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Leur dernier rêve

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Chapitre 2

Confrontation avec le passé

Publié pour la première fois le 2 octobre 2011

 

Du bruit, beaucoup de bruit, on parlait alentour… Beaucoup… Hitomi entrouvrit les yeux, tout était blanc.

Encore étourdie, elle tourna la tête de côté et vit sa mère qui se penchait vers elle en souriant.

— Ma chérie, tu es enfin réveillée… Tu m’as vraiment fait peur !
— Maman, c’est toi ? Où je suis ?
— A l’hôpital, tu t’es évanouie à la bibliothèque universitaire. Heureusement, un jeune homme était là et a immédiatement appelé les secours. Le pauvre était tellement paniqué qu’au début, il criait en russe ou une autre langue bizarre, les urgentistes n’y comprenaient rien !
— Ah ? Répondit Hitomi qui essayait de se souvenir de ce qui s’était passé, une main posée sur le front. Un russe ? Cela ne me dit rien, c’est étrange…
— Et pourtant, c’est le cas, ma chérie. D’ailleurs, l’aide ambulancière qui est venue sur place, Sachiko, une de mes amies, a dit qu’il était bâti comme un Dieu ! S’amusa la maman d’Hitomi, cachant un petit sourire gêné de sa main.
— Il y a longtemps que j’ai perdu connaissance ?
— Deux heures environ. Sachiko m’a appelée immédiatement en te voyant sur place. Ainsi, j’étais déjà à l’hôpital quand tu es arrivée. J’ai prévenu ton père, il n’a pas encore pu passer te voir, mais il s’est assuré que tu sois bien installée. Tout ce que j’espère, c’est que ton frère n’aura pas mis la maison sans dessus-dessous pendant mon absence… Soupira-t-elle.

Observant autour d’elle, Hitomi essayait désespérément de se souvenir des événements ayant précédés son malaise. `

Mais, rien à faire, la dernière image qu’elle voyait était l’horloge de la bibliothèque indiquant 17 h 15.
Après, plus rien…

Soudain, la porte s’ouvrit. Un homme en tenue de bleu de chirurgien apparût. Visiblement affolé, il maintenait difficilement une liasse de feuilles dans sa main.

— Hitomi, Comment vas-tu ?
— Calme-toi Shinichi, elle a repris conscience et elle est cohérente ! Expliqua la maman de la jeune femme en se levant.
— Ah, tant mieux ! Souffla l’homme en s’écroulant sur une chaise. Désolé de ne pas être venu avant, mais j’étais en train de faire une opération lourde, je quitte tout juste le bloc opératoire.
— Rassure-toi Papa, dit Hitomi en s’asseyant dans son lit, je vais bien. J’ai dû faire un malaise de fatigue. J’ai passé l’après-midi avec Yukari et, tu la connais, elle ne tient pas en place !
— Oui, mais une journée de shopping effréné par beau temps n’est pas sensée rendre malade, au contraire ! Tu devrais quand même te ménager. Je sais pertinemment que tu étudies énormément et que tu ne dors presque pas : c’est là le vrai problème !
— Papa, tu es le premier à savoir que cette année est déterminante et que…
— C’est un fait, mais tu ne feras rien de bon en t’épuisant ! J’ai vérifié tes analyses en arrivant dans le service : dans l’ensemble, tu vas bien, mais tu présentes quand même quelques carences. Il va falloir prendre soin de toi jeune fille !
— J’ai compris le message, Papa ! Je te promets de bien manger, de me coucher plus tôt et après les examens, je profiterai des vacances pour récupérer avant de commencer l’internat !
— Bonne décision ! Acquiesça le chirurgien.

Rassuré, l’homme soupira avant de se tourner vers sa femme.

— Aya, tu peux la ramener à la maison. Je compte sur toi pour veiller à ce qu’elle se repose bien ! Moi, il faut que je finisse ma garde…
— D’accord, Nous rentrons. En espérant que Mamoru n’ait pas fait n’importe quoi pendant mon absence… S’inquiéta la maman d’Hitomi en rassemblant ses affaires.
— Ne t’en fais pas ! Lui dit Shinichi. Tu sais comment est ton fils. Aujourd’hui, il fait particulièrement chaud pour un mois de juillet, il a donc dû passer son temps à jouer, se levant parfois pour aller se chercher à boire dans le frigo ! Il est même possible qu’il se soit endormi sur le canapé !
— Je croise les doigts pour que tu ais raison ! Seul, il n’est pas dangereux, mais avec ses amis…Ils peuvent transformer le salon en champ de bataille… Enfin… Tu es prête Hitomi ?

La jeune femme acquiesça de la tête, achevant de se rhabiller en enfilant ses chaussures, pensive.
Cette sensation d’avoir un blanc dans sa journée la mettait profondément mal à l’aise.

Quelques secondes, elle s’arrêta devant la fenêtre, regardant les bâtiments de l’université que l’on distinguait sur la colline voisine.

De son côté, sa maman continuait de dissimuler son angoisse derrière de petits sourires, comme l’avait fait avec sa petite boutade sur le jeune homme qui avait porté secours à sa fille.
Depuis un plus de dix ans, le moindre souci que pouvait avoir Hitomi la plongeait dans un grand stress, mais elle gardait tout pour elle… Ce qui était parfois difficile.

Hitomi, elle, haussait les épaules avec dépit, se demandant ce qui avait bien pu lui arriver. D’où venait l’étrange froid qui la parcourait à cet instant ?
Elle ressentait comme l’impression d’avoir touché un fantôme…

OoO

Dans la banlieue de Kamakura, le lendemain, il faisait encore plus chaud que la veille. Cette situation durait depuis le début le printemps.

Si on en croyait les dires des anciens, cela annonçait un été caniculaire, ce qui était déjà le cas, ainsi qu’une saison des typhons souvent rude.

Allongée dans son lit, Hitomi somnolait. Comme elle l’avait promis à ses parents, elle s’accordait un repos mérité avant de se replonger dans les cours de sa septième année de médecine.

Regardant vers sa table de chevet, elle se rendit soudain compte que son téléphone portable n’avait pas sonné depuis la veille, étonnant.
En l’attrapant, elle comprit la cause. Il était éteint. La batterie avait probablement dû se vider.

— Connaissant Yukari, se dit Hitomi, elle m’a m’envoyé six cents messages depuis hier. Si je ne réponds pas, elle va finir par débarquer paniquée !

La jeune femme avait vu juste. A peine branché et allumé, le téléphone vibra. Quinze messages en attente, tous de Yukari, somme toute pas tant que ça…
Amusée, Hitomi en commença la lecture. Grâce à cela, elle eut l’impression de revivre la fameuse soirée à la place de son amie.

Ainsi, elle appris que Yukari était arrivée in extremis chez les Amano et que, complètement essoufflée, elle s’est encore faite remarquer. Aussi, la grand-mère de Susumu buvait le thé avec un doigt relevé et en voulant l’imiter, la jeune femme avait fait tomber sa tasse, bref un moment difficile à passer.

A peine le temps de lire ces résumés, que le téléphone sonna. Yukari, bien sûr !

— Hitomi, enfin, je te parle ! Tu as lu mes messages ? Quand même, tu aurais pu m’encourager ! J’allais aux toilettes pour t’écrire, les Amano doivent croire maintenant que je suis incontinente !

Les propos déclenchèrent un vrai fou rire à Hitomi.

— Arrête de te moquer toi ! Imagine que je réitère ce genre d’exploits le jour du mariage, je vais vraiment perdre toute dignité ! Le pire, c’est que Susumu est comme toi ! Lui aussi en rigole !
— Ta maladresse quand tu es inquiète fait partie de ton charme ! Il adore ça chez toi ! Ironisa son amie
— Certes, mais en attendant, la belle-famille, j’en fais une indigestion ! Tu ne sais pas la chance que tu as d’être célibataire. Ton souhait de faire passer tes études puis ta carrière en priorité, c’est une idée géniale !

Tandis que Yukari continuait son discours sur les supposés avantages du vœu de célibat durant la période universitaire, Hitomi laissait à nouveau son esprit s’envoler vers Gaea, vers Van.

Quelques secondes, elle se prit à l’imaginer, adulte, sans doute marié, avec des enfants... Cela faisait des années qu’elle n’avait pas pensé à lui, et là, sur peu de temps, il avait songé à lui deux fois...

Etrange…

Au début, quand elle était revenue chez elle, elle avait pensé que renoncer à Van était totalement au-delà de ses possibilités, et pourtant…
Pour aller de l’avant, elle avait ressenti le besoin de l’oublier. Repartir sur Gaea, même après avoir retourné le problème des centaines de fois dans sa tête, c’était impossible.

A ses yeux, ce monde, c’était avant tout des souvenirs traumatisants. Elle était heureuse d’avoir pu enfin rentrer chez elle.
A force de se refuser à penser à Van, elle avait réussi à chasser le jeune homme de son esprit. Ainsi, elle n’avait plus ressenti sa présence dans son cœur…
Finalement, peut-être était-ce simplement une amourette d’adolescents, et pourtant… Cela semblait si intense à l’époque…

Pour preuve, elle avait finalement gardé cette année de sa vie et ses sentiments dans un coin de sa tête, comme un trésor que l’on veut dissimuler.
De toute façon, il était trop tard pour avoir des regrets. La leçon que Hitomi avait retenue de Gaea était que c’était nos choix qui traçaient notre route.
Elle avait pris une décision, certes douloureuse, mais elle l’assumait.

Soudain, la voix mécontente de son amie au téléphone la sortit de sa réflexion.

— Hitomi, tu ne m’écoutes pas là !
— Désolée Yukari, je suis fatiguée.
— Ah bon ? Rendre mes livres a été si dur que ça ?
— Ce n’est pas ça, j’ai réussi à les ramener même si ça a été juste pour l’heure, mais j’ai fait un malaise sur place.
— Quoi ? Et tu te sens mieux au moins ? Tu veux que je vienne ?
— Rassure-toi, ça va mieux ! Aujourd’hui, les parents veulent que je reste au calme. Si tu veux, tu pourras passer demain vu que l’on n’a pas cours.
— Demain, je ne sais pas si ça sera possible. Je dois aller au temple avec la belle-famille pour faire les premières répétitions de la cérémonie, rien que ça ! Mais promis, je vais essayer de passer dès qu’ils me ficheront la paix !
— D’accord, ce sera avec plaisir !
— Ok Miss ! Et tu verras, je t’apporterai les meilleurs cheese-cakes de Tokyo pour te requinquer !
— Merci ! Je te souhaite bonne chance pour demain !
— Et repose-toi surtout ! Obéis à tes parents, fille indigne !
— Bien Mademoiselle, enfin future Madame, à lundi !
— A bientôt, bisous !

Hitomi raccrocha. Puis, dans un soupir, elle se laissa retomber sur son lit avant de se mettre à fixer le plafond.

Pas le temps de méditer, la porte de la chambre s’ouvrit brutalement.

— Tu es chiant Mamoru ! Tu pourrais au moins frapper avant d’entrer !
— Oh, ça, Mademoiselle je-me-fais-plaindre, il faut pas y compter ! Je viens juste voir si tu ne dors pas, ordre de Maman ! Sinon, tu te doutes que je ne serais pas là !
— Ah ? Elle a osé te décoller de ta console ?
— Disons qu’elle a eu de la chance, j’étais à un point de sauvegarde de mon jeu…
— Et bien, repars t’amuser, je ne dors pas ! Je suis juste allongée, Yukari vient de m’appeler. Tu peux aller la rassurer.
— Ce n’est pas tant pour se rassurer. Tu n’as pas dû entendre avec la pipelette Uchida dans l’oreille mais ça a sonné à la porte, un type est venu de prendre de tes nouvelles. Tu ne m’avais pas dit que tu tapais dans le soviétique, grande sœur !
— Un soviétique ? Tu délires ?
— Nan, c’est le type devant lequel tu as eu ton petit malaise hier, il est venu voir comment tu allais. Franchement, tu devrais y mettre du tien, ce n’est pas un gars ordinaire ! Même si vu le look, je l’aurais plutôt vu avec Uchida aux cheveux de flammes !
— Tu es débile…
— Oui, ben, ce n’est pas tout, mais ma partie m’attend ! Je vais faire mon rapport à Maman. Conclut le frère cadet d’Hitomi en partant.

Mamoru n’était pas vraiment très content de voir sa sœur mal en point. Il était certes inquiet pour elle, cependant, depuis sa mystérieuse disparition, dix ans auparavant, leurs parents avaient « la panique très facile » pour elle et cela l’agaçait profondément.

Remontant son pantalon baggy vert pomme pour éviter de tomber dans l’escalier, l’adolescent descendit les marches, direction le salon pour reprendre son jeu.
Voyant brièvement son t-shirt rouge, tout aussi clinquant que son pantalon, passer dans son champ de vision, sa mère l’interpela.

— Mamoru, comment va ta sœur ?
— Elle va bien M’man, elle était au téléphone avec la cinglée.
— Arrête de traiter son amie ainsi…

L’adolescent lâcha un grognement et repartit se vautrer aussi sec devant l’écran. Madame Kanzaki soupira, fataliste face au comportement de son fils, avant de regarder à nouveau son interlocuteur.

Devant elle, se tenait assis le mystérieux jeune homme qui ressemblait tant à Folken, un gros bouquet de fleurs posé sur la table.

Il observait, songeur, chaque détail de la pièce, en particulier les photos de famille, tout en sirotant le thé que la mère d’Hitomi lui avait servi.

— Madame, je dois dire que vous avez une fort belle maison ! Dit-il d’un ton calme et posé. Je vous remercie de m’accueillir.
— C’est plutôt à moi de vous remercier jeune homme ! Vous avez secouru ma fille hier et vous venez demander de ses nouvelles aujourd’hui, c’est très gentil de votre part.
— Ah vous savez, ce n’est pas tous les jours que je vois quelqu’un s’effondrer comme ça. Je suis heureux de la savoir en meilleure forme, elle m’avait fait peur.
— Mon fils m’a dit qu’elle était réveillée. Si vous voulez, vous pouvez lui porter votre magnifique bouquet, ça lui fera plaisir !

Acceptant la proposition, le jeune homme se leva. Madame Kanzaki lui indiqua où se trouvait la chambre d’Hitomi.

Un instant, elle se dit qu’elle avait agit avec légèreté. Au Japon, laisser un jeune homme entrer dans la chambre d’une jeune fille seule ne se faisait pas.

Cependant, étrangement, l’individu lui inspirait une totale confiance.

Sa réflexion fut interrompue par le boucan venu du salon, et elle partit sermonner Mamoru qui avait encore mis le son de télévision trop fort…

Pour sa part, l’étranger, bien trop grand, dut se baisser pour ne pas se cogner dans l’escalier. Sa prudence fut payante, il arriva à l’étage sans bosse et frappa à la porte de la chambre d’Hitomi.

— Entrez ! Fit la jeune femme, étonnée.

Quand la porte s’ouvrit, la stupéfaction fut totale. A nouveau, Hitomi sentit son esprit s’embrouiller. Prenant sur elle, la jeune fille fit des efforts pour ne pas ressombrer tandis que des brides de souvenir de la veille lui revenaient en tête.

— Vous vous sentez mal Mademoiselle ? Vous voulez que j’appelle votre mère ?
— Non, c’est bon… Désolée, c’est juste que… votre visage me rappelle quelqu’un… Je suis surprise, c’est tout…
— Ah ? Je vous rappelle quelqu’un ? Demanda le jeune homme, intrigué. Qui ça ?

Perplexe face à cette demande, Hitomi le dévisagea avec attention. La ressemblance avec Folken, à l’exception des yeux, des cheveux et bien sûr du bras, était évidente.

Cependant, le jeune homme semblait plus jeune. En effet, Folken, s’il avait vécu, aurait dû avoir dans les trente-cinq ans. Là, celui qui lui faisait face devait avoir le même âge qu’elle.

— Une ancienne connaissance, le frère d’un ami… Commença-t-elle à répondre. Mais…
— Mais ?
— Il est décédé… Cela fait dix ans maintenant.
— Ah… Je suis désolé… Puis-je me permettre de vous demander comment il s’appelait ?
— Pourquoi donc ? Interrogea Hitomi, interloquée.
— Ne m’en voulez pas de me montrer aussi curieux mais je suis surpris que l’on me trouve une ressemblance avec une personne et j’aurais aimé savoir son nom.
— Et bien, il se nommait Folken… Répondit-elle difficilement.

Etrangement, Hitomi fut incapable de prononcer son nom de famille.
Il resta comme bloqué dans sa gorge tandis que son visiteur fixait le plafond.

— Folken, Folken… Non, cela ne me dit rien…
— Dites-moi, vous parliez de cette histoire de ressemblance, vous n’avez pas de famille ?

Le jeune homme arrêta sa réflexion, posa doucement son bouquet sur une chaise vide, restant debout, perdu dans ses esprits.

— En fait, je suis amnésique. Il y a une dizaine d’années, un fermier m’a trouvé, nu dans une forêt en Crimée, au sud de l’Ukraine. Je n’avais rien près de moi qui pouvait indiquer d’où je venais. Le pire, c’est que je parlais une langue que personne n’a jamais pu comprendre.
Enfin, ce Monsieur, qui n’avait pas de fils m’a accueilli et a veillé sur moi, m’apprenant notamment sa langue. Aussi, utilisant ses maigres ressources, il m’a aidé à obtenir des papiers, ce qui n’a pas été simple.

Le récit stupéfia Hitomi. La ressemblance, le fait que ce jeune homme soit apparu sur Terre, sans rien, peu après, la mort de Folken… Trop de coïncidences…

— Enfin, poursuivit-il, je ne me suis pas présenté, je m’appelle Alexandre Ychnikov. Mon prénom a été choisi par ce paysan qui est devenu mon père adoptif, Lev.
Il trouvait que je dégageais une certaine distinction, aussi, il a tenu à me donner un nom de tsar car il trouvait que quelque chose de commun ne m’irait pas. A l’époque, on a estimé que j’avais entre quinze et vingt ans. Au terme de quelques années et de plusieurs pots de vin difficilement payés par mon sauveur, qui y a laissé toutes ses économies, on m’a donné une identité officielle.
— Et, comment vous avez atterri au Japon ? Demanda Hitomi, de plus en plus perdue.
— Ah ça, c’est aussi assez étonnant ! Il y a deux ans, comme chaque jour, je travaillais aux champs quand, je ne sais pas pourquoi, je me suis retourné. Et alors, mon regard a croisé celui d’un promeneur qui passait par là. Nous nous sommes dévisagés avec étonnement, il y avait une étrange ressemblance entre nous.
Cet homme était assez âgé, il aurait pu être mon père, voire peut-être mon grand-père, je ne sais pas…
Avec une pointe d’humour, Il m’expliqua qu’il était pratiquement sûr de ne pas avoir d’enfant. En le voyant, mon père adoptif insista pour l’inviter à la maison, l’étrange air de famille l’avait aussi stupéfait.

Captivée et silencieuse, Hitomi écoutait attentivement les paroles d’Alexandre.

— Donc, il est venu chez nous. Il nous a raconté sa vie, c’était un voyageur, parcourant le monde. Il ne nous a pas dit d’où il venait, la seule chose qu’il nous a laissé entendre était qu’y retourner était une entreprise périlleuse.
Voyant malgré tout en lui une opportunité inespérée de savoir qui j’étais, j’ai voulu le suivre. Lev était sceptique, tout en admettant que cette rencontre ne pouvait être un simple hasard.
Pour lui qui m’avait aidé, il était important que je trouve les réponses à toutes les questions que je me posais, je devais donc partir.
Etant donné tout ce que je lui avais coûté, je lui étais redevable. C’est alors que le mystérieux voyageur sortit une étonnante liasse de roubles à l’attention de mon père adoptif, lui promettant de veiller sur moi et de m’aider dans ma quête de vérité.
Ainsi, j’ai accompagné cet homme dans sa traversée de la Russie, il m’a enseigné plusieurs langues, de l’histoire, de la géographie et grâce à lui, j’ai acquis une bonne culture générale.
Aussi, quand il y a deux mois, nous avons débarqué au Japon, j’ai assez facilement trouvé ce travail à l’université en dépit de mon apparence.
— Votre histoire est incroyable ! Mais dites-moi, comment s’appelle ce Monsieur avec lequel vous voyagez ?
— Meinmet, Meinmet Fanel. Sachez cependant qu’il m’a assuré ne plus avoir de famille, d’où ses voyages. Je ne pense pas que cela puisse avoir un rapport avec votre ami qui a perdu son frère…

Cette fois, Hitomi était à nouveau au bord de l’évanouissement. Le nom de « Fanel », non, cela ne pouvait plus être le simple fait du hasard.
Tout se bouscula dans sa tête et, en proie à une forme de panique, elle se mit à pleurer.

Voyant son état, Alexandre appela immédiatement à l’aide. La mère et le frère d’Hitomi accoururent. Aya tenta d’apaiser sa fille en lui parlant, sans succès.
A nouveau, la jeune femme se retrouvait noyée dans un torrent de souvenirs. Mais, le plus difficile était de voir Folken gisant dans une mare de sang en parallèle avec le visage du mystérieux jeune homme.
Au bout de quelques instants, épuisée, Hitomi commença à se calmer. Et tandis qu’elle voyait Alexandre quitter la chambre pour la laisser se reposer, elle eut une vision : Folken jeune jouant avec son frère.
Aucun doute, le sourire doux était le même, comme si cet homme était Folken, mais sans le traumatisme de l’amputation ni les dix années passées à Zaibach…

OoO

Encore sous le choc de son étonnante entrevue avec Hitomi, Alexandre rentra chez lui, pensif. Il ne cessait de répéter à voix haute le nom de Folken.
Plus, il le disait, plus il lui sonnait à l’oreille, mais pourquoi ?

Arrivé devant chez lui, il soupira et ouvrit la porte. L’air blasé, il sourit face à la vision d’un vieil homme hurlant devant son jeu-vidéo.
En effet, assis sur le tatami de salon, se trouvait un homme, proche des quatre-vingt ans barbu portant un t-shirt bariolé et les cheveux gris clair, longs, qui pestait autant qu’il en pouvait.

Après avoir pris soin d’arrêter sa partie, il se retourna vers l’arrivant avec un grand sourire.

L’individu devait bien avoir la soixantaine comme en témoignait les rides ainsi que la couleur de sa chevelure identique à celle d’une longue barbe tressée.

Malgré ses signes de vieillesse, il affichait un regard taquin et lumineux.

— Ah tu tombes bien, j’allais faire à manger ! Ta sortie s’est bien passée ? Ta demoiselle évanouie va mieux ?
— Ben, en fait, pas vraiment… Soupira Alexandre en s‘asseyant en tailleur sol près d’une bibliothèque. Elle était encore au bord du malaise quand je suis parti.
— Pauvre fille ! Les japonais sont connus pour imposer des rythmes infernaux à leurs étudiants… Je te parie que ça fait des semaines qu’elle ne mange rien et ne dort pas davantage !
— Peut-être, mais cela ne semble pas venir de là… Je dirais plutôt que c’est à cause de moi. Déjà, quand elle m’a revu, elle était perturbée, mais en discutant c’était encore pire…
J’ai une sensation étrange, je ne sais pas… Comme lorsque nous nous sommes rencontrés, toi et moi, en Russie, j’ai à nouveau l’impression de toucher un bout de mon passé.
— Comment ça ? Interrogea le vieil homme
— Et bien, je ne sais pas… Elle m’a parlé d’un homme qu’elle avait connu qui me ressemblait beaucoup. Malheureusement, ce dernier est décédé… Et puis, elle a demandé ton nom et quand je lui ai répondu, elle a semblé comme paniquée !
— Hum, intéressant…
— Que veux-tu dire ?
— Je crois qu’elle sait quelque chose… Je veux en avoir le cœur net !
— Quelque chose sur quoi ?
— Sur mes origines et, peut-être, les tiennes !
— Tu n’as jamais voulu me dire d’où tu venais ! Le peu que je sais, enfin que tu m’as expliqué, c’est justement que tu n’as plus aucune attache ! Alors, je ne vois pas trop comment, elle pourrait savoir des choses à ton sujet !
— Alexandre, donne-moi son adresse et attends que je puisse lui parler, après nous discuterons de ton cas. Mais, en attendant, mangeons !

Coupant court à toute conversation, le vieil homme partit s’affairer devant la petite partie cuisine du logement, commentant chacun de ses gestes, tandis qu’Alexandre restait muet, assis, à ranger des livres.

Décidément, tout ceci n’avait aucun sens…