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Winterheart

Chapter Text

 

« -Loki, pour tes crimes contre les mondes de Jotunheim et Midgard, pour ta trahison contre la Maison d’Odin elle-même, moi, Odin Père de Toute Chose—
-S’il vous plaît !
-…te retire ton titre royal ; utilisé pour agir avec haine et violence à l’encontre d’une race brisée qui n’avait aucun espoir de se défendre contre tes machinations. Tu n’es plus un prince d’Asgard. »

Le manteau vert de Loki lui fut arraché, son armure d’or et de cuir tombant de ses épaules et de son torse, en pièces. Tout ce qui demeura furent ses protège-bras, agrippant ses bras comme des menottes. Il rattrapa le tissu déchiré de son manteau avant qu’il ne tombe, le serrant dans un poing aux articulations blanchies sous la pression.

L’unique œil d’Odin était sinistre.

« -Je te retire ta magie ; un pouvoir usité pour tromper et trahir famille et ami loyal confondus. »

Une lumière transperça profondément son corps et il sentit l’Odinforce saisir sa magie d’une poigne de fer, l’arrachant de la moelle de ses os. Loki ne s’autorisa qu’une unique inspiration traduisant son sentiment de perte.

« -Enfin, je te retire les sorts qui scellent ta véritable forme, afin que tu puisses te regarder et voir le peuple même que tu as presque effacé de toute existence.
-Non, Père, NON— »

Mais avec les mots déjà prononcés, c’était déjà fait ; son honteuse vérité dévoilée aux yeux de tous. Il ne pouvait pas survivre comme ça. Les guerriers d’Asgard ne souffriraient jamais de sa vue longtemps.

« -Je te le retire, Loki Odinson, et je te bannis sur Midgard, un monde que tu as terrorisé de ton courroux—
-Odinson ? »

Odin vacilla enfin.

« -Oui. »

Loki se redressa de toute sa hauteur, ignorant le frisson et le tremblement dans ses os à nu.

« -Fustige-moi pour mes mensonges si tu le dois, Père de Toute Chose, mais n’ose même pas nier le tien. »

Il déglutit.

« -Punis-moi pour mes actions, punis-moi avec la vérité que tu as gardé cachée durant toutes ces longues années, jusqu’à ce qu’elle puisse être au mieux utilisée à ton avantage—
-Loki—
-Regarde ce que tu as fait ! Tes mensonges, ta trahison, pas les miens ! Je suis la créature que tu m’as fait devenir, Père. Regarde ton œuvre. Ne suis-je pas tout ce que tu voulais en un second fils ? »

Sa propre amertume le déchirait en lambeaux, mais Loki savait qu’Odin voyait dans ses yeux pourpres chaque vérité, brillante et vicieuse, pour ce qu’il était.

« -Connais tes crimes, dit lourdement son père. Et repens-toi. Apprends la valeur des vies que tu aurais si égoïstement prises. Jusque-là, tu es banni. »

Loki sentit à peine la magie agripper son corps, bien qu’elle brûlait là où elle touchait sa peau glacée ; des doigts sombres de feu s’enroulèrent autour de lui, l’entraînant de nouveau dans l’abysse –un enfer différent de celui dont il avait été sauvé seulement quelques heures auparavant.

Un Bifrost brisé. La main tendue de Thor. La sienne, se tendant en retour.

Une erreur.

Les ténèbres s’emparèrent de lui, le pouvoir propre à Odin l’envoyant valser à travers les étoiles. Loki ne lutta pas.

Asgard ne pouvait souffrir d’un monstre longtemps, après tout.

De même que son roi.


« -Hescamar. »

Odin ne réagit pas lorsque le corbeau se posa sur son épaule, battant des ailes bruyamment dans l’air immobile de la nuit. Hugin et Munin ne conviendraient pas pour cette tâche.

« -Veille sur lui de loin. N’interfère jamais. Lorsqu’il trouvera celui qui pourrait lui montrer la vérité sur lui, tu viendras me trouver.
-Majesté, dit Hescamar. Qui notre Loki pourrait-il trouver, enfermé dans le château brumeux dans lequel vous l’avez banni ? C’est une prison pour lui. »

Odin ne leva pas le regard de l’endroit où s’était tenu Loki.

« -Ces portes s’ouvriront. Mais seulement avec la bonne clé. »

Le corbeau n’était pas étranger au penchant d’Odin pour les leçons de vie cryptiques, mais la sagesse des mots était au-delà de sa compréhension. Peut-être n’était-ce pas son rôle de savoir.

« -Ainsi commande mon roi, croassa finalement l’oiseau, prenant son envol. »

Un battement de ses ailes ouvrit un portail qui scintilla d’étoiles distantes.

« -Hescamar veillera. Durant le temps que cela prendra. »

Odin regarda son troisième corbeau disparaître dans sa propre lumière, voyageant pour accomplir son devoir.

Les lois d’Asgard exigeraient un confinement éternel.

Jotunheim demanderait simplement sa tête.

Midgard était la seule alternative correcte. Ils étaient ignorants ; Loki, anonyme. Une fois encore, le monde des mortels forgerait un de ses fils et soit lui pardonnerait, le façonnerait…ou le briserait.

Seul le temps le dirait.


VINGT ANS PLUS TARD


« -C’est une blague. »

C’était une chose de découvrir que Pepper avait disparu. Enfin, disparu d’après ses standards –la police ne pensait pas qu’être injoignable depuis six heures pour Tony était grave. Pour Pepper, c’était l’équivalent de ‘eh bien j’ai commis un horrible crime et dois fuir le pays’ ou possiblement ‘kidnappée pour de l’argent, paie la rançon aussi vite que possible.’

C’était une chose de sortir pour aller à sa recherche, suivant le signal de son téléphone portable jusqu’à quelque part à environ trente-deux kilomètres à l’ouest de Solstice Canyon. Crapahuter dans les bois à la recherche de votre assistante personnelle était juste ce que n’importe quel patron ferait, en particulier un qui devenait légèrement dingue dans la maison, essayant d’obéir aux ordres d’Obadiah de ‘repose-toi là, fils, tu as traversé une épreuve sacrément rude. Laisse-moi juste m’occuper du côté affaires des choses.’

Cela faisait trois semaines qu’il était rentré d’Afghanistan, se trouvant dans des bois recouverts de neige au crépuscule, portant des chaussures de cuir italiennes à un millier de dollars. S’agissait-il de la partie la plus bizarre ? Non.

La partie la plus bizarre était qu’un château, un énorme château, complet avec des murs de pierre et ce qui semblait être des putain de douves se dressait dans une immense clairière brumeuse dans les bois. Des bois flippants, aux hululements de chouette, recouverts-de-neige-étrangement-hors-saison.

Le portable de Pepper tintait depuis quelque part à l’intérieur des murs.

Happy avait trouvé sa voiture garée à un peu plus d’un kilomètre près de la route, en panne avec la capot ouvert en le signal universel de ‘ma putain de bagnole est morte.’ Tony l’avait laissé là pour appeler un dépanneur, déclarant qu’une expérience naturelle rafraîchissante était de mise. Happy pensait sans cesse qu’il allait faire une sorte de crise post-traumatique, et bordel, ok ça pouvait encore être le cas ; mais malgré lui, Happy avait fini par céder, préférant lui épargner un stress inutile en protestant. Après tout, qu’est-ce qui allait l’attaquer dans les bois ? Des lapins ? Un renard enragé ? Christine Everhart ?

Tony avait juste décidé d’ouvrir le portail en fer de six mètres lorsqu’il entendit le premier loup hurler derrière lui. Son instinct de survie, un peu secoué par les événements récents mais fonctionnant toujours parfaitement, le fit réagir avant même qu’il ne comprenne vraiment qu’il était en train de bouger.

Le temps qu’il referme le portail, cinq formes lupines incroyablement larges commençaient déjà à émerger du brouillard. Rapidement. Tony prit exactement une seconde pour jauger la force du portail versus la taille et la vitesse de ce qui semblait être une meute de loups géants—

Tony abandonna et se précipita vers le château.

Le son d’un animal en train de feuler et son propre pouls le suivirent alors qu’il fonçait sur le pont-levis, se dirigeant vers ce qui ressemblait à des double-portes en arc au pied du plus haut bâtiment de la structure. Cela devait être l’entrée principale. Tony pria juste pour que les portes s’ouvrent –ces loups semblaient en rogne.

Dérapant sur la pierre recouverte de neige, Tony parvint à peine à se rattraper avant de glisser face la première dans la porte. Plaquant ses paumes contre, il tira sur le heurtoir de fer, mais le métal froid ne céda pas. Merde.

De l’autre côté du pont-levis –un vrai de vrai pont-levis !- le portail grogna en s’ouvrant légèrement. Un des loups recommença à hurler. Tony espéra à mort qu’il n’appelait pas des renforts. Enfoirés poilus. Il foudroya l’entrée du regard.

« -Ok, il y a des loups très littéraux à la porte. Sésame ouvre-toi ! »

Il enfonça son épaule dans la porte à l’instant même où il entendit des ailes battre au-dessus de sa tête. Tony leva les yeux pour voir la silhouette d’un énorme corbeau lustré en train de descendre, atterrissant sur le bord au-dessus des portes. Il lui lança un regard noir comme s’il lui avait piqué sa carcasse, la tête inclinée et ses yeux dorés vrillant avec vivacité.

« -Génial. Je suis dans un cauchemar à la Edgard Poe. »

Il poussa contre les portes. Cette fois, merci mon Dieu, elles s’ouvrirent juste assez pour qu’il puisse se faufiler. Tony ne perdit pas de temps à les refermer, glissant en place un verrou ayant l’air ancien de ses deux mains.

« -Sauvé. Possiblement en train d’infiltrer le château de Dracula, mais sauvé des bêtes sauvages. »

Respirant toujours fort –trop fort pour quelqu’un avec une capacité pulmonaire réduite, recommanda le souvenir de Yinsen- il se retourna et plissa les yeux dans l’obscurité autour de l’entrée.

Cela prit un moment aux yeux de Tony pour s’ajuster, puis un de plus pour qu’il se souvienne pourquoi il était à l’intérieur d’un château extrêmement flippant au départ. Pepper. Pepper était là quelque part, ou du moins son téléphone l’était. Mais pourquoi se serait-elle dirigée par ici ? Tony avait vu le genre de talons de tueur qu’elle portait. Les balades dans la nature seraient juste impossibles, même s’il y avait un moyen d’expliquer pourquoi elle avait erré plus d’un kilomètre dans les bois après que la voiture soit tombée en panne.

Sortant son téléphone, Tony vérifia le signal de traçage.

« -Merde. »

L’intégralité de l’écran était un chaos ondulant. Interférence électromagnétique ? En provenance de quoi ? Tony le glissa de nouveau dans sa poche avec un soupir. Apparemment localiser Pepper aurait à être fait à la dure.

Il ne semblait pas y avoir qui que ce soit dans le coin ; pas de personnel, pas de lumières, juste le froid et l’obscurité. De ce que Tony pouvait deviner de l’endroit, ça avait été modelé dans un style d’architecture qu’il n’avait jamais vu ou dont il n’avait même jamais entendu parler. C’était une sorte de fusion de gothique ancien, complet, avec des plafonds en ogives et des cheminées sombres plus hautes que lui. D’énormes salles de réception arboraient des escaliers en colimaçon élaborés menant aux étages supérieurs et exposaient des murs de pierre. Des fenêtres de verre et des appliques décoraient les murs. D’incroyables chandeliers à bougie étaient suspendus au plafond, complètement recouverts de toiles d’araignée.

L’endroit semblait abandonné. Au mieux, il ne semblait certainement pas accueillant.

Château Dracula commençait vraiment à sonner juste.

« -Pepper ? appela Tony en descendant un long couloir, s’appuyant contre une rampe de bois au haut des escaliers. »

Scruter les ténèbres n’allait pas aider ; il allait devoir y aller.

C’était tellement silencieux que ses propres pas résonnaient. Tony n’était pas vraiment du genre fantaisiste et imaginatif lorsqu’il s’agissait d’endroits sombres et de monde sauvage effrayant, mais l’ambiance commençait à faire son effet alors qu’il vagabondait. L’odeur de la pierre froide, de la tapisserie jaunissant et du bois poli saturait son souffle même.

Huh.

Du bois poli. Peut-être que quelqu’un était là-dedans après tout.

« -Pepper ? Y’a quelqu’un ? N’importe qui ? appela-t-il, horriblement bruyant dans l’immobilité de l’endroit. Je cherche une grande rousse, très mince, très séduisante…je pense qu’elle portait un costume d’affaires ? »

Il passa sa mémoire au crible.

« -Elle porte du rouge à lèvre rouge, définitivement. Sent le linge propre et Chanel No. 5. Est-ce que ça rappelle quelque chose à quelqu’un ? Hello ? Hey !! »

Tony commençait à s’énerver. Cela ne devrait pas être possible de juste perdre une femme en entier. Pas Pepper. Pepper était à lui ; elle était la seule personne qu’il avait et qu’il n’avait pas à partager. Fiable, jolie Pepper Potts avec ses froncements de sourcils inquiets et ses petites mains. La seule personne au monde qui ne pensait pas qu’il était devenu complètement dingue après avoir fermé l’usine d’armements à Stark Industries.

Cela ne devrait juste pas être possible de perdre quelqu’un comme ça. Pepper devrait briller comme un phare, lui criant dessus de rentrer au manoir avant que quelqu’un des médias ne le voie se balader comme un enfant perdu.

Il expira dans le silence et l’obscurité, pressant une paume sur le métal froid dans sa poitrine. Peut-être que cela serait mieux de partir et de trouver Happy, pour faire venir une équipe de recherche. S’il pouvait passer une meute de loups mutants affamés, du moins.

L’ennui était que ce château n’existait sur aucune carte de Solstice Canyon. S’il n’existait pas –il n’avait pas vraiment une crise post-traumatique, n’est-ce pas ? Parti dans un joyeux endroit flippant dans sa tête ? Ce n’était pas complètement hors de question. Peut-être que Happy était en train de le fixer en ce moment même, en position fœtale par terre et marmonnant à propos de loups.

Tony était si absorbé dans cette nouvelle possibilité qu’il manqua presque la lumière en train de se balancer au bout du couloir. Une personne tenant une lanterne ? Il se lança à sa poursuite avant de pouvoir réfléchir à qui exactement pourrait vivre dans un château faisant froid dans le dos.

« -Hey ! cria Tony. Attends, Clochette ! »

La lumière s’arrêta au son de ses chaussures martelant la pierre pavée, se retournant pour lui faire face.

« -Clochette ? répéta un homme, incrédule. Qui bordel—
-Mon nom est Tony Stark, interrompit Tony, plissant des yeux vers le type à travers la lumière. »

Il avait l’air un peu débraillé, dans les débuts de la trentaine.

« -Je cherche une femme du nom de Pepper Potts. »

Le visage du type se creusa.

« -Tu pourrais essayer la cuisine. »

En voyant l’expression de Tony il ajouta hâtivement :

« -Une femme est entrée aux alentours de midi, peut-être un peu plus tôt. Le patron l’a emmenée dans la tour. »

Tony déglutit.

« -Tour ? »

Patron ?

Le type à la lanterne acquiesça.

« -Ouais mais— »

Il cligna des yeux, rapprochant la lumière du visage de Tony.

« -Attends, t’es venue la chercher ? Juste la chercher ? Rien d’autre ?
-Pour quoi d’autre je me baladerais dans l’Hôtel Overlook ? Ecoute, dis-moi juste comment aller à la tour—
-Non, mec, tu piges pas, insista le type, ayant l’air étrangement pâle dans la lumière dorée. Les gens n’arrivent juste pas ici en cherchant des gens disparus. Et –tu peux pas sortir. Jamais. »

Une ombre sembla traverser son visage.

« -Ça vient de quelqu’un qui sait. »

Tony n’aimait pas de quoi ça avait l’air, mais après, il avait entendu la même chanson il n’y avait pas si longtemps.

« -J’ai été retenu captif avant, dit-il brièvement. Ça n’a pas marché. Alors, tour. Maintenant. »

Durant un instant le type se contenta de le regarder avec de grands yeux, secouant la tête comme s’il n’arrivait pas à croire que Tony était réel. Puis il fourra la lanterne dans sa main et désigna une niche dans le mur. Des marches de pierre montant en spirale étaient tout ce qu’il pouvait voir.

« -Suis-le. Elle sera dans une cellule. »

Le type battait déjà en retraite dans les ombres, ayant l’air d’être à deux secondes de prendre ses jambes à son cou.

« -Merci, Clo. Je t’en dois une.
-Mon nom est Clint, lança le type en retour avec irritation. Clint Barton.
-Peu importe. »

Prenant les escaliers deux marches à la fois, ignorant le lancer froid dans sa poitrine, Tony remonta à toute vitesse la spirale étroite jusqu’à pouvoir voir une unique torche en train de brûler plus loin. Donc ils l’avaient laissée avec un peu de lumière. Est-ce que ça avait été le boulot de l’autre type ? Ou était-ce ce ‘patron’ dont il avait parlé ?

Quel genre de patron dirigeait un vieux château exactement ?

« -Pepper ? appela-t-il. J’ai plus ou moins désespérément besoin d’un signe de vie là—
-Tony ?! s’exclama Pepper, son nom se déchirant en un presque sanglot. »

Sa main passa à travers une fente barrée de fer dans la porte de cellule en bois, lui intimant de partir.

« -Oh, Tony, tu ne peux pas être là ! Va-t’en !
-Pepper, que— »

Quelque chose sembla gronder dans les ombres derrière lui.

« -Cours, Tony ! hurla-t-elle. Juste pars—tu ne sais pas ce qu’il est ! »

Tony marcha vers la porte de la cellule, la peur agrippant sa gorge comme un étau. Pepper n’avait pas juste peur ; elle était terrifiée. Le temps était définitivement compté à présent. Il posa la lanterne sur le sol.

« -La ferme, Pep. Je suis ton patron. »

Tony accrocha ses mains par la fente barrée, essayant de soulever la porte. Cela pouvait être de vieux gonds traditionnels, mais ils ne bougèrent pas d’un centimètre.

« -Je te fais sortir point final.
-Tony, Tony écoute-moi, dit Pepper d’une voix rauque, ses yeux brillants de larmes et féroces à travers les barres. Tu viens juste d’être libéré des Dix Anneaux. Ce—cette chose, le patron ? C’est un monstre.
-Oh, c’est un peu rude, non ? répondit-il avec désinvolture. Fais-la rester calme, Tony. Six heures de confinement et tu l’as déjà étiqueté comme monstre ? Qu’est-ce qu’il a fait, confisqué ton oreillette Bluetooth ?
-Tu ne comprends pas. »

Pepper tendit la main à travers les barreaux pour s’emparer de son bras. Ses doigts étaient froids.

« -Personne ne sort vivant, Tony. Ce sont les règles. »

Tony la fixa à travers les barreaux un long moment.

« -Je m’en fiche, dit-il platement. Je te fais sortir de cette foire aux monstres –en fait, comment t’as fait pour entrer là-dedans au juste ?
-Je ne sais pas, j’ai ouvert le capot et je me suis juste retournée –il y avait cet oiseau et je… »

Suspendant sa phrase, elle se mit à le fixer à travers les barreaux de la cellule comme si elle le voyait vraiment pour la première fois depuis qu’il était entré dans la tour.

« -Tony, comment tu es entré ? »

Le vent dans la tour de la cellule devint glacial dans son dos. Devant lui, les yeux de Pepper s’écarquillèrent ; il pouvait distinguer le blanc dans la pénombre.

« -Oh, mon dieu, murmura-t-elle, fixant quelque chose par-dessus son épaule. »

Ses yeux brillèrent de larmes fraîches. D’une certaine manière, il ne pensait pas qu’elles étaient pour elle-même.

« -Oh, Tony. »

Un grondement bestial envahit la pièce de pierre.

Cela venait de juste derrière lui.

De l’air arctique souffla sur sa nuque. En face de la cellule, la torche solitaire vacilla et manqua de s’éteindre. Des ombres frémirent en une danse frénétique sur les murs. La lumière de la lanterne à ses pieds se réduisit à une faible lueur bleue.

Pour rien au monde Tony ne put forcer son corps à se retourner.

Il avait ressenti la peur avant. La peur de la douleur, la peur de la mort, la peur d’être seul. Mais ce qu’il ressentit à cet instant n’était pas de la peur. Ce n’était même pas de la terreur. C’était de l’horreur rigide, à vous glacer le sang, et il n’arrivait pas à faire se retourner son corps.

« -Je—je veux juste la faire sortir d’ici. C’est tout. »

Il parla à la porte de la cellule. A l’intérieur, Pepper tremblait. Que cela soit de peur ou de froid, il ne savait pas.

« -Elle est tout ce dont je me soucie. Je n’ai rien à voir avec vous.
-Elle est entrée. Elle reste. »

Un déplacement d’air passa sur les épaules de Tony. Le –patron semblait être en train de faire les cent pas. Sa voix semblait enrouée, rauque. Il n’y avait pas moyen de deviner son âge.

« -Elle s’est perdue.
-Comme cela arrive à certains. Elle reste.
-Je vais pas—
-Elle est entrée ! Elle reste ! »

Les mots furent rugis dans son dos, suivis par le son de la glace se fissurant profondément. De la destruction dans une voix. Puis :

« -Tu n’es pas un des leurs. Tu n’es pas à ta place.
-Elle non plus. »

D’une certaine manière, les mots sortirent presque comme une supplique. Tony regarda ses propres doigts s’agripper aux barreaux de la porte de la cellule suffisamment fort pour faire blanchir ses articulations.

« -Aucun de nous n’a sa place ici –peu importe où c’est. »

Durant un long moment tendu, il n’y eut aucun son dans le dos de Tony. Il savait que la créature, le patron, était toujours là seulement par la lumière mourante et le froid douloureux enveloppant la pièce. S’il les laissait partir ils pouvaient juste oublier toute l’histoire. Stark Industries les maintiendrait tous deux si occupés qu’ils n’en feraient même jamais plus la remarque. Ils n’auraient jamais à en dire un mot à personne.

Tant qu’il les laissait partir.

« -Je te libère de mes terres, dit la créature derrière lui. Tu es une erreur. Mais elle reste. Les égarés m’appartiennent. »

A l’intérieur de la cellule, le visage de Pepper était devenu d’un blanc d’os. Incroyable, elle parvint quand même à faire un fantôme de sourire. Pour lui, probablement. Brave Pepper Potts. C’était de nouveau le fil de cuivre et l’aimant.

« -Peux-tu, commença-t-elle faiblement. Peux-tu arroser mes plantes ? Pendant mon absence ? Et –dis à Obadiah que le rapport qu’il voulait pour le contrat Jericho est avec sa secrétaire. JARVIS peut s’occuper de tout le reste à partir de mes mémos vocaux. »

Son sourire vacilla.

« -Je…c’est tout, vraiment. »

Tony sentit une boule dure remonter dans sa gorge.

« -Pepper, je ne vais pas arroser tes plantes. »

Elle tressaillit légèrement, puis carra les épaules. Ses cheveux sortaient de sa pince en des mèches désordonnées. Pepper n’avait jamais l’air autre que parfaitement coiffée. Une professionnelle accomplie. Bien trop putain de douée pour être son assistante personnelle. L’avait toujours été, vraiment.

« -Non, bien sûr que tu ne peux pas. Je veux dire, tu n’arrives même pas à te rappeler de te nourrir la plupart du temps—
-Tu vas arroser tes propres plantes, dit platement Tony, parlant par-dessus sa réponse. Tu restes pas ici, Pepper. »

Il jeta un œil par-dessus son épaule, mais il ne pouvait rien voir que les ténèbres.

« -Moi oui. »

La tête de Pepper se redressant brusquement sous la surprise et la peur.

« -Tony, non. Ne fais pas ça. Pas pour moi. »

Tony l’entendit à peine, se focalisant à la place sur les pas marchant rapidement derrière lui. La chose était agitée. Elle n’avait pas prévu ça. Peut-être que c’était vraiment la première fois que quelqu’un était entré dans le château juste pour trouver quelqu’un qu’ils avaient perdu. Ou peut-être que c’était la première fois qu’un prisonnier avait dans les faits quelqu’un qui voulait le trouver.

« – Je pourrais vous garder tous les deux, finit par feuler le patron, mais il semblait tendu, indécis. »

Bizarre.

« -Enfermés dans l’hiver et l’ombre pour le restant de vos vies. »

La torche en train de lutter sur le mur s’éteignit enfin, incapable de rester allumée en face de la présence glaciale irradiant derrière lui. Des monstres et des loups et de la glace et des châteaux qui disparaissaient. C’était impossible. L’intégralité de l’endroit était impossible.

« -Mais les martyrs ne m’intéressent pas.
-Qu’est-ce que t’en dis, Pep ? »

Ignorant la présence froide derrière lui, Tony se contenta de sourire à travers les barreaux. Pepper secoua la tête.

« -Non. Tu es trop important. »

Il eut une exclamation moqueuse.

« -Pour quoi, le prix des actions ?
-Pour tes amis. Pour moi. »

Une main froide couvrit la sienne, la décrochant des barreaux, la repoussant.

« -Si l’un de nous rentre, je veux que ce soit toi. »

C’est ce que je veux. Ne gaspillez pas votre vie.

A un battement de cœur de la liberté. Une arme vidée, un homme se vidant de son sang pour lui, jeté et aux membres brisés sur des piles périmées de fournitures obtenues illégalement. Non, pensa Tony, étourdi de conviction. Pas cette fois. Pas Pepper. Pas cette cellule, ce château, ce geôlier.

Jamais plus.

Tony se retourna et fit face à la créature rôdant dans les ombres. La porte de bois de la cellule contre son dos était tout ce qui le maintenait debout.

« -Laissez-là partir et je promets de rester ici à sa place. »

La lumière de la lanterne aux pieds de Tony ne s’étendait pas suffisamment loin pour illuminer l’ombre large devant lui. Ce ne fut qu’une silhouette, irradiante de glace et de colère, qui répondit.

« -Quelle abnégation. »

Le craquement du givre escaladant la pierre fut tout ce qui ponctua le silence durant un long moment.

« -Lève ta lanterne. Vois si tu peux réitérer ton offre après avoir découvert exactement à quoi tu la fais. »

Et dans ce défi, direct, résonnait une assurance si confiante, si cruelle, que l’épouvante envahit Tony. Cette…créature pensait que ce qu’il était sur le point de voir le ferait changer d’avis à propos de changer de place. Ce n’était même plus une possibilité ; Pepper sortait de là coûte que coûte. Elle ne méritait pas le genre de traitement que les ravisseurs aimaient réserver à leurs otages.

Le goût âcre de l’eau du désert, pleine de sable, remonta dans le nez de Tony lorsqu’il se pencha précautionneusement et passa ses doigts sous la poignée de la lanterne, la redressant progressivement. La lumière formait une mare aux pieds bottés de la créature, les yeux de Tony la suivant alors qu’elle remontait.

Le bord déchiré d’un manteau vert capta d’abord son attention. Il descendait jusqu’à ses bottes, lesquelles atteignaient la hauteur du genou. Un pantalon d’une sorte de cuir suivit –et alors Tony vit ses mains.

Des mains griffues, d’une couleur bleue inhumaine. Des flocons de glace tombaient à un débit constant de l’extrémité de ses doigts. Un autre regard en bas et Tony réalisa qu’il se tenait sur un cercle de pierre recouvert de givre. Il—ça, pouvait faire de la glace avec ses mains. Avec ses pieds.

Le cœur de Tony commença à tambouriner douloureusement fort. La lumière ambulante de la lanterne continua. Il avait besoin de voir. Peu importe à quel point c’était terrifiant, Tony avait besoin de voir.

Les mains devinrent des bras, ses avant-bras encastrés dans une sorte de menotte de métal décorative. Des cicatrices pâles captèrent la lumière au niveau du coude et du poignet. Davantage de peau bleue –beaucoup, parce que sa poitrine était nue exceptée le collier de dents qui devait être vrai. Des lignes en relief marquaient sa poitrine comme des scarifications, incurvées et placées là comme à dessein.

Lorsque les yeux de Tony atteignirent la peau de fourrure hérissée drapant ses épaules et son dos, sa poigne sur la lanterne se figea. La créature était sauvage, bestiale, impossible. Il n’était pas humain.

Il n’était pas humain.

« -Lève ta lanterne, dit la créature. Lève-la et fais-moi ton serment. Si tu le peux. »

Derrière lui, il pouvait entendre Pepper respirer. De courtes respirations peu profondes effleuraient sa nuque. Faire preuve de lâcheté devant elle, laisser cette chose prendre le dessus, tout cela était hors de question. Prendre des risques stupides faisait juste partie de son charme, même s’ils allaient probablement le faire tuer. D’un tressautement de poignet, il révéla le visage de la créature.

Ses yeux étaient rouges. D’un pur rouge sanglant, et ils réfléchissaient la lumière comme ceux d’un animal. Des dents blanches aiguisées comme des canines brillèrent dans un feulement. Mais ce qui embrasa vraiment l’horreur de Tony furent les cornes. Deux cornes d’ivoire épaisses, recourbées, sortaient de son front, revenant dans de longs cheveux noirs emmêlés. Il était monstrueux ; démoniaque. Et il attendait que Tony parle, l’observant du regard plat et dangereux d’un prédateur.

Non, pensa Tony, il n’attendait pas juste qu’il parle. Il attendait qu’il change d’avis. Qu’il laisse Pepper derrière. Qu’il se sauve. Qu’il fuie.

« -Laissez Pepper partir à ma place, répéta-t-il. Je vous promets que je resterai derrière. »

La créature fit un grand pas en avant et lui feula au visage. De la glace se craquela le long des murs, tombant en couches drapées qui se brisèrent et s’éparpillèrent sur le sol. La lanterne se réduisit à un bleu de gaz. De même que la bravade de Tony. Mais il continua de parler. Il devait se faire entendre.

« -Peu importe ce qu’est cet endroit, elle n’y a pas sa place. C’est trop sombre pour elle, lâcha-t-il, sachant à peine ce qu’il disait. C’est elle l’erreur, pas moi. »

Malgré son explication dénuée de sens, la note de sincérité résonna dans ses propres oreilles autant qu’elle affecta la créature. Tony la regarda se redresser légèrement, ses yeux rouges se plissant dans la faible lumière.

« -Tu ne quitteras jamais cet endroit, dit-elle soudainement, refermant son manteau. »

Tony la regarda alors qu’elle—alors qu’il commença une nouvelle fois à faire les cent pas, agité.

« -La neige ne fond jamais. Les loups ne partent jamais. Tu serais condamné à parcourir le château jusqu’à ce que la folie ou la vieillesse ne t’emporte. »

Faisant halte si soudainement que les yeux de Tony durent la rattraper, la créature le surplomba.

« -Tu échangerais ta liberté contre la sienne ? «

Tony ne réfléchit pas.

« -Oui. »

Son visage se tordit d’incrédulité et de fureur.

« -Alors tu es un imbécile. »

Elle fit volte-face vers l’entrée de la tour.

« -BARTON ! »

Le nom rugi se réverbéra dans les os de Tony, mais avant qu’il ait le temps de se reprendre l’homme de précédemment se précipita dans la cellule, manquant de trébucher sur la dernière marche et de glisser dans la glace.

« -Oh mon dieu, oh mon dieu, psalmodiait-il dans sa barbe, les yeux passant entre eux trois. Oui, patron ? »

Le ‘patron’ avait l’air d’avoir envie de tuer quelque chose. Tony pressa juste son dos contre la porte de la cellule, essayant de se focaliser sur la paume épousant l’arrière de son crâne à travers les barreaux. Essayait-elle de le réconforter ?

« -Fais passer la femme au-delà du portail. Elle s’en va. »

Un doigt griffu se pointa dans la direction de Tony.

« -Suis-moi ou je te traîne. »

De la glace tomba de ses mains.

« -Et tu ne veux pas que je fasse ça. »

Nous y étions alors. Prisonnier, deuxième round.

Les doigts de Pepper se tordirent dans ses cheveux et tirèrent.

« -Es-tu stupide ? siffla-t-elle dans son oreille depuis derrière lui. »

Sa poigne était douloureusement serrée.

« -Je ne pensais pas que tu étais devenu fou, mais ça ? C’est de la folie ! »

En face de lui, la lèvre du patron se retroussait en un ricanement. Le regard noir assorti disait que sa patience avait atteint ses limites depuis un petit moment.

« -Pepper, pour l’amour de Dieu lâche-moi, grogna Tony, retirant sa main et quelques mèches de cheveux parfaitement décentes de son crâne. C’est mon choix, cette fois. Accorde-moi au moins ça. »

S’éloignant de la cellule quand Barton décrocha un anneau de clés de fer d’un crochet sur le mur, Tony fut en mesure de voir les yeux de Pepper brûler en direction de la créature avec une sorte de promesse funeste en eux qu’il n’avait jamais vue auparavant.

« -Essaie juste de t’y tenir, dit-elle doucement quand la porte de la cellule s’ouvrit dans un craquement. »

Son regard ne céda pas lorsqu’elle sortit, se tenant plus grande que Tony l’ait jamais vue être.

« -Je n’ai pas eu l’occasion d’aider la dernière fois. Je le retrouverai. »

Barton rit étrangement.

« -Ouais, fais-toi encore piéger dans le terrier du lapin, ça ça va montrer à tout le monde que t’es sérieuse. »

Il offrit moqueusement son bras à Pepper mais elle le dépassa juste, attirant Tony dans une étreinte écrasante. Honnêtement, cette femme avait la poigne d’un python. Il lui tapota maladroitement le dos et essaya de ne pas grimacer à la pression sur le réacteur Ark. Personne n’avait à savoir que cela faisait encore mal.

« -Fais en sorte qu’Obadiah reste en-dehors de mon atelier, murmura Tony à son oreille. S’il te plaît.
-Oh, tu vas me manquer aussi, répliqua-t-elle, lui lançant un sale regard. »

Sa bouche s’étira en un sourire tordu.

« -Bye, Pepper. »

Tony fut parti et en bas de l’escalier en spirale avant de pouvoir réfléchir à deux fois à ce qu’il faisait. Il n’était pas doué pour dire adieu, majoritairement parce qu’il détestait tellement ça. Il n’y avait aucun moyen de sortir de cette prison, et la seule alternative était que Pepper reste. Ou si le maître du château, cette chose démoniaque en haut, les gardait tous les deux ici. Ce qu’il pouvait faire juste en l’ordonnant, d’après cette conversation.

Parce que la magie et les monstres étaient réels. Il n’y avait pas à réfuter la chose ; il se tenait droit dedans. Il venait juste de parler à quelque chose pour lequel il avait toujours pensé que le monde scientifique n’aurait aucune place.

Tony pouvait l’accepter. Il devait l’accepter. Il n’y avait pas de Yinsen cette fois, pas de missiles à démonter en pièces. Pas de forge. Pas de désert. Pas de délais ou même de moindre assurance particulière pouvant signifier que la vie de Tony était protégée pendant qu’il était ici. C’était juste lui.

Il était seul.

Tony n’avait jamais très bien supporté d’être seul. Mais c’était juste un autre jeu de survie, un qu’il ne pouvait pas perdre.

Des pas lourds martelèrent les dernières marches derrière lui, et Tony se retourna pour voir une haute silhouette cornue le dépasser en l’effleurant. Du tissu frotta sa jambe, le faisant sursauter et reculer de surprise. La créature l’éloigna en tirant d’un geste brusque le bord de son manteau avec un feulement.

« -Avec moi, invectiva-t-il, prenant les devants devant Tony, descendant le large couloir. »

Il ne semblait pas être très intéressé de savoir s’il était suivi ou non, mais d’après la taille du château il était probablement une bonne idée pour Tony de suivre quelqu’un qui savait où il allait dans les faits.

allaient-ils ?

S’il allait être le nouveau prisonnier, cela aurait fait plus de sens de juste l’enfermer dans la cellule de Pepper. A moins que tout soit juste un piège. Des visions d’être en train de bouillir sur une énorme gazinière de cuisine ou suspendu à l’envers et écorché commencèrent à envahir son esprit. Que mangerait un démon de glace ?

Tony était si préoccupé par sa propre imagination qu’il sursauta lorsque le patron commença à parler.

« -Les règles de ce domaine sont simples, déclara-t-il, ne prenant pas la peine de se retourner. Passer le portail et essayer de partir te fera tuer. Ce n’est pas une menace. M’attaquer serait également malavisé.
-Rien à dire de ce côté. »

Cela lui valut un coup d’œil rouge pointu.

« -Il t’est largement permis de vagabonder dans le château. Pas dans l’aile ouest. Va au-delà de ces escaliers… »

Il désigna un large escalier marqué de chaque côté par ce qui semblait être d’énormes marques de griffes.

« -…et tu passeras le reste de tes misérables jours dans la cellule de la tour. »

Intéressant. Il avait son propre territoire à l’intérieur du château. Quand même, ce fut la seconde moitié de son explication qui attisa la curiosité de Tony.

« -Ça implique que vous me faites pas juste visiter pendant que vous virez Pepper. Où est-ce que vous m’emmenez ? »

Ils tournèrent à l’angle d’un couloir plongé dans l’obscurité, débouchant sur la partie la plus longue du château ; de ce que Tony en avait vu dehors, il lui avait semblé vaguement rectangulaire. D’énormes portes de bois taillées jalonnaient l’intégralité du couloir tout du long, parfaitement espacées et aux marques identiques.

« -Toutes sont des chambres. Choisis-en une pour toi. »

Voyant la compréhension illuminer le visage de Tony, il tourna les talons pour partir. Apparemment la visite était terminée. Voilà ta chambre, va pas dans la mienne. Fin.

« -Hey ! appela Tony avant qu’il ne tourne au coin et ne disparaisse. As-tu un nom ? »

La créature arrêta de marcher. Tout ce que Tony pouvait distinguer était la forme trapue de ses épaules recouvertes de fourrure disparaissant dans l’ombre. Le bord de ses cornes étaient une courbe pâle au-dessus.

« -Plus maintenant. »

Avant qu’elle ne puisse recommencer à marcher, Tony décida de creuser sa propre tombe.

« -J’ai besoin de quelque chose pour t’appeler. Non ?
-Vraiment ? défia-t-elle brièvement, presque aigrement. »

Puis elle—il, se rappela Tony, c’était définitivement un homme—fut parti, disparu dans l’obscurité. Tony regarda l’espace qu’il avait occupé comme s’il allait revenir, peut-être même rire et le ramener en le traînant à la tour comme si tout avait été une grosse blague psychologique. Peut-être le tabasser un peu, le noyer un peu, le menacer un peu. Tony pressa une paume contre le réacteur Ark, en sentant le faible bourdonnement familier. Toujours vivant.

Ne gaspillez pas votre vie.

« -J’ai fait quelque chose de bien, dit-il au souvenir de Yinsen. Je l’ai sauvée. Cela doit être suffisant. »

Non pas que cette justification était quelque chose qui avait encore de l’importance. Un marché était un marché –il n’y avait pas d’échappatoire. Tony poussa la première porte à portée et entra. C’était aussi élaboré et isolé que le reste du château. Tout était recouvert de couches de poussière et de toiles d’araignée, lit et rideaux inclus.

Home, sweet home .

Pour toujours.

Tony soupira et se mit au travail.