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Je ne te perdrai plus jamais.

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Elle savait très bien qu’elle aurait dû partir.

 

Et retourner à Valantis pour y mourir, c’était là qu’était sa place.

 

Sauf que, aussi improbable que cela puisse sembler, elle était restée, pour se battre.

 

Cela n’avait aucun sens.

 

Pourtant, elle était toujours là, et elle en était elle-même étonnée.

 

Autrefois, elle se serait probablement dit que le Maître de la Lumière la voulait ici, mais désormais, elle n’arrivait plus à y croire.

 

Elle n’était pas une guerrière ou une combattante, mais une simple servante du Maître de la Lumière (enfin ça, c’était avant, quand elle croyait encore en sa mission, quand elle croyait encore à ce qu’elle voyait dans les flammes), et surtout, elle avait failli.

 

Davos, Jon Snow, et même tout ceux qui l’avaient remise en cause à un moment ou à un autre...

 

Hé bien...

 

Ils avaient eu raison.

 

Tout ces gens qu’ils avaient brûlé au nom de ce dieu qu’elle servait, tout ces gens tués, toutes ces guerres, toutes ces vies détruites et gâchées inutilement, tout ça parce que chacun, isolé dans son coin était persuadé qu’il était plus légitime que les autres, ou parce qu’il voulait venger sa famille décimée, ou parce qu’il voulait le pouvoir, sans oublier cette pauvre Shireen qui avait brûlé elle aussi, et en repensant aux regards implacables, glacés et empli de désapprobation de Davos et de Jon, Mélisandre elle aussi se sentait brûler.

 

Oui, brûler la jeune fille leur avait permis d’avancer, de survivre, de combattre, mais désormais, en voyant l’armée des Marcheurs Blancs se rapprocher de plus en plus d’eux, la prêtresse savait que tout cela avait été fait en vain.

 

Elle allait mourir.

 

Ils allaient tous mourir, et être changés en morts-vivants, et il n’y avait rien qu’elle puisse faire contre ça.

 

Enfin, peut-être pas.

 

Peut-être restait-il encore quelque chose à faire pour sauver le monde.

 

Peut-être qu’il n’était pas encore trop tard, et qu’elle pouvait faire quelque chose pour changer la donne.

 

Peut-être y avait-il encore un espoir.

 

Et celui-ci résidait en une seule chose.

 

Un sortilège puissant, si puissant, si fort qu’elle-même n’avait jamais osé le lancer.

 

Et pour cause, ce sortilège ôtait la vie à celui qui le lançait, difficile de le lancer plusieurs fois de suite dans ces conditions...

 

(Avec la magie, il y a toujours un prix à payer, apparemment.

 

Enfin, c’est ce qu’un lutin lui avait dit, un jour.)

 

Tout ce qui concernait les voyages dans le temps était... compliqué.

 

Compliqué à lancer, compliqué à manier, compliqué à contrôler.

 

Surtout si celui qui lançait le sortilège n’était plus là pour le faire.

 

Et pourtant, quant bien même elle était terriblement hésitante à l’idée de le faire, le fait est...

 

Que c’était leur dernière chance, leur dernier espoir.

 

L’idée qu’elle allait bientôt mourir traversa brièvement l’esprit de Mélisandre, et elle se mit à sourire.

 

Parce qu’elle le méritait bien, après tout ce qu’elle avait fait.

 

En fin de compte, c’était bien Davos qui avait eu raison depuis le début.

 

C’était elle le monstre de l’histoire.

 

Elle repensa une nouvelle fois à Shireen, brûlée par sa faute, elle repensa à toutes les promesses qu’elle avait faites à Stannis et qui n’avaient jamais été tenues, elle repensa aux erreurs qu’elle avait faites, et elle se dit que la mort n’était qu’un faible prix à payer face à tout cela.

 

Ramener les morts à la vie était en lui-même suffisamment compliqué comme ça, qu’elle ait pu ramener Jon Snow à la vie était en soi un miracle, faire en sorte que quelqu'un remonte le temps allait être au moins aussi difficile.

 

Mais en ramener plusieurs...

 

Ce serait encore pire.

 

Parce que oui, Mélisandre en avait parfaitement conscience, ramener seulement une seule personne dans le passé ne suffirait pas le moins du monde pour réussir à sauver le monde entier.

 

Mais d’un autre côté, elle ne pouvait pas ramener tout le monde non plus.

 

(Quoi que, ça l’aurait bien arrangée, mais bon, on peut pas toujours faire ce qu’on veut dans la vie.)

 

Elle pouvait ramener cinq personnes au plus, et dans d’autres circonstances, peut-être aurait-elle pu prendre plus de temps pour réfléchir à qui elle voulait ramener, mais le fait est qu’elle n’avait plus le temps.

 

Les Marcheurs Blancs arrivaient.

 

L’Hiver vient, avait coutume de dire Ned Stark.

 

Il n’avait jamais eu autant raison.

 

Alors qu’elle commençait à réciter l’incantation, voyant les Marcheurs Blancs franchir le mur, une liste de nom commença à affluer dans son esprit, des noms de gens qu’elle n’avait jamais rencontrés pour certains, ou qu’elle connaissait à peine, mais qu’elle avait pu voir dans ses visions, parfois, alors qu’elle regardait dans les flammes.

 

Et peut-être, oui, peut-être qu’en ramenant ces personnes-là dans le passé, leur monde ne disparaîtrait pas dans les flammes.

 

Cette liste n’avait absolument aucun sens, elle était incohérente, illogique, et peut-être était-elle en train de commettre une terrible erreur, mais le fait est qu’elle ne contrôlait en aucun cas sa magie, en fait, elle savait à peine ce qu’elle faisait.

 

Elle espérait de tout cœur qu’ils allaient réussir.

 

Tout au moins, même si ce n’était pas le cas, ils auraient absolument tout fait pour se sauver de l’enfer et de l’horreur.

 

Son esprit finit alors par se focaliser sur cinq noms en particulier.

 

Théon Greyjoy.

 

Yara Greyjoy.

 

Bran Stark.

 

Tyrion Lannister.

 

Brienne de Tarth.

 

Un nouveau sourire apparut sur son visage, alors qu’elle voyait encore devant elle l’inexorable avancée des Marcheurs Blancs, ainsi que leur mort imminente et quasi-certaine qui se profilait devant eux tous.

 

Et un timide et fol espoir prit place dans son cœur, celui que peut-être, tout n’était pas encore perdu.

 

Avant de s’éteindre définitivement, elle réussit à prendre le temps de leur laisser un message, à ces cinq personnes qui détenaient – sans le savoir encore – entre leurs mains le destin des sept couronnes (rien que ça...).

 

Je vais vous renvoyer dans le passé, fit-elle, s’adressant simultanément à leur cinq esprits, les connectant chacun les uns aux autres, vous n’avez pas à avoir peur, vous allez rentrer chez vous, et vous allez être sains et sauf.

 

Pour l’instant, en tout cas.

 

À une époque où l’horreur n’aura pas encore commencé.

 

Vous avez droit à une seconde chance, tous autant que vous êtes.

 

Je ne vous demande qu’une seule chose.

 

De tout faire pour stopper l’avancée des Marcheurs Blancs, et d’empêcher Westeros de sombrer dans les ténèbres, dans la mort, dans la guerre, si vous le pouvez.

 

Je vous en pris.

 

Faîtes tout ce que vous pourrez pour nous sauver.

 

Sans vous, nous sommes perdus.

 

Bonne chance.

 

Et surtout, soyez prudents.

 

Qu’avaient-ils donc là ?

 

Un guerrier déchu et brisée, une commandante d’une flotte marine emprisonnée, un jeune garçon orphelin qui voyait le passé et le futur, un nain qui était un paria dans sa propre famille, et une femme qui n’était ni une Lady, ni un chevalier.

 

Quelle fine équipe !

 

Et, alors qu’elle sentait son corps peu à peu se transformer en poussière, elle se permit de sourire une dernière fois, en se disant que, même si elle devait mourir aujourd’hui et disparaître pour toujours, au moins, les Marcheurs Blancs ne l’auraient pas, ni vivante, ni même morte.

 

§§§§

 

Quand Théon entendit une voix parler dans sa tête, il se battait contre un Marcheur Blanc, et il crut qu’il était en train de devenir fou.

 

Yara était enfermée dans un cachot, à la merci de son oncle, et pensa qu’on lui jouait un sale tour.

 

Tyrion observait la bataille de loin, et se surprit à vouloir croire que c’était réel, et pas un mensonge.

 

Brienne, elle, en plein combat également, se contenta de l’ignorer avec superbe.

 

Bran, lui, savait déjà que la voix avait raison, et il sentit un espoir à la fois terriblement terrifiant et réconfortant l’envahir.

 

Peut-être pouvaient-ils encore changer les choses.

 

A suivre...