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Je ne te perdrai plus jamais.

Chapter Text

Elle savait très bien qu’elle aurait dû partir.

 

Et retourner à Valantis pour y mourir, c’était là qu’était sa place.

 

Sauf que, aussi improbable que cela puisse sembler, elle était restée, pour se battre.

 

Cela n’avait aucun sens.

 

Pourtant, elle était toujours là, et elle en était elle-même étonnée.

 

Autrefois, elle se serait probablement dit que le Maître de la Lumière la voulait ici, mais désormais, elle n’arrivait plus à y croire.

 

Elle n’était pas une guerrière ou une combattante, mais une simple servante du Maître de la Lumière (enfin ça, c’était avant, quand elle croyait encore en sa mission, quand elle croyait encore à ce qu’elle voyait dans les flammes), et surtout, elle avait failli.

 

Davos, Jon Snow, et même tout ceux qui l’avaient remise en cause à un moment ou à un autre...

 

Hé bien...

 

Ils avaient eu raison.

 

Tout ces gens qu’ils avaient brûlé au nom de ce dieu qu’elle servait, tout ces gens tués, toutes ces guerres, toutes ces vies détruites et gâchées inutilement, tout ça parce que chacun, isolé dans son coin était persuadé qu’il était plus légitime que les autres, ou parce qu’il voulait venger sa famille décimée, ou parce qu’il voulait le pouvoir, sans oublier cette pauvre Shireen qui avait brûlé elle aussi, et en repensant aux regards implacables, glacés et empli de désapprobation de Davos et de Jon, Mélisandre elle aussi se sentait brûler.

 

Oui, brûler la jeune fille leur avait permis d’avancer, de survivre, de combattre, mais désormais, en voyant l’armée des Marcheurs Blancs se rapprocher de plus en plus d’eux, la prêtresse savait que tout cela avait été fait en vain.

 

Elle allait mourir.

 

Ils allaient tous mourir, et être changés en morts-vivants, et il n’y avait rien qu’elle puisse faire contre ça.

 

Enfin, peut-être pas.

 

Peut-être restait-il encore quelque chose à faire pour sauver le monde.

 

Peut-être qu’il n’était pas encore trop tard, et qu’elle pouvait faire quelque chose pour changer la donne.

 

Peut-être y avait-il encore un espoir.

 

Et celui-ci résidait en une seule chose.

 

Un sortilège puissant, si puissant, si fort qu’elle-même n’avait jamais osé le lancer.

 

Et pour cause, ce sortilège ôtait la vie à celui qui le lançait, difficile de le lancer plusieurs fois de suite dans ces conditions...

 

(Avec la magie, il y a toujours un prix à payer, apparemment.

 

Enfin, c’est ce qu’un lutin lui avait dit, un jour.)

 

Tout ce qui concernait les voyages dans le temps était... compliqué.

 

Compliqué à lancer, compliqué à manier, compliqué à contrôler.

 

Surtout si celui qui lançait le sortilège n’était plus là pour le faire.

 

Et pourtant, quant bien même elle était terriblement hésitante à l’idée de le faire, le fait est...

 

Que c’était leur dernière chance, leur dernier espoir.

 

L’idée qu’elle allait bientôt mourir traversa brièvement l’esprit de Mélisandre, et elle se mit à sourire.

 

Parce qu’elle le méritait bien, après tout ce qu’elle avait fait.

 

En fin de compte, c’était bien Davos qui avait eu raison depuis le début.

 

C’était elle le monstre de l’histoire.

 

Elle repensa une nouvelle fois à Shireen, brûlée par sa faute, elle repensa à toutes les promesses qu’elle avait faites à Stannis et qui n’avaient jamais été tenues, elle repensa aux erreurs qu’elle avait faites, et elle se dit que la mort n’était qu’un faible prix à payer face à tout cela.

 

Ramener les morts à la vie était en lui-même suffisamment compliqué comme ça, qu’elle ait pu ramener Jon Snow à la vie était en soi un miracle, faire en sorte que quelqu'un remonte le temps allait être au moins aussi difficile.

 

Mais en ramener plusieurs...

 

Ce serait encore pire.

 

Parce que oui, Mélisandre en avait parfaitement conscience, ramener seulement une seule personne dans le passé ne suffirait pas le moins du monde pour réussir à sauver le monde entier.

 

Mais d’un autre côté, elle ne pouvait pas ramener tout le monde non plus.

 

(Quoi que, ça l’aurait bien arrangée, mais bon, on peut pas toujours faire ce qu’on veut dans la vie.)

 

Elle pouvait ramener cinq personnes au plus, et dans d’autres circonstances, peut-être aurait-elle pu prendre plus de temps pour réfléchir à qui elle voulait ramener, mais le fait est qu’elle n’avait plus le temps.

 

Les Marcheurs Blancs arrivaient.

 

L’Hiver vient, avait coutume de dire Ned Stark.

 

Il n’avait jamais eu autant raison.

 

Alors qu’elle commençait à réciter l’incantation, voyant les Marcheurs Blancs franchir le mur, une liste de nom commença à affluer dans son esprit, des noms de gens qu’elle n’avait jamais rencontrés pour certains, ou qu’elle connaissait à peine, mais qu’elle avait pu voir dans ses visions, parfois, alors qu’elle regardait dans les flammes.

 

Et peut-être, oui, peut-être qu’en ramenant ces personnes-là dans le passé, leur monde ne disparaîtrait pas dans les flammes.

 

Cette liste n’avait absolument aucun sens, elle était incohérente, illogique, et peut-être était-elle en train de commettre une terrible erreur, mais le fait est qu’elle ne contrôlait en aucun cas sa magie, en fait, elle savait à peine ce qu’elle faisait.

 

Elle espérait de tout cœur qu’ils allaient réussir.

 

Tout au moins, même si ce n’était pas le cas, ils auraient absolument tout fait pour se sauver de l’enfer et de l’horreur.

 

Son esprit finit alors par se focaliser sur cinq noms en particulier.

 

Théon Greyjoy.

 

Yara Greyjoy.

 

Bran Stark.

 

Tyrion Lannister.

 

Brienne de Tarth.

 

Un nouveau sourire apparut sur son visage, alors qu’elle voyait encore devant elle l’inexorable avancée des Marcheurs Blancs, ainsi que leur mort imminente et quasi-certaine qui se profilait devant eux tous.

 

Et un timide et fol espoir prit place dans son cœur, celui que peut-être, tout n’était pas encore perdu.

 

Avant de s’éteindre définitivement, elle réussit à prendre le temps de leur laisser un message, à ces cinq personnes qui détenaient – sans le savoir encore – entre leurs mains le destin des sept couronnes (rien que ça...).

 

Je vais vous renvoyer dans le passé, fit-elle, s’adressant simultanément à leur cinq esprits, les connectant chacun les uns aux autres, vous n’avez pas à avoir peur, vous allez rentrer chez vous, et vous allez être sains et sauf.

 

Pour l’instant, en tout cas.

 

À une époque où l’horreur n’aura pas encore commencé.

 

Vous avez droit à une seconde chance, tous autant que vous êtes.

 

Je ne vous demande qu’une seule chose.

 

De tout faire pour stopper l’avancée des Marcheurs Blancs, et d’empêcher Westeros de sombrer dans les ténèbres, dans la mort, dans la guerre, si vous le pouvez.

 

Je vous en pris.

 

Faîtes tout ce que vous pourrez pour nous sauver.

 

Sans vous, nous sommes perdus.

 

Bonne chance.

 

Et surtout, soyez prudents.

 

Qu’avaient-ils donc là ?

 

Un guerrier déchu et brisée, une commandante d’une flotte marine emprisonnée, un jeune garçon orphelin qui voyait le passé et le futur, un nain qui était un paria dans sa propre famille, et une femme qui n’était ni une Lady, ni un chevalier.

 

Quelle fine équipe !

 

Et, alors qu’elle sentait son corps peu à peu se transformer en poussière, elle se permit de sourire une dernière fois, en se disant que, même si elle devait mourir aujourd’hui et disparaître pour toujours, au moins, les Marcheurs Blancs ne l’auraient pas, ni vivante, ni même morte.

 

§§§§

 

Quand Théon entendit une voix parler dans sa tête, il se battait contre un Marcheur Blanc, et il crut qu’il était en train de devenir fou.

 

Yara était enfermée dans un cachot, à la merci de son oncle, et pensa qu’on lui jouait un sale tour.

 

Tyrion observait la bataille de loin, et se surprit à vouloir croire que c’était réel, et pas un mensonge.

 

Brienne, elle, en plein combat également, se contenta de l’ignorer avec superbe.

 

Bran, lui, savait déjà que la voix avait raison, et il sentit un espoir à la fois terriblement terrifiant et réconfortant l’envahir.

 

Peut-être pouvaient-ils encore changer les choses.

 

A suivre...

Chapter Text

Winterfell.

 

Quelques semaines avant la mort de Jon Arryn.

 

La première pensée qui surgit dans l’esprit de Théon Greyjoy quand il reprit conscience, dans la cour du château de Winterfell, fut qu’il ne ressentait absolument aucune douleur, et que c’était extrêmement inhabituel.

 

La deuxième lui fit se demander où diable avaient bien pu passer les Marcheurs Blancs.

 

Quant à la troisième, c’était tout simplement : qu’est-ce que je fais avec un arc dans les mains ?

 

Les flèches n’étaient pas très utiles pour lutter contre les Marcheurs Blancs, puisqu’il n’existait pas de flèches fabriquées en verredragon ou en acier valyrien, et puis, avec les bouts de doigts qui lui manquaient, il n’était plus aussi performant qu’avant dans le maniement de cette arme.

 

Cela n’avait donc absolument aucun sens qu’il ait entre ses mains un arc, et des flèches...

 

A moins que...

 

Regardant autour de lui, il comprit enfin où il se trouvait.

 

Non pas proche du Mur qui avait chuté peu de temps auparavant, ni même en train de combattre contre les Marcheurs Blancs, non.

 

Il était à Winterfell.

 

Le Winterfell d’avant, celui d’avant sa trahison, resplendissant comme autrefois, comme si rien ne s’y était passé de mal, il était de nouveau celui qu’il était avant d’être brûlé, avant que les Bolton n’en prennent possession et ne mettent leur bannière partout aux alentours.

 

Comment ?

 

Comment pouvait-il être là ?

 

Était-il mort ?

 

Ça en avait tout l’air, en tout cas.

 

Laissant son regard tomber sur ses mains, ses yeux s’écarquillèrent alors de surprise, et ce fut presque comme si ses yeux voyaient ses doigts pour la première fois. Et pour cause, ceux-ci étaient de nouveau intacts, en fait il semblait à première vue que tout était redevenu comme avant en lui.

 

Il était mort alors, de toute évidence.

 

En un sens, cela valait mieux (et apparemment, son corps avait été brûlé après sa mort. Tant mieux, ça lui aurait déplu de devoir revenir à la vie en tant que Marcheur Blanc), c’était tout ce qu’il méritait, après tout.

 

Après tout ce qu’il avait fait à Robb, après sa trahison envers les Stark, après leur avoir tourné le dos, à tous, après les avoir abandonnés, eux qui étaient sa seule famille, avec Yara, bien sûr.

 

(Il se demanda où elle pouvait bien être désormais, si elle était toujours en vie ou non, et il lui demanda pardon d’avoir été aussi lâche, il lui demanda de lui pardonner de ne pas avoir pu la sauver des griffes de leur oncle.

 

Quel pitoyable frère il faisait.)

 

Son cœur se serra, tandis que la culpabilité l’envahissait à nouveau, plus forte que jamais.

 

Oh oui, il méritait bien son sort, se dit-il, toujours autant persuadé qu’il ne pouvait qu’être que mort (il se rappela brièvement des paroles qu’il avait entendues avant de finalement disparaître, avant de secouer la tête. Non, cela ne pouvait pas être possible.), mais la raison pour laquelle les dieux avaient choisi de l’envoyer à Winterfell plutôt qu’ailleurs après sa mort lui échappait encore.

 

Pour le torturer encore plus et le faire payer pour ses crimes ?

 

Ou bien au contraire, était-ce en signe de miséricorde ?

 

Malgré la douleur qu’il ressentait en se souvenant de ce qu’il avait commis d’affreux dans sa vie passée, il se permit néanmoins d’avoir une pensée qui lui réchauffa le cœur.

 

Je suis rentré à la maison.

 

§§§§

 

Toujours perdu dans ses pensées, Théon ne fit pas attention au fait que cela devait sûrement faire au moins cinq minutes qu’il était planté là où il était avec son arc sans rien faire, ce qui n’était en aucun cas un comportement normal.

 

Mais à vrai dire, il s’en fichait.

 

Perdu entre la peur, la culpabilité et l’émerveillement d’être revenu chez lui, figé par la stupeur, l’arc encore entre les mains, alors qu’il aurait dû, selon toute vraisemblance, partir s’entraîner avec les fils Stark (et Arya, qui était l’exception de la famille, puisqu’elle ne faisait en aucun cas ce à quoi on l’avait destinée), il n’entendit pas deux personnes non loin de lui parler ensemble et rire également.

 

Enfin, jusqu’à ce qu’une voix forte ne finisse par s’exclamer :

 

« Hé bien, Théon, tu rêves ? »

 

Le Fer-né tourna la tête, et blêmit instantanément, comme s’il venait de voir un fantôme, ce qui, de son point de vue, était entièrement le cas.

 

Parce que devant lui se trouvait Robb Stark.

 

En vie.

 

Lui souriant, semblant amusé.

 

Et c’est à cet instant précis, le voyant si joyeux et jovial à son égard (et en voyant que Jon était à côté de lui, alors que celui-ci était censé être encore vivant, enfin, aux dernières nouvelles du moins) que Théon comprit véritablement qu’il ne pouvait pas être mort.

 

Parce que, si cela avait été le cas, Robb ne l’aurait pas regardé ainsi, et il ne lui aurait pas parlé de cette manière.

 

Même en admettant qu’il lui ait pardonné après sa mort, il y aurait eu dans son regard tout au moins un reste de rancœur, de haine, de colère, chose bien compréhensible pour Théon.

 

Sauf qu’il n’en était rien.

 

Robb lui souriait, aussi improbable que cela puisse sembler, et Théon sentit son cœur battre fort dans sa poitrine en comprenant peu à peu qu’il avait eu tort.

 

Il était encore en vie, et à Winterfell, et Robb était là, vivant, et Théon ne s’était pas senti aussi heureux depuis bien des années.

 

Et soudain, les paroles de Mélisandre (la prêtresse du Maître de la Lumière, qu’on appelait la femme rouge, s’il se souvenait bien de ce que Jon lui avait dit, quand ils en avaient parlé, avant le début de la bataille contre les Marcheurs Blancs) lui revinrent en mémoire, en partie du moins.

 

Je vais vous renvoyer dans le passé.

 

Vous n’avez pas à avoir peur.

 

Vous allez rentrer chez vous, et vous allez être sains et sauf.

 

Il se figea de plus belle sur place, interdit et stupéfait, ne se rendant pas compte que son silence commençait à inquiéter Robb, qui posait à cet instant même un regard soucieux sur lui.

 

Les pièces du puzzle s’assemblèrent alors rapidement dans sa tête, et il comprit.

 

Il avait remonté le temps !

 

Et apparemment il n’était pas le seul, d’après ce qu’il avait entendu avant de revenir ici, il pensa brièvement à Bran, à Tyrion Lannister, à Brienne de Tarth (celle qui avait ramené Sansa en lieu sûr, s’il se souvenait bien), et un profond soulagement s’empara de lui, alors qu’il réalisait que Yara elle aussi était revenue.

 

Elle était sur les îles de Fer, et elle allait bien.

 

Et elle se souvenait de lui, ce qui signifiait qu’il n’était pas seul.

 

Laissant échapper un soupir de soulagement, il réalisa alors qu’il avait sans même s’en rendre compte retenu sa respiration, tellement il était envahi par la peur et l’incompréhension.

 

Mais maintenant, il commençait à réaliser qu’il avait la possibilité de changer les choses.

 

« Théon... Est-ce que tout va bien ? Finit par lui demander Robb avec une véritable inquiétude dans la voix. »

 

Reprenant finalement ses esprits, Théon cligna des yeux à plusieurs reprises, avant d’essayer de sourire sans grand succès, puisque ce sourire ressemblait plus à une grimace qu’autre chose.

 

Cela bien longtemps qu’il n’avait pas eu une occasion de sourire avec sincérité, pour dire la vérité, cela faisait également très longtemps qu’il ne savait plus feindre aisément un sourire naturel.

 

Tu es vivant.

 

Et tu vas bien, je ne t’ai pas encore trahi, et je ne le ferai jamais, je te le jure, je ne suis pas encore devenu un monstre, et Robb, je suis tellement désolé pour ce que je t’ai fait, même si je ne l’ai pas encore fait, je t’en pris, pardonne-moi.

 

Bien sûr que je vais bien, parce que tu vas bien.

 

Mais d’un autre côté...

 

Non Robb, je ne vais pas bien, je t’ai trahi, je t’ai vendu, j’ai détruit ta maison, ton foyer, mon foyer, j’ai laissé tombé ma vraie famille, je ne suis plus rien, Ramsay Bolton m’a détruit, brisé, m’a violé, m’a mutilé, a tué le Théon Greyjoy que j’étais autrefois, sauve-moi, je t’en supplie.

 

Il força une nouvelle fois ses lèvres à se tordre en un autre sourire, et cette fois-ci, d’une manière qui était, par chance, un peu plus convaincante.

 

« Oui Robb, bien sûr (et prononcer son nom faisait beaucoup moins mal qu’avant, réalisa-t-il alors), je vais bien, pourquoi ?

 

- Hé bien, tu ne répondais pas, et... Et on s’inquiétait pour toi. »

 

Tu devrais plutôt dire « je » dans ce cas-là, parce que je doute que le bâtard en ait quoi que ce soit à foutre de moi, et d’ailleurs, le sentiment est réciproque, pensa-t-il, faillit-il dire, retrouvant pendant quelques secondes ses anciens réflexes d’autrefois, avant de se mordre la langue jusqu’au sang afin de s’empêcher de prononcer quelque chose d’à la fois aussi méchant et stupide.

 

Espèce de crétin. Non mais pour qui tu te prends ? Pensa-t-il, écœuré en se retrouvant face à son ancien comportement déplorable.

 

Pas étonnant que Jon ne l’ai jamais apprécié, avec une attitude pareille...

 

Il força un autre sourire, qui était moins douloureux et moins faux cette fois-ci.

 

Et Théon réalisa alors très rapidement qu’il ne pouvait juste pas en parler, ou évoquer ce qu’il avait vécu/allait vivre s’il ne faisait rien, sinon on le prendrait pour un fou, et surtout, il ne devait pas y penser.

 

Pas maintenant.

 

Pas tout de suite.

 

Sinon il allait s’effondrer.

 

Il se sentait terriblement fatigué.

 

Pas physiquement, non, puisque son corps de jeune homme d’à peine vingt ans était parfaitement reposé et éveillé, c’était plutôt une fatigue morale, et une fatigue résiduelle, qui venait de celle qu’il éprouvait encore dans son corps quand il se trouvait... hé bien, dans le futur, tout simplement.

 

Il avait besoin de se reposer, tout de suite.

 

Voyant Ser Rodrick Cassel passer près d’eux trois, les saluant rapidement avec respect, Théon ne put s’empêcher, non seulement de se sentir encore plus mal, mais également de sentir un terrible poids le quitter, alors qu’il voyait le maître d’arme en vie, et en bonne santé.

 

Il savait qu’il n’oublierait jamais la vision d’horreur de la tête détachée de son corps du chevalier, pas plus qu’il n’oublierait non plus les hurlements de désespoir et les suppliques de Bran et de Rickon.

 

Oh, dieux, est-ce que Bran accepterait un jour de le pardonner ?

 

Au moins, se consola-t-il, cette vision allait être remplacée par celle, beaucoup plus réjouissante, du chevalier bien vivant et bien portant, même si Théon sentait encore la poigne de la culpabilité qui l’enserrait entre ses griffes.

 

Méritait-il réellement une secondes chance ?

 

Il en doutait.

 

Le jeune homme regarda de nouveau son ami, et sourit une troisième fois, et il lui offrit cette fois-ci un réel sourire, avant de déclarer :

 

« Je vais bien Robb, vraiment.

 

Il avait envie de le serrer dans ses bras, pour s’assurer qu’il était bien réel, bien vivant (ne pas penser au sourire de Ramsay quand celui-ci lui avait annoncé la mort du roi du Nord, ne pas penser à la tête de Robb détachée elle aussi de son corps, ne pas penser à la tête du loup Vent Gris accrochée au corps mort de son ami, non, il ne fallait pas qu’il y pense), mais il se retint.

 

- Je suis juste, un peu malade, c’est tout. Je pense que... je ne me sens pas très bien, et je vais... aller me recoucher. »

 

Effectivement, remarqua Robb très rapidement, tout comme Jon le fit également, Théon était pâle comme la mort, et semblait être plongé dans un état quasi-catatonique. Le noble se sentit incroyablement rassuré quand il comprit que ce n’était que cela.

 

S’il se reposait assez longtemps, une journée ou deux, il irait mieux, évidemment.

 

« Veux-tu que je fasse chercher Mestre Luwin ?

 

Il en avait quelque chose à faire de lui, comprit Théon, un peu comme si il le réalisait pour la première fois, il tenait à lui.

 

Oh, par le Dieu Noyé, par les Dieux anciens et les nouveaux, et par les sept enfers, comment avait-il pu être aussi bête pour oser trahir Robb ?

 

- Ça ira Robb, merci. »

 

Se dirigeant vers sa chambre, Théon se fit la réflexion qu’il allait devoir faire des excuses à Jon, pour se faire pardonner de tout ce qu’il avait pu lui faire/dire ces dernières années.

 

S’effondrant sur son lit, épuisé, il se mit à pleurer de soulagement.

 

Il n’avait pas encore tout perdu.

 

§§§§

 

Bran se trouvait encore dans son lit quand il se réveilla à Winterfell.

 

Il était environ dix heures du matin, heure à laquelle Théon lui aussi était revenu à Winterfell, et le jeune garçon comprit immédiatement ce qu’il s’était passé, et la première chose qu’il remarqua fut que, contrairement à son habitude, il n’était toujours pas levé malgré l’heure relativement tardive.

 

Pendant une brève et terrifiante minute, il crut que la raison en était qu’il n’était pas remonté assez loin dans le passé, et que donc, il était déjà tombé, et qu’il ne pouvait de ce fait plus du tout bouger.

 

Ne plus marcher.

 

Mais cette inquiétude fut rapidement contrebalancée par autre chose quelques secondes plus tard, quand il finit par constater que ses jambes bougeaient à nouveau, et que donc il n’était pas encore tombé, en fait, dans cette version-là de l’histoire, ses jambes n’avaient en réalité jamais été blessées.

 

Il réalisa alors avec émerveillement qu’il pourrait marcher, pour de vrai, de nouveau et pas seulement dans ses visions.

 

Bran se mit à sourire.

 

Il penserait au monde qu’il avait à sauver plus tard.

 

Pour l’instant, il savourait juste le fait qu’il pouvait redevenir un petit garçon normal pendant quelques heures, et n’être rien de plus que cela.

 

Il n’était plus la corneille à trois yeux, puisque celui qu’il avait remplacé était encore vivant dans ce temps-là, même si cela ne l’empêchait pas de se souvenir de ce qu’il avait vu.

 

Il y penserait plus tard.

 

Il avait droit à un peu de temps pour lui-même, non ?

 

Le jeune garçon finit par sursauter, en sentant la porte s’ouvrir en grand, et ses yeux s’ouvrirent grands eux aussi, alors qu’il voyait devant lui Vieille Nan, souriante, mais surtout vivante.

 

Il se fit rapidement la réflexion que, si c’était sa mère qui était entrée, il aurait sûrement fondu en larmes, écrasé par le soulagement.

 

Malgré tout, il lui fallut tout son self-control pour ne pas se mettre à pleurer en voyant que la vieille femme allait bien (comme Hodor d’ailleurs. Et tout les autres, ceux qu’il avait perdu, et qu’il se refusait de perdre une nouvelle fois), et il se sentit soudainement terriblement léger.

 

« Bonjour petit seigneur. »

 

Petit seigneur.

 

C’était comme cela qu’Osha l’appelait, autrefois, avant de se faire trancher la gorge par Ramsay Bolton.

 

(Ça aussi il l’avait vu.

 

Ça aussi il s’en souvenait.

 

Et il se dit cyniquement qu’il risquait lui aussi d’avoir à commencer une liste comme celle d’Arya, et que ce type risquait d’y figurer en première page, comme Joffrey Baratheon et Walder Frey.

 

Ceux qui s’en étaient pris ou s’en prendraient à sa famille allaient payer.

 

Il se jura également de tout faire pour que sa grande sœur n’ait jamais à avoir une liste de ce genre une nouvelle fois, parce qu’Arya méritait de rester une petite fille encore pendant un moment.

 

Lui, cela faisait bien longtemps qu’il n’était plus un petit garçon, de toute façon.

 

Pas après tout ce qu’il avait vécu et vu.)

 

Mais elle n’était pas Osha, et celle-ci était loin, et ne savait pas qui il était, et elle ne se souvenait même pas de lui.

 

Bran se demanda si il aurait la chance de la revoir, un jour, avant de se dire qu’il valait peut-être mieux pour elle que cela n’arrive jamais.

 

« Il est temps de se lever, continua-t-elle gaiement, votre mère vous a laissé dormir le plus longtemps possible, parce que vous avez veillé tard hier soir, mais maintenant, il est l’heure de sortir du lit. »

 

Sa mère.

 

Oui, sa mère était vivante, tout comme son père, tout comme Robb, et Rickon.

 

(Il voit encore la flèche qui le transperce de part en part, alors qu’il court pour sa vie, vers Jon, avec le maigre espoir de réussir à survivre, et puis Ramsay qui sourit, et le petit garçon se jura qu’il aurait sa tête, un jour. Que ce soit lui ou Théon qui le fasse, peu importe, mais Ramsay Bolton payerait un jour pour ses crimes.)

 

Et Arya était toujours une enfant, et Sansa était toujours naïve et innocente, comme avant, peut-être trop, mais au moins, elle n’était pas brisée.

 

Sa famille était saine et sauve, et entière, et malgré sa joie et son soulagement, Bran ne pouvait s’empêcher de ressentir de la peur, celle d’échouer à les sauver.

 

Celle de les perdre encore.

 

Seules les couvertures qui se trouvaient encore sur le petit garçon empêchèrent Vieille Nan de se rendre compte d’à quel point ses mains tremblaient.

 

§§§§

 

En passant non loin d’un des murs du château, après avoir petit-déjeuné seul, Bran frissonna sans même pouvoir s’en empêcher.

 

Il se rappelait être tombé, il se souvenait de ce que Jaime Lannister lui avait fait, pourquoi il l’avait fait, et il se sentit trembler une nouvelle fois, avant de se décider à prendre le taureau par les cornes, et il commença une nouvelle fois l’ascension de ces murs qu’il connaissait par cœur, tant chaque creux, chaque prise, chaque aspérité qui s’y trouvaient lui étaient familiers.

 

Prenant une profonde inspiration, il prit son courage à deux mains, et continua de grimper de plus belle, de plus en plus haut.

 

Et pourtant, rien n’y faisait.

 

Non pas qu’il ait peur du vide, il n’avait jamais eu ce problème, et sa chute n’y avait absolument rien changé, mais il sentait que ce n’était pas comme d’habitude, il ne ressentait pas comme autrefois cette grande joie au cœur, cette force, cette ivresse qui le prenait toujours avant quand il montait aux arbres, ou sur les toits, ou qu’il grimpait le long des murs.

 

C’était justement ça le problème : tout cela s’était passé avant la chute, avant la destruction ou la séparation de sa famille entière, avant qu’il ne devienne la corneille à trois yeux et devienne quelque chose d’autre que Bran Stark.

 

Il devait se rendre à l’évidence, même s’il avait remonté le temps, et qu’il était redevenu un petit garçon de dix ans insouciant en apparence, le fait est qu’il avait changé.

 

Plus rien ne serait jamais comme avant.

 

« Bran ? S’exclama une voix inquiète, une voix qu’il n’avait pas entendu depuis au moins cinq ou six ans. Une voix qui lui manquait tant. Oh, par les sept enfers, je t’ai déjà dit cent fois de ne pas grimper aussi haut. »

 

Bran se figea.

 

Cette voix...

 

Maman ?

 

Ses mains se remirent à trembler, encore, et c’était véritablement une chance qu’il soit si habitué à grimper, sinon, le choc aurait pu le faire tomber.

 

Une chance aussi qu’il ait déjà commencé à descendre d’où il était grimpé, sinon sa précipitation aurait également pu le faire chuter, tant il voulait avoir les pieds sur terre.

 

Et voir sa mère, surtout.

 

La revoir, enfin.

 

Cela faisait longtemps, si longtemps qu’il ne l’avait pas vue, depuis son départ de Winterfell pour Port-Réal.

 

La dernière vision qu’il avait de sa mère (si l’on exceptait bien sûr les évènements d’avant son accident), « grâce » à son don de zooman, datait des Noces Pourpres, et l’image la plus récente qu’il avait d’elle la montrait en sang, la gorge tranchée, mourante, non loin de cette pourriture de Walder Frey, et désespérée.

 

Voyant son fils aîné mourir sous ses yeux, sans pouvoir le sauver, mourant peu à peu elle aussi, en sachant qu’elle ne pourrait jamais rentrer à la maison ou revoir ses autres enfants.

 

Une boule d’angoisse prit place dans sa gorge face à ces souvenirs qui n’étaient pas les siens, et il se força à inspirer et expirer de façon régulière, afin de ne pas perdre le contrôle, et de ne pas paniquer inutilement.

 

Posant les pieds sur la terre ferme, savourant le fait de pouvoir avoir le contrôle de son corps, à nouveau, il prit une profonde inspiration.

 

Il se retourna, et son souffle s’accéléra, tandis que son cœur ratait un battement.

 

Elle était là.

 

Ce n’était pas un rêve, un mensonge ou une illusion.

 

Catelyn Stark, née Tully, sa mère, se trouvait là, devant ses yeux, et elle était en vie.

 

Sa mère était là, et elle souriait, bien que ce soit avec une légère désapprobation.

 

Elle se rapprocha de lui lentement, avant de soupirer avec découragement.

 

« Quand te décideras-tu donc à obéir ? »

 

Jamais Bran n’avait été si heureux de l’entendre le gronder, avec un mélange de fermeté et d’amusement malgré tout.

 

Oui, c’était bien elle.

 

Il y avait une différence notable entre le fait de le savoir théoriquement, et le voir pour de vrai.

 

Il sentit ses yeux s’embuer de larmes, et comprit très vite qu’il n’allait sans doute pas tarder à pleurer.

 

Oh, maman, tu m’as tellement manqué.

 

Mais il ne dit rien, parce qu’elle n’aurait pas compris.

 

C’est à cet instant précis qu’il réalisa réellement qu’il n’était définitivement plus la corneille à trois yeux.

 

Être la corneille, en plus de permettre de voir ce que les autres ne voyaient pas, lui avait permis de garder une distance émotionnelle vis-à-vis de ce qu’il voyait, de ce fait, que cela le concerne ou non, ce qu’il voyait le touchait moins.

 

Certes, il risquait d’y perdre une part de son humanité dans le processus, et c’est bien ce que Meera lui avait reproché, à raison, avant de partir de Winterfell.

 

Tu es mort dans cette caverne.

 

Et elle avait eu raison, le Bran Stark de Winterfell était mort ce jour-là, pour toujours, du moins le croyait-il, pour se protéger lui-même de ce qu’il voyait, pour se protéger de la souffrance occasionnée par tout cela.

 

Mais, au moins, cette distance lui permettait de ne pas devenir fou de douleur, et sans cela, il n’aurait pas pu réussir à supporter les visions, il n’aurait pas pu résister à tout cela.

 

Maintenant, il n’était plus la corneille, et il ressentait absolument tout de manière beaucoup plus forte qu’auparavant.

 

La tristesse, certes oui.

 

Mais aussi, et surtout dans ce cas présent, la joie.

 

Et désormais, son cœur se gonflait de bonheur, alors qu’il voyait sa mère devant lui, bien vivante.

 

Il n’était plus la corneille à trois yeux, non.

 

Il n’était plus qu’un petit garçon de dix ans, qui ne voulait qu’une chose : serrer sa mère dans ses bras, et l’empêcher à jamais de partir loin de lui.

 

Valar Morghulis.

 

Tout les hommes doivent mourir.

 

Certes, oui, il le savait, le comprenait, l’acceptait.

 

(« Petite ? Que répond-on à la déesse de la Mort ?

 

- Pas aujourd’hui. »)

Mais pas tout de suite.

 

Tout ce qu’il voulait, c’est qu’on lui laisse encore un peu de temps.

 

Il ne voulait pas perdre sa mère tout de suite, pas encore.

 

Bran regarda longuement sa mère, essayant de graver dans sa mémoire cette image si apaisée, et surtout si vivante de sa mère chérie.

 

Puis, à la grande surprise de Catelyn, il se rapprocha d’elle, et la serra dans ses bras, fort, pendant de longues minutes.

 

Il n’avait pas hésité une seule seconde.

 

Il était un Stark, certes, il devait être fort, c’est vrai, mais surtout, il était un petit garçon perdu qui venait tout juste de retrouver sa mère après l’avoir perdue pendant de longues années.

 

Sans bruit, il se mit à sangloter de joie, tandis que sa mère, ne comprenant pas tout, surprise de cette marque d’affection débordante, se contenta de le serrer dans ses bras, fort, elle aussi.

 

Puis, après quelques minutes de silence, durant lesquelles Bran se permit enfin de pleurer la perte de sa mère, et de se réjouir de l’avoir retrouvée, il se détacha d’elle, et il la regarda dans les yeux, les yeux rougis, le sourire aux lèvres, désormais apaisé.

 

« Je te le promets maman, je ne grimperai plus jamais. »

 

Ce n’était même pas un mensonge, et, le comprenant, sa mère lui sourit alors avec fierté.

 

La regardant encore, voulant garder en mémoire ce moment pour toujours, Bran se surprit à espérer que cet instant de grâce puisse remplacer celui d’horreur des Noces Propres, il se mit à souhaiter et espérer que, peut-être, cette image terrible pourrait un jour s’évanouir de son esprit et de sa mémoire, comme tout les autres moments affreux qu’il avait pu surprendre malgré lui.

 

Il espéra qu’il pourrait un jour oublier tout ce qui avait été et ne serait plus jamais.

 

A suivre...

Chapter Text

ND’A : Vous remarquerez dans ce chapitre que je n’aime vraiment pas Balon Greyjoy.

 

Pyk.

 

Yara était en plein entraînement quand elle revint à son tour là où était sa place, et seuls ses réflexes la sauvèrent d’une mort quasi-certaine.

 

Contrairement à Théon ou Bran, elle n’eut ni le temps ni le loisir de réfléchir sur le moment aux tenants et aux aboutissants de la situation présente, et elle fut forcée de comprendre rapidement ce qu’il se passait et où elle était.

 

Une fois l’entraînement terminé, en voyant son père l’observer au loin, elle ne put empêcher un frisson de colère de la traverser de part en part.

 

Elle n’avait pas envie de le voir.

 

Ni de lui parler.

 

Il avait abandonné Théon.

 

Il avait abandonné son propre fils.

 

Ce n’est pas parce que ce n’était pas encore arrivé que cela ne faisait plus de son père un monstre.

 

Tout simplement parce qu’il l’avait fait sans hésiter, donc qu’il était capable de le faire et de le refaire également, et c’était cette certitude qui la mettait en rage.

 

Parce que Yara le savait pertinemment, si les choses venaient à se répéter de la même manière, il ferait exactement la même chose.

 

La rébellion contre les Stark, l’attaque contre Winterfell, l’abandon de Théon après le message de Ramsay...

 

Oui, son connard de père referait les mêmes choix sans hésiter, elle en était sure et certaine.

 

Et c’était ça plus que tout le reste, qui la mettait dans une colère noire.

 

Le mépris que son père avait affiché vis-à-vis de Théon, ça, elle pouvait le comprendre, en fait, elle avait adopté le même comportement que lui quand son petit frère était rentré à Pyke.

 

Aujourd’hui, elle regrettait son attitude, bien compréhensible à l’époque, surtout que son frère n’avait pas aidé non plus.

 

Un petit con arrogant, vantard, se croyant mieux que tout le monde, persuadé que tout le monde sur les Îles de Fer lui cirerait les pompes, tout ça parce qu’il était revenu à la maison.

 

Il était tout ce que Yara détestait, en somme.

 

Et oui, il était son frère, qu’elle n’avait pas vu depuis des années, un frère qui ne l’avait pas reconnue, et qu’elle n’avait pas reconnu non plus, même en sachant qui il était, parce qu’elle ne l’avait pas vu depuis des années, et peut-être aurait-elle pu être plus indulgente à son égard, c’est vrai.

 

Mais il ne fallait pas oublier qu’elle avait perdu ses trois frères environ une dizaine d’années plus tôt, deux qui avaient été tués pendant la guerre et la rébellion de leur famille, tandis que l’autre leur avait été arraché alors qu’il n’était encore qu’un petit garçon.

 

Oui, son petit frère était rentré à la maison, et ça n’avait rien changé.

 

Ça n’avait pas ramené Rodrik et Maron à la vie, ça n’avait pas fait de son père un meilleur homme, ça n’avait pas fait de sa mère une femme heureuse, ça ne leur avait pas rendu la couronne, leur indépendance, et la souveraineté pleine et entière des Îles de Fer.

 

Sa présence n’avait absolument rien changé, et son frère ne l’avait pas compris, et ça aussi, ça l’avait mise en rage, de constater que son cher frère semblait se considérer comme le sauveur des Fer-nés.

 

Ce crétin.

 

Sans oublier le fait qu’il avait été envoyé par Robb Stark en personne.

 

Pour elle, ça avait été rédhibitoire.

 

Son père l’avait élevée dans la haine des Stark, ils étaient ceux qui leur avaient pris leur couronne, leur liberté, ceux qui avaient tué deux de ses frères et qui lui avait pris le troisième, ils étaient les monstres qui leur avaient absolument tout pris.

 

(Aujourd’hui, tout était différent, elle était passée de la haine la plus pure à une certaine indifférence, parce qu’elle savait que les Stark n’étaient pas monstrueux, et qu’ils auraient tout aussi bien pu le traiter bien plus mal qu’ils ne l’avaient fait.

 

Entendre la version de l’histoire de Théon avait aussi pas mal aidé à changer son point de vue.)

 

Alors, quand elle avait revu son frère pour la première fois depuis des années, elle avait eu l’impression de se prendre une claque en pleine gueule.

 

Ilétaitdevenu comme eux, il était devenu l’un d’eux.

 

C’était en loup qu’il était revenu à Pyke, et non plus en kraken, comme son père l’avait craint et déploré ensuite, et ça aurait été un mensonge que de dire qu’elle ne l’avait pas méprisé alors.

 

Si Balon Greyjoy avait considéré Théon comme n’étant plus son fils, sur le moment, elle s’était également dit qu’il n’était plus son frère.

 

Il était venu sur cette île en conquérant, en Stark, et non en Greyjoy, au nom de Lord Stark, de Robb Stark, qu’il semblait presque considérer comme son frère, ou comme un ami du moins, et tout comme leur père, elle avait eu envie de lui hurler que leurs deux véritables frères étaient morts à cause des Stark.

 

(Et aussi à cause de la rébellion de son père après la rébellion du roi Robert, mais bon, ce n’est pas comme si elle pouvait être à l’époque impartiale à ce sujet, ayant été élevée par son père dans l’idée que c’était eux qui avaient raison et les autres qui avaient tort.

 

Désormais, elle comprenait que le combat de son père n’avait été que folie, et qu’il avait coûté la vie à deux de ses fils, elle savait qu’il y avait des torts dans l’un et l’autre camp.)

 

Elle avait été en colère contre lui, tellement en colère, parce qu’il était un petit con, parce qu’il n’était plus un Fer-né, parce qu’il ne comprenait rien à rien, parce que l’homme qui était en face d’elle n’était pas son petit frère, qu’il ne l’était plus, qu’il ne l’avait même pas reconnue, qu’il l’avait comme oubliée, et elle ne pouvait même pas avouer que son petit frère lui manquait, parce que celui qu’elle avait connu autrefois n’existait plus.

 

Yara n’avait pas vraiment su quoi penser de tout ça, sur le moment.

 

Et puis, Ramsay Bolton avait décidé de tout foutre en l’air, et plus rien n’avait été pareil.

 

§§§§

 

La première fois que Yara Greyjoy avait compris qu’elle haïssait son père, ce fut en recevant le « cadeau » de Ramsay Bolton à leur intention.

 

Il y avait eu le fiasco de Winterfell, la défaite de Théon et le massacre des Fer-nés présents sur place, et à ce stade, Yara, si elle n’avait pas complètement changé son point de vue sur Théon, avait fini par accepter le fait qu’il était son frère, et que oui, elle tenait à lui, ce n’est pas pour rien qu’elle avait tenté de le faire partir de Winterfell, pour qu’il rentre enfin et définitivement à la maison.

 

Oui, c’était son petit frère, sa famille, et elle n’était peut-être pas une Tully, mais pour elle aussi, la famille avait son importance, et il était hors de question qu’elle l’abandonne à son sort.

 

Son frère avait été beaucoup trop entêté pour accepter de l’écouter, c’était ce qui avait causé sa perte.

 

Balon Greyjoy avait fini par complètement abandonner Théon, il l’avait laissé tomber, et ce alors même qu’il était son fils !

 

Là, elle avait compris.

 

Elle et son père ne pourraient plus jamais être d’accord.

 

Le mépris, elle avait compris, elle l’avait même reproduit, mais ça ?

 

Ça n’avait tout bonnement aucun sens...

 

Théon était son fils, il était son frère à elle, il était un Greyjoy.

 

Évidemment qu’il méritait qu’on se batte pour lui.

 

Elle avait été en colère.

 

Mais surtout, elle l’avait haï.

 

Quand elle avait revu Théon, là-bas, à Fort-Terreur, quand elle l’avait entendu hurler, qu’elle avait vu ses grands yeux terrifiés de petit garçon, ses grands yeux vides, emplis de terreur, son corps brisé tout comme son esprit, qu’elle n’avait pas reconnu en lui le jeune homme arrogant qui l’avait tant agacée quelques mois plus tôt, elle avait compris que son frère était mort.

 

Et, si sa colère et sa haine s’étaient en grande partie dirigées contre Ramsay Bolton (d’ailleurs, si jamais elle avait l’opportunité de lui trancher les couilles dans cette vie, elle ne s’en priverait pas un seul instant), elle n’avait également pu s’empêcher de ressentir de la colère contre son père.

 

À cet instant précis, le seul des deux objets de sa colère qui se trouvait à sa portée était son père.

 

Autant dire que son futur discours de rébellion anti-Stark, il pouvait se le mettre là où elle le pensait...

 

(Le plus loin possible d’elle quoi.)

 

§§§§

 

« Yara...

 

- Père, répondit-elle d’une voix glaciale, enfin, qui ne différait pas trop de sa voix habituelle, si ce n’est que sa colère était bien plus présente que d’ordinaire, chose que son père ne perçut à aucun moment. »

 

Il y avait quelque chose de profondément irréaliste dans cette situation.

 

Son père était devant elle, en vie, et ça ne lui faisait absolument rien.

 

À vrai dire, elle aurait ressentit bien plus d’émotions en étant face à son oncle Aeron, ou face à son autre oncle, Euron (ce connard... Il faudrait vraiment qu’elle fasse attention à lui, sur le long terme, se rappela-t-elle), en cet instant précis, elle n’était qu’indifférence.

 

Elle se rappelait parfaitement de ce jour comme étant celui où son père avait évoqué pour la première fois avec elle son projet de rébellion contre les Stark.

 

Un projet sur le long terme, bien sûr, qui mettrait des mois, peut-être même des années à se mettre en place, et sur le moment, à l’époque, elle n’avait pas remis en question son projet, elle l’avait même approuvé.

 

À ce moment, ils ne savaient d’ailleurs pas encore que Théon allait finir par revenir vers eux, et donc, il était toujours un otage.

 

Yara ne comprenait elle-même toujours pas pourquoi elle ne l’avait pas relevé, et elle comprenait mieux la rancœur de Théon, qui avait la sensation d’avoir été abandonné enfant, ça devenait d’autant pire si l’on prenait en compte le fait que Balon Greyjoy semblait avoir été tout à fait d’accord avec le fait de partir en guerre, alors même que son seul fils encore vivant était toujours un otage.

 

Et donc en danger de mort.

 

(Ouais, on pouvait difficilement qualifier Balon Greyjoy de « père de l’année ».

 

Cela dit, niveau pères de merde, on peut pas dire que Westeros soit vraiment épargné non plus...)

 

Toujours est-il que cette fois-ci, elle ne laisserait pas passer ça.

 

« Ma fille, j’aimerais te parler d’une chose très importante.

 

Plus importante que la vie de Théon ? Plus précieuse que la vie de votre propre fils ?

 

- Qu’est-ce donc père ? Lui demanda-t-elle, feignant encore l’ignorance.

 

- C’est au sujet de notre souveraineté sur les Îles de Fer.

 

- Vous souhaitez réclamer notre indépendance ?

 

Pour être honnête, elle n’avait pas la moindre envie de faire durer cette conversation trop longtemps, autant abréger tout ça en lui montrant qu’elle avait déjà compris ce qu’il voulait dire.

 

Face à ces mots, Balon Greyjoy ne put s’empêcher de sourire.

 

- Je me disais bien que j’avais conservé avec moi le bon enfant, je suis ravi de constater que ton esprit est toujours aussi terriblement affûté, ma fille. »

 

J’ai triché, je savais déjà ce que vous vouliez me dire père, je n’ai pas grand mérite.

 

Et pensez-vous réellement que Théon n’aurait pas pu comprendre cela ?

 

Oh, par le dieu noyé, elle avait tellement envie de le frapper violemment dans les côtes !

 

Elle se força à sourire, sans aucune joie.

 

Maintenant que toutes ses illusions et ses anciennes certitudes étaient mortes et enterrées, elle voyait enfin quel père déplorable Balon Greyjoy pouvait être.

 

Et ça la dégoûtait terriblement, de le voir dénigrer Théon, alors même que celui-ci n’était pas là, et qu’aucun d’eux deux ne l’avait vu depuis dix ans.

 

« Et comment comptez-vous vous y prendre pour se faire ?

 

Elle savait déjà qu’il ne prendrait pas l’approche pacifique, après tout, les évènements passés (et futurs également, tant qu’on y est) l’avaient bien montré, son père n’était absolument pas du genre à négocier.

 

- Je vais rassembler une armée, je vais rassembler les Fer-nés, et préparer nos navires. Et un jour, quand le temps sera venu, nous attaquerons, et nous reprendrons ce qui est notre. »

 

Ce que Théon n’avait jamais su, c’est que, avant même son retour, son père avait déjà eu l’intention d’attaquer Winterfell, au moment qui serait le plus opportun.

 

La guerre des trônes n’avait pas encore commencé, les sept royaumes n’étaient pas encore à feu et à sang, et Daenerys Targaryen n’avait pas encore fait parler d’elle.

 

Et pourtant, malgré cela, il avait déjà l’intention de partir en guerre, en faisant fi des probables conséquences désastreuses que son choix allait entraîner.

 

La première fois, elle l’avait suivi sans hésiter.

 

Mais cette fois-ci ?

 

Elle refusait de laisser passer ça.

 

« Et Théon ? L’interrogea-t-elle avec une colère contenue, parce qu’elle connaissait déjà la réponse qu’il allait lui donner. Mon frère ! Votre fils ! »

 

Il haussa les épaules, semblant comme avoir déjà pris sa décision, et la jeune femme se sentit profondément écœurée par cette indifférence qu’il manifestait vis-à-vis de son propre fils.

 

Comment elle avait pu un temps aimer et respecter cet homme, de cela, elle n’en avait absolument aucune idée.

 

« Mes fils sont tous morts il y a dix ans... »

 

Yara blêmit.

 

Mais elle n’était en aucun cas surprise.

 

À quoi d’autre aurait-elle bien pu s’attendre ?

 

Groggy, elle se contenta de l’écouter parler, sans avoir la moindre envie de lui répondre quoi que ce soit, dissimulant sa haine et sa colère avec une extrême difficulté.

 

Il l’aurait laissé mourir.

 

Il aurait laissé son propre fils périr à Winterfell, exécuté par Ned Stark, s’il l’avait fallu, et ce, sans absolument aucun remords.

 

Vieux salopard...

 

Oui, Euron aussi avait été une saloperie à leur égard, mais au moins, il avait été leur ennemi (et elle le détestait sans doute au moins autant qu’elle haïssait son père), alors que Balon, lui, n’avait absolument pas d’excuse pour son comportement présent (et futur).

 

Quand c’était arrivé, quand, au retour de Théon, leur père lui avait renvoyé au visage ce qu’il était devenu, un Stark pur jus, il semblait comme avoir oublié que c’était lui qui avait abandonné son fils aux Stark en premier lieu, toutes ces années auparavant.

 

Et puis c’est pas comme si il avait pris l’initiative de lui envoyer des lettres pendant sa captivité, pour le faire se souvenir de qui il était.

 

(De plus, Théon lui avait parlé de nombreuses fois des Stark, pendant leur voyage à Meereen pour trouver Daenerys, avec de la chaleur de la voix, de cette famille qui n’aurait jamais pu être la sienne, mais qui l’avait accueilli parmi eux malgré tout.

 

Les Stark n’étaient en aucun cas les monstres qu’elle avait autrefois vu en eux, avait-elle fini par comprendre.)

 

Une fois que son père eut fini de parler, évoquant le fait que l’attaque ne se ferait pas avat longtemps (jamais, se jura-t-elle, non, jamais cela n’arrivera. Pas tant que je serai là et que mon frère respire encore), elle se contenta d’acquiescer, bien que n’en pensant pas moins.

 

Ce n’est que quand il s’éloigna d’elle qu’elle put réfléchir un peu sur elle-même, et qu’elle réalisa finalement pour la première fois de la journée qu’elle était bel et bien revenue dans le passé.

 

À la colère qui l’agitait encore quelques secondes plus tôt succéda un certain apaisement, alors qu’elle comprenait que tout n’était pas perdu.

 

Et surtout.

 

Son petit frère allait bien.

 

Il était à Winterfell, avec ceux qui étaient sa véritable famille, il était revenu tout comme elle, il se souvenait d’elle, et bien sûr, il se souvenait de ce que Ramsay avait fait, mais au moins, ce n’était jamais arrivé.

 

Et Yara s’en faisait la promesse, jamais elle ne laisserait les choses se produire de la même manière.

 

Mais maintenant, que faire ?

 

Partir tout de suite toute seule à Winterfell pour aller parler à Théon, le retrouver et le prévenir de ce qui allait se passer aurait été parfaitement stupide, il fallait qu’elle ait un plan bien ficelé.

 

Et elle avait autre chose à faire.

 

Aller voir sa mère...

 

§§§§

 

Port-Réal.

 

Quand Tyrion ouvrit les yeux, il était dans son lit, il y avait une femme à ses côtés, et il était encore à moitié ivre.

 

Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous.

 

(Quoi que, depuis « l’incident Shae », ce n’était pas arrivé depuis pas mal de temps.

 

Une autre preuve qu’il n’était plus dans son temps à lui.)

 

Dans d’autres circonstances, si son corps du passé n’avait pas été, disons... dans cet état d’hébétude avancé causé par le vin, le sexe, et le manque de sommeil (occasionné lui-même par les deux éléments précédemment cités), il aurait peut-être été suffisamment lucide pour comprendre où il était et ce qu’il se passait.

 

À la place, il se contenta d’ouvrir et de fermer les yeux, ceux-ci étant encore englués de fatigue, et la pièce sembla comme tourner autour de lui.

 

Tournant la tête, il aperçut brièvement la longue chevelure brune de la prostituée allongée à côté de lui, et il se figea soudainement, interdit.

 

Shae ? Fut la première pensée qui lui traversa l’esprit, embrumé que celui-ci pouvait être par l’alcool et l’épuisement, ne réalisant pas sur le moment à quel point cela pouvait être absurde.

 

Shae est morte, lui rappela son cerveau, elle est morte, tu l’as tuée, elle t’a trahi et elle ne t’a jamais aimé.

 

Par les dieux, ça faisait toujours aussi mal.

 

Peut-être que ce fut à cet instant-là qu’il se réveilla complètement.

 

Il était dans son lit et non pas sur le champ de bataille, il était aussi nu qu’il pouvait l’être le jour de sa naissance, et surtout, il était avec une femme.

 

Ce n’était pas anormal, mais plutôt... inhabituel, surtout maintenant, alors qu’il était supposé se battre pour la vie et contre les marcheurs blancs, et non pas s’amuser et batifoler avec des femmes qu’il n’aimait même pas de toute façon.

 

Puis, quelques minutes plus tard, alors qu’il tentait encore de reprendre lentement ses esprits, non sans mal, la porte de sa chambre finit par s’ouvrir avec fracas, laissant entrer Jaime Lannister, son frère.

 

Pourvu, contre toute attente, de ses deux mains.

 

Il comprit alors immédiatement, malgré sa difficulté à rester concentré, ce qui avait bien pu se passer.

 

Ainsi, c’était donc vrai.

 

Il avait remonté le temps.

 

Bon, je fais quoi maintenant ?

 

Je vais tuer Joffrey et mon père tout de suite ou j’attends un peu d’avoir dessoûlé ?

 

Le pire dans tout ça, c’est qu’il était presque sérieux.

 

Il sentit un terrible mal de crâne menacer de lui exploser la tête, tandis qu’il réalisait tout ce qu’ils allaient avoir à faire dans le futur pour arranger les choses.

 

Autant dire que c’était pas gagné d’avance...

 

A suivre...

 

 

 

 

Chapter Text

Sans vraiment y prêter attention, il réalisa alors que sa « conquête » de la nuit s’était rhabillée et était également en train de filer le plus loin possible des deux frères, afin de les laisser seuls, et il se fit la réflexion qu’il avait déjà dû la payer la veille, sinon, elle ne serait pas immédiatement partie.

 

Enfin, après tout, peu importe.

 

Il repensa une nouvelle fois à Shae, et son cœur se serra.

 

La première chose que Tyrion fut capable d’articuler, seul face à son frère fut :

 

« Jaime... pourquoi est-ce que tu as tes deux mains ? »

 

Le membre de la garde royal se figea et cligna des yeux, avant de brutalement éclater de rire, comme si Tyrion venait de dire quelque chose d’absurdement comique, ce que ce dernier, l’esprit encore bien embrumé par l’alcool, ne comprit pas tout de suite.

 

Qu’avait-il donc dit de si extraordinaire ?

 

Son frère se mit à sourire.

 

« C’est drôle, d’ordinaire, on dit l’inverse, dans ce genre de situation, on voit normalement double ou triple. Tu aurais dû me dire que j’avais six bras ou deux têtes, et non pas deux mains, c’est absurde ! »

 

Le nain hocha machinalement la tête, soulagé que son frère ne prenne sa phrase précédente que pour un délire d’ivrogne.

 

Il grimaça, sentant un mal de tête lui déchirer le crâne en deux, et il se jura qu’il ne boirait plus jamais d’alcool.

 

À moins que ce ne soit dû à son retour brutal dans le passé, qui sait ?

 

« Au fait, qu’est-ce que tu fais là ? Demanda-t-il, formulant sa première phrase cohérente de la journée.

 

Jaime haussa les épaules.

 

- Hé bien, il est déjà dix heures du matin, et je me suis dit qu’il était peut-être temps pour toi de te lever. Histoire que tu ne restes pas au lit toute la journée.

 

Tyrion hocha la tête, avant de poser celle-ci entre ses mains, tentant d’enrayer son mal de crâne naissant.

 

Sans succès.

 

Chaque mot que prononçait son frère donnait l’impression d’être comme hurlé, et de lui être directement enfoncé dans la tête à coups de marteau.

 

- Je suis plutôt d’accord avec ça, mon cher frère, en revanche, je crains de ne pas pouvoir être utile à qui que ce soit avant au moins deux heures. »

 

Jaime lui offrit un sourire amusé, qui fit bien comprendre à Tyrion qu’il devait avoir l’habitude de ce genre de choses avec un ivrogne comme Robert (encore que ce dernier devait être bien moins poli quant il était bourré, et avait sûrement pour habitude de l’envoyer chier sans gants. Enfin, c’était Robert quoi).

 

Et oui, le fait de savoir que le roi était encore vivant ne lui faisait ni chaud ni froid.

 

La seule vraie bonne chose qui en ressortait pour lui, à vrai dire, c’était le fait que les sept royaumes étaient encore en paix, bon gré mal gré.

 

Pas pour longtemps.

 

Entre les manigances de Cersei pour s’emparer du pouvoir, le futur meurtre de Jon Arryn à venir et à empêcher, Daenerys Targaryen et son envie de reprendre ce qu’elle considérait comme sien, maisaussi les marcheurs blanc qui arrivaient vers eux pour tous les tuer/transformer en morts-vivants, le monde allait bientôt brûler, et personne ne semblait s’en rendre compte, si ce n’est lui (et les quatre autres personnes qui étaient revenues avec lui à cette époque précise.)

 

« Très bien, lui fit Jaime, posant une main sur son épaule, je vais y aller, on ne sait jamais, Robert pourrait avoir besoin de moi. (Et, dieux, Tyrion sentait tellement l’ironie et le mépris dans sa voix que ça lui fit presque mal de comprendre à quel point son frère était malheureux.) Essaie de ne pas te lever trop tard non plus, d’accord ? »

 

Pour quoi faire au juste ? Qu’est-ce que je suis ici, à part le bouffon du roi ?

 

Il n’était plus la main de la reine, n’avait jamais été la main du roi non plus dans cette réalité, il n’avait aucun pouvoir ici, aucune influence sur personne.

 

Mais bon, il était un peu trop ivre (ou pas assez, selon le point de vue) pour penser à ça et réfléchir d’une façon poussée à toutes ces conneries.

 

Voyant que son frère était sur le point de sortir, Tyrion se fit la réflexion que depuis sa fuite de Port-Réal après son « procès », cela devait être la première fois que lui et son grand frère se trouvaient ensemble dans la même pièce, seuls, sans qu’il y ait un quelconque conflit, ou des tensions entre eux.

 

Il n’avait pas encore tué Tywin, n’avait pas encore été accusé d’avoir tué Joffrey, et son frère ne savait pas tout ce que lui savait.

 

Il n’avait pas vraiment l’habitude de montrer son affection aux gens, il n’avait jamais vraiment dit à Shae qu’il l’aimait quand il en avait encore l’occasion, et il se demanda également s’il avait jamais assez bien montré à Myrcella et Tommen qu’il tenait réellement à eux avant leur mort.

 

(Vivants, ils étaient encore vivants, c’était une des rares choses à laquelle il pouvait encore vraiment se raccrocher).

 

Il se demanda également s’il avait suffisamment dit à son frère qu’il l’aimait.

 

Probablement que non.

 

« Jaime ? Lança-t-il soudainement alors que son frère avait la main sur la porte. Celui-ci se retourna, un air surpris sur le visage. Je voulais juste te dire que... je suis content que tu sois là.

 

Le chevalier se mit à sourire.

 

- Merci Tyrion. »

 

Il ne comprenait pas, de toute évidence, l’alcool devait lui faire dire tout haut ce qu’il pensait tout bas, et avec toutes les brimades de Robert, Jaime devait admettre que ce genre de phrase lui faisait du bien.

 

Alors que l’aîné Lannister sortait de la pièce, Tyrion réalisa que, de toute évidence, lui aussi avait fait des erreurs dans le passé, des erreurs qu’il pouvait désormais corriger.

 

Il avait un monde à sauver, après tout.

 

Quand il se décida à se rendormir, ce fut avec la voix et le visage de Shae dans la tête, et il s’endormit le sourire aux lèvres.

 

Pour la première fois depuis des mois, il dormit d’un sommeil apaisé.

 

§§§§

 

Quand Brienne de Tarth reprit conscience, elle aussi dans son lit, ce fut en hurlant.

 

Pourquoi ?

 

Elle ne le savait même pas complètement elle-même.

 

De peur, d’horreur, de colère ?

 

De tristesse, de désespoir ?

 

Tout ce qu’elle savait, c’est qu’elle avait vu (après avoir entendu résonner l’étrange voix dans sa tête) mourir Jaime Lannister sous ses yeux, et que c’était pour ça qu’elle avait commencé à hurler.

 

Pour elle, le monde n’était plus que chaos et douleur encore quelques secondes auparavant.

 

Et maintenant...

 

Il n’y avait plus rien.

 

Non, pas dans ce sens-là, elle ne voulait pas dire que le monde venait tout juste de s’écrouler, seulement, de son point de vue, il n’y avait absolument plus rien.

 

L’odeur de mort et de pourriture (à défaut de l’odeur du sang, puisque les marcheurs blancs n’étaient plus assez humains pour pouvoir saigner) avait déserté ses narines, les hurlements des uns et des autres ne résonnaient plus à ses oreilles, et hormis son hurlement à elle, il n’y avait absolument plus aucun bruit.

 

Pendant quelques secondes, elle garda les yeux fermés, ayant absurdement peur que cet instant de paix ne s’arrête brutalement si elle ouvrait les yeux, son cri de terreur finissant par s’éteindre après quelques secondes.

 

Finalement, Brienne finit par ouvrir les yeux, et son souffle s’arrêta.

 

Elle connaissait cet endroit par cœur.

 

C’était sa chambre, à la Vesprée, celle qu’elle possédait, à la maison, là où elle dormait avant de partir rejoindre Renly Baratheon.

 

Avant même qu’elle ait le temps de réfléchir à ce que cela pouvait bien dire, elle entendit la porte de sa chambre s’ouvrir, laissant entrer une des servantes de sa famille, Isabella.

 

« Dame Brienne ? Vous allez bien ?

 

Je ne suis pas une dame Podrick, faillit-elle répondre par pur réflexe, avant de définitivement réaliser qu’elle ne se trouvait pas au camp qui avait été installé devant le mur (enfin, ce qu’il en restait...) mais bel et bien chez elle.

 

Elle se pinça légèrement le bras, afin de s’assurer qu’elle ne rêvait pas, grimaçant face à la douleur, qui n’était bien évidemment rien à côté du soulagement qu’elle ressentait à cet instant précis.

 

- Ne t’en fait pas Isabella, ce n’est rien, ce n’était... qu’un cauchemar, tu peux disposer. »

 

La servante lui offrit un sourire faussement assuré, avant de la saluer, et de quitter la pièce.

 

Brienne se ramassa doucement sur elle-même, posant sa tête sur ses genoux, tentant de calmer les battements frénétiques de son cœur, ainsi que sa respiration qui s’affolait de plus en plus.

 

Deux informations se détachaient désormais du véritable marasme qu’était devenu son cerveau.

 

Elle avait remonté le temps.

 

Et surtout, Jaime Lannister était mort dans le futur (ça ne veut rien dire !), et il était de nouveau vivant, en réalité, pour être plus exacte, il n’était jamais mort.

 

La jeune femme retint avec une grande difficulté un véritable éclat de rire hystérique quand elle comprit que tout ce qu’elle avait vécu n’était pour l’instant encore jamais arrivé.

 

Les bonnes comme les mauvaises choses.

 

Un grand sourire lui dévorait l’entièreté du visage, la rendant encore plus belle qu’elle ne l’avait jamais été.

 

Jaime était vivant, et il allait bien, enfin, pour autant qu’elle le savait, si elle se fiait à ce dont elle se souvenait, si elle était encore là, cela signifiait que la guerre des cinq rois n’avait pas encore commencé.

 

Jaime était à Port-Réal, avec sa famille, avec Cersei, loin d’elle, et...

 

Et il ne se souvenait pas d’elle.

 

Son sourire s’effaça immédiatement.

 

Oh oui, bien évidemment, ça coulait de source, comment avait-elle pu ne pas y penser plus tôt ?

 

Ils ne s’étaient même pas encore rencontrés.

 

Elle sentit son corps soudainement se glacer, parce que s’il y avait bien une chose qu’elle ne regrettait pas dans tout ce qui était arrivé après leur départ vers Port-Réal pour chercher Sansa Stark, c’était la manière dont sa relation avec Ser Jaime avait évolué.

 

Tout cela, toute leur histoire, toutes leurs aventures, tout ce qu’ils avaient vécu ensemble, tout ces liens formés...

 

Tout ce qu’elle se souvenait avoir vécu avec lui venait à l’instant même de partir en fumée.

 

Elle ne s’attendait pas à ce que ça lui fasse aussi mal.

 

Brienne de Torth avait compris qu’elle était définitivement et désespérément amoureuse de Jaime Lannister le jour où elle avait dû partir loin de lui avec Podrick à la recherche de Sansa Stark, après avoir reçu de lui son épée, sa chère Féale.

 

(Oh, bien sûr, il y avait eu quelques indices qui allaient dans ce sens avant, mais c’était à cet instant précis, en sentant ce déchirement et ce désespoir à l’idée de ne plus jamais le revoir qu’elle avait enfin compris tout ce qu’elle risquait de perdre.)

 

Féale qu’elle n’avait plus non plus en sa possession, puisque la seule épée en acier valyrien connue qui existait à cette époque (et dont Féale provenait d’ailleurs) était Glace, l’épée de Ned Stark, qu’elle n’avait pas le moins du monde l’intention de lui dérober.

 

Pour Jaime, elle n’était absolument rien, et elle sentit son cœur se déchirer en deux face à cette simple pensée.

 

Ce lien si étrange, particulier, et pourtant tellement vrai qui s’était formé entre eux n’avait pu se faire qu’au gré du hasard et de diverses circonstances étranges qu’elle ne pouvait pas (par chance. Il y avait certaines choses qu’elle se refusait de revivre) reproduire telles quelles.

 

Il leur avait fallu tellement de temps pour apprendre à se connaître, à se respecter, à s’apprécier.

 

(A s’aimer, lui chuchota doucement une petite voix dans sa tête, qui avait la voix de Jaime, et qu’elle s’efforça de repousser le plus loin d’elle possible.)

 

Et la tâche qui aurait consisté à tout recommencer, dans des circonstances complètement différentes, et donc plus difficilement que la première fois, lui apparaissait véritablement insurmontable et impossible à faire.

 

Gardant sa contenance avec difficulté, elle se força à essayer de voir les choses du bon côté.

 

Toute cette histoire ne les aurait menés à rien de toute façon, maintenant qu’elle y pensait à tête reposée.

 

Même s’il avait fini par s’avérer que Jaime l’aimait plus qu’il n’aimait Cersei (ce dont elle doutait sérieusement), même s’il tenait à elle au point de vouloir l’épouser et passer sa vie avec elle...

 

Qu’est-ce ça aurait changé ?

 

Entre la guerre des cinq rois, les manigances de Cersei contre Daenerys rapportées par Jaime après son arrivée à Winterfell, sans oublier bien sûr les marcheurs blancs qui fondaient sur eux, et Jaime qui était mort, même sans prendre en compte ce fait, ça n’aurait pas pu bien se terminer.

 

En ces temps si sombres, Westeros n’était pas vraiment le bon endroit pour avoir une fin heureuse, ou même pour tout bonnement survivre.

 

Maintenant qu’elle était revenue dans le passé, qu’elle avait le moyen de changer les choses, tout ce qui comptait, ce n’était pas elle, ni son bonheur, non, c’était le sauvetage des sept royaumes, empêcher que ceux-ci ne s’embrasent, empêcher que les marcheurs blancs ne viennent détruire toute vie existante.

 

Catelyn Stark.

 

Renly Baratheon.

 

Robert Baratheon.

 

Loras Tyrell.

 

Margaery Tyrell.

 

Robb Stark.

 

Toutes ces personnes, et tant d’autres, étaient encore en vie, et elle allait faire en sorte qu’elles le restent le plus longtemps possible.

 

Et s’il fallait pour honorer au mieux son devoir qu’elle étouffe dans son cœur tout ses sentiments amoureux envers Jaime Lannister, eh bien soit.

 

Elle était prête à le faire.

 

Se levant de son lit, elle prit connaissance de la date et de l’année, et son impression fut rapidement confirmée.

 

Elle était en 298, la première semaine du troisième mois de l’année, soit un peu plus d’un mois avant la mort de Jon Arryn, et environ six semaines avant son empoisonnement.

 

Brienne sortit de son lit, et elle s’habilla, seule (malgré sa maladresse, Podrick lui manquait beaucoup, elle devait bien l’admettre), revêtant son armure pour la première fois depuis un certain temps.

 

Il fallait qu’elle aille à Port-Réal, non pas pour voir Jaime (au contraire, elle allait tout faire pour l’éviter), mais pour aller voir Tyrion Lannister, puisque semble-t-il, lui aussi avait été ramené à la même époque qu’elle.

 

Il fallait qu’ils discutent et qu’ils décident ensemble de la marche à suivre.

 

Puis, elle irait à Winterfell.

 

Elle le sentait, ce n’était que de là-bas qu’elle pourrait changer les choses, là où deux des cinq membres de leur « groupe » se trouvaient déjà.

 

De plus, tout comme elle souhaitait se rendre à Port-Réal pour s’assurer que Renly allait bien, elle se sentait comme une obligation de confirmer de visu que Catelyn Stark était belle et bien vivante.

 

Ils étaient les deux personnes qu’elle regrettait le plus de n’avoir pas pu sauver de leur sort tragique, il était tout à faire normal qu’elle s’assure que tout allait bien pour eux.

 

Quand son père vit sa fille paraître devant lui, toute harnachée dans son armure, il sut que quelque chose de grave se préparait.

 

« Père, lui annonça sa fille. Je suis venue ici pour vous informer que je compte me rendre à Port-Réal dans les plus brefs délais. »

 

Dans les yeux de sa fille brillait une flamme qu’il n’avait pas vue dans ceux-ci depuis bien longtemps.

 

Trop longtemps, à son humble avis.

 

Il se mit à sourire.

 

« Très bien Brienne, comme tu voudras. »

 

S’il avait su que sa fille partait de la maison en ayant l’intention de sauver le monde, il aurait été encore plus fier d’elle qu’il ne l’était déjà.

 

Il aurait eu terriblement peur pour elle aussi.

 

A suivre...

 

Chapter Text

Jamais Winterfell n’avait semblé si étranger à Bran, et en même temps si familier.

 

Sans doute parce que le château était exactement comme avant, comme il aurait toujours dû être, et que ni Théon Greyjoy ni les Bolton n’étaient venus pour s’en emparer ou pour le ravager, et de ce fait, le jeune garçon, en un sens, ne reconnaissait presque plus les lieux où il avait grandi, mais où il avait aussi tant perdu.

 

S’étant séparé à contre-cœur de sa mère, qui, en tant que Lady de Winterfell, avait bien mieux à faire que de s’occuper de son deuxième plus jeune fils, il se trouvait désormais dans la cour du château, seul.

 

Mais il n’avait pas peur pour autant.

 

Sa mère allait bien, et ça lui suffisait amplement.

 

Mais maintenant, il lui fallait s’assurer que tout les autres membres de sa famille étaient eux aussi en sûreté.

 

D’abord Rickon (qui serait là avec leur père en tant que spectateur), mais aussi Robb, Jon et Arya, il savait qu’ils seraient les plus simples à voir rapidement, puisqu’ils avaient entraînement à l’arc ensemble à onze heures.

 

Bien sûr, il y aurait également Théon avec eux, et Bran ne savait pas réellement quoi en penser.

 

Théon avait trahi leur famille, avait trahi Robb, il avait amené les fer-nés à Winterfell, il avait tué Ser Rodrick, il avait essayé de les tuer, lui et Rickon.

 

Et tout ce que pouvait ressentir Bran à son égard à cet instant précis, c’était de la colère.

 

Le pire dans tout ça, en un sens, c’était le fait que Théon soit revenu dans le passé en même temps que lui.

 

Parce que le jeune homme, tout comme lui, se souvenait de tout ce qu’il avait fait, et même s’il comprenait que l’ancien otage avait ses raisons d’agir, et avait suffisamment payé pour tout ce qu’il avait fait de mal, Bran ne pouvait toujours pas s’empêcher de lui en vouloir.

 

Alors que, si Théon avait été tout aussi amnésique que les autres, et donc parfaitement ignorant de ses crimes passés/futurs, Bran aurait été bien plus enclin à le pardonner, puisqu’il n’aurait pas eu conscience de tout ce qu’il avait fait.

 

En effet, l’ancienne corneille à trois yeux savait parfaitement que, si l’on exceptait son côté arrogant et légèrement insupportable de petit con (enfin ça, c’était avant), Théon, dans l’ensemble, était quelqu’un de bien, et que c’était les circonstances, plus que sa propre nature, qui l’avaient poussé à faire ce qu’il avait fait.

 

Ça n’excusait rien, bien entendu, mais au moins, ça donnait un sens à tout ses actes.

 

Ainsi, autant le petit garçon savait parfaitement que, face aux autres personnes de son entourage proche, sa seule réaction serait un profond sentiment de joie à l’idée de les savoir en vie, sains et saufs, autant il savait que ce ne serait pas le cas face à Théon.

 

Il n’avait véritablement aucune idée de comment réagir.

 

Mais Théon n’était pas vraiment la personne qui occupait le plus son esprit, non, il pensait plutôt à tout les membres de sa famille qui avaient été tués ou brisés au cours de la guerre des cinq rois, ou même avant.

 

Tout ça avait été effacé en seulement quelques heures.

 

Son père n’avait pas été exécuté sous l’ordre de Joffrey.

 

Ni sa mère ni Robb n’étaient morts aux Noces Pourpres.

 

Jon n’était pas mort à Château-Noir, puis ressuscité par Mélisandre.

 

Arya ne s’était pas transformée en tueuse sans pitié, avide de meurtre, de sang et de vengeance, non, et surtout, c’était encore une enfant.

 

Sansa n’avait pas encore été torturée par Joffrey puis par Ramsay, et elle était heureuse et innocente.

 

Rickon n’était pas mort.

 

Été, Hodor, Osha, Ser Rodrick, mestre Luwin...

 

Tout ces gens étaient encore en vie.

 

Et il allait faire de son mieux pour que les choses restent ainsi.

 

§§§§

 

Quand il vit tout ceux à qui il tenait (excepté sa mère, qui vaquait à d’autres occupations, ailleurs, et Sansa, qui elle, était sûrement en train de broder ou de lire dans son coin) réunis ensemble dans le même endroit, il crut que son cœur allait exploser de bonheur.

 

Et en même temps, c’était presque trop d’un coup pour lui.

 

Quand il avait été face à vieille Nan, il n’avait eu aucune vision, aucun flash du passé, pour la simple et bonne raison que celle-ci était morte d’une manière paisible et naturelle, contrairement à tout ceux qu’il avait perdus.

 

La seule raison pour laquelle il ne s’était pas effondré face à sa mère, était parce qu’elle était la seule personne à être avec lui, donc il n’avait eu à supporter qu’une seule vision, même si c’était l’une des plus horribles qu’il ait jamais vues.

 

Il aperçut brièvement Ser Rodrick, et tout comme pour Théon, l’image du chevalier décapité apparut une nouvelle fois devant ses yeux, pendant quelques secondes, ce qui le fit blêmir.

 

Sans oublier le fait qu’il l’avait véritablement vu mourir, qu’il avait été là, sur place, et qu’il n’avait rien pu faire.

 

Il ferma les yeux, tentant de calmer sa respiration.

 

Personne ne l’avait encore vu arriver, et c’était tant mieux, parce qu’il lui fallait du temps pour assimiler définitivement et durablement la réalité de ce nouveau monde qui se trouvait devant ses yeux, et pour remplacer dans son esprit les anciennes images de ses visions par de nouvelles, issues de ce qu’il voyait devant ses yeux.

 

Tout d’abord, son père.

 

Il avait été le premier à mourir, il était la première personne que Bran avait perdu, et même six ans après, cette mort lui faisait toujours aussi mal.

 

Il l’avait vu mort avant même que cela n’arrive, et plus tard, en devenant la corneille à trois yeux, il avait rejoué la scène de sa mort dans son esprit encore, et encore, et encore, voyant Glace s’abattre froidement sur lui, entendant les cris de Sansa, sentant la terreur d’Arya.

 

Il avait regardé ces images en boucle, les avait retournées dans sa tête, sans fin, s’étonnant à l’époque de ne presque rien ressentir, bénissant néanmoins cette insensibilité bienfaitrice à ce moment, qui l’empêchait de se mettre à hurler en frappant au hasard ce qui se trouvait autour de lui.

 

Seulement, désormais, ce n’était plus le cas, et la scène de l’exécution réapparut devant lui, effaçant presque la vision qu’il avait de son père, en vie, et il fut soudainement saisit d’un terrible haut-le-cœur.

 

Par ailleurs, même si c’était totalement impossible, il avait presque l’impression de sentir l’odeur du sang affleurer à ses narines.

 

Vivant, vivant, vivant, se répéta-t-il à lui-même, tentant de toutes ses forces d’une nouvelle fois effacer de sa mémoire l’horrible image qui venait tout juste de ressurgir.

 

Pour se changer brièvement les idées, il regarda ailleurs, et son regard tomba sur Rickon, assis sur les genoux de leur père.

 

Cela n’arrangea en rien les choses, son cerveau le trahissant une nouvelle fois en le faisant revoir la mort de celui-ci, durant la bataille des Bâtards, les choses s’aggravant de plus belle quand il entendit le bruit d’une flèche fendre l’air, tirée par Robb directement au centre de la cible en face de lui.

 

Ce fut à cet instant que tout bascula pour lui.

 

Il sursauta, provoquant par la même occasion la chute d’un objet à proximité, ce qui fit se tourner vers lui ceux-la même qu’il observait avec tellement d’attention, d’affection et de tristesse mêlées.

 

Ils étaient là, lui souriant, en vie, et pourtant, tout ce que Bran arrivait à voir, c’était le sang, la mort et l’horreur.

 

Il voyait Robb poignardé par Roose Bolton, il voyait Rickon transpercé par la flèche de Ramsay, il voyait Jon perdre tout son sang à Château-Noir, il voyait Arya en danger de mort, se battant pour sa vie et pour les siens, ou aveugle et survivant avec difficulté dans la rue, il voyait tout ce qu’ils avaient enduré, et ça le terrifiait.

 

Oui, en effet, c’était bien trop pour lui que de tous les revoir en même temps, chaque image se superposant l’une sur l’autre, chaque vision étant bien évidemment pire que la précédente, et transformant petit à petit tout son corps en une boule de rage, de colère et de peur.

 

C’était comme redevenir brièvement la corneille à trois yeux, mais en pire, puisque cette fois-ci, il n’avait plus le même recul qu’à l’époque, n’étant désormais qu’un simple petit garçon confronté à des images bien trop difficiles à supporter pour lui.

 

Bran sentit son corps se mettre à trembler, il serra les poings, et son souffle s’accéléra drastiquement sans qu’il puisse rien y faire.

 

Il vit son père froncer les sourcils, comprenant que quelque chose n’allait pas.

 

Une nouvelle vision l’assaillit alors, montrant son père, trahi par Petyr Baelish, le couteau sous la gorge.

 

Alors que son regard se posait cette fois-ci sur Robb, il revit le corps mutilé de celui-ci être ironiquement porté en triomphe en l’air, la tête de Vent Gris attachée à son corps, il revit le visage anéanti d’Arya quand cette dernière y avait assisté, sans comprendre encore ce qu’il se passait.

 

Il pouvait presque entendre le rire sardonique des Freys présents ce soir-là, presque voir Walder Frey jubiler de son mauvais coup, et il sentit les larmes lui monter aux yeux.

 

Il les regardait, et tout ce qu’il voyait, c’était du sang, tout ce qu’il réussissait à voir, c’était la mort, partout la mort.

 

Il ne put en supporter davantage.

 

Quelques secondes plus tard, Bran Stark se mit à hurler, se tenant le crâne avec les mains, souhaitant juste que la douleur cesse, juste avant de s’écrouler au sol et de perdre connaissance.

 

§§§§

 

Arya fut la première à réagir, les autres étant beaucoup trop figés par la stupeur pour pouvoir bouger.

 

« Bran ? S’exclama-t-elle, courant vers lui à toute vitesse. Qu’est-ce qu’il y a ? »

 

Il avait momentanément arrêté de hurler, mais, alors qu’Arya pensait qu’il n’était qu’endormi, elle vit le corps de son petit frère commencer à trembler.

 

Même inconscient, il voyait.

 

Le choc provoqué par les retrouvailles avec la plupart de ses frères et sœurs (dont l’un deux était son cousin par le sang. Détail. Jon restait son frère, quoi qu’il arrive.) et avec son père avait provoqué ce flot d’images qu’il n’arrivait plus à arrêter, ne lui montrant bien évidemment que les pires.

 

Il voyait Jon faire face aux marcheurs blancs, il voyait son père affronter Jaime Lannister et frôler la mort, il voyait Arya être attaquée par l’orpheline, il voyait Rickon terrifié faisant face à Ramsay Bolton, il voyait Robb hurler après appris la mort de leur père.

 

Il se voyait tomber, tomber, tomber, il voyait Jojen mourir, il voyait Hodor périr, il voyait Été être tué lui aussi, il voyait le roi de la Nuit lui sourire et partir à sa recherche.

 

Bran tremblait de plus en plus, et aucun des membres de sa famille ne savait exactement ce qu’il était en train de se passer, ni ce qu’ils devaient faire.

 

Tout doucement, il se mit à sangloter, et, comme pris dans un cauchemar, il se mit à marmonner des propos incohérents, tremblant encore, et encore, et encore, au point qu’Arya et Jon étaient obligés de le plaquer au sol pour l’empêcher de bouger trop et de peut-être se blesser.

 

« Père... Qu’est-ce qu’il se passe ? Finit par demander Arya, terrifiée, constatant que ses appels pour réveiller son frère ne fonctionnaient pas. »

 

Ned se tourna vers Robb.

 

« Va chercher ta mère et mestre Luwin ! » Lui ordonna-t-il, et son fils aîné s’empressa d’obéir, tandis que le bruit provoqué par leurs éclats de voix avait fini par attirer Sansa, qui leur lança un regard inquiet.

 

Jon ne put s’empêcher de froncer les sourcils.

 

D’abord Théon, maintenant Bran...

 

Par les sept enfers, mais que se passait-il donc ici ?

 

Il tenta de prêter attention à ce que racontait son petit frère (même si ça n’avait définitivement aucun sens pour lui), qui gémissait de douleur, un peu comme si quelque chose d’affreux était en train de lui arriver.

 

Bloqué comme il l’était dans ses visions cauchemardesques, c’était bel et bien le cas.

 

« Non... Ne fait pas ça... Noces pourpres... Vraiment belle dans ta robe de mariée tu sais... Marcheurs blancs... Roi de la nuit... Dragons... Traître... Un Lannister paye toujours ses dettes... Poison... Vous n’auriez jamais dû me faire confiance... Dis-leur que le Nord se souvient... Et que l’hiver est tombé... L’hiver vient... Basée sur un mensonge... Le tuera si il sait qui il est... Loups... Vengeance...

 

- Bran ? Murmura-t-il alors en désespoir de cause. Est-ce que tu m’entends ? »

 

Toujours rien, si ce n’est que, dans son inconscience, le petit garçon sembla instinctivement se rapprocher de lui, sa main enserrant son bras avec une grande fermeté, et ses tremblements diminuèrent légèrement, avant de presque complètement s’arrêter, alors que les visions qu’il subissait devenaient moins intenses.

 

Contrairement à ses sanglots.

 

La voix de Catelyn Stark les tira un instant de leur stupeur.

 

- Ned ? Qu’y a-t-il ?

 

L’air soucieux, son mari se tourna vers elle.

 

- Je n’en sais rien Cat, avoua-t-il, alors que mestre Luwin se rapprochait de Bran, qui ne tremblait désormais plus du tout, et Jon tout comme Arya le relâchèrent, sentant leur respiration s’apaiser. Bran allait très bien il y a encore quelques minutes, il venait vers nous, et d’un seul coup, sans crier gare, il s’est mis à hurler et a perdu connaissance. »

 

Cat se rapprocha alors de la scène, interdite.

 

« Je ne comprends pas... Je l’ai vu tout à l’heure, et... je n’ai rien remarqué d’anormal ou d’inhabituel.

 

- Est-ce qu’il te paraissait troublé ou mal à l’aise ?

 

- Non ! Il m’a parut particulièrement affectueux et heureux de me voir, et il m’a promis de ne plus jamais grimper aux murs, mais rien de plus. »

 

Ce fut à cet instant précis que Bran reprit connaissance.

 

Sa perte de conscience n’avait en tout et pour tout duré que quelques minutes à peine, mais pour tout les autres membres de la famille Stark, ces quelques minutes paraissaient avoir duré une éternité.

 

Il se releva avec lenteur (par les sept, ça restait toujours aussi incroyable pour lui d’avoir de nouveau accès à son corps, comme avant l’accident), aidé en cela par Luwin et Arya, qui le regardaient toujours avec inquiétude, comme semblant avoir peur qu’il ne s’écroule d’un moment à l’autre.

 

Le jeune garçon s’essuya les yeux, même pas surpris de constater qu’il avait pleuré pendant son « absence » momentanée.

 

Ses visions s’étaient effacées, du moins celles sur lui-même ou celles concernant les membres de sa famille présents au moment où celles-ci l’avaient assailli, et il pria pour qu’elles disparaissent à tout jamais de son esprit.

 

Sentant une petite main posée sur son épaule, il se tourna vers Arya.

 

Et sans attendre, il la serra dans ses bras.

 

« Bran... Est-ce que tout va bien ? »

 

Il ne répondit rien, se contentant de la serrer encore plus fort dans ses bras.

 

Dieux, elle paraissait tellement petite maintenant qu’elle n’avait plus que onze ans.

 

Il sentit ses yeux s’humidifier une nouvelle fois, et il se remit à pleurer.

 

« Je vais bien Arya, ne t’en fait pas, je suis juste... »

 

Vous m’avez tous tellement manqué.

 

Sans bruit, sans un mot, il alla enlacer tout les membres de sa famille les uns après les autres, blêmissant soudainement en voyant Sansa.

 

La seule qu’il n’avait pas encore revue.

 

Il revit les humiliations de Joffrey, comment ce salop de prince l’avait forcée à regarder la tête de leur père enfoncée sur une pique, comment Ramsay l’avait torturée et violée de nombreuses fois, et il ne put retenir son envie de vomir plus de quelques secondes.

 

S’éloignant d’elle, il rendit sur le sol son petit-déjeuner du matin, remerciant Sansa quand elle lui donna un mouchoir pour qu’il puisse s’essuyer la bouche. Les visions d’horreur toujours collées à sa rétine, il ne put complètement se débarrasser de la nausée et de la bile persistants dans sa gorge.

 

Quand il se retourna, sa famille le regardait avec incompréhension.

 

Il se força à sourire.

 

« Je vais bien, vraiment.

 

Son père croisa les bras.

 

- Tu ne nous donnais pas vraiment cette impression il y a quelques minutes. »

 

Non, effectivement.

 

Qu’est-ce qu’il pouvait lui répondre exactement ?

 

Je reviens à l’instant même du futur, et je viens tout juste de revoir en accéléré toutes les choses horribles que vous allez vivre si on ne change pas les choses, et ça m’a retourné la tête et l’estomac.

 

Ils allaient le prendre pour un fou.

 

Dire qu’il avait eu un cauchemar aurait été beaucoup trop gamin, et pas à la hauteur de l’horreur qu’il venait à peine de revivre.

 

Parler de ses visions, en revanche...

 

Le croiraient-ils seulement ?

 

Au moins, valait mieux les avertir tout de suite au sujet des marcheurs blancs.

 

« J’ai eu une vision. Enfin, des visions. Je vous ai vus mourir.

 

Ce n’était qu’un demi-mensonge, en réalité, hormis lui-même, Arya et Sansa, personne dans sa famille n’était pas mort au moins une fois.

 

- J’ai vu l’armée des marcheurs blancs marcher sur nous. »

 

J’ai vu la mort.

 

Et que les dieux me pardonnent, mais j’ai tellement peur.

 

Ils ne le croyaient pas, de toute évidence.

 

Mais peu importe.

 

Jamais Bran ne s’était senti aussi léger.

 

Et ils savaient qu’il allait bien désormais.

 

Jamais il n’avait été aussi heureux de voir sa famille au grand complet, et encore en paix, jamais il n’avait été aussi heureux tout court.

 

Il se fit alors une promesse.

 

Celle qu’il ferait absolument tout ce qui était en son pouvoir pour tenter de protéger sa famille et les sauver de leur terrible destin.

 

Quoi qu’il lui en coûte.

 

Quitte à commettre le pire s’il le fallait.

 

Puis, il se souvint d’un détail, d’une chose que lui seul et Ned Stark savaient, et qui, peut-être, ferait que son père croirait à son don et écouterait peut-être ses histoires de marcheurs blancs, et comprendrait que c’était bien plus qu’une simple histoire pour faire peur aux enfants.

 

Mais plus tard.

 

Pour l’instant, il devait se reconnecter à sa famille, et s’entraîner à tirer à l’arc.

 

Cela faisait bien des années qu’il n’avait pas eu l’occasion de s’exercer, et pour être honnête, ça lui manquait.

 

§§§§

 

Remarquant finalement un détail auquel il n’avait pas prêté attention jusque là, submergé qu’il était par ses visions et par l’inquiétude de sa famille (dont les membres encore présents le regardaient encore comme si ils étaient persuadés qu’il allait s’écrouler d’un moment à l’autre), il fronça les sourcils.

 

« Où est Théon ? Demanda-t-il à Robb (qui devait très certainement être le seul d’entre eux à être véritablement proche de l’autre jeune homme). Il aurait dû venir s’entraîner avec nous. »

 

Il ne savait toujours pas quoi faire au sujet du traître, et ça aurait été mentir que de nier qu’il était soulagé par son absence, mais ça ne l’empêchait pas d’être inquiet pour lui.

 

Ce dernier lui avait une fois sauvé la vie après tout, et il l’avait véritablement considéré comme son frère avant sa trahison, et malgré ce qu’il avait fait, il tenait encore un peu à lui.

 

Où était-il ?

 

Peut-être subissait-il lui aussi le contre-coup de son retour brutal dans le passé.

 

Robb haussa les épaules, tentant vainement de cacher son inquiétude.

 

« Il est reparti se coucher. Apparemment, il est malade. Un peu comme toi, quand je l’ai vu avec Jon tout à l’heure, il avait l’air d’aller très mal. Il n’a rien dit à Jon d’ailleurs, ne l’a ni insulté, ni rabaissé, c’est dire à quel point il n’était pas dans son état normal. »

 

Ah oui, c’est vrai, il en avait presque oublié l’ancien Théon, au sourire narquois, toujours une remarque sarcastique aux lèvres, ce qui pouvait le rendre au moins aussi drôle qu’insupportable.

 

Mais, ce que Robb ne savait pas encore (et ne saurait sans doute jamais), c’est que ce Théon là était probablement mort à Fort-Terreur sous les coups et la torture de Ramsay.

 

Penser à ce que l’archer avait été forcé d’endurer à cause de ce monstre le fit frissonner une nouvelle fois.

 

Regardant son grand frère, il s’aperçut rapidement d’à quel point ce dernier paraissait anxieux, comme hésitant entre deux choses : aller voir Théon pour s’assurer qu’il allait bien, ou encore n’en rien faire à cause de son emploi du temps trop chargé.

 

« Si tu veux, je peux aller le voir après déjeuner, lui proposa Bran.

 

Son frère se mit à sourire, avant de hocher la tête, puis de lui ébouriffer les cheveux avec tendresse.

 

- Merci, petit frère. »

 

Bran ne prit pas la peine de lui dire qu’il ne faisait pas ça seulement pour lui.

 

Lui et Théon avaient beaucoup de choses à se dire.

 

§§§§

 

Assis sur une chaise, appuyé à une table, les bras croisés et la tête posée sur ceux-ci, Bran regardait Théon Greyjoy dormir.

 

Dès son arrivée dans la chambre du fer-né, il avait vu, absolument tout, et s’il avait cru un moment que ses visions précédentes de la journée avaient pu l’immuniser contre celles qu’il allait subir dans cette chambre, il n’en était rien.

 

Avec Sansa, il devait probablement être celui de ses proches à avoir le plus subi de choses, que ce soit physiquement ou psychologiquement, de ce fait, y être confronté une nouvelle fois avait été tout sauf agréable.

 

La seule raison pour laquelle il n’avait pas flanché était sûrement parce que son corps avait réussi à tenir le choc.

 

Non sans peine, bien sûr, et la nausée qui l’avait une nouvelle fois saisit avait manqué de le faire vomir une nouvelle fois, fermer les yeux n’y avait rien changé, et, quand les différentes visions concernant Théon avaient fini par s’effacer, Bran avait eu beaucoup de mal à reprendre son souffle.

 

Toute cette souffrance, tout ces hurlements, toute cette culpabilité...

 

Il avait eu envie de crier.

 

Bran était toujours en colère contre Théon, c’est vrai, et il le resterait probablement toujours un petit peu.

 

Mais personne, non personne ne méritait de subir une chose pareille.

 

Et malgré toute sa haine et sa colère, Bran espérait de tout son cœur que Théon allait bien.

 

§§§§

 

Depuis combien de temps n’avait-elle pas vu sa mère exactement ?

 

Six ans ? Sept ?

 

La dernière fois qu’elle l’avait vue, c’était seulement quelques semaines avant sa mort, et elle était déjà terriblement mal en point.

 

Alors qu’elle regardait la porte de la chambre du château Dix-Tours que sa mère Alannys occupait depuis que Théon avait été emmené loin d’eux, elle poussa un profond soupir.

 

Quand Théon était revenu à Pyke, leur mère était morte de chagrin seulement quelques mois plus tôt, et ses derniers mots avaient été pour sa fille, mais aussi et surtout pour ce petit garçon qui lui avait été si injustement arraché des années plus tôt.

 

Il n’avait jamais pu la revoir et elle non plus, et c’était probablement l’un des plus grands regrets de Yara.

 

Que leur mère soit morte sans même avoir pu dire au revoir à son petit garçon.

 

Quand elle était venue la voir, la jeune femme avait été terriblement frappée par la tristesse qui se dégageait d’elle, et d’à quel point elle avait eu l’air d’avoir prématurément vieilli en seulement quelques mois.

 

D’après les résidents de la forteresse, cette dernière avait semble-t-il fini par comprendre qu’elle ne reverrait plus jamais son fils, et elle s’était laissée mourir.

 

Et Yara avait sentit son cœur se fendre en deux à cette nouvelle, et seule dans sa chambre, loin de tous, elle avait pleuré la mort de sa mère, comprenant également qu’elle ne reverrait sans doute jamais Théon non plus.

 

La main en l’air, non loin de la porte, la fer-née hésitait encore à frapper la porte pour se faire annoncer.

 

Elle se souvenait de sa mère comme d’une femme aux traits tirés, aux cheveux en partie blanchis, des cernes sous les yeux, et qui lui avait seulement demandé : as-tu ramené Théon à la maison ?

 

Non, mère, pensa-t-elle en se remémorant cette conversation, pas encore.

 

Puis, elle finit pour de bon par frapper fermement à la porte deux ou trois fois, avant d’entendre une voix déclarer : « Entrez ! »

 

Yara ouvrit la porte, et, alors qu’elle entrait, son regard tomba sur une femme aux cheveux blonds qu’elle identifia immédiatement comme étant sa mère, et son cœur se serra, perdu entre joie et tristesse.

 

Elle fit quelques pas, se dirigeant vers celle qui était allongée mornement sur son lit.

 

Dans ses yeux, aucune flamme de vie ne brillait, et elle était bien décidée à changer cela.

 

« Bonjour mère, fit-elle, la saluant avec un sourire. Je suis heureuse de vous revoir. Je suis venue ici pour vous parler de Théon, ajouta-t-elle afin d’être la plus claire et la plus rapide possible. »

 

Le regard d’Alannys Greyjoy, née Harloi, se fit attentif, puis elle se leva et sortit de son lit malgré sa fatigue apparente, comme si ces simples mots venaient tout juste de lui rendre son énergie.

 

Et désormais, ses yeux brillaient.

 

« Je t’écoute, ma fille. »

 

A suivre...