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« Je jure devant dieu, Bosco…
- Tu ne crois même pas en lui ! protesta ce dernier.
- Je jure devant dieu, répéta Faith en ignorant sa remarque, que si tu me dis encore une fois de respirer calmement, je te colle une balle entre les deux yeux ! »

Bosco déglutit devant le regard noir qu’elle lui lançait. Il n’avait pas peur de Faith en règle générale – et le reste du temps il prétendait ne pas avoir peur d’elle – mais il savait malgré tout qu’il ne fallait pas la chercher lorsqu’elle était énervée.

Pour sa défense Faith n’était pas vraiment énervée, juste fatiguée et un peu à cran. Il fallait la comprendre en même temps, elle était en train d’accoucher après plus de dix heures de travail. C’était beaucoup d’après elle, en tout cas par rapport à ses deux accouchements précédents, mais les médecins ne semblaient pas s’en inquiéter. Si la santé de Faith et de leur fille n’était pas en danger, il n’était pas certain de garantir la sécurité du personnel médical – ni la sienne – si tout ça ne se terminait pas dans les prochaines heures. L’humeur de Faith se dégradait à mesure que les minutes défilaient.

« Aller, encore un peu de courage Faith, l’encouragea le médecin en relevant la tête d’entre ses jambes. On y est presque !
- Tu peux compter sur moi pour ne plus jamais toucher à une seule goutte d’alcool. Qu’elle idée, franchement, de tomber à nouveau enceinte ! râla Faith entre ses dents.
- Avoue que ça en valait quand même la peine, tenta de plaisanter Bosco qui connaissait déjà la réponse.
- Parle pour toi ! »

Bosco rigola doucement avant de déposer un baiser dans ses cheveux. Cependant l’échange s’arrêta là tandis qu’une nouvelle contraction la prit d’assaut. Un dernier effort et les premiers cris de leur fille retentirent dans la pièce.

« En voilà des poumons vigoureux, plaisanta le médecin.
- C’est bien une Boscorelli, commenta Faith d’une voix faible, épuisée. »

Bosco fut surpris par les paroles de Faith. Ils n’avaient jamais discuté de ce détail – quel nom porterait leur enfant – et pourtant elle avait dit cela avec le plus grand naturel. Ce n’était même pas une question, pas même une plaisanterie. Bosco était touché plus qu’il n’oserait le reconnaître. Même s’ils n’étaient pas mariés, Faith le reconnaissait officiellement comme le père de son enfant. C’était un symbole fort pour lui.

« Bos’ ? l’interpela Faith avec un sourire intrigué sur le visage.
- Ouais ?
- A quoi tu penses ?
- A rien, la rassura-t-il avant de se pencher pour déposer un baiser sur son front humide. Puis il murmura à son oreille : Je t’aime, Faith. »

La suite se passa très vite. Ils ne purent tenir que brièvement leur fille dans leur bras, tout juste le temps de couper le cordon, puis on l’invita à suivre les infirmières pour s’occuper des premiers soin et du nettoyage du bébé pendant que les sages-femmes s’occuperaient de Faith.

Bosco ne retourna pas en salle de naissance, mais dans une chambre individuelle où l’attendait une Faith endormie. Les infirmières de l’étage réapparurent avec leur fille quelques minutes plus tard, confortablement installée dans sa couveuse, dans un joli pyjama violet offert par nul autre que le lieutenant-tonton Swersky. Evidemment ce dernier le tuerait s’il apprenait le surnom qu’il lui avait donné, provoquant un fou-rire mémorable chez Faith.

L’une des infirmières lui expliqua comment faire pour correctement prendre son bébé dans les bras, puis comment s’installer dans le fauteuil pour être à l’aise tout en préservant la sécurité de l’enfant. Sachant qu’il s’agissait de son premier enfant, elle se montra patiente avec lui et le rassura quand il exprimait la crainte de mal faire. Une fois le papa rassuré, elle retourna à ses occupations.

Bosco n’avait jamais expérimenté un tel bonheur dans sa vie. A vrai dire, pendant longtemps il avait cru qu’une telle sensation était impossible. Juste un mythe auquel on s’accroche. Pourtant, alors qu’il tenait sa fille dans ses bras pour la première fois, tandis que Faith se reposait à ses côtés, il prit conscience qu’il n’y avait rien de plus réel. Sa poitrine était tellement gonflée d’amour pour ce petit être humain qu’il savait qu’il n’hésiterait pas à donner sa vie pour la protéger.

Le bébé s’agita un peu dans ses bras en commençant à geindre et Bosco se leva avant de marcher un peu dans la chambre d’hôpital, berçant doucement sa fille pour éviter qu’elle ne réveille Faith avec des pleurs.

« T’en fais pas, mon ange, papa veille sur toi, lui dit-il doucement. »

Elle bâilla alors et frotta ses petites mains contre ses yeux avant de se rendormir. Bosco continua de la bercer un moment pour être certain qu’elle ne se réveillerait pas une nouvelle fois.

« Tu fais ça très bien, fit la voix de Faith dans son dos et il se tourna pour croiser son regard endormi.
- Comment tu te sens ?
- Ça va, le rassura-t-elle d’un sourire. »

Bosco s’approcha du lit de Faith s’assit au bord, à côté d’elle, et elle caressa de l’index les petites mains roses de sa fille. A son poignet, le bracelet de naissance de l’hôpital, comme la preuve écrite du miracle qu’ils venaient de concevoir elle et lui. Brooklyn Boscorelli. Ce rêve lointain de trouver « la bonne » et de fonder une famille pour perpétuer le nom des Boscorelli, à présent il le tenait entre ses mains. Littéralement. Que pouvait-il espérer de plus, à présent ?

« Ma’ va passer tout à l’heure, informa-t-il Faith.
- D’accord.
- Et j’ai eu Em’ au téléphone. Elle ira chercher Charlie après les cours et ils viendront directement.
- Merci. »

Faith posa la tête contre son épaules et il l’entendit soupirer de contentement. Il n’y avait pas besoin de mots dans un moment comme celui-là. C’était comme si chaque particule de l’univers tout entier étaient parfaitement alignées pour créer ce moment hors du temps. Ce genre de moment qu’on l’on souhaiterait pouvoir figer indéfiniment et juste profiter. D’ici quelques heures les allées-venues seraient incessantes. Leur famille et leurs amis viendraient rencontrer leur petit miracle. En attendant, chaque seconde de calme et de répit était à prendre.