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Vendredi

C'était encore une longue journée pour Faith qui était en train d'exploser son quota d'heures supplémentaires cette semaine. De la paperasse, toujours de la paperasse et encore de la paperasse. Voilà à quoi se résumait sa vie depuis qu'elle avait été promue inspecteur : de la paperasse à n'en plus finir. Le travail était passionnant, elle n'allait pas mentir, mais les patrouilles avec Bosco et l'adrénaline quotidienne lui manquaient.

Faith se massa les paupières puis s'étira. Elle avait la nuque et le dos raides à force d'être assise à son bureau à rédiger des rapports et des conclusions. Un café, voilà ce dont elle avait besoin. Marcher jusqu'à la machine ne pourrait pas lui faire de mal non plus, songea-t-elle en se levant. Mais c'était surtout la bonne dose de caféine qui l'intéressait. Elle savait qu'elle risquait d'avoir la migraine en allant se coucher, ça lui arrivait souvent lorsqu'elle en consommait autant en une soirée, mais pour l'instant elle ne voyait pas comment tenir autrement.

« Je remplis mon rapport et je repars en patrouille, fit une voix au coin du couloir qu'elle reconnut comme étant celle de Davis.
- Fais attention, tout seul dehors, d'accord ?
- Oui patron. »

Elle tourna pour apercevoir Swersky, Davis et Bosco. Elle regarda sa montre : il était à peine 21h30.

« Salut, fit-elle en s'approchant.
- Salut Faith, répondit Davis.
- Que fais-tu encore là ? lui demanda Swersky.
- Paperasse… répondit-elle en grimaçant. Bosco, tout va bien ?
- Ouais, ouais, répondit ce dernier mais elle n'était pas convaincue.
- Il s'est fait percuter par un bus.
- Percu- quoi ??
- Davis…
- Pourquoi tu n'es pas à la Pitié ?
- Je vais bien.
- On en revient, il n'a pas voulu rester. »

Le regard de Faith passa de l'un à l'autre de ses anciens collègues. Elle n'en revenait pas. D'une part que Bosco ne soit pas resté à la Pitié - même si en réalité ça ne l'étonnait guère - et d'autre part que Davis n'ait pas cherché à insister.

« Boscorelli je veux pas te revoir avant la semaine prochaine, ordonna Swersky.
- Patron je peux revenir demain, j'ai juste quelques bleus.
- C'est pas négociable. A moins que tu préfères que je te colle derrière un bureau pendant le mois à venir.
- Sans façon, merci.
- Alors demain tu restes chez toi. »

Bosco soupira mais acquiesça d'un hochement de tête.

« Bon, moi faut que j'y aille, déclara Davis. C'était sympa de t'avoir vu, Faith.
- Toi aussi, Davis. »

Faith se retrouva bien vite seule dans le couloir. Elle regarda Bosco prendre la direction des vestiaires d'une démarche légèrement bancale. Il devait souffrir le martyr mais, bien trop fier comme il l'était, refusait de le montrer.

Oubliant son café, Faith fit demi-tour et prit le même chemin que son ancien partenaire. Elle passa la porte des vestiaires et tomba sur un Bosco en train de lutter pour retirer sa chemise d'uniforme.

« Besoin d'un coup de main ?
- Bon sang, Faith ! pesta Bosco dont la douleur venait de se réveiller en sursautant.
- Désolée.
- Je vais bien, merci. »

Faith ne se laissa pas impressionner par le ton sec de Bosco et entra complètement dans la pièce. Elle s'adossa à l'angle de la rangée de casiers et le regarda lutter encore un peu.

« Okay, ça va, tu peux m'aider… râla-t-il en reconnaissant son handicap. »

Faith ne répliqua pas, ne se moqua pas de lui. Elle se contenta de l'aider à retirer sa chemise d'uniforme qu'elle accrocha elle-même sur le cintre, puis l'aida sans un mot à enfiler sa chemise de ville. Bosco serra les dents tout le long mais la douleur se lisait clairement sur son visage. Plus de 10 ans de partenariat, et encore plus d'amitié, ce genre de détails n'était pas quelque chose qu'elle pouvait oublier du jour au lendemain.

« Tu vas réussir à conduire ?
- Je vais prendre un taxi, déclara Bosco qui, pour une fois, se montrait raisonnable.
- Non, je vais te ramener.
- Je croyais que tu avais du boulot ?
- Ça peut attendre. »

Bosco leva un sourcil mais Faith ne releva pas. Bosco passerait toujours avant la paperasse. Avant tout le reste. Et si quelqu'un avait un problème avec ça, il n'avait qu'à venir le lui dire en face.

Lorsque Bosco fut prêt, Faith l'aida à enfiler son manteau et son écharpe, puis le conduit jusqu'à sa voiture après avoir fait un crochet par son bureau pour récupérer ses affaires. La Mustang bleue passerait la nuit devant le commissariat, tant pis. Ce n'était pas comme si elle risquait quelque chose ici.

« Tu veux que je te conduise chez ta mère ?
- Pourquoi ?
- Tu vas pas pouvoir rester tout seul dans ton état.
- Je suis un grand garçon Faith. Ramène-moi juste chez moi.
- Est-ce que tu ne peux pas juste lui demander de passer de temps en temps ?
- De toute façon elle est pas là. Elle est partie voir une cousine dans le Michigan. »

Faith lui jeta un coup d'œil avant de se reconcentrer sur la route. Bosco se tortillait sur son siège, incapable de trouver une position qui soit confortable.

« Qu'est-ce que tu fais ? demanda soudain Bosco quand il comprit qu'elle ne le ramenait pas chez lui.
- Tu vas venir chez moi.
- Faith-
- Ce n'était pas une proposition Bosco. »

Le reste du trajet se fit en silence. Faith parce qu'elle était concentrée sur la route à cause de la neige, et Bosco parce qu'il ruminait dans son coin.

Quand ils furent enfin chez Faith, dans la chaleur accueillante de son appartement, elle l'aida à se mettre à l'aise et à s'asseoir sur le canapé, puis alla préparer du chocolat chaud. Le café était une mauvaise idée à cette heure-ci et, de toute façon, elle en avait déjà assez bu comme ça aujourd'hui.

Lorsqu'elle retrouva Bosco dans le salon et prit place à côté de lui, elle soupira doucement.

« Qu'est-ce qui s'est passé, exactement ? finit-elle par lui demander.
- On pourchassait un type, il a traversé la rue, je l'ai suivi, et j'ai pas vu le bus assez tôt.
- Seigneur… murmura-t-elle.
- C'est rien, tu sais ? Je vais bien. Vraiment, insista-t-il en lui offrant un sourire, faible mais rassurant.
- Bosco, tu t'es fait percuter par un bus ! Un bus !
- D'accord, c'est peut-être pas rien, admit-il avec une expression désolée sur le visage. Mais tu sais, il était en train de freiner quand c'est arrivé, et avec la neige il n'allait déjà pas bien vite. Ça aurait pu être pire. »

Bosco se laissa aller dans le canapé avant de se redresser aussi tôt en grimaçant de douleur. Faith le regarda, inquiète.

« Tu as de la chance d'être encore en vie… lui dit-elle doucement en plongeant le regard dans sa boisson chaude. Tu devrais être à l'hôpital, à l'heure qu'il est.
- J'ai pas voulu rester.
- Espèce d'idiot… murmura-t-elle. »

Faith se passa une main dans les cheveux, essuyant discrètement une larme qui venait de rouler sur sa joue, et cela n'échappa pas à Bosco.

« Eh, Faith…
- Tu peux pas me faire des trucs comme ça, Bosco, lui dit-elle en relevant soudainement la tête. J'ai déjà failli te perdre une fois et… »

Faith ne termina pas sa phrase, les mots restants bloqués dans sa gorge. À chaque fois qu'elle évoquait la fusillade, à chaque fois qu'elle y repensait, les mots mourraient avant d'avoir pu franchir la barrière de ses lèvres. Ils se coinçaient là, quelque part, s'emmêlaient les uns aux autres jusqu'à former ce nœud inextricable qui lui donnait l'impression de ne plus être capable de respirer normalement.

« Je suis désolé. »

Bosco baissa la tête à son tour et tous les deux restèrent silencieux pendant un moment. Ils n'avaient pas besoin d'en dire plus, ni l'un ni l'autre. Les mots manquaient. Ou peut-être étaient-ils juste dérisoires, peu importe. À côté des hématomes qui tapissaient le corps de Bosco ce soir-là, le souvenir de la fusillade resterait ancré à vie en eux. Le temps pourrait passer, l'insouciance revenir un jour, peut-être… mais tout comme la balafre qui sillonnait la joue de Bosco, ces images-là ne disparaîtraient jamais.

« Faith, écoute je- »

La phrase de Bosco se termina par un gémissement de douleur. Il avait tenté de se pencher en avant en tendant le bras pour reposer sa tasse sur la table basse, mais même ça il en était incapable. Heureusement pour tout le monde, les réflexes de Faith étaient toujours aussi bons et elle avait pu récupérer le mug avant qu'il ne le lâche. Elle le posa sur la table et se tourna vers Bosco.

« Est-ce qu'ils t'ont donné des anti-douleurs, ou quelque chose, au moins ? voulut-elle savoir.
- Ouais, j'ai des cachets et de la pommade à mettre, répondit-il avant de préciser quand Faith se leva : C'est dans mon sac. »

Faith alla récupérer le sachet en papier de la Pitié dans le sac de boulot de Bosco et revient avec. Elle servit un verre d'eau à son partenaire pour qu'il puisse prendre un calmant tout de suite.

« Emily est chez Fred pour le week-end, l'informa-t-elle. Tu prendras mon lit et je dormirais dans le sien.
- Tu n'es pas ob-
- Hors de question que tu dormes sur le canapé dans ton état, contra-t-elle avant même qu'il ait pu aller au bout de ses protestations. »

Puis elle attrapa le tube de crème dont elle se mit à lire les indications.

« Enlève ta chemise, lui dit-elle soudain.
- Quoi ? fit-il, confus.
- Bosco, enlève ta chemise, répéta-t-elle fermement.
- Faith Mitchell, vous n'avez pas honte ? »

Cette dernière lui lança un regard en biais, mains sur les hanches. Elle n'allait pas se laisser charmer aussi facilement. S'il croyait pouvoir y échapper, il se fourrait le doigt dans l'œil et jusqu'au coude.

« Okay, très bien, je l'enlève.
- Bien. »

Bosco commença à déboutonner sa chemise et Faith vint le rejoindre sur le canapé, posant le tube de pommade sur le table basse le temps de l'aider à retirer le vêtement. Déjà sur ses épaules elle put apercevoir les premiers bleus, et ces derniers n'étaient pas beau à voir.

Mais lorsqu'il se tourna et lui présenta son dos, ce fut pire. Faith grimaça en voyant l'étendue des dégâts. Le dos de son ancien partenaire n'était pratiquement qu'un énorme bleu. C'était un véritable miracle qu'il soit en vie, et encore plus qu'il n'ait rien de cassé.

« Faith ? demanda Bosco en essayant de la regarder par-dessus son épaule, inquiet qu'elle ne dise et ne fasse rien.
- Ça risque d'être un peu froid, le prévint-elle quand elle se fut reprise et qu'elle attrapa puis déboucha le tube. »

Faith versa un peu de pommade dans le creux de sa main et, avant de l'appliquer sur sa peau, elle frotta ses deux mains ensembles pour réchauffer la crème. Elle veilla à étaler une bonne couche de pommade sur toute la surface du bleu, depuis les épaules jusqu'au bas du dos, avec suffisamment de pression pour que le gel pénètre correctement, et suffisamment de douceur pour ne pas rajouter à sa douleur.

Concentrée tout à sa tâche, Faith avait les lèvres pincées. Elle détestait ne pas avoir été là pour lui ce soir. Pas qu'elle aurait pu faire grand-chose de plus que Davis, mais pourtant… C'était ce qu'elle regrettait le plus dans sa promotion : ne plus être avec Bosco. Ne plus savoir ce qui se passe, ne plus être tenue au courant sinon après les faits. Il y avait quelque chose d'irrationnel là-dedans, et elle commençait à comprendre ce que devait ressentir Rose au quotidien, ou même Fred à l'époque.

Contrairement à ce qu'elle avait imaginé, Bosco ne protesta pas une seule fois, pas même pour la forme. Il avait légèrement baissé la tête et courbé le dos, la laissant faire comme elle l'entendait. Elle ne l'avait jamais vu si docile. La douleur qu'il ressentait devait être terrible pour qu'il tente de prendre sur lui comme ça. De temps en temps elle percevait les frissons de sa peau sous ses doigts et elle se demandait si c'était de bien-être ou de douleur.

« J'ai terminé, lui dit-elle doucement.
- Merci, répondit-il en se redressant doucement. »

Il fit rouler ses épaules et étira son dos avec précaution, et Faith observa les muscles rouler doucement sous la peau. Il y avait quelques chose de fascinant dans ces mouvements.

« Je me sens déjà mieux, lui annonça-t-il en souriant. Tu as les doigts magique.
- Ravie de l'entendre, répondit-elle en riant. »

Elle se leva du canapé et fit un aller-retour dans la cuisine pour se laver les mains avant de revenir aider Bosco à remettre sa chemise. Ce n'était pas le moment pour lui d'attraper un coup de froid.

« On en remettra demain.
- C'est pas nécessaire, Faith.
- On en remettra demain, ce n'est pas négociable. »

Il soupira mais hocha la tête. Elle prit place sur le canapé à ses côtés, lui faisant face cette fois-ci, et tint le vêtement le temps qu'il enfile un bras après l'autre sans forcer. Une fois en place sur ses épaules, elle lui ajusta son col tandis qu'il commençait à reboutonner la chemise. Sans le lâcher pour autant, elle planta son regard dans le sien avec sérieux.

« Promets-moi de ne plus te mesurer à un bus. Ou à n'importe quel autre véhicule.
- Je vais faire de mon mieux, tenta-t-il de plaisanter avec un sourire en coin.
- Je suis sérieuse, Bosco. Tu n'auras pas toujours la chance que tu as eu ce soir.
- Je sais, je suis désolé. C'est promis. »

Ils échangèrent un regard intense. Bosco n'avait jamais eu l'occasion de voir les yeux de Faith de si près. Les nuances de vert semblaient danser dans ces yeux brillants d'inquiétude.

Sans vraiment réfléchir à ce qu'il faisait, Bosco leva le bras doucement, ignorant les tiraillements dans son corps, et posa sa main sur la joue de Faith. Il la lui caressa doucement et replaça une mèche de cheveux derrière son oreille. Faith ferma les yeux sous son geste.

« Faith, regarde-moi, demanda-t-il avec une douceur dont lui-même n'avait pas l'habitude. »

Faith mit une seconde avant de lui obéir. Soudain, sans qu'il ne sache vraiment l'expliquer, il lui sembla qu'elle dégageait une timidité inhabituelle. Il n'y avait pas la moindre trace de confusion ou de peur, juste de la timidité.

Les mains de Faith toujours sur le col de sa chemise, elle ne semblait pas vouloir lâcher prise. Ne pas vouloir être ailleurs qu'avec lui. Le cœur de Bosco s'emballa légèrement et lui donna le courage nécessaire de tenter sa chance.

Son regard se posa sur les lèvres de Faith qui, dans un réflexe inconscient, se passa la langue dessus pour les humidifier, puis se plongea de nouveau dans ses yeux. L'instant d'après il l'embrassa, avec douceur mais sans hésitation.

Faith ne tarda pas à lui rendre son baiser et le cœur de Bosco explosa dans sa poitrine. Les mains posées sur le col de sa chemise se mirent en mouvement et vinrent se poser sur sa nuque. Les doigts de Faith caressèrent les cheveux courts de Bosco qui se trouvaient là et il frissonna.

Dieu que c'était bon. Bien mieux que dans tous les rêves qu'il avait pu imaginer. Et pourtant dieu sait qu'il avait beaucoup imaginé cela. Faith avait été l'objet de tous ses fantasmes, des plus romantiques aux plus érotiques, mais la réalité était incomparable.

Lorsqu'enfin il se détachèrent l'un de l'autre, les joues de Faith avaient pris une jolie teinte rosée et ses yeux pétillaient. Bon sang qu'elle était belle. Bosco se rendit compte qu'il venait de dire cela à voix haute lorsque Faith baissa la tête en souriant, cherchant à dissimuler le fait qu'elle rougissait un peu plus encore.

C'était quelque chose de nouveau pour lui. Pour eux. C'était la première fois qu'il voyait Faith si ouvertement vulnérable - d'une façon positive - devant lui. Il était en train de découvrir une nouvelle facette de son ancienne partenaire et il adorait ça.

« Si j'avais su qu'il suffisait de me faire percuter par un bus pour en arriver-là… fit remarquer Bosco avec malice.
- Espèce d'idiot, murmura-t-elle pour la seconde fois de la soirée, cette fois-ci avec tendresse. »