruce fronça les sourcils. D’habitude, il se serait arrêté là, mais ils s’étaient spécifiquement mis d’accord pour se rencontrer sur les toits ce soir. Jim savait que sa patrouille commençait à dix heures et que Batman était souvent trop occupé plus tard dans la nuit pour savoir revenir au GCPD pour papoter.

Il désactiva le grappin et plana vers l’immeuble situé de l’autre côté de la rue, où Robin l’avait attendu.

« Alors ? »

Bruce activa son système de communication. Dick répondit rapidement.

« Oui ?

— Est-ce que Batgirl est en ligne ?

— Pas encore, elle ne devrait pas tarder.

— Peux-tu l’appeler directement ?

— Un instant. B., elle ne répond pas, est-ce qu’il est arrivé quelque chose ? »

Bruce se tendit à cette nouvelle.

« Sans doute rien. Je vais vérifier la maison des Gordon tout de même, juste au cas où.

— Ok, tiens-moi au courant. »

Bruce regarda Damian qui acquiesça : il avait entendu leur conversation. Ils se dirigèrent vers cette adresse, qui se trouvait à quelques pâtés de maison de là, dans un quartier calme. Jim avait bien choisi lorsqu’il s’était installé. Alors, tout juste arrivé à Gotham, il avait eu une épouse enceinte et s’était sûrement attendu à ce que sa famille s’agrandisse davantage.

« Occupe-toi de la fenêtre, ordonna Bruce. Je serai à la porte. »

Robin acquiesça et contourna la maison en silence. Bruce attendit qu’il soit en place puis se dirigea vers la porte.

Celle-ci avait été forcée. Bruce se tendit.

« Robin ?

— J’ouvre la fenêtre.

— Sois prudent, quelqu’un pourrait déjà se trouver sur place. La porte a été forcée. »

Il la poussa, l’ouvrant en silence… Barbara gisait sur le sol, nue, entourée de débris de verre venant d’une table de salon cassée, une blessure par balle dans le ventre.

***

C’était entièrement l’idée du Joker. Tim avait fourni la distraction, les trucs utiles mais ennuyeux ; le Joker avait décidé lui-même de l’attraction principale. Il avait demandé à Tim s’il souhaitait venir, cependant, et Tim avait dit oui parce qu’il devait voir.

Il avait porté son costume noir et un masque de clown, juste une ombre parmi les autres hommes de main. Ils avaient tous porté des masques, pour le cacher, comme un arbre dans une forêt. C’était si facile.

Marcher avait été facile aussi. Sonner à la porte familière, puis la forcer lorsque Barbara avait essayé de la refermer. Le Joker lui avait tiré dessus, faisant sursauter Tim. C’était… c’était…

(Parfait.)

Le commissaire avait crié, bien sûr. Le Joker avait fait un signe du menton à Tim, qui l’avait assommé. C’était comme – comme un rêve. Comme renaître.

Il était là, vivant, marchant dans ce monde.

(Il. Était. Là. Hellow world!)

Ils avaient déshabillé Barbara et prit des photos. Tim avait entendu la respiration du Joker s’accélérer devant le corps musculeux et ensanglanté. Ça n’avait pas fait partie du plan, mais depuis quand suivaient-ils un quelconque plan ?

Tim avait ordonné aux autres d’amener Gordon au parc d’attraction, leur disant qu’ils les rejoindraient plus tard.

Puis le Joker l’avait prise, belle, forte Barbara. Elle avait pleuré, pas parce que ça faisait mal mais parce qu’elle ne sentait rien. Tim avait continué à prendre des photos du moindre détail. Snap, snap, tout était dans la boite ! Puis elle s’était évanouie et avait cessé de pleurer.

Tim avait embrassé la nuque du Joker lorsque celui-ci avait joui.

Puis Tim avait nettoyé toute trace de preuve du corps de la jeune femme et ils étaient partis pour le parc d’attraction. Ceci n’avait été que l’entrée.

Tout était prêt lorsqu’ils étaient arrivés. Le décor était grandiose, Tim devait bien l’avouer. Le Joker savait comment bien faire les choses.

Il s’était caché dans les ombres pour la suite. Ce n’était pas son plan, seulement celui du Joker. C’était déjà beaucoup d’en être témoin – c’était fascinant.

Des nains en vêtements stupides déshabillèrent le commissaire juste alors qu’il se réveillait. Il n’y eut pas de sexe cette fois – heureusement, Jim Gordon étant bien trop vieux au goût de Tim, quoique, hey, il était pas mal pour son âge – et le prisonnier fut traîné aux pieds du Joker qui attendait sur son trône. Il y eut beaucoup de blabla, quelques menaces des deux côtés, puis il fut envoyé dans le train fantôme.

Tim savait ce qu’il y avait à l’intérieur parce que c’était lui qui avait pris les photos puis les avait choisies. Elles avaient été téléchargées directement dans un serveur connecté à la maison hantée. Il avait choisi laquelle mettre dans quel cadre lors de leur trajet de retour.

Il n’avait mis que celles de Barbara nue, avant que le Joker ne lui ait fait quoi que ce soit. Ces photos- n’étaient que pour eux.

(Il devrait sans doute les développer plus tard. C’était vraiment dommage qu’il avait dû travailler avec un appareil photo numérique, mais leur planning n’aurait pas permis d’en utiliser un argentique.)

Bien plus tard – vraiment beaucoup plus tard, ils avaient fait durer le plaisir – le commissaire ressortit du train fantôme. Il pleurait. Apparemment, c’était de famille !

(Oui, voilà le bon ton.)

Le Joker lui parla encore, faisant son show. Il aimait ça. Il était vraiment un homme de scène, un interprète.

(Comme Dick.)

Cependant, le téléphone de Tim bipa. Il se rendit aux côtés du Joker pour murmurer à son oreille.

« Il arrive, nous devrions y aller.

— Awww, déjà ? Mais ça ne fait que trois heures ! »

Ce qui correspondait aux estimations de Tim, avec une marge d’erreur de 5%. Tim sourit sous son masque.

« C’est un rapide.

— Ah, bien, tant pis. Je crains de devoir y aller, mon cher commissaire. Nous nous reverrons bientôt, j’en suis sûr ! »

Ils partirent, laissant la cage de Jim Gordon seule dans le parc d’attraction vide.

***

Damian se sentait mal. Il n’avait pas été renvoyé à la Cave au final : son père avait préféré le garder sous les yeux. Peut-être parce que le Joker se comportait de nouveau comme lui-même, ou parce qu’il pensait devoir changer ses habitudes, ou parce qu’il n’y avait personne à la Cave, étant donné que Nightwing montait la garde à l’hôpital, auprès de Barbara Gordon.

Quoiqu’il en soit, ils étaient arrivés ensemble au parc d’attraction. Ils avaient trouvé le Commissaire Gordon ensemble. Et les photos, toutes ces photos…

« Robin. »

Damian leva le nez vers son père, qui posa une main sur son épaule.

« Nous rentrons. La police est arrivée, ils vont s’occuper de Jim.

— Et lui ?

— Il est parti avant que nous arrivions. »

Damian acquiesça. La Batmobile était garée au milieu de la pelouse. Ils prirent le chemin de la Cave dans la nuit de Gotham, les lumières se fondant dans une unique ligne.

Todd les attendait.

« Où est-il ? » demanda-t-il directement.

C’était difficile de voir quand Batman fronçait les sourcils, mais il serrait habituellement les mâchoires en même temps, ce qui était bien plus visible même avec le masque.

« Parti.

— Et qu’allons-nous faire pour l’arrêter ?

— Pas maintenant, Jason.

— Il a eu Babs ! cria Jason. Elle pourrait ne jamais remarcher, tu réalises ? Elle pourrait…

— Jason, ça suffit. »

Damian se redressa aussitôt bien que la réprimande ne lui soit pas adressée. Apparemment, cela venait du titre de Robin et ne partait jamais vraiment, parce que Jason fit de même.

« Nous allons l’arrêter, repris Bruce plus calmement, mais pas ce soir. Va à l’hôpital. Parle-lui. Elle aura besoin d’être entourée. »

Quelque chose se brisa dans l’expression de Jason.

« Elle pourrait ne jamais remarcher. »

Ça ne devrait pas être à eux de gérer cette situation, décida Damian. Où était Luthor lorsqu’on avait besoin de lui ?

« Où est Lex ? demanda son père, arrivant à la même conclusion.

— À l’étage. »

Là, même avec le masque, c’était facile de voir que Batman était en colère. Il se maîtrisa néanmoins pour demander :

« Tu as invité Lex Luthor dans ma maison ?

— Je ne l’ai pas fait descendre, je ne suis pas fou. C’est juste… Il refusait de me laisser venir seul et je n’allais pas rester à Metropolis. »

Batman soupira.

« Va à l’hôpital. Dick s’y trouve. Renvoie-le ici pour qu’il dorme pour quelques heures. Je prendrai le quart du matin. »

Jason le dévisagea, puis acquiesça en silence et remonta à l’étage. Damian ne savait pas trop quoi dire. Barbara avait toujours été une alliée fiable, elle se montrait même amicale. Elle ne faisait pas tout à fait partie de la famille mais elle était… une amie ?

« Que puis-je faire ? » demanda-t-il à son père.

Batman retira son masque. Ses traits étaient tirés de fatigue. Il posa une main sur la tête de Damian.

« Sois juste là, dit-il, avant d’ajouter, sois juste sain et sauf. »

***

Ils terminèrent la soirée à l’appartement. Tim retira sa veste pour mettre une de celles du Joker à la place et mit un peu de musique. Il avait préparé un disque avec de vieilles chansons d’amour déprimantes. Il commençait avec une valse frénétique aussi dansèrent-ils. Ils dansèrent, parce qu’ils étaient heureux, et que la musique était belle et glauque.

Tim sourit, sa joue contre l’épaule du Joker, son corps entre les mains du Joker, son nez respirant l’odeur du Joker. Il n’était en sécurité que lorsqu’il était avec lui.

La nuit était parfaite.

Non, pas parfaite – spéciale.

Le Joker le sentit aussi. Il l’invita à danser encore, et encore, jusqu’à ce qu’ils se mettent à rire et ne soient plus capables de danser. Puis il regarda Tim, dans son parfait costume noir, avec ses grands yeux cernés et sa veste mauve, et il sourit largement.

« Assieds-toi donc à la coiffeuse. Allons, mon cher. »

Tim n’osa pas espérer, mais obéit et s’assit, bien droit, se demandant si peut-être… et oui : le Joker prit son propre maquillage et s’assit à ses côtés.

« Tu m’as beaucoup aidé, ce soir et toutes les nuits d’avant, dit-il, ouvrant les pots de rouge et de blanc. Il est temps que tu prennes ta place, n’est-ce pas ? »

Tim hocha la tête, n’ayant pas assez confiance en sa voix pour parler.

Le Joker caqueta en le maquillant. C’était une leçon d’art ; une création.

« Tu décides qui tu es, quand tu portes un masque, expliqua-t-il. Puis, celui-ci devient ton visage, tu vois ? Ou tu deviens le masque, je me trompe toujours. Et il n’y a rien de plus, juste ce nouveau visage, que tu as choisi de porter.

— Comme Batman ? » osa demander Tim.

Le Joker gloussa.

« Exactement comme Batman. Ou Robin.

— Ou toi », ajouta Tim.

Le Joker l’embrassa, puis se mit à teindre ses cheveux. Cela faisait tellement du bien, de sentir ses mains solides travaillant sur lui, le remodelant. C’était comme naître. C’était comme recevoir un nom.

Et c’était si facile ! Aussi facile que faire glisser silencieusement un revolver dans sa main, aussi facile que l’avoir eu prêt depuis le début. Aussi facile que d’appuyer sur la gâchette, le sang éclaboussant partout depuis le torse du Joker.

« Oh, mon cher, toussa le Joker. Vraiment ? »

Tim sourit tendrement.

« Il ne peut y en avoir qu’un, n’est-ce pas ? »

Le Joker rit, ou essaya. Ses jambes cédèrent et il dut s’asseoir sur le lit. Tim tremblait, de joie et de désespoir, parce qu’il serait toujours en sécurité à présent, parce que ceci était la chute de l’histoire. Parce qu’il allait perdre Jack.

« Un dernier baiser ? demanda le Joker.

— Un dernier », accepta Tim.

Ils s’embrassèrent, et il y avait du sang dans la bouche du Joker, et il toussa. Donner naissance était douloureux.

« Au revoir, mon amour, dit Jack.

— Flatteur. »

Sauf que ce n’était pas un mensonge. Ils s’aimaient vraiment. Il allait horriblement manquer à Tim. Ça faisait mal – mais n’était-ce pas censé être douloureux, de naître ?

(N’est-ce pas ?)

Le Joker glissa au sol, adossé au bord du lit. Le disque était de retour au début, ce qui convenait bien. La musique valsait autour de la pièce, rapide, comme la respiration du Joker ne l’était plus, battant en mesure alors que son cœur ralentissait, et un-deux-trois, c’est l’amour qui vous larme, vous laisse sans armes, nu comme un oiseau blessé qui qui tombe et reste seul face à la mort.

Puis la musique se tut. L’appartement était entièrement – parfaitement – silencieux. La respiration de Tim était le seul bruit restant – non. Non. La respiration du Joker était le seul bruit restant, alors que le cadavre de Jack gisait au sol.

Le Joker sourit. Il avait beaucoup à planifier. Il devait retourner à l’entrepôt et appeler les garçons, parce qu’ils avaient tant à faire.

Il prit son chapeau, ses gants – un peu trop grands, vraiment, il devrait se trouver un autre tailleur – et partit. Il s’assura de porter également son manteau et son écharpe : dehors, il commençait à neiger.