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Little Women - Les 4 filles March

Chapter Text

« Noël ne sera pas Noël sans un seul cadeau, » grogna Jo, étendue sur le tapis.

« Qu'il est terrible d'être pauvre ! » soupira Meg, en contemplant sa vieille robe.

« Je ne trouve pas juste que certaines filles aient quantité de jolies choses, et d'autres rien du tout, » ajouta la petite Amy, avec un reniflement plaintif.

« Nous avons Père et Mère, et nous pouvons compter les unes sur les autres, » dit joyeusement Beth dans son coin.

Les quatre jeunes visages illuminés par les flammes s'égayèrent à ces mots enjoués, mais s'assombrirent à nouveau quand Jo dit tristement, « Père n'est pas là, et nous ne le verrons pas avant longtemps. » Elle ne dit pas « peut-être jamais », mais chacune l'ajouta en silence en pensant à Père parti au loin, où se trouvaient les combats.

Personne ne parla durant une minute ; puis Meg dit d'un ton altéré,

« Vous savez pour quelle raison Mère a proposé qu'il n'y ait pas de présents ce Noël : l'hiver va être dur pour tout le monde, et elle pense que nous ne devrions pas dépenser d'argent pour le plaisir, quand nos hommes dans l'armée souffrent tant. Nous ne pouvons pas faire grand chose en dehors de nos petits sacrifices, et nous devrions les faire avec joie. Mais j'ai peur de ne pas en éprouver la moindre, » et Meg secoua la tête, pensant avec regrets à toutes les jolies choses qu'elle désirait.

« Mais je ne pense pas que le peu que nous pourrions dépenser servirait à grand chose. Nous avons un dollar chacune, et l'armée ne serait pas beaucoup aidée par nos dons. Je suis d'accord pour ne rien attendre de la part de Mère ou de la tienne, mais je suis décidée à m'acheter Ondine et Sitran. Je l'ai attendu si longtemps, » dit Jo, qui était un rat de bibliothèque.

« Je comptais dépenser mon argent pour de nouvelles chansons, » dit Beth, avec un petit soupir, que personne n'entendit sinon le balai de la cheminée et une manique.

« Je me procurerai une jolie boîte de crayons Faber ; j'en ai vraiment besoin, » dit Amy d'un ton décidé.

« Mère n'a rien dit quant à notre argent, et elle ne souhaiterait pas que nous renoncions à tout. Achetons chacune ce que nous voulons, et amusons-nous un peu ; je suis sûre que nous trimons assez dur pour le mériter, » s'écria Jo, qui examinait les talons de ses chaussures dans une posture toute masculine.

« Moi oui, je le sais - faire la classe à ces enfants épuisants, presque toute la journée, quand je me languis de passer du bon temps à la maison, » recommença à se plaindre Meg.

« C'est loin d'être aussi difficile pour toi que ça l'est pour moi, dit Jo. Que dirais-tu d'être enfermée durant des heures avec une vieille dame grognon et exigeante, qui ne cesse de te faire cavaler, n'est jamais satisfaite, et t'embête jusqu'à ce que tu sois prête à sauter par la fenêtre ou à pleurer ?

— Il est vilain de faire des histoires, mais je pense que faire la vaisselle et tout garder en ordre sont les pires choses au monde. Cela me met de méchante humeur, et mes mains sont si gourdes que je ne peux pas pratiquer le piano comme il faut. » Et Beth regarda ses mains rudes avec un soupir que tout le monde put entendre cette fois.

« Je ne crois pas qu'aucune d'entre vous souffre autant que moi, s'écria Amy, parce que vous n'avez pas à aller à l'école avec des filles impertinentes, qui vous harcèlent si vous ne savez pas vos leçons, et se moquent de vos robes, et calaminent votre père s'il n'est pas riche, et vous insultent quand votre nez n'est pas joli.

— Je suppose que tu veux dire calomnient, et non pas calamine, l'avisa Jo en riant.

— Je sais ce que je veux dire, et tu n'as pas besoin d'être si statirique. Il est de bon ton d'employer de jolis mots, et d'améliorer son vocabilaire, répliqua dignement Amy.

— Ne vous chamaillez pas. Ne souhaiterais-tu pas que nous ayons l'argent que Papa a perdu quand nous étions petites, Jo ? Pauvre de nous ! Comme nous serions heureuses et bonnes, si nous n'avions pas de soucis ! dit Meg, qui se rappelait des temps meilleurs.

— Tu as dit l'autre jour que tu pensais que nous étions bien plus heureuses que les enfants King, qui se disputent et se tracassent tout le temps en dépit de leur argent.

— C'est vrai, Beth. Eh bien, je le pense. Car même si nous devons travailler, nous savons rire de nous même, et nous formons une bande de joyeux lurons, comme le dirait Jo.

— Jo emploie de ces mots d'argot ! » fit remarquer Amy, avec un regard réprobateur vers la longue silhouette étendue de tout son long sur le tapis.

Jo se rassit immédiatement, mit les mains dans ses poches, et commença à siffler.

« Ne fais pas ça, Jo. On dirait un garçon !

— C'est pour ça que je le fais.

— Je déteste les filles vulgaires et sans manières !

— Je hais les gamines affectées et gnan-gnan !

— Les petits oiseaux dans leurs petits nids sont bons amis, » chanta Beth, la conciliatrice, avec une figure si drôle que la discussion se finit dans les rires, et la chamaillerie prit fin pour cette fois

« Vraiment, vous êtes toutes les deux à blâmer, » dit Meg, commençant à les sermonner en sa qualité de grande sœur. « Tu es assez âgée pour abandonner ces manières de garçon et mieux te conduire, Joséphine. Cela n'importait pas autant quand tu étais une petite fille, mais maintenant que tu es si grande et que tu relèves tes cheveux, tu devrais te rappeler que tu es une jeune dame.

— Ça non ! Et si relever mes cheveux fait de moi une dame, je les coifferai en queues jusqu'à ce que j'ai vingt ans, » s'écria Jo en arrachant sa résille, et secouant sa crinière de cheveux châtains. « Je déteste penser que je dois grandir, et être Miss March, et porter des robes longues, et me tenir aussi raide qu'une reine-marguerite ! C'est déjà assez pénible d'être une fille, quand je n'aime que les jeux et les travaux et les manières des garçons ! Je ne cesserai jamais d'être déçue de ne pas être un garçon. Et c'est pire que jamais maintenant, car je meurs d'envie de partir et me battre avec Papa. Et je ne peux que rester à la maison et tricoter, comme une ennuyeuse vieille femme ! »

Et Jo secoua la chaussette de l'armée jusqu'à ce que les aiguilles cliquettent comme des castagnettes, et que sa pelote bleue bondisse à travers la pièce.

« Pauvre Jo ! C'est dommage, mais l'on n'y peut rien. Aussi tu dois essayer de te contenter de raccourcir ton nom, et de jouer le rôle de notre frère, à nous les filles, » dit Beth, caressant les cheveux en bataille d'une main restée douce en dépit de toutes les tâches ménagères.

« Quant à toi, Amy, continua Meg, tu es à la fois trop prétentieuse et guindée. Tes grands airs sont amusants pour l'instant, mais tu deviendras une petite oie affectée si tu n'y prends pas garde. J'aime tes jolies manières et ta façon raffinée de parler, quand tu n'essaies pas de paraître élégante. Mais tes mots absurdes ne valent pas mieux que l'argot de Jo.

— Si Jo est un garçon manqué et Amy une oie, que suis-je, alors ? » demanda Beth, toute prête à partager les réprimandes.

« Tu es notre petite chérie, et rien d'autre, » répondit chaleureusement Meg, et personne ne la contredit, car la « Souris » était l'enfant préférée de la famille.

Comme les jeunes lecteurs aiment à savoir « de quoi les gens ont l'air », nous prendrons ce moment pour leur esquisser un portrait des quatre sœurs, qui étaient assises en train de tricoter en cette fin d'après-midi, tandis que la neige de décembre tombait tranquillement au dehors et que le feu craquait joyeusement. C'était une pièce agréable, malgré le tapis délavé et le mobilier ordinaire, car il y avait quelques jolis tableaux au mur, des livres garnissaient tous les recoins, des chrysanthèmes et des roses de Noël fleurissaient aux fenêtres, et une atmosphère plaisante de paix domestique régnait.

Margaret, l'aînée des quatre, avait seize ans et était très jolie ; elle avait les joues rondes et la peau claire, avec de grands yeux, une masse de doux cheveux bruns, une bouche tendre et de blanches mains dont elle était un peu trop fière. À quinze ans Jo était très grande, mince et brune, et rappelait un poulain, toujours gênée par ses longs membres dont elle ne semblait pas savoir que faire. Elle avait une bouche bien dessinée, un nez cocasse, et des yeux gris perçants qui semblaient ne rien laisser passer, et pouvaient être tour à tour farouches, amusés ou pensifs. Ses longs cheveux épais étaient son unique beauté, mais ils étaient généralement ramassés dans un filet pour ne pas la gêner. Elle avait des épaules rondes, de grandes mains et de grands pieds ; ses vêtements avaient toujours l'air en désordre et elle avait l'allure mal à l'aise d'une fille qui allait rapidement devenir une femme et n'en était pas ravie le moins du monde. Élisabeth - ou Beth, ainsi que tout le monde l'appelait - était une jeune fille de treize ans aux yeux lumineux, aux joues roses et aux cheveux soyeux, avec des manières timides, une petite voix, et une expression paisible dont elle se départait rarement. Son père l'appelait sa « Petite Demoiselle Tranquillité », et le nom lui convenait parfaitement, car elle semblait vivre dans un heureux monde bien à elle, n'en sortant que pour aller au devant des quelques personnes qu'elle aimait et en qui elle avait confiance. Quoique la plus jeune, Amy était, de son opinion, une personne très importante. Une véritable poupée de porcelaine, avec des yeux bleus et des cheveux blonds qui tombaient en boucles sur ses épaules, pâle et élancée, et qui se tenait toujours comme une jeune dame soucieuse de ses manières. Quant aux caractères des quatres sœurs, nous laissons aux lecteurs le soin d'en juger.

La pendule sonna six heures. Ayant balayé l'âtre, Beth y plaça une paire de pantoufles pour les chauffer. D'une façon ou d'une autre, la vue des vieilles chaussures produisit bon effet sur les filles, car Mère allait rentrer, et chacune se dérida pour l'accueillir. Meg cessa son sermon et alluma la lampe, Amy quitta le fauteuil sans qu'on le lui ait demandé, et Jo oublia sa fatigue pour venir tenir les pantoufles plus près du feu.

« Elles sont bien usées. Il faut que Marmee en ait une nouvelle paire.

— Je pensais lui en acheter une avec mon dollar, dit Beth.

— Non, je le ferai ! cria Amy.

— Je suis la plus âgée, » commença Meg, mais Jo l'interrompit d'un ton décidé : « Je suis l'homme de la famille maintenant que Papa est parti, et j'achèterai les pantoufles, car il m'a dit de prendre tout spécialement soin de Mère en son absence.

— Je vais vous dire ce qu'on va faire, dit Beth, achetons-lui chacune quelque chose pour Noël, et rien pour nous-mêmes.

— C'est bien de toi, ma chérie ! Que lui offrirons-nous ? » s'exclama Jo.

Chacune réfléchit en silence pendant une minute, puis Meg annonça, comme si l'idée lui était venue à la vue de ses jolies mains, « Je vais lui offrir une belle paire de gants.

— Des chaussures de l'armée, les meilleures qui soient, s'écria Jo.

— Quelques mouchoirs, tout ourlés, dit Beth.

— Je lui offrirai une petite bouteille d'eau de Cologne. Elle l'apprécie, et ça ne coûtera pas très cher, aussi il me restera assez pour acheter mes crayons, ajouta Amy.

— Comment lui donnerons-nous nos présents ? demanda Meg.

— Nous les poserons sur la table, puis nous la ferons entrer et la regarderons ouvrir les paquets. Ne te rappelles-tu pas comment nous faisions pour nos anniversaires ? répondit Jo.

— J'étais si nerveuse quand c'était mon tour de m'asseoir dans le fauteuil avec la couronne sur la tête, et de vous regarder venir à moi pour me donner les présents et m'embrasser. J'aimais les cadeaux et les baisers, mais c'était terrible de voir tout le monde assis en train de me regarder ouvrir mes présents, » dit Beth, qui était en train de rôtir sa figure en même temps que le pain pour le thé.

« Laissons Marmee croire que nous achetons des cadeaux pour nous-mêmes, et faisons-lui la surprise. Nous devons aller faire nos achats demain après-midi, Meg. Il y a encore tant à faire pour la pièce du soir de Noël, » dit Jo en faisant les cent pas, les mains derrière le dos et le nez en l'air.

« Je ne pense pas jouer encore après cette fois. Je me fais trop vieille pour ce genre de choses, » fit observer Meg, qui était toujours aussi enfant quand il s'agissait de facéties en costumes.

« Tu ne cesseras pas, je le sais, tant que tu pourras parader dans une longue robe blanche avec les cheveux défaits et des bijoux en papier doré. Tu es la meilleure actrice que nous ayons, et ce sera la fin de tout si tu quittes les planches, dit Jo. Nous devrions répéter ce soir. Viens ici, Amy, et répète la scène de l'évanouissement, tu es aussi raide qu'un tisonnier.

— Je ne peux pas m'en empêcher. Je n'ai jamais vu personne s'évanouir, et je refuse de me couvrir de bleus en tombant de tout mon long comme tu le fais. Si je peux glisser en douceur, je le ferai ; sinon, je me laisserai tomber gracieusement dans un fauteuil. Je me moque qu'Hugo me menace avec un pistolet, » répliqua Amy, qui n'était pas douée de talent dramatique, mais avait été choisie pour le rôle parce qu'elle était assez petite pour être emmenée en criant par le vilain de la pièce.

« Fais comme ceci. Joins tes mains de cette façon, et titube à travers la pièce, en appelant frénétiquement "Rodrigo ! Sauve-moi ! Sauve-moi !" » Et Jo se lança, avec un cri mélodramatique à glacer le sang.

Amy suivit les instructions, mais elle tendait les mains raidement devant elle et se déplaçait avec les mouvements saccadés d'un automate, et son « Oh ! » suggérait moins la peur et l'angoisse qu'une piqûre d'épingle. Jo poussa un grognement désespéré, et Meg rit tout de bon, tandis que Beth laissa brûler le pain en regardant la scène avec intérêt. « Il n'y a rien à faire ! Fais du mieux que tu pourras le moment venu, et si le public rit, ne me blâme pas. Allons, Meg. »

Puis les choses se déroulèrent sans accroc, et Don Pedro défia le monde dans un monologue de deux pages sans une seule pause. Hagar, la sorcière, chanta une terrible incantation au dessus de sa bouilloire de crapauds bouillonnants avec un effet des plus inquiétants. Rodrigo brisa virilement ses chaînes, et Hugo mourut dans les remords et l'agonie de l'arsenic avec un « Ha ! Ha ! » féroce.

« C'est la meilleure pièce que nous ayons jouée, » dit Meg, tandis que le vilain décédé s'asseyait et se frottait les coudes.

« Je ne sais pas comment tu peux écrire et jouer des choses aussi magnifiques, Jo. Tu es un vrai Shakespeare ! » s'exclama Beth, qui croyait dur comme fer que ses sœurs étaient dotées de génie dans tous les domaines.

« Pas tout à fait, répondit modestement Jo. Je pense que La Malédiction de la Sorcière, une Tragédie Lyrique est assez réussie, mais j'aimerais essayer de monter Macbeth, si seulement nous avions une trappe pour Banquo. J'ai toujours eu envie de jouer les meurtres. "Est-ce un poignard, que je vois devant moi ?" » marmonna Jo, en roulant des yeux et en brassant l'air devant elle, comme elle l'avait vu faire à un célèbre tragédien.

« Non, c'est la fourchette à rôtir, avec la pantoufle de Mère piquée dessus au lieu d'une tranche de pain. Beth est fascinée par le théâtre ! » s'écria Meg, et la répétition se termina dans un éclat de rire général.

« Je suis contente de vous voir si joyeuses, mes filles, » dit une voix enjouée à la porte, et acteurs comme audience se tournèrent pour accueillir une grande dame à l'allure maternelle, avec une expression bienveillante qui faisait plaisir à voir. Elle n'était pas élégamment vêtue, mais avait cependant un air de noblesse, et les filles trouvaient que la cape grise et le bonnet démodé habillaient la plus splendide des mères au monde.

« Eh bien, mes chéries, comment s'est passée votre journée ? Il y avait tant à faire, pour préparer les colis pour demain, que je ne suis pas rentrée pour le dîner. Y a-t-il eu des visites, Beth ? Comment va ton rhume, Meg ? Jo, tu as l'air horriblement fatiguée. Viens m'embrasser, mon bébé. »

Tout en questionnant ses filles Mrs. March retira ses vêtements humides, enfila ses pantoufles chaudes, et attira Amy sur ses genoux en s'asseyant dans le fauteuil, se préparant à apprécier l'heure la plus heureuse de sa dure journée. Les filles s'affairèrent, chacune essayant à sa façon de rendre les choses confortables. Meg arrangea la table du thé, Jo apporta du bois et installa des chaises tout en faisant tomber, en renversant et en cognant tout ce qu'elle touchait. Beth allait et venait entre la cuisine et le parloir, active et silencieuse, tandis qu'Amy, assise avec les mains sur les genoux, donnait des instructions à tout le monde.

Quand elles s'installèrent autour de la table, Mrs. March dit, avec un visage particulièrement joyeux, « J'ai un cadeau pour vous, après le souper. » Aussitôt les visages alentour s'illuminèrent d'un sourire éclatant. Beth battit des mains, sans tenir compte du petit pain qu'elle tenait, et Jo jeta sa serviette en l'air en criant, « Une lettre ! Une lettre ! Trois hourras pour Père !

— Oui, une belle et longue lettre. Il va bien, et pense pouvoir passer l'hiver mieux que nous ne le craignions. Il envoie toutes sortes de vœux de bonheur pour Noël, et un message spécial pour vous, les filles, » dit Mrs. March en tapotant sa poche comme s'il s'y trouvait un trésor.

« Dépêchons nous de finir ! Ne t'arrête pas pour relever ton petit doigt et minauder au dessus de ton assiette, Amy, » s'écria Jo, qui, dans sa hâte, s'étouffa avec son thé et fit tomber sa tartine, côté beurré sur le tapis.

Beth cessa de manger, mais se glissa dans son coin à l'écart pour s'asseoir et méditer sur ce bonheur à venir, en attendant que les autres soient prêtes.

« Je pense que c'était remarquable de la part de Père, de partir comme aumônier alors qu'il était trop vieux pour être mobilisé, et pas assez fort pour être soldat, dit chaleureusement Meg.

— Comme j'aimerais pouvoir y aller comme tambour, comme vivan- quel est ce mot déjà ? - ou comme infirmière, pour pouvoir être près de lui et l'aider, s'exclama Jo avec un grognement.

— Ce doit être très désagréable de dormir dans une tente, et de manger toutes sortes de mauvaises choses, et de boire dans une tasse en étain, soupira Amy.

— Quand rentrera-t-il, Marmee ? demanda Beth, d'une voix légèrement tremblante.

— Pas avant de nombreux mois, ma chérie, à moins qu'il ne soit malade. Il restera et accomplira consciencieusement son devoir aussi longtemps que possible, et nous ne lui demanderons pas de rentrer une minute plus tôt qu'il ne le doit. Maintenant venez, je vais vous lire cette lettre. »

Toutes se rapprochèrent du feu, Mère dans le grand fauteuil avec Beth à ses pieds, Meg et Amy perchées sur chaque accoudoir, et Jo penchée sur le dossier, où personne ne la verrait manifester d'émotion si la lettre devait être touchante. C'était le cas de la plupart des lettres écrites en ces temps difficiles, en particulier celles que les pères envoyaient chez eux. Celle-ci disait peu de choses sur les épreuves endurées, les dangers affrontés ou le mal du pays. C'était une lettre gaie, pleine d'espoir et de descriptions vivaces de la vie au campement, des marches, et des nouvelles militaires, et ce n'est qu'à la fin que l'amour paternel de l'auteur et son désir de revoir ses petites filles débordaient de son cœur sur la page.

« Donne-leur à toutes mon amour et un baiser. Dis-leur que je pense à elles la journée, prie pour elles la nuit, et trouve en tout temps réconfort dans leur affection. Il semble bien long de devoir attendre une année pour les revoir, mais rappelle-leur que nous devons tous travailler durant cette attente, afin que ces journées difficiles ne soient pas perdues. Je sais qu'elles se souviendront de tout ce que je leur dis, qu'elles seront des enfants aimantes, accompliront fidèlement leur devoir, combattront bravement leurs ennemis intérieurs, et se domineront si magnifiquement que quand je rentrerai je ne les en aimerai que davantage, et serai plus fier que jamais de mes petites femmes. » Tout le monde reniflait en arrivant à ce passage. Jo n'avait pas honte de la grosse larme qui tomba du bout de son nez, et Amy ne se préoccupait guère de décoiffer ses boucles quand elle enfouit son visage contre l'épaule de sa mère en sanglotant, « Je suis une fille égoïste ! Mais je vais vraiment essayer de m'améliorer, pour ne pas finir par le décevoir.

— Comme nous toutes, s'écria Meg. Je me soucie trop de mon apparence et déteste travailler, mais cela n'arrivera plus, si je peux l'en empêcher.

— Je vais essayer d'être "une petite femme", comme il aime à m'appeler. De ne pas être si rude et si sauvage, mais de faire mon devoir ici au lieu de souhaiter être ailleurs, » dit Jo, qui se disait que modérer son tempérament était une tâche bien plus difficile qu'affronter un ou deux rebelles dans le sud.

Beth ne dit rien, mais essuya ses larmes avec la chaussette bleue et commença à tricoter de toutes ses forces, se consacrant sans perdre de temps à la tâche à portée de main ; déterminée, dans sa petite âme tranquille, à être tout ce que Père espérait quand viendrait le temps des joyeuses retrouvailles.

Mrs. March brisa le silence qui suivit les mots de Jo en disant d'une voix joyeuse, « Vous souvenez-vous que vous aviez l'habitude de jouer au Voyage du Pèlerin quand vous étiez petites ? Vous n'étiez jamais si heureuses que quand je vous attachais mes sacs de chutes de tissu sur le dos comme fardeaux, vous donnais des chapeaux et des bâtons et des rouleaux de papier, et vous laissais voyager dans toute la maison depuis le cellier, qui était la Cité des Destructions, jusque tout en haut sur le toit, où vous aviez rassemblé toutes les jolies choses que vous pouviez collecter pour faire une Cité Céleste.

— Comme c'était amusant, surtout passer devant les lions, combattre Apollyon, et traverser la vallée où se trouvaient les gobelins, dit Jo.

— J'aimais le moment où nos fardeaux tombaient dans les escaliers, dit Meg.

— Je ne me rappelle pas grand chose, sauf que j'avais peur du cellier et de l'entrée sombre, et que j'aimais toujours le gâteau et le lait que nous prenions tout en haut. Si je n'étais pas trop vieille pour de telles choses, j'aimerais bien y rejouer, » dit Amy, qui, à l'âge de douze ans, commençait à parler de renoncer aux enfantillages.

« Nous ne sommes jamais trop vieux pour ceci, ma chérie, car c'est un jeu auquel nous jouons tout le temps, d'une manière ou d'une autre... Nos fardeaux sont ici, la route est devant nous, et notre recherche de la vertu et du bonheur est le guide qui nous mène à travers de nombreuses difficultés et erreurs jusqu'à la paix qui est une vraie Cité Céleste. Maintenant, mes petits pèlerins, et si vous recommenciez ? Non pour jouer, mais pour de vrai, et voyez jusqu'où vous pouvez aller avant que Père rentre à la maison.

— Vraiment, Mère ? Où sont nos paquets ? demanda Amy, qui était une jeune fille à l'esprit très littéral.

— Chacune de vous vient juste de dire ce qu'était son fardeau, à l'exception de Beth. J'aime à penser qu'elle n'en a aucun, dit sa mère.

— Si, j'en ai un. Le mien est d'avoir de la vaisselle à nettoyer, de la poussière à faire, d'envier les filles qui ont de beaux pianos, et d'avoir peur des gens.»

Le fardeau de Beth était si amusant que tout le monde eut envie de rire, mais personne ne le fit, car cela l'aurait bien chagrinée.

« Faisons cela, dit pensivement Meg. Ce n'est qu'une autre façon de dire que l'on essaie de s'améliorer, et l'histoire pourrait nous aider, car même si nous voulons être bonnes, c'est beaucoup de travail, et nous oublions et ne faisons pas de notre mieux.

— Nous étions dans les Marais de la Tristesse ce soir, et Mère est venue et nous en a tirées, comme l'Aide dans le livre. Nous devrions avoir notre parchemin d'indications, comme Christian. Comment pouvons nous faire pour cela ? » demanda Jo, ravie de la fantaisie venue ajouter un peu de romance à la morne tâche qu'était l'accomplissement de son devoir.

« Regardez sous votre oreiller au matin de Noël, et vous trouverez votre guide, » répondit Mrs. March.

Elles discutèrent du nouveau plan tandis que la vieille Hannah débarrassait la table, puis les quatre petits paniers à ouvrages firent leur apparition, et les aiguilles filèrent tandis que les filles cousaient des draps pour Tante March. C'était une tâche inintéressante, mais ce soir personne ne se plaignit. Elles adoptèrent le plan de Jo : diviser les longues coutures en quatre parties appelées Europe, Asie, Afrique et Amérique, et de cette façon elles avancèrent drastiquement, en particulier quand elles parlèrent des différents pays qu'elles traversaient dans leur progression.

À neuf heures elles cessèrent le travail , et chantèrent, comme à l'accoutumée, avant d'aller au lit. Personne d'autre que Beth ne pouvait tirer beaucoup de musique du vieux piano ; mais elle savait comment effleurer les touches jaunies pour jouer un agréable accompagnement à leurs simples chansons. La voix de Meg était pareille à une flûte, et elle menait leur petite chorale avec sa mère. Amy stridulait comme un grillon, et Jo allait et venait dans la gamme comme bon lui semblait, se faisant toujours entendre au mauvais moment avec un couac ou un trémolo qui gâchait la chanson la plus émouvante. Elles avaient toujours fait cela, depuis l'époque où elles avaient pu gazouiller : « B'ille, b'ille, 'tite 'toile », et c'était devenu une coutume de la maisonnée, car leur mère était une chanteuse née. Le premier son qui se faisait entendre le matin était celui de sa voix tandis qu'elle s'affairait dans la maison, chantant comme une alouette, et c'était ce même son gai qui finissait la journée, car les filles ne devinrent jamais trop grandes pour cette berceuse familière.