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Légendaire

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Presque un mois avait passé, et les apprentis approchaient de la fin de leur troisième année au Sanctuaire. Leurs entrainements étaient devenus beaucoup plus durs et brutaux, et les risques étaient désormais bien plus élevés, si bien que les blessures s'étaient paradoxalement faites de plus en plus rares. Darina emmenait désormais ses apprentis de plus en plus loin du Sanctuaire, la rapidité de déplacement leur permettant d'aller et venir en un clin d'œil. En dépit de la violence, Darina veillait aussi à ce qu'ils améliorent leur maitrise du cosmos et leurs techniques, mais aussi certains savoirs-faire indispensables, comme la connaissance des points étoilés qui pouvait sauver la vie d'un combattant. Tout ceci devait faire partie de la formation de base car le cosmos des autres occupants du Sanctuaire semblait de plus en plus ténu à Junior et il n'arrivait parfois plus à différencier un garde d'un villageois au loin. Bigleux, malgré ses incessants efforts, avait bien du mal à suivre son rythme et le fait que Darina l'invectivait un peu moins ces derniers temps indiquait peut-être qu'elle le considérait totalement dépassé. Junior se sentait peiné pour son compagnon qui ne ménageait pas sa peine. Lors de leurs rares pauses, Darina leur expliquait les récits d'autrefois, comment Athéna avait constitué son armée, l'avait dotée de protections surhumaines, comment les hauts faits de ses chevaliers étaient entrés dans le mythe au point que l'humanité nomme les constellations d'après leur souvenir. Junior était atterré par le récit de ces guerres sans fin et se demandait vraiment s'il était bien utile de se battre. Cela ne faisait que lui donner encore moins envie de devenir chevalier. Une vie de souffrance pour mourir jeune et dans la douleur ? Non merci.

Un jour, alors que Darina expliquait à Bigleux pourquoi il y avait deux centaures parmi les constellations, ils entendirent des voix au loin, ce qui ne manqua pas d'inquiéter Darina. D'une manière générale, le Sanctuaire s'efforçait de ne pas avoir de contacts avec l'extérieur pour maintenir le secret de son existence. Depuis l'Antiquité, et même sous la domination ottomane, le domaine d'Athéna s'était assuré la possession exclusive de vastes terrains autour de ses montagnes, tant pour s'assurer de ne pas être importuné que pour en tirer des revenus conséquents. Essentiellement forestier, le domaine extérieur était géré par des familles installées sur son pourtour par le Sanctuaire. Des paysans à qui on avait accordé une protection particulière, ou parfois d'anciens gardes, et qui avaient pour tâche de valoriser ces terrains et de fournir une part des revenus générés au Sanctuaire. Bois, produit de la chasse, élevage domestique, miel (succulent par ailleurs), agriculture si le terrain le permettait. Toutes ces activités assuraient la survie de ces centaines de familles et suffisaient à alimenter le Sanctuaire. Quelques personnes soigneusement choisies avaient le droit d'aller et venir pour transporter les biens vers la montagne, la garde surveillant les déplacements et prenant en charge le transport au sein du domaine.

- Ah merde, des villageois. Ils doivent chasser. Bon, allons un peu plus loin, on va attendre qu'ils s'en aillent.

Mais, Darina et ses apprentis furent rattrapés par les voix et s'éloignèrent une fois de plus, pour entendre de nouveau des voix s'élever. Cette fois-ci, Darina décida de ne plus bouger.

- Qu'est-ce qu'ils foutent ? Ils sont au pied de la montagne, tout le monde sait qu'il n'y a pas le droit de s'en approcher. Et puis ce ne sont pas des chasseurs. Avec le boucan qu'ils font tout le gibier s'est tiré depuis longtemps. Je n'aime pas ça. Soyez sur vos gardes. On va grimper. Bigleux et Junior vous allez en haut de ces deux arbres et vous n'en descendrez que si ça devient houleux. Restez cachés. Moi je vais les attendre ici.

Quelques minutes plus tard, Junior vit arriver un groupe d'hommes en uniforme. Des militaires, probablement, mais il y avait aussi des gendarmes. L'ensemble comprenait une quarantaine d'hommes, dont plusieurs portaient des instruments que Junior ne reconnaissait pas. Le groupe s'arrêta en voyant Darina assise sur un arbre déraciné et sembla hésiter. Plusieurs hommes se tournèrent vers l'un d'entre eux, qui avait des étoiles sur les épaules.

- Lochagos ! Il y a quelqu'un qui vit dans le coin.
- J'ai vu, j'ai vu. Quelque chose me dit que cette dame ne doit pas nous payer beaucoup d'impôts. Son employeur non plus, sans doute. Bonjour madame ! Je suis le lochagos Ioannis Antipatrou...
- Vous êtes sur les terres du Sanctuaire d'Athéna, dont vos supérieurs vous ont certainement parlé. Vous n'avez pas le droit d'y entrer. Si vous ne rebroussez pas chemin, nous nous verrons obligés de vous repousser par la force.
- ... et je suis... enchanté de vous rencontrer... Heu... Le gouvernement grec a entrepris de mener plusieurs études statistiques sur tout le territoire afin de mieux cerner ses besoins et désenclaver les régions les plus isolées. On relève le nombre de communautés isolées, leur importance, si elles vivent sans trop de difficultés, ce genre de choses.

Le silence de Darina le troubla. Un de ses hommes lui murmura quelque chose, et il lui fit un geste sec mais sans équivoque. "La ferme, on marche sur des œufs, là."

- Nous sommes au courant de la... mmm... spécificité de ces lieux. Je me permets toutefois de rappeler que la convention de 1923 passé entre l'État et votre Pope doit être renouvelée tous les dix ans et que ça ne s'est plus produit depuis 1943. Le gouvernement souhaiterait donc régulariser la situation.

Une nouvelle fois, seul le silence lui répondit.

- Je reconnais que le changement de régime il y a quelques années s'est accompagné d'un raidissement de nos relations, mais c'est peut-être l'occasion de les assainir un peu. Et... hem... le gouvernement estime qu'un statut identique à celui de la république du Mont Athos pourrait nous être mutuellement favorable, non ?

Une brise légère fit bruisser les arbres et danser les ombres au sol.

- ... Bien bien bien. Quoi qu'il en soit, vous n'êtes probablement pas autorisée à vous exprimer au nom de votre Pope, nous réessaierons donc de le contacter par les canaux habituels. Il serait fâcheux que de petits désaccords de haut niveau perturbe la vie des habitants. En ce qui les concerne, nous avons l'intention de construire des routes afin de desservir plusieurs hameaux, dont plusieurs affirment que vous êtes leurs propriétaires fonciers. L'État veut bien renoncer à prélever des impôts sur certaines terres grecques, mais il conserve le droit d'aménager le territoire à sa guise.

L'absence de réaction de Darina semblait agacer plusieurs soldats qui chuchotaient de plus en plus fort.

- Lochagos, rien ne nous prouve que cette personne soit une résidente du monastère païen. Je suggère de continuer jusqu'à tomber sur une patrouille.
- Non, nous ne ferions que nous mettre en danger, ces gens ont des capacités...
- Ces gens ne sont qu'une rumeur invérifiée depuis au mieux des décennies et, j'ai suffisamment lu les rapports pour en être certain, le dernier témoignage que nous possédons est celui d'une escouade italienne qui s'était perdue et qui s'était saoulée du vin volé aux villageois.
- Témoignage auquel il faut rajouter la disparition de dizaines d'avions allemands et italiens qui avaient approché la région.
- Bah ! C'était la guerre, et la plupart de ces disparitions ont eu lieu lors de l'invasion de la Crète. Ces gens vivent dans leur petite bulle rose, persuadés que le monde moderne ne les rattrapera jamais et qu'ils n'ont de compte à rendre à personne. Ils ne respectaient pas les Ottomans, ils ne respectaient pas le roi, ils ne respectent pas les colonels. Pourquoi s'embarrasser d'eux. On continue.
- Tagmatarhis ! Ce n'est probablement pas une bonne idée !
- Taisez-vous ! Vous n'êtes qu'un scribouillard du ministère, vous ne connaissez rien à la vraie vie. Ces pouilleux entretiennent clairement une légende d'invincibilité pour qu'on leur fiche la paix, mais on ne me la fait pas, à moi. J'ai combattu les Italiens, les Allemands, les Bulgares, même quand ces fiottes d'Anglais nous ont abandonnés en Crète, alors je ne vais pas tolérer qu'une région entière de ma périphérie serve de planque aux communistes ! On continue j'ai dit !

L'officier fit signe aux soldats de continuer à avancer, et la plupart se remirent en marche non sans regarder Darina avec inquiétude. Alors que l'officier suivait un sentier l'amenant vers la montagne, plusieurs éclairs lumineux firent exploser des troncs d'arbres autour de lui, stoppant net sa progression.

- Ce sera le dernier avertissement. Veuillez quitter le domaine du Sanctuaire.

Le tagmatarhis se retourna, l'air narquois.

- Oh là là, vous aviez même mis des explosifs sur les arbres pour faire croire que vous les aviez détruits. Vous êtes pathétique, mademoiselle. Restez-donc bien cachée derrière votre masque ridicule. Ce n'est pas lui qui va vous sauver la vie.

L'officier dégaine immédiatement son arme de poing et fit signe aux soldats d'en faire de même, lesquels s'exécutèrent sans enthousiasme.

- Heu... heu... tagmatarhis, ce n'est vraiment pas...
- Je vous ai dit de la fermer, vous ! Vous, là ! Je vous arrête pour rébellion contre le gouvernement, passez-lui des menottes !
- N'écoutez pas son ordre, vous risquez juste de...

Le lochagos n'eut pas le temps de finir sa phrase car le soldat qui s'était avancé à contrecœur s'effondra avant même d'avoir pu approcher Darina. L'officier était désormais hors de lui et se mit à hurler.

- Je le savais, elle est armée ! C'est une communiste, abattez-là !

Le tagmatarhis et plusieurs soldats tirèrent sur Darina, mais leur balles ne touchèrent que les arbres derrière elle. Lorsque leurs chargeurs furent tous vide, ils entendirent Darina rire aux éclats puis s'effondrèrent sans avoir vu venir le moindre coup. Les autres soldats étaient désormais terrorisés et quelques uns avaient inconsciemment reculé d'un ou deux pas.

- Bon. Toi, là, le mignon !
- Heu... moi ?
- Oui, les autres je les trouve pas mignons, sauf le grand à droite là-bas, j'en ferais bien mon repas de ce soir. Toi et tes copains encore debout, vous allez me ramasser ceux-là et les ramener d'où vous venez. Et vous appelez Athènes pour leur dire ce qui vient de se passer. N'hésitez pas à insister sur le fait qu'une femme seule et sans armure sur le dos a fait reculer une quarantaine d'hommes. Et dites-leur qu'elle a plein de compagnons qui pourraient lui prêter main forte s'il le fallait. Maintenant partez !

Darina leva la tête et claqua des doigts. Aussitôt, Junior et Bigleux se laissèrent tomber aux sol, faisant sursauter l'escouade.

- Ah oui, j'étais pas seule, au fait.
- Darina, vous êtes sûre que c'était une bonne id...

La gifle que Bigleux essuya le fit tomber par terre.

- Crétin ! Jamais de nom devant les étrangers au Sanctuaire !
- Mais... aïe !

Les apprentis regardèrent l'escouade déployer des brancards pour y installer les hommes inconscients, signe qu'ils s'attendaient à ce que ce genre de chose se produise. Sitôt qu'un brancard était occupé, deux hommes repartaient avec son chargement sans mot dire. Lorsque le dernier homme assommé fut évacué, le lochagos fit signe aux autres de se replier et leur emboîta le pas. Il s'arrêta toutefois et se retourna vers Darina.

- Je suis profondément navré de ce qui vient d'arriver. J'espère que mes supérieurs ne vont pas s'entêter.
- Ils peuvent toujours s'entêter, ils n'ont pas les moyens de nous faire plier.
- Certes, j'en conviens. Quoi qu'il en soit...
- Oui ?
- Si jamais vous veniez à passer à Athènes, il y a une délicieuse petite auberge près du parlement que je pourrais vous faire découvrir si vous le souhaitez. Mais le port du masque est interdit.

Darina ne réagit pas, et le soldat repartit, mais avant de le voir disparaître derrière un arbre, Darina cria pour qu'il l'entende.

- J'y penserais, joli garçon !
- Je l'espère bien, mademoiselle Zhivkova ! Prenez soin de vous !

Darina resta silencieuse, jusqu'à ce que Junior tousse pour se rappeler à elle.

- Il connait votre nom ?
- Apparemment. Le gouvernement doit consigner pieusement le nom des enfants que le Sanctuaire récupère. C'est logique, nous sommes une armée indépendante au sein de leur propre pays, il est normal que leurs services surveillent discrètement nos effectifs.
- Il faut aller signaler ça au Pope ?
- Oui mais ça peut attendre. Le gouvernement teste le Sanctuaire de temps à autre, mais ça faisait très longtemps qu'on avait pas eu de soldats. Les Italiens qu'on avait trouvé étaient bourrés, et il parait que les gardes ont dû les transporter eux-même jusqu'à un village. Pas méchants, mais collants. Les Allemands ont été beaucoup plus directs puisqu'ils ont envoyé simultanément deux divisions et des dizaines d'avions. Là le Sanctuaire a fait ce qu'il fallait. Ils n'avaient même pas cherché à communiquer, de toute façon. Enfin si, mais "Notre Führer exige qu'on lui remettre l'armure la plus puissante afin de purifier le monde et repousser le mal rouge, obéissez ou vous subirez le courroux du Reich" n'est pas très efficace pour entamer une discussion.
- Ah. Du coup on fait quoi, maintenant ?
- Ben on reprend l'entrainement, quoi d'autre ? Aujourd'hui, on va faire quelque chose de différent. Vous allez utiliser votre cosmos pour générer des flèches et vous vous les décocherez mutuellement. Vous n'avez pas le droit de vous affronter physiquement, vous ne devez vaincre l'adversaire qu'en recourant à vos flèches de cosmos.
- Mais je vise pas bien !
- La ferme, Bigleux ! Tu n'as pas à t'en faire. Si tu as du mal à viser, augmente la cadence de tes coups pour que l'adversaire ne puisse plus les éviter. Ah oui, du coup vous devrez éviter tant que possible les flèches de l'autre. Exécution !

Les deux apprentis bondirent en arrière.

- Oh, et vous avez le droit de vous poursuivre, du moment que vous ne vous dirigez pas vers les soldats.

Junior concentra son cosmos, immédiatement imité par Bigleux. Générer des flèches... Comment faire ? Junior réfléchit au sens de cette phrase. Bien entendu, Darina ne leur demandait pas de créer de vraies flèches, mais de donner à leurs attaques l'apparence et la rapidité de flèches. Il se mit en garde et, pointant la main vers son compagnon, visualisa un arc et pointa l'index comme pour guider sa flèche. Lorsqu'il lança son attaque, un profond sillon se creusa au sol en se dirigeant vers Bigleux qui l'esquiva in extremis. L'attaque pulvérisa des dizaines d'arbres derrière lui.

- Ah c'est comme ça ? Je perdrais pas face à toi.
- Tu n'as pas le niveau pour arriver à dégager cette puissance.
- Toi oui, mais c'est un handicap.
- Hein ?
- T'as mis beaucoup trop de temps pour charger ton attaque. Maintenant que j'ai vu son effet, je ne te laisserais pas le temps d'en lancer une nouvelle.
- Heu ?
- Ah oui, Bigleux est peut-être moins puissant que toi, mais il analyse mieux que toi la situation. Tu aurais pu penser à ça, Junior.

Voyant le sourire de Bigleux et comprenant subitement ce que Darina lui disait, Junior s'enfuit en un éclair, immédiatement suivi par une avalanche de flèches lumineuses qu'il évita à grand peine et dont plusieurs lui laissèrent de profondes coupures. Darina courait un peu à l'écart afin d'observer attentivement l'un et l'autre. Bigleux avait eu une très bonne idée : après avoir jaugé la puissance de l'attaque adverse, il avait compris qu'elle ne pourrait pas être lancée tout de suite, et surtout pas en condition de poursuite. Ce qui en soit n'était pas un problème, Junior aurait tout à fait pu encaisser plusieurs flèches de Bigleux le temps de concentrer son cosmos, mais ce dernier avait pris l'ascendant psychologique en lui faisant croire qu'il était en mauvaise posture. Intéressant. Darina était curieuse de voir comment ses apprentis allaient s'en sortir. Elle devait reconnaitre que Bigleux compensait son cosmos plus faible par une meilleure gestion. Au lieu de tout concentrer dans une seule attaque, il gardait de quoi attaquer en permanence, et comptait visiblement harceler Junior jusqu'à ce que ce dernier se relâche. Ça ne ressemblait en rien à un combat réel, mais au moins ça les sortait de leur train-train.

Junior accéléra subitement et se réfugia derrière les roches des contreforts de la montagne. Oh oh. Bigleux allait probablement perdre son avantage. Tant pis pour lui. Ce dernier arriva et mitrailla les rochers avant même que Junior ne put lancer une attaque. Mais cet abri lui offrait de précieuses secondes de concentration qui s'avéreraient probablement fatales à Bigleux. Celui-ci avait dû le comprendre car il devait désormais contourner le réduit où se trouvait Junior sans cesser d'y décocher des flèches. Il y mettait désormais plus de puissance. Deuxième erreur, ça ne ferait que le fatiguer plus vite. Darina sentit que Junior concentrait son cosmos. En bondissant sur une hauteur pour mieux observer la situation, elle vit qu'il s'était mis en position de lancer son attaque en gardant les rochers entre lui et Bigleux. Il comptait lancer une attaque si puissante qu'elle les pulvériserait et emporterait son adversaire quand il serait suffisamment proche ! Bigleux n'avait probablement rien vu venir et bondit vers lui. Il espérait sans doute sauter par-dessus les rochers pour le submerger de flèches. Mais au moment où Junior lança son attaque à travers les rochers, Bigleux bondit de nouveau... en arrière ? Bigleux avait compris le traquenard de Junior, et l'avait laissé gaspiller son cosmos pour détruire les obstacles. À l'instant même où ceux-ci explosèrent, il interrompit sa multitude de flèches pour tout lancer en une seule attaque qui bénéficia du passage que Junior venait de créer et le frappa brutalement. Tout se joua en une fraction de seconde, mais Darina avait parfaitement vu ce qui s'était passé. Pour la première fois depuis des mois, Bigleux avait imaginé une tactique tout en affrontant un adversaire plus fort que lui. Une fois que la poussière et les éclats de roche furent retombés, Darina bondit vers Junior. Celui-ci était inconscient. Bigleux, de son coté, essayait tant bien que mal de se relever au milieu des débris.

- Aïe.
- Ça va ?
- Je me suis coupé. Ça fait super mal.
- Tu m'en diras tant...
- J'ai perdu ?
- Non, Junior est inconscient.
- Oh ?

Darina vérifia que le vaincu n'était pas grièvement blessé, puis le porta jusqu'à une zone herbeuse où elle l'allongea.

- Les jours rallongent drôlement.
- Tu t'intéresses au temps qu'il fait maintenant ?
- Non mais le soleil devrait être plus bas, non ?
- Comment ça ?
- Ben ça fait une heure qu'on se bat.
- Non non. En tout, il n'a pas dû s'écouler plus de cinq minutes depuis le début du combat.
- Mais...
- Vous étiez tellement concentrés que vous avez perdu la perception du temps réel.
- Oh. C'est bizarre.
- Ça arrive, quand on combat. C'est un handicap à surveiller, car si on est trop concentré sur un adversaire, on risque de ne pas voir ceux qui pourraient arriver par derrière pour lui venir en aide.

Darina et Bigleux s'assirent pour attendre le réveil de Junior. Au bout de vingt minutes, ce dernier émergea lentement puis s'assit en se massant l'épaule.

- Vous êtes presque prêts.
- Prêts pour quoi ?
- Pour concourir pour le droit de porter une armure.
- Super, comme ça y en aura plus qu'un qui devra continuer à s'entrainer tous les jours...
- Junior !
- Quoi, c'est pas vous qui vous êtes ramassés les coups, aujourd'hui.
- Je m'en suis pris plein aussi pendant des années.
- Et pourquoi vous êtes pas partie quand vous le pouviez ?
- Parce que le sens du devoir était le plus fort. Et que pour partir du Sanctuaire, il faut être envoyé en mission ou mourir. Ou bien...
- Y a un autre moyen ?
- Non. Laissez tomber.
- Et quand est-ce qu'on va être prêts ?
- Bientôt. Mais avant je dois encore vous expliquer quelque chose d'extrêmement important.
- Quoi encore ?
- Le septième sens.