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Wild like the wind

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Wild like the wind
Hiiragi/Tachibana, post-manga

 

Hitonari attendait tranquillement en haut de la tour. Le paysage ne changeait jamais à Kouzu mais celui-ci encore moins. Il n’avait jamais été de ceux qui passaient leur vie à la plage. Il n’éprouvait aucun plaisir à sentir le sable grossier entre ses orteils ou l’eau gelée de l’océan sur sa peau. Il avait toujours préféré les hauteurs. Le vent s’engouffrait dans ses cheveux, caressait sa peau à l’en faire frissonner en toutes saisons. Il avait l’impression que son tumulte intérieur s’envolait avec la brise et le soulevait comme pour l’emmener plus haut encore, emportant toutes ses craintes au loin. La légèreté et le bien-être qu’il ressentait à cet endroit étaient presque sans égal.

— Yo !

Il continua de sourire et tourna la tête vers Tachibana.

— Hé, le salua-t-il en retour.

Tachibana avait les cheveux en bataille, comme d’habitude. Il portait un pantalon large, mais pas assez pour dissimuler l’attelle fixée à son genou. Il avait les joues rougies par le fraîcheur de la brise. Hitonari ne savait pas si c’était à cause du vent ou de l’effort d’avoir monté autant de marches.

— Un de ces quatre, tu vas finir par te vautrer de l’autre côté de la rambarde ! lui lança son ami.

— J’aurai eu la chance de voler pendant quelques précieuses secondes alors, répondit Hitonari en écartant les bras et en fermant les yeux comme pour se lancer.

— T’es vraiment un crétin ! l’insulta Tachibana en lui donnant un coup de poing dans l’épaule.

Hitonari laissa échapper un éclat de rire et une petite pointe de joie le parcourut en sentant la main de Tachibana le tirer quelques centimètres en arrière.

— Tu sais qu’il y a une invention magique qui s’appelle le portable, dit-il comme si de rien n’était. T’aurais pu me demander de descendre plutôt que de te taper la montée.

Tachibana haussa les épaules en guise de réponse. Comme autrefois, ce dernier s’appuya à la rambarde, tournant le dos à l’horizon, à la vue plongeante sur la baie et le parc. Après tout, l’altitude, ce n’était pas son truc. Il avait bien trop les pieds sur terre pour ça et avait toujours su ramener Hitonari sur la terre ferme. Le retour à la réalité n’avait pas toujours été très agréable, mais au moins il n’était jamais seul.

— Tu vas pas la fête ?

— C’est pas mon genre. J’ai fait acte de présence, ça suffit, répondit Hitonari.

— Comme tu te la pètes, monsieur le Champion !

Hitonari leva les yeux au ciel.

— Tu peux parler, Capitaine je-monte-une-équipe-tout-seul-au-championnat.

Tachibana gonfla la poitrine avec fierté. Le silence retomba entre eux sans les accabler. Il avait le nez en l’air et Hitonari fixait l’horizon. Pour tous les coups qu’ils avaient pu se donner, toutes les engueulades et les vannes, ils avaient toujours su ce dont l’autre avait besoin.
Hitonari était tombé amoureux de lui entre le moment où Tachibana lui avait demandé de le rejoindre sur le terrain la première fois et leur première passe, si naturelle, si parfaite. Tout s’était joué en quelques minutes. Les mois qui avaient suivi n’avaient pas été simples.

Le plus dur avait sans doute été de garder le silence. Il avait dû apprendre à jongler avec toutes ces nouvelles émotions, à se découvrir et comprendre ce qu’il ressentait au milieu du tourbillon de la vie d’un ado de seize ans. Il n’était pas beaucoup plus vieux aujourd’hui, mais il avait l’impression d’être quelqu’un d’autre.

C’était la dernière année de lycée et Hitonari n’en revenait toujours pas. Il avait passé plus de temps sans Tachibana qu’avec lui. L’ironie ne lui avait pas échappé.

— Tu reviens dans le coin à la fin de cette année ?

Tachibana lui jeta un regard en coin.

— C’est Sumire qui te l’a dit ?

En l’absence de Tachibana, Hitonari s’était rapproché de Sumire. Elle n’était pas sa meilleure amie, mais il y avait quelque chose de rassurant chez elle. Ils avaient surtout un sacré point commun. Le cercle proche de Tachibana semblait se limiter à Sumire et sa mère mais Hitonari aimait à penser qu’il en faisait partie aussi. Si la mère d’Akane aimait très clairement son fils, c’était à sa manière, comme une mère célibataire un peu dépassée, mais dévouée. Sumire et Hitonari étaient surement les suivants sur la liste des gens qui l’aimaient le plus. Même s’ils avaient parfois envie de le gifler (Hitonari) ou de le secouer (Sumire).

— Comme si j’avais besoin de Sumire pour me donner ce genre d’infos. Je te connais mieux que personne.

— Ouais, c’est ce que je commence à comprendre. Moi qui pensais au moins te surprendre en débarquant aux championnats.

— Impossible. J’étais sûr que j’allais revoir ta sale gueule. Je pensais vraiment pas être le seul à avoir vu le coup venir pour être honnête. T’aurais vu la tête des autres quand ils l’ont appris ! J’aurais aimé avoir un appareil photo. Apparemment, il n’y a que moi qui suis ce qui se passe dans les autres lycées.

Son ami lui adressa un sourire en coin.

— C’est pour ça que t’es capitaine, répondit Tachibana d’une drôle de voix.

Hitonari prit une grande inspiration et se redressa. La nuit commençait à tomber.

— Tu veux venir manger à l’appart' ?

Tachibana le regarda un moment.

— Tu régales et je fais pas la vaisselle.

— Sans déc. Bouge, l’épicerie va fermer.

Tachibana le poussa dans le dos et Hitonari lui renvoya la pareille avant de descendre les escaliers, bien plus lentement que d’habitude. Il faisait l’effort de ralentir pour préserver le genou de son ami mais au vue du regard noir qu’il reçut, il n’avait pas été très subtil.

— Je te signale que j’ai gagné une coupe, moi, aujourd’hui. J’ai le droit de prendre mon temps, lança Hitonari faussement vexé.

Akane n’était pas dupe pour un sou, mais il se contenta juste de grommeler dans sa barbe. Il finit par se tenir la rambarde à contrecœur. Une fois en bas, il faisait sombre même à la lueur des lampadaires. Hitonari s’enquit de savoir si la mère de Tachibana l’attendait. Ce dernier secoua la tête et brandit son portable pour lui montrer l’échange de textos qu’il avait eu avec elle plus tôt. Minefuji et madame Tachibana avaient rendez-vous dans un bar. Hitonari en frissonna de terreur. Tout à coup, il comprenait mieux pourquoi Tachibana n’était pas pressé de rentrer.

Ils ne discutèrent pas beaucoup en chemin, mais ce n’était pas grave. Il n’y avait rien de pesant dans leur silence. Au contraire, Hitonari avait l’impression de réapprendre à respirer.

Tachibana se jeta sur le lit dès son entrée. Hitonari renifla, amusé. Même si au premier abord, il paraissait plus calme, peut-être plus secret, il n’avait pas tant changé que ça. Hitonari repoussa les baskets abandonnées n’importe comment dans l’entrée avant d’ôter les siennes. Il mit la table, fit chauffer l’eau pour les ramens et s’installa au pied du lit comme à son habitude.

— Rien a changé ici, commenta Akane, laissant son regard traîner un peu partout.

— Tu croyais quoi ? Que j’allais redécorer pendant ton absence ? Je reçois pas vraiment, tu sais.

— Pas de vitrine avec les médailles de Kouzu ni de nouvelles paires de chaussures que je pourrais te piquer ?

— T’as l’impression que je roule sur l’or ?

— Ben, tu payes pas le loyer déjà.

— Ta gueule et bouffe, lança-t-il sans rancœur.

Il fut surpris qu’il lui obéisse sans un mot. Une fois leur repas terminé, il débarrassa en silence, laissa les baguettes traîner dans l’évier et posa le thé sur la table basse.

— T’es bien silencieux. T’as déjà mal au bide ?

— Je réfléchis.

— Fais gaffe à pas te faire mal surtout. Ça se soigne pas, plaisanta-t-il en lui faisant une pichenette sur le front.

Tachibana se saisit brusquement de son poignet et le fit tomber sur le lit. Hitonari en eut le souffle coupé. Akane se tenait au-dessus de lui, appuyé sur les mains de chaque côté de sa tête. Son regard sombre et intense plongea dans le sien. Hitonari essaya de se détendre. Il avait l’impression d’être tombé entre les pattes d’une panthère qui s’apprêtait à le dévorer.

Hitonari n’était pas du genre à perdre sans se battre, il empoigna la tignasse brune de son rival et l’embrassa à pleine bouche. Tachibana se colla à lui et agrippa ses cheveux. Leurs baisers étaient brûlants. Il s’en dégageait un brin de désespoir et beaucoup de désir. Ils s’embrassaient comme ils jouaient au basket, à corps perdu, passionnément.

Hitonari lui agrippa les fesses et frotta son sexe dur contre le sien. Akane se détacha pour laisser échapper un râle de surprise et de plaisir. Hitonari l’embrassa sous la mâchoire, dans le cou sans jamais s’arrêter. Ça faisait si longtemps qu’il en rêvait. Les coups, les accolades, les embrassades, la main serrée dans la sienne pour se relever, pour se soutenir sur le chemin… tout ça n’avait été que des excuses pour le toucher, pour sentir sa peau contre la sienne.

À présent, il avait envie de le dévorer, de le posséder. Hitonari reprit suffisamment ses esprits pour défaire le pantalon d’Akane et se saisir de son sexe. Akane gémissait et soupirait contre son oreille. « Hiiragi, Hiiragi! » Hitonari avait l’impression d’être le roi du monde. Il attrapa le lobe de l’oreille de son équipier et le suça longuement, accéléra ses mouvements. Akane jouit sur lui dans un râle qu’Hitonari n’avait encore jamais entendu. À son tour, il fut submergé par son orgasme et resserra les mains sur les hanches d’Akane pour ne pas perdre pied.

Tachibana lui tomba dessus, vidé de ses forces et le souffle court. Hitonari, lui, fixait le plafond, mais il ne le voyait pas. Il haletait. Ses mains encore humides étaient toujours posées contre le jean de Tachibana. L’inconfort d’avoir joui dans son pantalon viendrait plus tard. Pour l’instant, rien d’autre ne comptait que le corps chaud sur le sien et la main qui lui caressait distraitement les cheveux.

— J’avais pas prévu ça comme ça, fit la voix étrangement rauque d’Akane.

Hitonari tourna la tête vers lui et sourit en voyant les joues rouges de son meilleur ami.

— Dois-je comprendre que tu avais mis en place un plan de séduction ?

Tachibana lui pinça les côtes. Hitonari étouffa un cri, puis se vengea en lui claquant les fesses. Tachibana se redressa d’un coup et s’assit à l’autre bout du lit. Il avait l’air outré. Hitonari éclata de rire. Il en avait les larmes aux yeux. Il les rouvrit en sentant deux doigts lui caresser la joue.

— T’es beau quand tu souris.

Interloqué, il rougit à son tour. Le sourire satisfait que lui adressa Akane ne suffit pas à faire disparaître sa gêne. Hitonari s’approcha et posa tout doucement les lèvres contre les siennes pour le distraire. Akane soupira et resserra sa prise. Ils se caressèrent tendrement quelques longues minutes, profitant d’être ensemble. Tachibana finit par s’étirer et faire une grimace. Il se rhabilla et Hitonari se leva pour aller se laver les mains.

— Prem’s pour la douche !

Hitonari n’eut même pas le temps de protester que la porte de la salle de bain se refermait dans un claquement violent. Il soupira et regarda l’état dans lequel il se trouvait. Il sortit un vieux jogging et un t-shirt usé aux couleurs du lycée et les emporta dans la salle de bain embrumée.

— Prends pas toute l’eau chaude, bâtard !

— Je fais ce que je veux ! T’as qu’à venir si t’es pas content.

Hitonari n’eut pas besoin qu’on lui dise deux fois. Le cri de surprise qu’émit Akane lui fit penser à celui d’une femme qu’on aurait égorgée dans un film d’horreur, mais il se contenta de rire et de le pousser suffisamment pour se mettre sous le jet d’eau. Il n’y avait vraiment pas de place pour deux dans cette salle de bain. Il haussa les épaules. Ils avaient fait pire. Il frissonna en sentant la main de Tachibana lui caresser le dos.

— Finis de te laver, déclara-t-il en lui rendant la pareille.

S’ils tentaient quoique ce soit dans la douche, l’un d’eux n’y survivrait pas, il en était persuadé. Mourir dans la douche n’était vraiment pas une option qu’il voulait envisager, même pour Tachibana. Ce dernier lui obéit et Hitonari sortit avant lui.

— Je t’ai laissé des fringues propres.

Hitonari enroula une serviette autour de sa taille et repassa dans la pièce à vivre. Il se sécha rapidement et enfila quelque chose de plus confortable. Il réarrangea le lit au mieux, soulagé que les traces de leurs ébats aient été limitées à leurs vêtements. Avec sa chance, sa mère serait venue faire le ménage dans son dos avant qu’il ait eu le temps de s’en occuper. Il n’avait vraiment pas envie d’avoir ce genre de discussions avec sa famille. Malgré tout, il sourit en imaginant la gêne sur le visage de son père ou de son frère. Sa mère était trop discrète pour aborder le sujet directement, mais il ne doutait pas qu’elle serait probablement la plus compréhensive.

Il était perdu dans ses pensées quand Tachibana finit par le rejoindre. Il était étrangement calme. Hitonari se tendit. Il fallait qu’ils discutent de ce qui s’était passé entre eux et ce ne serait surement pas Tachibana qui lancerait le sujet.

Allez ! Il pouvait le faire et jouer le rôle de l’adulte. C’était pour son bien.

— Assis-toi avant que je chope un torticolis.

Tachibana obéit et s’installa à ses côtés sur le plancher.

— Que ce soit clair dans ton crâne de poulpe : on sort ensemble.

Hitonari était bouche bée. Est-ce que ça pouvait être aussi facile ?

— Tu décrètes ça comme ça ? demanda-t-il, méfiant.

— Ouais. T’es à moi maintenant, répondit Akane avec un sourire malicieux.

Hitonari resta un moment interloqué avant d’éclater de rire. Il n’y avait vraiment que Tachibana pour proclamer ce genre de choses comme si le monde devait se plier à ses décisions. Lorsqu’Hitonari reprit enfin son souffle, Tachibana le fusillait du regard. Visiblement, il n’aimait pas être ignoré. Hitonari soupira et repoussa Akane contre le lit pour mieux s’installer à califourchon sur ses jambes.

Il plongea son regard dans le sien et reprit son sérieux.

— Si tu veux qu’on s’aventure sur ce terrain, sache que ça fait un bout de temps que je t’aime et des fois, je me demande vraiment pourquoi. Ce que je ressens ne changera pas mais je te connais assez pour savoir que tes déclarations te servent à éviter de parler de tes sentiments mais là ça ne prend pas.

Akane écarquilla les yeux.

— Je ne suis ni ton jouet ni ta chose. Je suis ton équipier, ton égal, comme sur le terrain. Est-ce que je suis assez clair pour ta tête de piaf ?

Tachibana hocha la tête et finit par poser les mains sur ses hanches.

— Je déconne pas, Akane. Je peux t’aimer et te supporter sans qu’on soit ensemble, mais si on essaye et que tu te fous de moi, tu vas mordre la poussière.

Akane passa une main sur la joue d’Hitonari jusque dans ses cheveux.

— Je pense que tu m’as assez attendu. Ma route pavée de fleurs, elle m’a mené à toi. Il est hors de question qu’on soit pas ensemble, déclara Akane contre ses lèvres.

Hitonari passa une main dans les cheveux d'Akane et le regarda longuement. Il n’y avait aucune trace de doute sur son visage, pas la moindre. Sa détermination terrifiante et toute sa confiance brillaient dans ses yeux. C’était quelque chose qu’il avait toujours admiré chez Tachibana.

— OK, Akane. On sort ensemble.

Hitonari l’embrassa.

*

La nuit tombait dehors et ils finissaient de se battre pour trouver un peu de place dans le lit trop étroit d’Hitonari. Il ne faisait pas froid dehors, mais Akane avait les orteils gelés et Hitonari refusait catégoriquement de se laisser toucher par ces blocs de glace. L’un dans l’autre, il leur fallut un peu de temps avant de trouver une position confortable pour dormir.

— Ta mère va pas s’inquiéter que tu ne rentres pas ce soir ?

— Je lui ai dit que j’allais chez toi. C’est pas comme si c’était la première fois que je découchais. Au moins j’ai prévenu.

— Quel signe de maturité ! Je suis trop fier.

— Ta gueule, protesta Tachibana en lui mordant l’épaule.

Hitonari sourit et retint un petit soupir de bonheur. Bien sûr, il ne se faisait pas d’illusion. Il savait que leur relation ne ferait pas l’unanimité et dans leur milieu tout finissait par se savoir. Il faudrait qu’il parle à Sumire. Il espérait pouvoir compter sur son frère et ses récents voyages à l’étranger pour le soutenir un peu avant d’établir une stratégie pour aborder le sujet avec son père.

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— Tu me plombes le moral sans même avoir à ouvrir le bec. Tu veux pas la mettre en sourdine pour la nuit ?

— Je t’emmerde, répliqua-t-il.

— Te vexe pas, c’est pas un reproche, mais franchement les scénarios catastrophes, ça peut attendre le petit-déjeuner, non ?

— Des fois, je me demande vraiment comment tu fais pour survivre.

— Un je-m’en-foutisme exacerbé, relevé d’un incroyable talent, au grand dam de la société qui m’entoure.

Hitonari se laissa une minute pour digérer.

— C’est pas de toi ça.

— Non, ce sont les commentaires de mon dernier conseil de classe.

Hitonari ricana contre l’épaule de son équipier. C’était très bien trouvé. Le silence retomba un moment entre eux, accompagné de quelques caresses sur l’épaule, d’un pouce allant et venant sur un flanc.

— Tu repars quand ?

— Mardi. Faut que je boucle quelques trucs avant de revenir définitivement. Le transfert du dossier scolaire, l’appart, les examens à l’hôpital. Ça va être chiant.

— Ça vend pas du rêve, c’est sûr. T’as déjà choisi une université ?

— La même que toi.

Hitonari se redressa brusquement, détruisant leur cocon de couvertures.

— Je ne t’ai pas dit où j’allais.

— Non, mais tu as noté tes choix sur la prédemande. Sumire aide au rangement des dossiers pendant le congé maternité de la secrétaire. Elle m’a envoyé tes choix dans l’ordre par textos.

Hitonari ouvrit la bouche et la referma. Il aurait dû s’y attendre. Pourquoi était-il surpris ? Akane lui prit la main et le ramena à lui. Ils se blottirent l’un contre l’autre. Hitonari se mordit la lèvre un moment avant de répondre.

— Merci.

Il sentit un baiser se poser dans ses cheveux.

— Merci à toi.

*

L’impact de leur victoire sur Hayamazaki avait été plus violent qu’il ne l’aurait jamais imaginé. Comme si malgré tout leur entraînement et leurs sacrifices, aucun d’eux ne s’était attendu à une victoire aux Nationales. Ils n’y croyaient tellement pas qu’ils se fixaient en silence sans savoir quoi se dire. La condensation sur les verres de leur milkshakes respectifs coulaient au fur et à mesure du temps qui passait.

Mais peut-être que la plus grosse surprise avait été la quantité de propositions des recruteurs qui leur avaient été faites. Hitonari avait pris soin de les étaler devant eux sur la table du café.

— C’est dingue. Je croyais que les recruteurs venaient jamais en championnat ! lança Harumoto.

— Tu vis sur quelle planète, bien sûr qu’ils viennent en championnat  ! C’est le plus grand supermarché de talents du pays.

Hitonari savait ce qu’il valait et il était heureux qu’on reconnaisse aussi bien le talent de son équipe. Ils avaient tous travaillé très dur pour en arriver là et il n’était pas peu fier de les avoir menés à la victoire.

— Capitaine, tu as décidé d’aller où ?

— Hayamazaki. C’est le meilleur moyen de tous les emmerder le plus possible, leur répondit Hitonari avec un sourire.

Il accueillit les éclats de rire avec plaisir.

— Et puis, leur équipe est sur la fin. Certains membres de l’équipe comme Takaiwa aurait même décroché un contrat international.

Malheureusement, la fin de l’année et leur victoire annonçaient aussi leur séparation. Ça faisait mal de se dire que c’était fini. Ils avaient vécu beaucoup de choses fortes tous ensemble. Hitonari espérait vraiment qu’ils arriveraient à rester en contact.

— Et Tachibana ? interrogea l’un des nouveaux.

— Comme si cet imbécile pouvait aller ailleurs qu’avec le Capitaine. Je crois que t’as rien compris toi.

Hitonari se retint de sourire. Minefuji croisa son regard à la volée et haussa un sourcil. Hitonari leva les yeux au ciel.

— Il est où au fait ?

— Nagasaki. Il devrait pas tarder à revenir dans le coin, répondit-il.

— On aura tout l’été pour lui faire payer sa traîtrise alors ! Il fallait pas trouver une autre équipe que la nôtre, s’exclama Harumoto.

— Pas de pitié, sourit Hitonari en lui tendant son poing.

Son salut fut rendu avec de grands cris, tant et si bien qu’ils s’attirèrent un regard désapprobateur du patron.

*

— Bon où est-ce qu’on va vivre ?

Hitonari s’étouffa sur son thé glacé. Tachibana le regardait intensément, nu comme un ver entre ses draps. L’été touchait à sa fin. Sumire et Mika avaient déjà fait leurs adieux à leur petite bande. Elles étaient déjà parties pour Tokyo pour rejoindre leur université. Harumoto les avait suivis quelques jours après. Il leur restait deux semaines avant le début des cours et Hitonari n’était pas pressé de s’organiser. Il connaissait déjà les lieux, comment y aller, son cursus, un poil différent de celui de Tachibana, qui, contre toute attente, voulait devenir flic alors qu’Hitonari hésitait encore entre l’art et l’enseignement.

— Comment ça ?

— Faudrait peut-être qu’on trouve un appart, non ? C’est bientôt la rentrée et si on se contente de ton studio, on va s’étriper en moins d’une semaine. C’est pas que j’ai besoin d’espace, mais quand même, répondit Tachibana.

— Ton bordel a besoin d’espace, oui, répliqua Hitonari par réflexe.

Il marqua une pause et se rassit aux côtés de son partenaire.

— Tu veux qu’on vive ensemble ?

— Quoi ? Tu veux pas ?

Hitonari secoua la tête.

— C’est pas ce que j’ai dit. Tu me prends un peu de court, c’est tout.

Tachibana se retourna sur le dos et regarda le plafond, tout en caressant distraitement le poignet d’Hitonari avec son pouce.

— On a assez perdu de temps, non ? demanda-t-il, un brin incertain.

Hitonari sourit et se pencha pour l’embrasser. Akane passa la main dans ses cheveux et lui rendit tendrement son baiser. Il glissa sur les draps et passa une jambe par-dessus le corps chaud de son petit-ami.

— C’est vrai. Je ne pensais pas que ce serait un truc qui t’intéresserait, c’est tout. Qu’est-ce que ta mère en dit ?

— Qu’elle sera ravie que j’arrête de foutre le bordel chez elle, mais qu’elle veut bien continuer de s’occuper de mon linge.

— C’est déjà ça.

Tachibana laissa les mains courir le long de son corps. Hitonari apprécia les caresses avec bonheur, des frissons parcourant sa peau. Il ne se lassait pas de tous ces contacts, du besoin viscéral qu’Akane avait de le toucher tout le temps. Il l’embrassa dans le cou, le long des clavicules, des épaules et quand une main vint se perdre sur ses fesses, Hitonari lui mordit la lèvre. Tachibana resserra sa prise d’un coup et gronda contre sa bouche.

— Je vais te bouffer tout cru, tu vas voir.

— Que de la gueule, provoqua Hitonari en s’attaquant à la bouche de son équipier.

Tachibana répondit avec ferveur, forçant le bassin d’Hitonari contre le sien. La délicieuse pression des mains sur ses fesses et du sexe contre le sien le fit gémir plus fort. Il saisit les cheveux bruns et repoussa la tête en arrière. Le temps sembla se suspendre quelques secondes, juste assez pour écouter la douce musique de leurs souffles haletants.

— Reste tranquille où je te laisse te débrouiller tout seul, murmura-t-il.

— C’est pas mon genre.

— Fais-moi confiance, tu ne vas pas le regretter, déclara Hitonari.

Il souleva juste assez le bassin pour remonter langoureusement le long du corps d’Akane. Il saisit le sexe dur et tendu sous le sien et commença à le masturber lentement, le laissant imaginer la suite.

Tachibana déglutit, ses yeux noirs intensément fixés sur lui et hocha la tête.

— Je vais bien m’occuper de toi, partenaire.

Hitonari ne manquait jamais à sa parole.

*

Hitonari ne se tortillait pas sur son siège. Ce n’était pas digne de lui. Mais il ne lui en aurait pas fallu beaucoup. Il était assis à la table de la cuisine de sa mère, une tasse de thé fumant devant lui. Les arômes qui s’en dégageaient lui rappelaient tant de souvenirs : le sourire doux et un peu triste de sa mère alors qu’elle soignait sa lèvre ouverte lors d’une énième altercation de cour de récré, son parfum alors qu’elle l’embrassait et l’envoyait rejoindre Minefuji pour son entraînement, son regard tendre quand il rentrait encore essouflé d’avoir couru…

Bien qu’en retrait, elle avait toujours été une présence douce dans sa vie. Il n’était pas facile de se faire une place dans la famille. Il fallait trouver un autre moyen de se faire entendre. Son père et son frère étaient deux bulldozers qui écrasaient ceux qui les entouraient sans même s’en rendre compte. Hitonari savait qu’il était plus fort qu’eux, plus malin aussi, et il avait appris à se rebiffer contre leurs reproches et leurs ordres. Sa mère, elle, prenait le temps d’observer ce qu’il se passait, que ce soit une dispute ou une important prise de décision. Elle attendait le bon moment pour intervenir. Malheureusement, parfois, son timing n’était pas toujours parfait. C’était l’une des raisons pour lesquelles il s’était retrouvé expulsé de la maison.

Au début, Hitonari lui en avait voulu de ne pas avoir pris parti, de ne pas avoir pris sa défense. Maintenant, il avait conscience qu’il lui devait beaucoup. Elle lui avait trouvé son appartement et l’avait inscrit à Kouzu, loin de son père pour qu’il puisse respirer, tout en restant sous la protection de Minefuji. Elle s’assurait que son frigo n'était jamais vide, comme son compte en banque. Elle venait faire le ménage quand il était à l’entraînement. Dans l’ombre, elle avait toujours veillé sur lui. Mais depuis qu’il avait été nommé Capitaine et qu’Akane était parti, elle s’était montrée un peu plus et n’utilisait plus son frère comme intermédiaire.

Parler de sa relation avec Tachibana n’était pas rien. L’annoncer à son père et son frère ne serait pas une mince affaire. Toutefois, il se fichait bien de ce qu’ils pouvaient penser. Le seul risque était qu’en tant qu’entraîneur de l’équipe d’Hayamazaki, son père ne l’écarte des terrains. Cependant, il aurait bien du mal à expliquer au conseil de l’université pourquoi il mettait le capitaine de l’équipe qui avait massacré la leur sur le banc de touche.

L’annoncer à sa mère était une autre histoire. Avec Akane et Minefuji, elle était son roc, son soutien. Il déglutit et prit une longue gorgée de thé. Elle se retourna vers lui, posa de quoi grignoter entre eux et s’assit face à lui avec sa tasse.

— Hitonari, tu as l’air malade. Que se passe-t-il ?

— J’ai un truc à te dire.

— Je t’écoute, rassura-t-elle

Il reposa sa tasse vide, prit une grande inspiration et se redressa d’un air déterminé.

— J’ai un petit-ami.

Sa mère continua de le regarder avec le même regard plein de douceur. Elle se contenta de hausser les sourcils et de lui faire signe de continuer.

— Je sors avec Akane Tachibana, annonça-t-il.

Elle lui sourit et secoua la tête. Hitonari ne savait pas quoi faire, quoi penser. Elle se leva de son siège et contourna la table. Hitonari la suivit du regard. Elle vint poser tendrement la main sur sa joue.

— Je suis heureuse pour toi.

Hitonari se mordit la lèvre. Elle se pencha jusqu’à lui embrasser le front.

— Mon bébé, si tu avais peur que je prenne mal ton homosexualité, je suis désolée. Ce n’est pas franchement le secret le mieux gardé de la planète, tu sais.

S’il avait été moins bien assis, Hitonari serait tombé de sa chaise. Sa mère tira une autre chaise à elle et s’installa à ses côtés. Hitonari lui prit la main et ne la laissa pas s’éloigner. Elle le laissa faire et lui prit l’autre main. Elle lui expliqua alors qu’elle s’en était toujours douté mais qu’elle en avait seulement été certaine lors du premier match qu’il avait joué à Kouzu. Hitonari n’avait pas remarqué sa présence à l’époque et l’apprendre à cet instant le laissait sans voix. Apparemment Minefuji et elle étaient bien plus proches qu’il ne se l’était imaginé.

— Les regards que tu pouvais lui lancer… pour toute ta frustration et ta colère, il y avait tellement d’admiration et d’amour dans tes yeux que c’était impossible de ne pas voir ce que tu ressentais pour lui.

— Tu étais là pour ce match ?

— Je n’allais quand même pas manquer les débuts de mon cadet ! s’offusqua-t-elle. Ton frère est un excellent joueur, mais il est le résultat d’un entraînement acharné et d’un apprentissage intensif. Je ne suis pas sûre que Tayuka soit vraiment passionné de basketball. Oh, ne me regarde pas comme ça. Il est très talentueux, mais il fait ce qu’il fait parce qu’on lui a martelé que c’était ce qu’il devait faire. Il aurait très bien pu trouver autre chose si on l’avait poussé vers une discipline différente et il y aurait été tout aussi excellent. Toi, tu es différent.

Elle le lâcha et attrapa sa tasse.

— Tu iras plus loin et tu en seras aussi plus heureux. Les choses te touchent et tu les vis. Ça ne m’étonne même pas que tu sois tombé sous le charme de ce Tachibana.

Abasourdi, Hitonari retomba contre le dossier de sa chaise. Il ne se souvenait pas d’avoir pu un jour discuter si ouvertement avec quelqu’un qu’à cet instant. Ces dernières années auraient surement été très différentes s’il avait su qu’il pouvait se confier ainsi à sa mère.

Il secoua la tête et éclata de rire.

— J’y crois pas. Moi qui pensais au mieux te surprendre, au pire, te rendre furieuse… J’ai bien de la chance, dit-il avec reconnaissance.

— Dis-moi ce que tu attends de moi, je pense pouvoir faire illusion, plaisanta sa mère.

— Non, ça ira.

Il attrapa la théière oubliée un peu plus loin et les resservit.

— Je vais en rajouter une couche alors. Tachibana veut qu’on vive ensemble à la rentrée.

Sa mère écarquilla les yeux.

— Il ne perd pas de temps.

— Ce n’est pas son genre, je confirme, soupira Hitonari.

— C’est ce que tu veux, toi aussi ?

— Je dois bien avouer qu'il m'a pris de court au début mais, oui j’en ai vraiment envie.

Sa mère se frotta la bouche. Elle paraissait en pleine réflexion. Hitonari attendit patiemment.

— Très bien ! s’exclama-t-elle. Prends ton manteau, on a un nouvel appartement à trouver.

Hitonari sourit et se leva d’un bond.

*

Hitonari toucha les clés au fond de la poche de son jean. Il avait du mal à croire qu’elles étaient vraiment là. Ces deux dernières semaines avaient été plus chargées en émotions que son dernier championnat avec Tachibana.

L’annonce de leur concubinage avait reçu diverses réactions. La mère d’Akane avait haussé les épaules comme si rien ne pouvait la surprendre, encore moins la bisexualité de son fils. Elle l’avait engueulé, serré dans ses bras et frappé à l’arrière du crâne avant de l’envoyer acheter du riz. Bien sûr, Tachibana lui avait raconté la scène de manière plus vulgaire et avec quelques exagérations et plaintes, mais en soi, Hitonari était rassuré.

La réaction de son propre père l’avait surpris par son manque d’éclat. Hitonari ne doutait pas que sa mère avait préparé le terrain depuis quelques temps, avant même qu’Hitonari ne vienne lui en parler. La nouvelle n’avait pas été mal accueillie, mais c’aurait pu être plus chaleureux. Il n’y avait plus qu’à croiser les doigts pour la suite et pour que ni lui ni Tachibana ne se retrouvent sanctionnés une fois sur le terrain.

Pendant l’une des visites impromptues de son frère, Hitonari en avait profité pour lâcher sa bombe au moment même où son frère prenait une gorgée de son café. Ce dernier s’était contenté de hausser les épaules avec un « Et ? » blasé comme si Hitonari lui avait parlé de la météo.

Il s’était attendu à autre chose que cette espèce d’apathie. Lorsqu’il avait lui-même compris ce qu'il ressentait, quelques années plus tôt, il avait eu l'impression que le sol avait tremblé sous ses pieds. Il ne pouvait s’empêcher d’être déçu de ce manque d’implication de la part de son grand frère. A l’époque, la violence de ses sentiments lui avait donné envie de hurler, tout autant que de disparaître. Son frère, malgré une bonne volonté, n'avait fait que rajouter une pression supplémentaire sur ses épaules.

La réaction de Takuya aurait dû être différente, elle aurait dû être à la hauteur de la force de ses sentiments pour Akane et de tout ce qu'il avait vécu pour arriver à les accepter. Sur le moment, il n'avait rien répondu à Takuya, se contentant de boire son café en silence. Il avait passé sa frustration sur une longue course à la fraîcheur de la nuit tombante au bord de la plage. La distance qu’il avait parcourue avait fini par le calmer, et l’épuiser.

Aujourd'hui, il soupira en entrant dans le café où l’attendait Minefuji, affalée sur la banquette, tapotant le dessus de la table avec son briquet impatiemment.

— Désolé du retard. J’avais un truc à récupérer.

— Ouais, c’est le grand jour apparemment.

Hitonari haussa les épaules.

C’était leur premier jour en ville, dans leur appartement. Tous les cartons étaient prêts et ne tarderaient pas à les rejoindre. Ils n’avaient pas tant d’affaires que ça, mais c’était quand même lourd.

— Alors ? C’est tout ce que tu as à me dire ?

— Entre ma mère, la sienne et vous, vous êtes une sacrée bande de commères, soupira-t-il.

Minefuji éclata de rire et rangea son briquet d’un tour de poignet.

— Evidemment. Je savais que vous alliez finir ensemble bien avant toi après tout.

— Ah ouais ? lança Hitonari, méfiant.

— Tu sais, j’ai de l’instinct. Tu n’y as peut-être jamais cru, mais tu ne m’as jamais déçue, mon loup.

Hitonari se renfonça dans son siège, gêné. Il attrapa le soda devant lui et commença à en déchirer l’étiquette pour s’occuper.

Tachibana devait bientôt arriver à la gare. Les clés dans sa poche se rappelaient à lui à chacun de ses mouvements. Dans quoi s’embarquait-il ? Après tout, Tachibana et lui n’avaient pas passé beaucoup de temps ensemble depuis le championnat et ils ne s’étaient quasiment pas parlé pendant toute la convalescence de Tachibana et sa reprise de la compétition. Pourtant, après quelques semaines de relation, ils se retrouvaient dans la même université, dans la même équipe, dans le même appartement... Ils allaient s’entretuer.

— Tu réfléchis trop, mon poussin.

Hitonari leva les yeux au ciel. Elle n’arrêterait donc jamais avec ces surnoms stupides ? Elle le regardait, la tête posée sur sa main, un sourire tendre sur le visage.

— Ça va pas ? s’enquit-il.

— Je t’ai pas donné rendez-vous juste pour jaser sur ta situation maritale.

— Très drôle.

— Vous allez me manquer.

— On est pas loin, dit-il, un peu gêné.

— C’est pas vraiment la même chose. Vous êtes aussi un peu mes garçons et ça m’énerve de me sentir triste parce que vous grandissez.

Hitonari se tortilla un peu sur sa chaise. Il n’avait pas l’habitude que Minefuji parle de ses sentiments aussi ouvertement, mais chaque fois que ça arrivait, ça le frappait de plein fouet et il était toujours secoué.

— Y aura bien d’autres jeunes imbéciles pour suivre vos ordres et vous occuper.

Elle rit à gorge déployée et Hitonari se sentit mieux.

— Puis c’est pas comme si vous alliez me lâcher les baskets de toute façon donc bon je me fais pas de souci. Au pire, demandez au prof de vous faire un p’tit, au moins ça réglera le problème.

Minefuji s’étrangla sur sa bière et lui frappa l’épaule, outrée.

*

Tachibana l’attendait, accroupi devant la porte de leur appartement. Hitonari posa un poing sur sa hanche. Le sac de courses qu’il portait tapa contre sa cuisse.

— Tu vas faire flipper les voisins. On est dans un quartier respectable, tu sais.

— N’importe quoi !

— Il te manque que les tatouages et la clope au bec.

Tachibana leva les yeux au ciel et se redressa à la seule force de ses abdominaux. Son agilité était ridicule, surtout après son opération, mais Hitonari n’allait certainement pas s’en plaindre. Akane l'attrapa par le col et l’embrassa sans plus de cérémonie à la vue de tous. Hitonari le tira par l’oreille pour écarter son petit-ami de sa bouche et fit un pas en arrière pour lui lancer les clés.

— Bouge de là ! On a du ménage à faire.

— Si t’avais pas pris deux plombes avec la vieille, j’aurais déjà pu m’y mettre.

— En attendant, je te ramène à bouffer alors sois poli et dis merci.

Akane se saisit du sac et entra dans l’appartement en vitesse. Il laissa Akane ranger les courses dans le frigo et déposa sa veste sur une pile de cartons. Il contempla sur leur appartement. Il était juste assez spacieux pour leur laisser un petit coin salon avec une table et un bureau pour réviser. Il y avait une salle de bain, un coin cuisine et une seule chambre. Au début, Hitonari avait cherché des appartements avec deux chambres. Mais quand Akane avait une idée dans la tête, il allait vraiment jusqu’au bout. « Ensemble, c'est pas dans deux chambres séparées, imbécile! » avait-il protesté devant les premières annonces sélectionnées.

Soudain, deux bras passèrent autour de sa taille, le sortant de sa rêverie. Il pencha un peu la tête pour inviter son petit-ami à l’embrasser.

— T’es prêt ? demanda ce dernier au creux de son cou.

Hitonari se retourna et passa un main sur la nuque d’Akane. 

— Ensemble, toujours.

Tachibana lui lança un sourire carnassier et brusquement ses pieds ne touchaient plus le sol. Il entoura la taille d’Akane de ses jambes par pur réflexe, non sans un hoquet de surprise. Il resserra les bras autour de son cou.

— Ca va pas bien toi!

Akane se contenta de se mettre à rire et à tourner sur lui-même. Il avait fini par apprendre à voler finalement. 

 

FIN