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Légendaire

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Contre toute attente, l'enseignement de Darina fit progresser ses élèves bien plus vite que leurs deux années de noviciat. Enfin, ça contredisait surtout leurs attentes à eux. Darina leur avait immédiatement "révélé" la façon de percevoir le cosmos. Il aurait été plus juste de dire dire qu'elle leur avait ouvert les yeux avec un pied de biche. Ils avaient néanmoins survécu à ce qu'elle appelait l'éveil au sens. En une semaine, ils avaient appris à contrôler leur cosmos et à ne pas le gaspiller inutilement. Ils avaient ainsi découvert que le cosmos permettait de percevoir le monde qui les entourait d'une manière totalement nouvelle. Ils sentaient littéralement la présence d'autres individus. Dans l'obscurité du cosmos, les novices et les gardes étaient de petites lumières vacillantes, certaines parfois plus importantes, les chevaliers et les apprentis étaient des flammes ambulantes, des feux follets d'intensité variable. Et parfois, au loin, on pouvait sentir un immense brasier que Darina disait être le cosmos d'un chevalier d'or, voire celui du Pope lui-même. Ces cosmos ne se laissaient pas percevoir facilement, car les personnes dont ils émanaient savaient masquer leur force. Ce fut le deuxième enseignement de Darina : un cosmos qu'on perçoit n'est pas un cosmos fini et immobile, car sa nature même est d'augmenter en fonction des besoins et qu'en fait le cosmos est infini. Ils avaient commis l'erreur de penser leur maître moins forte qu'eux parce que son cosmos apparent semblait bien moindre que les leurs, mais au premier affrontement sérieux elle leur montra une puissance très supérieure.

Les entrainements continuèrent pendant des mois, leur laissant peu ou pas d'instants de répit. Initialement, Darina pensait les former près de sa maison, mais sans qu'ils comprennent pourquoi, elle décida de partir les entrainer quotidiennement en pleine montagne, bien loin du Sanctuaire et des autres apprentis qu'ils ne croisaient qu'occasionnellement. Junior et Bigleux s'affrontaient l'un l'autre, et connaissaient tout des techniques de l'autre, si bien qu'ils n'arrivaient plus à se jauger correctement. Seuls la ruse, la chance ou la fatigue permettait à l'un de prendre le pas sur l'autre. Et malheureusement pour Junior, l'attention de Darina ne faiblissait jamais, ce qui lui permettait de voir chacune de ses tentatives de laisser Bigleux gagner. La punition était assez terrible, aussi s'abstint-il de plus en plus de tenter de réfréner ses ardeurs. Un jour pourtant, Darina mit fin à un combat parce qu'elle sentait qu'ils n'étaient pas assez concentrés.

- Vous tenez vraiment à me mettre en colère ? Vous pensez qu'avec un autre maître ça se passerait mieux ?
- On les connait pas les autres maîtres, alors qu'est-ce qu'on en sait ?
- Vous avez tous les deux un énorme potentiel, mais Junior traine la jambe et toi tu te déconcentres de plus en plus. Tu crois que je ne le remarque pas ? Vous espérez peut-être vous faire expulser tous les deux ?

Les deux garçons gardaient la tête basse, mais Bigleux semblait des plus agacés.

- Si je vais jusqu'au bout, je pourrais revoir mon frère, c'est tout ce qui m'intéresse.
- Je le sais. Mais même si tu ne veux pas l'entendre, il y a des choses plus importantes encore qui nécessitent toute ton attention. Ne t'y trompe pas, je te souhaite de retrouver ton frère, mais si je me rends compte que tu ne te donnes pas à fond, je m'arrangerais pour que ça devienne impossible.

Bigleux sursauta, l'air offensé.

- On me l'a promis ! Vous avez pas le droit !
- Mon travail en tant que chevalier et en tant que maître est de m'assurer que je forme de nouveaux guerriers d'Athéna, et j'espère que l'un ou l'autre de mes disciples, peut-être même les deux pourront endosser une de ses armures sacrées. Alors s'il faut te forcer la main, je n'hésiterais pas à le faire. Mais je te rappelle que si tu continues à faire autant d'efforts que jusqu'à maintenant, tu le reverras. C'est une certitude.
- ... De toute façon, qu'est-ce que ça changera que j'obtienne une armure ?

Sentant ses apprentis peu motivés pour poursuivre leur entrainement, Darina leur fit signe de la suivre. Malgré leur fatigue, il la rattrapèrent en courant.

- Ou allons-nous ?

Mais Darina ne répondit pas et se contentait de bondir de roche en roche dans une direction bien précise et apparemment éloignée du Sanctuaire. Ses apprentis se demandèrent s'ils n'allaient pas se faire réprimander s'ils menaçaient de franchir les limites du domaine d'Athéna. Ils sentirent au loin deux cosmos très puissants vers lesquels ils se dirigèrent. Moins d'une minute plus tard, ils se trouvèrent devant un homme à la peau bronzée et quelqu'un qui s'avéra être le Pope lui-même. Les deux hommes se retournèrent en entendant Darina tousser et regardèrent les apprentis avec curiosité.

- Darina ! Quelle surprise. Quel bon vent t'amène donc ici ?
- Mes deux couillons de disciples font du boudin. Il paraît qu'ils ne voient pas à quoi ça sert d'obtenir une armure. Qu'en penses-tu, Bos ?
- J'en pense que si les miens s'amusaient à me dire des âneries pareilles je leur encastrerais la tête dans le sol.
- Et c'est sans doute pour ça qu'aucun d'entre eux ne vient te voir pour les fêtes.
- ... Je m'en fiche, de toute façon. Je suis un vrai guerrier sans attache.
- Tellement sans attache que tu as pleuré toutes les larmes de ton corps la fois où ton ancienne condisciple t'as envoyé une photo de son bébé.
- J'avais de la poussière dans les yeux !
- Pendant deux jours ?
- Pendant deux jours !
- Mmm. Cet échange est passionnant Darina, mais pourquoi as-tu emmené tes disciples ?
- J'aurais aimé que ce bon vieux Bos leur fasse comprendre l'intérêt de porter une armure.
- Quoi ? Aux deux merdeux ? Pourquoi je ferais ça ?
- Parce que tu es un des plus puissants chevalier du Sanctuaire.
- Ça au moins c'est vrai. Alors écoutez-moi bien les merdeux : dans le monde y a des gens pas très recommandables qui traînent, et qui des fois ont l'intention de s'en prendre au Sanctuaire. Alors quand on leur fait face on a plutôt intérêt à avoir une armure sur le dos si on veut survivre. Parce que sinon...

L'homme appelé Bos intensifia son cosmos à un niveau absolument incroyable. Bigleux et Junior comprirent qu'ils avaient en face d'eux un chevalier d'or car ils n'avaient encore jamais senti de cosmos aussi puissant. Ils augmentèrent immédiatement le leur sans même s'en rendre compte tant ils craignaient d'être blessés.

- Ça c'est uniquement quand je commence à me battre, et ben je peux vous dire que j'ai eu des adversaires qui avaient largement ce niveau. J'en ai eu aussi plein qui ne l'avaient pas, pour être honnête. Mais avoir une armure, c'est augmenter ses chances de survie, parce qu'avoir un puissant cosmos en se battant à main nue, c'est un sacré handicap.

Bos leur sourit, puis un souffle puissant fit exploser en mille morceaux la montagne derrière eux pour ne laisser qu'un trou béant, et les deux apprentis avaient été repoussés de plusieurs mètres en laissant un sillon dans le sol. Junior crut que ses intestins allaient le trahir, mais sa volonté fut la plus forte. Darina se tourna vers eux. Même s'ils ne voyaient pas son visage, le ton de sa voix ne laissait aucun doute. Elle était ravie.

- Voilà pourquoi vous devez avoir une armure. Parce que vous serez probablement amenés à affronter des types aussi forts que lui un jour ou l'autre, alors autant avoir de quoi vous défendre. Bon, maintenant on reprend l'entrainement. Merci Bos ! Désolé de vous avoir fait perdre votre temps, Grand Pope ! Allez, suivez-moi, et estimez-vous heureux qu'il ne soit pas spécialement puissant.
- De rien Darin... Oh, peau de vache !
- Parle pour toi, Bos !
- Grand Pope !
- Vos sempiternelles disputes ne me concernent pas et me fatiguent. Qui plus est, il est temps pour toi d'aller te faire examiner. Lancer une telle attaque avec des os en si mauvais état juste pour impressionner des apprentis...
- Mfff, c'est la faute de la greluche. Et puis, ses apprentis... vous avez senti tout comme moi leur potentiel. Je comprends mieux pourquoi elle les entraine à l'écart.
- Oui. Ils surclassent déjà largement la plupart des autres apprentis. Mais il ne faut pas qu'ils découragent les autres ou se sentent supérieurs. Allez, va, maintenant ! Et tiens moi informé de ce que te diront les médecins.

Alors que le chevalier d'or quittait le Sanctuaire bien plus lentement qu'il ne le faisait autrefois, le Pope s'inquiéta de la situation actuelle. La majorité de ses troupes d'élite allait devoir cesser ses activités en raison de problèmes de santé ou pour cause de vieillissement. Il allait se retrouver avec une garde jeune et expérimentée comme lorsqu'il avait reçu l'autorité des mains d'Athéna il y a maintes et maintes années. Quelques années auparavant, une épidémie de malaria, pourtant considérée en déclin dans le pays, conjuguée à une épidémie de grippe avait emporté de nombreux chevaliers et quantité de novices, gardes et apprentis. Le Pope avait cru à une attaque d'Hadès, mais aucun ennemi ne s'était manifesté et Dohko avait confirmé que les sceaux sacrés étaient intacts, bien que fragilisés par le temps. Si la perspective d'une attaque divine s'était éloignée, le Sanctuaire avait été très affaibli. Les chevaliers restaient bel et bien mortels, en dépit de leurs pouvoirs. Ils pouvaient aussi tomber malades et vieillir. L'ère des déplacements rapides facilitait hélas la propagation des maladies, et le Sanctuaire n'y échappait pas toujours. Et le Pope se sentait de plus en plus vieux et inquiet quant à l'avenir. Qui plus est, les mauvaises relations avec le gouvernement rendaient le ravitaillement compliqué, sans parler du renouvellement des troupes. Autrefois, le Sanctuaire régnait sur plusieurs vallées et n'avait qu'à claquer des doigts pour obtenir tout ce qu'il voulait, mais depuis qu'il avait refusé d'intervenir pour repousser Italiens et Allemands, les divers gouvernements qui s'étaient succédé à la tête du pays lui en avaient gardé rancune et considéraient le Sanctuaire comme un danger potentiel.

Junior et Bigleux suivaient leur maître en méditant sur le déferlement de puissance dont ils avaient été témoins. Ils n'avaient rien vu si ce n'est une lumière dorée. C'était extrêmement impressionnant, et même effrayant. Et il existait des gens plus puissants que cet individu. Plus que jamais, Junior regretta d'être arrivé ici. Il espérait bien ne jamais avoir à combattre de telles personnes. Il se demanda néanmoins quel était le niveau de Darina. Elle avait parlé de manière si désinvolte devant le Pope et un chevalier d'or. Se pourrait-il qu'elle en soit un elle-même ? Ils n'avaient jamais songé à lui poser la question auparavant. Et maintenant il n'était pas sûr que ce soit une bonne idée. En quelques minutes ils furent de retour à leur lieu d'entrainement habituel. Darina semblait pensive. Alors qu'ils guettaient une quelconque réaction, elle resta immobile pendant plusieurs minutes. Bigleux se racla la gorge.

- Hem. Est-ce qu'on reprend l'entrainement ?

Pour toute réponse, Darina fit exploser le sol aux pieds de ses apprentis, qui bondirent de justesse pour éviter l'attaque. Mais avant même qu'ils aient pu atterrir, elle bondit pour les cueillir en plein vol, une situation nettement désavantageuse. Ils se mirent instantanément en garde pour contenir le choc. Et il fut particulièrement brutal puisqu'elle les envoya voler à plusieurs dizaines de mètres de là où ils se réceptionnèrent tant bien que mal, pour la voir concentrer son cosmos. C'était bien la première fois qu'ils sentait le cosmos de leur maître s'enflammer autant. Et... il avait l'air presque aussi puissant que celui du chevalier d'or qu'ils venaient de voir. Elle était donc de son niveau ? Darina se redressa lentement en les regardant.

- Oui. J'ai été trop lente. Votre potentiel nécessite une formation bien plus active que ce que nous faisions jusqu'à présent. Fort bien. Désormais, je vous attaquerais sans me retenir. Si vous n'y allez pas à fond, vous en mourrez. Ce sera le dernier avertissement que je vous donnerais. Et maintenant, vous avez intérêt à enflammer vos cosmos !
- Heu... heu...
- Ta gueule Bigleux ! Elle va pas nous rater, là.
- Mais pourquoi elle...
- Parce que !

Junior se souviendrait toute sa vie de la terreur qu'il ressentit face à la puissance déchaînée de son maître. En dépit de ses paroles, elle n'y était pas allée au maximum de ses capacités, mais elle n'avait pas non plus retenu ses poings. Lui et Bigleux n'avaient pu qu'encaisser au mieux l'incroyable rafale de coups lumineux qu'elle leur avait asséné, et même en dévier certains, mais la puissance qui en émanait avait été trop forte et ils avaient tous deux fini avec des côtes endolories et peut-être même fêlées. Ils restèrent inconscients un bon moment, puis se réveillèrent et virent Darina les toiser.

- Eh bien voilà, maintenant j'en suis sûre.
- Aïe. De quoi ?
- Que vous vous foutiez de moi. Votre potentiel est bien supérieur à ce que vous m'avez montré. J'hésitais à y aller sans retenue, mais votre réaction devant Bos m'a prouvé que j'avais raison. Ce n'est pas tout le monde qui reste sur ses pieds en recevant la Great Horn. Bon, à partir de maintenant, on gardera ce niveau en permanence. Et si vous mourrez, ce sera de votre faute.
- Muuuh. J'ai mal partout.
- C'est un bon début. La prochaine fois vous vous arrangerez pour n'avoir mal nulle part. Bon, on va dire que c'est tout pour aujourd'hui !

Darina repartit mais s'arrêta et se retourna vers ses élèves.

- Oh, vous oubliez pas que c'est votre tour de vidanger les latrines, hein ! Et vous trainez pas, j'ai envie de me coucher tôt ce soir.

Les deux apprentis se trainèrent tant bien que mal jusqu'à la zone résidentielle où vivait leur maître, et après avoir mangé ils allèrent accomplir leur besogne sans enthousiasme. Puis une fois leur tâche terminée, ils partirent aux balneion se laver et se détendre. Alors qu'ils se laissaient flotter dans un des bains, ils se demandèrent tous deux s'ils arriveraient à marcher jusqu'à leur logis. D'autres personnes arrivaient et sortaient régulièrement, mais un changement dans l'atmosphère et l'ambiance sonore les fit se retourner. Les gens s'étaient mis à murmurer en regardant un garçon de leur âge qui venait de rentrer et qui semblait concentrer toutes les attentions. Celui-ci se dirigea vers eux et demanda poliment s'il pouvait se joindre à eux, ce qu'ils confirmèrent tout en se rasseyant sur les gradins immergés. Il avait l'air assez timide, et Junior ne se souvenait pas l'avoir déjà vu. Mais il n'était pas non plus du genre à se lier facilement.

- Rude journée ?
- Heu... un peu. Le maître s'est énervée aujourd'hui. Elle cogne un peu trop fort.
- Et en plus elle nous fait faire ses corvées de latrines à sa place.
- Ha ha ha. Le mien aussi faisait ça.
- Ah bon ?
- Oui, il disait que ça forgeait le caractère. Et que ça lui évitait de se salir les mains.
- C'est sûr.

La vapeur endormait tout le monde, mais les têtes se tournaient encore pour dévisager le nouveau venu.

- Pourquoi tu dis qu'il faisait ça ? Il a arrêté ?
- Non, c'est juste que c'est plus mon maître, maintenant. Enfin, il le restera toujours, d'une certaine façon.
- Comment c'est possible ? T'as été rejeté ?
- Ha ha ha. Non non. Pas exactement.
- Ben quoi alors ?

Le jeune homme sourit sans répondre et ferma les yeux. Au bout d'un moment, il sursauta et se redressa.

- Mince, je devais retrouver quelqu'un ! Il va encore m'en vouloir ! Excusez-moi ! Bonne soirée et courage pour la suite, au fait !
- Merci !

Les deux apprentis le regardèrent partir puis se laissèrent aller de nouveau jusqu'à ce qu'un afflux de novices les incitent à quitter aussi l'endroit. Alors qu'ils revêtaient des tuniques propres, un homme passa derrière eux en ricanant.

- Eh ben vous avez pas froid aux yeux, vous !

Se retournant tous deux, Junior et Bigleux le regardèrent avec incompréhension.

- Hein ?
- Le héros du jour vient s'installer dans le même bain que vous et vous lui parlez de corvées de chiottes. Très fin.
- ... Le héros ? Qu'est-ce qu'il a fait de spécial ?
- ... Ben vous étiez pas à l'arène, ce matin ?
- Non, on s'entrainait.
- Ah ben bravo. Rater un moment pareil, ça se fait pas. Y avait plus de places sur les gradins.
- Mais pourquoi ? C'est qui ?
- Ben ce gars-là, c'est le premier à avoir obtenu une armure d'or depuis près de vingt ans. Autant dire que c'est pas quelque chose qu'on voit tous les jours.
- Oh ? Donc... c'est un chevalier d'or ?
- Eh ouais mes bichons ! Un vrai de vrai, reconnu par le Pope en personne.
- Mince.
- Mais il a à peine notre âge !
- Ben y a des prodiges, parfois. Prenez-en de la graine, et essayez de faire aussi bien que lui, même si dans votre cas ça me semble mal parti.

Ils ne répondirent rien et se demandèrent tous deux s'ils devraient en parler à leur maître une fois revenus. Alors que l'homme repartait, ils entendirent encore une fois sa voix traverser la vapeur.

- Souvenez-vous bien de lui, il s'appelle Saga ! Mon petit doigt me dit qu'il a l'étoffe d'un pope !

Ressortant alors que la nuit tombait, les deux apprentis repartirent chez Darina sans se presser. Tant pis s'ils la réveillaient, ce serait bien fait pour elle ! Les étoiles commençait à apparaître, quelques nuages masquant le ciel.

- Il avait l'air sympa.
- Qui ?
- Le mec. Le jeune.
- Ah ! Oui. Ça doit faire bizarre d'occuper le haut de la hiérarchie quand t'as son âge.
- T'inquiète pas, nous aussi on sera chevaliers d'or, et même vice-popes, tiens !
- C'est ça. C'est pas ça qui empêchera Darina de venir nous crier dessus.
- Ah non là c'est râpé.
- ... Au fait, je me demandais...
- Mmm ?
- T'es de quel signe astrologique, Bigleux ?
- Heu... Ben j'en sais rien. Je suis même pas certain de ma date de naissance, en fait. Et toi ?
- Ben je connais ma date de naissance mais je sais pas à quoi ça correspond. Je demanderais à Darina.
- Vu qu'il fait déjà nuit, c'est pas ce soir qu'elle te répondra.
- J'espère qu'elle aura pas bloqué la porte pour nous empêcher de rentrer.
- C'est son style, en tous cas. On passera par la fenêtre.
- Au fait... Elle pète en dormant, non ?
- Mpfrr ! C'est dès qu'elle se met sur le ventre. En tous cas j'arrive pas à m'endormir quand elle se met à claquer la langue.
- Ah oui, c'est vrai qu'elle fait ça.

Les jeunes gens rentrèrent à leur rythme et, trouvant effectivement porte close, durent passer par la fenêtre qu'ils choisirent de laisser ouverte. Le lendemain confirma leurs craintes. Darina ne retenait désormais plus ses coups, et il était maintenant impossible de faire semblant tant le risque de se faire tuer était grand. Le rythme devenait infernal, et la moindre erreur d'inattention était désormais mortelle. Darina faisait s'affronter ses apprentis, et les attaquait par surprise quand elle le souhaitait, rendant les combats totalement imprévisibles. De plus, elle avait entrepris de leur décrire les techniques utilisées au sein de la chevalerie et les interrogeait à ce sujet. Toute mauvaise réponse se traduisait par une violente attaque. Malgré tout, Junior se rendit compte que Bigleux avait de plus en plus de mal à suivre le rythme et qu'il évitait de plus en plus facilement ses coups. La hargne de ce dernier, bien que motivée, ne le rendait pas meilleur pour autant, et Junior sentait le trouble et l'inquiétude s'installer en lui, au point que son sommeil en était troublé, et par conséquent sa concentration aussi. Même Darina était souvent à bout de souffle, mais ça ne signifiait pas qu'elle allait ralentir, bien au contraire.