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Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites

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Harry,

Je me demande si tu vas ouvrir cette lettre en comprenant qu'elle vient de moi. Je vais supposer que tu me liras jusqu'au bout, même si c'est peu probable. Je ne t'en voudrais pas d'arrêter immédiatement ta lecture et de mettre ma lettre au feu, ce n'est pas comme si j'avais fait quoi que ce soit pour mériter ton temps et ton attention.

Cela fait des mois, ou plutôt des années, que j'envisage de t'écrire. J'admets avoir écrit des dizaines de lettres que je n'ai jamais envoyées. Tu sais que je n'ai jamais été très courageux.

Je ne sais pas par où commencer. Il y a tellement de choses que je ne t'ai pas dites. Tellement de choses que je veux te dire aujourd'hui. Et tellement d'autres que je regrette d'avoir dites. Je ne suis pas très doué pour communiquer, surtout quand mes sentiments entrent en ligne de compte.

Pardon.

J'aimerai commencer par te présenter mes excuses. Pour tout ce que j'ai pu te dire quand nous étions à Poudlard, pour toutes les insultes, toutes les piques, tous les coup-bas. Pour tout le mal que je t'ai fait, à toi, mais aussi à tes amis. J'étais stupide, arrogant et jaloux, même si j'ai conscience que ça ne m'excuse pas.

Je ne supportais pas de ne pas être au centre de l'attention, je cherchais à prouver ma supériorité parce que je me sentais menacé. Si tu savais comme j'étais jaloux. De toi, de tes amis Gryffondor, même de ton ami Weasley. C'était tellement facile d'être méchant, de chercher à vous blesser, de vous rabaisser.

C'était aussi ce qu'on attendait de moi. J'étais à Serpentard, j'étais un Malefoy. Vous humilier et vous harceler, c'était un moyen pour moi d'être reconnu par mes pairs. Par mes camarades et surtout par mon père. Or je voulais tellement lui plaire, à mon père. Je voulais qu'il soit fier de moi. Lui qui était si dur et si froid.

Ne va pas croire que je cherche à t'attendrir et à me dédouaner, ce n'est pas le cas. Tu sais, j'ai eu le temps de réfléchir aux conséquences de mes actes, quand j'étais en prison et même après. Oui, j'étais un enfant jaloux et pourri-gâté. Oui, aujourd'hui j'ai conscience d'avoir mal agi. Mais tous mes regrets ne pourront jamais réparer mes erreurs. Je dois vivre avec. Et essayer d'être un homme meilleur, à défaut de pouvoir remonter le temps.

Bien sûr, j'aimerais que tu me pardonnes, mais je comprendrais que tu refuses de le faire.

Peut-être que tu te demandes si j'ai présenté mes excuses à d'autres personnes. Après tout, tu n'es pas le seul avec qui j'ai pu être infect à Poudlard. La réponse est oui. Peut-être d'ailleurs que tu le sais si tu es toujours en contact avec eux. J'ai envoyé plusieurs hiboux l'an dernier. Granger, Weasley, Londubat et même Lovegood pour ne citer qu'eux. C'était des lettres assez courtes. J'ignore si toutes ont été ouvertes, une seule personne m'a répondu. Bien évidemment, il me serait impossible de m'excuser auprès de toutes les personnes à qui j'ai fait du mal, pour la triste raison que je ne me rappelle pas de tous les noms. Disons que j'ai fait une sélection.

Tu es le dernier de ma liste, alors que tu es sans aucun doute le plus important. C'est tellement difficile. Et tellement compliqué. Parce qu'il y a tellement plus entre nous qu'une simple histoire de jalousie et de rivalité mal placée.

Je t'aimais, Harry.

J'imagine le choc que tu dois ressentir en lisant ces mots, mais je te prie de me croire. Je t'aimais tellement. Depuis la quatrième année, je t'aimais et toi tu me haïssais. Et je me haïssais moi-même de t'aimer. Parce que tu étais Harry Potter, mais surtout parce que tu étais un garçon. Je ne prétendrais jamais t'avoir aimé d'un amour sain et pur. J'ai conscience que c'était tout le contraire.

C'est arrivé progressivement. À moins que ces sentiments n'aient été présents depuis le début. C'est compliqué. Mais rétrospectivement, quand je me rappelle combien, dès la première année, j'étais jaloux de Weasley et de Granger, au point de vouloir leur faire du mal, je me dis que mon obsession pour toi n'a sans doute jamais été anodine. Je me souviens que je parlais de toi en permanence, je te suivais dans les couloirs, voulant connaître le moindre de tes faits et gestes.

J'ai mis du temps à comprendre pourquoi je pensais constamment à toi, pourquoi j'avais besoin de te voir, pourquoi je voulais tellement que tu me regardes, que tu me parles, que tu me touches. Et quand j'ai compris que je t'aimais, pire que tu m'attirais, que je te désirais, ça a été pire. Je te tenais responsable pour ce que je considérais comme ma déviance. Alors je me suis vengé.

Et comme si ça ne suffisait pas, j'étais terrifié à l'idée que quiconque me démasque. Alors j'ai été toujours plus loin, en réalisant des badges contre toi, rejoignant la brigade d'Ombrage... J'ai tellement honte. Si tu savais combien je me détestais à cette époque. D'un côté, je me haïssais de te faire du mal, de l'autre je me dégoûtais de t'aimer.

Je me demande si tu vas me croire en lisant ces lignes. Je pense que n'importe qui douterait de mon honnêteté. Je comprends que ce soit difficile à croire, mais je n'ai jamais été aussi sincère de ma vie. J'étais amoureux de toi, amoureux à en pleurer, amoureux à en mourir.

Je l'ai pleinement accepté et embrassé mes sentiments en dernière année, quand tu n'étais plus là. J'étais mort d'inquiétude. Tu avais disparu et j'ignorais si je te pourrais te revoir un jour. Je me rappelle que je surveillais les journaux et j'écoutais la radio pirate en espérant avoir des nouvelles.

Quand je t'ai reconnu au manoir, j'ai cru que mon cœur allait exploser. J'étais tellement heureux de voir que tu étais vivant, et terrorisé à l'idée qu'on te fasse du mal. C'est pour ça que j'ai prétendu ne pas te reconnaître. C'est pour ça que je ne me suis pas défendu quand tu m'as arraché ma baguette. Et lorsque je t'ai menacé dans la Salle sur Demande, c'était juste parce que je voulais te revoir une dernière fois. Je ne t'aurais jamais livré à l'ennemi.

Oui, il était aussi mon ennemi, même si je l'ai compris bien trop tard.

J'aurais pu simplement t'oublier, passer à autre chose, commencer une nouvelle vie. Mais chaque jour qui passe me rappelle ton souvenir. J'ai toujours les cicatrices de ton Sectumsempra. Si je dois utiliser une nouvelle baguette magique, c'est parce que tu as gardé la mienne. Et dois-je vraiment mentionner la dette de vie qui me lie magiquement à toi ? Il ne se passe pas un jour sans que je pense à toi. Même si mes sentiments se sont effacés progressivement, tu feras toujours partie de ma vie, malgré toi, malgré moi.

Tu te demandes peut-être ce que j'attends de toi avec une telle lettre. Je crois qu'au fond, j'espère que tu me pardonnes un peu. Ou au moins que tu comprennes l'adolescent que j'étais.

Ma crainte est que cette lettre te fasse plus de mal que de bien. C'est une question que je me suis posée à chaque fois que j'écrivais à quelqu'un pour m'excuser. J'imagine que beaucoup auraient préféré que je m'abstienne. Peut-être que ça a ravivé de trop mauvais souvenirs. C'est difficile à prévoir. Mais autant si Londubat me déteste encore plus qu'avant, j'arrive à être en paix avec moi-même, si je te fais encore plus de mal que je ne t'en ai déjà fait, je ne me le pardonnerai pas.

Je fais peut-être la deuxième plus grosse erreur de ma vie en t'envoyant cette lettre. J'espère néanmoins que tu me liras jusqu'au bout.

Pardon. Pardon pour tout.

Drago.