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Légendaire

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Le lit était confortable, quoiqu'un peu étroit pour lui. Bos avait préféré venir passer des examens dans son pays natal, d'une part parce qu'il était à la pointe de la recherche médicale, et d'autre part pour éviter les tracasseries administratives grecques. Déjà qu'il fallait supporter leur incompétence et leur désorganisation chronique. Les services de l'immigration (c'est du moins ce qu'ils prétendaient être) l'avaient retenu pendant des heures et l'avaient menacé de prison. Ils étaient semble-t-il convaincus qu'il n'était pas vraiment maçon et qu'il était un agent provocateur au service du KGB. Mais le Sanctuaire conservait des relais puissants dans la diaspora grecque, et les soupçons avaient finalement été levés. Un type du Département d'État était même venu le voir pour lui dire qu'il ne serait plus importuné au cours de son séjour. Il avait bien entendu tenté de lui extraire quelques informations sur son "petit groupe mystique", mais avait dû se contenter de platitudes et d'un peu de désinformation.

Bos avait, essentiellement pour la forme, passé un coup de fil chez sa mère, mais le Révérend avait la rancune tenace. Quelle vieille carne haineuse et bigote. Enfin, cet appel avait surtout pour but de signaler sa présence, afin d'organiser une rencontre fortuite mais néanmoins secrète chez tante Annie. Comme d'habitude elle lui avait apporté deux de ses délicieuses pies. Il avait cependant dû batailler avec sa tante pour en avoir sa part. Maman paraissait encore plus résignée que d'habitude, ce qui lui fendait le cœur. Il ne lui demandait plus depuis longtemps si son père la battait, car c'était toujours le cas, même si depuis l'attaque dont il avait été victime, son bras était beaucoup plus faible qu'avant. Ça ne faisait que la faire pleurer, en plus de gâcher leurs trop rares retrouvailles. Seule tante Annie n'avait jamais eu peur de son père. Il se souvenait encore de ce Noël où elle l'avait envoyé paître sans prendre de gant. La colère du géant de Boston avait été stoppée nette par un coup de pied dans les parties. Tante Annie avait toujours aimé regarder en cachette les lutteurs à Smyrne, et elle avait très vite dû se défendre seule quand les Grecs de la ville avait été évacués et qu'elle avait été séparée de la famille. Autant d'éléments qui ne laissaient aucune chance à un pasteur américain qui avait grandi dans un quartier huppé. Maman avait sourit de manière très discrète, en tous cas.

- Bonjour, bel homme ! Est-ce qu'il a bien dormi ?
- Oui, par contre je vous confirme que je reprendrais plus jamais de ce dessert aux pruneaux.
- Oh, il a eu mal au bidon ?
- Certainement pas. J'ai juste compris que si Mère Nature me réclamait tant ces pruneaux c'est que je n'aurais pas dû les manger.
- Quel poète. Je suis sûr que le docteur sera ravi de l'entendre.
- Il faut bien que je parle à quelqu'un de mes malheurs, je suis tout seul ici, personne ne m'aime, je pourrais mourir sans que quiconque ne s'en aperçoive.
- Ah ben si, la machine le saurait.
- ... Elle compte pas, la machine.

Reluquant ouvertement le décolleté de l'infirmière, Bos se plongea dans de savants calculs pour en déterminer la taille.

- Tous les mêmes... Vous ne pouvez vraiment pas vous empêcher de regarder là, hein ?
- Ben quand on m'agite une merveille du monde sous le nez, je peux pas faire autrement, ce serait manquer de respect.
- J'imagine que votre femme serait ravie de l'entendre.
- La femme chez qui je vis ne se gêne pas pour héberger d'autres hommes. Et même d'autres femmes.
- Quoi ? ... Vous vous moquez de moi, là ?
- Oui. En partie.
- Mmm. Le contraire m'aurait étonné.
- Ceci dit...
- Quoi encore ?
- La femme avec qui j'ai eu un enfant, par contre, n'apprécierait probablement pas.

Le clin d'œil goguenard que Bos adressa à l'infirmière sembla l'exaspérer au plus haut point. C'était l'effet recherché.

- Ah, je comprends mieux pourquoi les autres infirmières parlaient de tirage au sort. Vous êtes encore à leur faire des misères, monsieur Bull ?
- Il faut bien se détendre.
- Je vous trop bien trop détendu avec les femmes, moi.

Bos lui asséna une claque sur les fesses pour souligner cet état de fait.

- Moi aussi je vous aime bien, Marjorie !

Bos ne put l'entendre le traiter à voix basse de "pauvre con" alors qu'elle sortait, mais ça ne l'aurait rendu qu'encore plus joyeux. Sa mine réjouie disparut vite alors que le médecin rapprochait une chaise pour aborder des sujets plus sombres. Il posa un certain nombre de radios devant Bos. Même sans culture médicale, il était facile de voir les multiples lésions qui affectaient ses os. On aurait dit qu'ils allaient se briser en mille morceaux.

- J'imagine que ce n'est pas bon.
- Vous imaginez bien, hélas. Les radios sont claires et nettes. Vous avez les os d'une personne de quatre-vingt ans, au moins.
- Vous avez pas idée de ce que c'est de grandir dans une campagne pauvre. On mange pas tous les jours à sa faim.
- Je vous arrête tout de suite, j'ai perdu deux frères et sœurs pendant la grande dépression, alors ne me lancez pas sur ce terrain là.
- Désolé.
- Pas grave. Enfin, même de graves carences alimentaires n'expliquent pas cet état. Je ne sais pas comment on bâtit, en Grèce, mais c'est visiblement très dangereux.
- On a beaucoup de tremblements de terre.
- Mmm, et les bâtiments vous tombent tous dessus à chaque fois ? Vous êtes sacrément chanceux d'avoir survécu si longtemps.
- Si vous saviez...
- Quoi qu'il en soit, votre carrière est terminée. Et n'espérez pas exercer une quelconque profession à partir de maintenant. Le moindre effort physique pourrait vous être fatal.
- Ah bon.
- Vous pouvez encore marcher, courir un peu, nager. Mais pas de travail physique : plus de maçonnerie, pas de travaux agricoles, pas de port de charges lourdes.
- Ah oui... et ce sera tout ?
- Mmm, si je peux vous donner un conseil, évitez aussi de montrer trop d'ardeur dans les moments de tendresse.
- Quoi ? Je... je pourrais plus...
- Si si ! Mais, comment dire... les grands coups de reins... il va falloir oublier un peu. Hem, en ce moment il sort de plus en plus de livres qui propose des, mmm... des positions moins exigeantes. Si vous le souhaitez...
- Non, ça ira. Enfin on se débrouillera... Je dois suivre un traitement ?
- Je ne pourrais que vous conseiller des antalgiques en cas de douleurs trop fortes. Les remèdes traditionnels contre les rhumatismes vous aideront aussi, dans une certaine limite. Si vous en avez les moyens et la possibilité, des cures thermales seraient utiles.

Bos soupira, mais il savait déjà à quoi s'attendre en arrivant ici.

- Et en terme d'espérance de vie ?
- Mmm, vous pourrez vivre encore longtemps, la question c'est plutôt de savoir à quel point vous allez souffrir.
- Ah... d'accord.
- Honnêtement, ne restez pas aux États-Unis, préférez la Grèce dont le climat chaud vous épargnera les rhumatismes, du moins pour une bonne partie. Mais ne vous voilez pas la face, vous allez avoir mal, et à partir d'un certain âge il se peut que vous ne puissiez plus marcher ou même bouger seul.
- ... Fuck !
- J'aurais dit la même chose, en effet. J'imagine que vos employeurs ne vous proposent pas de mutuelle ? Enfin, si ça existe en Grèce.

Bos ne répondit pas, et le médecin repartit en lui tapant amicalement sur l'épaule. Un geste dérisoire et agaçant vu les circonstances. Il n'avait pas voulu se restreindre et s'était porté volontaire pour toutes les missions qui s'était présentées, et plus encore, avait pensé qu'il pourrait rester chevalier plus longtemps que ses prédécesseurs. La médecine rallongeait la durée de vie ! Il l'avait affirmé au Pope. On se nourrissait de mieux en mieux ! Certes. Mais cela ne pesait finalement que peu face au traumatisme corporel que représentait une vie de chevalier. Qu'allait-il faire, maintenant ? Son refus de partir plus tôt lui avait déjà fait perdre sa compagne, Agnès s'étant résignée à vivre sans lui et à élever leur enfant seule. Il avait espéré être en mesure de l'aider lorsque le moment où ses forces l'auraient quitté serait venu, mais... maintenant qu'il y pensait, comment pourrait-il l'aider, serait-il même en mesure de la rejoindre ? Le gouvernement grec risquait de l'expulser car sa situation était compliquée. Né d'un père américain et d'une mère grecque, séparé de ses parents donnés pour morts lorsque l'Allemagne avait envahi la Grèce, réfugié chez sa tante, il avait fini par errer seul dans la campagne après un bombardement et s'était retrouvé sans savoir comment au Sanctuaire, qui l'avait recueilli et formé en percevant son potentiel remarquable. Quelques années plus tard, alors qu'il était devenu jeune adulte, un agent du Pope avait découvert par hasard que ses parents avaient réussi à atteindre la Crète puis l'Égypte grâce au statut de consul honoraire de son père et menaient depuis des recherches pour le retrouver, comme bien des familles. Après bien des hésitations, le Pope l'en avait averti et l'avait autorisé à retourner auprès de sa famille du moment qu'il continue d'obéir au Sanctuaire et qu'il ne révèle rien de ses années en son sein. Si sa mère avait pleuré à chaudes larmes en le voyant, la seule question que lui posa son père fut de savoir s'il avait bien fait ses prières. En dépit de ses efforts, il n'avait jamais pu s'en rapprocher et s'était même dressé de plus en plus ouvertement contre lui, jusqu'à se brouiller complètement avec lui pour avoir refusé de devenir pasteur à son tour.

- Tout ça pour ça.
- Quand on traine sa croix, on la traine jusqu'au bout.

Bos sursauta en entendant cette voix et se retourna. Contre toute attente, le Révérend Jeremiah Jonas Bull s'était déplacé en personne. Toujours le même air revêche, toujours l'absence de joie et d'amour dans les yeux.

- Tiens donc. Tu viens te repaître de la damnation de ton pécheur de fils ?
- Ta tante a menacé d'incendier le temple en commençant par mon bureau si je ne venais pas. Cette... femme est de toute façon bonne pour l'enfer. Il n'y a jamais rien eu à en tirer.
- ... Parce qu'elle t'a dit non, hein ?
- Comment oses-tu ?
- C'est ça ? J'ai toujours trouvé bizarre ton laxisme - c'est étrange d'utiliser ce mot pour parler de toi, tu sais - ton laxisme envers elle. N'importe qui d'autre, tu l'aurais poursuivi de ta haine. Moi y compris.
- Je n'ai rien à te répondre.
- C'est pour ça que tu frappes maman ? Parce qu'elle n'est pas tantine ? Parce qu'elle ne fait pas assez d'efforts pour lui ressembler ? Tu lui fais payer le fait de n'être que le lot de consolation ?
- JE T'INTERDIS !

Le Révérend se précipita pour gifler son fils, mais ce dernier lui attrapa le bras sans difficulté. Il n'aurait eu aucun mal à le faire même avant son attaque, de toute façon.

- Tu n'as rien à m'interdire, "papa" ! Tu n'es qu'une boule de rancœur et d'aigreur qui fait payer aux autres ses propres choix ! Parce que celle que tu voulais ne t'aimais pas, tu t'es mis à haïr tout le monde en te cachant derrière le Seigneur ! Ah c'est tellement pratique d'utiliser son vieux bouquin pour justifier toute sa petitesse ! Si seulement tu t'étais contenté de ça au lieu de l'utiliser pour frapper maman au point qu'elle fasse une fausse couche...
- C'était l'enfant du démon et de la tentation !
- C'était pas le tien, surtout ! Tu parles d'un scandale, la femme du Révérend Bull qui accouche d'un bébé noir, quelle honte messieurs-dames ! Heureusement que le Klan était là pour te débarrasser du père, hein ? Tantine m'a tout raconté, tout ce que tu as fait, et comment maman a perdu goût à la vie.

Bos lâcha son père qui était livide.

- Je me suis occupé de toi ! Tu n'as pas à me parler comme ça !
- J'aurais dû le faire plus tôt, maman aurait peut-être connu un peu de bonheur sans toi, au lieu de t'avoir supporté pendant soixante ans.
- Parce que tu crois que tu aurais fait mieux, peut-être ?
- ... Je vais te dire une chose. Je vais emmener maman et tantine en vacances en Grèce. Tu n'as pas ton mot à dire. Et quand on sera là-bas, elles pourront enfin rendre visite à cette famille que tu méprisais tant.
- Des arriérés ! Des quasi-païens !
- Et ensuite, je les emmènerais voir ton petit-fils. Un héritier que tu ne connaitras jamais, et là, maman ne reviendra plus, tu sais ? Elle n'aura plus aucune raison de vivre avec toi, de continuer à dépendre de toi.
- Un petit-fils ? Tu... tu as osé me cacher ça ?

Le vieil homme tituba en arrière en se tenant la poitrine.

- Tu... tu ne peux pas faire ça ! Je suis son mari, sans moi elle n'est r...
- Allons papa... Je suis un Bull, je suis ton fils. Et comme tous les Bull, je pulvérise les obstacles sur mon chemin. La barrière de bois que tu as érigée ne nous retiendra plus.

Le Révérend bascula en arrière et tomba à moitié dans le couloir en s'étreignant la poitrine. Bos se leva lentement et appela une infirmière d'une voix forte tout en s'agenouillant près de lui.

- Démon ! Traitre ! Argh !
- Bon débarras, papa. Ne compte pas sur moi pour aller à ton enterrement.
- Dieu te punira !
- Je ne sais pas si ton dieu existe, mais j'espère qu'il aura pitié de toi. Moi je n'en ai plus la force. Et si je dois croire en quelqu'un, c'est en la déesse Athéna.
- ... le savais ! ... païen... comme tous... Grecs... ha ! Haaa !

Un médecin et une infirmière arrivèrent bien vite et firent descendre le vieil homme au service des urgences, mais son organisme déjà affaibli ne résista pas à ce nouveau choc. Étant donné la surveillance dont il faisait l'objet, la police vint le questionner sur cet accident, mais les mauvaises relations qu'il avait avec son père et la santé fragile de ce dernier étaient déjà connues depuis longtemps, aussi le laissa-t-on tranquille. Très vite il se sentit toutefois anxieux voire paniqué. Des sentiments contradictoires l'assaillaient. Il se sentait à la fois libéré et oppressé, heureux et abattu. Puis la lumière vint. Sa propre santé l'abandonnait, il ne voulait pas que son fils puisse lui reprocher son absence plus tard, il voulait emmener sa mère loin. Loin de son foyer aux souvenirs si douloureux. Il était temps de céder la place. Après avoir pris le temps de se calmer, Joseph Aaron Bull dit Bos téléphona à sa tante pour l'avertir de ce qui venait de se passer. Celle-ci, passé le moment de stupeur, le surprit quand elle se mit à pleurer, mais elle se ressaisit très vite et lui dit qu'elle allait chercher sa sœur et la faire dormir chez elle.

Les formalités durèrent deux semaines. Contrairement à ce qu'il avait dit, il se rendit à l'enterrement de son père, ne serait-ce que pour soutenir sa mère. Les ouailles du Révérend étaient venues nombreuses, en partie par incrédulité, en partie pour manifester leur attachement à un pasteur dur mais présent à tous les moments de leurs vies, mais surtout parce qu'elles savaient le calvaire qu'avait vécu sa veuve. Elle en revanche, après un temps de désarroi, reprit bien vite une activité normale. Des années de souffrance contenue venaient de prendre fin, alors qu'elle craignait depuis toujours de mourir sous les coups. Bos décida de rester avec elle plusieurs mois, mais informa le Pope par des canaux secrets de son bilan médical et de sa situation familiale. Quant à son successeur il était extrêmement prometteur en dépit de son jeune âge mais il lui fallait quand même terminer sa formation. Et si le gamin n'avait pas le niveau pour le remplacer, le Pope en trouverait un autre que Bos formerait également si on lui laissait le temps de se soigner. Il savait que le Sanctuaire était en position de faiblesse, mais il n'y avait rien qu'il pouvait faire à part se ménager dans l'espoir de transmettre son savoir plus tard. Quand il l'informa qu'il souhaitait les emmener toutes deux en Grèce, sa mère devint plus joviale que jamais. Et quand elle apprit qu'elle avait un petit fils et qu'elle allait le rencontrer, ses années noires s'évanouirent et il l'entendit rire comme il ne l'avait jamais entendue auparavant.

De son coté, Shion ne fut pas ravi, mais Bos avait déjà servi plus longtemps que la plupart des chevaliers. Il se refusait à lui demander d'avantages de sacrifices. La question était maintenant de savoir s'il devait le dire à Gigas. Les courriers secrets mettaient du temps à arriver, et Gigas ne pouvait les lire car les chevaliers d'or utilisaient un code antique qu'ils étaient seuls à avoir appris. Il devait certainement soupçonner ce qui s'y trouvait, mais Shion préféra rester vague et se contenta de dire que Bos avait passé des examens et qu'il était retenu par un décès dans sa famille. Une information dont Gigas ne saisissait pas la portée, étant orphelin comme bien des membres du Sanctuaire.

- Et ? Ça prend tant de temps que ça d'enterrer quelqu'un, aux États-Unis ?
- Gigas, il y a des gens qui ont des proches, qui sont attachés à eux, et qui ont besoin de temps pour se remettre de leur disparition.
- Oui et ? Ça n'empêche pas Bos de rentrer, non ?
- Non, Gigas. Bos reste pour aider sa famille à faire son deuil et régler ses affaires.
- Et ça prend des mois, ces machins là ?
- ... Gigas, vous n'avez jamais connu vos parents, c'est ça ?
- Oui.
- Et vous n'avez jamais aimé quelqu'un, à ce que je sache. Si ?
- Je vois pas ce que ça vient faire là-dedans mais non. J'ai jamais compris ce qu'elles avaient à enlever leurs masques quand j'étais jeune. Venir me provoquer en duel alors que j'étais plus fort... Ridicule.
- ... C'est bien ce qui me semblait. Je crois que vous ne pouvez pas comprendre ce que traverse Bos, en fait.
- Je vois pas pourquoi, j'ai un très bon sens de l'analyse.
- Pas dans toutes les situations, Gigas. Enfin bref, vous pourrez allez dire à... comment s'appelle-t-il déjà, son apprenti ?
- Le petit gros ? Heu... je ne sais plus.
- Enfin bref, Bos ne sait pas exactement quand il reviendra, alors il serait bon de le confier temporairement à... ah, Bos me demande de m'en occuper.
- Vous avez déjà le votre ! En plus de vos fonctions de Pope !
- De toute façon Darina en a déjà deux, et ses anciens collègues en ont parfois trois.
- Et le chevalier du Scorpion ?

Les deux hommes se regardèrent, l'air quelque peu chagriné.

- Non, c'est peut-être pas une bonne idée, en effet.
- Il a toujours obéi aux ordres, notez.
- Uniquement parce qu'ils impliquaient la possibilité de se défouler sur quelqu'un...
- ... Il est toujours en prison, d'ailleurs ?
- Oui, il dit qu'il y est bien. On l'a abonné à Miky Maous pour qu'il se tienne tranquille.
- Je regrette tellement qu'on ait pas détecté sa maladie plus tôt.
- Ça n'aurait rien changé, monsieur. Le traitement traditionnel au mercure est désormais considéré comme inefficace, et celui à la pénicilline n'a été découvert que récemment.

Le Pope soupira. Il n'avait pas vraiment le choix.

- Bon, je le prendrais le temps que Bos revienne, en espérant qu'il soit capable de terminer sa formation. Vous pouvez aller me le chercher ?
- Oui monsieur, il est dans l'antichambre de la salle du trône.
- Et pourquoi donc ?
- Parce que ça fait déjà un mois qu'il s'entraine seul et qu'il est venu me demander des nouvelles. Je ne lis pas le courrier mais je sais qui l'envoie.
- Et donc vous saviez que j'aurais des nouvelles.
- Voilà.
- Bon, bon. Amenez-le ici, ça évitera un détour.
- Monsieur, un peu d'apparat ne fait jamais de mal.
- Oh ? Vous n'avez plus mal aux genoux ?

Gigas sortit sans répondre du bureau. Shion avait horreur de se faire manipuler comme ça. Cette manie de lui forcer la main... Prenant son casque d'apparat, il se leva et courut vers la salle du trône. Il s'était à peine assis que Gigas entra avec un jeune garçon qui avait l'air intimidé et jetait des coups d'œil de part et d'autre en s'avançant vers lui.

- Voilà l'apprenti du chevalier du Taureau, Grand Pope.
- Quel est ton nom, jeune homme ?
- Heu... heu... Aldébaran.
- Non, ton vrai nom.
- Inácio. Monsieur.
- Quel âge as-tu ?
- Heu... quatre ans ?
- *soupir* Non, ça c'est quand on à affaire à la police, pour qu'elle ne puisse pas t'identifier quand tu seras plus grand et que tu iras dans le monde.
- Oh... oui. Je dois avoir huit ou neuf ans. Je ne suis pas sûr.
- Tu as le même âge que mon apprenti ? Ah tiens, tu es assez grand... Hem, bref. Ton maître ne rentrera pas tout de suite. Comme tu dois t'en douter, sa santé est mauvaise, et il doit encore voir des médecins. En attendant, je vais te prendre avec moi et te former jusqu'à ce qu'il revienne. Je sais que ce n'est pas l'idéal, mais il le faudra bien. Mon apprenti s'appelle Mu, peut-être le connais-tu ?
- Mu ? ... Ah ! C'est Boutons !
- Boutons ?
- Heu... c'est son surnom depuis qu'on était novice. C'est parce que les trucs qu'il a sur le front... Ça ressemble à des boutons...
- ... Hem, bien. Je vais emmener Inácio auprès de votre disciple, Grand Pope.
- Oui. Très bien. À plus tard.

Gigas sortit d'un pas un peu plus rapide que d'habitude en trainant un apprenti qui se demandait s'il avait commis un impair. Shion ôta son casque et se frotta le front. Des boutons ? ... Il était hors de question qu'il renonce à ce symbole ancestral ! Tous les hommes de son clan en portaient. Des boutons... n'importe quoi.