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Tout se passa si vite. Le temps d’un battement de cœur, tout au plus.

L’instant d’avant ils étaient tous les six dans la salle d’attente de la Pitié à attendre des nouvelles de leurs proches et de leurs collègues blessés au cours des diverses attaques que Donald Mann avait lancé pour se venger de la mort de son fils. Tout était calme. Du moins l’hôpital l’était. Parce que leurs esprits à eux s’échauffaient. Ils avaient cru à des attaques isolées, lancées au hasard, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent ici. Les pièces misent bout à bout leur avaient permis d’avoir un tableau d’ensemble.

L’instant d’après, c’était l’enfer qui se déchaînait sur terre. Littéralement.

Faith n’avait eu que le temps de se lever, une expression confuse sur le visage avant que les balles ne se mettent à leur pleuvoir dessus dans un bruit de tonnerre et de verre brisé. Des hurlements de tous les côtés. L’odeur épaisse de la poudre dans l’air.

Bosco avait plongé pour tirer Faith hors de portée, et ils avaient atterris brutalement sur le carrelage de l’hôpital, juste derrière une rangée de fauteuil. Les balles sifflaient au-dessus de leur tête, ignorant les obstacles et allant se ficher dans le mur derrière eux. Dans un geste presque inutile Bosco se protégea la tête d’une main. Il ne chercha même pas à tirer son arme de secours, celle qu’il gardait constamment sur lui, planquée au niveau de sa cheville. Ça n’aurait servi à rien puisqu’il ne pouvait même pas se relever sans risquer de se faire exploser le crâne.

Cruz et Davis se mirent à riposter quand ils eurent une ouverture, et la sergente cria des ordres. Mais Bosco n’y prêta pas attention. L’immobilité et le silence de sa partenaire l’inquiétait. Il lui secoua doucement le bras lors d’une accalmie, mais elle ne réagit pas. Le sang de Bosco ne fit qu’un tour. Il se redressa légèrement.

« Faith ? »

D’une main il fit rouler Faith sur le dos. A partir de là tout devint flou. Ou du moins les souvenirs qu’il en garderaient plus tard en seraient altérés, comme dans du brouillard. Faith gisait là sous ses yeux. Immobile et inconsciente. Sous elle, une flaque de sang qui ne cessait de grandir.

« Faith… »

Jamais Bosco ne s’était senti si désemparé.

« Non, non, non… »

Des réflexes automatiques, son instinct de flic sûrement, se mirent en action malgré lui. Au-dessus d’eux les balles continuaient à voler. Il s’entendit demander un tir de couverture sans vraiment en avoir conscience puis entreprit de tirer Faith dans la pièce adjacente.

« Reste avec moi, Faith, lui ordonna-t-il tout en traînant son corps inerte loin du danger. Accroche-toi. »

Lorsqu’ils furent hors de portée de la fusillade Bosco se pencha au-dessus d’elle et chercha un poult qu’il ne trouva pas.

« Non… »

Bosco se mit à cheval au-dessus d’elle, à genou, et entreprit de lui faire un massage cardiaque. Ses mains rencontrèrent une flaque de sang, et il eut un mouvement de recul. Sans réfléchir, il ouvrit le chemisier noir de Faith.

« Non, non, non ! »

La peau de Faith était couverte de sang, et il pouvait à présent voir tout l’étendue des dégâts. Sur sa peau maculée de sang, les orifices d’entrée des projectiles ressortaient d’un rouge plus sombre encore. Et de chacun d’entre eux – il y en avait au moins 4, peut-être plus, Bosco n’arrivait même plus à compter – le liquide sombre continuait de s’échapper librement. Bosco retirera la veste de son costume et la roula en boule avant de l’appliquer sur le torse de sa partenaire. Il ne parvenait même pas à savoir laquelle de ses blessures était la plus urgente, laquelle ferait la différence entre la vie et la mort de Faith.

A présent les larmes lui brouillaient la vue. D’un geste de la main il s’essuya les joues, ignorant le sang sur ses propres mains qui vint lui salir le visage à son tour. Tout ce qu’il voyait c’était sa meilleure amie en train de se vider de son sang.

« Me lâche pas, Faith. T’entends ?! Reste avec moi ! »

Bosco reprit alors le massage cardiaque, couplé d’un bouche-à-bouche pour la maintenir en vie. Il ne pouvait pas la perdre. Il ne pouvait pas…

*

Les secondes qui s’écoulèrent ensuite lui semblèrent des heures. Il resta seul dans cette minuscule pièce à se battre pour Faith. A respirer pour elle. Le goût de son sang était à présent dans sa bouche, et il se jura de ne plus jamais avoir à se retrouver dans cette situation.

« Respire, Faith ! répétait-il à chaque fois qu’il lui insufflait de l’air dans les poumons. »

Il aurait dû savoir que l’inconscience de sa partenaire était probablement la meilleure chose qui puisse lui arriver étant donnée l’importance de ses blessures, mais Bosco n’était pas assez rationnel à cet instant pour pouvoir réfléchir à ce genre de détails. Tout ce qu’il voulait c’était sentir son cœur pomper vaillamment sous ses doigts. Sentir sa poitrine se soulever au rythme de ses poumons qui se remplissent et se vident. Revoir le vert de ses yeux.

Mais pour l’instant tout ce qu’il voyait c’était la pâleur de son visage et la fraîcheur de sa peau alors que la température de son corps était en train de tomber progressivement. Et tout ce sang. Beaucoup trop de sang. La poitrine de Bosco lui faisait mal tant il était terrifié. Il ne pouvait pas la perdre elle aussi.

« Mon Dieu je vous en prie… pria Bosco en pleurant. Laissez-la vivre. »

Il continua de s’acharner sur la poitrine de sa partenaire. Ses bras commençaient à lui faire mal à force d’efforts, et la sueur perlait à présent sur son front. Il était hors de question qu’il abandonne. Il n’arrêterait pas une seconde tant que son cœur ne repartirait pas. Il ne la laisserait pas tomber.

« Bosco ! »

Plusieurs personne arrivèrent en courant et on l’écarta de force du corps de Faith. Des blouses bleus et jaunes. Des médecins. Pourvu qu’il ne soit pas trop tard.

Faith fut alors prise en charge et Bosco se releva maladroitement avec l’aide de quelqu’un, sans savoir exactement qui – toute son attention portée sur le corps de sa meilleure amie sur le brancard – et suivit le mouvement jusqu’à l’extérieur de la salle d’attente.

On criait des informations qu’il n’entendait pas. Ou du moins que son cerveau n’arrivait pas à intégrer. La vérité c’était qu’il s’en moquait. Il s’en moquait éperdument du moment qu’ils parvenaient à la faire revenir.

Il les observa finir de déshabiller le haut de Faith.

Il s’approcha d’un pas chancelant, les regarda faire basculer son corps sur le côté. Il capta quelques mots qui n’avaient rien de rassurant. Ne repart pas. Pas toutes ressorties. Critique. Bloc en vitesse. Après quoi toute l’équipe médicale autour d’elle s’activa un peu plus encore et on le bouscula à moitié lorsque le brancard fut sorti du bloc d’observation.

Quelqu’un le prit par les épaules mais il se libéra et suivit le groupe jusqu’à ce qu’on lui ferme une porte au nez. Réservé au personnel médical. Il ne pouvait aller plus loin. Les battements de son propre cœur se firent plus lourds et plus forts à ses oreilles. Sa respiration plus difficile encore. Bosco posa ses mains sur les portes et posa son front dessus. Il avait l’impression de perdre pieds. Que le monde autour de lui tanguait.

Swersky s’approcha de lui et lui parla, mais sa voix résonna comme si Bosco se trouvait sous l’eau. Un écho lointain et étouffé. Le lieutenant le prit par l’épaule et le guida. Il chancela une nouvelle fois et se retint au mur d’une main. Puis au bureau de la réception auquel il s’adossa avant de se laisser glisser au sol. Les coudes sur les genoux, Bosco se prit la tête dans les mains. Tout ce qu’il voulait à présent c’était se réveiller de ce cauchemar. Il serait alors chez lui, prendrait une bonne douche pour se vider l’esprit de toutes ces images, puis irait chercher Faith chez elle avant de partir pour une soirée de patrouille. Comme d’habitude. Juste leur normalité quotidienne. Tout sauf… ça.

*

Il ne savait pas bien combien de temps il était resté assis-là, à même le sol de l’hôpital. Il avait vu tant de gens passer, aller et venir devant lui. Certains s’étaient arrêtés, d’autres avaient même tenté de s’adresser à lui, mais il avait juste été incapable de réagir.

Quand il releva les yeux, ce fut pour voir Fred s’approcher de lui avec un visage tordu par la colère et l’inquiétude. Fred… Avec tout ça il n’avait même pas pensé à lui. Même pas pensé à les faire prévenir lui ni les enfants. Mais quelqu’un d’autre l’avait fait à sa place, apparemment. Tant mieux.

« Tout ça c’est encore de ta faute, Boscorelli ! cracha le mari de Faith à son visage.
- Fred… fit Bosco en se relevant maladroitement. »

Ses jambes lui faisaient l’effet d’être en coton et il n’était pas certain qu’elles seraient capables de supporter son propre poids encore très longtemps.

« Pourquoi faut-il toujours que ce soit elle qui se retrouve blessée et pas toi ?! continua-t-il. Elle a intérêt de s’en sortir parce que je te jure que…
- Que quoi ? Tu vas me faire la peau ? demanda Bosco avec un sourire moqueur et une voix assurée qui le surprit lui-même. Laisse-moi rire… »

Fred lui décrocha un coup de poing dans le visage avant d’être immobilisé par tous les flics présents autour. Sully l’aida à se relever et Bosco se passa une main sur la joue. Cet abruti lui avait éclaté la pommette.

Swersky emmena Fred et les enfants à l’écart, et Sully emmena Bosco voir sa mère qui était réveillée. Il réalisa alors que s’il n’avait pas pensé à la famille de Faith, il n’avait pas non plus pensée à sa mère qui avait été hospitalisée suite à l’attaque sur le funérarium. L’état de Rose n’était pas critique, mais elle faisait peine à voir. Pourtant, d’eux deux ce fut elle qui s’inquiéta le plus en voyant les deux hommes arriver.

Bosco était toujours couvert du sang de Faith et, en-dessous, il était pâle comme la mort et ses yeux étaient cernés de lourdes poches. Ne pouvant encore parler, la vieille dame l’interrogea du regard. Sully lui expliqua alors ce qui s’était passé, Bosco ne trouvant ni les mots ni la force pour lui dire. Rose prit alors sa main et l’attira comme elle put dans ses bras. Elle lui caressa doucement les cheveux tandis que son fils se laissa aller et pleura.

Par respect pour Bosco, Sully quitta la pièce et attendit à côté de la porte.

Lorsque Bosco le retrouva dehors, il était en conversation avec Cruz et Yoshi. Ce dernier sortait de nulle-part et semblait être en train de rendre des comptes à sa collègue. Le peu qu'il perçut de leur conversation suffit à lui mettre la puce à l’oreille et il sentit ses cheveux se hérisser sur sa nuque. Bosco décida de suivre la sergente et ses collègues, et quitta l’hôpital sans attirer l’attention. Il grimpa en voiture et conduit à distance respectable de la leur pendant plusieurs minutes.

*

Cruz venait de lire ses droits à Donald Mann et cette enflure continuait de ricaner. Toutes les ordures de son espèce avaient assez de fric pour acheter leur liberté et il le savait très bien. Dans quelques heures il serait libre. Mikey était mort par sa faute. Rose avait été blessée par sa faute. De nombreux flics avaient perdu la vie aujourd’hui par sa faute. Et Faith elle aussi allait peut-être mourir, et lui serait libre de recommencer. Hors de question.

Bosco sortit de l’ombre, son flingue de secours à bout de bras.

« Bosco qu’est-ce que tu fais là ? demanda Cruz.
- Bosco tu devrais pas être ici, fit remarquer Sully. »

Mais Bosco n’écoutait pas. Il n’avait d’yeux que pour Donald Mann. Ce dernier le regardait d’un air amusé, comme s’il était une bête curieuse venu le divertir, et ça ne fit que rajouter à la colère de Bosco.

« Bosco déconne pas, le mit en garde la sergente. »

Trop tard pour ça, songea-t-il en levant son bras pour tirer. Le canon contre le front de l’homme. La peur soudaine dans ses yeux. Une pression sur la détente. Coup de feu. Donald Mann le fixa avec une expression incrédule.

« Ça c’est pour Mikey et Faith, déclara-t-il d’une voix sombre. »

Puis il donna un coup de pied dans le ventre de l’homme avant qu’il ne s’effondre et l’envoya plonger dans la piscine. Peu à peu l’eau prit une teinte rouge carmin. La même couleur qui lui marquait encore la rétine depuis qu’il avait ouvert le chemisier de Faith. La couleur de la vengeance. Il soupira.

Puis, d’un coup, ses jambes se dérobèrent sous lui et il tomba à genoux. C’était terminé. Quelle que soit l’issue pour Faith là-bas, elle était vengée. Donald Mann ne pourrait plus faire de mal à personne. Maintenant qu’ils étaient tranquilles, Bosco pouvait relâcher toute la pression. Il pouvait se laisser submerger par le chagrin et la terreur.

L’idée même que Faith puisse mourir, là-bas à l’hôpital alors qu’il se trouvait encore ici, lui coupa le souffle. Il se redressa et lutta pour trouver de l’air. Il se releva alors avec l’aide de Sullivan, s’accrochant littéralement à lui comme un bambin se mettant sur ses jambes pour la première fois.

« L’hôpital, articula-t-il entre deux bouffés d’air. Faut que je…
- Je te ramène, répondit calmement Sully.
- Hey ! Je vous rappelle qu’on a un sacré problème sur les bras, là !
- T’as qu’à dire qu’il a voulu t’agresser et que j’ai tiré pour te sauver les fesses, si ça te chante. »

Sur ces mots, Sully guida Bosco vers l’intérieur du bâtiment pour redescendre et le ramener à la Pitié.

*

Quand ils arrivèrent, Fred et les enfants étaient en train de parler avec un médecin. Bosco s’approcha pour prendre en cours la conversation. Les nouvelles n’étaient pas mauvaises, mais elles n’étaient pas bonnes pour autant.

Le cœur de Faith était finalement reparti, mais c’était arrêté deux fois de plus pendant la chirurgie. A présent elle était stable, mais son pronostic vital était toujours engagé. Les médecins l’avaient placé dans un coma artificiel pour donner une chance à son corps de récupérer sans trop d’efforts. Si elle passait les premières 72h, alors elle devrait s’en sortir. Sur le plan vital, en tout cas. Pour ce qui était de la récupération de ses fonctions, il était encore trop tôt pour le dire. Il faudrait attendre son réveil pour avoir une idée de son état réel et d’éventuelles séquelles.

Lorsque le médecin s’excusa, Fred invita ses enfants à entrer avec une infirmière. Après quoi il fit face à Bosco et le poussa violemment.

« T’étais passé où ? lui demanda-t-il d’un ton accusateur. Toi qui te proclames son meilleur ami, pourquoi t’étais pas là à attendre son retour ?
- On a retrouvé le type qui a fait ça, répondit Bosco d’un ton neutre.
- Ils l’ont arrêté ? voulut alors savoir Fred, plus calmement.
- Ils ont essayé.
- Et ?
- Je l’ai descendu.
- Quoi… ? »

Bosco vit tout un panel d’émotion défiler sur le visage de Fred. Ça avait toujours été facile de deviner ce qu’il ressentait, surtout quand il était contrarié, tant le mari de Faith était expressif. A l’époque Bosco prenait d’ailleurs un malin plaisir à le provoquer grâce à ça.

« Pourquoi t’as fait ça ?! On aurait pu lui coller un procès et ça nous aurait permis de payer les frais médicaux !! s’emporta finalement Fred.
- Je l’ai fait pour Faith.
- Pour Faith ? Tu crois que Faith aurait voulu ça ? Qu’elle aurait choisi la vengeance ?
- Elle ferait la même chose à ma place. »

Fred lui tourna le dos et se passa une main sur son crâne presque chauve. Il ne comprenait pas ce genre de choses. Il n’avait aucune idée de comment tout ça fonctionnait en réalité. Il se ruinerait en frais d’avocat avant même de pouvoir espérer gagner un centime d’un requin comme Donald Mann.

« Faith n’est pas comme ça, revint-il à la charge en faisant de nouveau face à Bosco. Elle n’est pas comme toi.
- Crois ce que tu veux… répliqua Bosco, agacé par la stupidité de Fred.
- Elle aurait voulu la justice ! T’es qui pour décider à sa place ? Je suis son mari, je suis le mieux placer pour savoir ce qu’elle aurait voulu !
- Bon sang mais arrête de parler d’elle au passé ! s’emporta soudain Bosco, réduisant Fred au silence. Elle n’est pas morte !
- Elle est pas vraiment en vie non plus.
- C’est ta femme, bordel !! »

Bosco ne comprenait pas l’attitude de Fred. Pas plus qu’il ne comprenait pourquoi Faith s’accrochait tant à son mariage alors qu’elle en était malheureuse. Son mari la traitait comme de la merde, lui faisait porter le poids de toutes les responsabilités et toutes les fautes. Où était l’amour dans tout ça ? Ou était l’affection et le soutien ?

Et aujourd’hui il considérait déjà Faith comme le passé. Comme s’il avait déjà fait son deuil alors qu’elle respirait encore, même si ce n’était pour l’instant que le fait des machines. Son cœur, lui, battait toujours. Ce cœur si fort et si vaillant, qui avait lutté avec son aide puis seul, pour la garder auprès d’eux. Comment Fred pouvait-il baisser les bras maintenant ? Faith allait leur revenir, un jour où l’autre. Elle avait juste besoin de temps.

« Il faut que je la voie, déclara Bosco d’une voix faible.
- N’y compte même pas, s’interposa Fred. Il n’a que la famille qui est autorisé à la voir. Et tu fais pas partie de la famille. »

Bosco serra les dents et les poings. Il aurait voulu le frapper.

« Bosco, Swersky veut te voir, l’appela Sully quelque part derrière lui. »

Fred et lui se défièrent du regard encore quelques instant avant que Bosco ne se détourne, laissant le mari de Faith satisfait. Ce n’était pas juste.

*

Evidemment, Swersky n’était pas du tout dans l’hôpital et Sully n’avait fait que faire diversion en sentant la tension monter entre les deux hommes. Une sage décision, même Bosco le reconnaissait. S’en prendre à Fred n’aurait servi à rien. Il risquait déjà d’avoir de gros problèmes si l’on apprenait ce qu’il avait fait chez Donald Mann. Et dire que son avenir était aux mains de Cruz.

« Je vais voir ma mère… l’informa-t-il avant de le planter là. »

Il se moquait bien des rapports à remplir. Il n’était de toute façon pas en service aujourd’hui. Si on voulait le ramener au poste, il faudrait venir le chercher dans la chambre de sa mère. Il ne comptait pas sortir de l’hôpital. Il trouverait le moyen d’arriver au chevet de Faith, même si pour cela il devait attendre la nuit tombée et le départ de Fred. Il ne la laisserait pas tomber.

Même si elle ne pourrait pas le voir, il avait besoin de lui faire savoir qu’elle n’était pas toute seule. L’encourager à se battre pour vivre. Le médecin l’avait dit : les 72 prochaines heures seraient les plus importantes. Elle ne devait pas baisser les bras avant. Elle ne devait pas baisser les bras du tout. Faith était forte. Elle s’en remettrait. Il devait y croire. Pour elle, mais aussi pour lui-même. Il avait besoin de se raccrocher à quelque chose.

*

Puisque l’enquête devait être menée par les services des affaires internes, toutes les personnes impliquées dans la fusillade et les événements affiliés avaient été suspendus jusqu’à nouvel ordre. Une décision qui arrangeait plutôt bien Bosco, pour une fois. Il passa les jours qui suivirent au chevet de sa mère la journée et à celui de Faith la nuit.

Il lui parlait pendant des heures, de tout et de rien, lui confiant parfois des choses dont il ne lui avait jamais parlé. Il parla de son enfance, de ses angoisses les plus profondes, mais également de ses rêves au-delà de la police. C’étaient des choses dont il n’avait pas l’habitude de parler, pas même avec elle qui était la personne qui lui était le plus proche, parfois même davantage que sa propre mère. Toutes ces choses-là, ce n’était pas tant qu’il n’avait jamais voulu les lui confier, mais ça n’était juste jamais venu. Pas le bon moment, pas les bonnes circonstances, probablement.

Parler à Faith, même s’il n’était pas certain qu’elle pouvait l’entendre – les infirmières lui assuraient que oui, pourtant – lui faisait du bien. Il avait l’impression d’être connecté à elle, d’une certaine façon. Et puis, quand il n’avait plus rien à lui raconter, il priait pour elle. Pour qu’elle se réveille et qu’elle se rétablisse complètement. Il n’arrivait pas à imaginer une vie sans elle. Ces derniers jours lui avait aussi permis ce constat. Tout le monde le considérait comme un égoïste pour qui le monde ne tournerait qu’autour de sa propre personne, mais en réalité il s’était rendu compte que son monde tournait en réalité autour d’elle. Depuis qu’elle était entrée dans sa vie il n’était plus tout à fait la même personne, il en était persuadé. Il était devenu quelqu’un de bien. Oh, il était encore loin d’être parfait, ça, il n’y avait pas photo. Mais il était devenu une meilleure personne grâce à elle.

Tous les jours la même routine. Mary passait le voir après l’heure des visites pour lui signaler que la famille Yokas venait de quitter l’hôpital, et repassait le lendemain matin avec les infirmières du jour – celles qui venaient faire les premiers soins de la journée à Faith – pour le réveiller avant que l’heure des visite ne commence. Ainsi il ne croisait jamais Fred.

Tout se passa sans accro pendant les trois premiers jours. Le quatrième en revanche, ce fut une autre histoire. Bosco était toujours endormi lorsque l’heure des visites commença et Mary était occupée quelque part aux urgences. Il se retrouva donc ainsi réveillé par le mari de Faith dont le visage était devenu rouge de colère en le voyant.

« Je peux savoir ce que tu fais là ? avait-il demandé entre ses dents.
- J’ai passé la nuit ici, répondit franchement Bosco avant de se frotter le visage d’une main pour finir de se réveiller.
- Tu comprends pas quoi dans « seule la famille est autorisée » ?
- Et pourtant je suis là et personne ne m’a chassé, tu vois ? »

Si avec ça Fred ne comprenait pas que tout l’hôpital était de son côté, il ne pourrait rien faire de plus. Mais apparemment cela ne suffit pas à l’homme qui s’approcha de lui avec un air menaçant.

« Je t’interdis de t’approcher de ma femme, c’est clair ?
- Et tu comptes faire quoi, hein ? Appeler la sécurité ? Me tabasser ? Laisse-moi rire…
- Tout ça c’est de ta faute, Boscorelli ! Comment tu peux même oser poser les yeux sur elle et ne pas te sentir coupable ? »

Bosco serra les dents, la colère roulant telle une vague chaude sous sa peau, et fusilla Fred du regard. Evidemment qu’il se sentait coupable de n’avoir pas su protéger Faith. Si seulement il avait plongé quelques secondes plus tôt. Si seulement il n’avait pas tourné le dos à la baie vitrée. Tellement de détails insignifiants mais qui pourtant avaient coûté la vie de Faith. Ou presque. Mais à vrai dire, à la voir dans cet état, Bosco ne voyait pas vraiment la différence. Fred n’avait pas tort sur ce point : Faith n’était pas non plus vraiment en vie à l’heure actuelle. Du moins elle ne le serait pas sans l’assistance de toutes ces machines auxquelles elle était reliée.

« C’est bien ce que je pensais… commenta Fred avec un air satisfait que Bosco trouva inapproprié. Maintenant sors de là. Et que je ne te revois plus ici.
- Maurice a tout autant le droit d’être ici que vous, cher monsieur, fit la voix de Rose derrière lui.
- Je vous demande pardon ?
- Vous ne le considérez peut-être pas de votre famille, mais nous nous considérons Faith comme de la nôtre. Rien ne vous oblige à l’accepter, mais c’est ainsi. »

Rose passa à côté de lui et entra dans la pièce. Elle s’approcha de son fils et déposa un baiser sur sa joue. Puis elle fit de nouveau face à Fred.

« Et Faith le considère également comme sa famille, lui rappela-t-elle. Alors je doute qu’elle approuverait votre attitude si elle pouvait vous voir à cet instant.
- Oui, eh bien elle n’est pas en mesure de décider, pas vrai ?
- C’est tout toi, ça, hein ? répliqua Bosco, amère. Ce besoin de toujours tout décider à sa place. Ce qui est bien ou non pour elle. Ce qu’elle doit faire ou penser.
- Qu’est-ce que ça peut te faire, Boscorelli ?
- Ce que ça me fait ? Je vais te le dire, fit Bosco en s’approchant de lui. Ça me fout en rogne. Et tu sais pourquoi ? Parce que Faith est une personne libre qui n’a besoin de recevoir d’ordre de personne, et surtout pas d’un minable comme toi.
- Monsieur Yokas, osez lever la main sur mon fils et je fais appeler la police, menaça Rose, interrompant le geste de ce dernier. »

Fred la fusilla du regard mais la vieille dame ne se laissa pas impressionner.

« Tu n’es qu’un enfoiré, Boscorelli, cracha-t-il avec amertume tout en le pointant d’un doigt accusateur.
- Peu importe. »

Fred les regarda tous les deux l’un après l’autre puis tourna les talons. Bosco soupira et se laissa retomber sur son fauteuil. Rose s’approcha de lui, entoura ses épaules de ses bras et lui caressa doucement les cheveux. Bosco laissa sa tête reposer contre le corps frêle de sa mère.

« Merci, Ma’… lui dit-il doucement.
- Inutile de me remercier, mon bébé. Il était grand temps que quelqu’un le remette à sa place, celui-là. »

Bosco laissa échapper un rire bref et triste. En d’autres circonstances, il se serait bien moqué de voir Fred courber l’échine devant sa mère alors qu’il faisait bien trois têtes de plus qu’elle. Personne ne pouvait rivaliser avec le caractère d’une Boscorelli. Les femmes de sa famille étaient de véritables ours quand il s’agissait de défendre leur famille. Et il l’aimait tellement pour cela aussi.

« Comment va-t-elle ce matin ?
- Toujours aucun changement, répondit-il en posant les yeux sur sa meilleure amie. »

Chaque jour il essayait de se dire qu’elle ne faisait que dormir, étendue là. En vain. Il pouvait presque deviner le combat qu’elle menait contre elle-même à l’intérieur. Un combat pour sa vie qu’elle seule pouvait mener.

« Il faut qu’elle s’en sorte… murmura-t-il d’une voix fébrile.
- Elle est forte, elle va s’en sortir. »

Bosco voulait y croire lui aussi, mais sa crainte de la perdre prenait parfois de telles proportions qu’elle dépassait toute logique. Même maintenant qu’elle avait dépassé le cap des 72h critiques, tant qu’elle n’aurait pas ouvert les yeux et prononcé ses premiers mots, tant qu’elle ne serait pas en mesure de se mouvoir un minimum, il ne parviendrait pas à être rassuré. Rose continua de lui caresser tendrement les cheveux, en silence. Elle comprenait.

*

Les jours et les semaines s’enchainaient et Bosco continuait de se rendre au chevet de Faith aussi régulièrement que possible maintenant qu’il avait repris le boulot. Les patrouilles sans elle ce n’était plus vraiment pareil, mais il gardait l’espoir que ça ne durerait pas. Sully était toujours fidèle à lui-même à râler pour un rien et à lui taper sur les nerfs, mais étrangement il y avait quelque chose de réconfortant à cela. De voir que tout n’était pas totalement différent. Que certaines choses resteraient les mêmes malgré tout ce qui s’était passé.

Cruz avait accepté de suivre l’histoire concocté par Sully et ce dernier avait même reçu une médaille. Une médaille souillée par le sang d’une ordure, comme il le disait lui-même, et qui ne signifiait absolument rien. Bosco lui avait suggéré de dire la vérité et Sully l’avait regardé comme s’il était un ahuri venu d’une autre planère, avant de le traiter d’abruti fini. L’histoire officielle était celle qui avait été dite, maintenant il fallait passer à autre chose sans faire de vague.

« Entre nous, Bosco… lui avait-il confié. Tu as fait ce qu’il fallait faire.
- T’es sérieux ?
- Cette ordure s’en serait tiré et Faith n’aurait jamais obtenu ni paix ni justice. »

Bosco avait alors hoché la tête, rassuré de voir que ses collègues étaient de son côté jusqu’au boulot.

« On est tous d’accord là-dessus, avait ajouté le vieil officiel.
- Vraiment ? avait-il demandé et Sully avait acquiescé d’un signe de tête. Qui d’autre est au courant.
- Cruz, Davis et Swersky.
- C’est tout ?
- C’est tout. Personne d’autre n’a besoin de connaître les détails.
- Merci, Sully.
- T’as eu du cran Bosco, avait-il commenté, avant d’ajouter après quelques secondes de silence : Je sais pas si j’aurais été capable de le faire à ta place.
- Honnêtement je réfléchissais pas. Je vous ai suivis sans vraiment savoir ce que je comptais faire, mais quand je me suis retrouvé face à lui… L’image de Faith en train de se vider de son sang sous mes mains… c’est ça qui m’a fait basculer. Ça et son putain de sourire satisfait. Cette enflure savait très bien ce qu’il avait fait et qu’il allait s’en sortir impunément. Je pouvais pas… Pour Faith… je pouvais pas, Sully.
- Je sais, Bosco, l’avait-il alors rassuré. »

Bosco avait dû s’efforcer de respirer longuement pour reprendre contrôle de ses émotions et calmer le tremblement de ses mains. Heureusement pour eux, ce soir-là avait été plutôt calme.

*

Faith ne se réveilla que deux mois et demi après la fusillade. Bosco avait passé la nuit à son chevet et fut réveillé ce matin-là par l’arrivée de la famille Yokas. Emily et Charlie n’ayant pas d’école, ils avaient demandé à leur père de venir la voir.

Bosco était content que Fred les y autorise. Même si Faith ne réagissait pas et que, pour des enfants, la voir dans cet état n’était pas la meilleure image qu’ils pouvaient avoir de leur mère, il était persuadé que ça lui ferait plaisir. Et que ça lui donnerait envie de se battre davantage si elle était vraiment en mesure de les entendre.

Bosco céda sa place sur le fauteuil au pied du lit pour que les deux enfants puissent se le partager, et alla s’adosser à la fenêtre se trouvant à droite du lit. Fred se trouvait à gauche, assis sur le rebord du lit, et tenait la main de sa femme.

Ce qui attira d’abord son attention fut un premier bip irrégulier des machines. Son cœur bondit d’inquiétude dans sa poitrine, mais puisque personne ne semblait réagir il ne dit rien pour n’inquiéter personne. Après tout c’était un événement isolé, ça ne voulait probablement rien dire. Mais lorsque cela se reproduisit, il se redressa pour de bon et échangea un regard avec Fred. Ce dernier se pencha pour attraper la sonnette d’alarme et appuya sur le bouton pour faire venir une infirmière.

Cette dernière ne tarda pas à arriver et put constater par elle-même le problème puisque Faith se mit à s’agiter légèrement, provoquant la panique générale. Cependant l’infirmière les rassura très vite et les informa que c’était au contraire bon signe : Faith était en train de refaire surface et le respirateur devenait une gêne. Alors elle débrancha la machine et leur signala qu’il n’y avait plus qu’à attendre. Elle demanda ensuite à Fred de l’appeler de nouveau quand sa femme se réveillerait.

Bosco avait du mal à contenir sa propre agitation devant les enfants. Il était submergé par un mélange d’espoir, d’excitation peut-être, et d’inquiétude. Il avait hâte de voir Faith ouvrir les yeux, tout en craignant de constater des dégâts irréversibles suite aux balles qu’elle avait reçu quelques mois plutôt, même si les blessures en elles-mêmes étaient en bonne voie de cicatrisation – c’était Mary elle-même qui le lui avait assuré. Et Proctor était probablement la seule à qui il vouait une confiance aveugle dans tout ce foutu hôpital. Les bonnes nouvelles comme les moins bonnes, elle lui avait toujours dit la vérité sans détour. Et pour ça il la tenait haut dans son estime. Il lui avait carrément fait savoir qu’il lui confiait la vie de Faith entre ses mains. Une haute responsabilité, mais elle n’avait pas paru impressionnée pour autant et s’était contentée de lui offrir un sourire rassurant. Elle était entre de bonnes mains ici et tout le monde ferait de son mieux pour lui apporter les meilleurs soins possibles. Bien entendu cela voulait tout et rien dire, mais pour Bosco c’était déjà un début. Il s’était raccroché à ça pendant tout ce temps. Jusqu’à aujourd’hui.

Faith émit d’abord un faible grognement comme si, maintenant qu’elle reprenait conscience, tout son corps se rappelait à elle, engourdis par des mois d’alitement et meurtris. Puis, peu à peu elle souleva les paupières, luttant pour garder les yeux ouverts malgré la lumière agressive du jour.

« Eh, Faith… la salua Fred en se penchant vers elle. Bonjour, mon amour. »

Bosco le regarda embrasser sa femme et détourna les yeux un instant. Il porta son regard sur Emily et Charlie qui souriaient et pleuraient tout en même temps. Quand ils s’approchèrent à leur tour du lit, Faith eu un faible sourire. Si faible qu’il ressemblait presque à une grimace plus qu’autre chose, mais cela suffit à réchauffer le cœur de Bosco. Faith était en vie.

Sans qu’il puisse avoir aucun contrôle sur son corps, les larmes lui montèrent aux yeux presque instantanément. Pourtant il avait envie de rire. Oh que oui, c’étaient des larmes de joie. Des larmes de soulagement. Il avait beau les essuyer, d’autres prenaient leur place inévitablement. A un moment donné il renifla, et cela attira l’attention de Faith qui tourna la tête vers lui.

Son regard changea alors. Il vit ses yeux s’ouvrir plus grand et les larmes les faire briller alors qu’elle prit conscience de sa présence.

« Bos’… murmura-t-elle faiblement et il s’approcha du lit.
- Bon retour parmi nous, lui dit-il d’une voix enrouée. »

Faith fronça les sourcils légèrement et leva une main qu’elle porta sur son visage, lui caressant la joue. Bosco posa sa main dessus et lui sourit.

« Je suis là, lui assura-t-il. »

L’instant d’après Faith ferma les yeux et les larmes roulèrent sur ses joues alors qu’elle lâcha un soupire tremblant. Bosco réalisa alors qu’elle était soulagée. La dernière image qu’elle devait avoir à l’esprit c’étaient ces hommes, de l’autre côté de la baie vitrée, ouvrant le feu sur eux. L’enfer sur terre, songea de nouveau Bosco en se rappelant lui-même les images de la fusillade.

« On va tous bien, lui dit-il alors, pour la rassurer. Et Donald Mann est mort.
- Tant mieux, murmura-t-elle en croisant de nouveau son regard. »

Bosco hocha la tête et lui sourit une nouvelle fois avant de déposer un baiser sur sa main.

« Il faut que tu te reposes, intervint Fred. L’infirmière va arriver. »

Faith hocha faiblement la tête et Bosco lui lâcha la main avant de se reculer.

« Je vais la chercher, annonça-t-il. Puis, croisant le regard inquiet de Faith, il ajouta avec un sourire : Il faut que j’annonce la bonne nouvelle à tout le monde. »

Faith ne répondit pas à son sourire et le regard partir. Bosco s’accorda un instant pour souffler après être sorti de la pièce, s’adossant au mur. La vérité c’était qu’il ne voulait pas rester là-bas. Pas quand Fred était à son chevet. Il ne voulait pas assister à de nouvelles démonstrations d’affections. Pas quand il savait tout ce que Fred avait fait et dit pendant qu’elle était dans le coma. Il ne supportait plus de le voir faussement attentionné comme ça avec Faith. Elle méritait tellement mieux, tellement plus.

Bosco se décolla du mur, se retenant de frapper dedans, et passa par le bureau des infirmières pour les prévenir du réveil de Faith. Après quoi il descendit aux urgences trouver Proctor. Mary le serra dans ses bras lorsqu’il lui apprit la nouvelle, avant de le regarder d’un air soucieux à son manque de réaction. Bosco prétexta la fatigue et un trop-plein d’émotions, et elle le laissa tranquille.

Une fois dehors, il fit quelque pas avant d’aller se laisser tomber sur un banc. Il se pencha en avant et se prit la tête dans les mains puis souffla. Le trop-pleins d’émotions, pour le coup, il était bien réel. Bosco se passa les mains dans les cheveux avant de piocher son téléphone dans la poche de son pantalon. Il commença par appeler les parents de Faith, pour les prévenir de la nouvelle, même si ces derniers n’avaient pas été particulièrement présents à son chevet, ils méritaient de savoir. Il appela ensuite le poste et prévint Swersky. Ce dernier se chargerait de transmettre la bonne nouvelle à tout le monde à sa place. Puis il hésita à contacter sa mère mais se décida finalement à aller lui annoncer directement. Il avait besoin de faire un break. De toute façon Fred et les enfants resteraient à ses côtés une bonne partie de la journée.

*

Une semaine supplémentaire s’écoula et rien ne changea vraiment. Le rythme était le même, à la différence près que Faith s’éveillait parfois lorsqu’elle avait de la visite, un peu plus longtemps chaque jour. Le coma dans lequel elle avait été plongée tout ce temps n’avait rien eu de reposant, au contraire. Ça avait été une lutte continue. Son corps avait travaillé sans relâche pour guérir, si bien qu’elle était à présent consciente mais à bout de force.

Nombre de leurs collègues étaient passés en journée, avant leur prise de service, même si sa famille était présente. Ils ne restaient jamais, mais apportaient des fleurs, des cartes de vœux et autres cadeaux. Sa chambre n’avait plus rien de terne comme ces derniers mois et ç’en était presque ridicule.

Bosco lui, se contentait de passer la nuit, lorsque toute les lumières étaient éteintes exceptées celles des couloirs de l’hôpital. La plupart du temps Faith ne s’en rendait même pas compte puisqu’elle dormait à l’heure où il arrivait et n’était pas réveillée quand il s’en allait avec les premières lueurs du jour. Mais cela ne le dérangeait pas. Il était là, elle allait bien, et c’était tout ce qui importait. Ils n’avaient pas besoin de conversations sans fin, de discours grandiloquents ou de se tenir la main pendant des heures à se regarder dans le blanc des yeux. Il était là, elle le savait, et ça suffisait.

Il savait qu’elle avait conscience de sa présence puisqu’une infirmière le lui avait signalé un soir.

« La nuit dernière elle s’est réveillée mais vous dormiez, lui avait-elle dit. Je lui ai proposé de vous réveiller pour que vous puissiez vous parler un peu, mais elle a refusé. Elle a dit que vous aviez besoin du peu de sommeil que vous vous accordez. »

L’infirmière avait souri en lui rapportant les mots de sa patiente. Elle devait probablement trouver ça adorable, ou quelque chose du genre. Tout ce que Bosco retenait c’était que Faith était foutrement perspicace et qu’elle avait très bonne mémoire. Il n’avait jamais été un gros dormeur, et elle avait dû se douter qu’il était souvent resté à son chevet pour la veiller. Ou peut-être le lui avait-on dit, à vrai dire ça n’avait aucune importance. Elle était en vie.