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Ce qui aurai pu être

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Septembre 1989

Une, puis deux et une troisième gouttes souilla le visage de la jeune fille rousse. Les yeux clos, elle n’en avait que la sensation. C’est quand elle l’ouvrit qu’elle en découvrit leur couleur écarlate. Du sang. Mais elle n’eu pas la force de se relever, de trouver l’origine de l’écoulement. Elle n’avait que la force de voir, de sentir et de ressentir. L’odeur sanglante mêlée à celle de la mousse à raser et du shampoing embaumait peu à peu la pièce, une pièce particulièrement claire et entourée d’un immonde carrelage bleu. Elle sentit un poids qui , sur sa poitrine naissante, s'alourdit petit à petit. Elle avait peur, cette douce peur qu’elle exécrait. Elle eu enfin le réflexe de tourner la tête et découvrir le cadavre d’un homme qu’elle ne pensait pas connaître. Et cette odeur de fer... 

Ces boucles châtains, ce nez, c’était son ami, Stanley. Il était bien plus âgé, il gisait dans son bain dont il avait pris soin de fermer les robinets. Elle découvrit ses vêtements plié sur un chaise au fond de la pièce. Il s’y était préparé, il avait eu conscience de son geste. Un sourire soulagé se dessinait sur son visage, il avait eu besoin de le faire. Mais pourquoi?
Ils avaient gagné ce combat, celui contre la peur elle même. Pourquoi a-t il fallu qu’il y passe? 

“- Stan? arriva-t-elle à articuler douloureusement.” 

Son corps ne répondait plus, elle n’était pas là, le vivait le moment sans y être physiquement. 

“- St-Stan?... essaya-t-elle une dernière fois” 

Un bruit soudain la fit sursauter, quelque avait tourné la poignée, d’abords doucement. Puis beaucoup plus violemment. On frappa à la porte une première fois, puis rien. Elle n'entendit plus aucun bruit, l'ouïe lui avait été confisqué.

Elle ne distinguait plus que les vibrations du bois blanc. Elle fut prise d’une terrible frayeur quand un fragment s’en détacha, et laissait distinguer un oeil, un iris bleu.

Il y resta un moment, scrutant l’étroite pièce, se balançant de droite à gauche avant de se retirer, un objet rouge le remplaça et semblait se glisser à travers l’orifice, c’était un ballon, aussi rouge que les poignets de Stanley Uris. Il gonfla et traversa la porte, il doubla de volume et s’amplifia jusqu’à envahir la moitié de la pièce. La jeune fille pria pour que ça cesse, tout ce passait au ralentit, et la peur, cette peur qui lui bouffait les entrailles, cette délicieuse peur, ne faisait qu'accroître jusqu’à ce que le ballon éclata et la tira violemment en arrière. Comme tombant dans un long gouffre, humide et profond, elle y atterrit brutalement et se réveilla.

 

 

 

“- Bev, je peux tirer? 

- Quoi? Sur ma clope? 

- Bah j’aurai bien tirer un c…

- Beep-Beep Richie.”  Le coupa-t-elle. 

 - Allez, tu aurai pu me la laisser celle-ci !

- Oh grand jamais, Tozier. ”

Elle lui tendit la cigarette, il l’examina attentivement avant d’oser la placer entre ces lèvres. Il aspira timidement et garda la fumée dans sa bouche sans l’avaler. Il se tourna vers son camarade et la cracha sur Stan, qui toussa instantanément.

- Rich, putain ! Mon père va me tuer si je sens la clope ! 

- C’est pas si horrible, je pourrais m’y faire. ”dit-il, ignorant son ami.

La rousse ne pu s'empêcher de rire, elle prit la cigarette de sa main avant d’en aspirer profondément la fumée, qui se dirigea rapidement jusqu'au fond de ces poumons, les abîma irréversiblement. La vapeur qui sortit de sa bouche était beaucoup plus épaisse et franche que celle de son ami, elle lui proposa une nouvelle fois. Il la saisit et imita Beverly, il prit une profonde inspiration, garda la fumée et bloqua sa respiration. La jeune fille observa attentivement le jeune Tozier, pariant sur combien de temps il pouvait tenir avec cette substance toxique qui lui brûlait la gorge. 

De tout évidence pas longtemps. 

Il la rejeta rapidement, toussant comme si le cancer habitait déjà son organisme, il cracha par terre et son teint vira rapidement au rouge tant la toux fût importante. 

“- Plus jamais je touche à cette merde, c’est vraiment dégueulasse !”

Beverly se mit à rire une nouvelle fois et reprit son bien.

 

 

Mai 2016

L’homme jeta le mégot encore rouge et fumant et l’écrasa avec le bout de sa chaussure. Cela faisait quatre ans qu’il avait arrêté de fumer, mais il avait fait une entorse à son engagement, il avait eu besoin de le faire, l’angoisse devenant particulièrement désagréable. Il avait cédé lorsqu’il avait réussit à se remettre de l’appel de Mike, adossé à la cuvette des toilettes, quand tout ces souvenirs, qui avaient pourtant réussi à se défaire, lui revint brutalement. Cette peur, ces anxiétés, ces inquiétudes…

Allez, reprend toi Richie, tu vas juste pousser cette porte, faire une entrée digne de ce nom, comme ils s’y attendent, faire une ou deux blagues de mauvais goût, attaquer gratuitement son obèse de mère, t’en mettre plein la panse (et le foie par la même occasion) et tu reprendra ta voiture pour aller te pieuter dans cet hôtel pourri.

J’ai besoin d’un verre.

Il était arrivé bien en avance, peut-être une heure, juste pour pouvoir se préparer psychologiquement, mais c’était bien évidemment peine perdue. Il ne pouvait pas s’enfuir et il ne le voulait pas, mais si seulement il avait pu être plus lâche et plus égoïste à ce moment précis, il aurait pu, peut-être, se préserver d’avantage.