Actions

Work Header

Légendaire

Chapter Text

Tac. Le bruit métallique se répétait à intervalles réguliers. Les gardes pouvaient l'entendre mais n'osaient pas entrer dans la pièce. On le leur avait interdit, d'une part, et ils n'allaient quand même pas l'empêcher de dormir, non ? Le Pope avait couru dans tous les sens, hier. L'apparition inopinée d'Athéna avait été un coup de tonnerre pour tout le monde. Soudainement, les exercices quotidiens avaient pris un sens nouveau. Beaucoup de ceux qui doutaient de son existence avaient dû admettre qu'aucun humain n'avait jamais manifesté un cosmos pareil. Par conséquent ça signifiait que les histoires racontées au sujet des guerres saintes étaient vraies. Et ça c'était vraiment pas réjouissant. La perspective qu'un ennemi attaque soudainement, le risque de se faire tuer étaient nouveaux pour presque tous. L'inquiétude était palpable et la multiplication de tours de garde accroissaient la nervosité. Quand l'ennemi allait-il apparaitre ? Athéna allait-elle s'adresser à ses troupes ? Devraient-ils attaquer ou se tenir sur la défensive ? Quel serait l'impact sur la population et le gouvernement ? Toutes ces questions attendaient des réponses. Tac. Dans la salle du trône, le casque du Pope heurtait le dossier du trône à chaque fois que le vieil homme redressait subitement la tête, avant de piquer une nouvelle fois du nez. Plus de deux siècles à attendre, à vieillir seul, et elle se matérialisait sans prévenir. Il aurait dû aller se coucher, mais il n'en avait pas eu la force, et puis n'était-il pas censé rester en permanence dans cette salle pour protéger Athéna ? Maintenant qu'il y pensait, il ne savait pas vraiment ce qu'il était censé faire. Quant il était jeune, Athéna l'avait nommé Pope, mais ils n'étaient alors plus que deux. Personne ne lui avait expliqué quoi faire, il avait dû organiser le Sanctuaire à la va-vite, sans vraiment savoir comment procéder. Et ce n'était pas Dohko qui l'aurait aidé, il était encore plus brouillon que lui. Tac. Son dos lui faisait mal. Le trône était vraiment inconfortable, à la longue. Et cette salle était-elle toujours aussi froide la nuit ? Sa vessie était douloureuse, mais il craignait de quitter sa place. Il suffisait d'une courte absence pour qu'un ennemi apparaisse. Et puis... depuis quelques mois c'était devenu de plus en plus pénible d'y aller. Il allait souffrir terriblement pour quelques misérables gouttes, alors pourquoi ne pas juste serrer les dents ? ... En vérité, Shion ne s'était jamais senti aussi fatigué. Il prenait conscience que sa déesse avait besoin d'un serviteur réellement en mesure de la protéger. Quelqu'un qui serait encore en possession de ses moyens. Quelqu'un qui n'aurait pas peur d'une chose aussi simple qu'aller aux toilettes.

Ce fut Aiolos qui le réveilla, fraîchement revenu de sa mission. Il n'aurait normalement pas dû entrer mais il était arrivé au moment de la relève de la garde et avait franchi la porte pendant que les équipes échangeaient quelques mots. Il ignorait pourquoi, mais tout le monde semblait particulièrement tendu. Son petit frère aussi s'était demandé ce qui se passait. Ils avaient compris que quelque chose clochait en voyant que les Maisons étaient toutes gardées. Certes Aiolos les avait connues vides, mais c'était probablement logique qu'elles ne le soient pas toutes en même temps. Vu l'heure, les autres chevaliers d'or somnolaient dans leur Maisons respectives et aucun ne réagit à leur passage. Il avait ordonné à Aiolia - Andreas aurait pu choisir un autre nom qui ressemble moins au sien, quand même - de rester dans la sienne et continua jusqu'au palais en ignorant les protestations des locataires sur le chemin. Il espérait ne pas avoir à rester trop longtemps dans sa Maison. Elle était si froide, il n'arrivait pas à la considérer comme un véritable foyer. Le Pope avait les traits tirés et anxieux, et il lui donnait même l'impression d'être malade. Quand il sortit du sommeil, il sembla désorienté et lui ordonna de garder la pièce pendant un moment avant de sortir sans plus d'explication. Aiolos était encore plus perplexe et attendit un bon quart d'heure que le Pope revienne, en sueur et pâle.

- On a bien raison de dire que la vieillesse est un naufrage, mais on pourrait aussi dire que c'est un barrage dont on augmente sans cesse la hauteur et dont les eaux retenues vous empêchent de vivre.
- Hein ?
- Non, c'est juste une réflexion de vieil homme. Ta mission s'est-elle bien passée ?
- Je n'irais pas jusqu'à dire ça. Ils... ils étaient devenus fous. Ils tuaient sans distinction leurs instructeurs, les prisonniers politiques et même les quelques civils qu'ils croisaient.
- Y a-t-il eu beaucoup de victimes ?
- Le camp d'entrainement comptait apparemment environ cinq cent personnes, huit cent pour toute l'île. J'ai... j'ai dû tuer ceux qui maîtrisaient le cosmos.
- J'imagine qu'il n'y avait pas le choix.
- Grand Pope, combien de temps allez-vous laisser ce gouvernement agir ? Ils ont bénéficié de l'aide d'un renégat au Sanctuaire.
- Ce n'était qu'un prétendant malheureux à une armure de bronze.
- Mais il a formé des apprentis pour la police militaire, des jeunes torturés psychologiquement et drogués pour qu'ils deviennent de parfaits bourreaux. Ils n'avaient aucun reflet d'humanité dans les yeux. Quand je suis arrivé, l'un d'entre eux m'a regardé sans rien dire tout en pulvérisant le crâne d'un prisonnier à coups de poing ! Les substances qu'on leur donnait faisaient disparaitre la douleur, ils ne se rendaient même pas compte qu'ils se blessaient. C'était une boucherie. Aiolia s'est chargé de ramener vers les bateaux moins d'une centaine de survivants. Essentiellement les familles de l'encadrement ou des civils de l'île. Tout le reste était mort ou en passe de l'être.
- Je vois.
- J'ajoute qu'un des apprentis a probablement profité de l'évacuation pour fuir.
- Comment ?
- Aiolia l'a pris pour un civil à cause de son jeune âge, mais quand ils ont compté tout le monde à l'arrivée il n'était plus là. Il est facilement reconnaissable, ceci dit, il a eu le visage partiellement brûlé lors de son "entrainement". Il faudra être prudent, il s'est apparemment infiltré dans un bateau à destination du Pacifique.
- ... Je crois que j'ai une petite idée de sa destination. Le Masque de la Culpabilité saura le mater, comme tous ceux qu'on lui envoie. Espérons qu'il arrivera à le remettre dans le droit chemin.
- Celui qui a l'air aussi taré que ses prisonniers ?
- ... L'isolement lui pèse sans doute un peu, je le reconnais.
- C'est rien de le dire. Dites, pourquoi tout le monde est en armure ?
- Oh ! Mais comment puis-je oublier une chose si importante ! Hier après-midi, notre déesse Athéna s'est enfin incarnée sur terre, Aiolos. J'ai proclamé l'état d'urgence, mais je suis plus serein maintenant que tu es arrivé.
- ... Sérieusement ? Vous êtes sûr que c'est bien elle ? À quoi elle ressemble ? On peut lui parler ?
- Hors de question. Moi seul et les servantes que j'ai personnellement nommées peuvent la voir et s'occuper d'elle. Du reste, tu n'aurais pas grand chose à lui dire, Athéna s'incarne toujours sous la forme d'un nourrisson.
- C'est un bébé, la déesse de la guerre ?
- Oui. Nous devons donc nous attendre à une guerre sainte d'ici quelques années, mais elle pourrait aussi bien commencer maintenant. Quoi qu'il en soit, il est indispensable que tu te comportes en modèle pour tes cadets et pour le reste du Sanctuaire. Maintenant, je te prierais de retourner dans ta Maison pour en assurer la sécurité. Dès que Saga sera revenu à son tour, je pourrais aller manger un peu en sachant qu vous êtes là tous les deux. D'ailleurs puisque tu es là, veux-tu bien aller voir si Saga est arrivé ? Et dis-lui de venir me faire son rapport immédiatement.

Aiolos prit donc congés et repartit vers la Maison des Gémeaux, échangeant cette fois-ci quelques mots avec les jeunes garçons à qui on avait confié les lieux. C'était assez curieux, mais le Sanctuaire comptait de plus en plus d'étrangers, et les chevaliers d'or illustraient parfaitement cette situation. Le chevalier des Poissons, par exemple, avait été sauvé in extremis après avoir perdu ses parents botanistes lors des massacres en Indonésie. C'est son maître qui l'avait ramené de force lors d'une mission visant à dissimuler un temple de Poséidon qui risquait d'être découvert. Il parait qu'il était arrivé ici en crispant ses mains sur une rose fanée depuis longtemps. Là où son maître était un grosse brute malodorante, le petit Suédois était devenu très raffiné quoiqu'assez peu sujet à l'introspection. Aiolos lui demanda s'il comptait planter autre chose que des roses mais obtint une réponse négative et surprenante.

- Il n'y a que les roses qui me font oublier la puanteur de mon ancien maître.
- C'est vrai qu'il sentait un peu fort mais de là à couvrir toutes les marches jusqu'au palais... Et puis il n'était pas si mauv...
- Vous ne savez pas de quoi vous parlez. Il disait que seul le fort était en mesure de faire appliquer sa justice. Alors je suis devenu plus fort que lui. Et j'ai appliqué ma justice.
- ... Comment ça, Sven ? Tu veux dire qu'il n'est pas mort de la grippe ?
- Est-ce que votre maître vous obligeait à dormir avec elle ?
- Je... quoi ?
- Peu importe. Les roses sont belles et pures, et elles m'aident à m'évader.
- Heu... Si tu le dis.

Troublé, Aiolos traversa rapidement la Maison du Verseau dont le chevalier taciturne était le petit-fils de Français expédiés au goulag par les Soviétiques. De ce qu'il avait compris, son maître l'avait trouvé à demi-mort de froid, laissé derrière lors d'un transfert de familles de contre-révolutionnaires. Il n'y avait jamais rien à en tirer, de toute façon, à croire qu'il se fichait de ce qui se passait au Sanctuaire. Shura du Capricorne avait quant à lui perdu ses parents lors de l'indépendance de la Guinée équatoriale et avait été élevé par un vieux chevalier fanatique vénérant Athéna au point d'en oublier parfois qu'il devait servir la justice. Aiolos le taquinait parfois pour l'agacer.

- Alors, encore à feignasser ? Tu vas avoir un blâme du Pope, un de ces jours !
- Je ne feignasse pas, contrairement à d'autres qui prennent le temps de discuter de ci-de là !
- Oui oui, moi je dis que tu es trop tendu.
- On ne saurait se détendre quand on est au service de la justice et d'Athéna.
- Mmm. Tu devrais te trouver une petite amie. Une avec des gros seins qui te relaxerait un peu.
- Le vrai guerrier méprise ces choses-là.
- Le vrai guerrier c'est celui qui a quelque chose à défendre, et qui sait ce qu'il défend. Tu devrais faire de la place dans ta vie pour d'autres choses que le devoir.
- ... Pourquoi tu me fais toujours passer pour un type ennuyeux ?
- Parce que tu l'es un peu, hein. Et puis tu n'es pas tout seul, au service d'Athéna, c'est un peu orgueilleux de vouloir incarner seul la justice.
- Je ne prétend pas être... C'est pas comme ça.
- Tu devrais t'écouter un peu, des fois. Tiens, je t'ai ramené de la lecture, ça devrait te distraire.

Aiolos tendit une enveloppe à Shura qui la saisit avec méfiance et repartit. Un bref coup d'œil à l'intérieur confirma ses soupçons. Il avait osé lui amener des revues obscènes !

- AH ! C'est dégoûtant !
- Ha ha ha ! Dis-toi que c'est des histoires d'épées et de fourreaux !
- Dehors ! Dehors !

L'occupant de la huitième maison était en revanche un petit Grec bien du cru. Il était le fils de militants communistes éliminés par le régime et en avait gardé une certaine méfiance envers l'autorité et préférait parfois suivre ses convictions plutôt que le bon sens, ce qui faisait qu'Aiolos avait une franche sympathie pour lui. Mais il restait toujours fidèle aux règles du Sanctuaire.

- Vous prenez bien trop de temps pour revenir à votre Maison, monsieur.
- Mais vous allez arrêter de m'appeler monsieur, tous ? J'ai que quelques années de plus que vous ! Et puis on est presque au complet, là, on a largement le temps de voir un ennemi arriver.
- Nous sommes en état d'urgence, il faut nous tenir prêt, qui sait quels dangers Athéna devra affronter ?
- Oui, oui, mais ce n'est pas une raison pour s'affoler non plus.
- Je ne m'affole pas !
- Tu parles, tu tripotes nerveusement la "natte" de ton casque.

Milo lâcha la queue du Scorpion, vexé de s'être fait surprendre. Cet Aiolos avait vraiment la fâcheuse habitude de se moquer des autres ! La Maison de la Balance qu'il traversa ensuite était bien entendu vide, mais même s'il n'avait jamais rencontré son gardien, on pouvait sentir le cosmos de celui-ci imprégner les lieux. Aiolos se demandait quelle personnalité il pouvait avoir. Les rares allusions du Pope semblaient évoquer un vieil homme aussi sage que facétieux et dévoué à Athéna. Ah, le suivant nécessitait de marcher le plus silencieusement possible. Un enfant exquis, ce Shaka. Il était calme et bien élevé, et lui rappelait une petite fille de son voisinage quand il était enfant. C'était surprenant de voir un Indien blond, mais c'était apparemment relativement commun dans le Nord-Ouest de son pays. Darina lui avait dit à son sujet que plusieurs populations locales partageaient des traits communs avec les Européens. Pauvre gosse, lui aussi avait tout perdu lorsque l'Inde et le Pakistan s'étaient encore une fois sautés à la gorge. Aiolos le trouva en pleine méditation, comme à son habitude, irradiant un cosmos apaisé mais laissant poindre quelques signes d'inquiétude.

- Suis-je suffisamment éveillé ?
- Oh, tu m'as donc entendu ?
- Bien sûr, je suis le gardien de cette Maison, je me dois d'être attentif à tout ce qui s'y passe, aussi discrets que soient ceux qui veulent passer. Qui plus est, le sol résonne beaucoup.
- C'est vrai... Tu n'as pas peur ?
- ... Je ne sais pas si je serais de taille face à un ennemi. Je me suis efforcé de devenir aussi bon que mon maître le souhaitait.
- Je suis sûr qu'il serait fier de toi, tout comme je suis sûr que tu es largement de taille à tenir tête à tout ennemi qui se présenterait. Athéna devrait bien t'aimer si elle te rencontrait.
- C'est ironique.
- Comment ça ?
- Moi je sers une divinité d'un autre pays que le mien tout en suivant la voie de Bouddha, alors que mon maître était athée et pensait que d'un point de vue scientifique les dieux étaient probablement tous de simples humains. Selon lui, s'ils avaient réellement existé, ils avaient probablement débloqué des capacités supérieures de leur cerveau leur ayant permis de s'imposer à la masse de la population.
- Ah. Moi je suis Athéna parce que je partage les principes qu'on nous dit être les siens. Si ça devait être une tromperie et qu'elle n'était pas la protectrice bienveillante qu'on dit, je cesserais de la protéger.
- Ce serait de la trahison, non ?
- Mieux vaudrait trahir qu'aider une femme cruelle et dominatrice. Ne suis pas aveuglément ce qu'on te dit. L'expérience m'a prouvé que ça pouvait conduire à blesser des innocents, même si on était de bonne foi.

Aiolos repartit en laissant le jeune garçon méditer à tout ceci. Il informa rapidement son frère de la situation puis continua son chemin, jusqu'à arriver chez Tête-à-baffe. Lui aussi il était miraculeux dans son genre, dans la mesure où il était une des seules personnes à avoir mis Junior en colère. Depuis ils entretenaient un genre de guerre larvée et Aiolos comptait discrètement les points en reconnaissant que la hargne de l'un était compensée par l'expérience du second. Il n'avait aucune idée de comment il était arrivé au Sanctuaire, en tout cas. La seule certitude c'est que ses choix esthétiques étaient des plus discutables. Le Sanctuaire n'aurait pas dû confier une mission si éprouvante à un enfant si jeune. Toute une ville d'Asie centrale avait été tuée quand les Soviétiques avaient déterré un puissant daimon et l'avaient libéré du sceau qui le retenait. Le pauvre gamin s'était retrouvé dans une ville remplie de non-morts manipulés par ce daimon qui s'était nourri de leurs âmes. La victoire avait été aisée, mais elle avait nécessité d'envoyer tout le monde sans distinction aux enfers. Depuis il ne cessait de répéter que c'était la faute des habitants, qu'ils n'auraient pas dû se trouver là, qu'ils n'avaient qu'à être forts. Aiolos sentait que ce garçon mourait d'envie de croire en la justice mais était trop traumatisé pour y arriver. Il n'aurait probablement pas matérialisé ces visages s'il ne ressentait pas une intense culpabilité. Il le trouva assis dans sa Maison, les bras passés autour des genoux.

- Te voilà bien pensif, Angelo.
- ... 't'faire foutre.
- ... Ça ne se reproduira pas forcément, tu sais !
- Quoi donc ?
- Ton accident.
- Connard !
- C'était pas ta faute.
- Fous-moi la paix.
- C'était vraiment pas ta faute, Angelo.
- J't'ai dit de me laisser tranquille, casse-toi.

Aiolos tenta de poser sa main sur l'épaule du jeune chevalier mais ce dernier la repoussa.

- T'as décidé de m'emmerder ou quoi ? Je suis pas ton frangin ! J'en ai assez du Sanctuaire et de ses paroles vertueuses. Ça se dit défenseur de la justice mais ça élimine froidement parce que c'est la seule solution possible. Alors je vais continuer à faire ça puisque je sais faire. De toute façon les bons sentiments ça mène à rien à part passer pour un con.

Angelo regarda ailleurs pour bien signifier que la discussion était terminée. Aiolos n'insista pas et passa son chemin. Il faudrait beaucoup de temps pour l'amener à se pardonner et à pardonner le Sanctuaire pour ce qu'il l'avait poussé à faire. Aiolos trouva hélas la Maison des Gémeaux vide. Bon, il faudrait vraiment descendre jusqu'en bas avant de tout remonter... Le jeune Aldébaran montait la garde à l'entrée de sa Maison, attendant d'éventuels ennemis de pied ferme. Tout en classant ses cartes de footballeurs... Quand il avait appris qu'en tant que chevalier d'or il avait droit à une certaine somme tous les mois, son premier achat fut ces albums de cartes à collectionner dont il était fou. Il était intarissable sur le sujet, et l'apparition de cartes qui se collaient toutes seules l'avait fasciné. Lui était le fils d'un artiste brésilien mort en prison pour avoir chanté contre les militaires de son pays et d'une Grecque qui était revenue au pays avec son fils avant de disparaitre après avoir été arrêtée à son tour. La coopération des dictatures était une chose très triste et très révoltante de ce monde.

- T'es encore avec ton foot, toi ?
- J'ai commandé la série entière du championnat de Grèce, la coupe de Grèce, et la ligue des champions de cette année.
- Et il te reste des sous après tout ça ?
- Oh oui, un peu.
- Tu devrais quand même éviter de te concentrer là-dessus quand il y a une situation extraordinaire comme celle-là. Que ferais-tu si un ennemi apparaissait ?
- Je le taclerais ! Je sais déjà que j'aurais pas de carton rouge.

Le garnement souriait de toutes ses dents. Aiolos soupira, après tout, il avait vu comme les autres de quoi il était capable. Il était aussi puissant que n'importe quel chevalier d'or. Il arriva finalement à la première Maison, où il trouva le petit Mu en train de se préparer tranquillement du thé. Il était aussi sage et agréable que Shaka, mais n'était pas encore très à l'aise et tendait à consulter un peu trop souvent son maître. Il apprendrait à prendre ses distances et à penser par lui-même.

- Bonjour, Mu ! Tu n'aurais pas vu Saga ?
- Il m'a semblé percevoir son cosmos, tout à l'heure, j'imagine qu'il est en train d'arriver. C'est votre second passage de la journée, vous allez être fatigué si jamais un ennemi devait se présenter.
- Oh mais j'aurais tout le temps de me reposer dans ma Maison, je sais que tu élimineras quiconque se présentera.
- Votre confiance m'honore mais je crains de n'être qu'un incapable qui ne saurait même pas attraper un papillon. Je suis inexpérimenté en tant que chevalier, mais aussi en tant que réparateur d'armure, je sais que je dessers le Sanctuaire.
- C'est faux. C'est juste que tu as dû apprendre deux fois plus de choses là où les autres pouvaient se concentrer sur leurs seules compétences martiales.
- Sans doute. Comment se porte mon maître ? Je n'ose plus essayer de le contacter tant il semble débordé.
- Eh bien... il est réellement débordé. Je crois aussi que le poids des ans se fait sentir plus lourdement qu'avant. Il semble très fatigué.
- Oh. Il est têtu, il refuse toujours d'aller se coucher quand il sait qu'il lui reste du travail.

Aiolos allait donc devoir partir à la recherche de Saga... S'il revenait de mission, il devrait probablement se présenter à l'intendance, alors autant essayer là. L'idée fut judicieuse, car il tomba sur son collègue qui sortait tout juste du bâtiment.

- Ah te voilà. Le Pope souhaiterait entendre ton rapport dans les plus brefs délais.
- Comme si j'étais du genre à trainer pour faire mon rapport...
- La situation est un peu tendue, donc il est très nerveux.
- Ah oui alors c'est quoi le problème ici ? Y a-t-il eu un accident avec le gouvernement ?
- Non, c'est trois fois rien, Athéna s'est incarnée hier après-midi, apparemment.

Saga le regarda sans réaction.

- Mais... pour de vrai ?
- Il parait que son cosmos était si puissant que certains ne pouvaient pas tenir debout.
- Ah bon. Mais du coup, on sait pourquoi elle est revenue ?
- Heu... Le Pope t'en dira plus. Comment ça s'est passé ta mission ?
- Ça devient n'importe quoi, dehors. Papadopoulos veut apparemment reléguer l'armée au second plan et cherche des soutiens. Inutile de dire que les militaires ne le prennent pas bien. Surtout qu'il envisage d'abolir la monarchie pour devenir président au lieu de simple régent.
- Et la population ? Depuis le temps qu'elle espère du changement.
- Changer pour rester dirigé par le même dictateur ça n'enthousiasme pas grand monde. Enfin, il a fait des avances au Sanctuaire en espérant qu'on vienne lui sauver la peau au cas où l'armée se tournerait contre lui.
- Le Pope n'acceptera jamais.
- Je ne pense pas, non. Enfin, je vais lui transmettre tout ça et il décidera. C'est dommage, il y avait des propositions qui nous auraient facilité la vie. J'essaierai de le persuader.

Les deux chevaliers retournèrent de concert en direction des Maisons zodiacales, et Aiolos se dit que le Sanctuaire vivait une période de grand changement. Tous les chevaliers d'or étaient présents, Athéna était revenue, et la dictature commençait visiblement à vaciller. Oui, tout ceci lui donnait confiance en l'avenir.