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Le Violon

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LA DÉPORTATION

 

Seconde Guerre Mondiale

Allemagne – Octobre 1942

 

  Ce jour arriva finalement.

Ce jour qu’ils avaient tant redoutés depuis longtemps.

Les Broflovskis furent trainés en bas des escaliers par des hommes hurlant, en uniformes, les poussant pressement avec leurs armes, leur ordonnant d’avancer plus vite. Ils reçurent moins de cinq minutes pour prendre leurs affaires et personnelles, sous la pression constante des soldats hurlants. Kyle prit rapidement son violon, l’objet qu’il chérissait le plus, pendant que son petit frère essayait désespérément de mettre ses jouets favoris dans sa malle.

 

Ils sortirent du bâtiment, et pour la première depuis de nombreuse années, ils purent prendre une bouffée d’air frais. Pendant que sa famille était guidée par les agressif soldats, ils furent accueillis par plusieurs visages étrangers, les observant avec curiosité. Tandis qu’ils marchaient en direction du camion militaire, Kyle put lire tous types de regards sur le visage des personnes qui s’agglomérées dans la rue pour voir une autre famille juive être déportée. Des regards effrayés, des regards remplis de colère et de dégout, des regards triomphants et arrogants. Le juif était choqué par la façon dont le monde et ses habitants avaient pu changer si drastiquement en moins de dix ans.

 

  Ses yeux trouvèrent la famille des Marsh. Ils se tenaient devant l’encadrements de leur porte, se tenant fermement l’un l’autre, mains dans la main, des regards emplis de douleur et d’impuissance imprimés sur leurs visages. Pendant toute ses années, ils avaient aidé les Broflovskis. Ils avaient gardé leur endroit secret, apporté de la nourriture et des vêtements et avaient fait en sorte que cette famille de quatre vivent dans un grenier étroit au-dessus d’un vieux magasin.

 

Cela le peinait de regarder les yeux de son meilleur ami larmoyant, tandis que les siens étaient secs. Comme il aimerait appeler son ami, lui dire que tout irait bien et qu’il se porterait bien même s’il n’y croyait pas. Mais il savait qu’il devait rester silencieux, et rapidement, il détourna son regard de Stan. Il savait que les conséquences de ses actions pourraient être graves.

 

  Kyle fut poussé à l’intérieur du camion. Les portes se refermèrent juste devant son visage. Toute source de lumière disparus et l’endroit devint plus sombre que la nuit elle-même. Ils voyagèrent pendant ce qui semblait être des années avant qu’ils n’arrivent à une station de chemin de fer. On leur ordonna de sortir et de rejoindre la large masse de personnes portant l’étoile de David sur leurs hauts. Il gelait dehors, mais le mélange d’effroi et d’appréhension semblaient effacer le froid. Les Broflovskis suivirent les ordres des dangereux officiers qui perturbaient et inquiétaient les juifs dans chaque wagon de trains.

 

Pendant qu’ils marchaient, Kyle pouvait entendre sa mère parler tendrement à Ike, pressant le petit garçon contre elle. Il sentit la main de son père se poser sur son épaule et le regarda. Le regard de Gérald était posé sur les officiers hurlants proches d’eux. L’homme senti le regard sur lui et baissa les yeux pour rencontrer ceux de son premier fils. Son air tendu s’adoucit légèrement en regardant Kyle, tristement, remplis d’amour et de regrets. C’était le regard d’un parent sachant que l’avenir de son enfant était condamné.

 

  La foule de juifs fut poussé de force dans les compartiments du train. Les grandes portes coulissantes se fermèrent. Ils n’y avaient pas de fenêtre et furent dans le noir total une fois de plus. Le train démarra et Kyle ne pas dire s’il était petit ou simplement remplis de personnes. Les corps étaient tous pressés les uns les uns contre les autres. L’air froid fut donc rapidement remplacé par une insupportable, lourde et humide chaleur. L’oxygène manquait : des gens criaient. Des gens s’effondraient. Des gens mourraient.

 

  Kyle ferma les yeux. Ses oreilles bourdonnaient de douleur à cause des cris. Il essayait de se concentrer sur la douce voix de sa mère qui chantait une berceuse aux creux de l’oreille de son frère. Il essaya de se concentrer sur la poigne ferme de son père qui lui caressait la poitrine, le faisant sentir en sécurité et protégé.

Au beau milieu de ses frayeurs, les pensées de Kyle revinrent sur la famille Marsh. Il se demandait s’ils se reverraient un jour. Il faisait beaucoup trop chaud. L’air était lourd et une odeur écœurante remplis le compartiment. Les cris s’atténuèrent et le silence tomba. Il se sentait exténué, ses muscles étaient fatigués et douloureux à force d’être debout, dans la même position depuis des heures. La fatigue prit lentement le contrôle de son corps et de son esprit. À contrecœur, il tomba dans les bras de Morphée. Kyle avait complètement perdu la notion du temps. Ils voyageaient vers une destination inconnue. Ne sachant pas ce qui les attendaient là-bas. Sachant uniquement qu’ils allaient tout droit vers la mort.

 

  Kyle ouvrit subitement les yeux.

 

Le train s’arrêta L’odeur de sueur, de vomis et d’urine envahissait ses narines. Au début de leur périple, les gens hurlaient d’effroi, mais maintenant c’était l’appréhension extrême qui les gardaient silencieux. Un silence insoutenable sonnait dans les compartiments des wagons. C’était le calme avant la tempête. Kyle pouvait à peine discerner les voix des hommes, et ne pouvait pas savoir ce qu’ils disaient.

 

Quelqu’un dans le compartiment murmura, « Qu’est-ce qu’il se passe ? » De légers pleurs s’entendirent au loin. Le silence prit place, augmentant la tension.

 

  Soudain, les portes coulissantes s’ouvrirent. La masse de juifs scrutaient du coin de l’œil cette soudaine exposition de lumière. Les soldats commencèrent à attraper les personnes par le bras et à les forcer à sortir du train rapidement, faisant tomber beaucoup d’entre eux sur le sol mouillé et boueux. Kyle senti la fraîcheur du sol comme s’il avait percuté un mur de glace et pensa s’évanouir. Mais cet état disparu rapidement lorsque l’adrénaline reprit le dessus. Ses yeux recherchaient sa famille mais à la place il vit uniquement une masse noire de monde et de chaos.

 

  Les gens étaient violemment jetés hors des trains. Les soldats hurlèrent, hystériquement, frappant et poussant les juifs hors du chemin. Ils criaient à l’agonie, effrayés, tandis que leurs valises étaient rapidement arrachées de leurs mains. Un soldat vint de nul part et bouscula Kyle violemment, lui faisant perdre l’équilibre et tomber par terre. Kyle regarda avec horreur ce soldat prendre sa mallette et son violon et les jeter sur une pile de bagages.

 

Le roux se releva rapidement pour récupérer son violon mais un autre soldat l’intercepta. Il l’attrapa par le bras et le tira avec force vers la masse d’hommes. Étant totalement désorienté, Kyle regarda rapidement autour de lui et sentit la panique grandir en lui. Il avait perdu sa famille. Soudain dans la profondeur de sa confusion, il reconnut la voix de sa mère crier au-dessus de toutes les autres. Il suivit ses cris désespérés, ignorant les bousculades et les collisions avec les autres juifs.

 

Kyle restreint son propre cri en voyant un soldat essayant avec force de séparer sa mère de Ike et de son père. Il fit de son mieux pour l’atteindre, poussant les gens sur son chemin, voulant sauver sa mère de cet horrible soldat. Avant qu’il en eut la chance, un autre soldat arriva et les deux hommes réussirent à l’emporter dans la direction opposée. Kyle vit les cascades de larmes couler des yeux de sa mère pendant qu’elle se débattait en vain pour se libérer, criant le nom de ses fils avec désespoir. Sa vision fut troublée par ses larmes et il s’apprêtait à lui courir après lorsqu’une main ferme l’attrapa.  Il se tourna, furieux et blessé, pensant voir un nazi le tenir mais fut surprit de voir son père à la place.

 

  « Kyle, on ne peut rien faire ! » Dit son père, pâle et dévasté. « On doit rester ensemble ! » Mais Kyle ne pouvait pas accepter ses mots, cet injuste destin. Il essaya donc de se libérer de l’emprise de son père pour sauver sa mère. Gerald Broflovski attira son fils vers lui une seconde fois et Kyle se retourna, révolté.

« Ils ont pris maman ! » Il cria figé d’effroi.

 

« Écoute moi, Kyle ! » Son père le supplia, posant ses mains sur ses épaules. « Je pense qu’ils veulent séparer les femmes des hommes. »

 

Kyle regarda autour de lui et ce qu’il vit semblé confirmer les mots de son père. Les soldats emmenaient toute les femmes dans une autre direction. Il voyait les autres mères être séparées de leurs enfants, des couples séparés par des soldats, jeunes et vieux sans exceptions.

 

« Où est Ike ? » Kyle cria d’inquiétude.

 

« Il est juste là. » Gérald Broflovski fit un geste de la main et Kyle vit son petit frère qui le regardait avec de grand yeux.

 

  Bientôt, la masse d’hommes furent réuni et guider par les commandements des soldats allemands. Pendant qu’ils suivirent les nazis, Kyle remarqua une odeur étrange et écœurante infester l’air. Le groupe fut mis en ligne et un par un, il devait se tenir devant un homme en blouse blanche.  Ils devaient se déshabiller complètement et se faire examiner rapidement par le docteur qui inspectait surtout leurs yeux, leurs bouches et leurs cheveux. Il disait ensuite quelque chose au soldat se tenant à côté de lui, définissant le destin du juif. S’il était envoyé à gauche, on lui ordonnait de marcher vers une porte, toujours nu et portant ses vêtements. S’il était envoyé à droite, il recevrait un uniforme bleu et blanc rayé.

 

 Après la courte examination, les trois Broflovskis reçurent un tatouage sur leurs bras gauche, proche du poignet. Kyle hissa de douleur quand l’aiguille perça sa peau, puis il lit ‘24551’ dessus. Ils reçurent leurs propres uniformes. C’était un tissu très fin et Kyle avait très froid dedans. Ils traversèrent un camp ouvert. Là, ils virent des centaines d’hommes dans les mêmes uniformes faire des travaux difficiles. Kyle était choqué et déglutit sèchement à la vue de ce que l’avenir réservait à sa famille. Ces hommes étaient anormalement maigres, l’air fatigués, le visage vanneuses comme si tout éclats de vie leur avaient été enlevés.

 

  Ils atteignirent finalement une zone pleine de longue baraques en bois. Les soldats leur ordonnèrent d’entrer dans l’une d’elles en les poussant inutilement à l’intérieur. La chambre fut rapidement remplie et un grand homme blond entra suivit de deux autre soldats. Basé sur son uniforme décoré de médailles et de distinctions militaires et dans la manière dont les soldats le saluèrent, il était clair que c’était un homme de pouvoir. Le soldat décoré posa son regard de pure haine sur les hommes juifs avant de lire d’une voix forte ses instructions.

 

  « Willkommen* dans le camp de Dachau ! Ceci est votre maison ! La baraque D34 est votre résidence ! C’est à votre responsabilité de la gardé propre et en ordre ! Vous vous réveillerez tous les jours à 6 heures, vous vous laverez et mangez ! À 7 heures, vous vous tiendrez dehors pour l’appel. Ensuite, vous recevrez des instructions sur vos tâches quotidiennes dans le camp ! Vous travaillerez de midi à l’heure diner ! Et vous continuerez où vous vous êtes arrêtez ! Vous avez l’interdiction de parler en travaillant, interdiction de vous promener autour du camp après 9 heures et vous ne possédez rien ! Ai-je été clair ? »

 

  Les juifs répondirent à l’unissons d’un « oui » cassé, et l’officier quitta la baraque. Les soldats le suivirent dehors et gardèrent l’entrée. Il y eut un moment de silence et d’anxiété ; tout le monde se lançaient des regards effrayés et incertains. Après un moment, Kyle son père et son petit frère explorèrent la baraque. Ils trouvèrent une grande salle remplie de table et de chaises en bois, sans aucun doutes une salle à manger commune. Les divisions suivantes comportaient plusieurs lignes de couchettes à même le sol. Kyle nota qu’elles étaient trop petites pour un homme moyen. Les matelas étaient faits d’un étrange matériel qu’il ne connaissait pas. Les toilettes et salle de bain étaient aussi commune, les compartiments étaient trop petits pour le grand nombre de personnes vivant ici.

 

  Kyle s’allongea dans un des lits et son frère le rejoignit, s’allongeant à proximité de son corps. Leur père s’assit à côté d’eux, et commença à caresser les cheveux de ses enfants. Ils restèrent ainsi pendant ce qui sembla une courte éternité, en silence, ignorant les sanglots de souffrance ou de colère qui les entouraient. Kyle ferma les yeux. Il voulait oublier où il était. Il voulait juste sentir la chaleur du corps de son petit frère le réchauffer et sentir les réconfortantes caresse de son père sur ses cheveux Il se demandait comment sa mère allait, et si l’un d’entre eux partirait de cet endroit, en vie. De chaude larmes s’échappaient de ses yeux tandis qu’il s’écrasa sur cette réalisation : ils étaient en enfer.

 

*Willkommen : Bienvenue.