Actions

Work Header

Légendaire

Chapter Text

Darina et Bigleux redescendaient les marches des Douze Maisons dans le silence. Elle avait envie de le gifler, mais ça ne ferait que le braquer encore plus. Celui-ci s'arrêta brusquement sans mot dire.

- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Un flocon.
- Quoi ?
- J'ai vu un flocon de neige.
- ... Tu es sûr ?
- Ça y ressemblait.
- Tiens donc. L'hiver est pourtant sec, cette année. D'ailleurs, où as-tu dormi ?
- Dehors.
- Mais... il a gelé, cette nuit.
- Et alors. Le cosmos permet de se réchauffer.
- Bigleux... C'est vraiment...
- Je... C'était quoi, ça ?
- ... Ah, je vois. Cette neige n'est pas là naturellement. Un apprenti doit apprendre à ralentir les atomes.

En entrant dans la onzième Maison, un froid intense les accueillit. Bigleux frissonna et se frictionna les bras, vite imité par Darina qui portait pourtant son lourd manteau de fourrure.

- Tiens, il est donc au Sanctuaire, lui. Bah, on a pas le choix, il faut passer de toute façon.

Moins d'une minute plus tard, Bigleux ouvrait de grands yeux étonnés à cause du spectacle qui se présentait à lui. Tout d'abord, le fait de marcher dans la neige, à l'intérieur d'un bâtiment, et malgré un hiver sec, c'était assez perturbant. Voire ensuite un vieux monsieur faire un ange dans la neige accumulée, ça l'était presque autant. Enfin, le voir encourager un petit garçon à l'air sévère à venir le rejoindre, c'était le glaçon qui faisait déborder le vase.

- Maître, il y a des gens.
- Et alors, on s'en fout ! Allez viens Michel, c'est rigolo !
- Maître, vous n'êtes pas sérieux.
- Oooooh, tout de suite... Carpe diem, mon petit Michel. La vie est trop courte pour s'embarrasser de convenances ! Oh tiens, c'est Darina Joli-ptit-cul !

Bigleux regarda son maître du coin de l'œil et la vit se couvrir le visage, ou plutôt le masque, de la main tout en secouant la tête.

- Bigleux, je te présente le plus glacial et le plus immature des anciens chevaliers d'or, l'ancien chevalier du Vers...
- Moi c'est Popaul ! L'aut' casse-la-joie, c'est mon apprenti Michel. Camuse-donc un peu la galerie, mon gars, hé hé hé !

Le jeune garçon à l'air impassible regarda son maître par terre, puis partit sans mot dire.

- Mais oh, reviens ! Michel ! Oh là là... Dieu que ce garçon est sinistre. J'espère que je vais arriver à en faire quelque chose.
- Il n'a pas l'air très joueur, c'est sûr.
- Non non, je dirais même qu'il est chiant à mourir, mais bon, avec tous les orphelins qu'on se récupère, on se retrouve fatalement avec des traumatisés de la vie. Mais c'est pas grave, j'aime la difficulté, je te vais te le dégeler vite fait, le Michel.
- C'est lui qui a créé la neige ?
- Oh ouais, il est plutôt bon. À son âge j'y arrivais pas, moi. Tiens, tu sais qu'il a claqué, Double-Face ?
- Quoi ? Le Pope ne m'en a rien dit !
- Ben je venais de l'informer, en fait. Enfin vous avez jamais pu vous saquer, vous deux, alors peut-être que tu t'en fous.
- Oui, un peu. Enfin... si, un peu. Je l'ai croisé il y a pas longtemps, il avait la respiration sifflante.
- J'ai jamais touché au tabac de ma vie, ça ne fait que me confirmer que c'était une bonne idée. Au moins il a eu le temps de voir son apprenti prendre sa relève, c'est bien.
- J'espère qu'il sera moins con que son maître, au moins.
- Il était pas con ni méchant, il était traditionaliste, c'est tout.
- Il m'a traitée de catin ! Avant même que j'endosse mon armure pour la première fois !
- Oui... bon... Il a jamais su parler aux femmes, ça c'est vrai, mais c'était pas un mauvais bougre.
- Tu parles. Bon, allez faut qu'on rentre. Au plaisir, Paul !
- Oh attends, attends ! J'en ai une bien bonne ! C'est deux gars qui discutent...
- Salut, Paul ! Dépêche-toi, Bigleux.

Ils repartirent en vitesse, ce qui n'empêcha pas le chevalier du Verseau de les suivre en continuant sa blague avant de s'esclaffer tout seul. Darina accéléra le pas afin de sortir le plus vite possible. À l'entrée du temple, elle aperçut le jeune Michel qui méditait, entièrement couvert de givre mais toujours aussi imperturbable.

- Oh hé, attendez ! Hé Darina tu veux pas rester manger, avec ton gamin ? Ce midi je fais une carbonnade comme on en fait à Lille, elle te fera pleurer de bonheur !
- Non non, ça ira, merci Paul. Bonne journée, Paul !

Une fois qu'ils furent assez loin, Darina put ralentir le pas. Bigleux attendit d'avoir traversé une autre maison pour reprendre la parole.

- Il est... spécial, non ?
- Paul ? Très. Très gentil, mais spécial. Mais surtout il est très vite saoulant. C'est une suite sans fin de pitreries qui ne font rire que lui. Et puis il aime un peu trop les plaisanteries qui tombent en-dessous de la ceinture.
- ... J'ai pas compris la sienne, du coup.
- Oh quand même !
- Mais non il voulait dire quoi par l'autre trou ?

Darina le regarda, un peu peinée, puis lui expliqua. Bigleux s'arrêta net, assez horrifié.

- ... Quand on fricote on fait ça ?
- Heu... oui, non, pas forcément... N'y pense plus, tu auras tout le temps d'étudier ça plus tard.
- Et qu'est-ce que ça a à voir avec le fait d'être enceinte ?

Ce fut le tour de Darina de s'arrêter soudainement. Il n'était quand même pas si ignorant ? Si ?

- ... Dis-moi... Tes parents t'ont-ils expliqué d'où venaient les enfants ?
- Non. Ils étaient pas d'accord sur qui devait le faire. Et c'était juste avant le naufrage.

Oh, misère. Elle n'avait aucune envie de jouer ce rôle là ! Mais elle ne pouvait pas le laisser devenir un nouveau Gigas, quand même... Bon... Darina se racla la gorge et se félicita de porter son masque en permanence, puis entreprit avec autant de tact que possible d'expliquer les choses de la vie à son apprenti, qui passa par toutes les teintes de rouge imaginables. Ils reprirent leur chemin en silence, une fois de plus, si ce n'est que Bigleux avait une expression... indescriptible sur la figure. Darina avait l'impression d'avoir cassé ses illusions d'enfant, ce qui du reste était probablement le cas. Il lui faisait penser à un petit chien qui s'était fait gronder pour la première fois et qui ne savait pas comment réagir.

- ... Hem, c'est pas aussi dégoûtant que ça a l'air.
- Non, stop ! ... J'essaie de ne pas imaginer papa et maman en train de faire ça.
- Ça fait partie de la vie, tu sais... ce n'est pas...
- Oh mon dieu !
- Quoi ?
- Quand Junior disait que vous voyiez quelqu'un et que vous fricotiez, en réalité vous...
- Oui, bon, bref ! Oublie ça, oublie Junior et... et voilà hein. On passe à autre chose. Maintenant tu sais, et puis c'est tout.
- ... et le truc dont parlait Paul, vous faites ça aussi ?
- Ça ne te regarde pas ! Bon allez, on traine, là !

Bigleux, l'air scandalisé, vit Darina redescendre les escaliers précipitamment.

- AAAAH ! AAAAH ! C'est... c'est dégoûtant ! C'est... AAAAH !

Le maître et son apprenti revinrent tous deux à la maison, quoique pas en même temps, retrouvant Junior qui s'était entrainé à rester au lit, ce qui poussa Darina à soulever ledit lit pour l'en faire tomber. Si Darina se plongea dans une préparation minutieuse et embarrassée du repas, Bigleux cherchait dans sa mémoire toutes les allusions à côté desquelles il était allègrement passé jusque-là. Quant à Junior, il continuait sa punition consistant à aller chercher en forêt du bois pour le feu, pour le ramener branche par branche. Il fut par ailleurs tacitement gardé dans l'ignorance des derniers échanges, ce qui convenait à chacun. Puis ils repartirent s'entrainer. L'un dans l'autre, la réprobation sourde de Bigleux valait mieux que sa colère et sa mauvaise humeur, pensa son maître. Mais il n'avait pas non plus oublié ce qui s'était passé, et à la fin de la journée, alors qu'ils rentraient il la surprit par ses mots.

- Je vais devenir chevalier, et moi je ne commettrais pas les mêmes erreurs que vous. Je protégerais les innocents.
- Grand bien te fasse.

Il ne revint pas à la charge et au cours de la semaine montra une détermination et une application remarquable, prenant parfois le dessus sur elle. La première mission qu'il avait effectué avait visiblement eu un grand impact sur son implication en dépit de l'arrière-goût amer qu'elle lui avait laissé. Et Darina ne put que s'en réjouir. Ce qui la réjouit moins, hélas, ce fut les vomissements qui se répétèrent tous les jours. Qu'avait-elle pu avaler qui lui avait détraqué à ce point l'estomac ? Au moins ce n'était pas permanent. Elle n'avait vraiment pas le temps ni le loisir de tomber malade. Quant à Junior... en dépit de sa puissance brute cette tête de mule ne faisait plus le moindre effort. Et il avait bien compris qu'il n'avait pas besoin de maîtriser le septième sens pour résister aux attaques de son maître. Tout ce qu'elle pouvait lui dire entrait dans une oreille pour sortir par l'autre. Un tel potentiel gâché, ça la faisait rager... La fin de la semaine arriva bien vite, et Darina accepta d'aller assister aux épreuves de fin d'année avec ses apprentis. L'un n'avait cessé d'aller donner des conseils à son frère, l'autre ne voyait l'événement que comme un divertissement rompant la monotonie du quotidien. Faisant partie de l'élite, Darina était de toute façon obligée d'y assister. Elle se retrouva assise près du Pope et de l'ignoble Gigas, ainsi que du jeune Saga qu'elle trouva relativement fade. Mais n'ayant jamais vraiment réussi à s'entendre avec ses collègues, elle ne s'en préoccupa pas plus que ça. Le "clan des papys" à qui le Pope avait demandé de former des apprentis en urgence après l'épidémie l'ignora superbement, et elle leur rendit bien entendu la pareille. Paul était reparti avec son apprenti, ce qui lui éviterait au moins de subir ses blagues. Au moins son cher Dionys était à ses côtés, et il lui prit la main sans se cacher, ce qu'elle appréciait toujours.

Les épreuves se succédèrent, terriblement ennuyeuses. Regarder un pugilat de jeunes garçons n'avait rien de palpitant, seuls les coups bas que leur portaient les filles l'amusaient. Les garçons, dans leur grande majorité, n'osaient pas répondre à ces agressions, ce qui enrageait les demoiselles qui se sentaient insultées et en rajoutaient. Il y avait du reste peu de candidats intéressants, du moins de son point de vue. Les cosmos remarquables étaient ceux de ses propres apprentis, de celui du Pope et de Bos, même si elle devait admettre que certains de ceux des papy semblaient valoir le coup. Elle remarqua notamment un petit garçon à l'aspect peu soigné qui jouait avec une fleur, un autre semble-t-il aveugle et un garnement qui passa toute la durée des épreuves à se curer le nez. Les autres apprentis ne semblaient pas avoir le niveau pour devenir chevaliers d'or. À la fin de la journée, trois jeunes garçons - aucune fille, c'était absolument irritant - se détachaient du lot des novices. Le jeune frère de Bigleux, bien que chétif et timide, se battit très bien et semblait avoir un cosmos plus prometteur que les autres. Un autre a l'air taciturne avait fait bonne impression en combattant à main nue un adversaire maniant une épée et avait brisé sa lame avec la main. Il faisait partie de la quatrième ou cinquième phalange, ce qui prouvait bien qu'un bon combattant pouvait mettre du temps à se révéler. Le dernier fut assez surprenant, car il fut confronté à des adversaires enragés qu'il terrassa facilement, mais dès les combats finis il s'efforça de les aider à marcher et aida les gardes à les soigner. Encore plus désarçonnant, lorsqu'il fut appelé par le Pope, il ignora ce dernier et continua à bander le bras de son camarade. Ce n'est qu'une fois assuré que la blessure était correctement traitée qu'il accepta de rejoindre les autres apprentis appelés. En voilà un qui faisait passer la camaraderie avant l'obéissance, c'était bon signe, même si Gigas goûta fort peu cette manifestation d'indépendance. Bigleux était bien entendu ravi de voir son petit-frère sélectionné, Junior le félicita aussi tout en se goinfrant ouvertement de nourriture volée à la cantine. Lorsqu'elle lui apprit que son frère allait également être confié à un ancien chevalier d'or, Bigleux faillit sauter de joie. Quel benêt ! Un autre adolescent blond vint le voir et lui tapa sur l'épaule.

- C'est ton frangin ?
- Ah tiens ! Oui, pourquoi ?
- Ben on va avoir le même maître, alors.
- Ah bon ?
- Eh ouais. Enfin ça va, le vieux est pas trop pénible. Il est juste sourd comme un pot. Hé, machin ! Oh, machin ! Ouhou, par là, écoute la voix ! Oui, c'est moi qui parle. On a le même maître tous les deux. Demain matin tu m'attendra en bas de l'arène après le petit-déjeuner, je t'emmènerai dans ta nouvelle maison.
- C'est pas lui qui vient lui parler ?
- Ah non mais il est déjà parti au lieu d'entrainement, papy ! Lui une fois qu'il a fait son choix il aime pas rester.
- C'est qui, mon maître ?
- Tu le verras demain, je te dis. Tu verras, il est pas méchant. Il est juste vieux et sourd. Il sent un peu mauvais, aussi, mais c'est sa pommade. Par contre je te préviens, on s'entraine pendant la nuit, nous.
- Mais c'est nul, il fait froid la nuit !
- Ah ben on choisit pas, c'est le maître qui décide, hein.
- Mais il avait pas déjà un autre apprenti, ce vieux grincheux ?
- Si madame, mais il est mort d'appendicite en fin d'année dernière. Il a commencé à se plaindre que quelques heures avant d'y passer. Gigas s'est disputé avec mon maître à cause de ça, même.
- Mmm, Gigas se dispute avec tout le monde, alors bon...
- J'ai entendu, Darina !
- Tant mieux, Gigas, ça prouve que vos oreilles fonctionnent encore, elles.
- Bon, c'est l'heure de l'entrainement pour moi ! Bonne nuit à ceux et celles qui peuvent dormir !
- Attends, c'est quoi ton nom ?
- ... Ah c'est vrai que je me suis pas présenté hier, tiens. Je m'appelle Galan.
- Ah bon. Moi c'est Alexandros mais on m'appelle Bigleux. Lui c'est... c'est quoi le surnom qu'on t'a donné ?
- Ben j'en ai pas.
- C'est Andreas, alors.
- Ok. À demain, Alexis !
- Andreas !

Le groupe partit, mais au moment de quitter l'arène, Bigleux raccompagna son frère jusqu'à dortoir, et Darina fit signe à Junior de rentrer seul.

- J'ai des choses à discuter, rentre à la maison et n'oublie pas de sortir un peu les lapins, qu'ils se dégourdissent un peu les pattes.
- Mmm. Bonne "discussion"...
- T'en veux une ?
- Non non. Bonne nuit.

Alors que Junior repartait avec un air entendu particulièrement exaspérant, Darina accompagnait Dionys jusque chez lui. Dépassant Gigas qui rentrait également tout en discutant avec un des papy dorés, elle ne put résister à l'envie de poser la main sur l'épaule de son amant. Elle ne se retourna pas pour voir sa réaction, mais entendit deux grommellements indistincts qui la réjouirent. Elle tourna la tête pour dire quelque chose à Dionys quand sa vision se troubla et elle se sentit mal. Elle avait dû perdre momentanément connaissance parce qu'elle se trouvait désormais chez Dionys. Sentant une main chaude sur la sienne, elle voulut lui parler et vit avec horreur que c'était Gigas et l'ancien chevalier qui se trouvaient à coté d'elle.

- Elle est réveillée, Dionys !

Dionys, qui s'affairait sur le feu, se retourna avec l'air soulagé.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Tu ne t'es pas sentie bien et tu t'es évanouie. Je t'ai portée jusqu'ici.
- J'ai été évanouie longtemps ?
- Non. Cinq minutes, au plus. Tu es malade ? Je t'ai trouvée pâle quand je t'ai vue.
- Ah ! Vous voyez bien ! D'habitude elle a toujours les oreilles rouges et l'autre jour quand elle a fait son rapport elle était toute blanche.
- Qu'est-ce que vous pouvez raconter comme conneries...
- Ah mais pardon ! Vous avez toujours l'air de sortir d'un sauna, mais quand vous faisiez votre rapport, on aurait dit que vous sortiez d'un bain glacé.
- Darina, tu ne t'es pas sentie bien dernièrement ?
- ... J'ai des soucis de digestion. J'ai vomi plusieurs fois, mais ça passait. Rien de grave.
- Oui et bien maintenant ça l'est. On n'a plus que deux chevaliers d'or, alors vous allez dès demain consulter le médecin d'Afidnès.
- Mais...
- Rien du tout ! Ordre de la chancellerie que le Pope validera dès que je le lui signalerais. On commence comme ça et on nous annonce qui un cancer, qui un problème osseux, qui une maladie quelconque... Vous vous rendez compte qu'on est à la merci du premier envahisseur venu ? Il y a des moments où Madame Darina doit ravaler son orgueil !

Gigas et son compagnon sortirent sans demander leur reste. Darina ne trouva rien à répondre. Gigas était furieux. Il avait l'impression que les calamités s'abattaient sur le Sanctuaire. Et puis quoi encore ? Une nouvelle épidémie ? Une nouvelle guerre sainte ? De nouveaux rhumatismes ? Contrairement à ce qu'ils semblaient tous penser, il n'était pas un monstre sans cœur, mais des décennies de gestion administrative lui avaient prouvé que le moindre relâchement pouvait avoir des conséquences désastreuses sur l'ensemble du Sanctuaire, et par extension, sur le monde entier. Le Pope était bien aise de jouer au père la morale inflexible, ce n'était pas lui qui devait constamment s'adapter à un monde de plus en plus compliqué, tatillon et vérificateur. Comment lui faire comprendre qu'il était devenu extraordinairement difficile de se faire livrer quoi que ce soit depuis que le gouvernement avait attribué le code postal du Sanctuaire à une ville nouvellement construite ? Que la suppression de médecins et enseignants prêtés au Sanctuaire l'affaiblissait considérablement en plus de le couper progressivement du monde extérieur ? Que l'absence d'existence juridique reconnue du Sanctuaire lui avait fait perdre de nombreux biens fonciers et des revenus considérables ? Le domaine d'Athéna était en état de siège administratif, voilà quelle était la situation ! C'était bien beau de ne pas vouloir s'immiscer dans la politique humaine, mais elle était devenue incomparablement plus efficace que ce que les Ottomans ou les gouvernements royaux avaient fait. Et la Grèce passait pour un merveilleux foutoir par rapport aux autres pays... Dans le temps on ne relevait pas les empruntes digitales, on ne pouvait pas contacter Athènes pour avoir une réponse en moins de cinq minutes, on croisait encore moins les informations de différents services. Et face à tout ça, lui il se retrouvait seul. Quelques gardes l'aidaient parfois à taper le courrier ou à trier les papiers, mais il ne pourrait pas tenir à distance tout un gouvernement à lui tout seul ! Quelle plaie !