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Trouver son foyer

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Porrim était plongée dans le moteur d’un vieux landspeeder, un modèle plus vieux que l’élection de Palpatine en tant que Chancelier de la République Galactique. L’engin était ancien, et trouver des pièces de remplacement n’avait pas été une paire de manches. Une grosse majorité des pièces avait des équivalents plus récents mais il en restait une poignée qu’elle avait dû aller chercher dans une casse. Elle ne comprenait pas vraiment pourquoi la cliente, une vieille Rhodienne, voulait le remettre en état, acheter un speeder neuf ne serait pas vraiment plus cher immédiatement et probablement moins cher à moyen et court terme. Non qu’elle puisse refuser le boulot de toute façon. Depuis qu’Ambre et elle s’étaient installé⋅e⋅s, il y avait moins d’une semaine, elle n’avait pas eu tellement d’autres clients. Il y avait bien eu un vieil homme, à la peau sombre et un chapeau aux bords plus larges qu'elle n’avait jamais vu, qui lui avait demandé de réparer la jambe de son droid B1 reprogrammé. Porrim soupçonnait que le vieux était surtout lui donner du travail comme un geste de bienvenue, la panne était tellement bénigne que le B1 aurait probablement pu se réparer lui-même. Ça avait été l’occasion d’apprendre un ou deux trucs à Ambre qui devrait lui apporter son aide quand Porrim aurait plus de travail. Ambre avait encore une grande marge de progression. Peut-être quelques droïdes pit pourraient également être utiles si le garage marchait suffisamment bien…

Concentrée sur sa tâche, elle n’entendit pas arriver un trandoshan et une femme derrière elle :
— Pas mal cet endroit : propre et pas très encombré…

Porrim sursauta, et se maîtrisa pour se retourner de façon naturelle. Ne jamais montrer qu’on est surpris. C’était une leçon de Nar Shaadaa, mais Porrim se disait que c’était probablement aussi une bonne politique en affaires. La femme qui avait parler était grande et musclée, ses bras nues et son visage arborant fièrement des cicatrices et un nez redressé plus d’une fois. Le Trandoshan avait l’air plus jeune et n’avait qu’une cicatrice en travers de la joue. S’ils étaient venus avec un véhicule ou n’importe quoi à réparer, ce n’était pas apparent.

— Je peux vous aider ? demanda Porrim, tous ses sens en éveille.
— Elle espérait qu’Ambre et Kita reviendraient bientôt. Elle espérait aussi que son mauvais pressentiment n’était que la paranoïa de quelqu’un qui a grandi sur un monde Hutt. La femme la détrompa rapidement.
— Ce n’est pas ce que tu peux faire pour nous, mais ce que nous pouvons faire pour toi. Tu vois, nous, on fait dans la sécurité, et toi, tu viens de t’installer. C’est crucial les premiers mois… Les locaux pourraient se montrer… inciviques avec des gens venant d’un monde du noyaux.

Porrim se demanda rapidement si son interlocutrices était stupide au point de réellement croire que tous les Séloniens vivaient dans le système Corellien. Mais c’était très secondaire à côté du fait qu’elle savait très bien reconnaître un racket de protection. Elle leur jeta un regard désabusé.

— C’est très aimable, mais je ne pense pas avoir besoin de vos services, dit-elle de sa voix la plus neutre.

La femme ricana. Ce n’était pas la réponse qu’elle attendait, mais ce n’était pas la première fois qu’elle avait affaire à un “client” récalcitrant.

— Écoute, je serais toi, j’y réfléchirais à deux fois avant de rejeter notre offre. À ta réaction, je vois très bien que tu sais à quoi t’attendre. On pourrait t’éviter un tas d’ennuis. Tu n’as qu’à faire le bon choix, c’est pas plus compliqué que ça.
— Si vous n’avez rien à faire réparer, je vais devoir vous demander de partir, dit Porrim d’une voix qu’elle espérait ferme. J’ai encore pas mal de boulot sur ce tas de ferraille derrière moi.

La femme qui n’avait toujours pas daignée se présenter, la toisa du regard pendant plusieurs seconde. Porrim soutient son regard à grand peine, mais elle ne baissa pas les yeux.

— Très bien, dit finalement l’intruse. Je vais te laisser la nuit pour réfléchir. Je suis sûre que d’ici demain tu verras que ma proposition est dans ton intérêt. Sgaar, on y va.

Le Trandoshan suivit la femme, et en voyant le motif dans le dos du blouson de cette dernière, Porrim eu des sueurs froides. Deux cercles rouges concentriques, barrés horizontalement… Crimson Dawn.

 

— On est dans la gueule du Sarlacc ! résuma Porrim quand Ambre et Kita furent rentré⋅e⋅s.
— Tu es certaine qu’ils étaient de Crimson Dawn? demanda Kita.

Porrim lui lança un regard furieux.

— Évidemment que je suis certaine. On ne survit pas sur Nar Shaddaa si on ne sait pas reconnaître les gens à éviter à tout prix.
— Leur emblème est facile à reproduire. Oui, je sais, quelqu’un qui se ferait attraper par un cartel à se faire passer pour eux ne survivrait probablement pas longtemps, mais aux dernières nouvelles il n’y en avait aucun d’établi sur Bakura.
— À votre connaissance.
— Je suis bien informée. Je connais pas mal de gens sur cette planète, dans toutes les classes sociales. Et aucune de mes connaissances ne m’a rapporté que Crimson Dawn était intéressé par Bakura. Peut-être que ceux que tu as vu tout à l’heure étaient l'avant-garde. En tous les cas, il faut que nous sachions avec certitude à qui nous avons à faire.
Ambre, tu en penses quoi ?

Lae Togruta était resté⋅e silencieuxe depuis que Porrim leur avait raconté annoncé qu’iels étaient la cible d’un racket.

— Pardon ? À propos de ?

Porrim soupira.

— Est-ce que toi aussi tu penses que ça peut être des imposteurs ?
— La galaxie ne manque pas de gens stupides, répondit Ambre sans se mouiller. Mais dans tous les cas, il nous faut en savoir plus sur eux. S’il s’agit d’opérations sérieuses et bien installées… Il sera difficile de défendre le garage et de les persuader de nous laisser tranquille.

Porrim eu les larmes aux yeux.

— Je refuse de bouger, et je refuse de me laisser racketter. On a traversé la galaxie pour échapper aux Hutts, c’est pas pour se faire aller se jeter dans les griffes de Crimson Dawn!

Ambre la prit dans ses bras.

— Hé, on va tout faire pour que ça n’arrive pas, ok ? Tu te rappelles de ce qu’on a fait aux Mynocks noirs?

Porrim renifla et réussit à sourire.

— Est-ce que je veux savoir ? demanda Kita.

Ambre se tourna vers elle, l’air embarrassé.

— La version courte est qu’ils nous ont racketté trop souvent, et qu’on a été forcés de… leur faire comprendre hum… ce qu’on ressentait.
— Oh.
— Vous avez entendu l’expression “tomber comme un Mynock” ? demanda Porrim avec une pointe de fierté.
— J’ai peut-être entendu Falaa utiliser cet idiome une fois ou deux oui.
— Quoi qu’il en soit, ce que je voulais dire, c’est qu’on peut se défendre contre ces clowns qui sont venues cet après-midi.

Kita n’était visiblement pas enchantée par ce qu’elle venait d’entendre.

— J’espère que tu me donneras la version longue un jour, Ambre. Toutefois, ce n’est pas important pour le moment. Nous devons être prudents. Si ce sont effectivement des membres de Crimson Dawn, ce qu’il ne faut surtout pas c’est mériter l’attention de gens vraiment important dans l’organisation. Je ne pense pas que nous ayons affaire à une partie importante du cartel, ce qui nous donne de meilleures chances de résoudre ça sans faire trop de vagues. Ensuite, nous ne sommes pas seul⋅e⋅s. D'autres citoyens auront été abordés et si nous montrons un peu de résistance, d'autres viendront se joindre à nous. Il nous faudra également prévenir les autorités, peut-être en sautant quelques…
— Quelqu’un approche, coupa Ambre.

Kita se tue et tous se figèrent en écoutant.

— Je n’entends r…
— shhh, fit Ambre.

Il s’écoula quelques secondes et Kita fini par entendre de lointain bruit de pas. Même pour une Togruta, Ambre devait avoir une ouïe remarquable.

— Seulement une personne, dit-iel finalement. Je vais lui tendre une embuscade.
— Pardon? dit Kita incrédule.
— Ambre, non, intervint Porrim, ils ne t’ont pas encore vu ici.
— Contente de constater qu’au moins une de vous deux a un sens commun.
— Je vais m’en charger, finit la Sélonienne, sans tenir compte de Kita qui affichait maintenant une mine défaite.

Ambre réfléchit un instant avant d'acquiescer.

— Ça leur montrera que tu ne te laisses pas intimider… Très bien. Maître, s’il vous plaît, laissez-nous régler ça. On sait ce qu’on fait.

Kita ne comprenait pas ce que faisaient les deux jeunes personnes. Elle avait déjà utilisé des méthodes d’intimidation contre des criminels, mais en général c’était sur du court terme sans vraiment se soucier d’éventuelles répercussions pour elle-même. Elle restait rarement longtemps au même endroit, usait de suggestion de Force, et évitait d’une manière générale de faire trop de vagues. Mais la façon qu’avait Ambre et Porrim de garder leur calme lui disait qu’iels avaient déjà vécu ce genre de situation. Surtout considérant l’état d’agitation dans laquelle se trouvait Porrim cinq minutes plus tôt. La jeune selonienne avait glissé dans une forme de routine et Kita en eu froid dans le dos.

Porrim prit une respiration pour revêtir un masque de calme et toute son agitation disparue. Elle attendit le bon moment et ouvrit le portail, découvrant un Trandoshan accroupi, éclairé seulement par la lumière de l’atelier.

— Bonsoir Sgaar, dit-elle. Je peux faire quelque chose pour toi?

Sgaar la regarda avec un air consterné. Il soupira et se releva, prenant soin de caché le contenu de son sac.

— Bonsssoir, madame Porrim. Je ne ffaizzait que passser, je ne voulais pas vous déranger.
— Hé, c’est de la peinture que tu as dans ton sac ? Tu es grapheur ?

Sgaar la regarda avec des œils ronds, peut-être légèrement paniqué.

— O.. Oui, enfin… Je débute juste.
— C’est cool! Tu pourrais me montrer tes graphs?
— Je heu… N’ai pas encore eu le temps d’en faire icci. Mais je ssupozze d’ici une ssemaine.
— Génial! Hé! Si tu veux, le mur derrière est à ta disposition.
— M… Mercci. Hmm… Je dois y aller.
— Pas de soucis, bonne soirée! fit Porrim avec un grand sourire.

Le trandoshan ne répondit pas et se hâta de partir, visiblement mal à l’aise, tandis que Porrim lui faisait au revoir de la main. Quand il eut disparu à un coin de rue, Porrim referma le portail.

— Voilà qui fut enrichissant, dit Kita. Je suis impressionnée. De la peinture hein?
— De l’essence, en fait, expliqua Ambre. Mais mettre ça sur le tapis n’aurait fait qu’augmenter la tension et potentiellement… probablement pas à une bagarre. Pas à un contre trois, mais probablement à une confrontation dont il aurait été obligé de battre en retraite à un moment ou un autre.
— Je vois. Vous pensez qu’il va venir repeindre votre mur ?

Porrim haussa les épaules.

— Difficile à dire. Mais s’il vient effectivement ça voudra dire qu’on s’est fait un copain. Je ne parierais pas dessus, mais on ne sait jamais. En tous cas, ça ne règle pas la question de ses employeurs. Je ne pense pas qu’ils renvoient quelqu’un cette nuit, mais il vont revenir. Et de toute façon…

Porrim soupira et se tourna vers Ambre, l’air résolue :

— Défendre mon garage ne suffira pas, Ambre. Et je ne veux pas fuir à nouveau. Pas maintenant. Nous devons les faire partir.

Ambre ne détourna pas le regard. Ce n’était pas facile. Le regard de Porrim était d’une intensité qu’iel ne lui connaissait pas. C’était intimidant. Et ce qu’elle suggérait… Ambre ne prenait l’offensive que quand la fuite était impossible. Du moins c’est comme ça qu’iel avait vécu. Mais iel ne pouvait laisser Porrim faire face seule.

— Je ne te laisserais pas tomber.
— Je sais, répondit simplement Porrim.