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Réverbères |version française|

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Les yeux penseurs de Lauren étaient posés sur Kieran mais son attention était tout ailleurs. Elle suffoquait et sa gorge lui brûlait. Son cerveau avait du mal à retranscrire avec netteté ce qui lui faisait face. Ou ce flou pourrait-il être dû aux larmes qu’elle sentait monter en elle ?  Quoiqu’il en soit, elle devait partir. Loin. Fuir. Et courir. Vite.

La main sur le cou au niveau des rougeurs naissantes, Lauren haletait. L'eau ruisselait sur son visage et s'écoulait de ses cheveux pesants. On peinait à distinguer sa chemise de sa poitrine, tant les deux, blanches comme neige se confondaient par transparence. Son esprit tout autant secoué que l'avait été son corps quelques minutes plus tôt, elle se contentait d'avancer, sans réfléchir à l'emplacement de ses pieds glissant sur le terrain boueux. Partir était la seule -et la meilleure- option. Elle n'avait aucune raison de rester une minute de plus aux côtés de ce monstre, comme elle s’était entendue le nommer. Oui, c'est bien ce qu'il était devenu à ses yeux : un cabochard qui s’extasiait à la vue du sang. Il était un monstre. Ne l'avait-il pas affirmé lui-même ? Mais elle ! Une égoïste hypocrite ? Elle détestait l'admettre, mais elle savait qu'il n'avait pas complètement tort. Seulement elle aurait préféré ne pas l’entendre de lui. Il était bien mal placé pour lui faire la morale.

À court de souffle, Lauren arrêta sa course et prit appui sur l'arbre le plus proche. “Et je l'ai toujours été”. Cette phrase résonnait toujours en elle. Qu'est-ce que cela pouvait bien vouloir dire? De toute manière, qu’est-ce que cela importait? Il avait rompu leur pacte en lui mettant sur le dos des dizaines de morts. Elle frappa de son poing l'écorce humide qui retenait son corps et regretta aussitôt son geste. Elle qui s'était permis de lui faire confiance. Qu'est-ce qui lui avait pris ? Qu'est-ce qu'elle avait en tête, à ce moment là ? Rien que de repenser à sa main serrant la sienne lui donnait la nausée. Elle avait honte de pouvoir penser de la sorte, mais elle se sentait surtout trahie. Coupable, aussi, de s’être laissée séduire. De s’être laissée convaincre par son ennemi. Elle devait pourtant savoir que cela ne présageait rien de bon.

Le truc, c’est qu’elle savait.