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Iron Maid

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Iron Maid

 

— Première partie —

Destins

 

Le nouveau-né, arraché depuis peu au ventre chaud de sa mère, pousse un cri bref mais si puissant que tous les murs du Centre médical semblent trembler alors qu’il résonne dans la chambre aseptisée. Ses parents ont peu d’espoir de voir l’enfant vivre une saison entière : les complications survenues durant la grossesse et les premières informations que leur donne la voix monocorde des droïdes qui ont assisté l’accouchement présagent un funeste destin pour cette nouvelle vie. La mère regarde avec tristesse la petite figure pâle qui repose mollement dans ses bras, trop faible pour téter et pas assez pour gémir. Le père fixe sa femme puis le nourrisson d’un air épuisé. Il ne l’admettra pas à voix haute mais avec ses parents malades à charge qui l’attendent à la maison et la santé déjà mise à mal par cette grossesse épuisante de son épouse, cette petite vie qu’il va falloir nourrir et soigner tombe mal. Son regard perclus de fatigue erre sur les résultats d’une première batterie de tests. Parmi les chiffres sans fin qui se succèdent sur le fichier numérique, une série de numéros auxquels il ne comprend rien mais commentés de quelques remarques lapidaires le fait hausser les sourcils de surprise.

Sa fille nouvellement venue au monde est sensible à la Force.

Son destin semble presque scellé, à cet instant.


 

Elle ne doit pas avoir plus de quelques mois quand son père l’amène au Temple Jedi, sur Coruscant. Quelques explications, formules de politesse et dernières embrassades plus tard, un Chevalier arrache délicatement la nouvelle arrivée des mains calleuses de son géniteur et la transporte avec célérité jusqu’à la Crèche où la petite sera mêlée aux autres nourrissons sensibles à la Force que leur parents ont amenés voire abandonnés sur le parvis du Temple – et contrairement à ce que l’on pourrait croire, la pratique n’est pas si courante.

Pas une fois durant ses premiers jours parmi les Jedi, la petite fille ne pleure ou ne gémit. Pourquoi le ferait-elle ? Elle est parmi ses pairs ; elle est parmi la Force et cette dernière l’accueille comme une mère enveloppant son enfant avec un inconditionnel sentiment d’amour et de protection.

Ses yeux sont d’une couleur incertaine, entre le gris, le bleu et quelques teintes de vert. Ses cheveux sont foncés, son rire est clair, son visage rond et son corps en pleine croissance un peu chétif. Le Maître en charge des nourrissons sourit, émerveillée. La Force de joie autour de la nouvelle venue ; nul doute que cette petite est destinée à de grands accomplissements.

Elle s’appelle Obi-Wan Kenobi. Elle est fille de la Force.

Et elle sera Jedi.


A cinq ans et demi, Obi a peur du noir et des monstres sous son lit. Cela fait bien rire Bruck Chun, un Initié légèrement plus jeune qu’elle, qui la traite de bébé à chaque fois qu’il en a l’occasion. Ses amis Initiés la défendent comme ils le peuvent, quitte à s’attirer les foudres de leurs tuteurs, mais il n’empêche que les mots de Bruck lui donnent tout de même envie de pleurer. Alors, quand personne ne la regarde, elle s’échappe dans les jardins et sanglote un peu, parce qu’elle a peur dans le noir et que les Jedi n’ont pas peur du noir.

Une fois, après avoir pleuré tout son soûl parce que Bruck lui a chanté dans les oreilles toute la journée qu’elle ne sera jamais un Jedi parce qu’elle n’est qu’une trouillarde, elle croise Maître Yoda dans les jardins. Avant qu’elle n’ait eu le temps de le saluer avec tout le respect que doit une Initiée à un Maître, ce dernier sursaute devant un énorme mille-pattes qui fait paresseusement son chemin sur l’herbe courte et pousse un petit cri en s’éloignant en direction de la fillette. Témoin du spectacle pour le moins insolite, elle n’en croit pas ses oreilles quand le petit Maître, sa contenance toute retrouvée, s’adresse à elle :

— Moins de bien de moi penserais-tu, Initiée Kenobi, si effrayé par le mille-pattes, je te dis que j’étais ?

Obi-Wan va répondre que non, qu’il reste le grand Maître Yoda que tout le monde respecte et admire dans l’Ordre, quand elle comprend le message. Avec un air décidément satisfait, Yoda lui tapote affectueusement le genou de sa canne avant de s’éloigner lentement, laissant derrière lui une Initiée rougissante de honte, de confusion et de joie.

A cinq ans et demi, Obi-Wan a toujours un peu peur du noir. Mais elle n’a plus peur de ne pas devenir Jedi.


Elle a des amis, des vrais, qui jouent avec elle quand leur temps libre le leur permet, qui l’aident quand Bruck décide de l’embêter, de l’appeler « Obébé-Wan » ou « Bibi la bébête », de lui tirer les cheveux ou de la pousser par terre, qui se retrouvent en cachette dans les jardins pour discuter de leurs rêves, du Maître qu’ils auront quand ils seront enfin choisis comme Padawan, des aventures et des planètes qu’ils verront en allant sauver la galaxie. La Force les entoure et illumine leurs sourires encore innocents des difficultés à venir.

Ensemble, ils ont juré de devenir des Jedi accomplis, de mettre leurs pouvoirs au service de l’Ordre et du bien de la galaxie. Ensemble, ils ont prêté serment, sur la Force qui vit en eux et sur leur amitié qu’ils jurent indéfectible.

Bant et Garen et Reeft. Et Siri.

Obi-Wan sait, au plus profond d’elle-même, qu’elle chérira toujours ces noms.


Dans son rêve, le feu est partout.

Elle suffoque sous la chaleur atroce, sous l’inflexion du soufre qui lui brûle les poumons et elle ne peut empêcher les larmes de lui monter aux yeux, tellement ceux-ci piquent de l’abondance de fumées toxiques et d’air sec. Elle ne reconnaît pas son corps : il lui paraît lourd, presque pataud et elle a du mal à se mouvoir. Sa vision se brouille progressivement et elle ne voit plus que deux yeux jaunâtres, brûlant de haine, qui la fixent dans une promesse sinistre et la voix déchirée d’une femme malheureuse résonne à ses oreilles :

— Tu devais sauver la Force, pas la condamner à la nuit !

Des mots de haine tourbillonnent dans la cendre qui tombe du ciel et de nouveau, une femme hurle au centre de l’Enfer :

— Je t’aimais !

Un cri strident lui répond et Obi-Wan met un moment à réaliser que c’est le sien.


A douze ans, en sortant d’un cours, une douleur fait soudain irruption dans son bas-ventre et elle se retrouve, dans une vaine tentative d’arrêter les contractions soudaines, à presser ses mains contre son abdomen qui, sous l’impulsion d’une mécanique à qui il est le seul à obéir, vient de se mettre en marche. Un instant, elle s’inquiète de sa santé et elle est presque prête à aller d’elle-même jusqu’à l’Aile médicale, même si elle déteste l’endroit.

C’est en voyant le sang qui s’écoule paresseusement de ses cuisses qu’elle finit par comprendre ce qui se passe et c’est rouge de honte et d’enthousiasme mêlés qu’elle court jusque l’Aile médicale pour savoir où et comment se procurer de quoi éponger ce premier sang. Cette réalité la chamboule, plus que la perspective de devenir Padawan dans l’année.

Son enfance est finie.


Obi-Wan va avoir treize ans et sa dernière chance de devenir un Jedi assiste à un tournoi amical entre Initiés. Elle est la meilleure de sa classe au sabre laser et son professeur a même insisté pour qu’elle pratique des exercices d’un niveau plus élevé ; cependant, elle ne peut s’empêcher d’avoir un mauvais pressentiment.

De fait, elle affronte Bruck Chun sous les yeux de l’assemblée. Son pair se trouve tout aussi désespéré qu’elle, car la date de son treizième anniversaire se rapproche tout aussi dangereusement, et c’est avec une férocité aussi ancienne que leurs querelles que les deux Initiés se disputent officieusement le titre de Padawan, le droit d’être Jedi.

Obi-Wan remporte le match mais Bruck se montre mauvais perdant et la provoque, laissant leurs tempéraments prendre le meilleur d’eux-mêmes alors qu’ils combattent de nouveau, avec colère et rancœur.

Son adversaire vaincu, elle tourne un regard rempli d’espoir vers Maître Qui-Gon Jinn mais ce dernier a déjà disparu.


— Je ne te prendrais pas comme Apprentie, Initiée Kenobi.

Son cœur se ferme soudain et son esprit crie de douleur sous le rejet aussi brutal mais elle se force à rester stoïque sous les yeux impénétrables de Qui-Gon Jinn. Montrer sa douleur ne l’amènera à rien.

— J’aurais treize ans dans quelques semaines, Maître Jinn. Vous êtes ma dernière chance de devenir Chevalier Jedi.

Sa voix se casse sur les deux derniers mots et elle baisse la tête, comme si elle avait honte d’en être réduite à supplier cet homme pour qu’il la prenne comme Padawan, pour qu’il l’assiste dans la réalisation de son rêve de toujours.

— Je sais. Mais je ne choisirais pas quelqu’un avec un tempérament aussi prompt à s’enflammer. La colère est l’un des nombreux chemins qui mènent au Côté Obscur. 

La jeune adolescente se sent presque insultée sous l’insinuation mais elle se retient de crier sa peine, sa colère, la honte qu’elle ressent à ce moment même. Mieux vaut ne pas lui donner raison. Mieux vaut se taire et attendre.

Attendre et espérer, c’est désormais tout ce qui lui reste.


— Je ne trahirais pas, promet-elle avec simplicité, avant de tourner les talons.

Après le rejet de Jinn, le Conseil l’envoie sur Bandomeer rejoindre les Corps d’Agriculture sans un mot de gentillesse ni de compassion.

Obi-Wan voudrait les détester tous pour briser ses rêves aussi facilement. Elle voudrait détester Bruck pour l’avoir provoquée, ses amis pour s’être trouvé un Maître, Qui-Gon Jinn pour l’avoir soupçonnée de le trahir, le Conseil pour l’avoir rejetée aussi facilement Yoda lui-même pour ne pas avoir fait mine de vouloir la retenir. Elle voudrait les haïr, les maudire et cracher sur leur Ordre qu’ils chérissent tant.

Elle voudrait – elle n’y arrive pas.

Peu importe si sa famille l’a apparemment laissée tomber, il s’agit toujours de sa famille. Et où qu’elle aille, il lui reste la Force.


Obi-Wan n’a pas encore treize ans quand elle sait qu’elle va mourir.

Des hommes sont prisonniers de ces mines, bloqués par une porte qu’elle a le pouvoir d’ouvrir. Maître Jinn est parmi ces hommes, il la regarde en ce moment alors qu’elle se plaque contre la porte et lui explique brièvement son plan, la voix tremblante. Il lui suffit de faire exploser le collier qui lui enserre le cou pour faire sauter la porte en même temps – et ces hommes seraient libres.

Une vie sacrifiée pour la multitude. Mieux vaut que ce soit la sienne, celle d’une Initiée Jedi laissée pour compte, celle d’un échec qui n’a pas d’autre but plus noble dans la vie que de la donner aux gens qui le méritent bien plus. Elle intime à Qui-Gon de s’écarter de la porte, de l’explosion à venir, tandis qu’elle tâtonne pour trouver la touche qui mettra fin à sa vie.

Elle est surprise de sentir deux mains se poser sur ses épaules et lève la tête pour croiser le regard inquiet et déterminé de Qui-Gon Jinn.

— Non, Padawan. Il doit y avoir une autre solution.


Padawan !

Qui-Gon Jinn l’a appelée ainsi sur Bandomeer, comme s’il l’avait toujours pensé, en pleine conscience de ce que cela signifierait pour eux. La tradition veut qu’il reformule sa volonté dans les formules d’usage mais ces mots paraissent creux, tellement loin de l’injonction lapidaire et intense qui l’a convaincue de renoncer à son sacrifice dans ces mines à la fois bénies et maudites.

Elle entend à peine les phrases rituelles et bafouille une réponse affirmative, stupéfaite, enthousiaste et sereine tout à la fois. Elle sent à peine le chatouillement de la Force alors que son Maître enjoint à une de ses mèches de cheveux de pousser pour qu’il puisse l’assembler en une tresse courte avec quiétude. Il ne regrette pas sa décision.

— Te voilà donc Padawan Kenobi, mon élève.

Padawan Obi-Wan Kenobi. En entendant son nouveau titre, elle se sent plus Jedi que jamais.

Un jour, elle sera Chevalier.


Pour son treizième anniversaire, Qui-Gon lui offre une pierre qu’il a trouvée dans une rivière de lumière sur son monde natal. Cette pierre est spéciale : elle brille comme une lueur calme dans la Force et à chaque fois qu’elle la porte contre sa poitrine, elle la sent pulser d’une douce et rassurante vibration.

Elle chérit cette pierre comme les marques d’affection trop rares que lui accorde son Maître, encore trop violemment blessé par la trahison vivace de son ancien apprenti.

Aveuglée par l’amour naïf qu’une enfant porterait à son parent, Obi-Wan ne doute pas de pouvoir ramener le sourire sur ce visage durement marqué par le temps et les épreuves de la vie.

Jusqu’où peut-on aller dans la quête de ce qui est juste ? Obi-Wan vient de trouver la réponse dans les yeux horrifiés de son Maître, cet homme qu’elle vient d’abandonner pour le sort de tout un peuple, croyant suivre les enseignements de la Force et persuadée d’accomplir un destin qui avait été mis en place pour elle. Pour sauver les Jeunes de Melida et Daan, elle a quitté l’Ordre Jedi et a condamné ses rêves et ses espoirs. Pour suivre la Force, elle a abandonné ses convictions.

Ces évènements seront à jamais marqués au fer rouge dans sa mémoire.

Même longtemps après être revenue auprès de ses pairs, elle ne sera jamais sûre de savoir si elle a pris la bonne décision.


Elle est jeune, trop jeune dira-t-on, et pourtant, elle connaît les yeux caves de la mort, l’odeur écœurante de son parfum et le goût salé de sa morsure. Elle connaît les affres du danger et la perte des premiers amis, des premiers amours.

— CESARI ! CESARI, NON !


La mort de Bruck Chun l’affecte tout autrement. Sa chute vers le Côté Obscur, la haine, la jalousie brûlante et le désir qui vibrent dans ses yeux jaunâtres lui vrillent l’estomac. Avec Bruck, c’est une part d’elle-même qui tombe dans cet abîme de lumière noire.

Est-ce là le visage du mal ? Celui d’un garçon aux côtés de qui elle a grandi ?

Elle se refuse à y croire.


L’informateur qu’ils doivent joindre leur a donné rendez-vous dans l’un de ces clubs mal famés dont les bas-fonds de Coruscant sont infestés. Aucun d’eux ne veut attirer l’attention en se faisant refuser à l’entrée de l’établissement et après quelques minutes de concertation, Obi-Wan défait sa queue de cheval, pince ses joues pour leur donner un peu de rose et défait légèrement son col, dévoilant la peau hâlée de ses clavicules. Son Maître grince des dents mais la laisse jouer des cils devant le gardien qui ne se fait pas prier pour la laisser passer, son regard lubrique embrassant sans vergogne la silhouette de l’adolescente.

Elle-même est quelque peu désorientée par l’attention qu’elle attire. Une fois les informations récoltées, Obi-Wan contemple la jeune femme qu’elle est devenue dans un miroir avec une surprise teintée de regrets. Ses cheveux courts et légèrement ondulés encadrent un joli visage dont les lèvres délicates et les yeux bigarrés dégagent un certain magnétisme qui n’est pas sans charme. Oui, la femme qu’elle contemple est décidément attirante.

Elle ne s’est pas rendu compte d’avoir grandi aussi vite.


Son Maître est bel homme.

Obi-Wan s’en rend compte quand ils partent en mission, dans les cours de diplomates étrangers, où les courtisanes et sénatrices se trémoussent comme des dindes devant la figure stoïque du Maître Jedi qui les congédie parfois avec un sourire amusé. En ces moments là, un rire mêlé de jalousie vicieuse se perd dans sa gorge et elle doit cacher son visage pour ne pas offenser les dames éconduites.

Une fois seulement, un jeune négociant riche au sourire charmeur et au verbe bien tourné s’avance vers eux sous le regard dangereusement noir de son Maître et se met à badiner avec elle, la frôlant « accidentellement » et se penchant vers elle un peu plus souvent que nécessaire. Ignorant comment envoyer poliment le jeune homme sur les roses, Obi-Wan fait la première chose qui lui passe par la tête.

Elle lui éternue dessus.


Qui-Gon est sa première déception amoureuse.

Elle ne saurait dire quand l’admiration et l’affection qu’elle porte à son Maître sont devenues si profondes, au point de rendre chaque battement de cœur douloureux. Elle ne saurait non plus dire quand elle a commencé à voir le visage si familier et encore jeune dans ses rêves les plus plaisants ou quand le nom masculin a roulé sur ses lèvres pendant les rares moments intimes qu’elle s’accorde, où ses doigts s’égarent dans une danse sensuelle le long de son ventre et de ses cuisses.

Un jour, il a dû l’entendre gémir son nom ou elle a dû oublier de fermer leur lien mental, comme il est attendu qu’elle le fasse dans ce genre de situations – elle ignore réellement comment et elle n’a pas le courage de demander mais Qui-Gon l’a su.

Elle n’oubliera jamais la pitié mêlée d’affection qui a teinté sa voix lorsqu’il lui a expliqué qu’il ne peut pas lui apporter ce qu’elle recherche, le souvenir de Tahl brûlé au fer rouge dans sa mémoire. Elle n’oubliera jamais ses larmes d’humiliation et de honte, ni combien elle s’en veut d’avoir ravivé de mauvais souvenirs dans leurs mémoires vacillantes.

Elle se remet, toutefois. Elle finit par se trouver pathétique, presque comique. Qu’il la rejette était attendu, prévisible et parfois, elle maudit sa stupidité dans un accès de colère contre elle-même.

Elle oublie, cependant – ou elle ne remarque peut-être pas – la façon dont les mains de son Maître tremblent pendant qu’il la raisonne, comme pour se retenir de la toucher, de l’embrasser, de céder à son tour aux yeux d’océan déchaîné qui se sont levé vers lui avec espoir.

Elle ne saura jamais à quel point il s’est attaché à elle, malgré tout.


Elle aime Siri Tachi.

C’est autre chose que l’affection teintée de désir qu’elle portait à son Maître, de même intensité mais tout différent à la fois. Tout en sa compagne lui arrache un frisson de bonheur à l’état pur, un bondissement dans sa poitrine : l’intonation de sa voix, ses cheveux qu’elle a fait pousser, le résonnement qu’elle laisse dans la Force, la couleur que prennent ses yeux dans la Chambre des Mille Fontaines, la façon dont elle se tait comme pour dire quelque chose. Si Obi-Wan pouvait être égoïste, elle se dit qu’elle quitterait l’Ordre Jedi et enlèverait sa belle amie à travers l’espace. Elle lui en parle, parfois, de ce rêve de dément, dans un gloussement qui ressemble au ricanement et le rire même de Siri s’élève dans les airs, confiant, caressant, l’enivrant d’un sentiment qui lui monte à la tête. Et brièvement, leurs lèvres se joignent dans un baiser chaste qu’elles briseront rapidement, de crainte d’être vues ou est-ce une forme de honte envers leur trahison du Code, aucune d’elle ne sait vraiment.

Le plus beau et le plus triste de leur histoire impossible, c’est de savoir qu’elle est aimée en retour.

Siri et Obi-Wan ont décidé de ne plus se revoir, de laisser mourir l’émotion qui les anime pour qu’elle redevienne ce sentiment doux et platonique du début de leur relation. Avec les épreuves pour atteindre le rang de Chevalier approchant et l’exemple désastreux de l’amour de Qui-Gon pour Tahl, celui même qui a bien failli détruire ce dernier, elles se sont mises d’accord pour ne pas risquer de s’entraîner sur des sentiers aussi destructeurs que celui-là. Siri rêve autant qu’elle de devenir Chevalier et Obi-Wan sait qu’elle ne se pardonnerait jamais si son amie ne devenait pas Chevalier à cause d’elle.

Obi-Wan regrette juste de ne pouvoir embrasser sa douce amie une dernière fois mais elle sait qu’elle ne pourra plus jamais laisser partir sa compagne si elle se laisse tenter à nouveau.

Entre le Code et leur amour, il y a un choix à faire – et il est fait depuis longtemps.

Obi-Wan ne regrette rien. Ou peut-être un peu, dans ses rêves.


Obi-Wan a vingt-cinq ans quand le Chancelier Valorum les envoie, son Maître et elle, en mission pour arrêter le blocus fait sur Naboo et raisonner la Fédération du Commerce.

Elle a l’apparence d’une femme de vingt ans et l’impression d’en avoir cent.

C’est une vie dure que celle d’un Jedi – mais elle ne l’échangerait pour rien au monde.


Quand son Maître encore essoufflé par le combat qu’il a mené lui présente Anakin Skywalker, neuf ans, esclave récemment affranchi de Tatooine et certainement l’enfant possédant le taux de midichloriens le plus élevé dans la galaxie toute entière, elle ne voit pas ses yeux bleus pétillant de surprise et de ravissement, ni ses cheveux blonds désordonnés, ni son visage poupin cependant marqué par le travail dur et le climat épouvantable de Tatooine.

Elle ne voit qu’une paire d’yeux jaunes au milieu d’un torrent de flammes et une main de glace lui broie les entrailles.

— J’ai un mauvais pressentiment, répète-t-elle face à un hublot, comme pour s’en convaincre.

Seul le vide de l’espace lui répond.


Quand son Maître annonce au Conseil, sur un ton désinvolte, qu’elle est prête à passer les épreuves et qu’il désire prendre Anakin comme Padawan, son cœur se tord et des larmes de colère lui montent aux yeux. Là où elle devrait entendre l’accomplissement de son rêve, la foi de son Maître en sa personne et ses capacités, elle ne voit que sa béatitude devant l’enfant qu’il pense être l’Élu, sa précipitation à se débarrasser d’elle et de prendre un étudiant plus apte, plus puissant, plus digne…

Qui-Gon la sent blessée ; elle explose.

—Il est dangereux, maître, ils peuvent tous le sentir ! Pourquoi ne le sentez-vous pas, vous ?

Le « Pourquoi m’abandonnez-vous encore ? » a failli sortir de sa bouche.

— Obi-Wan ! s’exclame Qui-Gon, scandalisé.

La jeune femme est déjà loin.

Son Maître la retrouve quelques heures plus tard ; ses yeux sont un peu humides, ses lèvres tremblent et elle fredonne très doucement un petit refrain de son monde natal, comme pour se donner un courage qui lui manque. Sans dire un mot, il s’assied à ses côtés, coupable et déçu à la fois.

— Je suis heureux que tu aies été ma Padawan, Obi-Wan, mais j’ai pensé chaque mot que j’ai dit devant le Conseil. Tu es prête. Bien plus prête que tu ne pourras jamais l’être. Tu ignores juste à quel point tu seras un Chevalier tout à fait remarquable.

Des larmes perlent à ses yeux d’orage, il les efface avec une tendresse qu’elle ne se souvient pas lui avoir connue et l’embrasse sur le front, comme il aimait le faire quand elle était une petite fille.

Le lendemain, elle lui présentera ses excuses.


A vingt-cinq ans, Obi-Wan Kenobi tue un Sith.

Jamais elle n’a senti le Côté Obscur de si près. Son souffle lui a caressé la peau avec une délectation perverse qui la fait encore frissonner de dégoût et de terreur. Elle a été si près d’utiliser sa colère pour vaincre le Sith, si près de tomber elle-même dans ce gouffre noir où elle déjà a vu tant de Jedi plonger qu’elle en fera encore des cauchemars bien des années plus tard… La haine lui a soufflé dessus, a failli l’emporter et elle admet qu’elle n’aurait eu aucun scrupule à y plonger.

Mais au milieu de sa propre haine vide de sens et d’espoir, au milieu du tourbillon noir dans lequel elle avait voulu s’enfoncer, une lumière immense était née, coulant dans ses veines et détruisant  impitoyablement, sans qu’elle en soit consciente, le minutieux travail que le Côté Obscur avait commencé à opérer en elle.

Et les Ténèbres avaient cessé d’exister.


Qui-Gon est mort.

Elle l’a vu mourir, l’a tenu dans ses bras comme une femme le ferait pour son époux ou une mère pour son fils, une Padawan pour son Maître, a entendu ses dernières paroles et a recueilli son dernier souffle, en pressant ses lèvres tremblantes contre celles encore tièdes du mourant. Elle a senti sa main calleuse caresser sa joue lisse, dans un geste d’adieu et de regret. Demain, elle allumera le bûcher funéraire et incinérera ses années d’apprentissage en même temps que son mentor ; demain, elle sera Chevalier et elle ne pourra plus pleurer comme elle le fait maintenant, à l’abri des regards.

Demain est trop loin pour l’instant.

Demain n’est pas assez pour contenir toutes ses larmes.

Sa victoire lui paraît si petite en regard de la perte qu’elle éprouve.


En regard des ses exploits sur Naboo, le Conseil a décidé de la nommer Chevalier.

Il n’y a pas de cérémonie, elle se l’est refusée. Maître Yoda a cependant insisté pour être là et tandis qu’elle répond avec une voix hachée à des phrases silencieuses que son Maître aurait dû prononcer, elle sent la Force l’entourer comme une amante et lui donner le courage de lever contre sa tempe le sabre du défunt Qui-Gon Jinn – son sabre désormais.

Avec un geste et les yeux secs, elle coupe sa tresse d’Apprentie.

Elle est Chevalier, désormais. Chevalier Obi-Wan Kenobi. Elle ne s’en sent pas plus grande.

Tout reste à faire.


Le Chevalier nouvellement nommé trouve un certain réconfort pendant les quelques jours passés à Naboo auprès de la Reine et de ses suivantes. Padmé Amidala est certes une femme remarquable mais ses fidèles et dévouées servantes, qui ont accepté de mettre leurs vies en danger pour le bien de leur planète dès leur plus jeune âge, ont toutes gagné son respect et son admiration.

Elle se sent touchée quand la suite royale lui offre un bijou qu’elles ont confectionné elles-mêmes pour la remercier des services rendus à leur planète. Même si elle aimerait s’en défendre, elle est consciente que refuser ce cadeau de remerciement serait une erreur de diplomate. Le bijou est petit mais joliment sculpté et chaque ligne gravée représente quelque chose de spécial. Celle de Padmé pour le courage, Eirtaé pour la loyauté, Rabé pour la bonté, Saché pour le devoir, Yané pour le sacrifice et celle de Sabé représente l’amour.

De l’amour mais pas d’attachements.

Avant tout, Sabé comprend le sens du devoir qui l’anime, qui les anime toutes les deux.

Obi-Wan presse gentiment la main de la jolie suivante qu’elle espère conserver comme amie. Cette dernière lui sourit avec une tristesse résignée et pose un baiser chaste sur sa joue, comme pour intimer au jeune Chevalier de ne pas l’oublier.

Une fois de retour au Temple, elle renonce à porter le cadeau mais elle le garde bien précieusement dans un écrin de verre, posé sur la commode de sa chambre, à côté de la pierre que Qui-Gon lui a offerte pour ses treize ans.


Les premiers jours avec son tout nouveau Padawan sont difficiles.

Anakin est rempli d’émotions confuses mais la tristesse d’être loin de sa mère et la colère d’avoir perdu la seule figure paternelle qu’il ait jamais eue dans sa vie dominent largement la palette de sentiments qui vibrent furieusement dans le cœur troublé du petit garçon. Quelque part, dans sa colère enfantine, il la tient pour responsable de sa situation actuelle et ses regards noirs sont d’autant plus blessants qu’elle les comprend et justifie. Elle gère cela avec difficulté, offrant une épaule réconfortante après les cauchemars, initiant le Padawan à la méditation et espérant que leurs séances d’exercice finiront par guider son jeune apprenti sur de meilleurs chemins.

Un jour, cependant, au beau milieu d’une nouvelle séance inutile, il explose.

— Qui-Gon aurait été un bien meilleur professeur !

Elle se mord la lèvre, incapable de répondre à ce bouillant jeune homme sans céder elle-même à la colère. Les mots sont justes mais ils blessent quand même, échos des regards lourds de sens que son Maître, cherchant des traces de Xanatos, son Apprenti tombé, lui jetait quand elle était toute jeune Padawan. Sera-t-elle toujours comparée à un autre, à quelqu’un de meilleur qu’elle ?

Que répondre à cet enfant abandonné de tous à part « Je ne suis pas Qui-Gon » sur un ton plein de regrets et de frustration ?


Obi-Wan se demande souvent si elle a bien fait de promettre à son Maître de former Anakin. Elle fait de son mieux pour reproduire les enseignements qu’elle a reçu durant ses années d’apprentissage mais n’ayant jamais reçu aucune formation Jedi, Anakin est particulièrement difficile à la réception et elle n’a aucune expérience en matière d’apprentissage. Passer de Chevalier à Maître sans aucune période transitoire, au moins pour faire ses preuves et s’habituer à son titre, n’était certes pas une bonne idée mais elle a promis d’entraîner Anakin – et elle ne pouvait encore repousser l’échéance de son entraînement.

Pour honorer sa promesse envers Qui-Gon, ses ultimes mots qui ont été pour ce garçon et non pour elle-même, elle a promis de laisser de côté ses propres désirs pour satisfaire ceux d’un mort. Et malgré tout la considération qu’elle a pour son défunt maître, elle a dans de sombres moments, l’impression d’avoir été dupée, forcée de choisir quelque chose qu’elle n’a pas voulu et la colère, en ces moments-là, ressurgit, brève mais intense.

— Tu es mort ! Reste-le ! crie-t-elle dans le vide, persuadée d’avoir vu des sourcils désapprobateurs se froncer.

Elle tient bon face au silence et les fantômes qui la troublent disparaissent enfin dans les murs.


La première mission qu’elle effectue avec Anakin, trois ans après les évènements de Naboo et son adoubement, réveille les vieux démons de Bruck Chun et de Xanatos, des fantômes qu’elle croyait disparu depuis longtemps et dont les morts ne la hantent plus depuis bien longtemps.

Après toutes ces années, les souvenirs de son ancien camarade et de l’apprenti damné de Qui-Gon suffisent à raviver de vieux cauchemars, accompagnés de blessures depuis longtemps cicatrisées.

Sous son masque de sérénité, la Jedi serre les lèvres de frustration. Elle se croyait plus forte.

Mais elle a manifestement encore des choses à apprendre.


En brûlant Daiv de l’intérieur dans un accès de rage, Anakin est passé tellement près du Côté Obscur que son Maître en frissonne encore de terreur anticipée. La Force l’avait prévenue depuis longtemps sur le danger potentiel de son Padawan mais ce dernier ne lui avait donné jusque là aucune raison valable de le craindre. Aujourd’hui, elle sait qu’elle peut craindre Anakin – qu’elle le devrait, d’ailleurs.

Les yeux jaunes de ses rêves reviendront la hanter, elle en est consciente.

Et si… ?


Quand Obi-Wan retrouve Siri lors d’une mission deux ans plus tard, une vieille colère gronde dans son cœur.

C’est contre elle-même qu’elle dirige ce sentiment car elle ne s’est jamais réellement pardonné d’avoir douté de l’intégrité de son ancienne amante quand celle-ci a quitté l’Ordre Jedi pour démanteler sous couverture un vaste réseau de contrebande. Et elle n’est pas sûre non plus que Siri lui ait tout à fait pardonné son hésitation. Il y a désormais entre elles un froid qui n’existait pas avant, même lors de leur séparation. Elle s’en voudra toujours.

Cependant, son amertume nostalgique n’est rien comparée à la colère froide qu’elle ressent après la dissimulation d’Anakin, qui s’est engagé dans une mission dangereuse et pour lui et pour d’autres sans l’avoir consultée avant. Le Conseil est tout aussi furieux, envers Skywalker et certainement envers elle.

Ce n’est décidément pas simple d’être un Maître, pense-t-elle alors qu’elle sermonne son Padawan.

— Si tu fais ce genre de choses à chaque fois qu’on part en mission, on ne s’en sortira jamais !


La noble mort de Maître Yaddle pèse sur les épaules d’Anakin avec tellement d’oppression qu’Obi-Wan se sent complètement désemparée. Pour la première fois, dans un moment noir, elle souhaite pouvoir modifier le cours du temps et avoir rencontré la mort à Naboo pour que son Maître puisse entraîner correctement l’adolescent en face d’elle. Qui-Gon aurait pu gérer Anakin, répondre au besoin d’affection et de reconnaissance affamé que possède le jeune homme ; mais elle, comment peut-elle lui donner ce dont elle a manqué toute sa vie ?

Elle n’est pas la sœur d’Anakin, ni sa mère – juste son Maître Jedi, une femme qui a juré d’abandonner les attachements terrestres et elle doute de pouvoir lui donner un jour ce qu’il recherche. Lui donner de la reconnaissance, de l’affection déguisée mais pas l’amour plein et indémontable qu’il lui demande inconsciemment de montrer.

Elle l’aime, oui, avec la réserve et la timidité qui lui sont propres mais elle ne peut risquer qu’il s’attache trop à elle. Il en souffrirait trop.

Elle est consciente d’être elle-même déjà trop attachée à lui.


Les années passent et progressivement, elle sent Anakin se rapprocher affectivement d’elle et même s’ils se disputent tout le temps, le Chevalier peut désormais dire qu’elle ne regrette en rien sa décision d’entraîner le garçon. Il est brut, encore maladroit mais il apprend vite et voir l’étincelle admirative qui brille dans ses yeux bleus chaque fois qu’ils réussissent une mission la remplit d’une joie sereine. En même temps que son mental, elle voit également le corps de son apprenti changer, devenir celui d’un jeune homme pas encore tout à fait formé ; elle voit ses intérêts se transformer graduellement et elle capte même parfois les regards étranges qu’il lui lance, témoignant d’une curiosité mêlée d’un désir nouveaux.

C’est extrêmement embarrassant d’être l’objet des premiers émois adolescents d’un enfant qu’elle a bercé sur ses genoux quand il sortait de violents cauchemars, dans ses tout premiers jours d’apprentissage et elle se sent étrangement vieille, tout à coup.

Plus que jamais, Obi-Wan comprend Qui-Gon quand celui-ci a dû la repousser lorsqu’elle a fait montre de sentiments inappropriés envers lui. Même si elle prie pour ne jamais en arriver là avec Anakin – elle ne perçoit que du désir physique chez son apprenti, rien qui ne ressemble à ce qu’elle a éprouvé pour son ancien Maître et elle ne peut qu’espérer que ça lui passera vite.


Il arrive finalement que leurs chemins croisent celui d’une femme qu’elle désirait et redoutait à la fois de croiser : Padmé Amidala Naberrie.

— Tu transpires. Détends-toi, respire profondément.

Anakin la regarde avec effarement, comme si elle venait de dire quelque chose de particulièrement grossier. Obi-Wan lève un sourcil en retour, au fond guère intriguée au fond par le comportement de jeune chien surexcité de son Padawan. Elle est consciente des sentiments qu’éprouve le jeune homme de dix-neuf ans à ses côtés pour la Sénatrice de Naboo cependant, elle estime qu’il n’y a pas matière à s’inquiéter pour l’instant. Elle aussi, après tout, a eu ses amourettes de jeunesse, comme la plupart des Padawan de cet âge. Cela lui passera, comme pour tous les autres, et le Code fera une nouvelle lumière dans son esprit.

— Je ne l’ai pas revue en dix ans, se défend-il.

Obi-Wan soupire. Il n’y a pas moyen de raisonner son apprenti en ce moment. Elle le fera plus tard – quand il sera plus disposé à l’écouter.


Dix ans après Naboo, Obi-Wan recroise donc Padmé Amidala.

L’ancienne Reine, devenue Sénatrice désormais, a décidément embelli avec les années. L’aura de confiance honnête qui règne autour d’elle est si difficile à ignorer que le Maître Jedi n’a aucun mal à comprendre pourquoi elle est si appréciée du public. Elles ont tenu une correspondance qui s’est essoufflée avec le temps et se revoir, après tant d’années, leur donne à toutes deux l’impression d’avoir dix ans de moins. Ses yeux brun foncé se fendent d’une étincelle de joie alors qu’elle serre sa vieille amie dans ses bras.

— Quelle joie de vous revoir, ma Dame, souffle le Maître tandis que la cadette desserre son étreinte.

Les yeux joyeux de Padmé s’égarent sur le collier qu’elle porte – celui-là même offert en cadeau par l’ancienne Reine après le blocus de Naboo. Exceptionnellement, Obi-Wan porte le bijou qui n’a jamais quitté son écrin depuis dix ans pour célébrer leurs retrouvailles et le bonheur qu’elle lit sur le visage de sa jeune amie vaut bien cette entorse à ses habitudes.

— Cela faisait trop longtemps, Maître Kenobi, lui confie la Sénatrice.

Puis, elle se tourne vers Anakin – qui n’a cessé de les fixer avec intensité depuis leur entrée – et le sourire qu’elle lui lance est cent fois plus brillant encore.


Elle n’est pas quelqu’un de violent mais parfois, elle se demande si Anakin n’essaie pas de repousser un peu plus chaque jour les limites de sa patience – juste pour voir quand elle va exploser. Son comportement, en plus de la décrédibiliser devant la Sénatrice, est indigne d’un Apprenti et elle se fait un devoir de remettre son insolent Padawan à sa place, lequel lui répond par un regard noir et une excuse murmurée du bout des lèvres.

Le soir tombé, Obi-Wan se sent le besoin de faire la paix – elle ne le dira pas mais l’état d’Anakin la préoccupe, ses rêves persistants ont tendance à le priver de sommeil.

— Je rêve tout le temps d’elle. Je ne vois pas pourquoi.

Elle aimerait pouvoir le réconforter, faire en sorte que les choses changent pour le meilleur. Si elle le veut, elle peut demander au Conseil une vacance pour son Padawan, pour qu’il puisse retourner quelque temps sur Tatooine et s’assurer si sa mère va bien. Mais ils sont en temps de crise et le Chevalier n’est pas sûre que ces retrouvailles lui rendent service, à Anakin comme à elle-même – il rompt déjà le Code en se raccrochant comme un désespéré au souvenir de sa mère et si elle le laisse partir, elle n’est pas sûre de le voir revenir.

Elle ne veut pas prendre le risque de le perdre, alors que la galaxie a besoin de lui, d’eux.

— Les rêves s’effacent avec le temps.


Obi-Wan n’est pas sûre de la décision du Conseil : la simple pensée de laisser Anakin partir seul avec Padmé lui laisse un goût amer dans la gorge et un nœud dans l’estomac. Elle ne nie pas les capacités de Jedi d’Anakin mais la confiance surdéveloppée et l’arrogance qui sont nées en lui à cause de ces dons exceptionnels la mettent toujours mal à l’aise, comme si elle manquait à chaque fois quelque chose d’important.

Ses craintes ne s’apaisent pas devant les paroles de Maître Yoda ou de Mace Windu. Au contraire, le sentiment d’incertitude qui lui vrille l’estomac se précise et elle sent que peut-être, elle devrait insister pour accompagner son Padawan et confier la tâche de déjouer le complot contre la Sénatrice à d’autres Jedi.

Elle repousse l’idée à regret, persuadée que cela ne fera aucun bien à personne et qu’elle peut remplir sa mission assez vite pour que son apprenti et la Sénatrice puisse revenir en toute sécurité dans un court délai. La Jedi soupire, déterminée mais toutefois hésitante à laisser Anakin seul. Pourtant, il va falloir qu’il fasse ses preuves, un jour ou l’autre. Elle doit apprendre à le laisser partir.

Être un Maître n’est pas chose facile.


Obi-Wan se sent comme une mère inquiète dont le fils à peine adulte quitte la maison alors qu’Anakin se prépare à partir pour Naboo avec Padmé. Après quelques mots qu’elle veut réconfortants à la Sénatrice, elle donne ses dernières instructions à son Padawan, fait ses adieux avec la formule traditionnelle des Jedi et regarde le duo chargé de lourdes valises s’éloigner dans la gare, suivi de près par le fidèle R2-D2.

— Il n’y a plus qu’à espérer qu’il ne fera pas de bêtises, se dit-elle à mi-voix.

Le chef de la sécurité à ses côtés renifle, mi-figue mi-raisin.

— Elle est encore plus imprévisible que lui, je le crains.

Obi-Wan ne peut qu’approuver silencieusement son compagnon d’infortune, son appréhension augmentant au fur et à mesure que les silhouettes familières se fondent dans la foule. Quelque part dans cet immense univers, elle est persuadée de perdre quelque chose.

Force, veille bien sur eux, prie-t-elle.


Les indications de Dex l’ont menée vers une planète étrange du nom de Kamino qu’elle n’arrive pas à  trouver dans les Archives Jedi. Intriguée et confuse par ce vide qu’elle n’arrive pas à expliquer, elle va trouver conseil auprès de Maître Yoda, en train de donner un cours aux Initiés.

Les révélations sont aussi surprenantes qu’inquiétantes : quelqu’un a supprimé consciemment cette planète des cartes, épaississant le mystère qui entoure le système de Kamino et les attentats ratés contre la Sénatrice Amidala. Et pas n’importe qui. Seul un Jedi aurait pu agir de cette façon – pourquoi ? Le futur et les causes lui échappent.

Un traître parmi les Jedi. Elle n’arrive pas à y croire réellement, tellement l’idée lui paraît odieuse. Les yeux jaunes qui hantent ses rêves dansent dans ses yeux, insidieuse promesse d’un futur menaçant. Quelque part, elle espère trouver ces réponses sur Kamino mais elle craint de déterrer plus de questions encore que celles qui encombrent déjà son esprit.

— J’ai un mauvais pressentiment, murmure le Chevalier pour elle-même alors qu’elle se prépare à partir.


Les cloneurs de Kamino lui ont fait un accueil surprenant. Kenobi comprend mieux pourquoi son chemin l’a guidée jusqu’à cette immense fabrique au milieu des eaux tumultueuses de cette planète : aurait-il s’agi d’un Jedi moins habile à maîtriser ses émotions, la mission aurait été grandement compromise. Néanmoins, il lui faut puiser dans sa réserve de contrôle pour rester calme tant elle a le sentiment d’avoir été trahie. Quel Jedi digne de ce nom mettrait ainsi de côté les principes de non-violence qui régissent leur ordre au nom d’une politique privilégiant le combat à la diplomatie ? Elle pour qui les principes de la République et de la démocratie sont des valeurs aussi sûres que le Code Jedi lui-même se sent personnellement insultée par l’existence même de cette multitude de soldats qui s’étale devant elle.

Et quelque part, le frisson qui ne la quitte pas depuis qu’Anakin est parti se renforce.

Ici et maintenant, récite-t-elle en elle-même, reprenant le mantra familier de son Maître. Elle doit découvrir qui se cache derrière tout cela et derrière les tentatives d’assassinats contre Padmé. Chaque chose en temps voulu – la Force finira par faire la lumière sur ces ténèbres rampantes.

Du moins, elle l’espère.


— Traître, crache-t-elle alors qu’elle se trouve pieds et poings liés dans une cellule sombre de Geonosis à la figure de l’homme qui entre – un homme qu’elle avait autrefois appris à respecter, le Maître de son Maître. Le comte Dooku la regarde avec un calme placide qui lui hérisse les cheveux et se répand en excuses factices d’une voix mielleuse. S’ensuit une joute verbale faite de piques sarcastiques et de faux-semblants qui la ferait presque sourire si la situation n’était pas aussi délicate. Dooku finit par se lasser et la contemple pensivement pendant un long moment.

— Quel dommage que nos chemins ne soient pas croisés plus tôt, Obi-Wan. Qui-Gon ne tarissait pas d’éloges sur vous. Je comprends désormais pourquoi… De vous voir devenir une Jedi aussi accomplie aurait rempli son cœur de fierté.

Obi-Wan se tend, lèvres serrées. Si le souvenir de la mort de son Maître ne lui cause pas autant de chagrin que dans les premiers temps, elle ne peut retenir la douleur qui la traverse. Silencieusement, elle écoute le vieux Maître se recueillir sur son ancien Padawan, incapable d’intervenir sur un sujet aussi douloureux. Mais la dernière tirade du Comte sur l’aide que feu Qui-Gon lui aurait apportée la pique au vif et elle réplique, acérée :

— Qui-Gon Jinn ne vous aurait pas soutenu.

Obi-Wan ne manque pas le minuscule sourire qui vient déformer les lèvres de son geôlier ; elle se maudit intérieurement d’être tombée dans un piège aussi grossier. A nouveau silencieuse, elle écoute le Comte amener doucement la raison qui a motivé sa soi-disant visite de courtoisie et consciente de jouer le jeu du traître, elle se décide à le pousser plus loin, ignorant les yeux brillant de satisfaction qui la caressent presque lubriquement.

— La vérité ?

Elle devrait être prudente mais elle a besoin de réponses.

— Si je vous disais que la République est désormais sous le contrôle du Seigneur Sith ?

Son esprit se fige sous le choc de la révélation et les mots sortent de ses lèvres plus vite que sa pensée.

— Non. Ce n’est pas possible. Les Jedi l’auraient perçu.

Mais Dooku a obtenu ce qu’il voulait. Il a ébranlé sa conviction et même si elle refuse tout simplement son offre de ralliement, il part tout aussi tranquillement en la laissant méditer dans sa cellule sur cette horrible perspective.

Jamais un « et si » ne l’a hantée avec autant d’insistance.


Elle ne devrait pas être surprise de voir Anakin et Padmé surgir dans l’arène, enchaînés à un char qui les traîne lentement vers les immenses édifices similaires à celui auquel on l’a attachée, poignets liés au-dessus de la tête. Elle jette un regard contrit à son Padawan alors que ce dernier se fait traîner et restreindre de la même manière et n’hésite pas à lui lancer d’un ton quelque peu ironique :

— Je commençais à me demander si tu avais eu mon message.

— Je l’ai fait suivre, Maître, comme vous me l’avez demandé, se défend Anakin avant d’ajouter avec une voix un peu moins sûre et les yeux baissés : Ensuite, on a décidé de venir vous délivrer.

Guère impressionnée, elle lève les yeux sur ses mains toujours liées au-dessus de sa tête et répond sur le ton lourd de sarcasme que son Apprenti connaît par cœur :

— Oh, bravo.

Cet insupportable gamin n’écoutait-il donc jamais ?


La situation s’est complètement renversée à leur avantage avec l’arrivée des Clones. A bord du vaisseau qui les emmène loin de l’arène, Obi-Wan ne peut que constater la véracité des affirmations des cloneurs de Kamino : cette armée est plus que bienvenue pour les assister dans leur bataille. Cela ne dissipe pas complètement son malaise mais elle ne le laisse pas ce dernier obscurcir ses réflexes. Elle a aperçu le comte s’enfuir et elle ne peut pas permettre à ce dernier de s’échapper – cela serait désastreux pour la République.

Et puis, avec les restes d’un comportement puéril mais féroce, elle se jure qu’elle ne peut pas laisser Dooku croire qu’il a gagné.

Il sera temps de s’inquiéter pour le futur quand la bataille sera terminée – quelle qu’en soit l’issue.


Le Chevalier voit Padmé tomber et rouler sur le sable de Géonosis avec une inquiétude qui la trouble. Elle entend le cri angoissé d’Anakin, son injonction et comprend alors toute l’intensité de l’incertitude qui l’étreignait : quelque part dans cette mission sur Naboo, Anakin a réussi à tomber profondément amoureux de la Sénatrice, assez pour placer la sécurité de la Galaxie tout entière après celle de la jeune femme qui vient de tomber de leur véhicule.

Ses craintes prennent corps devant ses yeux alors qu’elle ordonne au speeder de poursuivre le comte – et le regard de haine que lui lance son apprenti lui fait plus de mal qu’elle ne veut l’admettre.

— Déposez-moi immédiatement ! intime-t-il, furieux.

— Je ne peux pas neutraliser Dooku toute seule, réplique le Maître, brandissant la raison comme bouclier contre la rage de son Padawan. J’ai besoin de toi ! Si on arrive à le capturer, on peut mettre fin à cette guerre ! On nous a confié une mission, Anakin !

— Ca m’est égal, déposez-moi !

Choquée par son insistance indifférente, elle rétorque avec colère, toute retenue oubliée.

— Si tu n’obéis pas, je te ferais exclure de l’Ordre !

— Je ne l’abandonnerais jamais !

— Réfléchis une seconde, Anakin ! – Son ton ressemblait plus à une supplique, désormais, comme si elle se retrouvait à court de moyens – Que ferait Padmé si elle était dans cette situation ?

Elle le tient – la colère sur le visage d’Anakin glisse dans une résignation silencieuse alors qu’il répond sur le bout des lèvres mais Obi-Wan se rend compte à quel point son apprenti à été près d’abandonner tout ce en quoi il croit – à été près de l’abandonner elle – pour sauver Padmé.

Cette pensée seule lui arrache un frisson.


Aussi confiante qu’elle soit en les capacités d’Anakin, Obi-Wan jure intérieurement contre lui quand elle le voit s’élancer vers le Comte Dooku, non-préparé à combattre contre un Maître de cette envergure, et alors qu’il est vite expédié dans un recoin de la salle, elle entre en scène. Elle tente de rattraper du mieux qu’elle peut l’erreur de son Padawan mais elle est déjà fatiguée de sa captivité prolongée ainsi que de ses précédents combats et Dooku est un Maître bien plus accompli dans la Force qu’elle. Malgré ses mouvements impeccables, il ne lui faut pas bien longtemps pour la tenir à sa merci : prostrée sur le sol, blessée à l’épaule et au genou, épuisée, elle se résout à devoir compter uniquement sur Anakin.

Elle aurait de bonnes raisons de ne pas accorder sa confiance au garçon qui était prêt à la laisser tomber, à laisser tomber la galaxie entière, quelques minutes plus tôt… pourtant, quand elle le regarde combattre aussi bien voire mieux qu’elle contre le Comte, tout ce qu’elle ressent est la satisfaction fière d’avoir accompli une grande chose.

Malgré son sang qui s’écoule, sa tête bourdonnante et ses paupières lourdes, elle garde foi en son Padawan.

Elle sait qu’il ne la trahira pas.


Yoda les a sauvés des griffes de Dooku mais ses yeux sont si pleins de regrets et de déception qu’elle est presque contente de voir le Grand Maître s’en aller, plus vieux et recourbé que jamais sur sa canne. Se relevant péniblement, le Maître jette un coup d’œil au bras sectionné d’Anakin et baisse sa tête : un tel gâchis aurait pu être évité, si son Padawan l’avait écoutée. Ou peut-être aurait-elle dû essayer de se relever et de combattre à nouveau, comme le Jedi qu’elle est. Elle a presque honte d’elle-même : comment reprocher à Anakin son comportement alors qu’elle-même n’est pas un modèle ?

Obi-Wan observe Padmé enlacer son Padawan avec force, lui murmurer des paroles de réconfort et les yeux éperdus d’admiration qu’Anakin pose sur la Sénatrice la mettent tout aussi mal à l’aise que leur dispute dans le transport aérien. Son apprenti est très profondément attaché à Amidala et à en juger par le langage corporel de la jeune femme, cette dernière n’est pas non plus en reste.

Le Chevalier s’en sent presque gênée de regarder ainsi leurs retrouvailles, comme si elle était le témoin gênant d’une réunion d’amants secrets. Tant bien que mal, elle se glisse hors de la salle, en quête d’une assistance médicale pour soigner ses blessures, ignorant les regards infiniment triste de Yoda et rempli de culpabilité d’Anakin qui pèsent sur son dos.

Sa fierté bafouée lui fait presque pitié.


La nuit suivant leur retour sur Coruscant voit Anakin et Padmé partir pour Naboo, histoire de ramener la Sénatrice en sécurité chez elle. Obi-Wan a à peine le temps de faire ses adieux à sa vieille amie tant les deux jeunes gens semblent pressés d’être à nouveau seuls – quelque part, elle se sent blessée. Plus tard, alors qu’elle médite sur les sentiments qui se bousculent en elle, la Force s’enroule soudain autour d’elle et une suite d’images danse dans son esprit.

Elle se contemple comme dans un miroir ; ses cheveux arrangés dans une coiffure d’apparence simple lui tombent gracieusement sur les épaules et un sourire orne son visage. Ses habituelles robes de Jedi beiges ont été remplacées par une simple tunique d’un blanc immaculé, accompagnée d’un voile. C’est une tenue de mariage et la femme onirique rayonne presque tant la Force danse autour d’elle.

Un homme se tient devant elle : grand, vêtu de noir, les cheveux blonds sont toutefois plus longs que dans son souvenir et la tresse d’apprenti a disparu. Il porte un gant à la main droite et une cicatrice à côté de l’œil. Il est plus âgé, plus souriant et plus beau que dans chaque recoin de sa mémoire.

Lentement, l’Anakin de sa vision se penche vers la jeune femme, l’enlace et le couple s’embrasse avec tendresse devant ses yeux effarés avec une passion retenue et un amour évident.

— Je t’aime, murmure le cadet à cette femme qui ne lui ressemble pas, cette Obi-Wan qui lui ressemble quand même un peu trop.

Qu’est-ce que tout cela signifie ? Elle et Anakin, ensemble, de façon là ? Cela lui apparaît une ridicule mascarade mais quelque chose dans ce tableau idyllique la retient, un sentiment mélancolique et déçu, comme si quelque part, elle enviait la femme souriante et presque grotesque qui sourit comme une sotte enamourée à cet Anakin qu’elle ne reconnaît pas.

Est-ce là une volonté de la Force qu’elle n’a pas pu suivre, un devoir auquel elle a failli ? Ou est-ce simplement un désir dont elle n’a que vague conscience et qui refait surface à la lumière des évènements précédents ? Elle ignore et probablement l’ignorera-t-elle toute sa vie.

Quand elle rouvre les yeux, la Force se tait et la vision s’efface progressivement de ses rétines choquées. Elle l’oubliera bien vite – ou s’efforcera de ne pas la retenir. Cela n’arrivera pas. Cela n’arrivera jamais. Ils ont renoncé à ce futur en devenant des Jedi et elle en est heureuse. Obi-Wan soupire profondément et relâche ses émotions dans la Force, cherchant une paix qu’elle peine à trouver.

C’est tout ce qui lui reste : un nœud dans l’estomac et un étrange goût de musc sur les lèvres.


— Victoire, tu dis ? répète Yoda, acerbe.

La situation a changé et aucun d’eux ne mesure encore à quel point. La guerre est clairement engagée avec les Séparatistes – de son côté, Obi-Wan a affronté Dooku, verbalement et physiquement et même si Maître Yoda lui a intimé de ne pas croire en ses paroles empoisonnées, elle est ressortie ébranlée de ces affrontements. Le Sith aura laissé son empreinte et sur ses convictions et sur son corps ; elle ne peut s’empêcher d’être écœurée rien qu’à cette idée. Son Grand Maître, passé du Côté Obscur, du côté des Sith… Obi-Wan ferme les yeux, amère au souvenir de leur défaite. Ce sont les Clones qui ont vaincu, cette armée dont elle abhorre l’existence, cette armée dont la République ne devrait pas avoir besoin – les Jedi sont toujours là mais les Jedi ont failli…

Elle ne se pardonne pas cet échec. Si seulement elle avait pu aider Anakin dans son combat contre Dooku au lieu de rester prostrée sur ses blessures… si seulement elle n’avait pas échoué, une fois encore, à suivre les enseignements de son Maître et à guider son Padawan…

— Pas de victoire, non. De commencer vient tout juste la Guerre des Clones.

Et très égoïstement, Obi-Wan Kenobi ne peut s’empêcher de penser que, quelque part, cette guerre qui est sur le point d’engloutir une galaxie tout entière est en partie de sa faute.


Dans son rêve, le feu a disparu et l’eau brille sous un doux soleil.

Anakin est de nouveau là, exacte réplique du Padawan qu’il est actuellement : les cheveux courts, la longue tresse et muni d’une prothèse bionique pour pallier à son bras perdu. Devant lui se tient une femme en robe blanche et au long voile, au visage rond et aux yeux pétillants. Elle reconnaît sans peine Padmé Amidala, la Sénatrice de Naboo, la femme dont Anakin est désespérément amoureux et ce, depuis toujours. Ils déclarent leurs vœux à voix basse et Anakin se penche doucement pour embrasser sa nouvelle épouse. La scène se brouille dans un tourbillon coloré et elle entend au loin des tirs, des cris et le bruit caractéristique de lames de sabre-laser qui s’entrechoquent.

Le tourbillon devient tempête et l’écarlate a remplacé le bleu. Partout où elle pose les yeux, ce n’est que cendres, mort, désolation et des yeux jaunes qui la fixent avec une malveillance si intense qu’elle ne peut s’empêcher de trembler.

— Je te HAIS ! JE TE HAIS! hurle un homme et son cœur menace d’exploser parce qu’elle est certaine de savoir à qui appartient cette voix – mais elle ne veut pas savoir…

— Non ! Non ! (C’est à peine un murmure qui franchit ses lèvres desséchées.) Par la Force, que ça s’arrête !

Comme si sa prière avait été entendue, les cris se taisent, la tempête se calme et au loin, il lui semble entendre les pleurs d’un enfant.

Obi-Wan se réveille en nage, les mains tremblantes. Elle a à peine le temps de courir jusqu’à la salle d’eau pour y rendre tout ce qu’elle a pu avaler ce soir. Dès que la crise est passée, le Chevalier s’assied sur le sol froid, trop horrifiée pour même penser à dormir de nouveau. Que s’était-il passé ? Elle tente de méditer, en vain – les minutes s’égrainent avec lenteur jusqu’à ce que le soleil perce sur Coruscant.

Elle tente de se souvenir des images : Anakin et Padmé, les yeux de Sith, les mots de haine et le cri d’un enfant… La vision se trouble déjà, la laissant uniquement avec une angoisse qu’elle ne se connaissait pas sous le cœur.

Qu’allait-il se passer, maintenant ? Elle l’ignore.

Et quand elle l’interroge, la Force reste silencieuse.